‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 2)Chapitre 26 sur 62 · HISTOIHE DE LA DÉCADENCE · texte numérisé non relu

HISTOIHE DE LA DÉCADENCE

déjà perdu de vue l'ourse septentrionale et presque dépassé les bornes du monde habitable (i). Se tournant ensuite du côté de l'Occident et de l'Empire | romain , ils repassèrent le Tigre sur le pont de Mosul ; I et au milieu des provinces captives de l'Arménie et de la Mésopotamie , ils embrassèrent leurs compatriotes de l'armée de la Syrie , qui de leur côté avaient eu de grands succès. Du palais de Modain ils se remirent en marche vers l'Orient , et leurs progrès ne furent ni moins rapides ni moins étendus. Ils s'avancèrent le long du Tigre et du golfe de la Perse , et après avoir passé les défilés des montagnes , ils arrivèrent dans la vallée d'Estachar ou de Persépolis , et profanèrent le dernier sanctuaire de l'empire des mages. Le petit- fils de Chosroès pensa être surpris au milieu des colonnes qui s'écroulaient et des figures mutilées, tristes emblèmes de la fortune passée et de la fortune présente de la Perse (2) : il traversa

( I ) C'est avec cette ignorance et ce ton admiratîf que l'orateur athénien décrivait les conquêtes que fit vers le nord Alexandre , qui cependant ne dépassa jamais les rives de la mer Caspienne. AAê|«sv^po? iï,a> t/,? u^Kra kui r*jç oiKHf^îvyjç , «>i*y» ^tiVy 'TTotfryiç f>e,i^vjçi)y.ii ( Escliine , contra Ctesiphont. , t. III , p. 534 » edit. grœc. orat. , Reiske ). Cette cause mémorable fut plaidée à Athènes ( Olymp. cxii , 3 ) , l'an 33o avant Jésus-Christ, durant l'automne (Taylor , IPréf.^ p. Syo , etc.) , environ un an après la bataille d'Arbèle ; Alexandre alors poursuivait Darius , et marchait vers l'Hyrcanie et la Bactriane.

(2) Nous devons ce fait curieux aux Dynasties d'Abnlpharage, p. 116. Il est inutile de prouver l'identité d'Esta.-

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dans sa fuite , avec toute la célérité possible , le désert de Kirman • il implora les secours des braves Segestains , et cbercha un asile obscur sur la frontière de l'empire des Turcs et de celui des Chinois ; mais une armée victorieuse est insensible à la fatigue : les Arabes divisèrent leurs forces, afin de poursuivre de toutes parts leur timide ennemi , et le calife Othman promit le gouvernement de Kliorasan au premier général qui pénétrerait dans cette contrée vaste et peuplée , qui avait formé autrefois le royaume de la Bactriane. La condition fut acceptée , le prix fut mérité ; l'étendard de Mahomet fut planté sur les murs de Hérat, Merou et Balch; et le général victorieux ne se reposa que lorsque ses chevaux fumans se furent désaltérés dans les eaux de l'Oxus. Dans l'anarchie générale, les gouverneurs des villes et des châteaux , devenus indépendans , obtinrent leur capitulation particulière ; l'estime , la prudence ou la compassion des vainqueurs en dictèrent les articles, et, selon sa profession de foi, le vaincu se trouva leur concitoyen ou leur esclave. Harmozan, prince d'Ahwah et de Suze , après une courageuse défense , fut contraint de remettre sa personne et ses états à la merci du calife. Leur entrevue donnera une idée des mœurs arabes. Lorsque ce barbare voluptueux fut en présence d'Omar, le calife ordonna de le dé-

cliar et de Persépolis (d'Herbelot, p. 827), et il le serait encore davantage de copier les plans et les descriptions de Chardin ou de Corneille-Ie-Bruyn.

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poulller de ses robes de soie brodées en or , et de sa tiare chargée de rubis et d'emeraudes : « Maintenant, dit le vainqueur à son captif, reconnaissez-vous l'arrêt de Dieu et la différence des traitemens qui attendent la soumission et l'infidélité? — Hélas! répondit Harmozan, je le sens trop profondément. Dans les jours de notre commune ignorance , nous combattions avec des armes terrestres , et ma nation eut l'avantage. Dieu était neutre alors; depuis qu'il a épousé votre querelle , il a renversé notre royaume et notre religion. )> Fatigué de ce pénible dialogue , le Persan se plaignit d'une extrême soif, mais il parut craindre qu'on ne le tuât au moment où il boirait. « Soyez sans crainte , lui dit le calife , votre vie est en sûreté jusqu'à ce que vous ayez bu cette eau. » Le rusé satrape le remercia de cette promesse, et au même instant il brisa le vase contre terre. Omar voulait le punir de sa supercherie; mais les musulmans lui rappelèrent la sainteté du serment, et la prompte conversion d'Harmozan à la religion de Mahomet, lui donna droit non -seulement au pardon, mais encore à un traitement de deux mille pièces d'or. Pour régler l'administration de la Perse, on fit le dénombrement du peuple , des têtes de bétail et des fruits de la terre (i); et si ce monument qui

(i) Après le récit de la conquête de la Perse, Théophane ajoute: «wt« «^g rco X^ova tKiXîva-iv Ovf^u^oç etvayiieiÇf^vui Trurcif

KTijveûy Kut ^vrcûv. ( Chronograph.., p. 283.)

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atteste la vigilance des califes était parvenu jusqu a nous , il deviendrait utile aux philosophes de tous les siècles (1).

Yezdegerd s'était porte , dans sa fuite , au-delà de ^îort dn

, • 5T 1 n /^^ dernier roi

1 Oxus et jusquau Jaxartes , deux ileuves (2) très- de la Perse, connus des anciens et des modernes , qui descendent des montagnes de l'Inde vers la mer Caspienne; il fut reçu avec hospitalité parTarkhan, prince de la Fargana (3) , province fertile , située sur les rives du Jaxartes. Le roi de Samarcande, les hordes turques de la Sogdiane et de la Scythie , se laissèrent toucher par les lamentations et les promesses du monarque détrôné; et ce malheureux prince implora l'amitié plus solide et plus puissante de l'empereur de la

(i) Dans la disette où nous sommes de raonumens sur cette partie de l'histoire , je regrette que d'Herbelot n'ait pas trouvé et employé une traduction en langue persane de l'ouvrage de Tabari, enrichie , à ce qu'il dit , de plusieurs extraits des annales écrites par les guèbres ou les mages ( Bibl. orient. , p. i o 1 4 )•

(2) Ce que nous savons de plus authentique des deux rivières de Sihon (Jaxartes) et du Gihon ( Oxus), se trouve dans l'ouvrage du shérif Al-Edrisi [Geogr. nubien. , p. 1 38) , dans Abulféda ( Descript. lihorasan , in Hudson , t. m , p. 23) , dans l'Ecrit d'Abulghazi-khan, qui régnait sur les riyes de ces deux fleuves (^Hist. généalog. des Tatars , p. 82 , 5 7 , 766 ), et dans le géographe turc , manuscrit qui se trouve à la Bibliothèque du roi de France ( Examen critique des historiens d'Alexandre.^ p. iC)4'36o).

(3) Abulféda (p. 76 , 77) décrit le territoire de la Fargana.

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Chine (i). Le vertueux Taitsong (2) , premier roi de la dynastie des Tang, peut être avec justice compare aux Antonins : son peuple vivait dans la paix et la prospérité , et quarante-quatre tribus de Tartares reconnaissaient ses lois. Cashgar et Khoten , garnisons de ses frontières, entretenaient des communications fréquentes avec les peuplades qui habitaient les environs du Jaxartes et de l'Oxus. Une colonie de Persans , depuis peu établie à la Chine , y avait introduit l'astronomie des mages; et Taitsong put voir avec crainte les rapides progrès et le dangereux voisinage des Arabes. L'influence et peut-être les secours du gouvernement de la Chine ranimèrent l'espoir de Yezdegerd et le zèle des adorateurs du feu ; il s'avança a la tête d'une armée de Turcs , pour reconquérir le royaume de ses pères. Les fortunés musulmans eurent , sans tirerleurs épées,le spectacle de sa défaite et de sa mort. Le petil-fils de Chosroès fut trahi par un de ses serviteurs , insulté par les habitans révoltés de Merou , et attaqué , défait , pour-

( I ) Eo redegit angustiaruin eurndem regem exulern , ut Turcici régis et Sogdiani , et Sinensis auxilia missis litteris imploraret { Ahulféda , Annal., p. 74). Freret {^Mémoires de tAcad. des inscript. , t. xvi , p. 245-255 ) et de Guignes ( Hist. des Huns , 1. 1 , p. 54-69) , ont jeté beaucoup de joursur les rapports de l'histoire de la Perse avec celle de la Chine. M. de Guignes donne des détails géographiques sur les frontières des deux pays (t. i, p. i-/\Z ).

(2) Hist. Sinica, p. 41-46, dans la troisième partie des Relations curieuses de Thévenot,

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suivi par les Tartares qu'il avait pris pour alliés. Il arriva au bord d'une rivière ; il pria un meunier de le porter dans son bateau à l'autre rive , et lui offrit ses anneaux et ses bracelets : incapable de concevoir ou de sentir les malheurs d'un roi , cet homme grossier lui répondit : que son moulin rapportait par jour quatre drachmes d'argent, et qu'il n'abandonnerait son travail que dans le cas où on l'en dédommagerait. Ce moment d'hésitation et de retard donna à la cavalerie turque le temps d'arriver et de massacrer le dernier des roissassaniens (i), alors dans la dix-neuvième année de son malheureux règne. Firuz son fils , humble courtisan de l'empereur de la Chine , accepta l'emploi de capitaine de ses gardes ; et une colonie de Persans qui s'établit dans la province de la Bucharie, y conserva long-temps la religion des mages. Son petit-fîls hérita du titre de roi ; mais après une faible tentative qui ne fut suivie d'aucun succès, il retourna à la Chine , et termina sa carrière dans le palais de Sigan. La hgne mâle des Sassanides s'éteignit; mais les captives du sang royal de Perse furent données aux vainqueurs, en qualité d'esclaves ou d'épouses, et le sang des califes et des imans fut anobli par ces illustres mères. (2)

(i) J'ai tâché d'accorder les récits d'Elmacin [Hcst. Saracen. , p. 87 ), d'Abulpharage (Z)j/2«5?. , p. 1 1 6 ) , d' Abulféda ( Annal. , p. 74-79) et de d'Herbelot (p. 485 ). La fin d'Yezdegerd fut non -seulement malheureuse, mais obscure.

(2) Yezdegerd laissa deux filles : l'une épousa Hassan, fils d'Ali , çt l'autre Mohammed , fils d'Abubeker 5 Hassan

igo HISTOIRE DE LA DECADENCE

Conqnêfe Après la dcstruction du royaume de Perse, l'em-

de la ïraus- -jo • r..i ' ^ ^ ii

oxiane. A. P^î'^ dcs harrasins ne tut plus sépare de celui des • 712- Turcs que par la rivière d'Oxus. La valeur des Arabes franchit bientôt cette étroite limite : les gouverneurs du Khorasan étendirent peu à peu leurs incursions, et l'une de leurs victoires leur valut la conquête d'une bottine que laissa tomber une reine des Turcs , au moment où elle s'enfuyait à pas précipites au-delà des collines de Bochara (i); mais la conquête définitive de la Transoxiane (sj, aussi-bien que celle de

fut suivi d'une nombreuse postérité. La fille de Phirouz épousa le calife Walid, et Yezid, leur fils, faisait remonter son origine, ou véritable ou fabuleuse, aux Cliosroès de la Perse , aux Césars de Rome et aux Chagans des Turcs ou des Avares ( d'Herbelot , Bibl. orient. , p. 96-487 ).

(1) Cette bottine, évaluée deux mille pièces d'or, fut prise par Obeidollali, fils de Ziyad , qui rendit ensuite son nom odieux par le meurtre de Hosein ( Ockley, Hisiory of the Saracens , vol. 11, p. 142, i43)- Salem, son frère, avait avec lui son épouse ; c'est la première femme arabe qui ait passé rOxus (A. D. 680); elle emprunta ou plutôt elle vola la couronne et les pierreries de la reine des Sogdiens

(2) M. Greaves a traduit une partie de la géographie dAbulféda ; il l'a insérée dans la collection des geographi minores d'Hudson ( t. m ) , sous le titre de Descriptio Chorasmiœ et Mawaralnahr.e , ici est, regionum extra fluviuin Oxum y p. 80. Petis de La Croix ( Hist. de Gengis-kan, etc.) et quelques-uns des auteurs modernes qui ont écrit sur les contrées de l'Orient, emploient avec raison le mot de Trans~ oxiana , qui est plus agéable à l'oreille , et qui signifie la même chose ; mais ils se trompent en l'attribuant aux écrivains de rantiqulté.

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l'Espagne^ était réservée au règne glorieux de l'inactif Walid , et le nom de Catibah , qui signifie un conducteur de chameaux, annonce l'extraction et le mérite du général qui subjugua ces deux contrées. Tandis qu'un de ses collègues arborait pour la première fois l'étendard des musulmans sur les rives de l'Indus , Catibah soumettait a la religion du prophète et à l'empire du calife les vastes réglons situées entre l'Oxus, le Jaxartes et la mer Caspienne (i). Les infidèles furent assujettis à un tribut de deux millions de pièces d'or; on brûla ou l'on mit en pièces leurs idoles : le chef musulman prononça un sermon dans la nouvelle mosquée de Carlzme; après plusieurs combats, les hordes turques furent repoussées jusqu'au désert , et les empereurs de la Chine sollicitèrent l'amitié des Arabes victorieux. On peut attribuer, en grande partie , à leur industrie, la fertilité de cette province , qui formait la Sogdiane des anciens j mais depuis le règne des rois macédoniens , on connaissait les avantages de son terroir et de son climat , et on en tirait parti. Avant l'invasion des Sarrasms, Carlzme, Bochara et Samarcande étaient des villes riches et peuplées , sous le joug des pasteurs du Nord. Elles étaient environnées d'une double muraille , et le mur extérieur renfermait les champs et les jardins appartenans au district de la ville. Les négocians de la

(i) Elmacin [Hlst. Saracen, , p. 84) , d'Herbelot (^Bibl. nrlent.^ Calibah, Samarcande , AValid ) et de Guignes ( Hist, des Huns , t. i , p. 58 , 69 }, indiquent légèrement les conquêtes de Catibah.

So^diaiie fournissaient toutes les marchandises dont l'Inde et l'Europe avaient besoin, et c'est des fabriques de Sainarcande que s'est répandu en Occident cet art inestimable qui transforme le linge en papier, (i) Invasion H. Abubckcr, après avoir rétabli l'unité de la foi

de la Syrie. ., , . . 1 ^ ,

A. D. 632. et du gouvernement , écrivit cette lettre a toutes les tribus arabes. « Au nom du Dieu miséricordieux, salut et bonheur au reste des vrais croyans , et que les bénédictions du ciel soient avec vous. Je loue le Dieu tout-puissant , et je prie pour Mahomet son prophète.— Je vous avertis que je me propose d'envoyer les vrais croyans dans la Syrie (2) , afin de l'arracher

(i) On a inséré dans la Bibllotheca arabico-hispana , une description curieuse de Samarcande (t. i , p. 208, etc.). Le bibliothécaire Casiri raconte ( t. 11 , g ), d'après un témoignage digne de foi, que le papier fut importé pour la pre— pière fois de la Chine à Samarcande ( A. H. 3o) , et qu'on l'inventa ou plutôt qu'on l'introduisit à la Mecque (A. H. 88 ). La Bibliothèque de l'Escurial possède un manuscrit sur papier , qui est du quatrième ou cinquième siècle de rhégyre.

(2) Al-Wakidi , cadi de Bagdad , qui naquit A. D. 748 , qui mourut A. D. S22 , a composé une histoire particulière de la conquête de la Syrie ; il a aussi écrit l'histoire de la conquête de l'Egypte , du Diarbekir, etc. Al-Wakidi , supérieur aux chroniques stériles et récentes des Arabes , a le double mérite d'être ancien et fort détaillé ; les contes et les traditions qu'il rapporte offrent un tableau sans art de la nature humaine et de son siècle : au reste , sa narration est trop souvent défectueuse , remplie de détails minutieux

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