‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 3)Chapitre 20 sur 44 · DE T.*EMP1RE ROMAIN. CHAP. XXVJ · texte numérisé non relu

DE T.*EMP1RE ROMAIN. CHAP. XXVJ

protection de Fempire (i). Us campaient sous les murs d'Acîrianople ; mais les ministres de Valens désiraient leur faire passer l'Hellespont et les éloigner de leurs compatriotes , dans la crainte que la proximité et le succès de la révolte ne les entraînât sous les drapeaux de Fritigern. La soumission respectueuse avec laquelle ils reçurent l'ordre de leur départ pouvait être regardée comme une preuve de leur fidélité; ils se bornèrent à demander avec modération , et dans les termes les plus convenables, deux jours de délai et les rations nécessaires pour la route. Mais le premier magistrat d'Adrianople , irrité de quelques désordres qu'ils avaient commis dans sa maison de campagne , refusa durement leur demande , et, armant contre eux les citoyens et les manufacturiers de cette ville populeuse , il leur ordonna de partir sur-le-champ, en menaçant de les y forcer. Les Barbares étonnés gardèrent le silence et souffrirent quelque temps les insulles et les hostilités de la populace. Mais dès que leur dédaigneuse patience fut épuisée, ils s'élancèrent sur cette foule indisciplinée , imprimèrent plus d'une honteuse blessure sur le dos de leurs ennemis fuyant de toutes parts , et les dépouillèrent des riches arnuues (2) qu'ils étaient indignes de porter. La conformité de

( I ) Cum populis suis longé antè suscepti. Nous ignorons la dale précise et les circonstances de leur émigration.

(2) Il y avait une manufacture impériale de boucliers établie à Adrianople ; \^s fahricenses ou ouvriers sa mirent à la tête de la populace. { Valois «</ Ammien , xxxi , 6.

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griefs et de conduite les réunit aux Visigoths victorieux. Les troupes de Colias et de Sue'rid attendirent l'arrivée du grand Friligern , se rangèrent sous ses drapeaux et signalèrent leur valeur au siège d'Adrianople ; mais lu résistance de la garnison apprit aux Barlîares que l'impétuosité du courage suffit rarement pour emporter des fortifications régulières. Leur général avoua sa faute, leva le siège , déclara qu'il était en paix avec les remparts de pierres (i), et se vengea de ce mauvais succès sur les campagnes voisines. Les ouvriers qui exploitaient les mines d'or de la Thrace (2) sous la verge et au profit d'un maître inhumain (3j , se joignirent à Fritigern, qui les reçut avec joie et en tira un grand secours. Ces nouveaux associés conduisirent les Barbares par des

(1) Pacem sibi esse cum parietibus memorans. ( Ammien^ XXXI, 7.)

(2) Ces mines étaient dans le pays des Bessi , sur la cime des montagnes du Rhodope, qui courent entre Philippes et Philippopolis, deux villes de Macédoine qui tirent leur nom et leur origine du père d'Alexandre. De ces mines il tirait tous les ans, non pas le poids , mais la valeur de mille talens (deux cent mille livres sterling). Ce revenu servait à payer la phalange, et à corrompre les oi'ateurs de la Grèce. ( Voyez Diodore de Sicile , t. 11 , 1. xvi , p. 88, éd. Wessel. ; les Commentaires de Godefroy sur le Code de Théodose , t. III, p. 496; Cellarius , Geogr. nntiq. ^ t. I , p. 676-867; d'Anville , Géogr. anc. , t. 1 , p. 336. )

(3) Comme ces malheureux ouvriers prenaient souvent la fuite, Valens avait publié des lois sévères pour les arracher de leurs retraites, ( Cod. Théod. , 1. x j tit. xix , leg. 5,7.)

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sentiers secrets clans les retraites où les habitans avaient caché leurs grains et leurs troupeaux. A l'aide de ces guides , ils péne'traient partout : la re'sistance devenait impossible; la fuite e'tait impraticable, et la patiente soumission de la faible innocence excitait rarement la compassion des Barbares victorieux. Ils retrouvèrent et reprirent, dans le cours de ces ravages, un grand nombre des enfans qu'ils avaient vendus et dont ils de'ploraient la perte; mais ces douces entrevues, qui auraient pu les rappeler à des sentimens d'humanité , ne servirent qu'à irriter leur férocité naturelle par le désir de la vengeance. Ils écoutaient d'une oreille avide le récit de ce que leurs enfans captifs avaient eu à souffrir de la débauche et de la cruauté de leurs maîtres , et les parens indignés s'en vengèrent par de semblables excès sur les fils et les filles des Romains (i).

Valens et ses ministres avaient commis une grande Opérations imprudence en introduisant une nation ennemie dans des Goths.*^"^* le cœur de l'empire; mais les Yisigoths pouvaient ^- d. 377. encore être rappelés à des sentimens de paix par un noble aveu des fautes passées et par une conduite plus équitable à l'avenir. Cette politique prudente et modérée semblait convenir au caractère timide du monarque de l'Orient; mais, dans cette seule occa-

(1) Voyez Ammien (xxxi , 5 , 6). L'historien de la guerre des Golhs perd son temps à récapituler inutilement les anciennes incursions des Barbares.

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sion , Valens s'avisa d'être brave , et cette valeur déplacée fut e'galement fatale à l'empereur et à ses sujets. Valens annonça la resolution de conduire son armée d'Antioche à Constantinople pour anéantir cette dangereuse révolte ; et comme il n'ignorait pas les difficultés de l'entreprise , il demanda du secours à son neveu l'empereur Gratien , qui disposait de toutes les forces de TOccident. On rappela précipitamment les vétérans qui défendaient l'Arménie ; on abandonna cette importante frontière à la discrétion de Sapor , et la conduite de la guerre contre les Gotlis fut confiée, dans l'absence de Valens , à ses lieutenans Trajan et Profuturus, deux généraux dont l'incapacité égalait presque la présomption. Ricbomer, comte des domestiques , les joignit à leur arrivée dans la Thrace avec les auxiliaires de l'Occident qui marcbaient sous ses drapeaux. Ils étaient composés des légions gauloises où la désertion s'était à la vérité introduite à tel point, qu'elles ne présentaient plus que la vaine apparence d'une force et d'un nombre de soldats qu'elles n'avaient plus. Dans un conseil de guerre où l'on fit parler l'orgueil à la place de la raison , on résolut de chercher et d'attaquer les Barbares qui campaient dans de vastes prairies , près de la plus méridionale des six embouchures du Danube (i). Leur camp était fortifié, comme à l'ordinaire , par un rempart formé de chariots; et, tran-

(i) L'Itinéraire d'Anlonin ( p. 226, 227 , éd. Wfsseling ) marque la position dn champ de bataille à environ soixante

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quilles dans cette vaste enceinte ( i ) , ils y jouissaient du fruit de leur valeur et des de'poullles de la province. Au milieu de leurs débauches, le vigilant Frltigern examinait les mouvemens et pénétrait les desseins de ses ennemis. Il voyait toujours le nombre des Romains s'augmenter ; et comme il ne doutait point qu'ils n'eussent l'intention de tomber sur son arrière-garde lorsque la disette du fourrage l'obligerait à lever son camp , il rappela tous les détachemens qui battaient le pays. Dès qu'ils aperçurent les fanaux enflammés (2) , ils obéirent, avec une incroyable rapidité , au signal de leur commandant. Le camp se remplit d'une foule guerrière; ses clameurs impatientes demandaient la bataille, et le courage des chefsapprouvalt et animait encore le zèle tumultueux des soldats. La nuit approchait , et les deux armées se préparèrent à fondre l'une sur l'autre au point du jour. Tandis que les trompettes faisaient entendre

milles au nord de Tomi, où Ovide fut exilé, et le nom de Salices ( Saules') explique la nature du terrain.

(1) Cette enceinte de chariots [carrago) était la fortification ordinaire des Barbares. (Vcgetius, De re militari , 1. m, c. 10; Valois ad Ammien , xxxij 7. ) Leurs descendans en conservèrent le nom et l'usage jusqu'au quinzième siècle. Le charroi qui environnait l'armée doit être une phrase familière à ceux qui ont lu Froissard ou Comines.

(2) Statim ut accensi malleoli. Je me sers de l'expression littérale de torches ou fanaux ; mais je soupçonne que c'est une de ces pompeuses métaphores, un de ces ornemens trompeurs qui défigurent perpétnellement le style d'Ammien.

le signal du combat , un serment mutuel et solennel affermit encore l'opiniâtre résolution des Goths. Dès que les deux armées s'ébranlèrent , la plaine retentit des cris des Gotbs ; des cbants grossiers qui célébraient la gloire de leurs ancêtres , se mêlèrent à ces cris sauvages et discoidans. Les Romains y répondirent par l'harmonie artificielle de leur cri militaire. Fritigern montra quelque habileté en s'emparant d'une hauteur voisine ; mais cette mêlée sanglante qui, commencée avec l'aurore ne se termina qu'à la nuit , fut soutenue des deux côtés par les efforts obstinés de la valeur , de la force et de l'adresse personnelle. Les légions d'Arménie soutinrent leur réputation ; mais elles furent écrasées par le poids irrésistible de la multitude de leurs ennemis. Les Barbares rompirent l'aile gauche des Romains et jonchèrent la plaine de leurs corps défigurés. Cet échec était compensé d'un autre côté par des succès ; et lorsque la nuit fit cesser le massacre et rentrer les deux armées dans leur camp , elles se retirèrent l'une et l'autre sans avoir obtenu ni les honneurs ni l'avantage de la victoire, La perte se fit sentir plus cruellement aux Romains relativement à l'infériorité de leur nombre ; mais les Barbares furent si épouvantés de cette résistance vigoureuse, et peut-être inattendue , qu'ils restèrent sept jours sans sortir de leur camp. On enterra les principaux officiers aussi hoTJorablement que le permirent les circonstances ; les corps des soldats restèrent étendus sur le champ de bataille, et furent avidement dévorés par les

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oiseaux de proie , souvent appelés, dans ce siècle, à la joie tVun pareil festin. Plusieurs années après , les osseniens blanchis et dèpouilic's qiu couvraient encore la plaine, présentèrent aux yeux d'Annnien un effroyable monument de la bataille de Salices (i).

L'e've'nement douteux de cette sanglante journe'e Un.-ou de»

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arrêta les progrès des (jotlis , et les généraux de jes Huns et l'empire, dont l'armée aurait été anéantie par la ré- ^'i*j^„j " pétition dune bataille si meurtrière , conçurent le projet plus raisonnable d'accabler les Barbares sous les besoins et le poids de leur propre multitude. Ils se préparèrent à les enfermer dans un coin de terre étroit , entre le Danube , les déserts de la Scythie et les montagnes dHœmus , jusqu'à ce que l'inévitable disette de subsistances eût épuisé leurs forces et leur courage. Ce projet fut conduit avec assez de prudence et de succès. Les Barbares avaient consumé presque tous leurs magasins elles moissons du pays; les fortifications des Romains s'avançaient et se resserraient par les soins de Saturnin, maître général de la cavalerie; mais une nouvelle alarmante \int interrompre ses travaux : il apprit que de nouveaux

( I ) Indicant nunc usque albentes ossihux campi. ( Ammien, xxxi , 7. ) L'historien peut avoir traversé ces piaiiies comme soldat ou comme voyageur; mais sa modestie a supprip.ié les aventures qui lui sont arrivées personnellement depuis les guerres de Constance et de Julien contre les Persans. Nous ignorons dans quel temps il quitta le service et se retira à Rome , où il parait qu'il a composé l'histoire de son siècle.

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essaims de Barbares avaient passe' le Danube laissé sans défense, et s'avançaient, soit pour secourir Friligern , soit pour l'imiter. Ciaignant avec raison d'être bloqué lui-même et peut-être écrasé par les armes d'une nation inconnue, Saturnin abandonna le siège du camp des Visigoths, et les Barbares furieux, délivrés de leurs entraves, rassasièrent leur faim et satisfirent leur vengeance par la dévastation du pays fertile qui s'étend à plus de trois cents milles depuis les bords du Danube jusqu'au détroit de l'Hellespont (i ). L'babile Fritigern avait appelé avec succès à son secours les passions et l'intérêt de ses alliés barbares, dont l'avidité pour le pillage et la haine contre les Romains avaient secondé ou même prévenu l'éloquence de ses ambassadeurs, U s'unit par une étroite et utile alliance avec le corps principal de sa nation, qui obéissait à Saphrax et à Alathseus, comme gardiens du jeune loi. Les tribus rivales suspendirent, en faveur de l'intérêt commun , leur ancienne animosité ; toute la partie indépendante de la nation se rangea sous le même étendard , et il paraît même que les chefs des Ostrogoths cédèrent le commandement à la supériorité de mérite reconnu du général des Visigolhs. Il obtint le secours desTaifales, dont la réputation militaire était souillée et déshonorée par l'infamie de leurs mœurs publiques. Chaque jeune homme de cette nation , à son entrée dans le monde , s'attachait à un des guerriers de la tribu parles liens

(i) Ammien , XXXI , 8.

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d'une lionorable amitié et d'un amour odieux , et il ne pouvait se soustraire à cette liaison contre nature , qu'après avoir prouvé sa virilité en abattant, sans aucun secours , un ours énorme ou un sanglier de la forêt (i) : mais les Goths tirèrent leurs plus formidables auxiliaires du camp des ennemis qui les avaient chassés de leur patrie. L'indiscipline, et des possessions trop étendues , retardaient les conquêtes des Huns et des Alains , et jetaient la confusion dans leurs conseils. Plusieurs de leurs hordes se laissèrent séduire par les promesses de Fritigern , et la légère cavalerie des Scythes vint soutenir les énergiques et puissans efforts de la ferme et vigoureuse infanterie des Goths. Les Sarmates , qui ne pouvaient pardonner au successeur de Valentinien, jouirent de la confusion générale et laugmenlèrent ; et une irruption des Allemands faite à propos dans la Gaule , nécessita l'attention de l'empereur de l'Occident (2} et divisa ses forces.

(1) Hanc Taifalorum genlem turpem , et ohscenœ vitœ Jlagitils ita accipimus mersarn ; ut apud eos nefandi concubitûs

fœdere copulentur mares pubères , œtatis viriditatem in enrum pollutis usibus consumpluri. Porro , si qui jarn adultus aprum exceperit solus , vcl interemit ursum imrnanem , vol' luvione liberatur inceste. ( Amini&n , xxxi , 9. ) Parmi les Grecs, principalement chez les Cretois , les iiens de l'amitié étaient resserrés et souillés par cet amour contre nature.

(2) Ammien , xxxi, 8,9. Saint Jérôme (t. i , p. 26) fait le dénombrement des nations, et rapporte une suite do calamités qui durèrent vingt ans. Cette épitre à Héliodore fut composée en 397.(Tillemont , Mérn. ecclés.^ t. xii , p. 645.')

Victoires Oii sciitit vivemeiit , dans cette circonstance , surifsAHe" l'inconvénicnt auquel on s'e'tait exposé en admettant "a"d* 3-s ^^"^ l'arnie'e , et jusque dans le palais impe'rial , des Mai. Barbares qui , conservant toujours des relations avec

leurs compatriotes , leur recelaient imprudemment ou à dessein la faiblesse de l'empire. Un des gardes du corps de Gratien était né chez les Allemands, dans la tribu des Lentienses, qui habitait au-delà du. lac de Constance. Quelques affaires de famille Tobligèrent à demander un congé , et dans la courte visite qu'il fit à ses parens et à ses amis , la vanité du jeune soldat , exposée à leurs questions , ne put résister au désir de faire connaître à quel point il était au fait des desseins de l'empereur et des secrets de l'état. Instruits par lui que Gratien se disposait à conduire toutes les forces militaires de la Gaule et de l'Occident au secours de son oncle Valens , les Allemands in)patiens du repos , saisirent le moment favorable pour une invasion. Quelques détachemens qui passèrent dans le mois de février sur les glaces du Rhin, furent le prélude d'une guerre plus sérieuse. L'espoir du pillage , et peut-être de la conquête , fit taire toutes les considérations de la prudence et de la foi nationale. De chaque forêt, de chaque village, il sortait des bandes d'aventuriers audacieux; et la grande armée des Allemands , que la crainte des peuples , à leur approche , fit monter d'abord à quarante mille hommes , fut portée , après leur défaite , à soixante-dix mille , par l'adulation servile des courtisans de la cour impériale. On rappela sur-le-champ

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OU l'on retint pour la défense de la Gaule les légions qui avaient reçu l'ordre de partir pour la Pannonie ; Nanienus et Mellobaudes partagèrent le commandement militaire ; et quoique le jeune empereur respectât la sagesse et Texpénence du premier , il se sentait plus disposé à admirer , à imiter Tardeur martiale de son collègue, à qui il permit de réunir les deux titres incompatibles de comte des domestiques et de roi des Francs. Priarius , roi des Allemands » se laissait également guider ou plutôt emporter par une valeur impi'rueuse. Les deux armées, animées de l'esprit de leurs chefs , se cherchèrent , s'aperçurent et se chargèrent près la ville d'Argentaria ou Colmar (1), dans les plaines de l'Alsace. La discipline des Romains , leurs savantes évolutions et leurs traits redoutables eurent tout 1 honneur de la victoire. Les Allemands conservèrent long-temps leur terrain, et y furent impitoyablement massacrés. Environ cinq mille Barbares échappèrent à la mort en fuyant dans les bois et dans les montagnes. Priarius , mort glorieusement sur le champ de bataille , évita les reproches du peuple , toujours disposé à blâmer comme injuste et impoliticjue une guerre malheureuse. Après celte victoire , qui assura la paix de la Gaule et la gloiie des armes romaines, 1 empereur partit sans

(i) M. d'Aiiville ^ Notice de Canctenne Gaule ^ p. g6-gq } fixe exactement le champ de baiailie , Argentaria ou Arge/i~ tovaria , à vingt-trois lienes ou trente-quatre milles et demi romains an sud de Strasbourj^. C'est des ruines de cette ville que s'est élevée lout à côté celle de Colmar.

délai en apparence pour son expédition en Orient ; mais quand il fut près des confins du pays des Allemands, il se replia habilement sur la gauche, et les surprit en passant inopinément le Rhin et en s'avancant hardiment dans leurs terres. Les Barbares lui opposèrent tous les obstacles que purent leur fournir la nature et leur courage : ils se retirèrent successivement de colline en colline Jusqu'à ce que des épreuies répétées les eussent convaincus de la puissance et de la persévérance de leurs ennemis. L'empereur accepta la soumission des Barbares , non comme un gage de leur repentir, mais comme une preuve de leur détresse , et il choisit parmi leur jeunesse un nombre de vigoureux soldats qu'il emmena commeles garans les plus certains qu'il pût avoir de la conduite future de leurs infidèles compatriotes. Les Romains savaient trop bien par expérience que les Allemands ne pouvaient être ni soumis par les armes ni contenus par les traités , pour attendre de cette expédition une tranquillité durable ; mais elle fournit à leur jeune monarque l'occasion de déployer des vertus qui annonçaient la gloire et la prospérité de son règne. Lorsque les légions gravirent les montagnes et escaladèrent les fortifications des Barbares , la valeur du jeune Gratien se distingua dans les premiers ranges, et plusieurs de ses gardes eurent leur brillante armure percée et brisée à côté de leur souverain. A l'âge de dix-neuf ans, le fils de Valentinien faisait admirerses talens poliliqneset militaires, et son armée regarda sa victoire sur les Allemands

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comme un présage certain de ses triomphes sur les Goths (i).

Tandis que Gratien jouissait des justes applaudis- Vaien:>mar.

. , . . ^ r.heeoiitreles

semens de ses sujets, Valens , qui avait enfin quitte Goii««. Antioclie , suivi de sa cour et de son armée , fut reçu Mai 3o. ' à Constantinople comme l'auteur des calamite's pu- '^"'" "* bliques. A peine s'e'tait-il repose' dix jours dans cette capitale, que les clameurs se'ditieuses de Thyppodrome le pressèrent de*marcher contre les Barbares qu'il avait appelés dans ses états. Les citoyens , toujours braves loin du danger, déclaraient avec confiance que si on voulait leur donner des armes , ils entreprendraient seuls de délivrer les provinces d'un insolent ennemi (2). L'arrogante présomption d'une multitude ignorantehâta la chute de l'empire. Valens^ qui ne se sentait ni clans sa réputation ni en lui-même de quoi soutenir le mépris public , fut poussé par le désespoir dans l'imprudence, et les succès de ses lieutenans lui persuadèrent qu'il triompherait facilement des Goths, réunis par les soins de Fritigern dans les environs d'Adrianople. Le vaillant Frigerid avait coupé le chemin aux Taifales ; le roi de ces Barbares débauchés avait été tué sur le champ de

(1) L'Épitonie de Victor, la CJironique de saint Jérôme , et l'histoire d'Qrose ( 1. vu, c. 333, p. 652, éd. Havercainp.)^ peuvent ajouter quelques détails au récit impartial et plein de faits , donné par Ammien ( xxxi ,10).

(2) Moralus paiicissimos (lies , seditione popularium le-^ vium pulsus. (Ammien, xxxi, 11.) Socrale (1. iv, c. 38) ajoute les dates et quelques circonstances.

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bataille, et le reste de ses troupes ayant demandéla vie , avait été envoyé en Italie pour y cultiver les terres abandonnées , des territoires de Parme et de Modène (i). Les exploits de Sébastien (2), nouvellement admis au service de l'empereur , et élevé au rang de maître-général de l'infanterie , étaient encore plus bonorables pour lui et plus utiles à l'empire. Ayant obtenu la permission de cboisir trois cents hommes dans chaque légion , il fit bientôt reprendre à ce détachement séparé Tesprit de discipline et l'exercice des armes , presque entièrement oubliés sous le règne de Valens. Le brave et vigilant Sébastien surprit un corps nombreux de Goths dans leur camp, et la quantité de dépouilles qu'il recouvra remplirent la ville d'Adrianople et la plaine voisine. Le superbe récit que le général fit de ses propres exploits , donna de l'inquiétude et de la jalousie a la cour impériale ; et quand il voulut prudemment in-

(1) Vivosque onines circa Mutinarn , Regiuriiq. , et Parmain , itallca oppida , rura culturos , exterminavit. ( Ainm., XXXI, 9.) Dix ans après rétablissement de la colonie des Taifales ^ ces villes et ces districts paraissent dans la plus grande misère. ( Voyez Muratori , Dissertazioni sopra le antichità italiane , t. 1 , Dissert, xxi , p. 354- )

(2) Ammien (xxxi, 11); Zosime (1. iv, p. 22S-23o). Lô dernier s'étend sur les exploits partiels de Sébastien , et raconte en deux lignes l'iinportanlc bataille d'Adrianoiile. Selon les critiques ecclésiastiques qui haïssent Sébastien, les louanges de Zosime sont déshonorantes. (Tilleraonl, Ilist. des empereurs , t. v , p. 121.) Son ignorance cl ses préjugés en font un juge très-peu compétent du mérite.

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