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Jeur général indigné lorsqu'il apprit cette barbarie. Cette action honteuse, dont on pouvait accuser la fureur du soldat, fut suivie du meurtre prémédité de Withicab, le fils de Vadomair, prince allemand, d'une constitution faible et valétudinaire, mais d'une valeur ardente et redoutable. Un assassin domestique commit ce crime à l'instigation des Romains (i); cet oubli des lois de la justice et de l'humanité découvrait les craintes secrètes que leur inspirait la faiblesse d'un empire sur son déclin. Les conseils publics n'adoptent guère le secours du poignard , tant qu'ils peuvent se reposer sur la puissance de epee.
Au moment où les Allemands paraissaient le plus Vaientinien humiliés de leurs derniers revers , l'orgueil de Valen- et le fortifie. tinien reçut une mortification dans la surprise de "
Mogontiacum ou Mayence , la principale ville de la Haute-Allemagne. Au moment où les chrétiens, sans défiance , célébraient une de leurs fêtes , Rando , l'un des chefs allemands , guerrier habile et hardi , qui avait long-temps médité son entreprise , passa subitement le Rhin , entra dans la ville dépourvue de tout moyen de défense , et emmena une multitude d'esclaves des deux sexes. Vaientinien résolut de tirer une vengeance sanglante de tout le corps de la nation. Le comte Sébastien reçut ordre d'entrer dans le
(i) Studio sollicitante nostroriim , occubuit. Ammien . xivii ,10.
pays avec les bandes d'Italie et d'Illyrie , probablement du côté de la Rhe'tie. L'empereur, accompagné par son fils Gratien , passa le Rbin à la tête d'une puissante armée , dont les deux ailes étaient soutenues par Jovin et par Sévère , maîtres généraux de la cavalerie et de l'infanterie de TOccident. Dans l'impuissance de s'opposer à la destruction de leurs villages , les Allemands campèrent sur la cime d'une montagne presque inaccessible dans le duché de Wirtemberg, et attendirent courageusement l'attaque des Romains. L'intrépide curiosité avec laquelle Valentinien persistait à découvrir quelque sentier sans défense, pour y faire monter ses soldats , pensa lui coûter la vie. Une troupe de Barbares sortit précipitamment de son embuscade, etl'empereur, obligé de fuir de toute la vitesse de son cheval dans une descente roide et glissante , laissa derrière lui celui qui portait son armure et son casque enrichi d'or et de pierres précieuses. Au signal de l'assaut , les Romains environn èrent la montagne de Solicinium , et montèrent de trois côtés. Chaque pas qu'ils parvenaient à gagner augmentait leur ardeur et abattait le courage de leurs ennemis. Lorsque toutes leurs forces occupèrent le plateau , leur impétuosité précipita les Barbares vers le bas de la montagne , du côté du nord, où le comte Sébastien était posté pour couper leur retraite. Après cette brillante victoire, Valentinien retourna dans ses quartiers d'hiver à Trêves , où il permit à la joie publique de se mani-
DK r.'oîPiRE r.oi\rAi.\. chap. xxv. 65
foster par la magnifique repit'sentation des jeux triomphaux (i). Mais le stx^e monarque , au lieu d'entreprendre la conquête de rAllemagne, réserva toute son attention pour Timportante et difficile défense des frontières de la Gaule , contre un ennemi dont les forces étaient sans cesse recrutées par une foule d intrépides volontaires qui accouraient sans cesse des tribus les plus reculées vers le nord (2).
(1) Amraien raconte l'expédition de Valentiiiien ( xxvii , 10), et Ausone la célèbre (^MoselL, 421 , etc.). Il suppose ridiculement que les Iloniains ne eonnaissaient pas les sources du Danube.
(2) Iminanis eiiitn natio , j'am inde ah incunabulis primis varietate casuuin imminuta ; Ita sœpiiis adolescit , ut fuisse longis sœculis œsliinetur Intacta. Aminieu , xxviri, 5. Le comte du Buat ( Hist. des peuples de f F.utope , t. vi, p. 870) attribue la population des Allemands à la facilité avec laquelle ils adoptaient des étrangers (*].
(*) « Cette explication , dit M. Mulihns, ne fait que reculer la difficulté. Elle place la terre sur une lortui; , sans nous apprendre sur quoi la toitue repose. Nons pouvons toujours demander quel était cet intarissable réservoir du Nord, d'où sortait sans cesse un torrent d'iuf rapides gueniers ? Je ne pense pas qu'on puisse aduieltre la solution que Montfsquiru a donnée de ce grand problème ( Voy. Grandeur et Décadence des Romains , c. i6, p. 1S7.) La difficiilié disparaîtra si nons appliquons aux nations de l'ancienne Germanie un fiiit bien observé eu Amérique, et géuéralenienl connu : je veux dire, si nous supposons que lorsque la guerre ei la faïuine n'y nietlaieni point d'obstacles , leur nombre croissait au point de doubler eji vingt cinq ou trente an.s. La convenance et même la nécessité de cttte application résultent dn fableaudes mœurs <les Germains, tracé par hi niainde tacite (A'fy Tniit,, De Mor. Gcnnan., c. 16, i3, 19, 20.).... Di-s mœurs si favoiables à la population, jointes à cet esprit d'entreprise et d'<;inigration, si propre à écarter lu crainte du besoin, présantcnf l'iraagt; d'une société rloiice d'uu principe d'accroissement irrésistible. Elles nous montrent l'iata-
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Depuis les sources du Rhin jusqu'au détroit del'Océan, l'empereur fit construire , sur les bords de ce fleuve, une chaîne de forts et de tours : habile dans les arts mécaniques , il inventa de nouvelles fortifications et de nouvelles armes. De nombreuses levées de Romains et de jeunes Barbares furent sévèrement disciplinées,etsoigneusement instruites dans tous les exercices militaires. Malgré l'opposition des Barbares , dont quelques-uns se permirent seulement de modestes représentations, et quelques autres de violentes attaques, Valentinien acheva la barrière du Rhin , qui assura la tranquillité de la Gaule , durant les neuf dernières années de son règne (i).
Les Boar- L'empereur, qui avait adopté les sa^es maximes
(i) Ammien, xxvni , 2 ; Zosirae , 1. iv , p. 5214. Victor le jeune parle de l'intelligence que l'empereur Valentinien avait pour la mécanique. No^'O arma meditari ; fingcrc tend seu lirno simulacra.
rissable source de ces armées et de ces colonies dont l'Empire roroaia eut à soutenir le choc, et sous lesquelles il succomba. Il u'est jias probable qu'en aucun temps, la population de la Germanie ait subi de suite deux périodes de doublement, ou même une seule en viugt-cinq anuées. Les guerres perpétuelles de ces peuples, J'élat peu avancé de leur agriculture , surtout l'étrange coutume adoptée par plusie::rs tribus, de s'entourer de déserfs, s'opposaient absolument à un tel accroissement. Sans doute à aucune i-poque le pays ne fut bien peuplé,
quoique souvent il fût snrchaigé d'un excès dp population Mais au
lien de s'appliquer à éclaircir leurs forêts , à dessécher leurs marais, à rendre leur sol capable île suffire à une population croissante, il érail plus conforme à leurs habitudes martiales et à leur humeur impatiente d'aller en d'antres climats chercher des vivres, du pillage et de îa gloire. » ( Eiiai sur te princioe de Populucion , t. i , p. i ,5 et suiv. )
{^Note Je l'Editeur.)
DE l'empire ROMA.IN. CHAP. XXV. C)']s
(3e Diocle'tien , s'appliquait a fomenter et à renou- guignons.
\eler les discordes intestines qui animaient les unes contre les autres les différentes peuplades delà Germanie. Au milieu du quatrième siècle , les Bourguignons , peuple errant , nombreux et descendant des Vandales (i), occupaient sur les deux rives de l'Elbe les contre'es, peut-être de la Lusace et de la Tliuringe. Leur nom obscur devint insensiblement celui d'un puissant royaume et est enfin demeuré à une province florissante. Le contraste du gouvernement civil et de la constitution religieuse est la particularité la plus remarquable dans les usages des anciens Bourguignons. Leur roi ou général était connu sous la dénomination à' Hendinos , et leur grand-prêtre portait le nom de Siiiistus. La personne du grandprêtre e'tait sacrée, et sa dignité perpétuelle; mais le roi n'exerçait qu'une autorité très-précaire. Si le malbeur (\e& événemens de la guerre semblait accuseï* le roi d'un défaut de courage ou de conduite , il était sur-le-cbamp déposé. L'injustice de ses sujets allait jusqu'à le rendre responsable de la fertilité de la terre et de la régularité des saisons, qui semblent plutôt appartenir au département sacerdotal (a). Les Allemands et les Bourguignons avaient des contestations
( I ) Bellicosos et pubis immensœ virlbus afjluentes ; et ideo metuendos Jiniliinis unh'ersis. Aminien , xxviu ;, 5.
('i) Je suis toujours disposé à soupçonner les historiens et les voyageurs d avoir converti des faits particuliers en lois générales. Animien attribue à l'Egypte une coutume
68 HISTOIRE nt L\ DKCADtiJNCl-
fréquentes biir la possession de quelques marais salans (i) : les derniers se laissèient facilement tenter parles sollicitations secrètes , et par les offres libérales de l'empereur. L'origine fabuleuse qui les faisait descendre des soldats romains employc's à la garde des forteresses de Drusus , fut adoptée de part et d'autre avec une crédulité d'autant plus docile , que cette opinion favorisait leur intérêt mutuel (2), Une armée de quatre-vingt mille Bourguignons ne tarda pas à paraître ^ur les bords du Rhin, et réclama impatiemment le secours et les subsides promis par Valentinien ; mais l'empereur prétexta des excuses et des délais jusqu'au moment où, après une attente infructueuse , ils furent contraints de se retirer. Les forteresses et les garnisons du Rhin nnrcnt les fron-
semblable , et les Chinois l'imputaient à leur tour au Talsia ou Empire romain. (De Guignes , Hist, des Huns , tom. 11 , part. I , p. 79. )
(1) Salinaium Jiniumque causa , Jlemannls sœpe jurgabant. (Ammien, xxviii, 5.) Ils se disputaient peut-être la possession de la Sala , rivière qui ])roduisail le sel , et qui avait fait le sujet d'une ancienne conlestatlon. ( Tacit. , Jnn. XIII, 57; etLipse, ad loc.)
(2) Jam indè temporihus prisels , sobolern se esse ronianam Burgiindii sciunt : et la tradition vague prit peu à peu une forme plus régulière ( Orose , 1. vu , c. Sa). Elle est détruite par l'autorité irrécusable de Pline , qui servit dans la Germanie , et composa l'histoire de Drusus (Plin. secund. , epist. H , 5 , moins de soixante ans après la mort de ce héros). Gerrnanoriini gênera quinqiie Vlndill , quorum pars Burgundiones , etc. ( Hist. nat. , iv , 28. )
DU l'kMPIRK KOMATN, CTIAP. XXV. Gc)
tières de la Gaule à Tabri de leur juste ressentiment , et le massacre qu'ils firent de leurs prisonniers servit du moins à envenimer encore la haine héréditaire des Bourguignons et des Allemands. Peut-être l'inconstance qu'on remarque ici dans la conduite d'un prince aussi sage que Valentinien, s'explique-t-elle par quelque chang-ement survenu dans les circonstances. Son dessein avait été probablement d'intimider les Allemands , et non pas de les e'craser , puisque la destruction de Vuue ou de l'autre de ces deux nations aurait détruit !a balance qu'il voulait conserver en les contenant l'une par l'autre. L'un des princes allemands, Macrianus, qui, avec un nom romain , avait acquis les talens militaires et ceux du gouvernement , avait mérité sa haine et son estime. L'empereur lui-même, à la tête d'un corps de troupes lestes et légèrement armées, daigna , pour le poursuivre , passer le Pihin et s'avancer jusqu'à cinquante milles dans le pays ; il se serait inévitablement saisi de Macrianus, si l'impatience des soldats n'avait rompu ses sages mesures. Ce prince allemand fut admis depuis a l'honneur d'une conférence particulière avec l'empereur , et les faveurs qu'il en reçut en firent jusqu'à sa mort un fidèle et sincère allié des Romains (i).
Les fortifîcationsde Valentinien défendaient Tinté- Les Saxons.
( i) Les guerres et les négociations relatives aux Allemands et aux Bourguignons , sont rapportées d'une manière claire par Ammien-Marcellin (xxvni, 5; xxix , /^ ; xxx , 3),
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rieur du continent ; mais les côtes maritimes de la Gaule et de la Grande-Bretagne étaient toujours exposées aux ravages des Saxons. Ce nom célèbre , qu'un sentiment national doit nous rendre cher , a échappe' à lattention de Tacite ; et dans les cartes de Ptolémée , cette nation n'occupe que le cou resserré de la péninsule cimbrique , et les trois petites îles vers l'embouchure de l'Elbe (i). Ce territoire étroit, aujourd'hui le duché de Schleswig , ou peutêtre de Holstein , n'aurait pas pu fournir les inépuisables essaims de Saxons qui régnèrent sur l'océan , remplirent la Grande-Bretagne de leur langage , de leurs lois et de leurs colonies , et défendirent si longtemps la liberté du Nord contre les armées de Charlemagne (2). On aperçoit aisément la solution de cette difficulté dans la ressemblance des mœurs et de la constitution incertaine des tribus de l'Allemagne, qui se trouvaient confondues ensemble par les moin-
Orose (1. VII , c. 32 ) , et les Chroniques de saint Jérôme et de Cassiodore fixent quelques dates et ajoutent quelques circonstances.
(l ) Etïi 7-av uv^iyci Ttjç KtftliçiK>is ^î^ctovi^th Si«|oveî-. Ptolémée place les restes des Cimbres à rextromité septentrionale de la péninsule (le promontoire cimbrique de Pline , iv , 27 ). Il remplit l'intervalle qui séparait les Cimbres des Saxons , de six tribus obscures qui s'étaient réunies , dès le sixieJne siècle , sous la dénomination commune de Danois. ( Fojez Clavier , German. antcq, , 1. m , c. 21 , 22 , 9.3. )
(2) BI. d'Ali ville [Établiss. (la États de l'Europe , p. ig , 26 ) a marqué les limites étendues de la Saxe de Charlemagne.