‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 2)Chapitre 47 sur 62 · HISTOIRE DE L\ DECADENCE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE L\ DECADENCE

des docteurs de l'islamisme ; on réserva pour l'empereur un grand nombre de croix enrichies d'or et de pierreries, dépouilles des e'glises de l'Asie^ qui purent également satisfaire ou sa pieté ou son avidité, et il fît enlever les portes de Mopsueste et de Tarse , qu'on incrusta dans les murs de Constantinople, pour Invasion 5 g j, Y ij, ^ jamais de monument de sa victoire. Les

de la Syrie. *'

deux princes romains , après s'être rendus maîtres et assurés des défdés du mont Aman , se portèrent a plusieurs reprises dans le centre de la Syrie ; mais au lieu d'attaquer les murs d'Antioche, l'humanité ou îa superstition de Nicéphore sembla respecter l'ancienne métropole de l'Orient ; il se contenta d'établir une ligne de circonvallation autour de la place ; il laissa une armée sous ses murs , et il recommanda à son lieutenant d'attendre avec tranquillité le retour du printemps ; mais au milieu de l'hiver , durant une nuit obscure et pluvieuse, un officier subalterne s'approcha des remparts, à la tête de trois cents soldats ; il appliqua ses échelles , s'empara de deux tours, tint ferme contre la foule des ennemis qui le pressaient de tous côtés, jusqu'au moment où son chef se dé- Les Grecs ç,[^\g^ malorré lui à le seconder. La ville fut livrée d'a-

reprennent °

Antiociie. bord au meurtre et au pillage ; ensuite on y rétablit le règne de César et celui de Jésus-Christ , et ce fut en vain que cent mille Sarrasins des armées de Syrie , et des flottes de l'Afrique , vinrent se consumer en efforts sous les murs de cette place. La cité royale d'Alep était soumise à Seifeddowlat , de la dynastie dt; Hamadan, qui ternit sa gloire par la précipitation

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avec laquelle il abandonna son royaume et sa capitale. Dans le magnifique palais qu'il habitait hors des murs d'Alep , les Romains, pleins de joie , trouvèrent un arsenal bien fourni , une écurie de quatorze cents mulets, et trois cents sacs d'or et d'argent; mais les murs de la place résistèrent a leurs béliers , et les assiégeans allèrent camper sur la montagne de Jaushan , située dans le voisinage. Leur retraite envenima les dissensions qui s'étaient élevées entre les habitans de la ville et les mercenaires ; ils abandonnèrent les portes et les remparts , et tandis qu'ils se chargeaient avec fureur dans la place du marché, ils furent surpris et écrasés par leur ennemi commun. On passa au fil de l'épée tous les hommes faits , et on emmena captifs dix mille jeunes gens. Le butin fut si considérable, que les vainqueurs n'eurent pas assez de bêtes de somme pour le transporter : on brûla ce qui en restait , et après dix jours consacrés à la licence, les Romains sortirent de cette ville dépouillée et sanglante. Dans leurs incursions en Syrie , ils ordonnèrent aux cultivateurs d'ensemencer les terres , afin qu'à la saison prochaine l'armée y trouvât des subsistances. Ils soumirent plus de cent villes ; et en expiation des sacrilèges commis par les disciples de IMahomet, dix-huit chaires des principales mosquées furentlivrées aux flammes. La liste de leurs conquêtes réveille pour un moment le souvenir des noms classiques d'Hiéropolis,"d'Apamée et d'Emèse. L'empereur Zimiscès campa dans le paradis de Damas, et il accepta la rançon d'un peuple soumis : ce torrent

ne fut arrête que par l'imprenable forteresse de Tri- Passage aepoîi? située sur la côte de Phénicie. Depuis le règne Dp rate. (j'H^Yaclius , les Grecs avaient à peine vu l'Eupbrate au-dessous du mont Taurus ; Zimiscès passa ce fleuve sans obstacle, et l'historien doit imiter la promptitude avec laquelle il soumit les villes autrefois fameuses de Samosate, d'Edesse, de Martyropolis, d'Amida(i) et de Nisibis, ancienne limite de Fempire, aux environs du Tigre. Son ardeur était augmentée par le désir de s'emparer des trésors encore vierges d'Ec^ batane (2), nom très-connu, et sous lequel un historien de Byzance a caché la capitale des Abbassides. La consternation des fuyards y avait déjà répandu la terreur de son nom ; mais l'avarice et la prodigalité

(i) Les noms corrompus d'Emeta et de Myctarsin , nous indiquent dans le texte de Léon le diacre les villes d'Amida et de Martyropolis (Miafarekin, uojez Abulféda , Géograpk. , p. 245 , vers. Reiske ). Léon dit en parlant de la première , urhs munita et illustris ; et de la seconde , clara atque con— spicua opibusqiie et pécore , reliquis ejus provinciis urhibus atque oppidls longe prœstans.

(a) TJt et Ecbatana pergeret À garenorumque regiam ever^ \erel,.., aiunt enirn urbium quœ usquain suiit ac toto orbe existant felicissirnam esse auroque ditisslmam. ( Léon le diacre, apudVz-^x^ t. iv, p. 34-) Cette magnifique description ne convient qu'à Bagdad , et on ne peut l'appliquer ni à Hamadan (la véritable Ecbatane , d'Anville, Géographie ancienne , t. 11, p. 237), ni à Tauris, qu'on a confondu ordinairement avec celte ville. Cicéron [pro lege Manilia , c. 4 ) donne le nom d'Ecbalane dans le même sens indéfini à la résidence royale de Mithridate , roi de Pont.

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des tyrans de Bagdad en avait déjà dissipé les richesses imaginaires. Les prières du peuple et les sollicita- Danger de

f • ^ 1- 1 Tï • 1 Bagdad.

tions nnperieuses du lieutenant des Bovvides pressaient le calife de pourvoir à la défense de la ville. L'infortuné Mothi leur répondit qu'on l'avait dépouillé de ses armes , de ses revenus et de ses provinces, et qu'il était prêt à abdiquer une dignité qu'il se trouvait hors d'état de soutenir. L'émir fut inexorable; on vendit les meubles du palais, et la misérable somme de quarante mille pièces d'or qu'ils produisirent fut employée sur-le-champ à satisfaire, à des fantaisies de luxe; mais la retraite des Grecs dissipa les inquiétudes de Bagdad ; la soif et la faim gardaient le désert de la Mésopotamie, et l'empereur , rassasié de gloire et chargé des dépouilles de l'Orient, revint à Constantinople , ou il étala, dans la cérémonie de son triomphe , une grande quantité d'étoffes de soie et d'aromates , et trois cents miriades d'or et d'argent. Cependant cet orage n'avait fait qu'abaisser la tête des puissances de l'Orient sans les détruire. Après le départ des Grecs , les princes fugitifs rentrèrent dans leurs capitales ; leurs sujets désavouèrent des sermens arrachés par la force ; les musulmans purifièrent de nouveau leurs temples, et renversèrent les idoles des saints et des martvrs de la religion chrétienne; lesnestoriens et les jacobites aimèrent mieux obéir aux Sarrasins qu'à un prince orthodoxe, et les melchites n'étaient ni assez forts ni assez courageux pour soutenir l'Église et l'état. De ces vastes conquêtes , Antioche , les villes de la

Cilicie et Tile de Chypre , furent les seules qui deineurassent à l'Empire romain d'une manière utile et permanente (i).

(i) Fojezles Jnnalesd'Elmac'my Abulpharage et Abulféda , depuis A. H. 35 1 , jusqu'à A. H. 36 1 , et les règnes de Nicéphore Phocas et de Jean Zimiscès , dans les Chroniques de Zonare ( t. ii , 1. xvi , p. 199; 1. xvii ^ p. 2 1 5 ) , et Cedrenns (Compend. , p. 649-684). Les omissions qu'on trouve en grand nombre dans ces auteurs , sont suppléées, en partie , par l'histoire manuscrite de Léon le diacre , que Pagi a obtenue des Bénédictins , et qu'il a insérée presque en entier dans une version latine {Critica, t. iii;p. 873 ; t. iv,

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