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qui Belisaire avait confiance , partit de Ravenne pour hâter et amener les secours ; mais le messager nég-ligea sa mission , et un mariage avantageux le retint à Constantinople. Poussé à bout par les délais , trompé dans toutes ses espérances , Belisaire repassa la mer Adriatique, et attendit à Dyrracliium l'arrivée des troupes qu'on levait avec lenteur parmi les sujets et les alliés de l'empire. Après les avoir reçues , ses forces ne suffisaient pas encore à la délivrance de Rome , que le roi des Goths serrait de toutes parts. - Les Barbares couvraient la voie Appienne , longue de quarante journées de marche, et Belisaire, à qui la prudence ordonnait d'éviter une bataille , préféra la route de mer , plus prompte et plus sûre , qui ,,en cinq jours, devait le porter de la côte de FÉpire à l'embouchure du Tibre.
Roîuc as- Après avoir réduit par la force ou par les traités
siéeée par les i •n • r^ * i • i i i?t
Goths. A. D. '^s Villes mterieures des provinces du centre de II- ^ ' ^^' talie , Totila se disposa, non a donner un assaut à l'ancienne capitale de l'empire , mais à l'environner et a l'affamer. Rome était défendue par la valeur , mais opprimée par l'avarice de Bessas, vieux général d'extraction gothique , qui avec trois mille soldats garnissait la vaste circonférence de ses antiques murailles. Il trafiquait de la misère du peuple , et^se réjouissait en secret de la durée du siège. C'était pour augmenter sa fortune qu'on avait rempli les greniers. La charité du pape Vigile avait acheté en Sicile et
authentiques et originaux , avec les harangues si travaillées , et souvent si vides , des historiens de Byzance.
DE l'empire romain, chap. xliii. 107 fait embarquer une provision considérable de grains; les navires échappèrent aux Barbares, mais ils tombèrent entre les mains d'un gouverneur avide , qui donnait aux soldats une faible ration, et vendait le reste aux plus riches des habitans. Le médimne , ou la cinquième partie d'un quarter de froment , se vendait sept pièces d'or; un bœuf, butin rare et précieux enlevé aux ennemis , se paya jusqu'à cinquante : le progrès de la famine accrut encore cette valeur exorbitante , et engagea souvent l'avarice des mercenaires à se priver encore de la faible portion de vivres à peine suffisante pour soutenir leur existence. Une pâte insipide et malsaine , qui contenait trois fois plus de son que de farine , apaisait la faim des pauvres ; ils se virent réduits peu à peu se nourrir de chevaux , de chiens , de chats et de souris , à manger les herbes , et même les orties qui croissaient au milieu des ruines de la ville. Une foule de spectres pâles, exténués, accablés par la maladie, se rassembla autour du palais du gouverneur : ils lui remontrèrent vainement que le devoir d'un maître est de nourrir ses esclaves ; ils le supplièrent humblement de pourvoir à leur subsistance , ou de leur permettre de sortir de la place, ou enfin de prononcer sur-le-champ l'arrêt de leur mort. Bessas répondit avec la tranquillité d'un homme insensible, qu'il ne pouvait nourrir les sujets de l'empereur; qu'il compromettrait sa sûreté en les renvoyant , et que les lois ne lui permettaient pas de les faire mourir. Us auraient pu cependant apprendre d'un de leurs
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concitoyens que la faculté de mourir est une de celles dont ne peut nous priver un tyran. Déchiré par les cris de cinq enfans qui lui demandaient du pain , il leur ordonna de le suivre; il se rendit tranquillement et en silence sur l'un des ponts du Tibre , et après ^'être couvert le visage , il se précipita dans la rivière, sous les yeux de sa famille et du peuple romain. Bessas vendait aux citoyens riches et pusillanimes la permission de sortir de la ville (i) ; mais la plupart de ces fugitifs expiraient sur les grands chemins , ou se trouvaient arrêtés par des détachemens de Barbares. Sur ces entrefaites, l'artificieux gouverneur , pour calmer le mécontentement et ranimer l'espoir des Romains, faisait répandre que des flottes et des armées venaient à leur secours des extrémités de l'Orient. La nouvelle certaine du débarquement de Bélisaire dans le port du Tibre les tranquillisa davantage ; et sans examiner quelles étaient ses forces , ils comptèrent sur l'humanité, la bravoure et l'habileté de ce grand général.
Teniatîve Totila avait eu soin de préparer des obstacles di-
de Bélisaire. . . . ,. ,
gnes d un tel adversaire. A quatre-vingt-dix stades au dessous de la ville , et dans la partie la plus étroite
(i) Procope ne dissimule pas la cupidité de Bessas, 1. m , c. I 7 , 20. Il expia la perte de Rome par la glorieuse conquête de Petra [ Goth. , 1. iv, c- 12 ) ; mais il porta sur les bords du Phase les vices qu'il avait montrés sur les rives du Tibre; et l'historien parle avec la même équité de son mérite et de ses défauts. Le châtiment que l'auteur du roman de Bélisaire inflige à l'oppresseur de Rome est plus conforme à la justice qu'à l'histoire.
DE l'empire romain. CIIAP. Xl.IIf. 1 oQ
du Tibre, il avait joint les deux bords par de fortes poutres qui formaient une espèce de pont sur lequel il plaça deux tours élevées, qu'il garnit des plus braves d'entre les Goths, et qu'il munit d'une grande provision d'armes de trait et de machines d'attaque. Une g-rosse et forte chaîne de fer empêchait l'approche du pont et celle des tours , et ses deux extiémilés, sur les deux bords de la rivière, étaient défendues par un nombreux détachement d'archers d'élite. L'entreprise que forma Bélisaire de forcer ces barrières et de secourir la capitale, offre un exemple remarquable de sa hardiesse et de son habileté. Sa cavalerie partit du port , et s'avança le long du chemin public , afin de contenir les mouvemens et de distraire l'attention de l'ennemi : il plaça son infanterie et ses munitions sur deux cents gros bateaux : chacun de ces bateaux avait un rempart élevé , de grosses planches percées d'une grande quantité de petits trous qui devaient donner passage aux armes de trait. A son front deux grands navires, joints l'un à l'autre, soutenaient un château flottant qui dominait les tours du pont, et était chargé de feux de soufre et de bitume. La flotte , conduite par le général en personne ,^monta paisiblement le courant de la rivière. Son poids rompit la chaîne; et les ennemis qui gardaient les bords furent massacrés ou dispersés. Dès qu'elle eut touché la principale barrière , le brûlot s'attacha au pont; les flammes consumèrent une des tours avec deux cents Goths. Les assaillans poussèrent des cris de victoire , et Rome
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était sauvée, si la sagesse de Bélisaire neût été reii* due inutile par la mauvaise conduite de ses officiers. Il avait envoyé ordre à Bessas de seconder ses opérations par une sortie faite à propos, et il avait enjoint à Isaac , son lieutenant, de ne point quitter le port. Mais l'avarice rendit Bessas immobile , tandis que l'ardeur du jeune Isaac le livra aux mains d'un ennemi supérieur en nombre. Bélisaire apprit bientôt cette défaite , dont on exagérait le malheur. Il s'arrêta; et dans ce seul instant de sa vie il fit paraître quelques émotions de surprise et de trouble, et donna a regret l'ordre de la retraite pour sauver sa femme Antonina, ses trésors , et le seul port qu'il eût sur la côte de Toscane. Les angoisses de son esprit lui donnèrent une fièvre ardente et presque mortelle , et Rome fut abandonnée sans protecteur, a la merci ou au ressentiment de Totila. La longue durée de cette guerre avait aigri la haine nationale : le clergé arien fut ignominieusement chassé de Rome. L'archidiacre Pelage revint sans succès du camp des Goths , où il avait été en ambassade; et un évêque de Sicile, l'envoyé ou le nonce du pape, perdit les deux mains pour s'être permis des mensonges utiles au service de Rome et de l'état. •
Romoprise La famine avait diminué la force et affaibli ladis- A. D. 546. Ciplme de la garnison de Rome. Elle ne pouvait tn-er ''^' ^^' aucun service d'un peuple mourant, et la cruelle avarice du marchand avait à la fin absorbé la vigilance du gouverneur. Quatre soldats dlsaurie qui se trouvaient en sentinelle, descendant du haut des
DE l'otpire romain, chap. xliii. iïi murs avec une corde , tandis que leurs camarades dormaient et que leurs officiers étaient absens, proposèrent en secret au roi des Goths d'introduire ses troupes dans la ville. On les reçut avec froideur et avec défiance: ils revinrent sains et saufs ; ils retournèrent deux fois chez Tennemi ; la place fut examinée deux fois: la conspiration fut révélée, mais on ne voulut pas y faire attention ; et dès que Totila fut d'accord avec les conjurés, ceux-ci ouvrirent la porte Asinaire et laissèrent entrer les Goths. Craignant quelque trahison ou quelque embuscade , ils demeurèrent en bataille jusqu'à la pointe du jour; mais Bessas et ses troupes avaient déjà pris la fuite; et lorsqu'on pressa le roi de harceler leur retraite, il répondit avec sagesse que rien n'était si agréable que la vue d'un ennemi en fuite. Les patriciens auxquels il restait encore des chevaux, Décius ,Basilius,etc., accompagnèrent le gouverneur : les autres , parmi lesquels Procope nomme Olybrius, Oreste etMaxijne, se réfugièrent dans TéHise de Saint- Pierre ; mais lorsqu'il assure qu'il ne resta que cinq cents personnes dans la place , on peut concevoir quelque doute sur la fidélité de l'historien ou sur celle du texte. Le jour vint éclairer la victoire complète des Goths ; et leur monarque se rendit en dévotion au tombeau du prince des Apôtres ; mais tandis qu'il priait au pied de l'autel, vingt-cinq soldats et soixante citoyens furent égorgés sous le vestibule. L'archidiacre Pelage (i) se présenta devant lui, les évangiles à la
(i) Durant le long exil de. Vigile , et après la mort de ce
main , et dit : <( Seigneur, ayez pitié de votre serviteur.— Pelage , lui répondit Totila avec un sourire insultant , votre orgueil s'abaisse donc maintenant au langage de la prière ? — Je suis un suppliant , lui répliqua le prudent archidiacre ; Dieu nous a soumis à votre pouvoir ; et en qualité de vos sujets, nous avons droit à votre clémence. » Son humble prière sauva les Romains; et la pudeur des jeunes filles et des matrones romaines fut sauvée de la fureur des soldats ; mais on leur permit de piller la ville , après qu'on eut réservé pour le trésor royal les dépouilles les plus précieuses. Les maisons des sénateurs étaient remplies d'or et d'argent; et la honteuse et coupable avidité de Bessas se trouva n'avoir travaillé que pour le profit du vainqueur. Dans cette révolution, les fils des consuls éprouvèrent la misère qu'ils avaient rebutée ou qu'ils avaient soulagée; ils errèrent , couverts de haillons , au milieu des rues de la ville, et mendièrent leur pain, peut-être sans succès, a la porte des maisons de leurs pères. Rusticiana, fille de Symmaque et veuve de Boëce , avait généreusement sacrifié ses richesses pour soulager les maux de la famine, mais on l'accusa auprès des Barpape , l'Eglise de Rome fut gouvernée d'abord par l'archidiacre Pelage, ensuite ( A. D. 555) pape Pelage, qui passait pour n'être pas innocent des violences exercées contre son prédécesseur. Voy, les Vies originales des Papes, sous le nom d'Anastase ; Muratori ( Script, rer. itallcarum , t. III, part. I , p. i3o-i3i ) , qui raconte plusieurs incident curieux des sièges de Rome et des guerres d'Ilulie.
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bares d'avoir excité le peuple à renverser les statues du grand Théodoric; et cette vénérable matrone eut payé de sa vie l'insulte faite à la mémoire du roi des GotIis,sans le respect qu'inspirèrent à Totila sa naissance, ses vertus, et même le pieux motif de sa vengeance. Il prononça le lendemain deux discours, dont l'un contenait les éloges et les avertissemens adressés à ses Gotlîs victorieux; dans l'autre, il traita les sénateurs comme les plus vils des esclaves; il leur reprocha leur parjure , leur folie et leur ingratitude ; et il déclara, d'un ton sévère, que leurs biens et leurs dignités étaient à juste titre acquis a ses compagnons d'armes. Cependant il consentit à oublier leur révolte ; et pour reconnaître sa clémence , les sénateurs adressèrent à leurs tenanciers et à leurs vassaux des lettres circulaires où ils leur enjoignaient expressément d'abandonner les enseignes des Grecs, de cultiver en paix leurs terres, et d'apprendre de leurs maîtres à obéir au roi des Gotlis. Il fut inexorable pour la ville qui avait arrêté si long-temps le cours de ses victoires; il fît démolir, en différens endroits environ un tiers de ses murailles ; il préparait des feux et des machines pour détruire ou renverser les plus beaux monumens de l'antiquité ; et l'univers apprit avec effroi qu'un décret allait changer Rome en un pâturage pour les troupeaux. Les remontrances fermes et. modérées de Bélisaire suspendirent l'exécution de cet arrêt. Il exhorta le prince barbare à ne pas souiller sa gloire par la destruction de ces monumens qui honoraient les morts et charmaient les vivans ; et VHI. 8
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Totila , -d'après les conseils d'un ennemi , se détermina à conserver Piome pour servir d'ornement a son empire , ou comme un précieux gage de paix et de réconciliation. Lorsqu'il eut déclaré aux envoyés de Bélisaire sa résolution d'épargner la ville, il plaça une armée à cent vingt stades des murs , afin d'observer les mouvemens du général romain. Il s'avança avec le reste de ses forces dans la Lucanie et dans la Fouille , et occupa , au sommet du Garganus (i), un des camps d'Annibal (2). Les sénateurs furent traînés à sa suite , et bientôt après resserrés dans les forteresses de la Campanie ; les citoyens , leurs femmes et leurs enfans , partirent pour le lieu de leur exil; et durant quarante jours, Rame n'offrit qu'une affreuse solitude (3).
(i) Le mont Garganus , aujourd'hui le mont Saint-Angelo , clans le royaume de Naples , se prolonge à trois cents stades dans la mer Adriatique. ( Strab., 1. vi , 436.) Il avait été célèbre dans les siècles d'ignorance par les apparitions, les miracles et l'église de l'archange saint Michel. Horace , né dans la Fouille ou la Lucanie, avait vu les chênes et les ormes s'agiter en mugissant par la violence du vent de nord qui soufflait sur cette côte élevée. ( Carmin, 11 , 9 ; epist. 11, 1 , 201.)
(2) Je ne puis déterminer exactement la position de ctf camp d'Annibal ; mais les Carthaginois campèrent longtemps et souvent aux environs d'Arpi. (Tite-Live , xxii , Cj , 12 ; xxiv , 3, etc. )
(3) Totila Romain ingreditur ac evertit muros ,
domos aliquantas igni comhurens , ac oinnes Romanorum res in prœdam acccpit, hos ipsos Romanos in Cainpaniatn captivos ahdux.it. Post quam dcvastatiancrn , XL aut atn~
DE L EMPIRE ROMAIN. CHAP. XLIfl. lïj
Rome fut bientôt reprise par une de ces actions Réiisnire que l'opinion pul)lique qualifie quelquefois, selon 'JjP^^'J^. '^' l'événement, de téméraires ou d'héroïques. Apres le ^''»7- i<^vner. départ de Totila , Bclisaire sortit du port à la tête de mille cavaliers : il tailla en pièces ceux des ennemis qui osèrent le combattre , et visita avec compassion et avec respect les ruines désertes de la ville éternelle. Re'solu de garder un poste qui attirait les regards du monde entier, il appela la plus grande partie de ses troupes auprès de l'étendard qu'il éleva sur le Capitole. L'amour de la patrie et l'espoir d'y trouver de la nourriture y ramena les anciens habitans ; et les clefs de Rome furent envoyées une seconde fois a l'empereur Justinien. La partie des murs démolie par les Goths fut réparée avec des mateViaux grossiers et mal assortis; on refît le fosse; on garnit les chemins d'une multitude de pointes de fer pour blesser les pieds des chevaux (i) ; et comme on ne pouvait se procurer sur-le-champ de nouvelles portes , l'entrée fut gardée , à la manière des Spartiates , par un
jjUus dles , Roma fuit ita desolata , ut nenio ibi hominum , rdsi ( nullae ? ) hestlœ rnorarentur, ( Marcellin , in Chron, , page. 54. )
(1) Les tribuU (chausse-trappes ou chevaux de frise) sont de petites machines de fer à quatre pointes , l'une fixée en terre , et les trois autres élevées verticalement ou d'une manière oblique. ( Procope , Gothic. , 1. m , c. 24 ; Juste- Lipse , Poliorcète , m, 1. v , c. 3.) Ces machines ont pris le nom de trihuU de la chausse-trappe ou chardon étoile , plante qui porte un fruit épineux , et qui est commune en Italie. ( Martin , ad Firgll. Gcorg. i , i53 , vol. 11 , p. 33.)
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rempart des plus braves soldats. En vingt-cinq jours, Totila arriva de la Fouille à marches forcées pour venger sa honte et son injure. Bélisaire l'attendit. Les Goths donnèrent trois fois un assaut général , et trois fois ils furent repoussés : ils perdirent la fleur de leurs troupes. L'étendard royal fut près de tomber entre les mains de l'ennemi , et la gloire de Totila tomba comme elle s'était élevée avec la fortune de ses armes. Tout ce que pouvaient faire le courage et l'habileté avait été accompli par le général romain ; c'était maintenant à Justinien à terminer, par un effort vigoureux et fait à propos, la guerre entreprise par son ambition. L'indolence , peut-être l'impuissance d'un prince plein de mépris pour ses ennemis et de jalousie contre ses serviteurs, prolongeaient les malheurs de l'Italie. Après un long silence , il ordonna à Bélisaire de laisser à Rome une garnison insuffisante , et de se transporter dans la province de Lucanie, dont les habitans, enflammés parle zèle de la religion catholique , avaient secoué le joug des ariens , leurs vainqueurs. Ce héros, dont ne pou* vait triompher la puissance des Barbares, fut vaincu dans cette ignoble guerre par les délais, la désobéissance et la lâcheté de ses officiers. lise reposait dans ses quartiers d'hiver à Crotone , bien persuadé que sa cavalerie gardait les deux passages des collines de la Lucanie. Ces passages furent livrés ou mal défendus, et la célérité de la marche des Goths laissa a peine à Bélisaire le temps de se sauver sur la côte de Sicile. On rassembla enfin une flotte et une armée pour se-
Di- l'empire romai^v. chap. xLiir. 117 courir lluscianum ou Rossano (i), forteresse située à soixante stades des ruines deSybaris, et dans laquelle les nobles de la Lucanie avaient cberclié un asile. A la première tentative une tempête dispersa la flotte romaine. La seconde fois elle approcha du bord; mais elle vit les collines remplies d'archers, le lieu du débarquement deTendu par une foret de lances, et le roi des Goths impatient de livrer bataille. Le vainqueur de lltalie se retira en soupirant, et continua de languir sans gloire et dans l'inaction jusqu'au moment où Antonina, qui était allée demander des secours à Constantinople, obtint son rappel après la mort de l'impératrice.
Les cinq dernières campagnes de Bélisaire durent Dernier
rr 1 V 1 • I • 1 '..•1. ' . rappel deBé-
atiaiblir la jalousie de ses compétiteurs, quavait iisai,e. a. D. éblouis et irrités l'éclat de ses premiers exploits. Au ''^^' ^^^' lieu d'affranchir l'Italie de la domination des Goths, il avait erré en fugitif le long de la côte, sans oser pénétrer dans l'intérieur du pays , ni accepter les défis réitérés de Totila. Toutefois , dans l'opinion du petit nombre de ceux qui savent distinguer les projets et les événemens , et comparer les moyens avec ce qu'il s'agit d'exécuter, il parut un plus grand capitaine qu'à l'époque de prospérité où il mena deux rois
(i) Le nom de Ruscia , le Navale Thuriorum , fut transféré à soixante stades de là à Ruscianum ( Rossano ), archevêché qui n*a point de suffragant. Le territoire de la répjiblique de Sybaris compose aujourd'hui les domaines du duc de Corigliano. Voyez Piicdesel, Voyages dans la Granda- Grèce et en Sicile , p. 166— 171 , édit. angl.