WE L EMPIRE ROMAIN. CHAP. XLIV. I
Tables, devint la règ^le invariable de la jurisprudence civile (i).
Depuis Auguste jusqu'à Trajan , les modestes Ce- ConstJtasars se contentèrent de revêtir leurs edits des diffe- percurs, rens titres auxquels ils pouvaient devoir la qualité de magistrats romains; et le sénat , plein d'égards , insérait dans ses décrets les lettres et les discours du prince. Il paraît qu'Adrien fut le premier (2) qui s'arrogea ouvertement la plénitude du pouvoir législatif; la patience de son siècle et sa longue absence de Rome facilitèrent cette innovation , si analogue à l'activité de son esprit. Ses successeurs adoptèrent la même politique, et , selon la métaphore un peu sauvage de Tertullien , « la hache des édits et des rescrits de l'empereur éclaircit la forêt sombre et épineuse des anciennes lois (3). » Depuis Adrien jusqu'à
(i) Heineccîus ( Opp. , t. vu, part, u, p. 1-564) a donné riiistoire des Édits et restauré le texte de l'Édil perpétuel : j'ai tiré ce que j'en ai dit , des ouvrages de cet homme supérieur , dont les recherches doivent inspirer une extrême confiance (*). M. Bouchaud a inséré dans le recueil de l'Académie des inscriptions , une suite de Mémoires sur ce point intéressant de littérature et de jurisprudence.
(a) Ses lois sont les premières du code. Voyez Dodwell, Prœlecl. Camhden ^ p. 3i()-34o qui s'écarte de son sujet pour établir une littérature confuse et soutenir de faibles paradoxes.
(3) Totam illam veterem et squallentem sylvam legum novis principaliitm rescriptorum et edietorum securihus ruscatis et cœditis. Apologet. , c. 4? P» So, édit. de Havercamp. II
(*) Cette restauration n^est qu'uu ouvrage commencé, trouvé dans les papiers (i'Heiueccias , et publié après sa mort. ( fiote de l'Editeur. )
Justlnien , c'est-a dire dans un intervalle de quatre siècles, la volonté du souverain fut la règle de la ju- -risprudence publique et privée ; on ne laissa subsister sur leurs anciennes bases qu'un très-petit nombre des institutions civiles et religieuses. L'obscurité des temps, et la terreur qu'inspirait un despotisme armé , ont caché le commencement du pouvoir législatif des empereurs, et ont donné lieu à deux fictions propagées par la bassesse ou peut-être par l'ignorance des jurisconsultes dont le génie s'échauf fait aux rayons de l'astre adoré dans les cours de Rome et de Byzance. i®. Les anciens Césars avaient demandé quelquefois qu'on les affranchît des devoirs et des peines ordonnés par quelques statuts : le sénat et le peuple y avaient consenti , et chacune de ces faveurs était un acte de juridiction que la république exerçait sur le premier de ses citoyens. De l'humble privilège obtenu par les empereurs, on fit par la suite la prérogative d'un tyran , et on supposa que l'expression latine , legibus solutas ( exempté des lois) (1), mettait le prince au-dessus de toutes les lois , sans lui en laisser d'autres que celles de sa
loue ensuite la fermeté de Sévère, qui révoqua les lois inutiles ou pernicieuses , sans aucun égard pour leur ancienneté, ou pour le crédit qu'elles avaient obtenu.
(i) Dion-Cassius , par mauvaise foi ou par ignorance , se méprend sur la signification de legibus solutiis , 1. 1 , 1. lui, p. 71 3. Reimar, son éditeur, se joint en celte occasion aux reproches dont l'esprit de liberté et de critique ont accablé ce servile historien.