HISTOIRE DE LA DECA.DENCE
atroce ; ce sont leurs expressions (i). Les Arabes enlevèrent dans le combat l'étendard de la monarchie, formé du tablier de cuir d'un forgeron qui s'était jadis élevé an rang- de libérateur de la Perse; mais une profusion de pierres précieuses couvrait et cachait presque ce gage d'une pauvreté héroïque (2). Après cette victoire , la riche province d'Irak ou de FAssyrie se soumit au calife , et la fondation de Bassora (3), place qui domine toujours le commerce et la navigation des Perses, l'affermit promptement dans ses conquêtes. A quatre-vingts milles du golfe , l'Euphrate et le Tigre se réunissent pour ne former qu'un seul courant large et droit, qu'on appelle avec raison la rivière des Arabes. Bassora fut établie sur la rive occidentale, a mi-chemin entre la jonction et l'embouchure des deux fameuses rivières. Huit cents musulmans formèrent la première colonie ; mais les avantages de sa situation en firent bientôt une capitale florissante et peuplée. L'air , quoique d'une extrême
(i) Atrox y contumax , plus seniel l'enovatum ; telles sont les expressions bien choisies du traducteur d'Abulféda (Reiske, p. 69).
(2) D'Herbelot , Bihl. orient. , p. 207-348.
(3) Le lecteur trouvera des détails satisfaisans sur Bassora , dans la Geogr. nubienne , p. 121 ; d'Herbelot (^Bihl, orient., p. 192) ; d'Anville {X Euphrate et le Tigre , p. i3o-i33-i45) ; Raynal (^Hist. philosoph, des Deux-Indes. , 1. 11 , p. 92-100); Voyages de Pictro délia Valle (t. iv, p. 370-391 ) ; Tavernier (t. i , p. 240-247); Thévenot (t. 11 , p. 545-584'!; Olter (t. II j p. 45-78) ; lSiebuhr( t. Ji , p. 172-J99.3
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chaleur, y est pur et sain; des palmiers et des troupeaux de bétail couvrent les prairies environnantes, et l'une des vallées d'alentour a été comptée parmi les quatre paradis ou jardins de l'Asie. Sous les pre- Fondation
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miers calires, la juridiction de cette colonie arabe s'étendait jusque sur les provinces méridionales de la Perse ; la ville a été consacrée par les tombeaux de plusieurs compagnons de Mahomet , martyrs de l'islamisme; et les navires européens continuent à fréquenter le port de Bassora , qui offre une station commode et un passage au commerce de l'Inde.
Malgré la perte de la bataille de Cadésie , un pays Sac de Mo.
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entrecoupe de rivières et de canaux pouvait opposer 637. Mars, une barrière insurmontable à la cavalerie des vainqueurs, et les murs de Ctésiphon et de Modain , qui avaient résisté aux machines des Romains , n'auraient pas été renversés par les dards des musulmans; mais ce qui acheva la ruine des Perses, ce fut cette idée que leur religion et leur empire étaient arrivés à leur dernier jour; les postes les mieux fortifiés furent abandonnés par la lâcheté ou la trahison de ceux qui les gardaient; et le roi , suivi d'une partie de sa famille et de ses trésors , se réfugia à Holwan , au pied des collines de la Médie. Le troisième mois api es la bataille, Said, lieutenant d'Omar, passa le Tigre sans opposition ; la capitale de la Perse fut prise d'assaut , et la confuse résistance du peuple ne fit que donner plus d'impétuosité aux coups des musulmans, qui s'écriaient avec un transport religieux : « Voilà le palais blanc de Chosroès ; voilà la pro-
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messe de l'apôtre de Dieu accomplie. » La pauvreté des brigands du désert se trouva tout d'un coup changée en une richesse surpassant leurs espérances et leurs idées. Chacune des chambres de ce palais offrait un nouveau trésor caché avec art ou pompeusement étalé : l'or, l'argent, les meubles et les vêtemens précieux surpassèrent , dit Abulféda, tous les calculs de l'imagination ou la portée des nombres ; et un autre historien porte la somme inouïe et presque infinie de ces fabuleuses richesses a trois mille milliers de millions de pièces d'or (i). Des faits minutieux, mais propres a intéresser la curiosité , montrent bien le contraste de la richesse et de l'ignorance. La ville renfermait une grande provision de camphre (2), venu des îles éloignées de l'océan de l'Inde, et destiné à être mêlé dans la cire qui sert à éclairer les
(1) Mente vlx potest numerove comprehendi quanta spolia nostris cesserint ( Abulféda , p. 69). Au reste , je présume que le calcul extravagant d'Elmacin est une faute de la traduction , et non pas du texte. J'ai reconnu que ceux qui ont traduit d'anciens ouvrages , des ouvrages grecs , par exemple , sont de mauvais calculateurs.
(2) L'arbre du camphre croît à la Chine et au Japon , mais on donne plusieurs quintaux de ce camphre , d'une qualité inférieure , pour une livre de la gomme de Bornéo et de Sumatra , beaucoup plus précieuse ( Raynal , Hist. philosoph. , t. I , p. 303-365 ; Dictionnaire d'Hist. naturelle, par Bomare ; Millar , Gaj'demrs Dictionarjr). C'est peutêtre de Bornéo et de Sumatra que les Arabes importèrent dans la suite leur camphre ( Géographe nubien. , p. 34 , 35 , d'Herbelot, p. 232).
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palais de l'Orient. Les Sarrasins ne connaissant ni la propriété ni le nom de cette gomme odoriférante , la prirent pour du sel; ils en mirent dans leur pain , et furent étonnés de son amertume. Un tapis de soie de soixante coudées de longueur et d'autant de largeur, décorait un des appartemens du palais : il représentait un paradis ou jardin ; on y voyait des fleurs , des fruits et des arbrisseaux , brodés en or ôu figurés par des pierres précieuses , et le tout environné d'une bordure verdoyante nuancée de différentes couleurs. Le général arabe , persuadé avec raison que le calife pourrait voir avec plaisir ce bel ouvrage de la nature et de l'art , détermina ses soldats à renoncer à cette partie du butin. Le rigide Omar, sans s'occuper du mérite de l'art et de la magnifî- ^cence royale déployée dans cette composition, en partagea les fragmens à ses frères de Médine. Le tableau fut détruit; mais telle était le prix de la matière, que la seule portion d'Ali se vendit vingt mille drachmes. Un mulet qui emportait la tiare et la cuirasse, la ceinture et leâ bracelets de Chosroès , fut arrêté ; on offrit ce brillant trophée au commandeur des fidèles , et les plus graves d'entre ses compagnons sourirent en voyant la barbe blanche , les bras couverts de poils et la figure grossière de ce vieux soldat revêtu des dépouilles du grand roi (i). Après Fondatioa le sac de Ctésiphon , cette ville , bientôt abandonnée ,
(i) Foyez Gagnier , Fie de Mahomet, t. i, p. 376, 877* Je puis croire le fait sans ajouter foi à la prophétie.
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tomba peu a peu en ruines. Les Sarrasins n'en aimaient ni la température ni la situation , et le général d'Omar lui conseilla de transférer le siège du gouvernement sur la rive occidentale de l'Euphrate. Dans tous les temps , la fondation et la ruine des villes d'Assyrie ont été faciles et promptes. Le pays est dénué de pierres et de bois de charpente ; les édifices les» plus solides (i) sont de briques cuites au soleil et réunies par un ciment de bitume, production du pays. Le nom de Cufa (2) ne peut rappeler d'autre idée que celle d'une habitation bâtie de roseaux et de terre ; mais une riche, nombreuse et courageuse colonie de vétérans peuplait alors cette nouvelle capitale , à laquelle elle donnait de l'importance : les plus sages d'entre les califes , craignant de provoquer la révolte de cent mille guerriers , toléraient leurs habitudes de licence. « Habitans de Cufa , disait Ali , qui sollicitait leur secours , vous vous êtes toujours distingués par votre valeur. Vous avez vaincu le roi de Perse , vous avez tenu ses forces dispersées jusqu'au moment où vous vous êtes emparés de son héritage. » Les batailles de Jalula et de Nehavend achevèrent cette grande conquête. Après la perte de
(i) La tour de Belus à Babylone et le vestibule de Chosroès à Ctésiphon sont les ruines les plus considérables de l'Assyrie. Elles ont été visitées par Pietro délia Valle, voyageur curieux et vain ( t. I , p. 713-718 , 731-735).
(2) Consultez l'art. Coufali de la Bibliothèque de d'Herbelot (p. 277-278 ), et le second vol. de l'Histoire d'Ockley , surtout les pages 40 «t i53.
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!a première , Yezdegerd ne se crut plus en sûreté à Holvvan; il alla cacher sa honte et son désespoir dans les montagnes du Farsistan , d'où Cyrus était descendu avec ses braves compagnons , alors ses égaux. Le courage de la nation survécut a celui de son monarque ; au milieu des collines situées au sud d'Ecbatane ou Hamadan , cent cinquante mille Perses firent un troisième et dernier effort pour défendre leur religion et leur pays , et les Arabes donnèrent à la bataille décisive livrée l\ Nehavend, le nom de victoire des victoires. S'il est vrai que le général persan fut pris au milieu d'une troupe de mulets et de chameaux chargés de miel, qui l'avait arrêté dans sa fuite, cet incident , quelque léger ou quelque singulier qu'il puisse nous paraître, sert à nous faire comprendre quels obstacles (i) devait apporter à la marche d'une armée d'Orient le luxe qu'elle traînait à sa suite.
Les Grecs et les Latins ont parlé d'une manière Conquête très-imparfaite de la géographie de la Perse ; mais a. d. 637il paraît que ses villes les plus célèbres sont antérieures à l'invasion des Arabes. La réduction de Hamadan et d'Ispahan , de Caswin , de Tauris et de Rei , approcha peu à peu ces conquérans des rives de la mer Caspienne; et les orateurs de la Mecque purent célébrer les succès et la valeur des fidèles , qui avaient
( 1) Fojez l'article Nehavend de d'Herbelot (p. 667-668}, cl les Voyages en Turquie et en Perse, par Otter, loin. 1, page 191.