I I 8 HISTOIRE DE LA DÉCADENCE
captifs devant le trône de Justinien. Son âge ne ralentissait point sa valeur. L'expérience avait mûri sa sagesse ; mais il semble que son humanité et sa justice cédèrent à l'empire des circonstances. La parcimonie ou la pauvreté de l'empereur le força a s'écarter de ces règles qui lui avaient mérité l'amour et la confiance des Italiens. Il ne se soutint, durant cette dernière guerre , qu'en opprimant Ravenne , la Sicile et tous les fidèles sujets de l'empire ; et sa sévérité envers Hérodien , soit qu'elle fût injuste ou méritée, porta cet officier a livrer Spolette à l'ennemi. L'avarice d'Antonina , distraite autrefois par l'amour, la dominait alors tout entière. Bélisaire lui-même avait toujours pensé que dans un siècle corrompu , les richesses soutiennent et embellissent le mérite personnel; et on ne peut imaginer qu'il souilla son honneur pour les intérêts publics sans s'approprier une partie des dépouilles. Il avait échappé au glaive des Barbares ; mais le poignard des conjurés l'attendait a son retour (ï). Après avoir châtié le tyran de l'Afrique, Artaban, comblé d'honneurs et de richesses, se plaignit de l'ingratitude des cours. Il aspira à la main de Praejecta, nièce de l'empereur , qui désirait de récompenser son libérateur ; mais son mariage antérieur était un obstacle que fît valoir la piété de Théodora. Les flatteurs irritaient en lui l'orgueil
(i) Proc. ( Gothic. , 1. m , c. 3i , 82) raconte cette conspiration avec tant de liberté et de bonne foi dans son Histoire publique, qu il n'a rien ajouté de plus dans les Anecdotes.