J04 HISTOIKE DE LA DECADENCE
verte aux Romains. Les navires et les soldats furent rassemblés a Salone près du palais de Dioclétien ; Bélisaire fît la revue générale de ses troupes a Pola en Istrie, où il les laissa reposer quelques jours, et ensuite , côtoyant la mer Adriatique , il entra dans le port de Ravenne , et envoya des ordres plutôt que des secours aux villes subordonnées. Son premier discours public s'adressa aux Goths et aux Romains ; il leur annonçait au nom de l'empereur que ce prince avait suspendu pour quelque temps la conquête de la Perse et prêté l'oreille aux prières de ses sujets d'Italie ; il indiqua avec ménagement les causes et les auteurs des derniers désastres; il s'efforça de dissiper la crainte d'être puni sur le passé, et l'espoir de rimpunité sur l'avenir; et il travailla avec plus de zèle que de succès à établir une ligue d'affection et d'obéissance parmi tous ceux qui dépendaient de son gouvernement. Il ajouta que Justinien , son gracieux maître , se trouvait disposé à pardonner et à récompenser, et qu'il était de leur devoir, ainsi que de leur intérêt, de détromper leurs compatriotes séduits par les artifices de l'usurpateur. Aucun soldat n'eut la tentation d'abandojiner les drapeaux du roi des Goths. Bélisaire découvrit bientôt qu'il avait été envoyé pour être le témoin oisif et impuissant de la fijloire d'un jeune Barbare ; et sa lettre à l'empereur peint naturellement et vivement les angoisses d'une âme généreuse. «Très-excellent prince, lui mande-t-il, nous sommes arrivés en Italie , manquant d'hommes, d'armes, de chevaux et d'argent, c'est-à-dire, dé-
DE l'empire romain, chap. xliii. io5 nues de tout ce qu'il faut pour la guerre. Lors de notre dernière course dans les villages de la Tlirace et de rillyrie, nous avons rassemblé, avec des difficultés extrêmes , environ quatre mille recrues , qui ne sont pas vêtues et qui ne savent ni manier les armes, ni faire le service d'un camp. Les soldats que j'ai trouvés dans la province sont mécontens, timides et épouvantés. Dès qu'on leur annonce l'ennemi , ils abandonnent leurs chevaux et jettent leurs armes. On ne peut lever aucun impôt , puisque l'Italie est dans les mains des Barbares. La suspension de payement nous a privés du droit de donner des ordres et même des avis. Soyez sûr, redoutable seigneur, que la plus grande partie de vos troupes a déjà passé sous l'étendard des Goths. Si la présence seule de Bélisaire pouvait terminer la guerre , vos désirs seraient satisfaits. Bélisaire est au milieu de l'Italie ; mais si vous voulez triompher, il faut bien d'autres préparatifs : le titre de général n'est qu'un vain nom , lorsqu'il n'est pas accompagné de forces militaires. Il serait a propos de me rendre mes vétérans et mes gardes domestiques. Je ne puis entrer en campagne qu'après l'arrivée d'un renfort de troupes légères et de troupes pesamment armées ; et ce n'est qu'avec de l'argent comptant que vous pouvez vous procurer un corps considérable de la cavalerie des Huns, dont nous avons un besoin indispensable (i). » Un officier en
(i) Procope , 1. m , c. 12. L'âme d'un héros-se fait sentir dans celte lettre , et on ne doit pas confondre ces morceaux