‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 2)Chapitre 33 sur 62 · X. . li · texte numérisé non relu

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qui m'ont déterminé a dévouer ma vie pour la cause de la religion; je veux obtenir la faveur de Dieu et celle de son apôtre; j'ai ouï dire à un des compagnons du prophète que les esprits des martyrs seront logés dans les jabots des oiseaux verts qui mangeront les fruits du paradis et qui boiront l'eau de ses rivières. Adieu : nous nous verrons au milieu des bocages et auprès des fontaines que Dieu réserve a ses élus. » Ceux des fidèles qui tombaient au pouvoir de l'ennemi avaient à exercer une constance moins active , mais beaucoup plus difficile ; et on applaudit un cousin de Mahomet qui , au bout de trois jours d'abstinence , refusa le vin et le cochon que la malice des infidèles lui offrit pour unique nourriture. La faiblesse de quelques musulmans moins courageux était un sujet de désespoir pour ces implacables fanatiques , et le père d'Amer déplora d'un ton pathétique l'apostasie et la damnation de son fils, qui avait renoncé aux promesses de Dieu et a l'intercession du prophète , pour occuper un jour, au milieu des prêtres et des diacres, les demeures les plus profondes de l'enfer. Ceux des Arabes plus heureux qui survécurent à la guerre , en persévérant dans la foi, furent préservés par leurs chefs du danger d'abuser de leur prospérité. Abu - Obeidah ne donna à ses troupes que trois jours de repos , et les éloignant de la contagion des mœurs d'Antioche, il assura le calife que les rigueurs de la pauvreté et du travail pouvaient seules maintenir leur religion et leur vertu. Mais la vertu d'Omar, si sévère pour lui-

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même , était indulgente et douce à l'égard de ses frères. Après avoir payé à son lieutenant un juste tribut d'éloges et de remercîmens , il donna une larme à la compassion , et s'asseyant à terre, écrivit à Obeidah une lettre où il le reprenait avec douceur de sa sévérité. « Dieu , lui dit le successeur du prophète, n'a pas interdit l'usage des bonnes choses de ce monde aux fidèles et à ceux qui ont fait de bonnes oeuvres: ainsi donc vous auriez dû procurer plus de repos à vos troupes, et leur permettre de jouir des choses agréables qu'offre le pays où vous vous trouvez. Ceux des Sarrasins qui n'ont point de famille en Arabie peuvent se marier en Syrie, et chacun d'eux est le maître d'acheter les esclaves femelles dont il aura besoin. » Les vainqueurs se disposaient à user et à abuser de ces agréables permissions ; mais l'année de leur triomphe fut marquée par une mortalité sur les hommes et les troupeaux, qui fit périr en Syrie vingt-cinq mille Sarrasins. Les chrétiens durent regretter Obeidah ; mais ses frères se souvinrent qu'il était un des dix élus que le prophète avait nommés héritiers de son paradis (i). Caled vécut encore trois ans, et on montre aux environs d'Emèse la tombe de Vépée de Dieu. Sa valeur , à

(i) Abulféda , Annal, Moslem.^ p. 73. Mahomet pouvait avoir l'adresse de varier les éloges qu'il donnait à ses disciples. Il disait ordinairement d'Omar , que s'il pouvait y avoir un prophète après lui, ce serait Omar; et que dans une calamité générale la justice divine l'excepterait ( Ockl. , vol. I, p. 221 ).

laquelle les califes ont dû l'établissement de leur empire en Syrie et en Arabie , était fortifiée par l'opinion où il était que la Providence prenait de lui un soin particulier; et tant qu'il porta une cape qu'avait bénie Mahomet, il se crut invulnérable au milieu des traits des infidèles.

Progrès des Lcs musulmans qui moururent en Syrie après la

vainqueurs ^x r ^ 1 ' 1 f

êe la Syrie, couquete lurcut remplaces par leurs enrans ou par 655, ^' leurs compatriotes; ce pays devint la résidence et le soutien de la maison d'Ommiyah; et le revenu , les troupes et les navires d'un si puissant royaume furent consacrés a étendre de toutes parts lempire des califes. Les Sarrasins méprisaient le superflu de gloire ; et leurs historiens daignent rarement indiquer les conquêtes inférieures qui se perdent dans l'éclat et la rapidité de leur course victorieuse. Au nord de la Syrie, ils passèrent le mont Taurus, ils subjuguèrent la province de Cilicie , et Tarse sa capitale , ancien monument des rois d'Assyrie. Arrivés au-delà d'une seconde chaîne des mêmes montagnes , ils répandirent le feu de la guerre plutôt que le flambeau de la religion jusqu'aux côtes de l'Euxin et aux environs de Constantinople. Du côté de Vorient^ ils s'avancèrent jusqu'aux sources de TEuphrate et du Tigre ( i ). Les limites si long-temps

(i) Al-Wakidi avait écrit aussi une histoire de la conquête du Diarbekir ou de la Mésopotamie ( Ockley, à la fin du second, "volume ) , que nos interprètes ne semblent pas avoir vue. La Chronique de Denis de Telmar , patriarche jacobite, raconte la prise d'Édesse, A. D. 637 , et celle de

DE l'empire ROiMÂÎN. CflAV. LT. 24^

contestées de Rome et de la Perse furent pour jamais effaeees ; Édesse, Amida , Dara et Nlsibls virent raser leurs murs, qui avaient résisté aux armes et aux machines de Sapor et de Nushirwan , et la lettre de Jésus-Christ non plus que l'empreinte de sa figure ne servirent de rien à la sainte ville d'Abgare auprès d'un conquérant infidèle. La mer borne la Syrie à V occident ^ et la ruine d'Aredus, petite île ou péninsule située sur la côte , n'eut lieu que dix ans après. Mais les collines du Liban étaient couvertes de bois propre à la construction ; le commerce de la Phénicie offrait une multitude d'hommes de mer, et les Arabes équipèrent et armèrent une flotte de dixsept cents barques , qui vit fuir devant elle les flottes de l'empire, depuis les rochers de la Pamphilie jusqu'à l'Hellespont. L'empereur, petit-fils d'Héraclius, avait été vaincu avant le combat par un songe et un jeu de mots (i) Les Sarrasins demeurèrent les maîtres de la Méditerranée et pillèrent successivement les îles de Chypre, de Rhodes et des Cyclades.

Dara , A. D. 641 (Assemani, BlhL orient, t. 11, p. to3); et les lecteurs attentifs peuvent recueillir quelques détails incertains dans la Chronographle de Théophane ( p. 'i85-i'87). La plupart des villes de la Mésopotamie se rendirent d'ellesmêmes ( Abulpharage , p. 112).

(i) Il rêva qu'il était à Thessalonique; songe tout-à-falt innocent et insignifiant; mais son devin ou sa lâcheté lui firent un présage certain de défaite , caché dans ce funeste mot hç uXXu viKtjv, donnez la victoire à un autre (Theoph. , p. 286; Zoîiare, t. 11, I. xiv, p. 88).

a 46 HISTOIRE DE LA DECADENCE

Trois siècles avant l'ère chrétienne, le mémorable et infructueux siège de Rhodes (t) par Démetrius, avait fourni à cette république le sujet et la matière d'un trophée : elle avait eleve à l'entrée de son port une statue colossale d'Apollon ou du Soleil : ce noble monument de la liberté et des arts de la Grèce avait soixante-dix coudées de hauteur. Le colosse de Rhodes subsistait depuis cinquante-six ans, lorsqu'il fut renversé par un tremblement de terre ; son énorme tronc et ses vastes débris demeurèrent huit siècles épars sur la terre, et on les a décrits souvent comme une des merveilles de l'ancien monde Les Sarrasins, après les avoir rassemblés , les vendirent à un marchand juif d'Edesse , qui, dit-on, y trouva assez d'airain pour charger neuf cents chameaux; poids qui paraît bien considérable , lors même qu'on y comprendrait les cent figures colossales (2) et les

(i) Tous les passag^es et tous les faits relatifs à l'ile, à la ville et au colosse de Rhodes , ont été recueillis dans le laborieux Traité de Meursius , qui s'est livré aux mêmes recherches sur les iles de Crète et de Chypre. {^J^ojez dans le troisième volume de ses ouvrages le Traité appelé Rhodns 1. I, c. i5, p. 715-719.) L'ignorance de Théophane et de Constantin , écrivains de l'histoire byzantine , porte à treize cent soixante ans l'espace de temps qui s'écoula entre la chute du colosse de Rhodes, et la vente de ses débris par les Sarrasins, et ils assurent ridiculement que ces débris firent la charge de trente mille chameaux.

(2) Centum colossi alium nobilitaturi locum , dit Pline/> avec son esprit ordinaire {Hist. natur. , xxxiv, 18 ).

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trois mille statues qui décoraient la ville du Soleil aux jours de sa prospérité.

III. Il est nécessaire , pour l'explication de l'histoire Ff yp'«. de la conquête de l'Egypte, d'entrer dans quelques vie d'Amroa. détails sur le caractère du vainqueur. Amrou , un des premiers d'entre les Sarrasins , à une époque où le courage et l'enthousiasme élevaient le dernier des musulmans au-dessus de lui-même , était d'une naissance à la fois vile et illustre. Il avait reçu le jour d'une célèbre prostituée , qui de cinq Koreishites qu'elle recevait chez elle^ ne put dire lequel était le , père de cet enfant ; mais d'après la ressemblance des traits, elle l'attribua à Aasi le plus âgé de ses amans ( i ). La jeunesse d' Amrou se laissa entraîner par les passions et les préjugés de sa famille ; il exerça son talent pour la poésie dans des vers satiriques contre la personne et la doctrine de Mahomet ; la faction qui dominait alors employa son adresse contre les exilés pour cause de religion , qui s'étaient réfugiés à la cour du roi d'Ethiopie (2) ; mais il revint de son ambassade secrètement dévoué à l'islamisme ; la raison

(1) Nous avons élé instruits de ce fait par le courage d'une vieille femme , qui le reprocha en face au calife et à son ami. Elle fut encouragée par le silence d'Amrou et les largesses de Moavriyah ( Abulféda , Annal. Moslem, , p. m).

(2) Gagnier (Fie de Mahomet ^ 1. 11, p. 46, etc.) cite l'histoire ou le roman abyssinien d'Abdel-Balcides. Au reste , ces détails sur l'ambassade et l'ambassadeur sont vraisemblabKs.

OU l'intérêt le de'termina à renoncer au culte des idoles^ il se sauva de la Mecque avec Caled son ami , et le prophète de Mëdine eut le plaisir d'embrasser au même instant les deux plus intrépides champions de sa cause. Amrou , qui montrait un extrême désir de se trouver à la tête des armées des fidèles , fut réprimandé par Omar, qui lui conseilla de ne pas chercher le pouvoir et la domination , car l'homme qui est sujet aujourd'hui, peut être prince demain. Au reste , les deux premiers successeurs de l'apôtre ne négligèrent pas son mérite ; ils durent à sa bravoure les conquêtes de la Palestine , et dans toutes les batailles et tous les sièges de la Syrie , il montra à la fois le sang-froid d'un général et la valeur d'un soldat rempli d'ardeur. Dans un de ses voyages de Médine, le calife lui témoigna le désir de voir l'épée qui avait privé de la vie tant de guerriers chrétiens : le fils d'Aasi lui présente un cimeterre fort court et qui n'avait rien de particulier, et s'apercevant de la surprise d'Omar : a liélas ! lui dit le modeste Sarrasin , l'épée elle-même, sans le bras de son maître souverain, n'est ni plus tranchante ni plus lourde que l'épée de Pharezdak le poète (i). » Après la conquête de l'Egypte, la jalousie du calife Othman l'engagea a rappeler Amrou ; mais dans les troubles qui survinrent, son ardeur à se montrer comme capitaine, comme

(i) Cette réponse a été conservée par Pococke ÇJVol. ad Carmen Tograi, p. 284)^ et M. Harris {VhUosophical Arrangements , p. 35o ) la loue avec raison.

DE l'empire romain, chap. lt. 249 homme d'état et comme orateur , le tira bientôt de la classe des particuliers. Ce fut a son puissant appui, soit dans les conseils ou a l'armée , que les Ommiades durent l'affermissement de leur grandeur. Moawiyah, reconnaissant , rendit le gouvernement et l'administration des finances de l'Egypte à un ami fidèle qui de lui-même s'était élevé au-dessus du rang d'un simple sujet , et Amrou termina sa carrière dans le palais et la ville qu'il avait fondés sur les bords du Nil. Les Arabes citent comme un modèle d'éloquence et de sagesse le discours qu'il adressa à ses enfans au lit de la mort : il y déplora les erreurs de sa jeunesse ; mais pour peu qu'il eût conservé un reste de vanité de poète (i) , il put s'exagérer le venin et le danger de ses anciennes satires contre l'islamisme.

Amrou campait dans la Palestine, lorsque ayant invasion surpris la permission du calife, ou peut-être même ^ d.'''(!3s! sans l'attendre , il se mit en route pour faire la con-^°^°' quête de l'Egypte (2). Le magnanime Omar comptait

(i) Voyez sur la vie et le caractère d'Amrou , Ockley (Hist. of the Saracens y voli, p. 28,63^94i 328, 34^5 3445^'^ à la findu volume; vol. ii, p. 5i, 55,57, 74, 110 , 11 '2 162), etOtter [Mém. deVAcad. des înscr., t. xxi, p. 1 3 i-i32). Les lecteurs de Tacite rapprocheront sans doute Vespasien et Mucien de Moawiyah et d'Amrou. Au reste , l'analogie est encore plus dans la position que dans le caractère de ces personnages.

(2) Al-Wakidi a composé aussi une histoire particulière de la conquête d'Egypte , que M. Ocîdey n'a pu se procurer ; et les recherches de ce dernier (vol. i, p. 344"362) ont ajouté très - peu de chose au texte original d'Eutychius

2 5o HISTOIRE J)E LA DECADENCE

sur Dieu et sur ses armes, qui avaient ébranle les trônes de Chosroès et de César; mais comparant la faible armée des musulmans et la grandeur de l'entreprise, il se repentit de son imprudence et écouta ses timides compagnons. L'orgueil et la puissance des anciens Pharaons étaient des idées très-familières aux lecteurs du Koran , et des prodiges renouvelés dix fois avaient à peine suffi pour effectuer, non la victoire , mais l'évasion de six cent mille des enfans d'Israël. L'Egypte avait un grand nombre de villes très-peuplées et fortement construites; le Nil formait seul , de ses branches nombreuses , une barrière insurmontable , et les Romains devaient défendre avec opiniâtreté le grenier de la capitale de l'empire. Dans cet embarras , le calife s'en rapporta à la décision du sort , ou , selon son opinion , à celle de laProvidence. L'intrépide Amrou était parti de Gaza , et marchait vers l'Egypte avec quatre mille Arabes seulement , lorsqu'il fut atteint par l'envoyé d'Omar. « Si vous êtes toujours en Syrie , disait la lettre équivoque du calife , retirez-vous sans délai ; mais si , à l'arrivée du courrier , vous êtes déjà sur la frontière d'Egypte , avancez avec confiance, et comptez sur le secours de Dieu et sur celui de vos frères. L'expérience , ou peut-être des avis secrets , avaient instruit Amrou à se défier de la stabilité des résolutions des cours, et

(^Annal,^ t. ii , p. 296-323 , vers. Pococke), patriarche melchitc d'Alexandrie, qui vécut trois siècles après la révolution.

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il continua sa route jusqu'au moment où il se trouva sur le territoire d'Egypte. Il assembla ses officiers , brisa le sceau , lut la lettre , et après avoir demandé gravement le nom et la situation du lieu où il était, il protesta de sa soumission aux ordres du calife. Après un siège de trente jours, il s'empara de Farmali ou Peluse , et la prise de cette ville, qu'on nommait avec raison la clef de l'Egypte , lui ouvrit l'entrée du pays jusqu'aux ruines d'Héliopolis , dans le voisinage de la ville actuelle du Caire.

Sur la rive occidentale du Nil , à peu de distance a Les Tilles

. ueMemphis,

l'est des pyramides et au sud du Delta, Mempnis,de Babyione

.|, , . 1 1 • r' 'i. et da Caire.

Ville de cent cinquante stades de circonférence , étalait la magnificence des anciens rois de l'Egypte. Sous le règne des Ptolémées et des Césars, le siège du gouvernement avait été transféré au bord de la mer; les arts et la richesse d'Alexandrie éclipsèrent bientôt l'ancienne capitale ; les palais et les temples de Memphis , devenus déserts , tombèrent en ruines ; mais au siècle d'Auguste , et même au temps de Constantin, on la mettait encore au nombre des villes les plus étendues et les plus peuplées (i). Les deux

(i) Strabon , témoin exact et attentif, observe en parlant d'Héliopolis , vwi fitv cuv tçi -zs-uvi^tjfioç yj tfoMç i^Geographia , liv. XVII, p. Il 58); mais en parlant de Memphis, il dit,

(p. ii6i ). Il remarque toutefois le mélange des habitans et la ruine des palais. Ammien , en traitant de l'Egypte proprement dite , compte Memphis parmi les quatre villes , maximis urbibus quibus provincia «to(xxii, l6);,et le

bords du Nil, large en cet endroit de trois mille pieds, étaient unis par deux ponts, l'un de soixante bateaux et l'autre de trente, appuyés au milieu du courant sur la petite île de Rouda, couverte de jardins et d'habitations (i). A l'extrémité orientale du pont se trouvaient la ville de Babylone et le camp •^'une légion romaine qui défendait le passnge du fleuve et la seconde capitale de l'Egypte. Amrou investit cette importante forteresse, qu'on pouvait regarder comme une partie de Memphis ou Misrah; un renfort de quatre mille Sarrasins arriva bientôt dans son camp, et il faut sans doute faire honneur à l'industrie et au travail des Syriens, ses alliés, de la construction des machines dont on se servit pour battre les murs. Cependant le siège dura sept mois : ces téméraires assaillans se trouvèrent environnés par l'inondation du Nil, qui menaça de les engloutir (2). Enfin la hardiesse de leur dernier assaut les fît triompher; ils passèrent le fossé défendu par des

nom de Memphis se monlre avec distinction dans l'Itinéraire romain et la liste des évéchés.

(i) On ne trouve que dans INiebuhr et le géographe de Nubie (p. 98 ) ces détails curieux sur la largeur (deux mille neuf cent quarante-six pieds) et les ponts du Nil.

(2) Le Nil commence à grossir imperceptiblement depuis le mois d'avril, l'élévation devient plus serisible durant la lune , qui est après le solstice d'été{ Pline , Hist, nat. , v. 1 o); et ordinairement on la proclame au Caire le jour de la Saint-Pierre ( le 29 juin ). Un registre de trente années indique la plus grande hauteur des eaux entre le 25 juillet et le 1 8 août ( Maillet , Descript. de V Egypte, lettre xi , p. 67, etc.

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pointes de fer; ils placèrent leurs échelles; ils pénétrèrent dans la forteresse en s'écriant ; Dieu est victorieux, et repoussèrent le reste des Grecs jusqu'à kurs bateaux et jusqu'à l'île de Rouda. Ce lieu offrant une communication facile avec le golfe et la péninsule d'Arabie , Amrou le préféra a Memphis , qui fut abandonnée. Les tentes des Arabes furent converties en habitations permanentes, et la première mosquée qu'on y éleva fut sanctifiée par la présence de quatre-vingts compagnons de Mahomet (i). Le camp sur la rive orientale du Nil devint une nouvelle cité; et dans l'état de ruine où se trouvent aujourd'hui les quartiers de Babylone et de Fostat , on les confond sous la dénomination de Vieux Misrah ou de Vieux Caire, dont ils formèrent un faubourg étendu; mais le nom de Caire, qui signifie la ville de la Victoire, appartient proprement à la capitale actuelle, que les califes Fatimites fondèrent au dixième siècle (2). Elle s'est éloignée peu à peu du Nil; mais un observateur attentif peut suivre la continuité des bâtimens , depuis les monumens de Sésostris jusqu'à ceux de Saladin (3).

Pococke, Description de l'Orient., vol. i, p. 200 ; Shaw's Travels, p. 383 ).

( I ) Murtadi, Merveilles de V Egypte, p. 243-25g. Il s'étend sur <^e i-n]oX avec le zèle et l'esprit: minutieux d'un citoyen et d'un dévot ; et ses traditions locales portent un grand aîr de vérité et d'exacrilude,

(2) Dlierbelot , Bibl. orient. , p. 233.

(3) La position du vieux et nouveau Caire est bien con-

ou

254 HISTOIRE DE LA DiCADENCE

afs^'^^'htS ^P^^^ ^^ triomphe si glorieux , les Arabes toute- " i^^^^i'^^s. fois se seraient vus contraints de regagner le désert, s'ils n'avaient trouvé un allié puissant au centre de l'Egypte. La superstition et la révolte des naturels du pays y avaient facilité les conquêtes d'Alexandre i ils abhorraient ces Perses, leurs tyrans , disciples des mages, qui avaient brûlé les temples de l'Egypte et rassasié leur faim sacrilège avec la chair du dieu Apis (i). Une cause pareille produisit, dix siècles après, une révolution semblable , et les chrétiens cophtes se montrèrent également ardens à soutenir un dogme incompréhensible. J'ai déjà expliqué l'origine et les progrès de la controverse des monophysites , ainsi que la persécution des empereurs, qui fit d'une

nue, et on l'a souvent décrite. Deux écrivains qui connaissaient parfaitement l'ancienne Egypte et l'Egypte moderne , ont , après de savantes recherches, fixé l'emplacement de Memphis à Gizch en face du vieux Caire ( Sicard , nouveaux Mémoires des Missions du Levant, t vi , p. 5 , 6 ; Observât. et Voyages de Shaw , p. 2g6-3o4 ). Cependant , nous devon» des égards à l'autorité et aux argumens de Pococke ( vol. i, p. 26-41 ) j de Niebuhr ( Voyage , 1. 1 , p. 77-106 ), et particulièrement de d'An ville ( Description de l'Egypte , p. 1 1 i , 112, 1 30-149) ^^ placent Memphis auprès du village de Mohannah, quelques railles plus bas au sud. Ces écrivains ont oublié, dans la chaleur de la dispute, que le vasle terrain d'une métropole couvre et anéantit la plus grande partie de l'espace qui fait le sujet de celte discussion.

(1) Fojes Hérodote , 1. m, c. 27, 28, 29 ; ^Elien, Hist. Var. , 1. IV, c. 8 \ Suidas , in ^x^^ > t. 11 , p. 774 ; Diodore de Sicile, t. 11,1. XVII , p. 197, édit. de Wesseling. Tcùv Ui^Tut tjtri/StjKoraiv tiç rot lî^oc^ dit le dernier de ces historiens.

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secte une nation , et indisposa l'Egypte contre leur religion et leur gouvernement. Les Sarrasins furent accueillis comme les libérateurs de l'Eglise jacobite , et Ton entama , durant le siège de Memphis , les négociations d'un traité entre une armée victorieuse et un peuple d'esclaves. Un riche et noble Egyptien , appelé Mokawkas , avait dissimulé sa croyance pour obtenir l'administration de sa province. Au milieu des désordres qu'entraîna la guerre des Perses, il aspira à l'indépendance; une ambassade de Mahomet le mit au rang des princes ; mais par de riches présens et des complimens équivoques , il éluda la proposition qui lui fut ^ite d'embrasser une nouvelle religion (i). L'abus qu'il avait fait du pouvoir qui lui avait été confié, l'exposait au ressentiment d'Hé • radius ; l'arrogance et la crainte l'empêchaient de se soumettre , et tout l'engageait a se jeter dans les bras de la nation , et à se procurer l'appui des Sarrasins. Dans ses premières conférences avec Amrou , il s'entendit proposer sans indignation l'alternative ordinaire , le Koran , le tribut ou le combat : « Les Grecs, dit-il , sont décidés à s'en remettre au sort des armes,

(i) Mokawkas envoya au prophète deux vierges cophtes , avec leurs suivantes et un eunuque ; un vase d'albâtre , un lingot d'or pur , de l'huile*, du miel et les plus belles toiles de l'Egypte ; un cheval , un mulet et un âne , distingués tous les trois par des qualités particulières. L'ambassade de Mahomet partit de Médine la septième année de l'hégyre ( A. D 628). Fojez Gagnier (/^/e de Mahomet , 1. 11 , p. 255, 256 , 5o3 ) , d'après Al-Jannabi.

mais je ne veux avoir de commerce avec les Greca ni dans ce monde ni dans l'autre; je renie à jamais le tyran qui donne des lois à Byzance, son concile de Chalcedoine , et les melchites , ses esclaves. Mes frères et moi nous sommes résolus de vivre et de mourir dans la profession de l'Évangile et de l'unité de Jésus-Christ. Nous ne pouvons embrasser la religioft de votre prophète , mais nous désirons la paix , et nous consentons de bon cœur à rendre tribut et obéissance à ses successeurs temporels. » Le tribut fut fixé a deux pièces d'or pour chaque chrétien ; les vieillards , les moines , les femmes et les enfans des deux sexes jusqu'à l'âge de seize ans, furent exemptés de cette taxe personnelle : les cophtes établis audessus et au-dessous de Memphis prêtèrent serment de fidélité au calife, et promirent de donner durant trois jours l'hospitalité à tout musulman qui voyagerait dans leur canton. Cette chartre de sûreté anéantit la tyrannie ecclésiastique et civile des melchites (i) ; les anathèmes de saint Cyrille retentirent dans toutes les chaires, et on rendit les églises et

(i) ïléraclius avait chargé le patriarche Cyrus de la préfecture de l'Egypte et de la conduite de la guerre (Thcoph., p. 280, 281 ). « Ne consultez-Vous pas vos prêtres en Espagne? disait Jacques 11. — Oui, lui répondit l'ambassadeur du roi catholique , et nos affaires vont en conséquence. » Je n'ose , en vérité , rapporter les plans de Cyrus , qui voulait payer le tribut aux musulmans sans din.inuer le revenu de l'empereur , et convertir Omar en lui fusant épouser la fille d'Héraclius ( Nicephor., Breviar. , p. 17, i8}.

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]eur patrimoine à la communion des jacobites, qui jouirent sans modération de cet instant de triomphe et-de vengeance. Benjamin, leur patriarche, sortit de son désert d'après les sollicitations pressantes d'Amrou; et à la suite d'un entretien avec lui , Tobligeant Amrou se plut à déclarer qu'il n'avait jamais rencontré aucun prêtre chrétien de mœurs plu$ pures, d'un esprit plus vénérable (i). Le lieutenant d'Omar se rendit de Memphis à Alexandrie; et durant cette marche il compta si fort sur l'affection et la reconnaissance des Égyptiens, qu'il ne prit aucune précaution pour sa sûreté : à son approche on réparait les chemins et les ponts , et sur toute la route on s'empressa de lui fournir des vivres et de l'instruire de ce qui se passait. La détection fut universelle , et les Grecs d'Egypte , qui égalaient à peine la dixième partie des naturels, furent hors d'état d'opposer la moindre résistance ; on les avait toujours détestés, et on ne les craignait plus : le magistrat n'osait plus paraître sur son tribunal; l'évêque n'osait plus se montrer à l'autel , et les garnisons éloi, gnées furent surprises ou affamées par les gens du pays. Si le Nil n'eût pas donné une communication facile et prompte avec la mer, il ne se serait sauvé aucun de ceux qui, par leur naissance, leur langage,

(i) rojez la f^ie de Benjamin dans Renaudot ( Hist.potr. Alerand., p. I56-l7'^) ' ^^^ ^ enrichi l'histoire de la conquêle de l'É^ypte «le quelques faits tirés da texte arabe de Severusj historien jacobite,

leur emploi ou leur religion, avaient des liaisons avec les Grecs.

Leur retraite dans la Haute-Egypte avait réuni des troupes conside'rables dans l'île de Delta ; les canaux naturels et artificiels du Nil formaient une suite de postes avantageux et faciles à défendre; et pour arriver à Alexandrie, les Sarrasins victorieux employèrent vingt-deux jours , durant lesquels ils livrèrent un grand nombre d'actions générales ou particulières. Les annales de leurs conquêtes n'offrent peutêtre pas d'entreprise plus difficile et plus importante que le siège d'Alexandrie (i). Cette ville, la première ville de commerce du monde entier , était abondamment fournie de toutes sortes de munitions et de moyens de défense. Ses nombreux habitans combattaient pour les droits les plus chers au cœur de l'homme, la religion et la propriété; et la haine des naturels du pays semblait ne leur laisser aucun espoir d'obtenir la paix et la tolérance. La mer était toujours libre , et si la détresse de l'Egypte eût pu réveiller l'indolence d'Héraclius, il lui aurait été facile de verser dans la seconde capitale de l'empire

(i) Le premier des géographes, d'Anville {Mémoire sur l'Egypte, p. 52-63), nous a donné la description locale d'Alexandrie ; mais nous devons chercher quelques détails de plus dans les voyageurs modernes ; je ne citerai que Thtveuoi^Fojage au Levant, -^iLVX.i^ p. 38 r -395 ) ; Pococke ( vol. I , p. 2- 1 3 ) ; Niebuhr ( Voyage en Arabie , 1. 1, p. 34- 43 ) ; deux Voyages plus récens et rivaux , ceux de Savary et de Volney , le premier pourra amuser ; l'autre instruira.

DE l'empire romain, chap. li. sSq

de nouvelles armées de Romains et de Barbares. Alexandrie offrait dix milles de circonférence , et cette étendue aurait pu avoir l'inconvénient de diviser les forces des Grecs et de favoriser les stratagèmes d'un ennemi actif; mais bâtie en un carré oblong dont la mer et le lac Marœotis couvraient les deux côtés , elle ne présentait à chacune des extrémités qu'un front qui n'avait pas plus de dix stades. Les Arabes proportionnèrent leurs efforts à la difficulté du siège et a la valeur de la place. Du haut de son trône de Médine, Omar tenait les yeux fixés sur le camp et sur la ville ; sa voix excitait au combat les tribus arabes ainsi que les vétérans de la Syrie ; et le zèle de cette sainte guerre était puissamment soutenu par la réputation et la fertilité de l'Egypte. Les Égyptiens, agités du désir de perdre ou de chasser leurs tyrans , secondaient par leurs travaux les efforts d'Amrou ; l'exemple de leurs alliés ranima peut-être dans leur sein quelques étincelles de l'esprit martial, et Mokawkas se flattait de l'ambitieuse espérance que son tombeau serait placé dans l'église dé Saint- Jean d'Alexandrie. Le patriarche Eutychius observe que les Sarrasins combattirent avec un courage de lion ; ils repoussèrent les sorties fréquentes et presque journalières des assiégés , et ne tardèrent pas à attaquer eux-mêmes les murs et les tours de la ville. Dans toutes les attaques , le glaive et le drapeau d'Amrou brillaient à l'avant-garde. Un jour sa téméraire valeur l'emporta; les guerriers qui le suivaient, après avoir pénétré dans la citadelle en avaient été

260 HISTOÏIIE D£ LA DECADKNCt

chasses , et le géne'ral demeura au pouvoir des chrétiens avec un ami et un esclave. Amrou , conduit devant le préfet, se rappela son rang et oublia sa situation : un maintien audacieux et un langage fier allaient de'ceier le lieutenant du calife , et la hache d'un soldat était déjà levée sur lui , prête a abattre la tête de l'insolent captif. Sa vie fut sauvée parla présence d'esprit de son esclave , qui , frappant son maître au visage , lui ordonna d'un ton irrité de garder le silence devant ses supérieurs. Le crédule Grec fut trompé; il prêta l'oreille à la proposition d'un traité, renvoya ses prisonniers dans l'espérance de voir arriver à leur place une députation plus imposante ; mais bientôt les acclamations du camp annoncèrent le retour du général et insultèrent à la simplicité des infidèles. Enfin , après un siège de quatorze mois (i) et une perte de vingt-trois mille hommes , les Sarrasins l'emportèrent. Il ne restait plus dans la place qu'un petit nombre de Grecs, abat-

(i) Eutychius [Annal., t. 11 , p. 319) et Elmacin {^Hist. Saracen. , p. 28) s'accordent à fixer la prise de la Tille d'Alexandrie au vendredi de la nouvelle lune de moharram, dans la vingtième année de Tliégyre (le 22 décembre, A- D.64o.)En comptant les quatorze mois passé devant Alexandrie , les sept mois passés devant Babylone, etc., il paraîtrait qu'Amrou commença l'invasion de l'Egypte vers la fin de l'année 638 ; mais on sait certainement qu'il entra dans ce pays le 1 2 de bayni ( le 6 juin ). ( Murtadi , Merveilles de l Egypte , -p. 164; Severus, apiid Renaudot, p. 162.) Le général Sarrasin , et ensuite Louis ix , roi de France , s'arrêtèrent, durant l'inondation du Nil , à Peluse ou Damiette.

DE l'empire romain. CHAP. LI. 26 1

tus et décourages , qui s'embarquèrent pour Constantlnople , et le drapeau de Mahomet flotta sur les murs de ta capitale de l'Egypte. « J'ai pris la grande ville de l'Occident, e'crivait Amrou au calife, et il n'est pas possible de faire l'énumération des richesses et des beautés qu'elle contient. Je me contenterai d'observer qu'elle renferme quatre mille palais , quatre mille bains , quatre cents the'âtres ou lieux d'amusement, douze mille boutiques de comestibles, et quarante mille Juifs tributaires. La ville a été subjugée par la force des armes , sans traité ni capitulation, et les musulmans sont impatiens de jouir des fruits de leur victoire (i). » Le calife rejeta avec fermeté toute idée de pillage, et ordonna a son lieutenant de réserver la richesse et le revenu d'Alexandrie pour le service public et la propagation de la foi : on compta le nombre des habitans , on les assujettit à un tribut ; on asservit le fanatisme et le ressentiment des jacobites; et les melchites qui se soumirent au joug des Arabes, obtinrent un exercice obscur, mais tranquille de leur culte. La nouvelle de ce honteux et funeste événement vint se joindre aux maux de l'empereur, dont la santé déclinait de jour en jour, et il mourut d'une hydropisie environ sept semaines après la perte d'Alexandrie (3). Sous la

(1) Eutychius , Annal., t. 11, p. 3 1 6-3 19.

(2) MaJgré quelques contradictions entre Théophane et Cedrenus, l'exact Pagi {Crltica , t. 11, p. 824) a tiré de Nicéphore et de la Chronique orientale la vraie date de la mort d'Héraclius : il termina sa carrière le ii février •

minorité de son petit-fils , les clameurs d'un peuple privé des grains que jusque alors on lui avait distribués chaque jour, déterminèrent le conseil de Byzance à faire une tentative pour recouvrer la capitale de l'Egypte. Une escadre et une armée romaine occupèrent deux fois, dans l'espace de quatre ans, le port et les fortifications d'Alexandrie. Elles en furent chassées deux fois par la valeur d'Amrou , que ce qui le menaçait dans l'intérieur rappela de la province de Tripoli et de la Nubie, où il avait porté la guerre. Mais voyant combien cette entreprise était facile , Amrou , après la seconde attaque où il avait eu peine à repousser les Grecs, jura que s'il était une troisième fois obligé de jeter les infidèles dans la mer, il rendrait Alexandrie aussi accessible de toutes parts que la maison d'une prostituée. Il tint sa parole, car il démantela plusieurs parties des murs et des tours ; mais en punissant la ville , il épargna le peuple, et il éleva la mosquée de la Clémence a l'endroit où , dans sa victoire , il avait arrêté la fureur de ses troupes.

Bibiio- Je tromperais l'attente du lecteur , si je ne parlais lexaadrie. ' P^^ ici de l'événement qui détruisit la Bibliothèque d'Alexandrie , et qui nous a été rapporté par le savant Abulpharage. Amrou était doué d'un esprit plus avide d'instruction, et d'idées plus libérales que le

A. D. 641, cinquante jours après la perte d'Alexandrie. Une lettre arrivait en douze jours d'Alexandrie à Constantinople.

DE l'empire romain. CHAP. LI. 203

reste de ses compatriotes , et dans ses heures de loisir , il se plaisait à converser avec Jean , disciple d'Ammonius , qu'une étude assidue de la grammaire et de la philosophie , avait fait surnommer Philoponus (i). Enhardi par cette familiarité, Philoponus osa solliciter un don inestimable à ses yeux, méprisable à ceux des Barbares; il demanda la Bibliothèque royale , qui était la seule des de'pouilles d'Alexandrie où l'on n'eût pas apposé le sceau du vainqueur. Amrou était disposé à satisfaire le grammairien ; mais sa scrupuleuse intégrité ne voulait pas aliéner la moindre chose sans l'aveu du calife ; et la réponse bien connue d'Omar, peint bien toute l'ignorance du fanatisme : « Si les écrits des Grecs sont d'accord avec le Koran, ils sont inutiles et il ne faut pas les garder; s'ils s'en écartent, ils sont dangereux et on doit les brûler. » Cet arrêt fut exécuté avec une aveugle soumission; les volumes en papier ou en parchemin furent distribués aux quatre mille bains de la ville ; et tel était leur incroyable nombre , que six mois suffirent à peine pour les consumer tous.

(i) Il nous reste plusieurs Traités de cet amant du travail (^iAoîTovog-) ; mais on ne lit pas plus ceux qui sont imprimés que ceux qui n'ont jamais été publiés : Moïse et Aristote sont les principaux objets de ses verbeux Commentaires : il y en a un qui porte la date du lo mai , A. D. 617 ( Fabricius , Bibl. grœc. , t. ix , p. 458-468 ). Un moderne ( Jean-le-Clerc ) , qui prenait quelquefois le même nom, était aussi laborieux que le Philoponus d'Amrou , mais il lui était fort supérieur en bon sens et en véritables lumières.

a64 msToiRF de la décadence

Depuis qu'on a publie une version latine des dynasties d'Abulpharage (i), ce conte a ëte répété dix mille fois, et il n'est pas un savant qui n'ait déploré avec une sainte indignation cet irréparable anéantissement du savoir, des arls et du génie de l'antiquité. Quant à moi , je siiis bien tenté de nier le fait et les conséquences. Quant au fait , il est sans doute étonnant. « Ecoutez et soyez surpris , » dit Thistorien lui-même ; et l'assertion isolée d'un étranger qui écrivait six siècles après sur les confins de la Médie , est contrebalancée par le silence de deux annalistes d'une époque antérieure, tous les deux originaires d'Egypte , et dont le plus ancien, le patriarche Eutychius , a rapporté fort en détail la conquête d'Alexandrie (2). Le sévère décret d'Omar répugne aux préceptes les plus établis et les plus orthodoxes des casuistes musulmans ; ils déclarent en termes formels qu'on ne doit jamais livrer aux flammes les livres religieux des juifs et des chrétiens qu'on acquiert par le droit de la guerre , et qu'on

(1) Abulpharage , Dynast. , p. 114. vers. Pococke. Judi quidfactum sit et inirare. Je ne finirais pas si je voulais donner la liste des modernes qui ont cru et se sont étonnés ; mais je dois citer avec éloge le scepticisme raisonnable de

Renaudot ( Hist. Alex, patrlar. , p. 170 ; Historia habet

aliquid ecTfiîov ut Arahibus J^amiliare est).

(2) On cherchera en vain cette anecdote curieuse dans les'Annales d'Eutychius et l'histoire des Sarrasins d'Elmacin. Le silence d'Abult'éda , de Mutardi et d'une foule de musulmans doit produire moins d'effet^ parce qu'ils ne connaissaient pas la littérature des chrétiens.

DE l'empire romain. CflAP. LI. ^65

peut légitimement employer à l'usage des fidèles les compositions profanes des historiens ou des poètes, des médecins ou des philosophes (f). Il faut peutêtre supposer aux premiers successeurs de Mahomet un fanatisme plus destructeur; mais dans ce cas, l'incendie aurait dû se terminer promptement par le défaut de matériaux. Je ne récapitulerai point tous les accidens qu'avait éprouvés la Bibliothèque d Alexandrie , l'incendie qu'y occasionna involontairement César en se défendant (2), ou le pernicieux fanatisme des chrétiens, qui s'efforçaient de détruire les monumens de l'idolâtrie (3). Mais si nous descendons ensuite du siècle des Antonins à celui de Théodose , une série de témoignages contemporains nous apprendra que le palais du roi et le temple de Sérapis ne contenaient plus les quatre ou les sept cent mille volumes qui avaient été rassemblés par le goût et la magnificence des Ptolémées (4). La métropole et

(i) Voyez Reland , De Jure militari Mohammedanorum , dans son troisième volume des Dissertations y p. 37. Ils ne veulent pas qu'on brùle les livres des juifs et des chrétiens à cause du respect qu'on doit au noîn de Dieu.

(2) Consultez les Recueils de Freinsheim [Supplément de Tite-Live , c. 1 2-43 ) et d'Usher ( Annal. , p. 469 ). Tite-Live dit en parlant de la Bibliothèque d'Alexandrie : Elegantiœ regurn curœque egregium opus , éloge dicté par un esprit noble, et vertement critiqué par l'étroit stoïcisme de Sénèque ( De tranquillitate Animi y c. 9 ) , dont la sagesse dégénère ici en déraisonnement.

(3) Voyez le Chapitre xxviii de cet ouvrage.

(4) Aulu- Celle [Nuits attiques ^yi ^ 17), Ammien-Mar-

:t66 HISTOIRE DE LA DECADENCE

la résidence des patriarches <ivait peut-être une Bibliothèque; mais si les volumineux ouvrages des controversistes ariens ou monophysites chauffèrent en effet les bains publics (i) , le philosophe avouera en souriant qu'ils auront enfin servi de quelque chose au genre humain. Je regrette sincèrement des Bibliothèques plus précieuses qui se sont trouvées enveloppées dans la ruine de l'Empire romain. Mais lorsque je calcule sérieusement l'éloignement des temps , les dégâts produits par Fignorance, et enfin les calamités de la guerre , je suis plus étonné des trésors qui nous restent que de ceux que nous avons perdus. Un grand nombre de faits curieux et intéressans sont tombés dans l'oubli; les ouvrages des trois grands historiens de Rome ne nous sont parvenus que mutilés, et nous sommes privés d'une foule de morceaux agréables de la poésie lyrique, iambique et dramatique des Grecs ; mais il faut se réjouir de ce que les événemens et les ravages du temps ont épargne les livres classiques, auxquels le suffrage de

celliu (xxii, i6) et Orose ( 1. vi , c. i5) ; ils parlent tous au temps passé, et le passage d'Ammien est remarquable: fuerunt Blblloihecœ innumerahiles ; et loquitur monumentorum veterum concinens fides ^ etc.

(i) Renaudot assure que Ton brûla des versions de la Bible , des hexaples , des Catenœ patrum , des Commentaires, etc. (p. 170). Notre manuscrit d'Alexandrie, s'il est venu d'Egypte et non pas de Constantinople ou du mont Athos ( Wetstein , Prolegomen. , ad N. T. , p. 8 , elc. ), aurait pu se trouver parmi les ouvrages dévoués aux flammes.

DE l'empire ROMAm. CHAP. LT. 267

l'antiquité (i) a décerné la première place du génie et de la gloire. Nos maîtres dans la connaissance de l'antiquité avaient lu et comparé les ouvrages de leurs prédécesseurs (2) ; et il n'y a pas lieu de croire qu'une vérité importante ou une découverte utile se soit perdue pour nous.

Amrou eut également égard , dans l'administration Administra. de 1 Egypte (oj , aux principes de 1 équité et a ceux gypte. de la politique; aux intérêts du peuple croyant, défendu par Dieu même , et à ceux du peuple de l'Afrique que protégeait le droit des gens. Dans le désordre de la conquête et d'un premier moment de liberté , la tranquillité de la province fut troublée surtout par la langue des Gophtes et le glaive des

(i) J'ai lu souvent , et toujours avec plaisir , un chapitre de Quintilien ( Instit, Orat. x , i ) , dans lequel ce judicieux critique nous donne une énumération et une appréciation des divers auteurs classiques , grecs et latins.

(2) Je citerai seulement Galien , Pline et Aristote. Wotton {^Réflexions on anclent and modem learning ^ P^g* ^^-gS ) oppose sur cette matière des raisons très-solides aux assertions piquantes et imaginaires de sir Will. Temple. Les Grecs avaient un si grand mépris pour la science des Barbares, qu'ils durent placer dans la Bibliothèque d'Alexandrie très-peu de livres indiens ou éthiopiens , et il n'est pas prouvé que cette exclusion ait été une perte pour la philosophie.

(3) M. Ockley ni les compilateurs de l'histoire universelle moderne, qui sont si contens de leur travail, n'ont pas découvert ces détails curieux et authentiques rapportés par Murtadi ( p. 284-281) ).

Arabes. Amrou déclara aux Cophtes qu'il punirait doublement la faction et la perfidie par le cbàtiment des délateurs, qu'il regarderait comme ses ennemis personnels , et par l'élévation des citoyens innocens qu'on aurait voulu perdre ou supplanter. Il rappela aux Arabes tous les motifs de religion et d'honneur qui devaient les engager à soutenir la dignité de leur caractère, à se rendre agréables à Dieu et au calife par leur simplicité et leur modération , à épargner, à défendre un peuple qui s'était reposé sur leur foi, et à demeurer satisfaits des récompenses éclatantes qu'ils avaient légitimement reçues comme le prix de leur victoire. Quant à la manière dont il gouverna les revenus du pays , on voit qu'il désapprouva la capitation, mode d'impôt très-simple, mais très-oppressif, et qu'il préféra avec raison d'autres tributs calculés d'après les produits nets des différentes branches de l'agriculture et du commerce. Le tiers de l'impôt fut destiné à l'entretien des digues et des canaux , si essentiels à la prospérité publique. Sous son administration , la fertilité de l'Egypte suppléa aux disettes de l'Arabie , et une suite de chameaux chargés de blé et d'autres provisions couvrait, presque sans intervalle , la longue route de Memphis a Médine (i). Le génie d'Amrou rétablit bientôt la communication avec la mer, qui avait été entreprise ou exécutée par les Pharaons , les Ptolémées et les

(i) Eutychius , Annal, tom. ii , p. 320 j Elmacin , HisL Saracen, , p. 35.

DE l'empire romain, chap. lf. ^6c)

césars , et l'on ouvrit du Nil à la mer Rouge un canal d'au moins quatre-vingts milles de longueur. Cette navigation intérieure , qui aurait réuni la Méditerranée et l'océan de l'Inde , fut bientôt abandonnée comme inutile et dangereuse ; le siège du gouvernement avait passé de Médine à Damas , et on craignit que les flottes grecques ne pénétrassent jusqu'aux saintes cités de l'Arabie (i).

Omar ne connaissait que par la renommée et les Ricbesseet

1 ' 1 1 i5T^ ' -11- populaiioa.

légendes du Koran 1 Egypte qu on venait de lui soumettre; il voulut que son lieutenant lui fît la description du royaume de Pharaon et des Amalécites, et la réponse d'Amrou offre une peinture piquante et assez exacte de ce singulier pays (a j. « O commandeur des croyans, lui dit-il , l'Egypte est un composé

(i) Ce qui a rapport à ces canaux est bien obscur. C'est au lecteur à arrêter son opinion d'après la lecture de d'An- Yilie ( Mém. sur C Egypte , p. io8- 1 1 o- 1 24 , i 32 ) , et d'une savante thèse soutenue et imprimée à Strasbourg en 1770 ( Jungendorum rnarium fluviorumque inoli/nina , p. 3q-47 j 68-70 ). Les Turcs eux-mêmes , malgré leur négligence , ont agité l'ancien plan de joindre les deux mers ( Mémoires du baron de Tott, t. iv").

(2) Pierre Valier publia en 1666 , à Paris , un petit volume des Merveilles de V Egypte 3 composé au treizième siècle par Murladi , liabltant du Caire , et ti-aduit d'après un manuscrit arabe qui appartenait au cardinal Mazarin. Ce que dit l'auteur des Antiquités de C Egypte est absurde et extravagant ; mais ses détails sur la conquête et la géographie de sa patrie mérilent la confiance et l'estime {^Voycz la Correspondance d'Amrou et d'Omar ^ p. 279-289).

de terre noire et de plantes vertes placées entre une montagne pulvérisée et un sable rouge. Un cavalier part de Syène , arrive dans un mois au bord de la mer. Dans la vallée coule une rivière sur laquelle repose matin et soir la bénédiction du Très-Haut, et qui s'élève et s'abaisse avec les révolutions du soleil et de la lune. Lorsque la bonté annuelle de la Providence ouvre les sources et les fontaines qui alimentent le sol , les eaux du Nil débordent avec fracas dans toute la contrée ; cette inondation salutaire fait disparaître les cbamps, et les villages communiquent entre eux à l'aide d'une multitude de barques peintes. Les eaux, en se retirant, déposent une vase fertile prête à recevoir les diverses semences. Les nuées de cultivateurs qui noircissent la terre peuvent se comparer à une fourmillière industrieuse; leur indolence naturelle est aiguillonnée par le fouet du maître et l'espoir des fleurs et des fruits que doit multiplierleur travail. Cet espoirestrarement trompé; mais la richesse que procurent le froment, l'orge, le riz, les légumes, les arbres fruitiers et les troupeaux, se partage d'une manière inégale entre ceux qui travaillent et ceux qui possèdent. Selon la vicissitude des saisons, la surface du pays est ornée de vagues ai argent y de verdoyantes énieraudes et du jaune foncé des moissons dorées fi). w Cependant cet

(i) Maillet , qui a été vingt ans consul au Caire, avait eu toutes sortes d'occasions d'examiner ce tableau varié. Il parle du Nil. ( Lettre 11 , et en particulier p. 70-75 ), de la fertilité du sol [Lettre ix). Gray , qui vivait dans un coliég^e

DE l'empire romain. CHAP. LI. I'J i

ordre bienfaisant est quelquefois interrompu ; et le retard de l'inondation ainsi que le débordement subit du fleuve , qui survinrent la première année de la conquête , ont pu donner lieu à la fable édifiante qu'on a débitée sur ce point. On prétendit que la piété d'Omar ayant défendu le sacrifice d'une vierge qu'on immolait au Nil chaque année (i), le fleuve indigifcé demeura tranquille dans son lit , mais que , lorsqu'on y eut jeté l'ordre du calife, les ondes obéissantes s'élevèrent dans une nuit à la hauteur de seize coudées. L'admiration des Arabes pour le pays qu'ils venaient de conquérir, excitait le dérèglement de leur esprit romanesque. De graves auteurs assurent qu'on trouvait alors en Egypte vingt mille villes, ou villages (2) ; que , sans parler des Grecs et des

de Cambridge , a jeté sur cette contrée un coup d'œil plus pénétrant :

« Dans ces climats brùlans où le Nil , s'élevant au-dessus des bords de son lit d'été , verse de son larp^e sein la vie et la verdure . et couvre l'Egypte de ses ailes humides, quel merveilleux spectacle s'offre aux regards, lorsqu'on voit, conduit par une rame hardie ou une voile légère ce peuple poudreux voguer au gré du zéphir , ou sur de frêles radeaux passer de l'une à l'autre de ces villes rapprochées qui s'élèvent et brillent au-dessus des flots dont elles sont environnées ! » {pVorks and Memoirs of Gray , édition d« Mason , p. igy , 200. )

(1) Murladi , p. 164-167. Le lecteur ne croira pas aisément à des sacrifices humains sous des empereurs chrétiens ou à un miracle opéré par des successeurs de Mahomet.

(2) Maillet, Description de V Egypte , p. 1%. Il indiquée©

27^ HISTOIRE DE LA DtClDEIVCE

Arabes , le résultat d'un dénombrement fut qu'il y avait six millions de Coplites tributaires (i), et vingt millions de Cophtes de tout âge et deioutrsexe; que le trésor du calife recevait annuellement de ce pays trois cents millions d'or ou d'argent (2). Notre raison se révolte contre l'extravagance de ces assertions. Elle deviendra plus sensible si on se donne la peine de prendre le compas et de mesurer rétendii,e des

nombre comme l'opinion commune ; et il ajoute qu'en général ces villages renferment deux ou trois mille personnes, et qu'il en est beaucoup où il y a plus de monde que dans nos grandes villes.

(1) Eutychius , Annal. , t. 11 , p. 3o8-3 1 1. Les vingt millions ont été calculés d'après les données suivantes : un douzième de la population pour les personnes au-dessus de soixante ans, un tiers pour celles qui sont au-dessous de seize ; et la proportion des hommes aux femmes est de dixsept à seize ( Recherches sur la population de la France , p. 7 1 , 72 ). M. Goguet {Or/g. des arts^ etc. , t. m , p. 26 , etc.) suppose que l'ancienne Egypte contenait vingt-sept millions d'habilans , parce que les dix - sept cents compagnons de Sésostris étaient nés le même jour.

(2) Elmacin (^Hist. Saracen. , p. 218) ; d'Herbelot adople sans scrupule ce calcul énorme ( Biblioth. orient. , p. 1 o3 1 ) ; Arbuthnot ( Tables of ancient coins , p. 262 ) et de Guignes ( Hist. des Huns , t. m , p. i i5 ) ; ils auraient pu adopter la générosité non moins extravagante d'Appien , qui donne aux Ptolémées ( in Prœfat. ) un revenu annuel de soixantequatorze myriades , sept cent quarante mille talens , c'eatà dire de cent quatre-vingt-cinq ou d'environ deux cenis millions sterling, si l'on compte d'après la valeur du talent d'Egypte ou d'après la valeur «le celui d'Alexandrie ( Bernard , De Ponderibus antiquls , p. 186).

DE l'empire noMAm. cnAP. Li. 273

terres labourables : une vallée qui se prolonge depuis le tropique jusqu'à Memphis , et qui a rarement plus de douze milles de largeur, et le triangle du Delta, plaine de deux mille cent lieues carrées, n'offrent que la douzième partie de l'étendue de la France (i). Des recherches plus exactes donneront une évaluation plus raisonnable. Les trois cents millions créés par une erreur de copiste , sont réduits à la somme , d'ailleurs assez considérable, de quatre millions trois cent mille pièces d'or, dont la paye des soldats absorbait neuf cent mille (2). Deux états authentiques, l'un du douzième siècle et l'autre du siècle présent , réduisent à deux mille sept cents le nombre des villes et villages ; et ce nombre peut paraître assez imposant (3). Un consul français , après un long séjour

(1) Voyez les calculs de d'Anville (Mém. sur l'Egypte , p. 23 , etc.). M. de Paw, après quelques chicanes d'un homme de mauvaise humeur ^ ne peut porter son évaluation qu'à deux mille deux cent cinquante 4ieues carrées. {Recherches sur les Égyptiens , 1. 1 , p. 118-121.)

(2) Renaudot {Hist. patriarch. Alexandr, , p. 334 )> ^}^^ traite la leçon commune ou la version d'Ehnacin de error lihrarii. Les 4i3oo,ooo pièces qu'il substitue pour le neuvième siècle offrent un terme moyen assez vraisemblable, outre les 3,ooOjOoo que les Arabes acquirent par la conquête de l'Egypte {^idern ^ p. 168) et les 2,400,000 que le sultan de Constanlinople leva dans le dernier siècle. ( Pietro délia Valle, t. I , p. 352 ; Thevenot , part, i, page 824 ) Paw (Recherches f t. 11 , p. 365-373) élève peu à peu le revenu des Pharaons , des Ptolémées et des Césars , de six à quinze millions d'écus d'Allemagne.

(3) La liste de Schultcns {^Indcx geograph. ad calcem vit,

au Caire, a évalué la population actuelle de l'Egypte à environ quatre millions de musulmans , de chrétiens et de Juifs , calcul très-fort, mais non pas incroyable (i).

Afn'que. IV. Ce furent les armées du calife Othman qui

Première in- . , ait • i d » r •

vasion par entreprirent la conquête de la partie de lAlrique D.647.^ * ^"* ^^ prolonge du Nil à l'océan Atlantique (2). Les

Saladin. , p. 5 ) contient deux mille trois cent quatre-Tingtseize villes ou villages ; celle de d'Anville ( Mém. sur VE~ gypte , p. 29), d'après les détails fournis par le divan du Caire , en compte deux mille six cent quatre-vingt-seize.

(1) Voyez Maillet ( Description de V Egypte , p. 28) ; ses raisonnemens sont judicieux et paraissent venir d'un homme de bonne foi. Je suis beaucoup plus content des observations qu'a faites cet auteur, que de son érudition : il ne connaissait ni la littérature grecque ni la littérature latine , et il est trop charmé des fictions des Arabes. Abulféda ( Des-cript. ^gypt. arah. et latin. , Joh. David Michaelis , Gottingue , i«-4°, 1776) a recueilli ce qu'ils ont dit de plus raisonnable. Quant aux deux voyageurs modernes , Savary et Volney , le premier amuse , ainsi que je l'ai déjà observé ; mais le second est si instructif, que je voudrais qu'il pût parcourir tout le globe.

(2) Mon récit de la conquête de l'Afrique est tiré de deux Français qui ont écrit sur la littérature des Arabes. Cardonne ( Hist. de V Afrique et de V Espagne sous la domination des Arabes , t. i , p. 8-55 ), et Otter {^Hist. deVAcad. des inscriptions, t. XXI , p. 1 1 II 25, 1 36 ) ; ils ont tiré les faits , en grande partie , de Novalri , qui composa ( A. D. , 1 33 i ) une Encyclopédie en plus de vingt volumes. Cette Encyclopédie a cinq parties générales : elle traite , i**. de la médecine ; '1". de l'homme ; S'', des animaux ; 4°- ^^^ plantes , et 5". de l'histoire. Les affaires de l'Afrique sont discutées dans le

DE l'empire ROMAîN. CHAP. Ll. 2;5

compagnons de Mahomet et les chefs des trihus approuvèrent ce pieux dessein ; et vingt mille Arabes partirent de Medine , charges des présens et des bénédictions du commandeur des fidèles. Ils se réunirent a vingt milles de leurs compatriotes qui campaient aux: environs de Mempliis ; on chargea de cette guerre Abdallah (i), fils de Said, et frère de lait du calife , et qui avait supplanté depuis peu le vainqueur et le lieutenant de TÉgypte. Son mérite et la faveur du prince ne pouvaient faire oublier son apostasie. Abdallah avait adopté de bonne heure la religion de Mahomet , et comme il écrivait très-bien , on lui avait confié le soin important de transcrire les feuilles du Koran ; il manqua de fidélité dans l'exercice de cette grande commission ; il corrompit le texte , tourna en dérision des erreurs qui étaient de lui , et se réfugia a la Mecque pour échapper au châtiment et faire voir l'ignorance de l'apôtre. Après la conquête de la Mecque , il vint se prosterner aux pieds du prophète ; ses larmes et les sollicitations d'Othman arrachèrent à Mahomet un pardon qu'il accorda a regret, en déclarant qu'il n'avait hésité si

sixième chapitre de la cinquième section de cette dernière partie (Reiske, Prodidaginata ad Hadji clialifœ tabulas^ p. 232-^34). Parmi les historiens anciens que cite Novairi, il faut distinguer la narration originale d'un soldat qui conduisait Tavant-garde des musulmans.

(i) Voyez l'Histoire d'Abdallah dans Abulféda ( Vit, Mohammed. , p. 109), et Gagnier ( p^ie de Mahomet, t. m, p. 45-48).

long-temps , que parce qu'il espérait qu'un disciple ze'lë vengerait dans le sang du perfide Toutrage fait à la religion. Il servit ensuite avec succès et avec une apparence de fidélité une religion qu'il n'avait plus intérêt d'abandonner : son extraction et ses talens le placèrent à un rang honorable parmi les Koreishites ; et chez un peuple qui était presque toujours à cheval , on le cita pour le plus habile et le plus courageux des cavaliers. Il partit de l'Egypte à la tête de quarante mille musulmans , et pénétra dans les régions inconnues de l'Occident. Les sables de Barca purent arrêter une légion romaine , mais les Arabes, suivis de leurs fidèles chameaux, virent sans frayeur un sol et un climat qui ressemblaient aux déserts de leur pays. Après une pénible marche, ils campèrent devant les murs de Tripoli (i) , ville maritime , où avaient reflué peu à peu les habitans et la richesse de la province dont elle avait seule coii-

( 1 ) Léon l'Africain ( in Navigazione e f^iaggi dl Ramusio , t. i; Venise , i55o , fol. 76, verso^ et Marmol ( Description de V Afrique , t. 11 , p. 662 ) ont décrit la province et la ville de Tripoli. Le premier était un Maure qui avait du savoir et qui avait voyagé ; il composa ou traduisit la Géographie de l'Afrique à Rome , où il se trouvait captif, et où il venait de prendre le nom et la religion du pape Léon x. L'Espagnol Marmol , soldat de Charles-Quint , était captif chez les Maures lorsqu'il compila sa Description de l'Afrique , que d'Ablancourt a traduite en français {Paris, 1667, 3 vol. z/z-4^ ). Marmol avait lu et observé ; mais il n'a pas cet esprit curieux et étendu qu'on remarque dans l'écrit de Léon l'Africain.

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