‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 3)Chapitre 17 sur 44 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Mœurs des nations pastorales. Marche des Huns de la Chine en Europe. Défaite des Goths; ils passent le Danube. Guerre des Goths. Défaite et mort de Valens. Gratien élève Théodose sur le trône de l'empire d'Orient. Son caractère et ses succès. Paix et établissement des Goths.

Uans la seconde année du règne de Valenllnien Trembleet de Valens , le 21 du mois de juillet , pendant la a. d. 365. matinée , un tremblement de terre violent et des- ^^ ^^ ^'' tructeur ébranla presque toute la surface du globe occupée par l'Empire romain. Le mouvement se communiqua aux mers ; les rives baignées ordinairement par la Méditerranée restèrent à sec ; on prit à la main une quantité immense de poissons. De grands vaisseaux se trouvèrent enfoncés dans la bourbe , et la retraite des flots offrit à l'œil ou plutôt à l'imagination, flattée de ce singulier tableau (i), des montagnes et des vallées , qui, depuis la formation du monde , n'avaient jamais été exposées aux rayons du soleil. Mais au retour de la marée, les eaux s'élancèrent avec une impétuosité et un poids irrésistibles , qui causèrent les plus grands désastres sur

(i) Tel est le mauvais goîit d'Ammieii ( xxvi , 10 ) , qu'il «st difficile de distinguer les faits qu'il raconte de ses métaphores. Il affirme cependant avoir vu la carcasse pourrie d'un vaisseau , ad secundum lapidem , à Méthone qu Modon , dans le Pcloponnèse.

les côtes de la Sicile , 'de la Dalmatie , de la Grec* et de l'Egypte. De grands bateaux furent entraînés et place's sur les toits des maisons , ou à la distance de deux milles du rivage ordinaire. Les maisons englouties disparurent avec leurs habitans , et la ville d'Alexandrie a perpe'tué, par une cérémonie annuelle, < le souvenir de l'inondation funeste qui coûta la vie à cinquante mille de ses citoyens. Cette calamité, dont le récit s'exagérait en passant d'une province h l'autre , frappa tout l'empire d'éfonnement et d'épouvante , et les imaginations effrayées étendirent les conséquences d'un malheur momentané. On se rappelait les tremblemens de terre précédens , qui avaient détruit les villes de la Palestine et de la Bitliynie , et les Romains étaient disposés a regarder ces coups terribles comme l'annonce de malheurs encore plu-s affreux. Leur vanité timide confondait les symptômes du déclin de leur empire avec ceux de la fin du monde (i). On avait alors pour habitude

(i) On trouve des descriptions différentes des tremble-, mens de terre et des inondations dans Libanius l^orat. r/e* ulcisc. Jullan. nece ,c. lo) ; dans Fabricius (^^Mo^ g'cBc. , t. vii, p. i58 , et les notes savantes d'Olearius) ; dans Zosime ( 1. ^v, p. 221 ) ; Sozomène ( 1. vi , c. 2 ) ; Cedrenns ' p. 3io-3i4); saint Jérôme ( in Chron. , p. 186) ; et ( t. i , p. îi5o") dans la Vie de saint Hilarion. Épidaure aurait été engloutie , si ses citoyens n'avaient prudemment placé sur le rivage saint Hilarion , moine d'Egypte. Il fit le signe de la croix , et les eaux s'arrêtèrent , s'abaissèrent devant lui , et se retirèrent.

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