‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 3)Chapitre 22 sur 44 · DE L EMPIRE ROMAIN. CHAP. XXVI · texte numérisé non relu

DE L EMPIRE ROMAIN. CHAP. XXVI

savantes du dictateur à travers les montagnes de la Campanie, reclament à plus juste titre la renommée d'une gloire solide et inde'pendante , qu'il ne partagea ni avec la fortune ni avec ses soldats. Tel fut aussi le mérite de Théodose ; et les infirmités d'une maladie longue et dangereuse dont il fut alors attaqué , ne purent ni diminuer la vigueur de " son génie , ni distraire son attention du service public (i).

La délivrance et la tranquillité des provinces ro- Dissenmaines (i) furent moins l'ouvrage de la valeur que f;,i,e g, soncelui de la prudence de Théodose. La fortune la se- qÔ^Is" '" conda , et Tempereur ne manqua jamais de saisir ^•^•^"9" l'occasion favorable, et d'en tirer tout l'avantage. Tant que le génie supérieur de Fritigern conserva l'union parmi les Barbares et dirigea leurs opérations, leur puissance ne fut point au-dessous de la conquête d'un grand empire. La mort de ce héros , le prédécesseur et le maître du célèbre Alaric , dé-

(i) La plupart des écrivains insistent sur la maladie et le long séjour de Théodose à Thessalonique ; Zosime pour diminuer sa gloire , Jornandès pour favoriser les Goths , et les ecclésiastiques pour introduire son baptême.

(2) Comparez Themistius (^orat. xiv , p. 181) avec Zoîsime (1. IV , p. 232) , Jornandès (c. xxvii, p. 649)61 le prolixe Comment, de M. du Buat ( Hist. des Peuples , etc. , t. vi, p. 477-552). Les Chroniques d'idatius et de Marcellin font allusion, en termes généraux, à magna ceriamina , magna inuitaque prœlia. Ces deux épithètes ne se concilient pas aisément.

livra la multitude indocile du joug- intolérable de la prudence et de la discipline. Ces Barbares , long-tenips contenus par son autorité , se livrèrent alors à tous les excès de leurs passions, et leurs passions étaient rarement constantes. Une armée de conquérans se morcela et se divisa en bandes de voleurs féroces et sans ordre, dont la fureur aveugle et capricieuse devint aussi funeste à eux-mêmes qu'elle yétaità leurs ennemis. Naturellement portés à nuire, ils brisaient ou détruisaient tout ce qu'ils ne pouvaient pas emporter , ou dont ils ne savaient pas jouir, et brûlaient souvent, dans leur rage imprévoyante, les moissons ou provisions de grains dont ils manquaient bientôt pour leur subsistance. Un esprit de discorde divisa les tribus indépendantes et les nations qui ne s'étaient réunies que par une alliance volontaire. Les Huns et les Alains insultaient a la fuite des Goths, qui n'étaient pas disposés à user avec modération de la prospérité. L'ancienne jalousie des Ostrogotlis et des Visigoths se réveilla, et les chefs orgueilleux se rappelèrent les injures qu'ils avaient réciproquement souffertes ou fait souffrir lorsqu'ils habitaient tous au-delà du Danube. Le progrès de leur haine particulière affaiblit leur aversion pour le nom romain , et les officiers de Théodose achetèrent par des dons et des promesses, la retraite ou le service des partis mécontens. L'acquisition de Modar , prince du sang royal des Amali , procura aux Romains un partisan hardi et fidèle; il obtint bientôt le rang de maître général, et un com-

Ttr r.'KMPiiiK ROMAiy. ciiAP. xxvr. 223 inandement de confiance. I/illustre déserteur des Goths surprit une arnrce de ses compatriotes plonge's dans le sommeil à la suite de la débauche et de l'ivresse. Apres en avoir massacré la plus grande partie , il revint au camp impérial (1), chargé d'immenses dépouilles , et suivi de quatre mille chariots enlevés aux Barbares. Dans les mains d'un politique habile des moyens différens s'appliquent avec succts à la même fin , et la délivrance de l'empire , commencée par la division des Goths , fut achevée par leur réunion. Athanaric , qui avait tranquillement Mortetob-

1 / 1 I • / , , sèques d'A-

contcmple de loin ces étranges evenemens sans y tbanaric. prendre part , se trouva forcé , par le sort des ar- 25 Janvier, mes, d'abandonner l'obscure retraite des bois de Caucaland. Il n'hésita plus à traverser le Danube ; et une grande partie des sujets de Fiitigern , qui commençaient à sentir les inconvéniens de l'anarchie, recon muent volontiers pour roi un juge de leur nation, dont ils respectaient la naissance, et dont ils avaient souvent éprouvé l'habileté; mais l'âge avait refroidi l'audace d'Atlianaric , et au lieu de conduire ses soldats aux combats et à la victoire , il écouta prudemment la proposition d'un traité honorable et avantageux. Théodose, qui connaissait le mérite et la puissance de son nouvel allié, ne dédaigna point d'aller au-devant de lui à plusieurs milles de Constantinoplc , et le traita dans la ville

(1) Zosiiiif (1. IV . p. 'j3:i ^ le iiaiie de Scythe. Les Grecs plus modernes scinblenl avoir donné ce nom .lux Goths.

impériale avec la confiance d'un ami et la magnificence d'un empereur. Le prince barbare examinait avec attention tous les objets qui fiappaient ses regards , et rompant enfin le silence par une vive et sincère expression de son ëtonnement : « Je vois aujourd'hui , dit-il, ce que je n'avais jama-is pu croire de l'éclat de cette e'tonnante capitale. » Il admirait successivement la position de la ville , la force de ses murs, la beauté des e'difices publics, la vaste étendue de son port rempli de vaisseaux innombrables, le concours de toutes les nations, les armes et la discipline des troupes. «Un empereur romain , ajouta Athanaric , est un dieu sur terre, et le mortel présomptueux qui ose l'attaquer, devient bomicide de lui-même. (i). » Le roi des Gotbs ne jouit pas long- temps de cette brdiante et honorable réception ; et comme la sobriété n'était point une des vertus de sa nation , on peut soupçonner que lu maladie dont il mourut fut la suite des excès aux-

(i) Le lecteur ne sera pas fâché de trouver les expressions de Jornandès ou de l'auteur qu'il a copié. Regiam urhein ingressus est ; miransque , en , inquil , ccrno quod scepe incredulus audieham , famam videllcct tantœ iirbis. Et hue illuc oculos volvens , nunc s/'tum urhis commeatumque naviuni , nunc mœnia clara prospectons- , miratur ; populosque diversarum gentium , quasi fonte in iino à diverses parlibus scnturiente undd , sic quoqne milttein urdinatum aspicicns. Deus , inquit , est , sine dubio , terrenus imperator , et qui.\~ quis adversùs euin manum moverit , ipse sui stinguinis reuse.ri.st/t. Jornandès ( c. 28, p. 6;)o ) continue à raconter sa mort et les cérémonies de ses funérailles.

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quels il se livra dans les repas somptueux de rempereur. Mais la politique de Théodose tira de sa mort plus d'avantages qu'il n'en aurait pu obtenir des plus fidèles services de ce nouvel allié. On fît de magnifiques obsèques à Athanaric dans la capitale de l'Orient ; on éleva un superbe monument à sa mémoire, et son armée gagnée par les libéralités et par les honorables démonstrations de douleur de Théodose , passa tout entière sous les drapeaux de l'empereur des Romains (i). La soumission d'un corps de Visigoths si considérable produisit les effets les plus salutaires , et l'influence de la raison , de la force et de la séduction , acquit chaque jour plus de puissance et plus d'étendue. Chaque chef indépendant se hâtait de faire séparément son traité, dans la crainte qu'un plus long délai ne l'exposât seul et sans secours à la vengeance ou a la justice de l'empereur. La capitulation générale, ou plutôt finale des Goths, peut être datée à quatre ans un mois et vingt-cinq jours après la défaite et la mort de Yalens (2).

La retraite volontaire de Saphrax et d'Alathœus invasion et

( I ) Jornandès , c. 28 , p. 65o. Zosime lui - méine ( 1. iv , p. 246,) est forcé d'applaudir à la gônérositc de Théodose, si honorable pour le prince et si avantageuse pour les sujets.

(2) Les passages courts , mais authentiques , dos Fasti d'Idatius ( C^/o«. Scaliger, p. 62) sont défigurés par l'esprit de parti. Le quatorzième discours de Theniislius est uu discours de féiicitation sur la paix , et un compliment adressé au consul Salurnius. (A. I). 383.)

2 28 HISTOIRE DE LA DEC.Vr.KXCF.

défaite des avait delà délivre les provinces du Danube de l'op-

Gruathun- . . \

giens ou Os- prcssion des Grunthungiens ou Ostrogoths. L'esprit

trogoths. . . 111 1 1 r l n t

A. n 386, inquiet et turbulent de ces deux cliets leur ht chercher dans d'autres climats une nouvelle scène de gloire et de brigandage. Leur course destructive se dirigea vers l'occident ; mais nous n'avons qu'une connaissance très-obscuie et très-imparfaite de leurs expéditions. Les Ostrogoths repoussèrent plusieurs tribus des Germains jusque dans les provinces de la Gaule ; ils conclurent un traite' avec l'empereur Gratien , et ne tardèrent pas à le violer ; ils s'avancèrent dans les régions inconnues du Nord , et revinrent, après un intervalle de plus de quatre ans, avec des forces plus nombreuses sur les rives du Bas-Danube. Ils avaient recruté leur armée des plus terribles guerriers de la Scythie et de la Germanie; et les soldats, ou du moins les historiens de l'empire, ne reconnurent plus le nom ni la contenance de leurs anciens ennemis (r). Le général qui commandait les forces navales et militaires de la frontière de Thrace , présuma que la supériorité de ses forces pourrait être désavantageuse au bien du service, et que les barbares, effrayés du spectacle imposant de la Hotte et des légions, différeraient le passage du fleuve jusqu'à lliixcr. L'adre*çse des espions qu'il envoya dans leur camp, attira les Ostrogoths dans un piège. Ils leur persuadèrent que par une irruption soudanie \\s poiuraient surpreu-

()) Eê>oç ro l^KuSiKov TToia-iv uyvaiToy. ( Zosiine , I. iv , [). ?.52.)

Dr: L EMPIRE ROMAIN. CnAP. XXVI. 229

dre , dans robscurite de la nuit, l'armec romaine endormie , et cette multitude cre'dule s'embarqua précipitamment dans trois mille canots (i). Les plus braves des Ostrogotlis formaient l'avant-garde. Le corps de la flotte portait le reste des hommes et des soldats , et les femmes avec les enfans suivaient sans crainte à l'arrièregarde. Ils avaient choisi pour l'exécution de leur dessein , une nuit très-obscure , et ils étaient au moment d'arriver a la rive méridionale du Danube , dans la ferme confiance qu'ils débarqueraient sans peine et surprendraient facilement un camp mal gardé ; mais un obstacle inattendu leur coupa le passage ; un triple rang de vaisseaux solidement liés l'un avec Tautre , formait une chaîne impénétrable de deux milles et demi le long de la rivière. Tandis que par un combat très-inégal ils tâchaient de se faii'e un chemin , leur aile droite fut écrasée par l'attaque irrésistible d'une flotte de galères qui descendait le fleuve par la double impulsion des rames et du courant. Le poids et la rapidité de ces bâtimens de guerre brisèrent, coulèrent à fond et dispersèrent les faibles canots des Barbares , et leur

(1) La l'alson et l'exemple m'autorisent à appliquer ce nom indien aux ,t«av»|yA« des Barbares, des bateaux creusés dans lin seul arbre, -TrXvjètt ft<nioi,uXav tft^t/iuTûivTiç. ( Zosirae, 1. IV , p. 253. )

y4u!i Datinbiiim quondam tranare Gruthungi , In lintres fregere nemiis : ter mille riiebant Per fluviiim [Acnœ cuneis immanibus alni.

Ct.ATJD., in IV consul, Honor., 6a3,

valeur ne leur fut d'aucun secours. Alathaeus , roi ou gênerai des Ostrogoths , périt avec les plus braves de ses soldats , ou dans les eaux du fleuve , ou par Te'pée des Romains. La dernière division de cette malheureuse flotte aurait pu regagner le rivage d'où elle était partie; mais la terreur et le désordre ne laissaient aux vaincus ni la faculté d'agir ni la liberté de penser; ils se rendirent à discrétion, en implorant la clémence des vainqueurs. Dans cette occasion , comme dans beaucoup d'autres , il n'est pas facile de concilier les passions et les préjugés des écrivains du siècle de Théodose. Ceux qui se plaisent à blâmer ou à défigurer toutes les actions de son règne , affirment que le lieutenant Promotus avait assuré la déroute des Barbares par sa valeur et son intelligence , avant que l'empereur hasardât de paraître sur le champ de bataille (i). Le poète complaisant, qui célébrait à la cour d'Honorius la gloire du père et celle du fils, attribue tout l'honneur de la victoire à l'intrépidité de Théodose , et fait presque entendre qu'il tua dans le combat le roi des Ostrogoths (i). La

(i) Zosime , 1. iv, p. 252 , 255. Il montre sonventson peu de jugement en défigurant une histoire sérieuse par des circonstances frivoles el incroyables.

(a) OJothœi régis ophna

Retulit .... Ver. 632. »

Les opima étaient les dépouilles qu'un général ne pouvait acquérir qu'après avoir tué de sa propre main le roi ou le général de l'ennemi ; et les siècles brillans de Rome n'en offrent que trois exemples.

DE l'eMPIUE romain. CHAP. XXVI, o3i

\erité de l'histoire se trouverait peut-être en adoptant un juste milieu entre ces deux récits opposes.

L'original du traité qui fixa rétablissement des ÉtaLiisse- Goths , assura leurs privilèges et stipula leurs obliga- corhs dans lions, éclaircirait l'histoire de Théodose et celle de j^^^Yl^ie!' ses successeurs , où l'on ne trouve que très-impaifaitement l'esprit ou la substance de cette singulière convention (i). Les ravages de la guerre et de la ty- 1 annie avaient laissé beaucoup de terres fertiles, mais incultes, à la disposition de ceux des Barbares qui ne dédaignaient pas les travaux de l'agriculture. On plaça dans la Thrace une nombreuse colonie de Yisigoths , et l'on transporta les restes des Ostrogoths dans la Phrygie et dans la Lydie. Ils reçurent tous, pour subvenir aux besoins présens , une distribution de bétail et de grains , et l'on encouragea leur indiistrie par l'exemption de tout tribut durant un certain nombre d'années. Les Barbares auraient mérité d'être les victimes de la politique perfide de la cour impériale , s'ils avaient souffert qu'on les dispersât dans différentes provinces ; mais ils demandèrent et obtinrent la possession entière des villages et des districts choisis pour le lieu de leur résidence; ils conservèrent et propagèrent leurs mœurs et leur langage ,

(i) /^o/ez Themislius , orat. xvi , p. 211. Claudien (dans

Kuirope, 1. ii, lôî) parle d'une colonie phrygienne :

.... Ostrogothis colitur miscisque Gruthungis Phryx ager

Et nomme ensuite les rivières de Lydie , le Pactole et l'Hermus.

assurèrent dans le sein du despotisme l'indépendance de leur gouvernement particulier, et reconnurent la souveraineté de l'empereur sans se soumettre à la juridiction inférieure des lois et des magistrats romains. Les tribus et les familles continuèrent d'être commandés , soit en temps de paix , soit en temps de guerre, par leurs chefs liéréditaiies ; mais la dignité royale fut abolie, et l'empereur pouvait à son gré nommer et destituer les généraux de la nation. Il entretenait un corps de quarante mille Goths pour la défense de. l'empire d'Orient , et ces troupes audacieuses, qui prenaient le nom àe/œderatiçu alliés, étaient distinguées par leurs colliers d'or, une paye considérable , et des privilèges dont l'étendue allait jusqu'à la licence. Ils ajoutèrentàleur courage national l'usage des armes et l'esprit de la discipline; et tandis que les forces suspectes des Barbares gardaient ou menaçaient l'empire , les dernières étincelles du génie militaire s'éteignaient dans Tàme des Romains (i). Théodose eut l'adresse de persuadera ses alliés , que jes conditions de paix arrachées à sa prudence par la nécessité , étaient l'expression sincère de son amitié pour la nation des Goths (q); mais il

(i; Comparez Joriiandès ( xx ,27) qui rend compte de l'état et du nombre des Goths ,fœderati , avec Zosime ( 1. iv, p. 268), qui cite leurs colliers d'or , et Patalus {^in Panegj'r. vet. , XII, 07 ) , qui applaudit avec une joie fausse ou insensée à leur bravoure et a leur disci]>liiie.

(2) Amnlor pacix generisquc Gothorum. Tel est le langage de rhistoricu des Goths (c. 2Cj) : il représoule sa nation

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faisait une réponse bien oppose'e aux plaintes du peuple, qui blâmait hautement ces concessions humiliantes et dangereuses (i). Sesministrespeignaient (le la manière la plus pathe'tique les calamités de la guerre, et ils exagéraient les premiers symptômes du retour de l'ordre , de l'abondance et de la sûreté publique. Les défenseurs de Théodose pouvaient affirmer avec une apparence de vérité et de raison , qu'il était impossible d'extirper un si grand nombre de tribus guerrières réduites au désespoir par la perte de leur pays natal , et que les provinces épuisées se trouveraient recrutées de soldats et de laboureurs. Les Barbares conservaient toujours leur air féroce et menaçant; mais l'expérience du passé pouvait faire espérer qu'ils prendraient l'habitude de l'obéissance et de l'industrie; que leurs mœurs s'adouciraient par l'influence de l'éducation et delà religion chrétienne , et que leur postérité se confondrait insensiblement avec le peuple romain (2).

comme douce, paisible, patiente à souffrir, et lenle à se livrer à la colère. A en croire Tile-Live , les P^omains n'ont conquis l'univers que pour se défendre.

( 1 ) Outre les invectives partiales de Zosime , toujours mécontent des princes chrétiens , vojez les représentations que Synèse adresse à l'empereur Arcadius (De regno , p. aS , 26, édit. Pelau). L'évéquc de Cyrène était assez j)rès pour bien juf[er , et a.ssez loin pour ne point craindre de ne point fia lier.

(?) Tbemistins (^crtit. xvi , p. 211, 212) compose une apologie sensée, mais qui n'est cependant pas exempte des

Lenrdlspo- MaJo'ré CCS arffumens spécieux et ces brillantes

sition à la ré- , . , . . .

volte. espérances , il e'tait bien facile de prévoir que les

Gotbs seraient encore long-temps les ennemis des Romains , et qu'ils deviendraient peut-être bientôt les conquérans de leur empire. Ils montraient dans toutes les occasions le plus insolent mépris pour les citoyens et les habitans des provinces, qu'ils insultaient impunément (i). Théodose était redevable à la valeur des Barbares du succès de ses armes; mais on ne pouvait pas compter sur les secours d'une nation perfide, qui abandonnait ses drapeaux dans le moment où Ton avait le plus grand besoin de ses services, et l'empereur en fit plusieurs fois la fâcheuse expérience. Durant la rébellion de Maxime , un grand nombre de déserteurs goths se retirèrent dans les marais de la Macédoine , dévastèrent les environs , et obligèrent l'intrépide monarque à hasarder sa personne pour étouffer le feu de cette révolte naissante (2). L'alarme du public était d'autant plus vive,

puérilités ordinaires de l'éloquence grecque. Orphée ne put enchanter que les animaux sauvages de la Thrace ; mais Théodose enchantait les hommes et les femmes dans un pays où Orphée avait été mis en pièces , etc.

(i) On priva Constantinople de la moitié d'une des distributions journalières de pain accordées au peuple , pour expier la mort d'un soldat golh. Kiyavnç to Sxuâ/xot , était le .rime du peujde. ( Libanius , orat. xii , p. 894 , édit. Morel.)

(2) Zosinie, 1. iv , p. 267-271. Il raconte une histoire longue et ridicule de ce prince, qui courait , dit-il, le pays avec riiiq ou si.\ cavaliers pour toute suite, et d'un espion qu'il

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qu'on soupçonnait fortement ces différentes révoltes d'être l'effet , non pas d'un mouvement passager de fureur ou de caprice, mais plutôt d'un dessein profond et prémédité. On croyait que les Goths avaient apporté à la signature du traité de paix des disposi-^ lions hostiles et perfides ; que leurs chefs s'étaient engagés d'avance , par un serment secret , à regarder toujours comme nuls tous ceux qu'ils feraient aux Romains; et, sous les plus belles apparences d'amitié et de fidélité, à saisir toutes les occasions de pillage, de conquête et de vengeance : mais les Barbares n'étaient pas tous inaccessibles au sentiment de la reconnaissance , et plusieurs de leurs chefs se dévouèrent loyalement au service de l'empire ou du moins de l'empereur. Toute la nation se divisa insensiblement en deux factions opposées qui débattaient avec beaucoup de subtilité , dans leurs entretiens , la préférence due à leurs premiers ou à leurs seconds engagemens. Ceux des Goths qui se regardaient comme les défenseurs de la paix , de la justice et de Rome , avaient pour chef le jeune et vaillant Fravitta, distingué de ses compatriotes par l'urbanité de ses mœurs, par la générosité de ses sentimens, et par les douces vertus de la vie sociale. Mais le farouche et perfide Priulf était à la tête du parti le plus nombreux ; il animait les passions de ses compagnons d'armes et soutenait leur indépendance. Invités dans

découvrit , fil fouetter et tuer dans la chaumière d'une vieille femme, elc. etc.

2 36 HtSTOIRE DE LA DECADENCE

un jour de fête à la table de Théodose, les deux chefs, e'chauffés par le vin, oublièrent le respect qu'ils devaient à l'empereur j et la discre'tion qu'ils avaient coutume de s'imposer, au point de trahir devant Théodose le fatal secret de leurs débats particuliers. Théodose, désagréablement frappé d'une dispute si extraordinaire, dissimula sa surprise , ses craintes et son ressentiment, et rompit quelques instans après cette assemblée tumultueuse. Fravitta, alarmé et irrité de l'insolence de son rival , dont le départ pouvait devenir le signal de la guerre civile , suivit audacieusement Priulf, et lui plongeant son épée dans le sein , l'étendit mort à ses pieds. Les compagnons des deux chefs coururent aux armes , et le fidèle Fravitta aurait succombé sans le secours des gardes impériales (i). Telles étaient les sauvages fureurs qui déshonoraient le palais et la table de l'empereur romain ; et comme il fallait toute la fermeté et toute la modération de Théodose pour contenir l'indocilité des Gotbs (2), la sûreté publique

( 1 ) Comparez Eunape ( in Excerpt. légat. , p. 2 1 , 22 ) avec Zosime ( 1. iv , p. 279 ). Malffré'la différence des noms et des rirconslances, on ne peut douter que ce ne soit la même histoire. Fravitta ou Travitta fut depuisconsul ( A.D. 401), eX. continua à servir fidèlement le fils aîné de Théodose. (Tillemont, hlist. des empereurs y t. v , p. ^&'J.)

(2) « Les Goths ravagèrent fout, depuis le Danube jusqu'au Bosphore , exterminèrent Valens et son armée , et ne rr])asscrent le Danube que pour abandonner l'affreuse solitude qu'ils avaient faite. » ((Euvres de Montesquieu , t. m,

DE l'empire romain. CHAP. XXVI. 2'ij

semblait dépendre de la vie et des lalens d'un seul homme.

p. 479? Considérations sur les Causes de la grandeur et de la décadence des Romains, c. 17.) Le président de Montesquieu semble ignorer que depuis la défaite de Valens les Goths ne sortirent plus du territoire de l'Empire romain. Il y aà présent trente ans, dit Claudien(Z)eée//.g'ef/c., i66,etc., A. D. 404. )

£r quo jam patrios Gens hœc oblita Triones ,

Âtque Istrutn transvecta semel vestigia fixit

Threicio funesta solo

L'erreur est inexcusable , puisqu'elle déguise la cause immédiate et principale de la chute de l'Empire des Romains dans l'Occident.

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