‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 4)Chapitre 26 sur 62 · CHAPITRE XLIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIV

Idée de la jurisprudence romaine. Lois que publièrent les roi?. Les Douze-Tables des décemvirs. Les lois du peuple. Les décrets du sénat. Les édits des magistrats et des emptreurs. Autorité des jurisconsultes. Code, Pandectes, Novelles et Institutes de Jnstinien. i". Droits des personnes. 2". Droits des choses. 3°. Injures et actions privées. 4"- Crimes et peines.

JLe temps a reduil en poussière les vains trophées Lajnrispru-

d-. i.T,!.'' "1 1 !'• dence civile.

es Victoires de Justinien; mais le nom de ce législateur est grave sur un monument plus noble et plus durable. C'est sous son règne et par ses soins que la jurisprudence civile futre'unieen un corps dans trois ouvrages immortels, le Code, les Pandectes et les Institutes (i). La marche silencieuse du temps ou les travaux des législateurs ont introduit la raison publique des Romains dans les institutions domesti-

(1) Les gens de loi des temps barbares ont établi une manière absurde et incom])réliensibIe de citer les lois romaines, et l'habitude a perpétué celte méthode : lorsqu'ils renvoient au Code, aux Pandectes et aux Institutes, ils indiquent le numéro, non pas du livre, mais seulement de la loi ; ils se contentent de rapporter les premiers mots du titre dont elle fait partie ; et il y a plus de mille de ces titres. Lndewig (vit. Justin. , p. 268) forme des vœux pour qu'où s'affranchisse de ce joug pédantesque , et j'ai osé adopter la méthode simple et raisonnable de citer le livre , le tilre et la loi.

l8a HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

cjues de l'Europe (i). Les lois de Justinien obtiennent encore le respect et Toljëissance de plusieurs nations qui n'ont jamais dépendu de son empire. Heureux ou sage est le prince qui peut lier sa réputation à l'honneur et à l'intérêt d'un ordre de gens destines a. se perpétuer a jamais dans la société ! Le zèle et l'adresse des gens de loi se sont de tout temps exerces à la défense de leur fondateur ; ils célèbrent pieusement ses vertus, ils dissimulent ou nient ses défauts, et leurs vigoureuses réprimandes n'épargnent pas les coupables ou insensés rebelles qui osent s'attaquer à la majesté de la pourpre. L'idolâtrie des partisans de Justinien a provoqué , comme on le voit d'ordinaire, l'acharnement de ses ennemis. Son caractère a tour à tour été attaqué et défendu avec l'aveugle véhémence de la haine et de la flatterie ; et la secte des antitrihoniens en est venue à ce point d'injustice de refuser toute espèce d'éloges et de mérite a ce prince, a ses ministres et àses lois (2). Étranger à toute espèce

(i) L'Allemagne , la Bohême, la Hongrie, la Pologne et l'Ecosse , les ont adoptées comme la loi ou la raison commune : en France, en Italie, etc.^ elles ont une influence directe ou indirecte ; on les a suivies en Angleterre depuis Etienne jusqu'à Edouard 1^% le Justinien de la Grande-Bretagne, ^^oy. Duck {^De usii et auctorltate j uris clv. , 1. 11 , c. i , 8-1 5 ) ; Heineccius {Hlst.juris german., c. 3, 4 > ii°* 55-124), et les historiens des lois de chaque pays.

(2) François Hottoman , savant et habile jurisconsulte du seizième siècle , voulait mortifier Cujas et plaire au chancelier de rHôj)ilal. Son Andtrihonianus , que je n'ai jamais pu me procurer , fut publié en français, Tan 1609 , et sa

PE l'empire romain, chap. xliv. i8r de parti, attaché seulement à la vérité et a la bonne foi de riiistoire , dirigé par les guides les plus modérés et les plus habiles (i) , je ne me hasarde cependant qu'avec une juste méfiance à traiter un sujet qui a consumé les jours de tant d'habiles jurisconsultes , et fourni de quoi garnir les murs d'un si grand nombre dévastes bibliothèques. Je suivrai dans un seul chapitre , et , s'il est possible , dans un chapitre qui ne sera pas d'une très-longue étendue , la jurisprudence romaine depuis Romulus jusqu'à Justinien (2); j'apprécierai les travaux de cet empereur, etje m'arrêterai à examiner les principes d'une science

secte s'est répandue en Allemagne. (Heineccius, 0pp. , t. m , sjlloge 3 , p. 1 7 I - 183. )

(i) A la tête de ces guides je place, avec les égards qui lui sont dus , le savant et habile Heineccius , professeur allemand , qui mourut à Halle en 1 741. ( Voyez son éloge dans la Nouvelle BlbUothéque germanique, tom. 11 , p. 5i-64-) Ses nombreux ouvrages ont été recueillis en huit volumes in-4". Genève, 1743-1748. Les Traités séparés dont j'ai surtout fait nsage , sont: 1°. Historia juris romani et germanici , Lugd. Batav. 1740 •> inS^:, 2°. Syntagma antiquiiatum romanam. jurisprudentiam illuslrantium , 2 vol. in 8°. Traject. ad Rlienum ; 3°. Elementa juris civilis secundUni ordineni im.tltutionum , Lugd. Batav. 1761, />/-8^ ; /^. Elementa J. C. secundian ordinem Pandectarum, Traject. 1 772, 2 vol. i/2-8°.

(2) Le précis de cette histoire se trouve dans un Fragment De origine juris {Pandect. ,1. I , tit. 2) de Pomponius, jurisconsulte de Rome , qui vivait sous les Antonins. (Heineccius, t. III, sjll. 3, p. 66-1 26.) Il a été abrégé et vraisemblablement altéré par Tribonien , et rétabli par Bynkershoek. ( 0pp., t. I, p. 279-304. )

i8q. hisxôiiu- de la. décadence

qui importe si fort à la paix et au bonheur de la société. Les lois d'un peuple forment la portion la plus instructive de son histoire ; et quoique je me sois dévoué à la composition des Annales de l'Empire dans sa déca(U*nce , je saisirai cette occasion de respirer encore l'air pur et fortifiant de la république. Loisquepu- On découvrc quelque adresse politique dans la

blièrent les ^ . ^ • • • r i -r^ / \

loisdeRorae. lOï'ination du gouvernement primitif de Rome (i), composé d'un roi électif, d'un conseil de nobles et d'une assemblée générale du peuple. Le magistrat suprême était chargé de tout ce qui avait rapport a la guerre et à la religion : seul il proposait les lois qu'on discutait au sénat , et qui étaient enfin ratifiées ou rejetées à la pluralité des voix parles trente curies ou paroisses de la ville. Romulus , Numa et Servius Tullius sont renommés comme les premiers législateurs de Rome ; et chacun d'eux a des droits particuliers à l'une des trois divisions générales de sa jurisprudence (2). On attribue a la sagesse naturelle de Romulus les lois sur le mariage, sur l'éducation des enfans et l'autorité paternelle , qui paraissent tirer leur

(i) On peut éludier l'histoh-e du gouvernement de Rome sous ses rois, dans le premier livre de Ïite-Live, et plus au long dans Denis d'Haï ycarnasse (Lu, p. 8o-g6, iiC)-i3o; 1. IV, p. ig8-i22o), qui laisse cependant apercevoir quelquefois le rhéteur et le Grec.

(2) Juste-Lipse ( Opp., t. iv, p. 279) a appliqué aux trois rois de Rome ces trois divisions générales de la loi civile. Gravina ( Orig.jur. cU\, p. 28 , édit. de Leipz^. 1787 ) adopte cette idée, que Mascou, son éditeur allemand, n'admet qu'avec répugnance.

Di: l'empire robiain. chap. xliv. i83 origine de la nature elle-nicine. Numa disait avoir reçu de la nymphe Egerie , daifs des entretiens nocturnes , les lois sur le droit des gens, et le culte religieux qu'il introduisit. Servius établit les lois civiles d'après son expérience ; il balança les droits et les fortunes des sept classes de citoyens, et il assura, par cinquante nouveaux règlemens, Texecution des contrats et le châtiment des crimes. L'ëtat , qu'il avait incliné vers la de'mocratie , se changea en despotisme arbitraire sous le dernier des Tarquins ; et lorsque la fonction de roi fut abolie, les patriciens maintinrent pour eux seuls tous les avantages de la liberté. Les lois royales devinrent odieuses ou tombèrent en désuétude : les prêtres et les nobles conservèrent en silence ce dépôt mystérieux ; e1 , soixante années après, les citoyens de Rome se plaignaient toujours d'être gouvernés par la sentence arbitraire des magistrats. Cependant les institutions positives des rois s'étaient comme incorporées avec les mœurs publiques et particulières. Les antiquaires ont rassemblé ( i ) quelques fragmens de cette respectable jurisprudence (2), et

(i) Terrasson , dans son Histoire de la jurisprudence romaine (p. 22-72; Paris j lyôo, in-folio), essaie avec une sorte d'apparat , mais avec peu de succès , de rétablir le texte original. Cet ouvrage promet plus qu'il ne tient.

(2) Le plus ancien Code ou Digeste fut appelé yW Prt'/?/— ' rianum y du nom de Papirius , qui le compila, et qui vivait uu peu avant ou un peu après le Reglfugiuin. {^Pandect. , 1. I, tit. 2.) Les meilleurs critiques, même Bynkershoek (t. I, p. 1284, a85), et Heineccius {Hist. /. C. i?., 1. 1, c. iG , 17 j et 0pp., t. III, syll. 4 , p. 1-8), ajoutent foi à ce conte

l84 HISTOIRE DK LA. DECADET^CE

plus de vingt textes nous ont conservé ia grossièreté de l'idiome pélasgique des Latins (r).

Les Tables jg ne répéterai pas l'histoire si connue des décem-

«les decem- . *

virs. virs (-a) , qui souillèrent par leurs actions l'honneur

de Pomponîus , sans faire assez d'attention à la valeur et à la rareté d'un pareil monument du troisième siècle, de la cité ignorante. Je soupçonne beaucoup que Gains Papirius , pontifex Maximus , qui fit revivre les lois de Numa ( Denis d'Halycarnasse 5 1. m , p. 17 i ) , ne laissa qu'une tradition, orale ; et que le jus Papirianum de Granius-Flaceus {Panel, y 1. L , tit. 16 , lege 144 ) n'était pas un commentaire , mais un ouvrage original, compilé au temps de César. Censorin. , De die Natali , I. m , p. i3; Duker , De latinitate J, C. , p. 167.

(i) En 1444 0" tira du sein de la terre sept ou huit tables d'airain, entre Crotone et Gubio. Une partie de ces tables , car le reste est en caractères étrusques , représente l'état primitif des caractères et de la langue des Pélasges , qu'Hérodote attribue à ce canton de l'Italie ( 1. i , c. 56 , 67 , 58). Au reste, on peut expliquer ce passage difficile d'Hérodote, en disant qu'il a rapport à Crestona , ville de la Thrace. ( Notes de Larcher , 1. 1 , p. 25Ç>- 26 1 .) Le dialecte sauvage des tables Eugubiiies , a exercé les conjectures des critiques , et il est loin d'être éclairci ; mais ses racines sont indubitablement latines , de la même époque et du même caractère que le Sallare carmen , que personne ne comprenait au temps d'Horace. L'idiome romain se perfectionnant par un mélange du dorique et du grec éolien , offrit par degrés le style des Douze-Tables, de la colonne Duilienne , d'Ennius , de Térence et de Cicéron. ( Gruter , Inscript,, tom. i, p. 192; Scipion Maffcij Hist, diplomatica, p. 24 1-258 ; Bibl. italique, t. m , p. 30-415 174-205 j l. XIV , p. 1-52. )

{ji) Comparez Tito-Live (I. m, c. Si-ôg) avec Denis

Dr. l'eMPIRF. T^OMATW. CfTAP. XT>TV. I 85

de graver sur l'airain, ou le bois ou l'ivoire, les DOUZE TABLES des lois romaines (i). Ces lois avaient été dictées par l'esprit sévère et jaloux d'une aristocratie qui avait cédé avec répugnance aux justes réclamations du peuple. Mais le fond des Douze-Tables fut calculé d'après la situation où se trouvait alors la ville; et les Romains étaient sortis de la barbarie, puisqu'ils pouvaient étudier et adopter les institutions de leurs voisins plus éclairés. L'envie avait cliassé de sa patrie Hermodore , sage citoyen d'Éplièse. Avant d'atteindre les rivages du Latium, il avait observé la nature humaine et la société civile sous leurs diverses formes ; il communiqua ses lumières aux législateurs de Rome , et une statue fut élevée dans la place publique pour immortaliser sa mémoire (2). Les noms et les divisions des pièces de cuivre , seule monnaie des premiers temps de Rome,

d'Halycarnasse (I. x, p. 644; xi , p. 691 ). Que l'auteur romain est concis et animé î et comme l'auteur grec est prolixe et sans vie ! Denis d'Halycarnasse toutefois a jugé d'une manière admirable les grands maîtres , et expose habilement les règles de la composition historique.

(i) D'après les historiens, Heineccius ( -^/.t^. /./?., 1. i, n'* 126 ) dit que les Douze-Tables étaient d'airain , œreas. Oa lit ehoreas dans le texte de Pomponius ; et Scaliger a substitué à ce mot celui de roboreas. (Bynkershoek , p. 286. ) On a pu employer successivement le bois , l'airain et l'ivoire.

(2) Cicéron ( Tuscul. Quœst. , v, 36) parle de l'exil d'Hermodore ; Pline (^Hist, nat. , xxxiv, 11) parle de sa statue, La lettre , le songe et la prophétie d'Heraclite sont supposés. ( EjHSt. grœc, divers, , p. 387. )

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étaient d'origine dorienne (i): les récoltes de la Campanie et de la Sicile fournissaient à la subsistance dYm peuple chez qui la guerre et les factions interrompaient souvent la culture; et du moment que le commerce fut établi (2), les députés romains purent, de ces parages où ils allaient approvisionner la ville, l'apporter une richesse encore plus précieuse , les lu« liiièresdesautresnationssurl'administration des états. Les colonies de la Grande-Grèce avaient transplanté et perfectionné en Italie les arts de leur métropole. Cumes et Reggio , Crotone et Tarente , Agrigente et Syracuse , étaient au nombre des villes les plus florissantes. Les disciples de Pythagore appliquaient la philosophie a la pratique des gouvernemens; les lois orales de Charondas empruntaient le secours de la poésie et de la musique (3) ; et Zaleucus établissait la république des Locriens , qui subsista plus de deux

( 1 ) Le docteur Bentley ( Dissert, sur les Epît. dcPhalaris , p. 4^-7-479) discute habilement tout ce qui a rapport aux monnaies de Sicile et de Rome, sujet très-obscur. L'honneur et le ressentiment l'excitaient à déployer tous ses moyens dans cette controverse.

(2) Les navires des Romains ou de leurs alliés allèrent jusqu'au beau promontoire de TAfrique. (Polybe, 1. m, p. 177, édit. de Casaubon , in-fol.) Ïite-Live et Denis d'JHalycaruasse parlent de leurs voyages à Cumes, etc.

(3) Ce fait prouverait seul rantiquiléde Charondas, qui donna des lois à Reggio et à Calane : c'est par une étrange méprise que Diodore de Sicile (t. i , 1. xii , p. 4^5-402 ) lui attribue l'instllulion politique de Thurium , laquelle e&t bien postérieure.

T)F l'oîPÏBE KO^TATIV. CîTAP. XLIV. 187

siècles sans altération (i). Tite-Live et Denis dllalycarnasse , cg-alement séduits par l'orgueil national, veulent croire que les députe's de Rome avaient paru à Athènes, sous la sage et biillante administration de Périclès, et que les lois des Douze-Tables étaient une imitation de celles deSolon. Si Athènes eût effectivement reçu a cette époque une ambassade des Barbares de l'Hespérie , le nom romain eût été familier aux Grecs avant le règne d'Alexandre (a) , et la curio-

(i) Zaleucus , dont on a contesté l'existence avec si peu de raison , eut le mérite et la gloire de faire d'un ramas de proscrits (les Locriens) la république la plus vertueuse et la mieux ordonnée de la Grèce. J^ojez deux Mémoires de M. le baron de Sainte-Croix sur la législation de la Grande- Grèce. ( Mém. de V Acad, des inscript. , t. xlii , p. 276-333. ) Mais les lois de Zaleucus et de Cliarondas, qui en ont imposé à Diodore et à Stobée , ont été fabriquées par un sophiste pythagoricien, dont la supercherie a été découverte par la sagacité de Bentley, p. 335-377.

(2) Je saisis cette occasion pour indiquer le progrès des communications entre Rome et la Grèce : i*^'. Hérodote et Thucydide (A. U.C. 3oo-35o) paraissent ignorer le nom el l'existence de Rome (Josèpbe, contra Jplon. , 1. 11 , 1. 1 , c. 12, p. 444 » ^^''^- ^^ Havercamp). 2". Théopompe (A. U. C.400, Pline, III , 9) parle de l'invasion des Gaulois, dont Héraclide de Pont fait mention d'une manière plus vague. (Plutarque, //? CamilLo, p. 292, éd. H. Ktienne.) 3°. L'ambassade réelle ou fabuleuse des Romains auprès d'Alexandre (A. U. C. 43o) est attestée par CIilarque( Pline m ,9), par Arisius et Asclépiade ( Arrien , 1. vii , p. :^94-295 ) , et par Memnon d'Héraclée («jowJPhotium, Cod. i^t\^ p. 726) ; le silence de Tite - Li\ e à cet égard est une dénégation. 4°» Théophraste (A. U. C. 440) -iprlmus externorum tdiqun de romanis dlll^

l88 HISTOIRE DE LA DÉCADEl>rr.E

site des temps postérieurs aurait recherché et proclamé le plus léger témoignage qui fût demeuré d'un semblable falf ; mais les monumeus d'Athènes gardent le silence à cet égard ; et 11 est difficile de croire que des patriciens eussent entrepris une longue et périlleuse navigation pour copier le modèle le plus parfait de la démocratie. Si on rapproche les Tables de Solon de celles des décemvirs , on peut y trouver quelque ressemblance produite par le hasard , quelques-unes de ces règles que la nature et la raison inspirent à chaque société , quelques preuves de l'origine commune des deux nations, qui descendaient peut-être de l'Egypte ou de la Phénicie (i); mais dans les grands traits de la jurisprudence pubhque et privée , les législateurs de Rome et d'Athènes paraissent étrangers ou opposés les uns aux autres.

gentius scripsit ( Pline, m , 9 ). 5°. Lycophron ( A. U. C. 480- 5oo ) a répandu la première idée d'une colonie de Troyens et de la fable de l'Enéïde. (Cassandra , 1226-1280. )

Fus K.CH B-a,KAff(7ilÇ ffKilTTfia, KAI JU(.OVCtfip(^tùLV

Prédiction hardie avant la fin de la première guerre punique.

( I ) La dixième table (De modo sepidturœ ) fut empruntée de Solon ( Cicéron , De legihus y 11 , 23-^6) ; le Furtum per lancem et liciurn conceptum , vient , si l'on en croit Heinec— cius , des mœurs d' Al liènes. {^Antiq. rom. , 1. 11 , p. 167-176.) Moïse , Solon et les décemvirs permirent de luer un voleur nocturne [Exode 22 , 3 ). Démosthène , contra Timocratein^ 1. 1 , p. 7365 édit, de Reiske; Macrobe, Saturnalia , 1. 1, c. 4; Collatio Icgum Mosaïcarmn etromanarunij tit. 7, n° 1 , p. 2 ib, édit. Cannegieter.

DE l'empire romain. ClIAP. XLIV. ïSq

Quoi qu'il en soit de l'orig-ine ou du mérite des i-eurcarac-

^ » o ice et leur

Douze-Tables (i), les Romains leur accordèrent ceiuHueuce. respect aveugle et partial dont les jurisconsultes de ' »

tous les pays se plaisent à entourer les institutions de leur patrie. Ciceron (2) recommande de les étudier comme également agréables et instructives. «Elles amusent , dit-il , par les souvenirs de l'ancien langage et le tableau des anciennes mœurs ; on y trouve les principes les plus sains de morale et de gouvernement ; et je ne crains pas d'affirmer que dans cet ouvrage abrégé des décemvirs se trouve «

plus de valeur réelle que dans tous les livres de la philosophie grecque. « Que la sagesse de nos ancêtres est admirable ! ajoute-t-il avec un enthousiasme ou véritable ou feint ; nous excellons seuls dans la législation , et notre supériorité paraîtra bien plus frappante , si nous daignons jeter les yeux sur la jurisprudence grossière et presque ridicule de Dracon , de Solon et de Lycurgue. » Les Douze-Tables furent confiées à la mémoire des jeunes gens et à la méditation des vieillards ; elles furent copiées et développées avec soin par des hommes instruits : elles avaient échappé à l'incendie allumé par les Gaulois; elles subsistaient au temps de Justinien ; elles se sont

(1) B^uy^iùûç Kctt uTTifiTTCJç ; tel est l'éloge qu'en fait Diodore (t. I, 1, XII, p. 494)? et qu'on peut traduire par Veie- ^nnti atque ahsolutâ brevitate verhormn d' Aulu-Gelle. {NocL Au. XXI , I . )

-|(2) Ecoulez Cicéroii (De le gibus , 11, 23) et celui qu'il fait parler, Crassus (De oratore^ i , 4^ , 44 ).

perdues depuis; mais à force de travaux, les critiques modernes les ont rétablies d'une manière imparfaite (j). Quoique ce monument respectable fût regarde comme la règle du droit et la source de la justice (2) , il disparut enfin sous le nombre et la variété des nouvelles lois , qui , au bout de cinq siècles , se trouvaient être devenues un mal plgs insupportable que les vices des citoyens (3). Le Gapitole renfermait trois mille Tables d'airain , qui contenaient les actes du sénat et du peuple (4) ; et quelques-uns de ces actes , tels que la loi Julia contre les extorsions , contenaient plus de cent chapitres (5). Les de'cemvirs avaient néglige d'adapter à la constitution de Rome cette loi de Zaleucus, qui conserva si long-temps la république dans toute son intégiité. Lorsqu'un Locrien proposait une nouvelle loi , il se

(0 Voyez Heineccius, Hist. J. R., n"^ 29-33. J'ai suiri les Douze-Tables , telles qu'elles ont été restaurées par Gravina ( Origines J. C, p. 280-307 ) et par Terrasson, Hist. de la Jurisprudence romaine , p. g4-2o5.

(2) Finis œquijuris (Tacite , Annal, m, 27 ). Fons omnis publiai et privati juris. Tite-Live, m, 34»

(3) De principiis juris , et quibus modis ad hanc rnultitudinem infinitam ac varietatem legum perventum sit , altius disseram. (Tacite, AnnaL, m, 25.) Cette discussion profonde n'occupe que deux pages , mais ce sont des pages de Tacite. Tite-Live disait avec le même sens, mais avec moins d'énergie (m , 34 ) : In hoc itnmenso allaimm super alias acer-vatarum legum cumulo , etc.

(4) Suétone, in Fespasiano , c. 8. ^

(5) Cicéron , ad Familiares , viii , 8.

DE l'eMPJRE romain. CHAP. XLIV. IQI

présentait a l'assemblée du peuple la corde au cou; si la loi était lejete'e , on étranglait sur-le-ciiamp le novateur.

Les decemvirs avaient été nommés dans une as- Lois du semblée des centuries, où la fortune avait prévalu ^^"^ ^* sur le nombre : la même chose eut lieu pour l'approbation de leurs Tables. La première classe des Romains, composée de ceux qui possédaient deux cent mille marcs de cuivre (i), se trouva avoir quatrevingt-dix-huit voix , et il n'en restait que quatrevingt-quinze aux six classes inférieures , que l'arti-

(i) Denis , Arbuthnot et la plupart des modernes ( si on en excepte Eisensclimidt, DePonderihus , etc., p. 137-140) évaluent les cent mille «^.s^e^' à dix mille drachmes attiques, ou un peu plus de trois cents livres slerl. Mais leur calcul ne peut s'appliquer qu'aux derniers temps, lorsque Vas n'était plus qu'un vingt-quatrième de son ancien poids ; et je ne puis croire que dans les premiers siècles de la république, malgré la rareté des métaux précieux , une once d'argent ait valu soixante-dix livres de cuivre ou d'airain. Il est plus simple et plus raisonnable d'évaluer le cuivre à son taux actuel ; et quand on aura comparé le prix de la monnaie et le prix du marché , la livre romaine et la livre avoir du poids , on trouvera que Vas primitif ou une livre de cuivre , peut être évalué à un schelling d'Angleterre; qu'ainsi les cent mille asses de la première classe valaient cinq mille livres sterling. Il résultera des mêmes calculs qu'un bœuf se vendait à Rome cinq livres sterling , un mouton dix schellings , et un quarter de blé trente schellings. (Festus, p. 33o, édit. Dacier ; Pline , Hist. nat.^ xviii , 4. ) "^"^ "^ ^^^'^ aucune raison de ne pas admettre les conséquences qui modèrent nos idées sur la pauvreté des premiers ilomains.

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