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accablaient alors 1 Italie , le nom de Rome réveille les Sananns. un auguste et douloureux souvenir. Des navires sarrasins de la côte d'Afrique osèrent remonter le Tibre,
(i) On trouve des extraits des auteurs arabes sur la conquête de la Sicile dans Abulféda ( Jnnal. moslcm. , p. 27 i- 273 ) et dans le premier volume des Script, rerurn italic. de Muratori. M. de Guignes [Hist. des Huns, t.i,p. 363, 364) ajoute quelques faits importans.
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et approcher d'une ville qui, dans sa dégradation, était encore respectée comme la métropole du monde chrétien. Un peuple tremblant en gardait les portes et les remparts ; mais les tombeaux et les églises de Saint-Pierre et de Saint-Paul, situés dans les faubourgs du Vatican et sur la route d'Ostie , demeuraient abandonnés à la fureur des musulmans. Leur sainteté les avait protégés contre l'avidité des Goths , des Vandales et des Lombards ; mais les Arabes dédaignaient TÉvangile et la Légende, et les préceptes du Koran autorisaient et excitaient leur rapacité. Ils dépouillèrent les idoles du christianisme des offrandes dont on les avait enrichies; ils enlevèrent de l'église de Saint-Pierre un autel d'ai'gent, et s'ils laissèrent dans leur entier les édifices et les corps des saints qu'on y avait inhumés, il faut l'attribuer à leur précipitation plutôt qu'à leurs scrupules. Dans leurs incursions sur la voie Appienne , ils saccagèrent Fundi, et assiégèrent Gaëte; mais ils s'éloignèrent des murs de Rome , et leur division sauva le Capitole du joug du prophète de la Mecque. Cependant le même danger menaçait toujours les Romains, et leurs forces ne pouvaient les défendre contre un émir de l'Afrique. Ils réclamèrent la protection du roi de France , qui leur donnait alors des lois ; un détachement des Barbares battit une armée française; Rome , dans sa détresse , songeait à se remettre sous l'empire du prince qui régnait à Byzance ; mais ce projet pouvait passer pour une rébellion, et les secours qu'on pouvait en attendre étaient éloignés et pré-
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caircs (i). La mort du pape, chef spirituel et temporel de la ville, parut être un surcroît a tant de maux ; mais l'urgence de la situation écarta les formes ainsi que les intrigues ordinaires d'une élection, et la reunion des suffrages en faveur de Léon iv (■>.), sauva la cliétienté et la ville de Rome. Ce pontife était ne' Romain. Le courage des premiers âges de la république brûlait encore dans son sein , et au milieu des ruines de sa patrie il se tenait debout comme une de ces majestueuses et inébranlables colonnes qu'on volt lever leur tête au-dessus des débris du Forum. Les premiers jours de son règne fuient consacrés à la purification des reliques qui furent mises en lieu de sûreté, ensuite à des prières, à des processions, et à toutes les cérémonies les plus solennelles de la religion , qui servirent du moins à guérir l'imagination et à relever les espérances de la multitude. On négligeait dès long-temps ce qui regardait la défense de la ville; non que l'on comptât sur
(i) L'un des personnages les plus éminens de la ville de Rome ( Gratien , magister miUtinn et romani palatii superista ) fut accusé d'avoir dit : Quia Franci luhil nobis boni facLunty ncque adjutorium prœbent , sed magis quœ nostra sunt violenter tollunt ; quare non advocarnus Grœcos et curn eis fœdus pacis componentes Francorum regern et gentern de nostro regno et dominatione expelUnius ? ( Anasiase , in Leone iv, p. 199).
(2) Voltaire ( Bist. générale , 1. 11, c. 38 , p. 1 24 ) paraît aYoir été vivement frappé du caractère de Léon iv. J'ai employé ses expressions générales ; mais la vue du Forum m'a fourni une image plus précise et plus animée.
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la paix, mais parce que la détresse et la misera des temps ne permettaient pas de semblables soins. Léon répara les murailles autant que ses faibles moyens et la brièveté du temps purent le permettre : quinze tours furent élevées ou rebâties aux endroits qui offraient l'accès le plus facile ; deux de ces tours commandaient les deux rives du Tibre , et on tendit àes chaînes sur la rivière , afin d'empêcher les navires ennemis de pouvoir la remonter. Les Romains eurent du moins quelque répit, car ils apprirent que les Sarrasins venaient de lever le siège de Gaëte , et que les vagues avaient englouti une partie des musulmans avec leur sacrilège butin.
Victoire. L'cxplosion de Torafi^e fut différée , mais ce fut
et règne de ^^ . ^ ^
Léon IV. A. pour éclater bientôt avec plus de violence. L'Aglabite (i) qui régnait en Afrique avait hérité de son père un trésor et une armée : une escadre d'Arabes et de Maures , après un court relâche dans les ports de la Sardaigne, vint mouiller à l'embouchure du Tibre, c'est-à-dire a seize milles de Rome ; leur nombre et leur discipline semblaient annoncer non pas une incursion passagère , mais le projet bien arrêté ée conquérir l'Italie. Cependant Léon s'était hâté de former une alliance avec les cités libres de Gaëte, de Naples et d'Amalfî , vassales de l'empire grec ; à
( 1 ) De Guignes ( Hîst. génér. des Huns , t. i , p. 363 , 364 ) f Cardonne ( Hlst. de V Afrique et de t Espagne , sous la domiiialion des Arabes, t. ii, p. 7,4, 25). Ces écrivains ne sont sças d'accord sur la succession des Aglabites , et je ne puis X'iîi concilier.
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l'arrivée des Sarrasins, leurs galères se montrèrent au port d'Ostie , sous les ordres de Csesarius , fils du duc de Naples, jeune guerrier plein de générosité et de valeur, qui avait déjà vaincu les flottes des Arabes. Il se rendit avec ses principaux officiers au palais de Latran , sur l'invitation du pape , qui feignit adroitement de les questionner sur l'objet de leur voyage, et de recevoir avec autant de surprise que de joie le secours que lui envoyait la Providence. Le père des chrétiens se rendit a Ostie , accompagné des milices de Rome en armes ; il y fit la revue de ses libérateurs , et leur donna sa bénédiction. Les alliés baisèrent les pieds du pontife, ils reçurent la communion avec une dévotion guerrière , et Léon pria le Dieu qui avait soutenu saint Pierre et saint Paul sur les vagues de la mer, de soutenir la force des bras prêts à combattre les ennemis de son saint nom. Les musulmans, après une prière semblable à celle des chrétiens et avec un courage pareil , commencèrent l'attaque des navires chrétiens , qui gardèrent leur position avantageuse le long de la côte. La victoire penchait du côté des alliés , lorsque la gloire de la décider par leur courage leur fut enlevée par une tempête soudaine quî confondit l'habilelé des marins les plus hardis. Les chrétiens se trouvaient garantis par le havre , tandis que les navires africains furent dispersés et mis en pièces parmi les rochers et les îles d'une côte ennemie. Ceux d'entre eux qui échappèrent au naufrage et à la faim , tombés au pouvoir de
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leurs implacables ennemis , n'en obtinrent point une clémence qu'ils ne méritaient pas. Le glaive et le gibet défirent les cbretiens d'une partie de cette dangereuse multitude de captifs ; les autres , mis a la chaîne, furent utilement employés à la réparation des édifices sacrés qu'ils avaient voulu détruire. Le pape , à la tête des citoyens et des alliés , alla se prosterner en action de grâces devant les châsses des apôtres; et dans le butin qu'avait produit cette victoire navale , on choisit treize arcs d'argent massif qui furent suspendus autour de l'autel du pêcheur de Galilée. Durant tout son règne , Léon iv s'occupa du soin de fortifier et d'orner la ville de Rome. Il répara et embellit les églises ; il employa huit mille marcs d'argent à remédier aux dommages qu'avait soufferts celle de Saint-Pierre ; il l'enrichit de vases d'or du poids de deux cent soixante livres, ornés des portr^aits du pape et de l'empereur, et entourés d'un cercle de perles ; mais le caractère de Léon reçoit moins d'honneur de cette vaine magnificence , que du soin paternel avec lequel il releva les murs de Horta et d'Amérie, et réunit dans la nouvelle ville de Léopolis , à douze milles de la côte , les habitans dispersés de Centumcellae (f). Ses libéralités mirent une colonie de Corses en état de s'établir, avec leurs
(i) Beretti [Chronogr. Ital. rned. œvl ^ p. 106-108) nous a donné des lumières sur les villes de Cenrumcellae, Léopolis, la cité Léonine et les autres villes du duché de Rome.
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femmes et leurs enfans , à Porto, ville située à Tembouchure du Tibre, qui tombait en ruines, et qu'il répara pour eux; les champs et les vignobles de son territoire furent partagés entre les nouveaux colons; pour aider leurs premiers efforts , il leur donna des chevaux et du bétail , et ces braves exilés, respirant la vengeance contre les Sarrasins, jurèrent de vivre et de mourir sous l'étendard de saint Pierre. Les pèlerins de l'occident et du nord qui venaient visiter le tombeau des apôtres , avaient formé peu à peu le vaste faubourg du Vatican ; et selon le langage du temps, on distinguait leurs habitations par le nom àiécoles des Grecs et des Goths , des Lombards et des Saxons ; mais cette respectable enceinte était toujours exposée sans défense à l'insulte des sacrilèges; l'autorité épuisa tout son pouvoir et la charité toutes ses aumônes, à l'environner de murs et de tours ; pendant quatre années que dura ce pieux travail , on vit à toutes les heures et dans toutes les saisons l'infatigable pontife exciter les travailleurs par sa présence. * Le nom de cité Léonine, qu'il donna au Vatican, Fondation laisse apercevoir l'amour de la célébrité , passion gé- Léonine, ""a! néreuse mais terrestre : au reste , des actes de péni- ^* ^^^* tence et d'humilité chrétienne tempérèrent l'orgueil de cette dédicace. Le pape et son clergé parcoururent nu-pieds, et sous le sac et la cendre , l'enceinte marquée pour la nouvelle ville ; les chants de triomphe furent des psaumes et des litanies ; on répandit l'eau sainte sur les murs , et à la fin de la cérémonie, Léon pria les apôtres et l'armée des anges de maii)-
tenir Tancienne et la nouvelle Rome , toujours pures^ heureuses et imprenables (i).
La gnerre L'empereurTheopliile, fîls deMictiel-le-Bègue ,est
d'Amorie en- i • i i t i i
ue Théo- un des princes les plus actirs et les plus courageux qui
phile et Mo- .^ ,, i '^li.Ai/-.r
tassera. A.D. tHcnt occupe dans le moyen âge le trône de Constantinople. Il marcha cinq fois en personne contre les Sarrasins dans des guerres , soit offensives , soit défensives; redoutable dans l'attaque , il obtint même , par ses défaites, l'estime de ses ennemis. Dans la dernière de ses expéditions , il pénétra en Syrie , et assiéga la ville obscure de Sozopetra , où par hasard était né le calife Motassem , dont le père Haroun se faisait toujours accompagner, soit en paix , soit à la guerre , de celle de ses femmes et de ses concubines qu'il aimait le plus. La révolte d'un imposteur persan occupait alors les armes des Sarrasins , et il ne put qu'intercéder en faveur d'une ville pour laquelle il avait une sorte d'attachement filial. Ses sollicitations déterminèrent l'empereur à blesser son orgueil en un point si sensible. Sozopetra fut rasée ; ses habitans furent mu-
(i) Les Arabes et les Grecs gardent également le silence sur ce qui a rapport à l'invasion de Rome par les Africains. Les Chroniques latines ne fournissent pas beaucoup d'instruction {voyez les annales de Baronius et Pagi ). Anaslase, bibliothécaire de TEglise romaine , historien contemporain , est le guide authentique que nous avons suivi pour l'histoire des papes du neuvième siècle. Sa Vie de Léon iv contient vingt-quatre pages (p. 175-109 , édit. de Paris) ; ei si elle se compose en grande partie de minuties siq>erstitieuses , nous devons à la fois blâmer et louer son héros de s'être trouvé plus souvent dans une église que dans un camp.
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tiles ou marqués d'une manière ignominieuse, et les vainqueurs enlevèrent mille captives sur le territoire des environs. Parmi celles-ci se trouvait une matrone de la maison d'Abbas qui , dans son désesp.oir, implora le secours de Motassem : celui-ci , irrité des insultes des Grecs , crut son honneur engagé à s'en venger, et à répondre à l'appel que lui avait fait sa parente. Sous le règne des deux frères aînés, Théritage du plus jeune s'était borfié à l'Anatolie , l'Arménie , la Géorgie et la Circassie : cette position sur les frontières avait exercé ses talens militaires; et parmi les titres que le hasard lui avait donnés au surnom ^Octonaire{\) , les huit batailles qu'il gagna sur les ennemis du Koran , ou du moins qu'il leur livra, forment sans doute le plus honorable. Dans cette querelle personnelle , les troupes de l'Irak , de la Syrie et de l'Egypte , tirèrent leurs recrues des tribus de l'Arabie et des hordes turques ; sa cavalerie dut être nombreuse , bien qu'il faille diminuer quelque chose des cent trente mille chevaux que lui accordent les historiens^; et les frais de l'armement ont été évalués à quatre millions sterling , ou cent mille livres d'or. Les Sarrasins se rassemblèrent à Tarse , et prirent en trois divisions la grande route de Constantinople : Motassem commandait le corps
(i) Ce nombre de huit s'est trouvé appliqué à différentes circonstances de la vie de Motassem. Il était le huitième des Abbassides ; il régna huit ans , huit mois et huit jours. Il laissa en mourant huit flU , huit filles , huit miUe esclaves et huit millions d'or.
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de bataille; l'avant-g-arde était sous les ordres d'Abbas son fils, qui, dans l'essai de ses premières armes, pouvait triompher avec plus de gloire , ou recevoir un échec avec moins de honte, et le calife avait résolu de venger son injure par une injure pareille. Le père de Théophile était né à Amorium ( i ) en Phrygie : cette ville, berceau de la maison impériale , avait été distinguée par ses privilèges et ses monumens, et, quelle que fût l'opinion du peuple , aux yeux du souverain et de sa cour, elle n'était guère moins précieuse que Constantinople. Le nom ^Amorium fut gravé sur les boucliers des Sarrasins , et les trois armées se réunirent de nouveau sous les murs de cette cité proscrite. Les plus sages conseillers avaient été d'avis d'évacuer la place, d'en faire sortir les habi* tans , et d'en abandonner les édifices à la vaine fureur des Barbares. L'empereur prit le parti plus généreux de soutenir un siège et de livrer une bataille pour défendre la patrie de ses ancêtres. Lorsque les armées s'approchèrent , le front de la ligne musul* iiiane parut le plus hérissé de piques et de javelines ; mais de Fun et de l'autre côté l'issue du combat ne
(i) Les anciens géographes font rarement mention d'-^morium , et les Itinéraires romains l'ont oubliée tout-à-fait. Après le sixième siècle elle devint un siège épiscopal , et enfin la métropole de la nouvelle Galatie ( Charles de Saint- Paul, Geograph. sacra. , p. 234). Cette ville s'est relevée de ses ruines , du moins si on lit Ammuria au lieu à.'Anguria ^ dans le texte du géographe de Nubie (p. 236).
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fut point glorieuse pour les troupes nationales. Les Arabes furent enfonces ; mais ce fut par les épées de trente mille Persans qui avaient obtenu du service et un établissement dans l'empire grec. Les Grecs furent repousses et vaincus , mais ce fut par les flèches de la cavalerie turque ; et si une pluie qui tomba le soir n'eût pas mouille et relâche les cordes de ses arcs , l'empereur aurait pu à peine s'e'chapper avec un très-petit nombre de chrétiens. L'armée vaincue s'arrêta à Dorylée, ville située à trois journées du champ de bataille. Théophile , en faisant la revue de ses escadrons tremblans, ne put qu'excuser sa fuite et celle de ses sujets. Après cette découverte de sa faiblesse , ce fut en vain qu'il espéra sauver Amorium : l'inexorable calife rejeta avec dédain ses prières et ses promesses; il retint même ses ambassadeurs pour les rendre témoins de sa vengeance : il s'en fallut peu qu'ils ne fussent témoins de sa honte. Un gouverneur fidèle , une garnison composée de vétérans et un peuple désespéré , soutinrent durant cinquantecinq jours les vigoureux assauts des musulmans, et les Sarrasins auraient été réduits a lever le siège , si un traître ne leur eût indiqué la partie la plus faible des murailles , facile a reconnaître par la représentation d'un lion et d'un taureau qui se trouvaient placés en cet endroit. Motassem accomplit son vœu dans toute sa rigueur. Fatigué du carnage sans en être rassasié , il retourna au palais de Samara, qu'il venait de bâtir aux environs de Bagdad , tandis que