‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 2)Chapitre 38 sur 62 · HlSTOIflt: DE LA DÉCADENCE · texte numérisé non relu

HlSTOIflt: DE LA DÉCADENCE

ce ne fût qu'un prétexte pour déguiser sa fraude et sa rébellion , la rapidité des progrès de l'islamisme

A. D. 837. rendait ce prétexte spécieux. Dans le siècle suivant , cinq évêques envoyés d'Alexandrie par le patriarche jacobite , se rendirent à Cairoan avec une mission extraordinaire, pour y rassembler et y ranimer les restes mourans du christianisme (i); mais l'intervention d'un prélat étranger, séparé de l'Église latine et ennemi des catholiques, suppose le dépérissement et la dissolution de la hiérarchie d'Afrique. On n'était plus au temps où les successeurs de saint Cyprien, à la tête d'un nombreux synode, pouvaient lutter à forces égales contre l'ambition du pontife de Rome.

A. D. io53- Au onzième siècle, le prêtre infortuné qui siégeait sur les ruines de Carthage sollicita les aumônes ou la protection du Vatican, et se plaignit avec amertume de ce qu'après avoir été ignominieusement dépouillé et battu de verges par les Sarrasins, il voyait encore son autorité contestée par ses quatre suffragans , appuis chancelans de son siège épiscopal. Nous avons deux lettres de Grégoire vu (2), où ce pape essaie d'alléger les maux des catholiques et d'adoucir l'or-

(i) Bibl. orient. , p. 66; Renaudot, HlsU patriar. Alex,, p. 287, 288.

(2) Voyez dans les lettres des papes Léon ix [epist. 3) , Grégoire vu (1. i , epist. 22 , 23 ; 1. m , epist. 19, 20 , 21 ), et les remarques de Pagi (t. IV, A. D. io53, n" i4;A.D. 1073, n° i3), qui a recherché le nom et la famille du prince maure avec lequel le plus orgueilleux des pontifes romains avait un commerce de lettres si poli.

g^uell d'im prince maure. Il assure le sultan qu'il adore le même Dieu que lui ; il ajoute qu'il espère le trouver un jour dans le sein d'Abraham; mais ses plaintes sur ce qu'on ne pouvait pas rencontrer trois éveques pour en consacrer un quatrième , annonçaient la prompte et inévitable ruine de l'ordre episcopal. Les chrétiens d'Afrique et d'Espagne s'étaient soumis Et de l'Es-

, . , \ 1 • • • 1 • 1 pa^ne. A. D.

depuis long-temps a la circoncision; depuis long- 1149, etc. temps ils s'abstenaient de vin et de porc , et on leur donnait le nom de Mozaral?es (i ) ou d'Arabes adoptifs, parce que leurs usages civils et religieux se rapprochaient de ceux des musulmans (2). Vers le milieu du douzième siècle , le culte du Christ et la suite des pasteurs de cette communion cessèrent entièrement sur la cote de Barbarie, et dans les rovaumes de Cordoue et de Séville , de Valence et de

(i) Mozarabes ou Mostarabes , adscltuil^ ainsi qu'on rend ce mot en latin ( Pococke , Specim. Hist. Arabuniy p. 3g, 40 ; Bibl. arab.-hispana j t. 11 , p. 18). La liturgie mozarabique que suivait autrefois l'Église de Tolède, a été attaquée par les papes , et exposée aux épreuves incertaines du glaive et du feu (Marian. , Hist, Hispan.y t. i, 1. jx , c. 18 , p. 878) : elle est en langue latine ; mais au onzième siècle on jugea nécessaire ( A. ^. C. 1607, A. D. 1089) de faire une version arabe des canons des conciles d'Espagne {^BihL arab.-hispan., t. I, p. 547 ) , pour les éveques et le clergé des contrées soumises aux Maures.

(2) Vers le milieu du dixième siècle, l'intrépide envoyé de l'empereur Othon i^"" reprocha au clergé de Cordoue celle criminelle condescendance ( Vit. Johann, Gorz, in sec. Benedict, v, n" 1 15 , ap. Fleury , Hist. ecclés.j t. xii, p. 91).

334 HTSTOIRE DE LA. D^C/VDEIVCÊ

Grenade ( r). Le trône des Almohades ou des unitaires reposait sur le plus aveugle fanatisme , et les victoires récentes et le zèle intolérant des princes de Sicile et de Castille, d'Aragon et de Portugal, excitèrent ou justifièrent peut-être la rigueur peu commune de A.D. i535. leur administration. Des missionnaires envoyés par le pape ranimèrent de temps en temps la foi des Mozarabes , et le débarquement de Charles-Quint sur les côtes d'Afrique donna à quelques familles de chrétiens de Tunis et d'Alger le courage de lever la tête; mais la semence de l'Évangile fut bientôt après totalement anéantie, et depuis Tripoli jusqu'à l'océan Atlantique, on oublia tout-à-fait la langue et la religion de Rome (2).

( I ) Pagi , Critica , t. iv, A. D. 1149) ^°* 8 , 9. Il observe , avec raison, que lorsque Séville fut reprise par Ferdinand de Castille , on n'y trouva de chrétiens que les captifs , et que la description des églises mozarabiques de l'Afrique et de l'Espagne , par Jacques de Vitry , A. D. 1218 {Hist. Hieros,^ c. 80 , p. 1 096 . in gestis Deiper Francos) , a été tirée d'un livre plus ancien ; et j'ajoute que la date de l'hégire 677 ( A. D. 1278) doit s'appliquer à la copie et non pas à l'original d'un traité de jurisprudence , qui expose les droits civils des chrétiens de Cordoue ( Bibl. arah.-hisp. , 1. 1, p. 47 1 ) 1 et que les Juifs étaient les seuls dissidens que Abul-Waled, roi de Grenade (A. D. i3i3), pût persécuter ou tolérer (t. II, p. 288).

(2) Renaudot, Hist. patriar. Alex,, p. 288. Si Léon l'Africain, captif à Rome, avait pu découvrir en Afrique le moindre reste de christianisme , il n'aurait pas manqué de le dire pour faire sa cour au pape.

r)E l'empire romain, chap. li. 333

Onze siècles se sont écoulés depuis le rèe^ne de "^^ ^^^"'''-

^ , ^° tianisToe to-

Maliomet , et les juifs et les chrétiens de Tempire turc léié pai les jouissent de la liberté de conscience que leur accordèrent les califes arabes. Aux premiers temps de la conquête , les califes soupçonnèrent la fidélité des catholiques , que leur nom de Melchites faisait accuser d'un attachement secret à l'empereur grec, tandis que les nestoriens et les jacobites , ses ennemis invétérés, montraient pour les musulmans un attachement sincère et cordial (i); mais le temps et la soumission dissipèrent ces inquiétudes partielles; les catholiques et les mahométans se partagèrent les églises de l'Egypte (2) , et toutes les sectes de l'Orient se trouvèrent comprises dans une tolérance générale. Le magistrat civil protégeait la dignité , les immunités et l'autorité des patriarches, des évêques et du clergé : les particuliers pouvaient arriver par leur savoir aux: emplois de secrétaires et de mé-

(i) Jbsù (disaient les catholiques au vizir de Bagdad) ut pari loco haheas Nestorianos , quorum prœter Arabas nullus allas rex est , et Grœcos quorum reges amovendo Arahibus bello non desistunt , etc. Voj, dans les Recueils d'Assemani {Bihl. orient, y t. iv, p. <^/^-io\^ l'état des nestoriens sous les califes. La dissertation préliminaire du second volume d'Assemani expose d'une manière plus concise celui des jacobites.

(2) Eulycli., Annal. , t. 11 , p. 384 ■> 387, 388 ; Renaudot, Hist.patr. Alex. , p. 2o5 , 206 , 267, 332. Le premier de ces patriarches grecs, professant quelques points de l'hérésie des raonothélites , pouvait être moins fidèle aux empereurs , et moins suspect aux Arabes.

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