DE LFMPIRE ROMAIN. CHAP. L
Les premières et les plus difficiles conquêtes de ^^atomet
ri i proche a la
Mahomet à sarebVion nouvelle (i), furent celles de Mecque, a.
( p. 47-61 ) et Sale ( p. 76-103 ). Les idées des mages sont exposées , d'une manière obscure et incertaine , par le docteur Hyde, leur apologiste ( Hèst. relig. Pers.y c. 33, p. 402- 412, Oxford^ 1760). Bayle a prouvé dans l'article i^ifzÂo/Tze^, que l'esprit et la philosophie suppléent bien mal au défaut de connaissances précises.
( I } Avant de tracer l'histoire des opérations de Mahomet , je vais indiquer les auteurs ou les raonumens que j'ai suivis. Les versions latine , française et anglaise du Koran , sont précédées de discours historiques, et les trois traducteurs, Maracci (t. i, p. io-32 ), Savary ( tom. i, p. 1-248) et Sale {Preliminary Discourse , p. 33-56) avaient étudié soigneusement la langue et le caractère de leur auteur. On a publié deux Vies particulières de Mahomet , l'une par le docteur Prideaux {Life qf Mahomet , septième édition, Londres, 1718 , z/2-8°. ) , et l'autre par le comte de Boulainvilliers ( Vie de Mahomet, Londres , i73o, z/î-S". ). Mais le désir opposé de trouver un imposleur ou un héros , a trop souvent fait tort au savoir du premier et à la sincérité du second. L'article de la Biblolhéque orientale de d'Herbelot ( P- 598-603 ) est tiré principalement de Novairi et de Mircond ; mais M. Gagnier, originaire de France , et professeur de langues orientales à Oxford , est sur cet objet le meilleur et le plus exact des guides. Il a publié deux ou-!vrages bien faits (Ismaèl Abulféda , De vitd et Tehus gestis Mohammedis , etc. , latine veriit , prœfatione et notis iUus— travit Joannes Gagnier. Oxford , 1 7?3 , in-fol. — La Vie de Mahomet , traduite et compilée de l'Alcoran , des traditions authentiques de la Sonna et des meilleurs auteurs arabes. Amsterdam ^ 174^^ ^ ^^^' /«-12) : il a interprété, éclairci et suppléé le texte arabe d' Abulféda et Al-Jannabi ^ le pre«
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sa femme , de son serviteur , de son pupille et de son ami (i) ; car il se présentait comme prophète à ceux qui pouvaient le moins douter qu'il ne fût soumis aux infirmités de la nature. Cependant Cadijah crut aux paroles de son mari , et jouit de sa gloire : Zeid, soumis et affectionné , se laissa séduire par Pespérance de la liberté; l'illustre Ali , fils d'Abu-Taleb, embrassa les opinions de son cousin avec l'énergie d'un jeune héros ; et la fortune, la modération et la véracité d'Abubeker , affermirent la religion du prophète auquel il devait succéder. A sa persuasion, dix des plus respectables citoyens de la Mecque consentirent à se faire instruire en particulier delà doctrine de l'islamisme : cédant à la voix de la raison et de l'enthousiasme , ils devinrent l'écho du dogme fondamental, a II n'y a qu'un Dieu, et Mahomet est
mier prince éclairé qui régna à Hamah en Syrie , A. D. i3io-i332( f^oy. Gagnier , Prœfat. ad Abulféda ) ; le second docteur crédule qui visita la Mecque , A. D. i556 ( d'Her— belot , p. 397 ; Gagnier , t. m, p. 209 , 210 ). Tels sont les auteurs que j'ai suivis : d'après cette déclaration , le lecteur curieux pourra examiner plus en détail l'ordre des temps et l'ordre des chapitres. Je dois observer toutefois qu'Abulféda et Al-Jannabi sont des historiens modernes , et qu'on ne peut recourir à aucun écrivain du premier siècle de l'hégyre.
(1) Prideaux (p. 8) révèle, d'après les Grecs, les doutes secrets de la femme de Mahomet. Boulainvilliers (p. 272) développe les vxies sublimes et patriotiques de Cadijah et des premiers disciples du prophète , comme s'il eût été le conseiller privé de Mahomet.
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Vapôtre de Dieu; » et pour recompense de leur foi, ils obtinrent, même dès cette vie, des richesses et des honneurs , le commandement des armées et l'administration des royaumes. Trois années furent employées en silence à la conversion de quatorze prosélytes : ce furent là les premiers fruits de sa mission ; mais dès la quatrième année , il adopta le caractère d'un prophète ; et , voulant communiquer à sa famille la lumière des vérités divines, il fît préparer un festin composé, à ce qu'on dit, d'un agneau et d'un vase rempli de lait , et il invita quarante personnes de la race des Hashémites. « Mes amis et mes alliés , leur dit-il , je vous offre et je suis le seul qui puisse vous offrir les plus précieux de tous les dons , les trésors de ce monde et ceux de l'autre vie. Dieu m'a ordonné de vous appeler à son service. Quel est celui d'entre vous qui veut m'aider à porter mon fardeau ? quel est celui qui veut être mon compagnon et mon vizir (i) ? » On ne repondit rien; l'étonnement, Tincertitude ou le mépris fermaient toutes les bouches , lorsque enfin Ali, jeune homme âgé seulement de quatorze ans, rempli d'ardeur et de courage , rompit le silence , et s'écria : « Prophète , je suis cet homme : si quelqu'un ose s'élever contre toi , je lui briserai
(i) Vezirns f portitor , bajulus , onus ferens ; et par une juste métaphore , ce nom plébéien fut appliqué aux colonnes de rétat ( Gagnier , Not. ad Abulféda , p. i<^). Je m'efforce de conserverie caractère de l'idiome arabe, autant que je puis l'apercevoir dans une traduction latine et française.
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les dents, je lui arracherai les yeux , je lui casserai les jambes, et je lui ouvrirai le ventre. Prophète , je serai ton vizir. » Mahomet reçut cette proposition avec transport, on exhorta ironiquement Aba-Taleb à respecter la dignité de son fils. Le père d'Ali ayant ensuite voulu d'un ton plus sérieux engager son neveu a abandonner un dessein impraticable, « Épargnez vos remontrances, répondit cet intrépide fanatique à son oncle et à son bienfaiteur : quand on placerait le soleil sur ma main droite et la lune sur ma main gauche , on ne me ferait pas changer de résolution. » Il persévéra dix années dans l'exercice de sa mission ; et cette religion, qui a subjugué l'Orient et l'Occident , ne s'établit que lentement et difficilement dans les murs de la Mecque. Cependant il avait la satisfaction de voir sa petite congrégation d'unitaires s'augmenter de jour en jour; elle le révérait comme un prophète , et il lui communiquait à propos la nourriture spirituelle du Koran. On peut juger du nombre de ses prosélytes par le départ de quatrevingt-trois hommes et de dix-huit femmes qui , xlans la septième année de sa mission , se retirèrent en Ethiopie; son parti fut assez promptement fortifié par la conversion de Hamza son oncle , et celle de l'inflexible et farouche Omar , qui déploya en faveur de Fislamisme le même zèle qu'il avait montré pour sa destruction. La charité de Mahomet ne se borna pas à la tribu de Koreish ou à l'enceinte de la Mecque : lors des grandes fêtes, ou les jours de pèlerinage, il allait à la Caaba; il abordait les étrangers de toutes
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les tribus , et soit dans les entrevues particulières , soit dans ses discours publics, il prêchait la croyance et le Gulte d'un seul Dieu. Faible alors dans ses moyens et sage dans sa doctrine, il soutenait la liberté de conscience, et réprouvait l'usage de la violence en matière de religion (i) : mais il exhortait les Arabesau repentir, et les conjurait de se souvenir des anciens idolâtres de Ad et de Thamud, que la justice divine avait fait disparaître de dessus la surface de la terre (2).
La superstition et la jalousie affermissaient le peu- La triha pie de la Mecque dans son incrédulité. Les anciens sopposeTsa de la ville , les oncles du prophète , affectaient de S^eT^ 62^* mépriser l'audace d'un orphelin qui voulait jouer le rôle de réformateur de son pays. Les pieuses oraisons
(1) Les passages du Koran en faveur de la tolérance sont énergiques et en grand nombre. Voyez c. 2 , v. 267 ; c. 16, V. i39;c. 17; V.54; c. 45, v. i5;c. 5o, v.39;c.88, v. 2i,etc., avec les notes de Maracci et de Sale. En général les savans peuvent juger selon qu'ils apercevront ou non ce caractère de tolérance , si tel chapitre a été révélé à la Mecque ou à Médine. ^
(2) Voyez \e Koran [pas sim , et particulièrement c. 7, p. 123, 124, etc.) et la tradition des Arabes (Pococke, Spécimen y p. 35-37). ^^ montrait à mi-chemin, entre Médine et Damas, des cavernes de la tribu de Thamud, propres à des hommes d'une taille ordinaire ( Abuiféda , Arabiœ Descript. , p. 4 3-44 ) \ ^^ ou peut les attribuer avec assez de vraisemblance aux troglodites du monde primitif ( Michaelis, ad Lowth , De poesl Hebrœor. , p. i3i-i34 J Recherches sur les Égyptiens , t. 11^ p. 48 , etc. ).
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de Mahomet dans la Caaba , étaient repoussées par les cris d'Abu-Taleb : « Citoyens et pèlerins , s'écriaitil , n'écoutez pas le tentateur, ne prêtez point l'oreille à ces nouveautés impies; soyez invariablement attachés au culte de Al Lata et de Al Uzzali. » Cependant ce vieux chef aimait toujours le fils d'Abdallah ; il défendait sa personne et sa réputation contre les attaques des Koreishites, dont la jalousie était dès longtemps excitée par la prééminence de la famille de Hashem. Ils couvraient leur haine du prétexte de la religion ; au temps de Job , le magistrat arabe punissait le crime d'impiété (i) ; et Mahomet était coupable du crime d'abandonner et de renier les dieux de sa nation; mais la police de la Mecque était si défectueuse , que les chefs des Koreishites , au lieu d'accuser un criminel , furent réduits à employer la persuasion ou la violence. Ils s'adressèrent à diverses reprises à Abu-Taleb , avec le ton du reproche et de la menace. «Ton neveu , lui dirent- ils, insulte notre religion ; il accuse d'ignorance et de folie nos sages ancêtres; fais-le taire promptement, de peur qu'il ne trouble et soulève la ville. S'il continue , nous mettrons l'épée à la main contre lui^t ses adhérens, et tu répondras du sang de tes concitoyens. » Abu-
(i) Au temps de Job, les magistrats arabes punissaient réellement le crime d'impiété (c. 3i ,v. 26, 27, ^8), et je rougis pour un respectable prélat ( De poesi Hebrœorum , p. 65o, 65 1 , édit. Michaelis ; et Lettre d'un professeur à l'université d'Oxford, p. i5-53 ) , de ce qu'il a justifié et célébré cette inquisition des patriarches.
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Taleb vint a bout, par son crédit et par sa modération , d'échapper à la violence de cette faction religieuse. Les plus faibles ou les plus timides des disciples de Mahomet se retirèrent en Ethiopie , et le prophète chercha des asiles dans les divers endroits, soit de la ville , soit de la campagne , qui pouvaient lui offrir quelque sûreté. Comme sa famille continuait à le soutenir, le reste de la tribu de Koreish prit l'engagement de renoncera tout commerce avec les enfans de Hashem , de ne rien acheter d'eux , de ne leur rien vendre , de ne plus former de mariages avec eux, mais de les poursuivre sans pitié jusqu'à l'époque où ils livreraient Mahomet à la justice des dieux. Ce décret fut suspendu dans la Gaaba et exposé aux yeux de toute la nation ; les émissaires des Koreishites persécutèrent les exilés musulmans jusqu'au centre de l'Afrique; ils assiégèrent le prophète avec ses plus fidèles disciples ; ils les privèrent d'eau, et des représailles exercées de part et d'autre augmentèrent l'animosité mutuelle. Une trêve peu solide sembla rétablir la concorde ; mais la mort d'Abu- Taleb abandonna Mahomet au pouvoir de ses ennemis : dans le même moment , la mort de la fidèle et généreuse Cadijah lui enlevait toutes ses consolations domestiques. Abu-Sophian , chef de la branche d'Ommiyah , succéda à la dignité principale de la république de la Mecque. Adorateur zélé des idoles, ennemi mortel de la famille de Hashem , il convoqua une assemblée des Koreishites et de leurs alliés pour décider du sort de l'apôtre. Par remprisonnement ,
on pouvait déterminer son courage à des actes de désespoir, et l'exil d'un fanatique éloquent et chëri du peuple pouvait répandre le mal dans toutes les provinces de l'Arabie. Sa mort fut résolue ; mais on convint que pour diviser le crime et prévenir la vengeance des Haslîémites , un membre de chacune des Il est chassé tribus lui plonefcrait son epee dans le sein. Un an^re
de la Mecque. .
A. D. 622. OU un espion l'instruisit de cet arrêt, et il ne vit d'autre ressource que la fuite (i). Au milieu de la nuit , accompagne d'Abubeker son ami , il s'échappa en silence de sa maison ; les assassins l'attendaient à la porte , mais il furent trompés par la figure d'Ali, qui reposait sur le lit de l'apôtre , revêtu de sa robe verte. Les Koreishites respectèrent la piété du jeune héros ; mais quelques vers d'Ali qui subsistent encore, nous offrent une peinture intéressante de ses inquiétudes , de sa tendresse et de sa confîauce religieuse. Mahomet et son camarade se tinrent cachés trois jours dans la caverne de Thor, située a une lieue de la Mecque : des que la nuit survenait , le fils et la fille d'Abubeker leur portaient des vivres et le détail de ce qui se passait dans la ville. Les Koreishites , qui examinaient avec soin tous les lieux des environs, arrivèrent à l'entrée de la caverne; mais la Providence les trompa, dit-on, au moyen d'une toile d'araignée et d'un nid de pigeon placés de manière à leur persuader qu'il n'y était entré personne.
(1) D'Herbelot , £ibl. orient, , p. 44^' H ^^^^ ""^ histoire particulière de la fuite de Mahomet.
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a Nous ne sommes que deux , disait Abubeker en tremblant » : « Un troisième est avec nous , lui répondit le prophète, et c'est Dieu lui-même. » Dès que l'ardeur des poursuites se fut un peu ralentie, les deux fuyards sortirent du rocher et montèrent sur leurs chameaux : ils cheminaient vers Medine lorsqu'ils furent arrêtes par les émissaires des Koreishites; à force de prières et de promesses, ils parvinrent à s'e'chapper de leurs mains. En ce moment de crise, la lance d'un Arabe aurait changé l'histoire du monde. Cette fuite de, Mahomet, où il passa de la Mecque à Medine , forme l'ëpoque mémorable de Vhégjre (^i) , qui, après douze siècles, distingue encore les années lunaires des nations musulmanes (2).
La religion du Koran aurait péri dès son berceau , n est reçu
• 11/r ' T ) A -11- r • \ • '^ Medine ea
SI Medine n eut accueilli avec 101 et respect les saints qualité de exilés de la Mecque. Medine ou la Cité, qu'on appe- ^22. lait Yatreb avant qu'elle fût consacrée comme le trône
(1) 'Uhégyre fut instituée par Omar, second calife^ à l'imitation de l'ère des martyrs des chrétiens (d'Herbelot, p. 444) , et , à proprement parler, elle commença soixante-huit jours avant la fuite de Mahomet , avant le premier de Moharren , ou le premier jour de cette année arabe , qui fut le vendredi 16 juillet, A. D. 622. (Abulféda, p^ita Mohamm. ,c. 22, 23, p. 45-5o ; et l'édition qu'a donnée Greaves , des Epochœ Arahum d' Ullug Beig, etc. , c. i , p. 8-10, etc. )
(2) Les détails de la vie de Mahomet, depuis sa mission jusqu'à l'hégyre, se trouvent dans Abulféda (p. 14-46 ) , et Gagnier ( t. i , p. i34-25i, 342-383). La légende qu'on trouve p. 187-234, est garantie par Al-Jannabi , et dédaignée par Abulféda.
du prophète , était paitag^ëe entre deux tribus, les Charegites et les Awsites , dont les moindres incidens re'veillaient sans cesse la haine héréditaire: deux colonies de Juifs qui vantaient leur origine sacerdotale , étaient ses humbles alliés ; sans convertir les Arabes, elles avaient introduit parmi eux ce goût de la science et des idées religieuses qui procura a Médine l'honneur d'être surnommée la ville du Livre, Les prédications de Mahomet ayant converti quelques-uns de ses plus nobles citoyens qui étaient venus en pèlerinage à la Caaba, de retour chez eux, ils répandirent la connaissance du vrai Dieu et de son prophète; et la nouvelle alliance des Médinois avec l'apôtre fut ratifiée par leurs députés dans deux entrevues secrètes qui eurent lieu la nuit , sur une colline des faubourgs de la Mecque. Dans la première conférence , dix Charegites et deux Awsites s'unirent de religion et d'affection, et déclarèrent au nom de leurs femmes , de leurs enfans et de leurs frères absens , qu'ils professeraient à jamais les dogmes du Koran et qu'ils en observeraient les préceptes. La seconde produisit une association politique , qui fut le germe de l'empire des Sarrasins (i). Soixantetreize hommes et deux femmes de Médine eurent une conférence solennelle avec Mahomet , ses alliés et ses disciples , et ils se prêtèrent mutuellement ser-
(i) Abulféda(3o,33,4o,86)et Gagnier(t. I, p. 343, etc. 349 , etc ; l. iT, p. 223, etc.) décrivent la triple inauguration de Mahomet,
KE l'empire TIOMATN. CHA.P. L. 8g
ment de fîde'lité. Les habitans de Mëdine promirent âu nom de leur ville que si Mahomet était banni, ils le recevraient comme un allié, qu'ils lui obe'iraient comme à leur chef , et qu'ils le défendraient jusqu'à la dernière extrémité avec autant de constance que leurs femmes et leurs enfans. « Mais si votre patrie Yous rappelle , demandèrent-ils avec une inquiétude flatteuse pour lui, n'abandonnerez-vous pas vos nouveaux alliés ? — Tout est devenu commun entre nous , répondit Mahomet en souriant ; votre sang est mon sang ; votre ruine est ma ruine. L'honneur et l'intérêt nous attachent les uns aux autres. Je suis votre ami et l'ennemi de vos ennemis. — Mais si nous perdons la vie à votre service, quelle sera notre récompense ? ajoutèrent ensuite les députés de Médine. — Le Paradis, répliqua Mahomet. — Étends la main, «s'écrièrent-ils. L'apôtre étendit sa main , et ils renouvelèrent leur serment de soumission et de fidélité. Le peuple ratifia ce traité et adopta unanimement l'islamisme. Les habitans de Médine se réjouirent de l'exil de Mahomet, mais ils tremblaient pour sa sûreté, et ils attendirent son arrivée avec impatience. Après une route périlleuse et rapide le long de la côte de la mer , il se reposa à Koba, située à deux milles de Médine , et il fit son entrée publique seize jours après son évasion de la Mecque. Cinq cents citoyens allèrent à sa rencontre; et il entendit de toutes parts des acclamations de fidélité et de respect. Il montait un chameau femelle , un parasol ombrageait sa tête , et on portait devant lui un turban déroulé en guise
d'étendard. Ses plus braves disciples qu'avait disperses l'orage , se rassemblèrent autour de lui ; et ses musulmans, tous égaux en mérite , se distinguèrent par les noms de Mohagenens et ^Ansars^ les uns fugitifs de la Mecque et les autres auxiliaires de Médine. Pour détruire toute semence de jalousie , il imagina habilement de réunir les principaux d'entre eilx deux à deux , en leur accordant les droits et leur imposant les obligations de frères. Après cette disposition , Ali se trouva seul , et le prophète déclara affectueusement qu'il voulait être le compagnon et Icj^frère de ce noble jeune homme. Cet expédient eut un plein succès; la sainte fraternité fut respectée dans la paix comme dans la guerre , et les deux partis ne cherchèrent à se distinguer que par une généreuse émulation de courage et de fidélité. Une fois seulement une querelle accidentelle troubla légèrement leur union; un patriote de Médine accusa les étrangers d'insolence; il laissa entrevoir qu'on pouvait les chasser, mais il ne fut entendu qu'avec horreur, et son fils offrit vivement de porter aux pieds de l'apôtre la tête de son père.
Sa dif^ni'é Du moment où Mahomet fut établi à Médine , il 622-632. exerça les fonctions de roi et celles de grand-pontife , et ce fut une impiété que de ne passe soumettre aux décrets d'un juge inspiré par la sagesse divine. Il reçut en don ou il acheta une petite portion de terre appartenant à deux orphelins (i); il y Mtit
(i) Prldeaux ( Vie de Mahomet, p. 44) se répand e»
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une maison et une mosquée , plus respectables dans leur grossière simplicité que les palais et les temples des califes assyriens. Il fit graver sur son sceau d'or ou d'argent son titre d'apôtre ; lorsqu'il faisait la prière et lorsqu'il prêchait dans l'assemblée tenue toutes les semaines , il s'appuyait sur le tronc d'un palmier; et ce ne fut que long-temps après qu'il se permit l'usage d'un fauteuil ou d'une chaire de bois grossièrement travaillée ( f). Il régnait depuis six ans, lorsque quinze cents musulmans réunis sous les armes renouvelèrent leur serment de fidélité : Mahomet leur promit de nouveau son assistance jusqu'à la mort du dernier d'entre eux ou la dissolution totale de la ligue. C'est dans le même camp que le député
reproches contre la scélératesse de l'imposteur qui dépouilla deux orphelins, fils d'un charpentier : c'est un reproche qu'il a tiré de la Disputatio contra Saracenos ^ composée en arabe avant l'année i i 3o ; mais l'honnête Gagnier ( ad Abulféda , p. 53) a démontré que ces deux auteurs ont mal saisi la valeur du mot al nagjar , qui signifie en cet endroit , non pas un obscur métier , mais une noble tribu d'Arabes. Abulféda décrit le mauvais état de ce terrain : son habile interprète a pensé, d'après Al-Bochari , qu'on en offrit la valeur , d'après Al-Jannabi , que l'achat se fit dans toutes les formes, et d'après Ahmed Ben Joseph , que Je généreux Abubeker en paya la somme, Ainsi le prophète se trouve justifié sur ce point.
(i) Al-Jannabi {apud Gagnier, t. ii , p. 246, 824) décrit le sceau et la chaire de Mahomet comme deux reliques précieuses : et le tableau qu'il donne de la cour du prophète est tiré d' Abulféda (c. 44 , p. 85).
de ]a Mecque vit avec ëtonnement l'attention des fidèles aux paroles et aux regards du piop!jè(e,leur empressement à recueillir, soit ses craciiats, soit la partie de ses cheveux qui tombait a terre , soit Teau qui avait servi à ses ablutions , comme si tous ces objets avaient eu un degré de vertu prophétique. « J'ai vu, dit-il ,1e Chosroès de la Perse et le Cesar de Rome; mais je n'ai jamais vu un roi aussi respecté de ses sujets que Mahomet Test de ses compagnons. » La dévote ferveur du fanatisme se manifeste en effet d'une manière plus énergique et plus vraie que la froide et cérémonieuse servilité des cours. II dëdare Daus l'état de nature , chaque homme a le droit icficlèies. d'employer la force des armes à la défense de sa personne ou de ses propriétés , de repousser et même de prévenir la violence de ses ennemis, et de conti» nuer ses hostilités jusqu'à ce qu'il ait obtenu une juste satisfaction ou qu'il soit arrivé au dernier point qu'autorisent les représailles. Dans la libre société des Arabes , les devoirs de sujet et de citoyen n'imposaient qu'un frein bien léger, et Mahomet, en exerçant une mission de charité et de paix, avait été dépouillé et banni par l'injustice de ses compatriotes.^ Le choix d'un peuple indépendant avait élevé le fugitif de la Mecque à la dignité d'un souverain, et il se trouvait revêtu avec justice de la prérogative de former des alliances et de faire la guerre offensive et défensive. La plénitude de la puissance divine suppléait à l'imperfection de ses droits et faisait la base de son pouvoir; il prit dans ses nouvelles révéla-
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tions un ton plus farouche et plus sane^uinaire, qui prouve que son ancienne modération avait été la suite de sa faiblesse (i). Il avait essayé les moyens de persuasion , l'époque de la patience était écoulée, et il déclara que Dieu lui ordonnait de propager sa reiig'ion par le glaive, de détruire les monumens de l'idolâtrie , et de poursuivre les nations incrédules sans avoir égard à la sainteté des jours ou à celle des mois. Il attribua à l'auteur du Pentateuque et de TÉvangile ces préceptes de sang que le Koran répète de page en page ; mais le caractère de douceur qu'offre le style de TÉvangile permet d'expliquer autrement le passage équivoque où il est dit que Jésus a apporté sur la terre non la paix, mais le glaive ; et on ne doit pas confondre ses vertus patientes et modestes avec le zèle intolérant des princes et des évêques qui ont déshonoré le nom de ses disciples. Pour justifier cette guerre de religion , Mahomet alléguait avec plus d'exactitude l'exemple de Moïse ou celui des juges et des rois d'Israël. Les lois militaires des Hébreux sont encore plus rigoureuses que celles du législateur arabe (2). Le dieu des armées
(i) Les huitième et neuvième chapitres du Koran sont les plus véhémens et les plus farouches ; et Maracci ( Prodromusy part, iv , p. 69 , 64) s'est élevé avec plus de justice que de discrétion contre les expressions ambiguës employée* par l'imposteur.
(2) Les dévots chrétiens de notre siècle lisent avec plus de respect que de satisfaction les dixième et vingtième chapitres du Deutéronome , avec les commentaires pratiques
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marchait en personne devant les Juifs ; si une ville leur résistait , ils passaient les mâles au fil de Fépëe sans aucune distinction : les sept nations de Canaan furent exterminées , et ni le repentir ni la conversion ne pouvaient les soustraire à cet inévitable arrêt d'après lequel on ne devait épargner dans l'enceinte de leur domination aucune créature ayant vie. Mahomet laissa du moins à ses ennemis l'option de son amitié, de la soumission ou du combat. Du moment où ils professaient Tislamisme , il les admettait aux avantages temporels et spirituels de ses premiers disciples , et les faisait combattre sous les mêmes drapeaux pour la gloire de la religion qu'ils avaient embrassée. Sa clémence était d'ordinaire assujettie à son intérêt; mais rarement il foulait aux pieds un ennemi terrassé, et il semble promettre qu'au moyeu d'un tribut , il laissera aux moins coupables de ses sujets incrédules leur culte ou du moins leur imparfaite croyance. Dès le premier mois de son règne , il exécuta tout ce qu'il avait établi dans ses préceptes sur la guerre religieuse , et il arbora sa bannière blanche devant les portes de Médine : l'apôtre guerrier se trouva en personne a neuf batailles ou neuf sièges (i) , et en dix années il termina par lui-même
de Josué, de David, etc. ; mais quelques évêques et les rabbins des premiers temps ont fait retentir avec plaisir et avec succès le tambour de la guerre sacrée. ( Sale , Discours préllmin. , p. \l\1 , l/jS* )
(i) Abulféda, in Vit. Mohamm. , p. i56. L'arsenal parti-
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OU par ses lieutenans cinquante entreprises guerrières. Il continuait, en sa cju alité d'Arabe , à exercer ses professions de marchand et de voleur, et ses petites excursions pour la défense ou l'attaque d'une caravane disposaient peu à peu ses troupes à la conquête de l'Arabie. Une loi divine avait réglé le partage du butin (i); il était fidèlement réuni en une seule masse; le prophète réservait pour des œuvres pieuses et charitables un cinquième de l'or et de l'argent, des prisonniers et du bétail, des meubles et des immeubles ; il faisait du reste des lots égaux qu'il distribuait aux soldats , soit qu'ils eussent remporté la victoire ou gardé le camp; les récompenses de ceux qui avaient perdu la vie passaient a leurs femmes etàleursenfans; pour encourager l'augmentation de la cavalerie , il accordait une part au cavalier et une autre au cheval. Les Arabes errans venaient de tous côtés se ranger sous le drapeau de la religion et du pillage : le prophète avait eu soin de sanctifier le commerce des soldats avec les femmes captives ,
culier de Mahomet était composé de neuf sabres , trois lances, sept piques ou demi-piques, uti carquois et trois arcs , sept cuirasses , trois boucliers et deux casques ( Gagn. , t. III, p. 328, 334 ) ; on y trouvait de plus un étendard blanc et un drapeau noir (p. 335 ), vingt chevaux (p. 322 ) , etc. La tradition a conservé deux de ses propos de guerre. ( Gagnier , t. 11 , p. 88-337. )
(1) Le savant Reland ( Dissertationes miscellaneœ , t. m, Dissert., 10, p. 3-53 ) a épuisé, dans une dissertation particulière, tout ce sujet , De Jure belle Mohamrnedanorum,
soit on qualité d'épouses , soit en qualité de concubines ; il leur montrait , dans la jouissance de la fortune et de la beauté , un faible échantillon des joies du paradis destinées aux braves martyrs de la foi. « Le glaive , leur disait-il , est la clef du ciel et de Tenfer : une goutte de sang versée pour la cause de Dieu, une nuit passée sous les armes, seront plus comptées que deux mois de jeûnes ou de prières ; celui qui périra dans une bataille obtiendra le pardon de ses péchés ; au dernier jour , ses blessures seront éclatantes comme le vermillon, parfumées comme le musc ; des ailes d'anges et de chérubins remplaceront les membres qu'il aura perdus. » Il sut ainsi enflammer d'enthousiasme l'âme intrépide des Arabes. Le tableau d'un monde invisible se peignait fortement à leur imagination, et la mort qu'ils avaient toujours méprisée devint l'objet de leurs espérances et de leurs désirs. Le Koran enseigne, dans l'acception la plus absolue, les dogmes de la prédestination et de la fatalité qui éteindraient l'industrie et la vertu si l'homme réglait sa conduite sur ses opinions : cependant ces dogmes ont exalté dans tous les temps le courage des Sarrasins et des Turcs. Les premiers compagnons de Mahomet marchaient au combat avec une confiance intrépide ; il n'y a pas de danger où il n'y a pas de hasard ; s'ils étaient prédestinés à mourir dans leurs lits, ils devaient être en sûreté et invulnérables au milieu des traits des combattans (1).
(1) Le Koran (c. 3 ,p. 52, 53 j c. 4 ? p« 70 , elc, avec le*
r>E L EMPIRE ROMAIIV. CHAP. L.
La fuite de Mahomet aurait peut-être satisfait les Sa guerre dé- Korelshites , s'ils n'eussent craint et ressenti la yen- tre^'iel Kogeance d'un ennemi placé de manière à intercepter [aM^g^ug ^^ leur commerce de la Syrie dans son passage, et son retour par le territoire deMédlne. Abu-Sophian luimême, escorté seulement de trente ou quarante guerriers , conduisait une caravane de mille chameaux; sa marche fut si heureuse ou si habile, qu'il échappa à la vigilance du prophète ; mais il apprit que les saints voleurs étaient en embuscade et épiaient son retour. Il envoya un courrier à ses frères de la Mecque ; ceux-ci, animés par la crainte de perdre leurs marchandises et leurs munitions , volèrent promptement à son secours avec toutes les forces de la ville. La bande sacrée de l'apôtre était composée de trois cent treize musulmans, parmi lesquels on comptait soixante-dix-sept fugitifs, et le reste d'auxiliaires; il n'avait que soixante-dix chameaux qu'ils montèrent chacun à leur tour (les chameaux d'Yatreb étaient formidables à la guerre); mais telle était la pauvreté de ses premiers disciples , qu'on n'en comptait que deux qui pussent paraître à cheval
Notes de Sale , et c. 17, p. 41 3 , avec les Notes de Maracci) expose d'un ion sévère cette doctrine de la prédestination absolue , sur laquelle peu de religions ont des reproches à se faire. Reland ( De Religion Mohamm, , p. 61-64) <^t Sale {^Discours prélimin. , p. io3) développent les opinions des docteurs, et nos voyageurs modernes, le degré de confiance qu'elles inspirent aux Turcs j confiance qui commence à décroître.
sur le champ de bataille (i). Use trouvait dans la célèbre et fertile vallée de Beder (2) , à trois marches de Médine , lorsque ses vedettes l'informèrent que la caravane approchait d'un côté, et que les Koreislîites , avec cent chevaux et huit cent cinquante fantassins , s'avançaient de l'autre. Après une courte délibération , il sacrifia les richesses à la gloire et à la vengeance ; il fit un léger retranchement afin de couvrir ses troupes et un ruisseau d'eau douce qui arrosait la vallée. « Dieu, s'écria-t-il à mesure que les Koreishites descendaient les collines , Combat de Dieu ! si CCS guerriers périssent , quels seront tes «>23. adorateurs sur la terre ? — Courage , mes enfans ,
serrez les rangs , lancez vos traits , et la victoire est à nous. » A ces mots il se plaça, ainsi qu'Abubeker, sur un trône ou sur une chaire (3), et invoqua avec
(i) Al-Jannabi (apud Gagnier^ t. 11, p. 9) lui donne soixante-dix ou quatre-vingt chevaux ; et en deux autres occasions antérieures à la bataille d'Ohud, il dit (p. 10) que Mahomet avait une troupe de trente , et à la page 66 , un. corps de cinq cents cavaliers. Abulféda , qui paraît plus exact, assure (//z Fit. Mohammed., part, xxxi, p. 65) que les musulmans n'avaient que deux chevaux au combat d'Ohud. Les chameaux étaient en grand nombre dans l'Arabie Petrée ; mais il semble que les chevaux y étaient moins communs que dans l'Arabie Heureuse ou l'Arabie Déserte,
(2) Bedder-Houneene , à vingt milles de Médine et à quarante de la Mecque , est sur le grand chemin de la caravane de l'Égyple , et les pèlerins célèbrent annuellement la victoire du prophète par des illuminations, des fusées, etc. {^Voyages de Shaw y p. 477*)
(3) Lé lieu où Mahomet se retira pendant l'action , est
DE l'empire romain. CHAP. L. tj()
ardeur le secours de Gabriel et de trois mille anges. Il avait l'œil fixé sur le champ de bataille ; ses soldats mollissaient , et allaient être accablés : en cet instant critique le prophète s'élança de son trône ,il monta son cheval, et jeta une poignée de sable dans les airs. « Que leur face soit couverte de confusion!» s'écria-t-il. Les deux armées , frappées de l'éclat de sa voix , crurent voir l'armée d'anges qu'il avait appelée a son secours (i) : les Koreishites tremblèrent et prirent la fuite : soixante-dix des plus braves furent tués, et soixante-dix captifs ornèrent le premier
appelé par Gagnier ( in Abulféda , €.27, p. 58 ; Vie de Mahomet, t. II , p. 3o-33 ) urnbraculum , une loge de bois avec une porte, Reiske ( Annales Moslemici Ahulfedœ , p. 23) traduit le même mot arabe par ceux de Soliiim, Suggestus editior ; et cette différence importe beaucoup à l'honneur de l'interprète et à celui du héros. Je suis fâché de voir avec quel orgueil et avec quelle aigreur Reiske reprend son collaborateur. Sœpe sic vertit , utintegrœ paginœ nequeant nisi imâ liturâ corrigi : Arahiœ non satis callebat et carebat judicio critico ( J.— J. Reiske , Prodidagmata ad Hagji Chalifœ Tabulée y p. 228, ad calcem Abul/edœ Syriœ Tabulœ , Leipzig , 1 766 , in~/{°. )
(1) Les expressions vagues du Koran ( c. 3 , p. 1 34 1 1 25 ; c, 8 , p. 9) permettent aux commentateurs de supposer le nombre de mille , trois mille ou neuf mille anges ; le plus petit suffisait sans doute pour massacrer soixante— dix Koreishites (Maracci, Alcoran , t. 11 , p. î3i ). Au reste , les scholiastes avouent qu'aucun œil mortel n'aperçut cette troupe angélique ( Maracci , p. 297 ). Ils raffinent sur les mots : « Non pas toi , mais Dieu , etc. » ( c. 8 , 16 ) j d'Herbelot, Bibl. orient., p. 600,601.
ÎOO HÏSIOIRE DE LA DECADENCE
triomphe des fidèles. Les morts furent dépouilles et insultes ; deux des prisonniers juge's les plus coupables furent punis de mort, et les autres payèrent, pour leur rançon, quatre mille drachmes d'argent , qui dédommagèrent un peu de l'évasion de la caravane • mais les chameaux d'Abu-Sophian cherchèrent en vain une nouvelle route au milieu du désert et le long de l'Euphrate; la vigilance de Mahomet parvint encore à les surprendre , et la prise dut être bien considérable , si, comme on le dit, le cinquième de Tapôtre fut de vingt mille drachmes. Abu-Sophian, irrité de la perte publique et de la sienne propre , rassembla un corps de trois mille hommes , parmi lesquels on comptait sept cents hommes armés de cuirasses et deux cents cavaliers : trois mille chameaux le suivirent; et Henda, son épouse, avec quinze matrones de la Mecque, battait sans cesse du tambourin , afin d'animer les troupes et de faire éclater la grandeur de Hobal , la divinité la plus po- D'Ohud. pulaire de la Caaba. Neuf cent cinquante croyans défendaient le drapeau de Mahomet; la disproportion du nombre n'était pas plus grande qu'elle ne l'avait été à la journée de Beder, et telle était leur con fiance , qu elle l'emporta sur l'autorité divine et les raisons humaines que voulut employer Mahomet pour les dissuader du combat. La seconde bataille se donna sur le mont Ohud , a six milles au nord de Médine (i) : les Koreishites s'avancèrent sous la
(1) Geogr. nitbiensis , p. 47*
DE l'empire rxOMAIN. CHAP. L. TOI
forme d'un croissant, et Caled , le plus terrible et le plus heureux des guerriers arabes , conduisait Tade droite de la cavalerie. Mahomet plaça habilement ses soldats sur le penchant de la colline , et laissa sur ses derrières un de'tachement de cinquante archers. Leur charge fut si vigoureuse, qu'elle rompit le centre des idolâtres ; mais en les poursuivant ils perdirent l'avantage du terrain : les archers abandonnèrent leur poste ; les uns et les autres , séduits par l'appât du butin , désobéirent à leur général, et rompirent leurs rangs. L'intrépide Caled, faisant tourner sa cavalerie sur leurs flancs et sur leurs derrières , s'écria à haute voix que Mahomet venait d'être tué. Il avait en effet reçu un coup de javeline au visage , et une pierre lui avait cassé deux dents : cependant, au milieu du désordre et de l'épouvante , il reprochait aux infidèles le meurtre d'un prophète, et il bénissait la main amicale qui étanchait son sang et le conduisait en lieu de sûreté. Soixante-dix martyrs perdirent la vie pour les péchés du peuple ; ils tombèrent, dit l'apôtre, en priant, et chacun tenant embrassé le corps de son frère d'armes , mort avec lui (i) : les femmes de la Mecque mutilèrent inhumainement leurs cadavres, et l'épouse d'Abu-Sophian mangea un morceau des entrailles de Hamza, oncle de Mahomet. Les Koreishites purent jouir du triom-
(i) Dans le troisième chapitre du Koran ( p. 5o-53 , avec les Notes de Sale ) le prophète donne quelques misérables excuses sur la défaite d'Ohud.
ou
phe de leur superstition et satisfaire leur fureur; mais la petite armée de Mahomet se rallia bientôt sur le champ de bataille , et ils n'eurent ni assez de force ni assez de courage pour entreprendre le siège Les nations, ^e. Médinc. L'apôtrc fut attaqué l'année suivante par
le fossé, . . .y f ->• •
A. D. 625. dix mille ennemis , et cette troisième expédition prit son nom tantôt des nations qui marchaient sous le drapeau d'Abu-Sophian, tantôt àw fossé qu'on creusa devant la ville et devant le camp où les musulmans étaient retranchés au nombre de trois mille. Mahomet évita prudemment une action générale ; Ali signala sa valeur dans un combat singulier : cette guerre se prolongea pendant vingt jours, après lesquels les confédérés se retirèrent. Un ouragan , accompagné de pluie et de grêle, renversa leurs tentes ; lin adversaire insidieux fomentait leur division , et les Koreishites, abandonnés de leurs alliés, n'espérèrent plus abattre le trône ou arrêter les conquêtes de l'homme invincible qu'ils avaient proscrit (1). Mahomet I^G choix qu'avait voulu faire Mahomet de la ville
Ta^i" d^e^i'A! ^^ Jérusalcm , pour le premier kebla de la prière ,
labie. A. D. f^Jt connaître l'inclination que lui avaient d'abord 623-627. ,
inspirée les Juifs ; et il eût été à désirer , pour leurs
intérêts temporels , qu'ils eussent reconnu dans le
(1) Voy. sur les détails des trois guerres de Beder, d'Oliud et du fossé , entreprises par les Koreishites contre Mahomet, Abulféda (p. 56-6 1, 64-69, 73-77), Gagnier (t. 11 , p. 23-45 , 70-96, 120-189) , avec les articles de d'Herbelot et les Abrégés d'Ehnacin ( Hist, Seracen. , p. 6, 7) et Abulpharage [Djnaat.^ p. 102).
DE l'empire romain, chap. l. io3
prophète arabe l'espoir d'Israël et le Messie qui leur avait été promis. L'opiniâtreté des Juifs convertit son affection en une haine implacable ; il persécuta ce peuple infortuné jusqu'au dernier moment de sa vie, et en sa double qualité d'apotre et de conquérant , cette persécution s'étendit en ce monde et dans l'autre (i). Les Kainoka habitaient Médine sous la protection de la cité ; Mahomet saisit l'occasion d'un tumulte élevé par hasard pour leur déclarer qu'ils devaient embrasser sa religion ou le combattre. «Hélas ! répondirent les Juifs tremblans , nous ne savons point manier les armes ; mais nous persévérons dans la croyance et le culte de nos pères ; et pourquoi veux-tu nous réduire à la nécessité d'une juste défense ? » Cette lutte inégale se termina en quinze jours , et ce fut avec une extrême répugnance que le prophète se rendit aux instances de ses alliés, et qu'il fit aux captifs grâce de la vie ; mais il confisqua leurs richesses. Leurs armes devinrent plus redoutables entre les mains des musulmans qu'elles ne l'avaient été dans les leurs, et sept cents malheureux exilés furent forcés d'aller avec leurs femmes et leurs enfans implorer un asile sur les frontières de la Syrie. LesNadhirites étaient plus coupables , car ils avaient essayé d'assassiner le prophète au milieu d'une conférence amicale. Mahomet assiégea leur château,
(i) Abulféda (p. 6i , 71, q']^ 87, etc.) et Gagnier ( 1. 11, p. 6i-65 , 107-112, 139-148, 268-294) racontent les guerres de Mahomet contre les tribus juives de Kainoka 9 des Nadhirites , de Koraidlia et de Chaibar.