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dres événemens de guerre ou d'alliance, La position des véritables Saxons les encouragea à embrasser les professions périlleuses de pêcheurs et de pirates , et le succès de leurs premières entreprises excita naturellement l'e'mulation des plus braves de leurs compatriotes, qui se de'plaisaient dans la triste solitude des montagnes et des forêts. Chaque marée pouvait descendre sur l'Elbe des flottes de canots remplis d'intrépides guerriers, avides de contempler le vaste océan , et de prendre part aux richesses et aux jouissances d'un monde qui leur était inconnu. Il paraît probable cependant que les nations qui habitaient le long des côtes de la mer Baltique, fournissaient aux Saxons la plus grande partie de leurs auxiliaires. Elles possédaient des armes et des vaisseaux, l'art de la navigation et l'expérience des combats maritimes ; mais la difficulté de passer le Sund, les colonnes d'Hercule du septentrion (i), où la mer est fermée par les glaces durant plusieurs mois de l'année , retenait leur courage et leur activité dans les limites d'un lac très-spacieux. Le bruit des armemens qui étaient sortis avec succès de l'embouchure de l'Elbe , les enhardit bientôt à traverser le petit isthme de
(i) La flotte de Driisus n'avait pu réussir à passer , ou même à approcher le détroit du Sund , appelé , d'après la ressemblance , les colonnes d'Hercule , et cftle entreprise navale fut abandonnée sans retour. ( Tacit. , De moribus Gerrnan. , c. 34- ) La connaissance que les Romains acquirent des nations de la mer Baltique ( c. 44 5 4^ ) ^"' due aux \oyages qu'ils firent par terre pour chercher de l'ambre.
7^ HISTOIRE DE LA DECADE'VCE
Schleswig, et à lancer leurs vaisseaux dans la grande mer. Les difïerenles troupes de pirates et d'aventuriers qui combattaient sous les mêmes drapeaux , s'unirent insensiblement en une société permanente , d abord de brigandage , et ensuite de gouvernement. Cette confédération militaire , unie de plus en plus par les doux liens du mariage et de la parenté, se forma insensiblement en corps de nation ; et les tribus voisines qui sollicitaient leur alliance, reçurent le nom et les lois des Saxons. Si le fait n'était pas appuyé sur des témoignages incontestables, on nous soupçonnerait de vouloir tromper la crédulité de nos lecteurs , en donnant la description des vaisseaux sur lesquels les pirates saxons se jouaient hardiment au milieu des vagues de la mer d'Allemagne , de la Manche et de la baie de Biscaye. La quille de leurs grands bateaux à fond plat était construite de bois léger; mais les bords et tous les ouvrages supérieurs étaient composés de claies recouvertes de peaux épaisses (i). Ils devaient sans doute succomber souvent au danger du naufrage qui les menaçait
(t) Qutn et Aremoricus piratam Saxona tractas
Sperabat; cui pelle saliim sulcarc Britannum IjJidus ; et assuto glaucum mare jîndere lembo.
SiuoN., in PanegjT. Avit. 869.
Le génie de César ne dédaigna pas d'imiter pour un usage particulier ces vaisseaux grossiers , mais légers , dont se servaient aussi les liabitans de la Bretagne, ( Commant. de hell. cu'il. , 1 , 5i ; et Guichardt , Nouveau.r Mémoires militaires ^ t. II , p. 4' 5 4^- ) Les vaisseaux bretons étonneraient aujourd'hui le génie de César.
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sans cesse , durant le cours de leurs longues et lentes navigations , et les annales maritimes des Saxons devaient se remplir du récit des pertes annuelles qu'ils éprouvaient sur les côtes de la Gaule et de la Bretagne; mais ces pirates intrépides bravaient également les périls de la mer et ceux qui les attendaient sur le rivage. L'habitude des entieprises éclaira leur intelligence; les derniers de leurs matelots savaient manier une rame, hisser une voile et conduire un vaisseau , et les Saxons se réjouissaient à l'approche d'une tempête qui cachait leur expédition et dispersait les flottes de leurs ennemis (1). Quand ils eurent acquis une connaissance exacte des provinces maritimes de 1 Occident , ils étendirent la scène de leurs brigandages, et les pays les plus enfoncés dans les terres ne durent plus se croire en sûreté contre leurs invasions. Leurs bateaux tiraient si peu d'eau, qu'ils s'avançaient aisément à quatre-vingt et à cent milles . dans les grandes rivières : ils étaient si légers, qu'on les transportait sur des chariots d'une rivière à une autre : et les pirates qui entraient par l'embouchure de la Seine ou du Rhin , pouvaient descendre sur le cours rapide du Rhône jusque dans la mer
(i) Les meilleurs récits originaux , relativement aux pirates saxons , se trouvent dans Sidonius ApoUinar. ( 1, viii, cpît. 6, p. 223 , cdit. do Sirmond ) ; et le meilleur commentaire est celui de l'abbé Dubos ( Hist. critique de la iiiontirchic française , etc., tom. 1 , 1. 1 , c. 16 , p. i/j8-l55 ; ■])ojcz aussi p. 77 , 78).
Méditerranée. Sous le règne de Valentinien , les Saxons ravagèrent les provinces maritimes de la Gaule. Un comte miiitaire fut charge de la défense de la côte septentrionale ou limite de l'Armorique , et cet officier, soit que ses forces ou ses talens se trouvassentau'dessous des difficultés de cette mission, fut bientôt obligé d'implorer le secours de Sévère , maître général de l'infanterie. Les Saxons, environnés et vaincus par le nombre, furent obligés de rendre tout leur butin , et de fournir un corps de leur plus belle jeunesse pour servir dans les armées impériales. Ils demandaient seulement qu'à ces conditions on leur permît de se retirer honorablement et en sûreté. Le général romain accéda d'autant plus facilement à cette demande , qu'il méditait une trahison cruelle , et bien imprudente tant qu'il existerait un seul Saxon capable de venger par les armes le sort de ses compatriotes (i). L'impétuosité de finfanterie, qu'on avait secrètement postée dans une vallée profonde , trahit l'embuscade , et les Romains auraient peu(etre été victimes de leur propre perfidie , si un corps nombreux de cuirassiers , alarmé par le bruit du combat , ne fût pas venu précipitamment les tirer du péril , et triompher , par la supériorité du nomhre , de l'opiniâtre valeur des Saxons. Le glaive des valn-
(i) Ammien (xxviii , 5 ) justifie ce manque de foi envers des pirates et des brigands; et Orose (I. vu , c. 3î ) exprinae plus clairement leur crime réel : Vcrlute atque agilitate tcrrihlles.
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queurs épargna quelques prisonniers destine's K périr dans l'aniphite'âtre; et l'orateur Symmaque se plaint de ce que vingt-neuf de ces Barbares , que le désespoir porta à s'e'trangler de leurs propres mains , ont ainsi diminue' les amusemens du public. Cependant ces mêmes habitansde Rome , remplis d'humanité et de philosophie, n'apprenaient qu'avec horreur que les Saxons sacrifiaient a leurs dieux la dixième partie de leurs prisonniers , et qu'ils tiraient au sort les victimes de ce barbare sacrifice (i),
II. La lumière des sciences et de la philosophie a Gmndefait oublier peu à peu les colonies fabuleuses des Les i^ictes et Égyptiens et des Troyens , des Scandinaves et des ^"^'"'*^^'*" Espagnols , qui flattaient la vanité de nos ancêtres et plaisaient à leur crédulité (2). Notre siècle se contente de cette idée simple et raisonnable que les îles de la Grande-Bretagne et de l'Irlande ont été succes-
(1) Symmaque (Lu, épît. 4G ) ose encore prononcer les noms sacrés de Socrate et de la philosophie. Sidonius , évoque de Clermont , pouvait condamner ( 1. -viii , épît. 6 ) avec moins d'inconséquence , les sacrifices humains des Saxons.
( 2 ) Au commencement du dernier siècle , le savant Cambden » armé d'un septicisme respectueux , détruisit le roman de Brutus le Troyen , enseveli aujourd'hui dans l'oubli , ainsi que Scola , fille de Pharaon , et sa nombreuse postérité. On assure qu'il se trouve encore en Irlande , parmi les naturels du pays, des hommes fortement atlachés à l'opinion de la colonie Milésienne. Un peuple mécontent de sa situation présente saisit avidement les fables de sa gloire passée,
sivement peuplées par les habitans de la Gaule. Depuis les côtes de Kent jusqu'à l'extrémité' du Caithness et de l'Ulster, on aperçoit distinctement les traces de l'origine celtique dans le langage, dans les mœurs et dans la religion des habitans. Le caractère particulier de quelques tribus de Bretons peut s'attribuer naturellement à l'influence de causes locales et accidentelles (i). Les Romains réduisirent leur province à un état de servitude policée et paisible. La Calédonie conserva seule les droits de sa liberté sauvage. Dès le règne de Constantin, les deux grandes tribus des Pietés et des Écossais partagèrent entre elles cette contrée septentrionale (2). Leur destinée a été très-différente. Les victorieux Ecossais ont
(1) Tacite, ou plutôt Agricola , son beau - père , a pu remarquer le teint des Germains ou des Espagnols chez quelques tribus bretonnes ; mais, après y avoir réfléchi, leur opinion était cependant que : In universum tamen œstimanti Gallos viclnum solurn occupasse credihile est.
Eorum sacra deprehendas serrno haud multùin diver-
5Ù.y. ( In vit. Agricolse , c. 11.) César avait remarqué qu'ils professaient la même religion. ( Comment, de hell. gall. , vi, I 3. ) Et dans son temps , l'émiyralion de la Gaule belgique était un événement récent , ou au moins constaté par l'histoire ( y , 10). Cambden , le Strabon de la Bretagne, a établi avec modestie nos véritables antiquités. (^Britannia , vol. 1, Introd. , p. ij-.xxxj. )
(2) Dans l'obscurité des antiquités calédoniennes , j'ai pris pour guides deux montagnards savans et ingénieux , dont la naissance et l'éducation peuvent inspirer de la confiance. ( Voyez les Dissertations critiques sur l'origine , l'antiquité , etc. , des Calédoniens , par le docteur John Mac-
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anéanti par leurs succès la puissance et presque jusqu'à la mémoire de leurs rivaux; et après avoirmaintenu durant plusieurs siècles la dignité' d'un royaume inde'pendant , ils ont e'tendu par une union légale et volontaire , l'honorable dénomination d'Anglais. La main de la nature avait contribué à distinguer les Pietés des Ecossais. Les premiers cultivaient les plaines , et les derniers habitaient les montagnes. On peut considérer la côte orientale de la Calédonie comme une vaste plaine unie et fertile, qui, sans de grands travaux , pouvait produire beaucoup de grains ; et l'épithète de cndtnich. ou mangeur de grains , exprimait le mépris ou l'envie des montagnards carnassiers. La culture des terres avait pu introduire une séparation plus exacte des propriétés et l'habitude d'une vie sédentaire ; mais le brigandage et la guerre étaient toujours la passion dominante des Pietés , et les Romains distinguaient leurs guerriers, qui combattaient tout nus, par les couleurs saillantes et par les figures bizarres dont ils peignaient leurs corps. La partie occidentale de la Calédonie est hérissée de montagnes escarpées , peu susceptibles de payer le laboureiu^de ses peines, et
pherson , Londres , 1768 , in-^° ; et l'Introduction à l'Histoire de la Grande- Bretaj^ne et de l'Irlande, par Jacques Macplierson , Londres , 1773 , in-l^" , troisième édilion. ) Le docteur Macpherson était ministre dans l'ilc de Sky ; et c'est une circonstance honorable j)our notre siècle , qu'un ouvrage plein de saine critique et d'érudition ait été composé dans la plus éloignée des îles solitaires des Hébrides.
très-propres à la pâture des troupeaux. Les montagnards ne pouvaient avoir d'autre occupation que celle de chasseurs et de bergers ; et comme ils se fixaient rarement dans une habitation , on leur donna la de'nomination expressive de Scots , qui signifie , dit-on, en langue celtique, errans ou vagabonds. Habitant une terre ste'rile , ils e'taient force's de chercher dans la mer un supple'ment de nourriture. Les lacs et les baies qui coupent leur pays sont très-abondans en poissons; et ils s'enhardirent peu à peu à jeter leurs filets dans locean. Le voisinage des Hébrides seme'es le long de la côte occidentale de l'Ecosse , tenta leur curiosité et augmenta leur intelligence. Ils acquirent insensiblement Tart ou plutôt l'habitude de conduire leurs bateaux dans une tempête , et de se diriger durant la nuit par la position des étoiles. Les deux pointes sourcilleuses de la Calédonie atteignent presque à la côte d'une île spacieuse dont la brillante végétation mérita le nom de Green , qui signifie verte , et elle a conservé , avec un léger changement , celui dîErin ou lerne , ou Ireland. Il est probable qu'à quelque époque très-reculée de l'antiquité, une colonie d'Écossais affamés descendit dans les plaines fertiles de \ Ulster , et que ces étrangers, venus du Nord , qui avaient osé combattre les légions romaines, étendirent leurs conquêtes dans une île peuplée d'un petit nombre de sauvages pacifiques. Quoi qu'il en soit , il est certain qu'au temps du déclin de l'Empire Romain , la Calédonie , l'Irlande et l'île de Mau étaient habitées par des Ecossais , et