‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 3)Chapitre 15 sur 44 · T)E L EMPIRE ROMAIN, CIIAP. XXV · texte numérisé non relu

T)E L EMPIRE ROMAIN, CIIAP. XXV

attendant toujours, avec une patience exemplaire , qu'ils lui eussent incontestablement donné le droit de se venger. par une victoire honorable et légitime. Cependant ces apparences de guerre se tournèrent insensiblement en de longues et vaines négociations. Les Romains et les Persans s'accusèrent mutuellement d'ambition et de perfidie ; et il y a lieu de croire que le traité avait été rédigé d'une manière bien obscure , puisqu'on fut obligé d'en appeler au témoignage partial de ceux des généraux des deux partis qui avaient assisté aux négociations (i). L'invasion des Huns et des Goths, qui ébranlèrent, peu de temps après , les fondemens de l'Empire romain , exposa les provinces d'Asie aux entreprises de Sapor ; mais la vieillesse du monarque et peut-être ses infirmités lui firent enfin adopter des; maximes plus pacifiques et plus modérées. Il mourut après un règne A. D. 38o. de soixante-dix ans , et tout changea à la cour et dans les conseils. Les Persans se trouvèrent probablement assez occupés par leurs divisions intestines et par la guerre éloignée de Caramanie (2). Le sou-

(1) Ammien (xxvii , 12 ; xxix , £ ; xxx, 1 , 3) a rapporte les événemens de la guerre de Perse , sans donner aucune date. Moïse de Chorène ( Hist. d'Arm. , I. m , c. 28 , p. 261 ; c. 3i , p. 26f> ; c. 35 5 p. 271 ) ajoute quelques faits ; mais il n'est pas facile de distinguer la vérité noyée dans les fables.

(2) Artaxercès fut le successeur du grand Sapor. Il était son frère {^cousi/i-germain) et tuteur de son fils Sapor m, (Agatliias , 1. iv, p. i36 , éd. Louvre. ) Voyez VHist. univ. , vol. XI , p. 86 , 161 . Les auteurs de cet ouvrage ont compilé

venir des anciennes injures s'éteignit dans les jouissances de la paix. Les royaumes d'Arménie et d'Ibérie, du consentement mutuel et tacite des deux empires , furent rendus à leur douteuse neutralité. Dans les premières années du règne de Théodose , un ambassadeur persan vint à Constantinople pour effacer, par des excuses , les torts du dernier règne, qu'il ne prétendait pas justifier, et offrir, comme un tribut d'amitié et même de respect , un magnifique présent de pierres précieuses, d'étoffes de soie, etd'éléphans des Indes (i).

Avcninres Les avcutures de Para forment un des traits les d'Arménie, plus saillaus ct Ics plus singuHcrs du tableau général des affaires de l'Orient sous le règne de Valens. Ce jeune prince s'était échappé , à la sollicitation de sa mère Olympias , à travers la multitude de Persans qui assiégeaient Artogerasse , et avait imploré le secours de l'empereur d'Orient. Le timide Valens prit la défense de Para , le soutint , le rappela , le rétablit et le trahit alternativement. Quelquefois on permettait à Para de ranimer par sa présence les espérances des Arméniens, et les ministres de Valens se persuadaient que tant que son protégé ne porterait ni le diadème

avec soin et érudition l'histoire de la dynastie des Sassanides ; mais c'est un arrangement contraire à toute raison , que de voidoir diviser la partie romaine et la partie orientale en deux histoires différentes.

(i) Pacatus , in Pancgyr. vet. xii , 22 ; et Orose , I. vu , c. 3ii. Ictumque tumfœdus est , quo universus Oriens usque tid nunc (A. D. 416) , tranqullUsslnit fndtur.

i)E l'empire romain, chap. XXV. io3 ni le titre de roi , on ne pourrait leur reprocher aucun manquement à la foi publique. Mais ils se repentirent bientôt de leur imprudence : le monarque persan e'clata en reproches et en menaces , et le caractère cruel et inconstant de Para lui-même , leur donna de grands sujets de méfiance. Il sacrifiait au moindre soupçon la vie de ses plus fidèles domestiques , et entretenait secrètement une honteuse correspondance avec l'assassin de son père et l'ennemi de son pays. Sous le prétexte de se consulter avec l'empereur sur leurs intérêts communs , Para se laissa persuader de descendre les montagnes d'Arménie , où son parti était en armes, et de mettre son destin et sa vie à la discrétion d'une cour perfide. Les gouverneurs des provinces qu'il traversa le reçurent , à son passage , avec les honneurs dus au roi d'Arménie , tel qu'il l'était réellement à ses propres yeux et dans l'opinion de ses compatriotes; mais lorsqu'il fut arrivé à Tarse en Cilicie , on arrêta sa marche sousdifférens prétextes. On veillait sur toutes ses démarches avec une respectueuse vigilance. Enfin il s'aperçut qu'il était le prisonnier des Romains. Dissimulant avec soin ses craintes et son indignation , il prépara secrètement sa fuite , et partit accompagné d'un corps de trois cents hommes de sa cavalerie. L'officier de garde à la porte de son appartement avertit sur-le-champ de son évasion le consulaire de la Cilieie , qui l'atteignit dans le faubourg, et lui représenta inutilement l'imprudence et le danger de son entreprise. On envoya une légion à sa poursuite;

mais une leg'ion ne pouvait pas inquie'ter la fuite d'un corps (le cavalerie légère , et à la première décharge de leurs traits, elle se retira avec précipitation sous les murs de Tarse. Après avoir marché deux jours et deux nuits sans se reposer , Para et ses Arméniens arrivèrent au bord de l'Euplirate; mais le passage de cette rivière , qu'ils furent obligés de traversera la nage, leur occasionna du retard et la perte de quelques-uns de leurs compagnons. On avait donné l'alerte à toutes les troupes , et les deux chemins , qui n'étaient séparés que par un intervalle de trois milles, étaient fermés par un corps de mille archers à cheval , sous les ordres d'un comte et d'un tribun. Para aurait inévitablement cédé à la supériorité du nombre, sans l'arrivée fortuite d'un voyageur, qui l'instruisit du danger et du moyen d'y échapper. La troupe des Arméniens s'enfonça dans les sentiers obscurs et presque impraticables d'un petit bois , et laissa derrière elle le comte et le tribun, qui continuaient à attendre patiemment son arrivée sur le grand chemin. Ils retournèrent à la cour impériale pour s'y excuser de leur négligence ou de leur malheur, et soutinrent très-sérieusement que le roi d'Arménie , connu pour un habile magicien , avait eu recours à quelque métamorphose pour passer lui et ses cavaliers sans être aperçus. Al rivé dans son royaume, Para affecta d'être toiijours l'allié et l'ami des Romains; mais ils l'avaient trop violemment outragé pour lui pardonner, et sa mort fut secrètement décidée dans le conseil de Va- Icns. L'exécution de cette sentence sanguinaire fut

DE l'empire romain, ciiap. XXV. io5 confiée à l'adroite prudence du comte Trajan ; il eut le mérite de parvenir à s'insinuer assez dans la confiance d'un prince crédule, pour pouvoir trouver l'occasion de lui plonger un poignard dans le cœur. Para fut invité par les Romains à une fête préparée avec tout le faste et toute la sensualité de l'Orient. Tandis que les convives , échauffés par le vin , s'amusaient d'une musique militaire qui faisait retentir la salie , le comte Trajan s'éloigna pour un instant ; il rentra l'épée nue à la main , et donna le signal du massacre. Un Barbare vigoureux s'élança avec fureur sur le roi d'Arménie ; quoique celui-ci défendît courageusement sa vie avec la première arme qui lui tomba sous la main , il succomba, et la table du général romain fut teinte du sang royal d'un convive et d'un allié.Tellesétaientles maximes faibleset odieuses de l'administration des Romains , que , pour atteindre au but peu certain de leurs projets politiques , ils violaient inhumainement , et à la face de l'univers , les lois des nations et les droits sacrés de l'hospitalité (,).

V. Durant un intervalle de paix de trente années, Le Danube. les Romains fortifièrent leurs frontières , et les Golhs Conquètesde

' ïierinannc.

étendirent leurs conquêtes. Les victoires du grand

(i) Voyez dans Aminien (xxx , i ) les aventures de Para. Moïse de Chorène le nomme Tiridate , et raconte une histoire loDgue et assez probable sur sou fils Gnelus , qui , dans la suite , obtint en Arménie la faveur du peuple , et excita la jalousie du roi régnant (1. m, c. 21, etc. p. ij53 , etc. ).

Hermaiiric (i) , roi des Ostrogoths , et le plus noble de la race des Amali , ont e'té compare'es par Tenlliousiasme de ses compatriotes , aux exploits d'Alexandre, avec cette différence singulière et presque incroyable, que le génie martial du he'ros goth , au lieu d'être soutenu par la vigueur de la jeunesse , n'éclata que dans l'hiver de sa vie , depuis Tàge de quatre-vingts ans, jusqu'à cent dix. Les tribus indépendantes reconnurent, soit de bon gré, soit par contrainte , le roi des Ostrogoths pour le souverain de la nation gothique. Les chefs des Yisigolhs ou Thejvingi renoncèrent au titre de roi, et se contentèrent de la dénomination plus modeste de juges. Parmi ces juges, Athanaric, Fritigern et Alavivus c'taient les plus illustres par leur mérite personnel et par leur proximité des provinces romaines. Ces conquêtes nationales augmentaient la puissance militaire d'Hermanric , et étendaient les vues de son ambition. Il envahit les pays situés au nord de ses états , et douze nations considérables, dont les noms et les limites ne sont pas exactement connus, cédèrent successivement à l'effort de ses armes (2). Les

(i) Le récit succinct du règne et des conquêtes d'Hermanric , me paraît un des meilleurs fragmens que Jornandès ait tiré des histoires des Goths , d'Ablavius ou de Cassiodore.

(2) M. du Buat [H/'st. des Peuples de F Europe, tom. vi , p3 3ii-32g) recherche avec plus de soin que de succès les provinces soumises par les armes d'Hermanric. Il nie l'existence des V asinohroncœ , à cause de la longueur de leur

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Herules, qui habitaient des terres marécageuses près le lac Meotis , étaient renommés par leur force et leur agilité, et les Barbares , dans toutes leurs guerres, sollicitaient avec ardeur le secours de leur infanterie légère très-estimée parmi leurs compatriotes. Mais la haute et infatigable persévérance des Goths triompha enfin de l'active valeur des Hérules , et après une action sanglante dans laquelle leur roi fut tue, les restes de cette tribu guerrière passèrent dans le can)p d'Hermanric. Il tourna ensuite ses armes contre les Vénèdes, formidables par leur nombre , mais peu accoutumés à la guerre; ils occupaient les vastes plaines de la Pologne moderne. Les Goths ne leur e'talent pas inférieurs en nombre ; la discipline et l'habitude des combats leur donnèrent la victoire. Après avoir soumis les Vénèdes , Hermanric s'avança sans trouver de résistance jusqu'aux confins du pays des Estiens (i), peuple ancien, dont le nom s'est perpétué dans la province d'Estonie. Ces peuples éloignés, situés sur la côte de la mer Baltique, prospéraient par l'agriculture, s'enrichissaientparle commerce de l'ambre , et consacraient leur pays au culte particulier de la mère des dieux. Mais la rareté du

nom. Cependant l'envoyé de France à Ratisbonne ou à Dresde doit avoir traversé le pays des Mediomatrici.

(i) On trouve le nom à'^stri dans l'édition de Grotius ( Jornandès , p. 642). Mais le bon sens et le manuscrit de la Bibliotliéque ambroisienne y ont rétabli celui des jEstii ., dont Tacite a peint les moeurs et la situation. (Germani'a , c. 45.)

io8 Histoire dk la décadence

fer obligeait les guerriers estiens à combattre avec des massues , et la conquête de cette riche conire'e fut, dit-on, le fruit de la prudence d'Hermanric plutôt que de sa valeur. Ses états , qui s'e'tendaient depuis le Danube jusqu'à la mer Baltique, comprenaient les premiers etahlissemens des Goths et toutes leurs nouvelles conquêtes. Il re'gnait sur la plus grande partie de l'Allemagne et de la Scythie , avec l'autorité d'un conque'rant , et quelquefois avec la cruauté d'un tyran. Mais il commandait à une multitude d'hommes inhabiles àperps'tuer et à illustrerlamémoire de leurs héros. Le nom d'Hermaniic est presque oublié ; ses exploits sont imparfaitement connus , et les Romains semblèrent ignorer eux-mêmes les progrès d'une puissance ambitieuse qui menaçait la liberté du Nord et la tranquillité de l'empire (i). Motifs de Les Goths étaient héréditairement affectionnés à Gotbs la maison de Constantin, dont ils avaient tant de fois

éprouvé la puissance et la libéralité. Ils respectaient la foi des traités; et s'il arrivait à quelques-unes de leurs bandes de passer les frontières romaines, ils s'excusaient de bonne foi sur l'impétuosité indocile de la jeunesse barbare. Leur mépris pour deux princes d'une naissance obscure nouvellement élevés sur le trône par une élection populaire, éveilla leur ambition et leur inspira le projet d'attaquer

(i) Ammien ( xxxi , 3 ) observe en termes généraux : Ermenrichi..., nobUiss'uni régis , et , per inulta variaque for— titerfacla , viciais gcnùbus formidali , etc.

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l'empire avec toutes les forces reunies de leur nation (i). Dans ces dispositions, ils consentirent volontiers à embrasser le parti de Procope et à fomenter, parleur dangereux secours, les discordes civiles des Romains. D'après les conventions publiques, on ne pouvait leur demander que dix mille auxiliaires; mais le zèle ardent des chefs des Visigoths rassembla une armée de trente mille hommes , avec laquelle ils passèrent le Danube (a). Ils marchaient dans celte orgueilleuse confiance que leur invincible valeur déciderait du sort de l'empire; et les provinces de la Thrace gémirent sous le poids de cette multitude de Barbares qui commandaient en maîtres et ravageaient en ennemis. Mais l'intempérance avec laquelle ils se livraient à leurs brutales passions ralentit leurs progrès, et avant d'avoir appris d'une manière certaine la défaite et la mort de Procope , ils aperçurent, par l'aspect menaçant que prit tout à coup le pays qui les environnait, que la puissance civile et militaire avait été ressaisie par son heureux rival. Une chaîne de postes et de fortifications pla-

(1) Valens.... docetur relationibus ducian ^ genteia Gothorum , eâ tempcstate intactain ideoque sœvlssimani , conspirantein in ununi , ad pervadendam parai i coUiinitia Thra~ ciarurn. (Ammien , xxvi ,6.)

(2) M. du Buat {^Hist. des Peuples de l'Europe , tom. vi , p. 332) a constaté avec soin le véiilable nombre de ces auxiliaires. Les trois mille d'Ammien et les dix mille de Zosime ne formaient que les premières divisions de l'armée des Goths.

cées avec intelligence par Valens ou par ses généraux , arrêta leur marche , coupa leur retraite et intercepta leur subsistance. La faim dompta ou du moins fit taire Torgueil des Barbares ; ils jetèrent en frémissant leurs armes aux pieds d'un vainqueur qui leur offrait des vivres et des chaînes. Valens distribua cette multitude de captifs dans toutes les villes de rOrient , et les provinciaux se familiarisant bientôt avec leur figure sauvage, essayèrent leurs forces contre ces adversaires formidables , dont le nom avait e'te' si long-temps pour eux un objet de terreur. Le roi des Scythes (le seul Hermanric pouvait mériter ce titre pompeux ) fut affligé autant qu'irrité de cette perte nationale. Ses ambassadeurs se plaignirent hautement à la cour de Yalens de l'infraction d'une alliance ancienne et solennelle qui subsistait depuis si long-temps entre les Goths et les Romains. Ils représentèrent qu'ils n'avaient fait que remplir leur devoir en secourant le parent et le successeur de l'empereur Julien, et exigèrent la restitution immédiate de leurs concitoyens captifs. Un de leurs moyens de défense était d'une espèce singulière : ils prétendirent que leurs généraux , traversant l'empire en armes et à la tête d'une troupe ennemie , devaient être considérés comme revêtus du caractère sacré et des privilèges d'ambassadeurs (i). La réponse à

(i) On trouve dans les Fragmens d'Eunape ( Excerpt. légat. , p. 18 , éd. du Louvre ) l'histoire de la marche et des négociations qui suivirent. Les provinciaux trouvèrent ,

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ces demandes extravag-antes fut un refus modéré mais positif , signifié aux Barbares par Victor, maître g-énéral de la cavalerie , qui leur exposa avec force et avec dignité les justes griefs de l'empereur de rOrient. Les négociations furent rompues , et les courageuses exhortations de Valentinien excitèrent le timide Valens à ressentir linsulte faite à la majesté de l'empire (i).

Un historien de ce siècle a célébré l'importance Lesimstiliet réclat de cette guerre des Goths (2), dont les a. Di'sG^, événemens ne méritent cependant l'attention de la '^ ' ^' postérité que comme les avant-coureurs du déclin et de la chute prochaine de l'empire. Au lieu de conduire lui-même ses soldats scytlies et allemands sur les bords du Danube ou aux poites de Constantinople, le monarque, succombant sous le poids des années , chargea le brave Athanaric de la gloire et du danger d'une guerre défensive contre un ennemi

en se familiarisant avec les Barbares , qu'ils n'étaient pas d'une force si redoutable qu'ils se l'étaient imaginé. Ils avaient la taille haute , mais les jambes peu agiles et les épaules étroites.

(1) Valens enim , ut consulto plucuerat fratri , cnjus regehatur arhitrio, arma concussiti/t Gothos ^ratione jii.rtd per^ motus. Amraien ( xxvii , 4) décrit ensuite , non pas le pays des Goths, mais la province paisible et soumise de la Thracc, qui ne prit point de part à la guerre.

(2) Eunape , in Excerpt. légat. , p. 18 , 19. Le sophiste a sûrement considéré comme une seule guerre toute la suite de l'histoire des Golhs , jusqu'aux victoires et à la paix de Théodose.

dont la faible main maîtrisait les forces d'un puissant empire. On e'tablit un pont de bateaux sur le Danube; la présence de Valens anima les troupes, et l'empereur suppléa à son ignorance de l'art de la guerre par sa valeur personnelle et par une sage déférence aux conseils de Victor et d'Arintbaeus , maîtres généraux de la cavalerie et de l'infanterie. Ils conduisirent babilement les opérations de la campagne, mais sans pouvoir chasser les Visigoths des postes avantageux qu'ils occupaient sur les montagnes ; et les Romains , manquant de subsistances dans des plaines dévastées , repassèrent le Danube à l'approche de l'hiver. Les pluies continuelles ayant enflé prodigieusement le cours de ce fleuve, occasionnèrent une suspension d'armes tacite, et retinrent Valens durant tout l'été suivant dans son camp de Marcianopolis. La troisième année de la guerre fut plus avantageuse aux Romains et plus funeste pour les Goths. La cessation du commerce privait les Barbares des objets de luxe que déjà, l'habitude mettait pour eux au nombre des nécessités de la vie ; et le dégât d'une portion considérable du pays les menaçait des horreurs d'une famine. Athanaric se décida ou fut forcé à risquer, dans la plaine , une bataille qu'il perdit; et la cruelle précaution que prirent les généraux victorieux de promettre une forte gratification pour chaque tête de Goth présentée dans le camp impérial, rendit la défaite et la poursuite plus sanglantes. La soumission des Barbares apaisa Valens et son

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conseil. L'empereur écouta favorablement les remontrances éloquentes et flatteuses du sénat de Conj.tantmop!e , qui prit part pour la première fois aux délibérations publiques, et on chargea les généraux Victor et ArintliiTUs, qui avaient conduirtli heureusement la guerre , de régler les conditions de la paix. La liberté du commerce, dont les Golhs jouissaient précédemment , fut restreinte à deux villes situées sur le Danube. Leurs chefs payèrent chèrement leur imprudence par la perte des subsides et de leurs pensions ; on fît en faveur du seul Athanaric une exception plus avantageuse qu'honorable pour ce juge des Visigoths. Athanaric, qui, dans cette occasion , semble avoir consulté son intérêt personnel sans attendre les ordres de son sou* verain, soutint sa propre dignité et celle de sa nation lorsque les ministres de Valens lui proposèrent une entrevue. Il répondit constamment qu'il ne pouvait mettre le pied sur les terres de l'empire sans se rendre coupable de parjure et de trahison ; il est plus que probable que les perfidies récentes des Romains contribuèrent à lui faire observer religieusement son serment. On choisit pour le lieu de la conférence, le Danube, qui séparait les états des deux nations indépendantes. L'empereur de l'Orient et le juge des Visigoths , accompagnés d'un nombre égal de gens armés, s'avancèrent chacun dans un grand bateau jusqu'au milieu du fleuve. Après avoir ratifié le traité et reçu les otages, Valens retourna en triomphe à Constanlinople, et les Goths restèrent V. 8

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paisibles environ six ans , jusqu'à l'époque ou une multitude de Scythes descendus des régions glacées du Nord les chassa de leurs foyers , et les précipita dans les provinces romaines (i).

Gnerredes #/En cédant à son frère le gouvernement du Bas- Sa"rma7es'. ^* Danubc , l'empercur de l'Occident s'était réservé la A. D. 374. défense des provinces de la Rhétie et de Tlllyrie qui occupent un si grand espace sur les bords du plus grand fleuve de l'Europe. La politique active de Valentinien s'occupait sans cesse d'assurer les frontières par de nouvelles fortifications; mais l'abus de cette politique excita le juste ressentiment des Barbares. Le terrain que l'on avait marqué pour y bâtir une des forteresses que projetait l'empereur , était pris sur le territoire des Quades ; ils s'en plaignirent avec tant de modération, qu'Équitius, maître général de l'iUyrie , consentit à suspendre l'ouvrage en attendant qu'il fût mieux instruit des volontés de l'empereur. Maximin , préfet ou plutôt tyran de la Gaule, saisit cette occasion de nuire à son rival et d'avancer la fortune de son propre fils. L'impétueux Va-

(1) La description de la guerre des Goths se trouve dans Aramien (xxvii , 5) , dans Zosime (1. iv , p. 211-214) > et chez Themistius ( orar. 10, p. 129-14» )• Le sénal de Constaiitjnople députa l'orateur Thenjislius pour féliciter l'empereur de sa victoire , et le servile orateur compare Valena sur le Danube à Achille dans le Scamandre. Jornandès psisse sous silence une guerre particulière aux Visigolhs , et peu glorieuse pour la nation gothique. ( Mascou , Histoire des Germains , xii , 3. )

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lentinien souffrait difficilement qu'on lui résistât ; il se laissa persuader, par son favori, que si son fils Marcellinuse'tait chargé du gouvernement de Valena et de la conduite de l'ouvrage, les Barbares ne rimportuneraient plus de leurs audacieuses remontrances. Les Romains et les Allemands souffrirent également de l'arrogance d'un jeune homme incapable , qui regardait sa rapide élévation comme une récompense et une preuve de la supériorité de son mérite. Il feignit cependant de recevoir avec considération la requête modeste de Gabinius , roi des Quades; mais sa fausse complaisance couvrait le projet de la plus noire et de la plus sanglante perfidie, et le prince crédule accepta la funeste invitation de Marcellinus. Je ne sais comment écarter la monotonie du récit de cette répétition des mêmes crimes , ni comment raconter que dans le cours de la même année , quoique dans deux parties éloignées de l'empire, deux généraux romains souillèrent leur table inhospitalière du sang de deux rois leurs hôtes et leurs alliés , inhumainement massacrés par leur ordre et en leur présence. Gabinius eut le même sort que Para ; mais les fiers Allemands n'endurèrent pas cet outrage avec l'indifférence des serviles Arméniens. Les Quades étaient bien déchus de cette puissance formidable qui , au temps de Marc-Au-^ rèle , avait semé la terreur jusqu'aux portes de Rome; mais ils avaient encore des armes et du courage. Ce courage fut augmenté par le désespoir, et les Sarmates leur fournirent le contingent ordinaire

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de cavalerie. Marcelllnus avait imprudemment choisi pour cet assassinat le moment où la re'volte de Firmus tenait eloigne'es les plus braves troupes de ses ve'te'rans; et la province , presque sans de'fense , se trouvait exposée à la vengeance des Barbares furieux. Ils entrèrent dans la Pannonie au temps de la moisson, dédaignèrent ou démolirent des forts vides de soldats, et brûlèrent sans pitié tout le butin qu'ils ne purent emporter. La princesse Constantia , fille de Tempereur Constance et petite-fille de Constantin le -Grand , n'échappa qu'avec peine à leurs fureurs. Cette princesse , qui avait innocemment soutenu la révolte de Procope , était destinée à épouser l'héritier de l'empire d'Occident. Elle traversait la province jusqu'alors paisible avec une suite brillante et désarmée. Le zèle actif de Messala, gouverneur général de ces provinces , sauva la princesse d'un tel danger, et l'empire d'une telle honte. Ayant appris que les Barbares environnaient presque entièrement le village oii elle s'était arrêtée pour dîner, il l'enleva précipitamment dans son propre char, et fit, avec la plus rapide diligence, un trajet de vingt -six milles jusqu'aux portes de Sirniium. Cett eretraite aurait été encore peu sûre si les Quades et les Sarmates avaient profité , pour s'en emparer , de la consternation du peuple et des magistrats. Mais leur lenteur donna le temps à- Probus , préfet prétorien , de rasseoir ses esprits et de ranimer le courage des citoyens. Il sut habilement les animera réparer les fortifications par le travail le plus assidu, et par ses

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