‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 2)Chapitre 39 sur 62 · HISTOIRE DE LA. DECA^HENCE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA. DECA^HENCE

decins, s'enrichir dans la commission lucrative de percepteurs des impôts, et parvenir, par leur me'rite, a des commandemens de villes et de provinces. On entendit un calife de la maison d'Abbas déclarer que les chrétiens étaient ceux qui méritaient le plus de confiance pour l'administration de la Perse. « Les musulmans, dit-il, abuseront de leur fortune actuelle ; les mages regrettent leur grandeur passée , et les Juifs soupirent après leur prochaine déli- Lenrsmaux. yrancc (i). » Mais Ics csclavcs du despotisme sont exposés aux vicissitudes de la faveur et de la disgrâce. Les Églises de l'Orient ont été opprimées dans tous les siècles par la cupidité ou le fanatisme de leurs maîtres, et les gênes imposées par l'usage ou par la loi ont pu révolter l'orgueil et le zèle des chrétiens (^2). Environ deux siècles après Mahomet , on les disting^ua des autres sujets de l'empire ottoman par l'obligation de porter un turban ou une ceinture d'une couleur moins honorable; on leur interdit Tusage

(i) Moladhed , qui régna depuis A. D. 892 jusqu'à l'année 902. Les mages conservaient encore leur nom et leur rang parmi les religions de l'empire ( Assem. , Bihl, orient, , t. IV, p. 97).

(2) Reland expose les gênes que la loi et la jurisprudence des musulmans ont imposées aux chrétiens [Dissert., t. m, p. 16-20). Eutychius [Jnna!., t. 11, p. 448) et d'Herbelot ( Bibl. orient., p. 640) indiquent les tyranniques ordonnances du calife Motawakkel ( A. D. 847-86 1 ) , qui sont encore en vigueur. Le Grec Théophane raconte et vraisemblablement exagère une persécution du calife Omar 11 ( Chron. y p. 334 >

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des chevaux et des mules , et on les condamna à monter des ânes dans l'attitude des femmes. On borna rétendue de leurs édifices publics et particuliers ; dans les rues ou dans les bains , ils doivent se retirer ou s'incliner devant le dernier homme du peuple, et on rejette leur témoignage s'il peut être préjudiciable à un vrai fidèle. On leur a défendu la pompe des processions, le son des cloches et la psalmodie ; leurs sermons et leurs entretiens doivent respecter la foi nationale, et le sacrilège qui veut entrer dans une mosquée ou séduire un musulman ne saurait échapper à la punition. Or , excepté dans les temps de trouble et d'injustice, on n'a jamais forcé les chrétiens à renoncer à l'Evangile ou à embrasser le Koran ; mais on a infligé la peine de mort aux apostats qui ont professé et abandonné la loi de Mahomet : ce fut en déclarant publiquement leur apostasie, et en se permettant de violentes invectives contre la personne et la religion du prophète , que les martyrs de la ville de Cordoue provoquèrent l'arrêt du cadi (f).

(i) Saint Euloge, qui lui-même fut immolé à son tour , célèbre et justifie les martyrs de Cordoue ( A. D. 85g , etc. }. Un synode assemblé par le calife , censura leur témérité d'une manière équivoque. Le sage Fleury , qui montre ici sa modération ordinaire, ne peut accorder leur conduite avec la discipline de l'antiquité : a Toutefois l autorité de l'Eglise j elc. )> (Fleury, Hist. ecclés., t. x, p. 41 5-52 2, et surtout p. 45i-5o8, 5oc)). Les actes authentiques de ce synode jetleiil une lumière vive, bien que passagère, sur l'état de l'Eglise d'Kspagne au neuvième siècle.

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L'empire Vers la fiii du premier siècle de l'hégire , les califes

des califes. ^ * .

A. 0.718. étaient les monarques les plus puissans et les plus absolus de la terre. Ils ne voyaient leur puissance limitée de droit ou de fait , ni par le pouvoir des nobles, ni par la liberté des communes, ni par les privilèges de l'Église , ni par la juridiction du sénat , ni enfin par le souvenir d'une constitution libre. L'autorité des compagnons de Mahomet avait expiré avec eux , et les chefs ou les émirs des tribus arabes laissaient derrière eux , en quittant le désert , leur esprit d'égalité et d'indépendance. Les successeurs du prophète réunissaient au caractère royal le caractère sacerdotal ; et si le Koran était la règle de leurs actions , ils se trouvaient les juges et les interprètes de ce livre divin. Ils régnaient par droit de conquête sur les nations de l'Orient, qui ne connaissent pas même le nom de liberté, qui ont l'habitude de louer leurs

tvrans des actes de violence et de sévérité dont elles

sont les victimes. Sous le dernier des Ommiades l'empire des Arabes se prolongeait de l'orient a l'occident l'espace de deux cents journées , depuis les confins de la Tartarie de l'Inde, jusqu'aux rivages de la mer Atlantique ; et si nous retranchons la manche de la robe , pour me servir de l'expression de leurs écrivains, c'est-à-dire la longue mais étroite province de l'Afrique , une caravane devait employer quatre ou cinq mois à traverser , en quelque sens que ce fût, c'est-à-dire depuis Fargana jusqu'à Aden , et depuis Tarse jusqu'à Surate, cette portion de Tempire qui Wit formait pour ainsi dire qu'un seul morceau solide

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et non interrompu (i). On y aurait cherche vainement cette union indissoluble et cette obéissance facile qu'offrait Tempire d'Auguste et des Antonins; mais la religion musulmane donnait à de si vastes contrées une ressemblance générale de mœurs et d'opinions. A Samarcande et à Séville on étudiait avec le même zèle la langue et les lois du Koran ; les Maures et les Indiens se rencontraient en pèlerinage a la Mecque, s'embrassaient en qualité de compatriotes et de frères , et l'idiome des Arabes était l'idiome populaire de toutes les provinces situées à l'occident du Tigre (2).

(i) f^o/es l'article Es lami'ak (comme nous disons chrétienté) delà. Biblioinéque orientale (p. 325). CeUe carte des pays soumis à la religion musulmane s'applique à l'année de l'hégire 385 (A. D. cjgS ) : elle est de Ebn- A.lwardi. Les pertes que le mahométisme a faites en Espagne depuis cette époque , ont été contrebalancées par les conquêtes dans rinde, la Tartarie et la Turquie d'Europe.

(2) L'arabe du Koran s'enseigne comme une langue morte dans le collège de la Mecque. Le voyageur danois compare cet ancien idiome au latin; la langue vulj^aire de l'Hejaz et de l'Yémen à l'italien, et les dialectes arabes de la Syrie, de l'Egypte et de l'Afrique, etc. , au provençal , à l'espagnol et au portugais ( Niebuhr , Descript. de V Arabie , p. 74 , etc. ).

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