‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 2)Chapitre 46 sur 62 · HISTOIRE DE LA DJÉCIDEIV^CE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA DJÉCIDEIV^CE

Yinfortunà (ï) Théophile implorait le secours tardif et incertain de son rival l'empereur des Francs. Cependant soixante-dix mille musulmans avaient perdu la vie au siég-e d'Amorium ; ils avaient été vengés par le massacre de trente mille chrétiens , et par les cruautés exercées envers un égal nombre de captifs qui furent traités comme les plus atroces criminels. La nécessité obligea quelquefois les deux partis à consentir à l'échange et à la rançon des prisonniers (2) ; mais dans cette lutte nationale et religieuse des deux empires , la paix était sans confiance et la guerre sans quartier; rarement l'accordait- on

(1) On l'appelait en Orient Ayç-ujjjyj- ( Continuator Théoph. I. III, p. 84). Mais telle était l'ignorance des peuples de l'Occident , que leurs ambassadeurs ne craignirent pas , dans un discours public , de parler de victoriis quas adver^ sus eocteras hellando gentes cœlitus fuerat assecutus ( Annal, Bertinian. , apud Pagi , t. m, p. 720 ).

(2) Abulpharage ( Dynast. , p. 167 , 168) rapporte un de ces singuliers échanges qui eut lieu sur le pont du Lamus en Cilicie , limite des deux empires , et situé à une journée à l'ouest de Tarse (d'Anville, Géogr, ancien. , t. 11 , p. gi). Quatre mille quatre cent soixante musulmans , huit cents femmes et enfans , et cent alliés furent échangés contre un égal nombre de Grecs. Ils passèrent les uns devant les autres au milieu du pont ; et lorsque de part et d'autre ils eurent atteint leurs compatriotes , ils s'écrièrent Allah Achar et Kyrie eleison l II est vraisemblable qu'alors on échangea le plus grand nombre des prisonniers d'Amorium ; mais la même année (A. H. 281 ) les plus illustres d'entre eux, désignés par la dénomination des quaranle-deux martyrs , furent décapités par ordre du calife.

DE l'empire romain. CHAP. III. l^:kl

sur le champ de bataille ; ceux qui écliappaient à la mort étaient réservés à un esclavage sans espoir ou bien à d'affreuses tortures ; et un empereur catholique raconte avec joie l'exe'cution des Sarrasins de la Crète , qu'on e'corcha vifs ou qu'on plongea dans des chaudières d'huile bouillante (i). Motassem avait sacrifié au point d'honneur une ville florissante, deux cent mille hommes et plusieurs millions. Le même calife descendit de cheval , et salit sa robe pour secourir un vieillard décrépit qui était tombé avec son âne dans un fossé rempli de boue. A laquelle de ces deux actions songea-t-il avec le plus de plaisir lorsqu'il fut appelé par l'ange de la mort (2)?

Avec Motassem , le huitième des Abbassides , dis- Désordres

I I • 1 (* •^^ 1 • ^^* {,'ardes

parut Ja gloire de sa ramilie et de sa nation. Lorsque turques, a. les vainqueurs arabes se furent répandus en Orient, etc. *^ ^ * lorsqu'ils se furent mêlés avec les troupes serviles de la Perse , de la Syrie et de l'Egypte , ils perdirent peu à peu l'énergie et les vertus guerrières du désert. Le courage des pays du midi est une production artificielle de la discipline et du préjugé. L'activité du

(1) Constantin Porphyrogenète , in vit. Basil., c. 6/ , p. 186. Il est vrai que ces Sarrasins, en qualité de pirates et de renégats , furent traités avec une rigueur particulière.

(2) Fojez sur Théophile , Motassem et la guerre d'A-^ morie , le continuateur de Tliéophane (I. m, p. 77-84) , Genesius (1. m, p. 24.34), Cedrenus (p. 528-532), Elmacin {Hist. Saraceîi., p. 180), Abulpharage {Dyn.y p. i65, 166), Abulféda {Annal. mosL, p. 191} , d'Herbelot {^Bibl. orient., p. 639, 640}.

fanatisme avait diminue , et les troupes du calife, devenues marcenaires, se recrutèrent dans le nord, où se trouve la valeur naturelle, production vigoureuse et spontanée de ces climats. On prenait à la guerre ou l'on achetait des Turcs (i) qui vivaient au-delà de FOxus et du Jaxarte , de robustes jeunes gens qu'on élevait dans l'art des combats et dans la foi musulmane. Ces Turcs , devenus les gardes du calife , environnaient le trône de leur bienfaiteur, et leurs chefs usurpèrent bientôt l'empire du palais et des provinces. Motassem donna le premier ce dangereux exemple ; il appela plus de cinquante mille Turcs dans la capitale : leur hcence excita l'indignation pubhque , et les querelles des soldats et du peuple déterminèrent le calife à s'éloigner de Bagdad , et à établir sa résidence et le camp de ses Barbares favoris à Sumara, sur le Tigre , à environ douze lieues au-dessus de la cité de Paix (2). Motaw^akkel , son fils , fut un tyran soupçonneux et

(i) M. de Guignes, qui franchit quelquefois le gouffre qui se trouve entre l'histoire des Chinois et celle des musulmans , et qui d'autres fois s'y laisse tomber^ croit apercevoir que ces Turcs sont les Hoei-ke , autrement dits les Kao-iche ou les ^xdiwàsChariots ; qu'ils se trouvaient répandus de la Chine et la Sibérie jusqu'aux domaines des califes et des Samanides , et qu'ils formaient quinze hordes, etc. {Hist. des Huns , t. lu , p. i-33 , i24-i3i. )

(2) Il changea l'ancien nom de Sumere où Sumara en celui de Ser-men-raï , ville qui plaît au premier coup d'œil. ( d'Herbelot , £ihL orient., p. 808 j d'Anville, VEuphrate et le Tigre, p. 97, 98).

î)E l'empire romain, chap. lu. 423 cruel. Détesté de ses sujets , il eut recours à la fidélité des gardes turques : ces étrangers ambitieux et effraye's de la haine qu'ils inspiraient, se laissèrent séduire par les avantages que leur promettait une révolution. A l'instigation de son fils, ou du moins pour lui donner la couronne, ils se précipitèrent à l'heure du souper dans l'appartement du calife , et le coupèrent en sept morceaux avec les mêmes glaives qu'il venait de leur donner pour défendre sa vie et son trône. Mostanser fut porté en triomphe sur ce trône encore dégouttant du sang de son père. Mais durant les six mois de son règne , il n'éprouva que les angoisses d'une conscience criminelle. Si , comme on le dit , il versa des larmes à la vue d'une ancienne tapisserie qui représentait le crime et le châtiment du fils de Chosroès ; si le chagrin et le remords abrégèrent en effet sa vie , nous pouvons nous permettre quelque compassion pour un parricide qui, au moment de sa mort, s'écriait qu'il avait perdu le bonheur de ce monde et celui de la vie future. Après cet acte de trahison , les mercenaires étrangers donnèrent et reprirent le vêtement et le bâton de Mahomet, qui étaient encore les emblèmes de la royauté ; et dans l'espace de quatre ans , ils créèrent , déposèrent , et assassinèrent trois califes. Toutes les fois que les Turcs étaient agités par la crainte , la rage et la cupidité , ils saisissaient le calife par les pieds ; après l'avoir traîné hors du palais , ils l'exposaient nu à un soleil bridant; ils le frappaient avec des massues de fer, et le forçaient à acheter de son abdication quel-

ques momens de retarda une destinée inévitable (i). A la fin cette tempête se calma ou prit un autre cours : les Abbassides retournèrent à Bagdad , qui leur offrait un séjour moins orageux : une main plus ferme et plus habile re'prima l'insolence des Turcs ; ces troupes redoutables furent divisées ou détruites par les guerres étrangères. Mais les nations de l'Orient s'étaient accoutumées à fouler aux pieds les successeurs du prophète ; et c'est en diminuant leur force et en relâchant la discipline , que les califes obtinrent la paix dans l'intérieur de leurs états. Les funestes effets du despotisme militaire sont si uniformes , qu'il semble que je répète ici l'histoire des gardes prétoriennes (2).

Naissance Tandis quc les affaires , les plaisirs et les lumières

(i) Pour en donner un exemple , voici les détails de la mort du calife Motaz : Correptum pedibus pertrahunt , et sudihus prohe perculcant , et spollatmn laceris vcstibus in sole collocant , j^rœ cujus acerrimo œstu pedes alternas attol^ lehat et demittehat. Adstantium aliquis misero colaphos contlnuo ingerebat , quos illc objectis manibiis avertere studebat.... quo facto traditus torlorifait, totoque triduo cibo po~ tuque prohibitus.... suffocatus , etc. ( Abulféda, p. 206). Il dit en parlant du calife Mohtadi : Cervices ipsi perpetuis ictibus contundebant , testiculosque pedibus conculcabant (p. 208).

(2) Voyez , sur ce qui a rapport aux règnes de Molassem , Motawakkel , Mostanser, Mostain , Motaz , Mohtadi et Motamed, dans l^i Bibliothèque de d'Herbelot et dans les An." nales d'Elmacio , Abulpharage et Abulféda , qui doivent être devenus familiers au lecteur.

DE l'eMPI1\E romain. GriA.P. LU. 4'^5

du temps amortissaient le fanatisme , sa flamme se et prog^rè»

• x I I ,, . des Carma-

conservait tout entière dans le cœur d un petit nom- thiens. a. d. bre d'e'lus qui voulaient régner dans ce monde ou ^'^^^^' dans l'autre. Vainement l'apôtre de la Mecque avait eu soin de répéter mille et mille fois qu'il serait le dernier des prophètes. L'ambition , ou , si on peut profaner ce mot, la raison du fanatisme pouvait se flatter qu'après les missions successives d'Adam , de Noé, d'Abraham , de Moïse, de Jésus et de Mahomet, le même Dieu révélerait dans la plénitude des temps une loi toujours plus parfaite et plus durable. L'an 2 -y y de l'hégire, un prédicateur arabe , nommé Carmath, prit aux environs de Gufa les titres pompeux et inintelligibles de Guide , de Directeur, de Démonstration^ de Verbe ^ de Saint-Esprit, de Chameau, de Héraut du Messie , qui avait , disait-il , conversé avec lui sous la forme humaine , et enfin de Repré- '■ sentant de Mahomet , fils d'Ali; de Représentant de saint Jean-Baptiste et de l'ange Gabriel. Il publia un volume mystique où il donna aux préceptes du Koran un sens moins matériel ; il relâcha les lois sur les ablutions , les jeûnes et le pèlerinage ; il permit l'usage du vin , des nourritures défendues ; et pour . maintenir la ferveur de ses disciples , il leur imposa l'obligation de faire cinquante piières par jour. L'oisiveté et l'effervescence de la troupe rustique qui s'attacha au nouveau prophète , attirèrent l'attention des magistrats de Gufa ; une timide persécution étendit les progrès de la secte ; mais le nom de Carmath ne fut que plus révéré quand sa personne eut quitté

4i6 HISTOIJIE DE LA DECADENCE

le monde. Ses douze apôtres se dispersèrent parmi les Bédouins , « race d'hommes , dit Abulfeda , également de'nuée de raison et de religion » ; et leur succès semblait menacer l'Arabie d'une nouvelle re'volution. Les Garmathieris étaient bien disposés à la révolte , puisqu'ils méconnaissaient les titres de la maison d'Abbas , et qu'ils abhorraient la pompe mondaine des califes de Bagdad. Ils étaient susceptibles de discipline, puisqu'ils avaient juré une soumission aveugle et absolue à leur iman , que la voix de Dieu et celle du peuple appelaient aux fonctions prophétiques. Au lieu des dîmes fixées parla loi , il leur de-, manda le cinquième de leur propriété et de leur butin ; les actions les plus criminelles n'étaient que le type de la désobéissance , et le serment du secret unissait les rebelles et les dérobait aux recherches. Leurs ex- Après unc sanglante bataille , ils se rendirent maîtres

ploits mili- ,, . . - / ^ ^

taires. A, D. uc la proviucc de Balircm , située le long du golfe ijo9,ec. Persique : les tribus d'une vaste étendue du désert furent soumises au sceptre ou plutôt au glaive d'Abu- Said et d'Abu-Taher son fils ; et ces rebelles imans purent mettre cent sept mille fanatiques en campagne. Les mercenaires du calife furent épouvantés à l'approche d'un ennemi qui ne demandait et qui ne donnait point de quartier ; la différence de force et de patience qu'on remarquait entre les deux armées annonce le changement que trois siècles de prospérité avaient produit dans le caractère des Arabes. De pareilles troupes étaient battues dans tous les combats \ les villes de Racca et de Baaibek , de Cufa et

DE l'empire romain. CIIAP. LU. 4^7

de Bassora furent prises et saccagées ; la consternation régnait à Bagdad , et le calife tremblait derrière les voiles de son palais. Abu-Talier fît une incursion au-delà du Tigre, et arriva jusqu'aux portes de la capitale , n'ayant que cinq cents chevaux à sa suite. Moctader avait ordonné qu'on brisât les ponts , et le calife attendait a chaque moment la personne ou la tête du rebelle. Son lieutenant, soit crainte, soit pitié, instruisit Abu-Taher de son danger , et lui recommanda de s'enfuir à la hâte : « Votre maître , dit au messager l'intrépide Carmathien , est à la tête de trente mille soldats ; il n'a pas dans son armée trois hommes comme ceux-ci. w Se tournant en même temps vers trois de ses compagnons , il ordonna au premier de se plonger un poignard dans le sein , au second, de se précipiter dans le Tigre, et au troisième, de se jeter dans un précipice. Ils obéirent sans murmurer : « Racontez ce que vous avez vu , ajouta l'iman; avant la nuit, votre général sera enchaîné parmi mes chiens. » Avant la nuit, en effet, le camp fut surpris et la menace exécutée. Les rapines des Carmathiens étaient sanctifiées par l'aversion que leur inspirait le culte de la Mecque ; ils dépouillèrent une caravane de pèlerins, et vingt mille dévots musulmans furent abandonnés au milieu des sables brûlans du désert pour y périr de faim et de soif Une autre année , ils laissèrent les pèlerins continuer leur marche sans interruption ; mais au milieu ils pillent des solennités que célébrait la piété des fidèles , Abu- a. d. 92^. *^ Taher prit d'assaut la cité sainte et foula aux pieds

les objets les plus respectables de la foi des musulmans. Ses soldats passèrent au fil de l'epëe cinquante mille citoyens ou étrangers , souillèrent l'enceinte du temple en y enterrant trois mille morts ; le puits de Zemzem fut rempli de sang ; on enleva la gouttière d'or; les sectaires impies se partagèrent le voile delà Caaba , et portèrent en triomphe dans leur capitale la pierre noire qui était le premier monument de la nation. Après tant de sacrilèges et tant de cruautés, ils continuèrent à infester les frontières de l'Irak, de la Syrie et de l'Egypte ; mais le principe vital du fanatisme s'était desséché dans la racine. Par scrupule ou par cupidité, ils rouvrirent aux pèlerins la route de la Mecque; ils rendirent la pierre noire de la Caaba : il est inutile d'indiquer les factions qui les divisèrent ou les armes qui les anéantirent. La secte des Carmathiens peut être envisagée comme la seconde des causes visibles qui contribuèrent à la décadence et à la chute de l'empire des califes (i).

Héyoltedes La pcsanteur et l'étendue de l'empire lui-même

provinces. A. /> i • -x , , . n

D. 800-936. turent la troisième cause de sa destruction, et celle qui s'offre au premier coup d'œil. Le calife Almamon se vantait d'avoir plus de facilité à conduire l'Orient

(1) Consultez sur la secte des Carmathiens, Elraacin [Hist, Saracen., p. i2 1 9, 224, 229, 23 1 , aSS, 24 1 , 243), Abulpharage [DjnasU, p. 179-182), Abulféda {Annal, moslem., p. 218, 219, etc., 245, 265, 274), et d'Herbelot {Bihl. orient., p. 266- 258 , 635). J'y trouve, sur les matières de Théologie et sur la chronologie, des contradictions qu'il serait difficile et peu important d'éclaircir.

DE l'empire HOMAIN. CHAP. LU. 4^9

et l'Occident qua bien gouverner les pièces d'un échiquier de deux pieds carrés (i); mais je présume qu'il fît dans l'un et l'autre de ces jeux beaucoup de fautes dangereuses , et j'observe que dans les provinces éloignées , l'autorité du premier et du plus puissant des Abbassides avait déjà perdu quelque chose. L'uniformité des moyens qu'emploie le despotisme revêt chaque représentant , dans sa partie , de toute la dignité du prince ; la division et la balance des pouvoirs durent relâcher l'habitude de l'obéissance, et encourager les sujets , jusque alors passifs dans leur soumission ; à rechercher l'origine et les devoirs du gouvernement civil. Celui qui est né sous la pourpre est rarement digne du trône ; mais l'élévation d'un simple citoyen, quelquefois même d'un paysan ou d'un esclave , donne généralement une haute opinion de son courage et de sa capacité. Le vice-roi d'un pays éloigné cherche à s'approprier le dépôt précaire confié à ses soins et a le transmettre à ses descendans ; les peuples aiment à voir leur souverain au milieu d'eux ; et les trésors , les armées dont il dispose, deviennent tout à la fois l'objet et l'instrument de son ambition. Tant que les lieutenans du calife se contentèrent du titre de vice-roi , tant qu'ils crurent devoir solliciter pour eux ou pour leur fils le renouvellement des pouvoirs qu'ils avaient reçus de l'empereur, tant que sur les monnaies et

(i) Hyde, Syntagma Dissertât. , t. ii, p, 67, ?/2 Hist. Shahiludiù

/jSo HISTOIRE DE LA DJÉCADENCE

dans les prières publiques ils conservèrent le nom efc les titres du commandeur des fidèles , on s'aperçut à peine que l'autorité avait changé de mains. Mais dans le long exercice d'un pouvoir héréditaire , ils prirent l'orgueil et les attributs de la royauté : la paix ou la guerre, les récompenses ou les cliâtimens dépendaient de leur seule volonté , et les revenus de leur gouvernement n'étaient plus employés que pour le service du pays ou pour soutenir la magnificence du gouverneur; au lieu de contributions effectives en hommes et en argent, les successeurs du prophète en reçurent comme un témoignage de soumission propre seulement à flatter leur orgueil, un éléphant, une volée de faucons, un assortiment de tapisseries de soie ou quelques livres de musc et d'ambre ( i ).

î.es(îyna.s. ApTCS quc l'Espaguc sc fut affranchie du joug

fies indépen- , .. , . ., -/i

ûantes. temporel et spirituel des Abbassides, on vit éclater dans la province d'Afrique les premiers symptômes de la désobéissance. Ibrahim , fils d'Aglab , lieutenant du vigilant et sévère Haroun, légua son nom et son

(i) On peut étudier les dynasties de l'empire arabe, en cherchant dans les Annales d'Elmacin , d'Abulpharage et d'Abulféda , les dates correspondantes aux événemens , et dans le Dictionnaire de d'Herbelot , les noms sous lesquels sont rangés les différens articles. Les Tables de M. de Guignes ( Hist, des Huns , 1. 1 ) offrent une chronologie générale de l'Orient , entremêlée de quelques anecdotes historiques ; mais le patriotisme l'a conduit à confondre les époques et les lieux.

DE l'empire romain. CHAP. LII. 4^1

pouvoir à la dynastie des aglabiles. Par indolence tes aglaou par politique, les califes dissimulèrent cet ou- 8Ôo-g4i. trage et cette perte , et ils se bornèrent à employer le poison contre le chef de la maison des édrisites ( i ) Les édrîqui fonda le royaume et la ville de Fez sur les rives 829*907. de la mer occidentale (2). En Orient, la première dynastie fut celle des taherites (3) , descendans du Les tahébrave Taher, qui dans les guerres civiles des fils de 813-872. Haroun , avait servi avec trop de zèle et de succès la cause d'Almamon, le plus jeune de tous. On l'envoya dans un honorable exil commander sur les rives

(i) Les aglabiteset les édrisites font le sujet principal de Vouvrage de M. de Cardonne (^Hist. de rj/rique et de l* Espagne sous la domination des Arabes , t. 11, p. i-63 ),

(2) Afin qu'on ne m'accuse pas de commettre des erreurs, je dois relever les inexactitudes de M. de Guignes (t. i, p. Sôg) fiur les édrisites. 1°. Ce ne put êlre en l'an de l'hégire 178 que s'établirent la dynastie et la ville de Fez, puisque l'una çt l'autre ont été fondées par un ûh posthume d'un descendant d'Ali, qui s'enfuit de la Mecque l'an 168 ; 2'^. ce fondateur , Édris , fils d'Édris , au lieu d'avoir prolongé sa carrière jusqu'à l'âge de cent vingt ans , ou jusqu'à l'année 3 1 3 de l'hégire , ainsi qu'on le dit contre toute vraisemblance , mourut ( A. H. 2 1 4 ) à la fleur de son âge ; 3°. la dynastie a fini l'an de l'hégire 3o7, vingt-trois ans plus tôt que ne le dit l'historien des Huns. {^Voyez les exactes Annales d'Abulféda , p. i58, 169, i85,238.)

(3) L'histoire originale et la version latine de Mirchond, traitent de la dynastie des tahériles et des soffarides, ainsi que de l'établissement de celle des samanides j mais l'infatigable d'Herbelot y avait déjà puisé les faits les plus intércssans.

de rOxus ; et rindependance de ses successeurs, qui gouvernèrent en maîtres le Khorasan jusqu'à la quatrième ge'nération , fut couverte par la modestie de leur conduite , le bonheur de leurs sujets et la sécurité ou ils surent maintenir leur frontière. Ils furent supplantés par un de ces aventuriers si communs dans les annales de l'Orient , qui avait abandonné la profession de chaudronnier (d'où vient le nom de Les soffa- Soffàrides) pour le métier de voleur. Il se nommait

rides. A. D. •! ' • r^i i x • i -i »• i • •

872-902. Jacob, et il était nls de Leith ; il s introduisit une nuit dans le trésor du prince de Sistan : mais ayant rencontré un morceau de sel qui le fît tomber, il le porta imprudemment à sa langue pour savoir ce que c'était. Le sel , parmi les Orientaux , est le symbole de l'hospitalité, et le pieux voleur se retira tout de suite sans rien prendre et sans faire de dégât. Ce fait si honorable pour Jacob ayant été découvert lui mérita son pardon et la confiance du prince. Il commanda d'abord farinée de son bienfaiteur, combattit ensuite pour son propre compte; il subjugua la Perse, et menaça la résidence des Abbassides. Il marchait vers Bagdad lorsqu'il fut arrêté par la fièvre. L'ambassadeur du calife demanda une audience ; Jacob le manda au chevet de son lit : il avait à coté de lui, sur une table, un cimeterre nu , une croûte de pain noir et une botte d'ognons. « Si je meurs , ditil, votre maître n'aura plus de crainte; si je vis, ce glaive décidera notre querelle; si je suis vaincu , je reprendrai sans peine la vie frugale de ma jeunesse, n De la hauteur où il s'était élevé, la chute ne pouvait

DE l'empirk romain, chap. lu. 4^^ être si douce et si paisible : sa mort , venue a temps , assura son repos ainsi que celui du calife, qui obtint, par d'immenses concessions, que son frère Amrou retournât dans les palais de Shiraz et d'Ispahan. Les Abbassides étaient trop faibles pour combattre, et trop orgueilleux pour pardonner ; ils appelèrent à leur secours la puissante dynastie des Samanides , Les Sama« qui passèrent TOxus a la tête de dix mille cavaliers , J^J^* * si pauvres, que leurs etriers étaient en bois ; si braves, qu'ils vainquirent l'année des soffarides, huit fois plus nombreuse que la leur. Amrou fait prisonnier , fut envoyé chargé de fers à la cour de Bagdad , présent agréable à lui offrir ; et le vainqueur s'étant contenté de la possession héréditaire de la Transoxiane et du Khorasan, les royaumes de la Perse repassèrent pour quelque temps sous l'autorité des califes. Les provinces de la Syrie et de l'Egypte furent démembrées deux fois par des esclaves turcs de la race de Toulun et de celle à'Ikshides (i). Ces LesToulo- Barbares, qui avaient adopté la religion et les mœurs 868-905. Les des musulmans , s'élevèrent du milieu des factions 0*36^.^^58^* sanglantes du palais au gouvernement d'une province , puis à une autorité indépendante ; ils rendirent leurs noms célèbres et redoutables parmi leurs contemporains; mais les fondateurs de ces deux puissantes dynasties confessèrent , soit par leurs paroles,

(i) M. de Guignes (^Hlst. des Huns ^ t. m, p. 124-1 54) a épuisé tout ce qui a rapport aux toulonides et aux ikshidites de l'Egypte, et il a jeté du jour sur les liamadanites et les carmatliiens.

soit pas leurs actions, la vanité de Fambition humaine. Au moment de rendre le dernier soupir , le premier implora la miséricorde de Dieu envers un pécheur qui avait ignoré les bornes de son propre pouvoir; le second, environné de quatre cent mille soldats et de huit mille esclaves, cachait à tous lesyeux la chambre ou il essayait de dormir. Leurs fils furent élevés dans les vices des rois, et les Abbassides recouvrèrent la Syrie et l'Egypte qu'ils possédèrent encore trente ans. Dans le déclin de leur enlpire,les princes arabes de la tribu de Ramadan s'emparèrent de la Mésopotamie et des villes importantes de Mosul et d'Alep. En vain les poètes de la cour des Les hama- hamadanîtes répétaient sans rougir que la nature

d!"s92-ioo^. avait fait leur visage sur le modèle de la beauté , qu'elle avait formé leur langue pour l'éloquence, et leurs mains pour la libéralité et la valeur; l'histoire de leur élévation et de leur règne ne nous offre qu'une suite de perfidies, de meurtres et de parricides, A cette même époque , fatale pour les Abbas- Les bowi-sides, la dynastie des Bowides usurpa de nouveau le

qSS-io'si. ^'royaume de Perse*. Cette révolution fut opérée par Je glaive de trois frères, qui , sous différens noms , s'intitulaient les soutiens et les colonnes de l'état , et qui de la mer Caspienne à l'Océan ne voulurent souffrir d'autres tyrans qu eux - mêmes. La langue et le génie de la Perse se ranimèrent sous leur domination; et trois cent quatre ans après la mort de Mahomet , les Arabes perdirent le sceptre de rOrient.

feE L*EMPIRE ROMAIN. CHAP. LU. 4^5

Rahdi , le vingtième des Abbassides et le trente- Abaisse-

• \ ^ 1 •»«- 1 . r 1 1 • ment des ca-

neuvième des successeurs de Mahomet , fut le dernier lifes de Bagqui mérita le titre de commandeur des fidèles (i) , le Aq] dernier (dit Abulféda) qui ait parlé au peuple et conversé avec les savans; le dernier qui dans la dépense de sa maison ait employé la richesse et la magnificence des anciens califes. Après lui , les maîtres de rOrient furent réduits à la plus abjecte misère ; ils se virent exposés aux outrages et aux coups réservés aux esclaves eux-mêmes. La révolte des pro^ vinces borna leur domaine à l'enceinte de Bagdad; mais cette capitale renfermait toujours une multitude innombrable de sujets enorgueillis de leur fortune passée , mécontens de la position où ils se trouvaient alors , et accablés par les exactions d'un trésor autrefois enrichi des dépouilles et des tributs des nations.

(l) Hic est ultirnus chalifah qui multum atque sœpius pro concione perorarit.,.. fuit etiam ultirnus qui otium cum eruditis etfacetis hominibus fallerc hilariterque agcre soleret* Ultirnus tandem chalifarum cui sumptus , stipendia ^ reditus ^ et tliesauri y culinœ , cœteraque omnis aulica pompa prioium chalifarum ad instar comparata fuerint. Videbirnus enim paulo post quam indignis et servilibus ludibriis exagitati , quant ad humiicm fortunarn , ultimurnque contemptutn abfecti fuerint hi quondam potentissimi totius terrarum Orien*^ talium. orbis domini, (Abulféda , Annal, moslem. , p. 261. ) J'ai rapporté ce passage, afin d'indiquer la manière et le ton d' Abulféda ; mais ce qu'on y trouve de formes latines appartient proprement à Reiske. L'historien arabe (p, 255, 357 , 260, 261 , 269, 283, etc.) m'a fourni les faits les plus intéressans de ce paragraphe.

Les factions et la controverse occupaient leur oisiveté. Les rigides sectateurs de Hanbal{ i ) attentèrent, 80US le masque de la pieté, aux plaisirs de la vie domestique ; ils pénétrèrent de force dans les maisons des plébéiens et des princes , répandirent le vin qui s'offrit à leurs regards, battirent les musiciens et brisèrent leurs instrumens, deshonorèrent par des soupçons infâmes tous ceux qui vivaient avec des jeunes gens d'une belle figure. De deux personnes réunies dans la mcme profession, il s'en trouvait généralement une pour et l'autre contre Ali, et les Abbassides furent enfin éveillés par les clameurs des sectaires qui contestaient leurs titres et maudissaient les fondateurs de cette dynastie. La force militaire pouvait seule réprimer un peuple turbulent; mais qui pouvait satisfaire la cupidité des mercenaires ou maintenir leur discipline ? Les Africains et les Turcs chargés de la garde du calife s'attaquèrent nlutuellement, et les émirs d'Omra (2) emprisonnèrent ou

(i) En pareille occasion, leur maître avait montre plus de modération et de tolérance. Ahmed - Ebn -Hanbal , le chef d'une des quatre sectes orthodoxes, naquit à Bagdad A. H. 164» ^t y mourut A. H. 241. Il combattit et eut à «ouffrir dans la dispute concernant la création du Koran.

(2) L'emploi de yisir avait été remplacé par celui d'émir al-Omra {imperator Imperatorum^ , titre d'abord institué par Rhadi , et qui passa ensuite chez les Bowides et les Seljukides , vectlgalihus y et tributis et curils pcr omnes regiones prœfecit y jussitque in omnibus suggestis nominis ejus in concionibua mentionem fieri. ( Abulpharage Dynast.j p. 199 }. Elmacin(p. 254^ 255) en fait aussi mention.

DE l'eMPIUE liOMATN. CHÂP. Llf. k'^'f

déposèrent leur souverain, et profanèrent la mosquée et le harem. Si les califes se réfugiaient dans le camp ou à la cour d'un prince voisin, ils ne faisaient que changer de servitude; le désespoir les détermina enfin a appeler les Bowides , sultans de la Perse , dont les armes irrésistibles réduisirent au silence les factions de Bagdad. Moezaldowlat , le second des trois frères Bowides, s'arrogea le pouvoir civil et le pouvoir militaire , et sa générosité voulut bien assigner soixante mille livres sterling pour les dépenses particulières du commandeur des fidèles ; mais quarante jours après la révolution, au milieu d'une audience donnée aux ambassadeurs du Khorasan, et sous les yeux d'une multitude effrayée , les Dilémites, par ordre du prince étranger, arrachèrent le calife de son trône et le traînèrent dans un cachot. On pilla son palais, on lui creva les yeux, et telle fut l'ambition des Abbassides qu'ils ne craignirent pas d'aspirer encore à une couronne si dangereuse et si avilie. Les voluptueux califes retrouvèrent àl'écoledeî'adversité les vertus austères et frugales des premiers temps de leur religion. Dépouillés de leur armure et de leur robe de soie , ils jeûnaient, ils priaient, ils étudiaient le Koran et la tradition des sonnites ; ils remplissaient avec zèle et d'une manière éclairée les fonctions de leur dignité ecclésiastique. Les nations respectaient toujours en eux les successeurs de l'apôtre, les oracles de la loi ou de la conscience des fidèles ; la faiblesse et la division de leurs tyrans leur rendirent quelquefois la souveraineté de Bagdad. Mais leur

malheur s'était accru du triomphe des fatimiteâ , descendans vrais ou faux d'Ah : ces rivaux fortunés, venus des extre'mités de l'Afrique, avaient anéanti en Egypte et en Syrie l'autorité spirituelle et temporelle des Abbassides , et le monarque du Nil insultait l'humble pontife des bords du Tigre. Entreprise Au déclin de l'empire des califes, durant le siècle

des Grecs. A. . , , .,

D. 960. qui s'écoula après la guerre de Théophile et de Motassem, les hostilités des deux nations se bornèrent à quelques incursions par terre et par mer , effets de leur voisinage et de leur haine irréconciliable ; mais les agitations convulsives qui déchirèrent l'Orient tirèrent les Grecs de leur léthargie , en leur offrant l'espérance de la victoire et de la vengeance. L'empire de Byzance, depuis l'avènement de la race de Basile, s'était maintenu en paix et sans perdre de sa dignité; il pouvait attaquer avec la totalité de ses forces de petits émirs dont les états se trouvaient en même temps attaqués ou menacés d'un autre côté par d'autres musulmans. Les sujets de Nicéphore Phocas , prince aussi renommé a la guerre que détesté du peuple, lui donnèrent, dans leurs acclamations, les titres emphatiques d'Étoile du matin et de Mort des Sarrasins (i). Dans son emploi de grand domestique ou

(1) Luitprand , dont le caractère irascible était aigri par les malheurs de sa position, indique des noms de reproche et de mépris plus convenables à Nicéphore que les vains titres imaginés par les Grecs : Ecce venit Stella matutina , surgit Eous , réverbérât ohtutu solis radios , pallida Saracenorum mors , Nicephorus f^i^cà)^.

DE L*EMPIRE nOMAIN. CIIAP. MI. 4^9

de gfëneral de l'Orient, il réduisit l'île de Crète, et Rédaction

f . , . . , . . de la Crète.

anéantit ce repaire de pirates qui depuis si long-temps bravait impunément la majesté de l'empire (i). Il développa ses talens dans cette entreprise où les Grecs avaient si souvent trouvé leur honte et leur perte. Il fit débarquer ses troupes au moyen de ponts solides et unis qu'il jetait de ses navires sur la côte. Ce débarquement répandit la terreur parmi les Sarrasins. Le siège de Candie dura sept mois ; les naturels de la Crète se défendirent avec un courage désespéré, soutenu par les fréquens secours qu'ils recevaient de leurs frères d'Afrique et d'Espagne ; et lorsque l'armée des Grecs eut emporté la muraille et le double fossé , ils se battirent encore dans les rues et les maisons de la ville. La prise de la capitale entraîna la soumission de l'île entière , et les vaincus reçurent sans résistance le baptême offert par le vainqueur (2). On

(i) Malgré l'insinuation de Zonare , kui h f/.-^y etc. (t. 11 , ï. XVI , p. 197 ) j c'est un fait sur que Nicéphore Phocas subjugua complcleraent et définitivement la Crète (Pagi, Crc~ tica , t. III , p. 873*875 ; Meursius , Creta , 1. m, c. 7 ; t. ni ,

(2) On a découvert dans la Bibliothèque des Sforze , une vie grecque de saint Nicon l'Arménien, que le jésuite Sirmond traduisit en latin pour l'usage du cardinal Baronius. Cette légende contemporaine jette un rayon de lumière sur l'état de la Crète et du Péloponnèse au dixième siècle. Saint Nicon trouva l'ile nouvellement unie à l'empire des Grecs ^ fœdls detestandœ Agarenorum superstitionis vestigiis adhuc

plenam ac refertam Mais le missionnaire victorieux ,

peut-être avec quelques secours terrestres, ad haptismiim

donna a Constantinople le spectacle d'un triomphe : la capitale applaudit à cette cérémonie depuis longtemps oubliée, et le diadème impérial devint la seule récompense capable de payer les services ou de satisfaire l'ambition de Nicéphore.

Les con- Après la mort de Romanus le jeune, quatrième

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Orient de descendant de Basilc en ligne dircctc , saveuveThéo-

Nicépliore , . , . i i i / i

phocas etdeP"^i^^6 epousa succcssivemcnt les deux héros de son ès^ a.""d! siècle , Nicéphore Phocas et Jean Zimiscès , l'assassin

ces

963-975. (jg Ç.Q dernier. Ils régnèrent en qualité de tuteurs et de collègues de ses enfans , qui étaient en bas âge, et les douze années où ils commandèrent l'armée des Grecs forment la plus belle époque des annales de Byzance. Les sujets et les alliés qu'ilsmenèrentàla guerre présentaient, du moins dans l'opinion de l'ennemi, deux cent mille hommes, dont trente mille étaient armés de cuirasses (i) ; quatre mille mulets suivaient leur marche , et une enceinte de piques de fer défendait le camp qu'ils formaient chaque nuit. Dans une lor^gue suite de combats sanglans et sans résultat, l'historien ne peut voir qu'une anticipation de ces lois de destruction, qu'accomplirait quelques années plus tard le cours ordinaire de la nature : je suivrai donc en peu de mois les conquêtes des deux empereurs ,

omnes verœque fldel dixciplinam pepulit, Ecclesiis per totam insulam œdijicatis ^ etc. {^ Annal, écries. , A. D. g6i ).

(i) Elmacin {Hist. Saracen., p. 278, 279). Luitprand était disposé à déprécier la puissance des Grecs ; mais il avoue que Nicéphore marcha contre les Assyriens à la tête d'une armée de quatre- vingt mille hommes, -Î-Ç

DÉ l'empiré romain. CïIAP. lîi. 44 f depuis les collines de la Cappadoce jusqu'au désert de Bagdad. Les sièges de Mopsueste et de Tarse en Conquête Cilicie exercèrent d'abord l'habileté et la persévé- ^ ^ ^**^'*^' rance de leurs soldats, auxquels je ne craindrai pas de donner ici le nom de Romains. Deux cent mille musulmans étaient prédestinés à trouver la mort ou l'esclavage (i j dans la ville de Mopsueste, divisée en deux parties par la rivière de Sarus. Cette population paraît si considérable , qu'on doit supposer qu'elle comprenait au moins celle des districts qui dépendaient de Mopsueste. Cette ville fut prise d'assaut ; mais Tarse fut lentement réduite par la famine. Les Sarrasins ne se furent pas plus tôt rendus à l'honorable capitulation qui leur était offerte , qu'ils eurent la douleur d'apercevoir au loin les navires de l'Egypte qui venaient inutilement à leur secours. On les renvoya avec un sauf-conduit aux frontières de la Syrie; les anciens chrétiens avaient vécu en paix sous leur domination , et le vide que laissa leur départ fut bientôt rempli par une nouvelle colonie ; mais on fît de la mosquée une écurie, on livra aux flammes la chaire

( 1 ) Ducentafere millla hominum numerahat urhs ( Abul— féda , Jnnal. moslem. , p. 281 ) de Mopsuestia ou Masif'a , Mampsysla, Mansista, Maraista , comme on l'appelle dans le moyen âge par corruption, ou peut-être plus exactement d'après Wesseling {^Itinerar. ^ p. 58o). Je ne puis croire à cette extrême population de Mopsueste , si peu d'années après le témoignage de l'empereur Léon , a yu,^ 7rûXv7r>^'^Qice'

«•par» rots KiXi^t ^up^ufoiç tÇtv i^Tactica , c. 185m Mcursii

Oper. , t. "vi, p. 817).

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