‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 2)Chapitre 37 sur 62 · ÛOO HISTOIRE DE LA DÉCADENCE · texte numérisé non relu

ÛOO HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

l'espoir que pouvait leur offrir une révolution ; et Oppas leur oncle , archevêque de Tolède et de Séville, était la première personne de l'Eglise et la seconde de l'état. Il est vraisemblable que Julien se trouvait enveloppé dans la ruine de cette faction malheureuse ; qu'il avait beaucoup à craindre et peu a espérer du nouveau règne, et que l'imprudent Roderic ne pouvait sur le trône ni oublier ni pardonner les outrages qu'avait reçus sa famille. Le mérite et l'influence de Julien en faisaient un sujet utile , mais redoutable ; il avait de grands biens , des partisans audacieux et en grand nombre , et malheureusement il a trop fait voir que, maître de l'Andalousie et de la Mauritanie, il tenait en ses mains les clefs de la monarchie d'Espagne. Trop faible cependant pour déclarer la guerre à son souverain, il chercha le secours d'une puissance étrangère, et en appelant imprudemment les Maures et les Arabes , il produisit huit siècles de calamités ; il les instruisit , dans ses lettres ou dans une conférence, de la richesse et du peu de force de son pays, de la faiblesse d'un prince peu chéri du peuple, et de l'état de dégénération ou se trouvait ce peuple efféminé. Les Goths n'étaient plus ces Barbares victorieux qui avaient humilié l'orgueil de Rome, dépouillé la reine des nations, et qui s'étaient avancés triomphans du Danube à la mer Atlantique ; séparés par les Pyrénées du reste du monde , les successeurs d'Alaric s'étaient endormis dans une longue paix. Les murs des villes tombaient en ruines; les jeunes citoyens avaient abandonné l'exercice des armes, et

Dr i/kmphîe p.omain. chap. lt. 3or

toujours fiers de leur ancienne renommée , leur présomption devait les perdre dès le premier combat. L'ambitieux Sarrasin fut excite par la facilite et l'importance de cette conquête ; mais il ne voulut l'entreprendre qu'après avoir consulté le calife : son courrier rapporta une lettre de Walid , qui permettait de réunir les royaumes inconnus de l'occident à la religion et au trône des successeurs de Mahomet. Musa, à Tangier, entretenait secrètement et avec précaution sa correspondance avec Julien , et hâtait ses préparatifs ; mais pour ôter tout remords aux conjurés , il les assurait qu'il se contenterait de la gloire et du butin de l'expédition, et qu'il ne songerait point à établir les Arabes au-delà de la mer qui sépare l'Afrique de l'Europe (i).

(i) Les Orientaux Elmacin , Abulpharage et Abulféda passent sous silence la conquête de l'Espagne ou n'en disent qu'un mot. Le texte de Novairi et des autres écrivains arabes, se trouve, bien qu'avec quelque mélange, dans riiistoire de l'Afrique et de l'Espagne sous la dénomination des Arabes (^Paris, 1765, 3 vol. //2-i2, t. i, p. 55- 114), par M. de Cardonne; et d'une manière plus concise dans l'histoire des Huns (t. i, p. 347- 35o), par M. de Guignes. Le bibliothécaire de l'Escurial n'a pas répondu à mes espérances ; et cependant il paraît avoir fouillé avec soin les matériaux sans liaison qui se trouvent sous sa garde. Des fragmens précieux du véritable Razis ( qui écrivit à Cordoue, A. H. 3oo) , de Ben-Hazil , etc. , jettent du jour sur l'histoire de la conquête d'Espagne. ( Fojez Bibl. Arabicç)- Hispana^t.ii^\). 32-io5, 106-182, 262-319, 332). Le savant Pagi a profité ici des lumières qu'avait sur la littérature des

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Première Musa , avant de confier une armée de fidèles aux Arabes eo traîtres et aux infidèles d'une terre étrangère , voulut Espagne.^^A^ faire de leur force et de leur véracité une épreuve ^*^* moins dangereuse. Cent Arabes et quatre cents Afri-

cains passèrent de Tangier à Ceuta sur quatre navires ; le nom de Tarik , leur chef, annonce encore le lieu de leur débarquement, et la date de cet événement mémorable (i) est fixée au mois de ramadan de la quatre-vingt-onzième année de l'hégire, ou si Ton veut, au mois de juillet "jàS , si l'on calcule comme les Espagnols, depuis l'ère de César (2), ou

Arabes , son ami l'abbé de Longuerue ; et leurs travaux m'ont été fort utiles.

(1) Une méprise de Roderic de Tolède, dans la comparaison qu'il a faite des années lunaires de l'hégire avec les années juliennes de l'ère de César, a déterminé Baronius , Mariana et la foule des historiens espagnols à placer la première invasion des Arabes en l'année 713, et la bataille de Xérès au mois de novembre 71 4- Cet anachronisme de trois ans a été découvert par les chronologistes modernes , et surtout par Pagi {Critica, t. m, p. 169-171, 174)1 qui ont indiqué la véritable date de la révolution. M. Cardonne , qui était versé dans la littérature des Arabes , et qui cependant a adopté l'ancienne erreur, a montré sur ce point une ignorance ou une négligence inexcusables.

(2) La première année de l'ère de César, que la loi et le peuple d'Espagne ont suivie jusqu'au quatorzième siècle, est antérieure de trente-huit années à la naissance de Jésus- Christ. Elle me paraît se rapporter à la paix générale sur mer et sur terre, qui confirma le pouvoir et \t partage des triumvirs. (Dion-Cas^ius , I. xlviii , p. 547 ' ^^^ > Appien , De hell. civ., 1. v, p. io54 -, édit. in fol. ) L'Espagne était une

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enfin sept cent dix ans après la naissance de Jésus- Christ. En partant de ce premier port, ils firent dixhuit milles sur un terrain rempli de collines avant d'arriver au château et à la ville de Julien (i), à laquelle l'aspect verdoyant d'une pointe qui s'avance dans la mer fit donner le nom d'île Verte ; elle est encore connue sous celui d'Algeziras. La manière hospitalière dont ils furent accueillis, le nombre des chrétiens qui se joignirent à eux, leurs incursions dans une province fertile et mal gardée , la richesse de leur butin et la tranquillité de leur retour , furent regardés par leurs compatriotes comme les présages les plus favorables d'une victoire assurée. Dès les premiers jours du printemps suivant , cinq mille vétérans et volontaires s'embarquèrent sous les ordres de Tarik, guerrier habile et intrépide, qui surpassa les espérances de son chef Le trop fidèle Julien avait fourni des navires de transport. Les Sarrasins débar- Leur seconde quèrent a la pointe d'Europe Ç'i). Dans le nom cor- d^j^ ^'^nl

des provinces soumises à César-Octavien ; et Tarragone , qui éleva le premier temple en l'honneur d'Auguste (Tacite , Annal. ^ i , 78) , put emprunter des Orientaux ce genre de flatterie.

( I ) Le père Labat ( Voyages en Espagne et en Italie , t. i , p. 207-217) parle avec son enjouement ordinaire de la route , du canton et du vieux château du comte Julien , ainsi que des trésors cachés , etc. , auxquels croient les superstitieux Espagnols.

(2) Le géographe de Nubie (p. i54) décrit les lieux qui furent le théâtre de la guerre ; mais on a peine à croire que

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rompu de Gibraltar, on retrouve encore la première dénomination de Gebel al Tarik, montagne de Tarik, et les retranchemens du camp des Arabes ont été la première ébauche de ces fortifications qui, défendues par des Anglais , viennent de résister à l'art et à la puissance de la maison de Bourbon. Les gouverneurs des cantons voisins informèrent la cour de Tolède de la descente et du progrès des Arabes ; et la défaite d'Édeco , l'un des généraux de Roderic , qui avait eu ordre de saisir et d'enchaîner ces présomptueux étrangers , avertit ce prince de la grandeur de son danger. Ses ordres rassemblèrent les ducs et les comtes, les évêques et les nobles du royaume , tous suivis de leurs vassaux , et l'uniformité de langage, de religion et de mœurs qui régnait entre les diverses nations soumises à la monarchie d'Espagne , peut expliquer ce titre de roi des Romains donné à Roderic par un historien arabe. Les forces de ce roi montaient a quatre-vingt-dix ou cent mille hommes, armée bien redoutable par le nombre si elle l'eût été également par la fidélité et la discipline. L'armée de Tarik , augmentée par de nouveaux renforts, était composée de douze mille Sarrasins; mais l'influence de Julien y attira de toutes parts les chrétiens mécontens , et un grand nombre d'Africains s'empressèrent de prendre part aux plaisirs tem. porels que leur offrait le Koran. La bataille qui dé-

le lieutenant de Musa ait adopté un expédient aussi désespéré et aussi inutile que celui de brûler ses vaisseaux.

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clda (lu sort de ce royaume se donna aux environs de Cadix, près de la ville de Xeiès, rendue ce'lèbre par cet événement (i); la petite rivière de Guadalète, Lear viequi va tomber dans la baie , séparait les deux camps , j^'.^^s "^"*^^*'* et ce fut à obtenir ou à perdre la possession de ses deux rivages que se bornèrent les avantages et les désavantages de trois journées consécutives, consacrées à de sanglantes escarmouches; mais le quatrième jour , les deux armées se livrèrent une bataille sérieuse et décisive. Alaric aurait rougi de voir son indigne successeur , la tête ornée d'un diadème de perles, enveloppé d'une longue robe brodée d'or et de soie, négligemment couché sur une litière ou sur un char d'ivoire traîné par deux mules blanches. Les Sarrasins, malgré leur valeur, furent accablés sous le nombre, et seize mille d'entre eux jonchèrent la terre de leurs cadavres. « Mes frères , dit Tarik aux troupes qui lui restaient, l'ennemi est devant vous, la mer est par derrière. Ou pourriez-vous vous retirer? Suivez votre général ; j'ai résolu de mourir ou de fouler aux pieds le roi des Romains, w L'intrépidité de son désespoir n'était pas sa seule ressource; il espérait beaucoup de la correspondance secrète et des entrevues nocturnes du comte Julien avec les

(i) Xérès (la colonie romaine d'Asta Regia) n'est qu'à deux lieues de Cadix; elle était au seizième siècle un des greniers du pays; et le via de Xérès est aujojird'hui connu chez toutes les nations de l'Europe ( Lud, Nomi Hispania , c. r3 , p. 54-56, ouvrage très -exact et très-concîs). D' Anville ( Etats de V Europe , etc. , p. ïé/^ ).

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fils et le frère de Witiza. Les deux princes et l'archevêque de Tolède se trouvaient au poste le plus important : ils surent choisir à propos le moment de leur défection ; les rangs des chrétiens se trouvèrent rompus ; la frayeur et le soupçon s'étant emparés de tous, chacun ne songea plus qu'à sa sûreté personnelle, et les restes de l'armée des Goths, poursuivis pendant trois jours par les vainqueurs, furent entièrement détruits ou dispersés. Au milieu du désordre général , Roderic s'élança de son char et sauta sur son cheval O relia ^ le plus léger de ses coursiers; mais il n'échappa au genre de mort qui convient à un soldat que pour périr moins noblement dans les eaux du Bœtis ou du Guadalquivir. On trouva sur le rivage son diadème , sa robe et son coin^sier; mais comme son corps a\ait disparu dans les flots , la tête que le calife reçut pour la sienne et fit exposer avec orgueil devant le palais de Damas, était probablement celle de quelque victime plus obscure, w Tel est, dit un valeureux historien des Arabes, le sort des rois qui se tiennent éloignés du champ de bataille (i). »

(i) Id sane infortunii regihus pedein ex acie referentlhus sœpe contlngit, (Ben-Hazil de Grenade , m Bibl, arabico' hispana , t. ii , p. 323. ) De crédules Espagnols pensent que Roderic se réfugia dans la cellule d'un ermite ; d'autres disent qu'on le jeta vif dans un tonneau plein de scrpens , et qu'il s'écria d'une voix lamentable : « Ils me déchirent par où j'ai tant péché ! » ( Don Quichotte , part, ii , 1. m , Cl.) ♦

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Le comte Julien s'était plongé si avant dans le Destmciion crime et 1 mramie , qu il n avait plus cl espoir que narciue de» dans la ruine totale de son pays. Après la bataille de ^'^^^ ^' ^' Xérès, il conseilla au général sarrasin les opérations qui devaient terminer la conquête de la manière la plus sûre. « Le roi des Goths a péri , lui dit-il ; leurs princes sont en fuite, l'armée en déroute , la nation épouvantée : envoyez des détachemens s'assurer des villes de la Bœtique ; mais quant à vous , marchez en personne et sans délai à la ville royale de Tolède, et ne laissez pas aux chrétiens troublés le loisir ou le repos nécessaire a l'élection d'un nouveau monarque. » Tarik adopta cet avis. Un prisonnier romain qui avait embrassé l'islamisme et que le calife luimême avait affranchi, attaqua Cordoue avec sept cents cavaliers ; il passa le fleuve à la nage et surprit la ville; les chrétiens retirés dans la grande église se défendirent plus de trois mois. Un autre détachement soumit la côte méridionale de la Boetique , qui, à la dernière époque de la puissance des Maures , formait le petit mais populeux royaume de Grenade. Tarik se porta du Bœtis vers le Tage (i); en traversant la Sierra Morena , qui sépare l'Andalousie de

(i) M. Swinburne a employé soixante-douze heures et demie à se rendre sur des mules de Cordoue à Tolède , par le chemin le plus court. La marche lente et détournée d'une armée doit prendre plus de temps. Les Arabes traversèrent la province de la Manche, dont la plume de Cervantes a fait une terre classique pour les lecteurs de toutes les nations.

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la Gastille , il parut bientôt sous les murs de Tolède (i). Les pluszéle's d'entre les catholiques avaient pris la fuite avec les reliques de leurs saints , et les portes ne furent fermées que jusqu'au moment où le vainqueur eut signé une capitulation honorable et avantageuse. Il laissa aux habitans la liberté de se retirer avec leurs effets ; il accorda sept églises aux chrétiens; il permit a farcheveque et à son clergé d'exercer leurs fonctions , et aux moines de suivre ou d'enfreindre leur règle ; et dans toutes les affaires civiles et criminelles , les Goths et les Romains demeurèrent soumis à leurs lois et à leurs magistrats. Mais si la justice de Tarik protégea les chrétiens , la reconnaissance et la politique l'engagèrent à récompenser les Juifs , dont les secours tant secrets qu'avoués , avaient déterminé ses succès les plus importans. Persécutée par les rois et les conciles d'Espagne, qui lui avaient souvent proposé l'alternative de l'exil ou du baptême, cette nation rejetée du sein de la société , avait saisi cette occasion de vengeance. Le souvenir de son état passé comparé à son état présent était un gage certain de sa fidélité; et en effet l'alliance des disciples de Moïse et de ceux de Mahomet s'est maintenue jusqu'à l'époque où l'Espagne

(i) INoniiis [Hispania ^ c. 69, p. 181-186) décrit en peu de mots les antiquités de Tolède , qui était urbs parva durant les guerres puniques , et urbs regia au sixième siècle. 11 emprunte de Roderic \e fatale palatium des portraits maures ; mais il insinue modestement que ce n'élait autre chose qu'un amphithéâtre romain.

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les a chassés les uns et les autres. De Tolède , le chef des Arabes poussa ses conquêtes vers le nord, et soumit les districts qui dans les temps modernes ont formé les royaumes de Castille et de Léon. Mais il serait inutile de faire l'énumération des villes qui se rendirent à son approche ou de décrire de nouveau cette table d'émeraude (i) apportée de TOrient en Italie par les Romains , passée entre les mains des (xoths parmi les dépouilles de Rome , et envoyée par Tarik au pied du trône de Damas. La ville maritime de Gijon fut, au-delà des montagnes des Asturies, le terme (2) des exploits du lieutenant de Musa , il avait parcouru avec la rapidité d'un voyageur les sept cents milles qui séparent le rocher de Gibraltar de la baie de Biscaye. La barrière de l'océan le força

(i) Roderic de Tolède ( Hist. Arah., c. c), p. 17, ad calcem Elraacin ) décrit cette table d'émeraude , et s'appuie de l'autorité de Médina t-Almeyda , dont il nous donne le nom en lettres arabes. Il paraît connaître les écrivains musulmans ; mais je ne puis convenir avec M. de Guignes ( Hlst. des Huns, t. I, p. 35o) qu'il ait lu et transcrit Novairi , car il mourut un siècle avant l'époque où Novairi a composé son liistoire. Celte méprise est fondée sur une erreur encore plus grossière : M. de Guignes confond l'iiistorien Roderic Ximenès , archevêque de Tolède au treizième siècle, avec le cardinal Ximenès, qui gouverna l'Espagne au commencement du seizième , et qui a exercé les pinceaux de l'histoire , mais qui ne les a jamais maniés.

(2) Tarik aurait pu graver sur le dernier rocher celle inscription de Regnard et de ses compagnons à l'extrémité de la Laponie : Hic tandem stetimiis , nobis uhi defiùt orbis.

3lO HISTOIRE DE LA DECADENCE

à revenir sur ses pas ; et il fut bientôt rappelé' à Tolède pour s'y justifier d'avoir osé subjuguer un royaume en l'absence de son ge'néral. L'Espagne, qui , alors plus sauvage et moins régulièrement défendue , avait résisté deux siècles aux armes des Romains , fut vaincue en peu de mois par les Sarrasins ; et tel était l'empressement des peuples à se soumettre et à traiter avec l'ennemi , qu'on cite le gouverneur de Cordoue comme le seul cbef tombé sans condition en son pouvoir. La bataille de Xérès avait irrévocablement décidé de la destinée des Goths ; et dans l'épouvante générale , chaque partie de la monarchie crut devoir éviter une lutte où avaient succombé les forces réunies de toute la nation (i). La famine et la peste vinrent l'une après l'autre achever d'épuiser le reste de ses forces ; et les gouverneurs impatiens de se rendre , purent exagérer les difficultés qu'ils éprouvaient à rassembler les munitions nécessaires pour soutenir un siège. Les terreurs de la superstition aidèrent aussi à désarmer les chrétiens : l'adroit Arabe eut soin d'encourager des bruits de songes, de présages, de prophéties favorables à sa cause , ainsi que celui qui se répandit qu'on avait découvert dans un des appartemens du palais les.

(i) Tel fut l'argument du traître Oppas ; et les chefs auxquels il s'adressa ne répondirent point avec le coarage de Pelage : Ornnis Hispania dudum suh uno regimine Gothorum , omnis coretcitus Hlspanlœ in uno congregatus Ismaelitarum non valait sustinere impetum. (Chron, Alphonsi régis , apud Pagi , t. m , p. 177.)

DE l'empibe romain, chap. li. Sii

porlrails des guerriers destines à conquérir l'Espagne. Toutefois une étincelle de la flamme qui devait ranimer la monarchie espagnole .subsistait encore , d'indomptables fugitifs se décidèrent à mener une vie pauvre et libre dans les vallées de l'Asturle ; les robustes montagnards repoussèrent les esclaves du calife, et le glaive de Pelage est devenu le sceptre des rois catholiques (i).

A la nouvelle de ces rapides succès , Musa sentit Conqnétc

. . . . . de 1 Espagne

la satisfaction faire place à la jalousie ; il craignit , par Musa. a.

1 T ml 1 • 1 • A • \ ' D. 712-713.

sans le dire, que Tank ne lui laissât rien a conquérir. Il partit de la Mauritanie à la tête de dix mille Arabes et de huit mille Africains, et se rendit en Espagne : il avait sous ses drapeaux les plus nobles d'entre les Koreishites. Il laissa à son fils aîné le commandement de l'Afrique , et emmena les trois plus jeunes, qui, par leur âge et leur valeur, se montraient disposés à seconder les entreprises les plus audacieuses de leur père. Il débarqua à Algeziras, où il fut respectueusement accueilli par le comte Julien, qui , étouffant le cri de sa conscience , montrait par ses paroles et par ses actions que la victoire des Arabes n'avait point diminué son attachement pour eux. Cependant il restait à Musa quelques ennemis à soumettre. Les Goths, dans leur tardif repentir , comparaient leur nombre à celui des vainqueurs;

(r) D'Anville {États de l' Europe ^ p. 169) rapporte en peu de mots , mais dune manière très-distincte , la renaissance du royaume des Golhs dans les Asluries.

3l2 HISTOIRi: DE L\ D^CADFNCE

les villes qu'avait négligées Tarik se croyaient im- 1

prenables , et d'intrépides patriotes dépendaient les I

fortifications de Sëville et de Merida. Musa marcha du Bœtis a l'Anas , ou du Guadalquivir à la Guadiana, assiégea ces villes et les soumit Tune après l'autre. Lorsqu'il vit les ouvrages de la magnificence romaine, le pont , les aqueducs , les arcs de triomphe et le théâtre de l'ancienne métropole de la Lusitanie : « On croirait , dit-il à quatre officiers de sa suite , que la race humaine a réuni tout son art et tout son pouvoir pour élever cette ville : heureux celui qui en deviendra maître ! » Il aspirait à ce bonheur; mais les habitans de Mérida soutinrent en cette occasion l'honneur qu'ils avaient de descendre des braves légionnaires d'Auguste (i). Dédaignant de se renfermer dans leurs murailles, ils attaquèrent les Arabes sur la plaine; mais un détachement ennemi placé en embuscade au fond d'une carrière ou parmi des ruines , les punit de leur imprudence et coupa leur retraite. Musa fît alors conduire au pied desremparts les tours de bois qu'on employait dans les sièges : la défense de la place fut opiniâtre et longue,

(i) Les légionnaires qui restaient de la guerre des Cantabres ( Dion-Cassius , 1. lui , p. 720 ) furent placés dans cette métropole de la Lusitanie, et peut-être de l'Espagne ( suhmlttlt cul tota suos Hispania fasces). Nonius ( Hispania, c. 3i , p. 106-1 10) fait l'énumcration des anciens édifices; mais il la termine par ces mots : Urhs hœc ol'un nobilissima ad magnam incohirum infrequentiant delapsa est et ptœtcr prlscœ claritatis ruinas nihil ostendit.

DE l'empire romain, chap. li. 3i3

el le château des Martyrs attestera aux générations futures la perte des musulmans. La famine et le désespoir triomphèrent à la fin de la constance des assiégés ; et dans la capitulation, l'habile vainqueur attribua à l'estime et à la clémence ce que lui fit accorder l'impatience qu'il éprouvait de jouir de sa victoire. On donna aux habitans le choix de l'exil ou du tribut; les deux religions se partagèrent les églises, et on confisqua au profit des musulmans la fortune de ceux qui avaient péri durant le siège ou qui se retirèrent dans la Galice. Tarik vint saluer Musa entre Mérida et Tolède , et le conduisit au palais des roisgoths. Leur première entrevue fut froide et cérémonieuse : le lieutenant du calife exigea un compte rigoureux des trésors de l'Espagne ; Tarik vit sa réputation exposée au soupçon et à la diffamation; ce héros fut emprisonné, insulté et fustigé ignominieusement par la main ou par l'ordre de Musa. Au reste, les premiers musulmans observaient une discipline si sévère, leur zèle était si pur ou leur courage si soumis, qu'après cet outrage public on ne craignit pas de charger Tarik de la réduction de la province de Tarragone. La libéralité des Koreishites éleva une mosquée a Saragosse; le port de Barcelone fut rouvert aux navires de la Syrie ; et les Arabes poursuivirent les Goths au-delà des Pyrénées, dans la province de Septimanie (le Languedoc) dont ils étaient en possession (i). Musa trouva à Carcas-

(i) Les deux interprèles de Novairi, de Guignes {^HlsL

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sonne sept statues équestres d'argent massif dans l'église de Sainte-Marie, et il n'est pas vraisemblable qu'il les y ait laissées. De Narbonne , où il éleva un terme ou une colonne , il retourna sur les côtes de la Galice et de la Lusitanie. Durant son absence , Abdelaziz , un de ses fils, cbàtia les insurgens de Sëville; et depuis Malaga jusqu'à Valence, il subjugua les rives de la Méditerranée. Le traité qu'il accorda au sage et au vaillant Théodemir, et qui nous est demeuré en original (i) , donnera une idée des mœurs et de la politique de ce temps. « Articles de paix convenus et jurés entre Abdelaziz yjîls de Musa , fils de Nassir, et Théodemir , prince des Goths,

des Huns , 1. 1 , p. 849) et Cardonne ( Hlst. de (Afrique et de V Espagne y 1. 1, p. q3, y4 ? '^^^A > io5),font entrer Musa dans 1^ Gaule narbonnaise : mais je ne Irouve pas que Roderic de Tolède ou les manuscrits de l'Escurial fassent mention de cette entreprise ; et une Chronique française renvoie l'invasion des Sarrasins à la neuvième année après la conquête de l'Espagne, A. D. 721 (Pagi , Critica , t. m , p. 177, 196 ; Historiens de France , t. m). Je doute beaucoup que Musa ait passé les Pyrénées.

(1) Quatre siècles après Théodemir , ses domaines de Murcie et de Carthagène , conservent le nom de Tadmir dans le géographe de Nubie ( Edrisi , p. i54-i6i ); voyez aussi d'Anville i^ Etats de V Europe y p. i56; Pagi ? t. m, p 174)- Malgré l'état misérable de l'agriculture actuelle de l'Espagne, M. Swinburne ( Travels in Spain y p. 119) a vu avec plaisir la vallée délicieuse qui se prolonge de Murcie à Orihuela , et qui, sur un espace de quatre lieues et demie, offre une quantité considérable de beaux blés , de légumes j de luzernes , d'oranges , etc.

DE l'empire romain, chap. li. 3f5 Au nom du Dieu très miséricordieux , Abdelaziz fait la paix, à ces conditions qu'on iVinquiétera point Theodemir dans sa principauté; quon n'attentera ni à la vie, ni a la propriété, ni aux femmes, ni aux enfané , ni à la religion , ni aux temples des chrétiens; que Theodemir livrera volontairement ses sept villes d'Orihuela, Valentola, Alicante , Mola Vacasora , Bigerra (aujourd'hui Bejar) , Ora (ou Opta) et Lorca; qu'il ne secourra ni ne recevra les ennemis du calife, mais qu'il communiquera fidèlement ce qu'il saura de leurs projets d'hostihtés , qiiil payera annuellement , ainsi que chacun des Goths d'une famille noble, une pièce d'or, quatre mesures de blé, quatre mesures d'orge , et une certaine quantité de miel , d'huile et de vinaigre; et que l'impôt de chacun de leurs vassaux sera de la moitié de cette contribution. Donné le 4 de Regeb , l'an de l'hégire 94 , et signé de quatre témoins musulmans (i). » Theodemir et ses sujets furent traités avec une douceur singulière. Mais il paraît que la quotité de limpôt varia du dixième au cinquième, selon la soumission ou l'opiniâtreté des chrétiens i'i). Durant cette révolution ,

(i) Voyez ce Irailé en arabe et en latin , dans la Bihlio" theca arabico'hispana ^ toni. 11 , p. io5, 106. Il est daté du 4 du mois Regeb , A.. H. 94 -> c'est-à-dire du 5 avril A. D. 7 1 3 , ce qui semble prolonger la résistance de Theodemir et le gouvernement de Musa.

(2) Fleury ( Hist. ecclés. , t. ix , p. 261 ) a donné , d'après l'histoire de Sandoval (p. 87), la substance d'un autre traité signé A, JEi. c. 782 , A. D. 784^ entre un chef arabe et Ie&

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ils eurent beaucoup à souffrir des passions naturelles et religieuses des Arabes : ceux-ci profanèrent quelques églises, prirent quelquefois pour des idoles les reliques et les images. On passades rebelles au fil de l'e'pee ; une ville située entre Cordoue et Sëville , et dont le nom n'est pas venu jusqu'à nous, fut rasée jusqu'aux fondemens. Cependant , si l'on compare ces violences a celles qui se commirent lors de l'in vasion de l'Espagne par les Gotbs , ou à ce qu'on vit lorsque les rois de Castille et de l'Aragon la reprirent , on donnera des e'ioges a la modération et à la discipline des Arabes.

Disgrâce Musa était âffé , bien que pour déefuiser sa vieille Mnsa. A. i a i i i i

D. 714. lesse , il cacbat sous une poudre rouge la blancheur de sa barbe ; mais l'activité et l'amour de la gloire échauffait encore son cœur de toute l'effervescence de la jeunesse. Ne voyant dans la possession de l'Espagne qu'un premier pas à la conquête de l'Europe , après avoir préparé sur terre et sur mer un puissant armement , il se disposait a. traverser de nouveau les

Goths et les Romains du territoire de Coimbre en Portugal. La contribution des églises y est fixée à -vingt-cinq livres d'or , celle des monastères à cinquante , celle des cathédrales à cent. On y déclare que les chrétiens seront jugés par leur comte , mais que dans les affaires capitales , il sera obligé de consulter l'alcade ; que les portes de l'église doivent être fermées , et que les chrétiens doivent respecter le nom de Mahomet. Il faudrait voir sur l'original si , comme on l'a dit , on a fabriqué cette pièce pour assurer les immunités d'un couvent de l'Espagne.

DE l'kmpire romain, chap. li. 3ij

Pyrénées , a renverser dans la Gaule et l'Italie les royaumes des Francs et des Lombards alors sur le penchant de leur ruine, et à prêcher l'unité de Dieu sur l'autel du Vatican. Delà subjuguant les Barbares de la Germanie , il comptait suivre le Danube depuis sa source jusqu'au Pont-Euxin, renverser l'empire de Constantinople , et repassant d'Europe en Asie, réunir les contrées qu'il aurait vaincues au gouvernement d'Antioche et aux provinces de la Syrie (i); mais ce vaste projet , qui peut-être n'était pas d'une exécution bien difficile, devait aux yeux des esprits vulgaires porter les caractères de l'extravagance et de ses visions de conquête. Musa ne tarda pas à êtrd rappelé au souvenir de sa dépendance et de sa servitude. Les amis de Tarik avaient exposé avec succès ses services et le traitement qu'il avait reçu : la cour de Damas blâma la conduite de Musa ; elle soupçonna ses intentions , et le retard qu'il mit à obéir au premier ordre de rappel , en attira un second plus sévère et plus péremptoire. Un intrépide messager fut dépêché par le calife au camp de Musa, à Lugo en GaHce; et là, en présence des musulmans et des chrétiens , il saisit la bride de son cheval. La fidélité de Musa ou celle de ses troupes, ne lui» permirent

(i) On peut comparer ce vaste projet , qu'attestent plusieurs écrivains arabes ( Cardonne , t. i , p. gô , 96 ), à celui de Mithridate , de se rendre de la Crimée à Rome , ou à celui de César, de conquérir l'Orient , et de revenir en Italie par le nord ; mais l'entreprise exécutée par Annibal est peut-être au-dessus de ces trois grands desseins

3l8 HISTOIRE DE LA. DECADENCE

pas de songer a la désobéissance ; mais sa disgrâce fut adoucie par le rappel de son rival , et par la permission qu'il reçut de donner ses deux gouvernemens à ses deux fils Abdallah et Abdelaziz. Sa marche triomjphale de Ceuta a Damas , étala les de'pouilles de l'Afrique et les trésors de l'Espagne : on voyait à sa suite quatre cents Goths de nobles familles , portant des couronnes et des ceintures d'or. On évaluait à dix-huit et même à trente mille le nombre des captifs mâles et femelles choisis, à raison de leur naissance et de leur beauté , pour orner ce triomphe. A Tibériade en Palestine, un courrier de Soliman , frère de Walidet héritier présomptif de la couronne, lui apprit que le calife était atteint d'une maladie dangereuse : Soliman désirait que Musa réservât pour son règne le spectacle des trophées de sa victoire. Si Walid eût guéri, le délai de Musa aurait été criminel; il continua donc sa marche, et il trouva un ennemi sur le trône. Sa conduite fut examinée par un juge partial ; son adversaire était aimé du peuple ; on le déclara coupable de vanité et de mauvaise foi; et l'amende de deux cent mille pièces d or à laquelle îl fut condamné, si elle ne le réduisit pas a la misère, put servir*de preuve à ses rapines; l'indigne traitement dont il avait usé envers Tarik, fut puni par une ignominie semblable : le vieux général, après avoir été fustigé en public, fut un jour entier expose au soleil devant la porte du paiais , et finit par obtenir un honnête exil , sous le nom pieux de pèlerinage à la Mecque. La perte de Musa aurait dû satislaire

DE l'empire romain, chap. li. Skj

le ressentiment du calife ; mais il craignait une famille puissante et outragée, et dans sa frayeur il résolut de l'anéantir. L'arrêt de mort fut envoyé secrètement et promptement en Afrique et en Espagne à de fidèles serviteurs du trône ; et s'il fut juste , sa sanglante exécution viola du moins les formes de l'équité. Abdelaziz tomba dans la mosquée ou le palais de Gordoue sous le glaive des conspirateurs; ses assassins lui reprochèrent d'avoir formé des prétentions aux honneurs de la royauté, ainsi que le scandale de son mariage avec Egilona , veuve de Roderic, qui blessait également les préjugés des chrétiens et des musulmans. Par un raffinement de cruauté , on présenta sa tête à son père , à qui on demanda s'il connaissait les traits du rebelle ? « Oui , s'écria-t-il avec indignation, je connais ses traits ; je soutiens qu'il fut innocent , et j'appelle sur la tête de ses meurtriers une destinée semblable, mais plus juste. » Le désespoir et la Yieillesse de Musa le mirent bientôt hors de l'atteinte des rois , et il mourut de douleur peu de 'temps après son arrivée à la Mecque. Tarik son rival fut plus favorablement traité ; on lui pardonna ses services et on lui permit de se mêler à la foule des esclaves(i). J'ignore si le comte Julien reçut

(i) Je regrette beaucoup deux ouvrages arabes du huitième siècle , une Vie de Musa et un Poème sur les exploits de Tarik , maintenant perdus , ou du moins dont de n'ai pas eu connaissance. Le premier de ces ouvrages , tous deux authentiques , avait été composé par un des petits-fils de Musa échappé au massacre de sa famille ; et le second par

320 HrSTOIRK DE LA BÉCADENCK

pour recompense la mort qu'il avait méritée, mais ce ne fu t pas de la main des Sarrasins ; les témoig^nages les plus irrécusables démentent ce qu'on dit de leur ingratitude envers les fils de Witiza. Les deux princes furent rétablis dans les domaines particuliers de leur père ; mais à la mort de l'aîné, qui se nommait Eba, sa fille fut injustement dépouillée par son oncle Sigebut de ce qui lui revenait de l'héritage de son père. La fille du prince goth plaida sa cause devant le calife Hashem , et elle obtint la restitution de ce qui lui appartenait; mais on la donna en mariage a un noble Arabe, et ses deux fils Isaac et Ibrahim furent reçus en Espagne avec les égards dus à leur naissance et à leur fortune.

Prospérité Le nombre d'étrangers qui s'établissent dans une sous leÏAra! provincc conquisc , l'empressement des vaincus à ^"' imiter leurs maîtres, donnent bientôt à la contrée

un aspect semblable à celui du pays d'où sont sortis les vainqueurs ; et l'Espagne , qui avait vu tour à tour le sang des Carthaginois, des Romains et des Goths se mêler au sien , prit en peu de générations le nom et les mœurs des Arabes. Les premiers généraux et les vingt lieutenans du calife qui se succédèrent dans ce pays , amenèrent une suite nombreuse d'officiers civils et d'officiers militaires, qui aimaient mieux jouir au loin d'une vie aisée , que se trouver à l'étroit

le visir du premier Abdalrahman , calife d'Espagne , qui avait pu s'entretenir avec quelques uns des soldats de Tarik. ( Bibl. arahico' hispana , t. ti , p. 36- \ 3^ ).

DE l'empire romain, ciiap. li. 821

dans leur patrie ; ces colonies des musulmans étaient favorables à l'intérêt du public, à celui des particuliers , et les villes de l'Espagne rappelaient avec orgueil la tribu ou le cantonde l'Orient d'où elles tiraient leur origine. Les bandes victorieuses de Tarik et de Musa, bien que mêlées de plusieurs nations , se distinguaient par le nom ^Espagnoles , qui semblait établir leur droit de conquête ; elles permirent toutefois aux musulmans de l'Egypte de venir habiter la Murcie et Lisbonne. La légion royale de Damas s'établit à Cordoue ; celle d'Émèse à Séville , celle de Kinnisrin ou Chalcis à Jaen , celle de Palestine à Algéziras et à Médina Sidonia. Les guerriers venus de l'Yémen et de la Perse se dispersèrent autour de Tolède et dans l'intérieur du pays, et les fertiles domaines de Grenade furent donnés a dix mille cavaliers (i) de la Syrie et de l'Irak, dont la race était la plus pure et la plus noble de l'Arabie. Ces factions héréditaires entretenaient un esprit d'émulation quelquefois utile, plus souvent dangereux. Dix années

(i) Bihl. arahico-hispana , t. 11, p. 32-252. La première de ces citations est tirée d'une Biographia hispanica , par un Arabe de Valence ( voyez les longs Extraits de Casiri, 1. 11 , p. 3o-i2i ) ; et la dernière , d'une Chronologie générale des califes et des dynasties africaines et espagnoles, avec une histoire particulière de Grenade , que Casiri a traduite presque en entier [Bibl. arahico-hispana , t. 11 , p. 177-819), L'auteur Ebn-Khateb, originaire de Grenade^ et contemporain de Novairi et d'Abulféda ( il naquit A. D. i3i3, et mourut A. D. i374)^ était historien, géograplie, médecin et poêle (t. II, p. 71 , 72).

après la conquête , on présenta au calife une carte de l'Espagne ; on y voyait indiqués les mers, les rivières et les havres , les villes et le nombre des liabitans , le climat, le sol et les productions minérales (i). Dans l'espace de deux siècles, l'agriculture (a) , les manufactures et le commerce d'un peuple industrieux ajoutèrent aux bienfaits de la nature ; et les effets de l'activité des Arabes ont été embellis encore parleur oisive imagination. Le premier des Ommiades qui régna en Espagne sollicita l'appui des chrétiens ; et par son édit de protection et de paix , il se borna à un modique tribut de dix mille onces d'or, de dix mille livres d'argent, de dix mille chevaux, de dix mille mulets , de mille cuirasses, et d'un pareil nombre de casques et de lances (3). Le plus puissant de

(i) Cardonne , Histoire de V Afrique et de V Espagne , t. i , p. 116, 117.

(2) Il y a dans la Bibliothèque de TEscurial un long Traité d'Agriculture , composé au douzième siècle par un Arabe de Séville, et Casiri a eu quelque envie de le traduire. 11 donne une liste des auteurs arabes , grecs , latins 5 etc. , qui s'y trouvent cités ; mais c'est déjà beaucoup si l'écrivain andalous a connu les derniers par l'ouvrage de Columelle son compatriote (Casiri, Bihl. arab.-hisp., t. i, p. 323-338).

(3) Bibl, arabico-hispana y t. 11, p. 104. Casiri traduit le témoignage original de l'historien Rasis , tel qu'il se trouve dans la Biographia hispanica arabe, part. 9 ; mais je Suis extrêmement surpris de le voir adressé Principibus cœterisque christianis Hispanis suis Castell^. Le nom de Castellœ était inconnu au huitième siècle ; ce royaume n'a

DE l'empire ROMÂTiy. CHA^P. LI. 3'23

ses successeurs tira du même royaume un revenu annuel de douze millions et quarante-cinq mille dinars ou pièces d'or, c'est-à-dire d'environ six millions sterling (i), somme qui, au dixième siècle , surpassait vraisemblablement la totalité des revenus de tous les monarques chrétiens. Le calife résidait à Gordoue , ville qui renfermait six cents mosquées, neuf cents bains et deux cent mille maisons; il donnait des lois k quatre-vingts villes du premier ordre , a trois cents du second et du troisième, et douze mille villages ou hameaux ornaient les fertiles bords du Guadalquivir. Sans doute les Arabes se sont livrés à l'exagération, mais l'Espagne n'a jamais été plus riche, mieux cultivée et plus remplie d'habitans que sous leur empire (2).

commencé qu'en 1022 , un siècle après le temps de Rasis {^Btbl. t. II, p. 33o ) ; et ce nom désignait non pas une province tributaire , mais une suite de châteaux qui n'étaient pas soumis aux Maures ( d'Anville , États de t Europe, p. 166-170). Si Casiri avait été un bon critique , il aurait éclairci une difficulté à laquelle peut-être il a donné lieu.

(i) Cardonne , t. i , p. 337, ^^^' ^^ évalue ce revenu à cent trente millions de livres de France. Ce tableau de la paix et de la prospérité de leur empire, soulage de la sanglante uniformité de l'histoire des Maures.

(2) J'ai le bonheur de posséder un magnifique et intéressant ouvrage qui n'a point été mis en vente , mais que la cour de Madrid a distribué en présens , la Bihllotheca arahico-hispnna escurialensis , operâ et studio Michaelis Casiri , Syro Maronitœ , Matritif in folio , tomus prioCj 1 760,

Tolérance Lg prophète avaît consacre les guerres des musulmans; mais parmi les pre'ceptes divers et les exemples qu'il avait donnés durant sa vie , les califes choisirent les leçons de tolérance les plus propres à prévenir la résistance des incrédules. L'Arahie était toujours le sanctuaire et le patrimoine du Dieu de Mahomet; mais il voyait d'un œil moins affectueux et moins jaloux les autres nations de la terre. Ses adorateurs se croyaient autorisés à donner la mort aux polythéistes et aux idolâtres qui ignoraient son nom (i); mais de sages vues de politique suppléèrent bientôt pour eux aux principes de la justice ; et après quelques actes d'un zèle intolérant , les musulmans qui

tomus poslerior y 1770. L'exécution de cet ouvrage fait honneur aux presses d'Espagne ; l'éditeur y indique dix-huit cent cinquante-un manuscrits classés d'une manière judicieuse ; et ses longs extraits jettent quelque jour sur la littérature musulmane et l'histoire d'Espagne. On n'a plus à craindre la perle de ces monumens ; mais c'est par une négligence inconcevable qu'on n'a pas fait ce travail avant l'année 1671^ époque où un incendie consuma la plus grande partie de la Bibliothèque de l'Escurial , riche alors des dépouilles de Grenade et de Maroc.

(1) Les Harhil, ainsi qu'on les appelle, qui tolerari nequeunt , sont, l'^.ceux qui ne se bornent pas à adorer Dieu, mais qui adorent encore le soleil , la lune ou les idoles ; 2°. les athées , utrique , quamdlu princcps aliquis inter Moharnmedanos superest , oppugnari debent donec rcVgionem amplectantur , nec requies lis concède nda est j nec pretiurn acceptandum pTX> ohtinendâ conscientiœ lihertate ( Reland , Dissert. 10, De Jure militari Mahommedan.y t. m, p. i4) Quelle sévère théorie !

DE l'empire KOAfAIN. CHAP. U. 3'Jl5

s'emparèrent de l'Inde épargnèrent les pagodes de ce peuple nombreux et dévot. Les disciples d'Abraham, de Moïse et de Jésus furent invités solennellement à adopter la révélation iplus parfaite de Mahomef ; mais s'ils aimaient mieux payer un tribut modéré, on leur accordait la liberté de conscience et la permission d'adorer Dieu à leur manière (i). Les pri- Propagatioa sonniers qu on faisait sur un champ de bataille , de- tisme, voués à la mort , rachetaient leur vie en professant l'islamisme ; les femmes devaient embrasser la religion de leurs maîtres , et l'éducation des enfans des captifs augmentait peu a peu le nombre des prosélytes de bonne foi. Mais les millions de néophytes de l'Afrique qui se déclarèrent en faveur de la religion nouvelle, furent sans doute entraînés par la séduction plutôt que par la force. Une légère opération , une simple profession de foi faisait en un moment du sujet ou de l'esclave , du captif ou du criminel un homme libre , l'égal et le compagnon des musulmans victorieux. Tous ses péchés étaient expiés , tous ses engagemens rompus ; aux vœux de chasteté étaient substitués les penchans de la nature ; la trompette des Sarrasins éveillait les esprits actifs endormis dans le cloître , et dans cette convulsion générale, chaque

(i) La conversation du calife Al-Mamoun avec les idolâtres ou les sabéens de Charrae , expose d'une manière trésneUe la distinction entre une vsecte proscrite et une secte tolérée , entre les Harbii et le peuple du livre , ou ceux (jui croyaient à une révélation divine. ( Hoitinger^ HUt. orient. , p. 107, 108. )

membre d'une société nouvelle se plaçait au niveau de ses talens et de son courage. Le bonheur de l'autre vie annoncé par Mahomet ne faisait pas moins d'impression sur la multitude que les jouissances qu'il accordait dans celle-ci; la charité nous engage à croire qu'un grand nombre de ses prosélytes croyaient de bonne foi a la vérité et à la sainteté de sa révélation : aux yeux d'un polythéiste réfléchi , elle devait paraître digne de la nature divine et de la nature humaine. Plus pure que le système de Zoroastre , plus généreuse que la loi de Moïse , la religion de Mahomet semblait même moins contraire à la raison que cette foule de mystères et de superstitions qui , au septième siècle , déshonoraient la simplicité de rÉvangile.

Anéantis- Daus Ics proviuccs étcuducs de la Perse et de

sèment des . . . .. ^ , ...

mages de la 1 /Viriquc , 1 isiamismc avait rait disparaître la religion nationale. La théologie équivoque des mages était des sectes de l'Orient la seule qui subsistât encore ; mais on pouvait , sous le respectable nom d'Abraham, rattacher adroitement les profanes écrits de Zoroastre (i) à la chaîne de la révélation divine. On pou-

(i) Le Zend ou Pazend, la Bible des guèbres , est mise par eux , ou du moins par les musulmans , au nombre des dix livres qu'Abraham reçut du ciel ; et leur religion porte l'honorable nom de religion d'Abraham (d'Herbelot, Bihl. orient. , p. 70 1 ; Hyde, DereligloneveterumPersarum, c. j 3, p. 27, 28, etc.). Je crains bien que nous n'ayons pas une exposition bien pure et bien libre du système de Zoroastre. Le docteur Prideaux {^Connection ^ vol. i , p. 3oo , in-%° )

DE l'empiue romain, chap. Lf. 327

vait représenter son mauvais principe , le de'mon Ahriman , comme le rival ou comme la créature du dieu du jour. Les temples de la Perse n'offraient aucune image, mais on pouvait peindre comme une idolâtrie grossière et criminelle (i) le culte du Soleil et du Feu. L'exemple de Mahomet (2) et la prudence des califes décidèrent l'opinion en faveur du sentiment le plus modéré , et les mages ou les guèbres furent mis avec les juifs et les chrétiens au nombre des peuples de la loi écrite (3) ; au troisième siècle

adopte l'opinion qui suppose que Zoroastre fut esclave et disciple d'un prophète juif durant la captivité de Babylone. Les Perses , qui ont été les maîtres des Juifs , revendiqueraient peut-être l'honneur, le misérable honneur d'avoir été aussi leurs précepteurs en fait d'opinions religieuses.

(i) Les mille et une Nuits arabes , tableau fidèle des moeurs de l'Orient , peignent des couleurs les plus odieuses les mages ou les adorateurs du Feu, à qui elles reprochent de sacrifier un musulman toutes les années. La religion de Zoroastre n'a pas la moindre affinité avec celle des Hindoux ; toutefois il n'est pas rare que les musulmans les confondent , et cette méprise a été une des causes de la cruauté de ïimur. {Hist, de Timur-Beq , par Cherefeddin-Ali-Yezdi , 1. v. )

(2) Kie de Mahomet par Gagnier , t. m , p. 1 14, 1 15.

(3) Hœ très sectœ ^ judœi , christlaui , et qui inter Persas magorum institutis addicti sunt kut t^ox^iv , populi liberi dccuntur (^Keland , Dissert. , t. m, p. i5). Le calife Al- Mamoun confirma cette honorable distinction qui séparait les trois sectes de la religion vague et équivoque des sabéens et à l'abri de laquelle on permettait aux anciens polythéistes de Cliarrae de se livrer à leur culte idolâtre. (Hottinger, Hist. orient. , p. 167, l68.J

SaS HISTOIRE Dli LA DÉCADENCE

de l'hegire , la ville de Herat offrit un contraste frappant de fanatisme particulier et de tolérance publique (i). La loi musulmane avait assuré la liberté civile et religieuse des guèbres de Herat , à condition qu'ils payeraient un tribut; mais l'humble mosquée qu'avaient nouvellement élevée les musulmans se trouvait éclipsée par l'antique splendeur d'un temple du Feu joignant à l'édifice musulman. Un iman fanatique se plaignit, dans ses sermons , de ce scandaleux voisinage, et accusa les fidèles de faiblesse ou d'indifférence. Le peuple , excité par sa voix , se rassembla en tumulte ; la mosquée et le temple furent livrés aux flammes ; mais sur leur emplacement , on commença aussitôt une nouvelle mosquée. Les mages s'adressèrent au souverain du Khorasan pour obtenir réparation de l'injure qu'ils avaient soufferte ; il avait promis justice et satisfaction, quand (ce qu'on aura peine a croire) quatre mille citoyens de Herat, d'un caractère grave et d'un âge mûr, jurèrent d'une voix unanime que le temple du Feu n'avait jamais existé ; il n'y eut plus moyen de poursuivre les enquêtes, et la conscience des musulmans , dit l'historien Mirchond (2) , ne se reprocha point ce parjure

— — \ i II»

(i) Cette histoire singulière est racontée par d'Herbelot ( Bihl. orient. , p. 44^ » 449 ) •> sur le témoignage de Khondemir, et par Mircliond lui-même (^Hist. priorum reguin persarum , etc. , p. 9-18, not. , p. 88, 89).

(2) Mircliond ( Mohammed émir Khoondah Shah ) , originaire de Herat , composa en langue persane une Histoire générale de TOrient , depuis la création jusqu'à l'année 876

i)E l'oIPIP.F K0MA.1N. CHAP. LT. 829

pieux et me'ritoire (i). Au reste , le plus grand nombre des temples de la Perse se trouvèrent ruinés par la désertion insensible, mais générale, de ceux qui les fréquentaient. La désertion fut insensible ^ puisqu'elle ne se rapporte particulièrement à aucun temps ni à aucun lieu, et qu'elle n'a pas paru accompagnée de persécution , ou de résistance. Elle fut générale, puisque l'islamisme se trouva adopté par le royaume tout entier, depuis Sliiraz jusqu'à Samarcande, tandis que la langue du pays, conservée parmi les musul-

de l'hégire (A. D. 1471 ). L'an 904 (A. D. 1498), il obtint la garde de la bibliothèque du prince, et à l'aide de ce secours , il publia , en sept ou douze parties, un ouvrage qui mérita des éloges , et qui fut réduit en trois volumes par son fils Khondemir (A. H. 927, A. D. i52o). Petis delà Croix ( HisU de Gengis-Khan , p. 687, 538 , 544 , 545) a distingué soigneusement ces deux écrivains que d'Herbelot a confondus (p. 358, /\\o , 994î 99^)- Les nombreux extraits que ce dernier a publiés sous le nom de Khondemir , appartiennent au père plutôt qu'au fils. L'historien de Genglskhan renvoie à un manuscrit de Mirchond , qui lui avait été donné par d'Herbelot, son ami. On a publié dernièrement à Vienne, 1782, in-/^", cum notis Bernard de Jenisch, un fragment curieux (les dynasties tahérienne et soffarienne) , et l'éditeur nous fait espérer une continuation de Mirchond, Ce fragment publié est en persan et en latin.

(1) Quo testiinonio boni se quidpiain prœstitissc opinahantur. Cependant Mirchond doit avoir condamné leur zèle, puisqu'il approuvait la tolérance légale des mages, cui (^\e temple du Feu ) peracto singulis annis censu , uti sacra Mohammedis lege cautum , ab omnibus molestiis ac onenhus libcro esse licuit.

33o HfSTOIRE DE LA DÉCADENCE

mans de cette contrée , atteste leur origine persane (i). Des mécréans dispersés dans les montagnes et les déserts , défendirent avec opiniâtreté la superstition de leurs ancêtres ; et il reste une faible tradition de la théologie des mages dans la province de Kirman , sur les bords de l'Indus , parmi les Persans qui sont à Surate et dans la colonie que Shah Abbas établit dans le dernier siècle auprès d'Ispahan. Le grand pontife s'est retiré au mont Elbourz , à dixhuit lieues de la ville de Yezd. Le feu perpétuel, s'il continue de brûler, est inaccessible aux profanes; mais les guèbres , dont les traits uniformes et fortement prononcés attestent la pureté de leur sang, vont en pèlerinage au lieu qu'habite ce pontife, leur maître et leur oracle. Quatre-vingt mille familles y mènent une vie paisible et innocente sous la juridiction de leurs vieillards ; quelques ouvrages d'un travail soigné et les arts mécaniques fournissent à leur subsistance , et elles cultivent la terre avec le zèle qu'inspire un devoir prescrit par la religion. Les volontés despotiques de Shah Abbas , qui par des menaces et des tortures voulait les forcer à lui livrer

(i) Le dernier mage qui ait eu un nom et quelque pouvoir, paraît être Mardavige— le-Dilemite , lequel, au dixième siècle , régnait dans les provinces septentrionales de la Perse situées auprès de la mer Caspienne (d'Herbelot , Biblioth. orient, , p. 355 ) ; mais les Bowldes , ses soldats et ses successeurs , professaient l'islamisme , ou du moins ils l'embrassèrent ; et c'est sous leur dynastie (A, D. 933-i020) que je placerais la chute de la religion de ZoroastrCr

T^E i/eMPIBE ROIMAIN. CHAP. LI. 33l

les livres de Zoroastre , vinrent se briser contre leur ignorance ; et c'est par esprit de modération ou par mépris que les souverains actuels n'inquiètent pas ce reste de mages (i).

La côte septentrionale de l'Afrique est le seul pays Décoda nce

, , . . . ^^ chute da

où la lumière de l'Évangile ait toutà-fait disparu après chiistianis-

/ , 1- 1 11 1 r ,, ra« en Afri-

un établissement complet et de longue durée, un que. nuage d'ignorance avait enveloppe dans les mêmes ténèbres les sciences qu'avaient répandues Carthage et Rome : on n'étudiait plus la doctrine de saint Cyprien ou de saint Augustin. La fureur des donatistes, des Vandales et des Maures avait renversé cinq cents églises épiscopales. Le zèle et le nombre des prêtres étaient diminués, et le peuple, privé de règle, de lumières et d'espérance , se soumit docilement au joug du prophète arabe. Un demi-siècle après l'ex- A. D. 749. pulsion des Grecs , un lieutenant de l'Afrique informa le calife que le tribut que payaient les infidèles se trouvait aboli par leur conversion (2); et bien que

(1) Ce que j'ai dit de l'état où se trouvent aujourd'hui les guèbres dans la Perse, est tiré de Chardin, qui , sans être le plus savant , est le plus judicieux de nos voyageurs modernes, et celui qui a mis le plus de zèle dans ses recherches. ( Voyages en Perse , t. it , p. 109 , 1 79 ? ï 87 , in-/^". ) Pielro délia Valle, Olearius, Thevenot , Tavernier, etc. , que j'ai consultés vainement , n'avaient ni des yeux assez exercés ni assez d'attention pour bien examiner ce peuple intéressant.

(2) La lettre d'Abdoulrahman , gouverneur ou tyran de l'Afrique , au calife Aboul-Abbas , le premier des Abassides, est datée A. H. 1 32 ( Cardonne, Hist. de V Afrique et de VEs" pagne, 1. 1 , p. 168).

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