‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 4)Chapitre 3 sur 62 · DE L^EMPIRE ROMAIN. CHAP. XLIT · texte numérisé non relu

DE L^EMPIRE ROMAIN. CHAP. XLIT

issue, dont l'une du côte de la terre, et l'autre du côte de l'eau ; ces issues servaient également de sortie à un animal moins propre , moins actif et moins social que ce merveilleux quadrupède. La fertilité du sol , plutôt que le travail des naturels , fournissait à la rustique opulence des Esclavons. Ils possédaient beaucoup de moutons et de bêtes à- cornes d'une forle taille; et leurs champs, où ils semaient du mdlet et du panis (i) , leur donnaient une nourriture plus grossière et moins nourrissante que le pain : ils enfouissaient ce trésor pour le soustraire au pillage continuel de leurs voisins ; mais dès qu'un étranger arrivait parmi eux, ils lui en donnaient volontiers une partie ; et ce peuple, dont le caractère se présente d'ailleurs sous des couleurs peu favorables, était recommançlable par sa chasteté, sa patience et son hospitalité. Ils adoraient comme leur divinité suprême un dieu maître invisible du tonnerre. Les rivières et les nymphes des eaux obtenaient un culte subordonné; et leur culte public se composait de vœux et de sacrifices. Ils ne voulaient reconnaître ni despote, ni prince, ni magistrat; mais leur peu d'expérience et la violence de leurs passions ne leur

(i) Panlcum rnllium. ( Voy. Columelle 1. ii, c. 9 , p. 43o, édit. de Gesner ; Pline , Hist. naL , xviii^ 24 , ^5.) Les Sarraales faisaient une espèce de bouillie avec du millet, mêlé à du lait ou à du sang de jument. Au milieu des richesses de la culture moderne , le millet sert à nourrir la volaille et non pas les héros. Voyez les Dictionnaires de Bomare et de Miller.

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permettaient pas de se former un système de lois communes ou de de'fense générale. Ils montraient quelques ég^ards volontaires à la vieillesse et à la valeur ; mais chaque tribu et chaque village offrait une république séparée ; et comme on ne pouvait forcer personne, il fallait persuader tout le monde. Ils combattaient à pied , presque nus , et sans autre arme défensive qu'un, lourd et incommode bouclier. Leurs armes offensives étaient l'arc, un carquois rempli de petites flèches empoisonnées, et une longue corde qu'ils jetaient de loin adroitement, et avec laquelle ils saisissaient leur ennemi par un nœud coulant. L'ardeur, l'agilité et la hardiesse des fantassins esclavons les rendaient redoutables à la guerre; ils nageaient, ils plongeaient , ils demeuraient longtemps sous Teau , en respirant à l'aide d une canne creusée, et cachaient souvent, dans une rivière ou dans un lac, une embuscade qu'on était loin d'y soupçonner; mais c'étaient la des talens d'espions ou de maraudeurs. L'art militaire était étranger aux Esclavons ; leur nom était obscur , et leurs conquêtes ont été sans gloire (i). J'ai dessiné quelques traits géné-

(i) Voyez sur le nom, la situation et les mœurs des Esclavons, un témoignage du sixième siècle dans Procope Goth. , 1. II, c. 26; 1. III , c. l4- Voy. aussi ce qu'en dit l'empereur Maurice , Stratagemat. , 1. 11 , c. 5, apud Mascou , Annotât. 3ï. Je ne sache pas que les Stratagèmes de Maurice aient été imprimés ailleurs qu'à la suite de l'édition de la Tactique d'Arrien, par Scheffer,, à Upsal , 1664. (Fabric, Bibl. grœc. , 1. iv , c. 8 , t. ui ^ p. 278. ) Livre rare , et que jusqu'ici je n'ai pu me procurer.

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raux du portrait des Esclavons et des Bulgares , mais sans chercher à fixer les bornes des heux habites par ces peuplades, que les Barbares eux-mêmes ou connaissaient à peine ou respectaient peu. On les jugeait plus ou moins dignes d'attention , selon qu'ils se trouvaient plus ou moins voisins de l'empire , et les Antes (j), tribus d'Esclavons qui fournirent à Justinien une occasion d'ajouter un nom de plus à la liste de ses conquêtes (2), occupaient les plaines de la Moldavie et de la Valachie. Ce fut contre les Antes qu'il éleva les fortifications du Danube ; et Tempe reur ne négligea rien pour s'assurer l'alliance d'un peuple établi sur la route directe des incursions des peuples septentrionaux, auxquels servait de canal cet intervalle qui s'étend durant un espace de deux cents milles , entre les montagnes de la Transylvanie et le Pont Euxin. Mais les Antes n'avaient ni le pouvoir, ni la volonté de contenir ce torrent ; et cent tribus d'Esclavons armés a la légère arrivaient sur les traces de la cavalerie des Bulgares, qu'ils éga-

(1) Antes corum fortlssimi Ta j sis qui rapidus et

vorticosus in Histri fluenta furens devolvitur. (Jornandès , c. 5 , p. 1 94 , édit. Muratori ; Procope , Goth. ,1. m , c. 14» et De œdific. , 1. iv, c. 7. ) Le même Procope dit que les Golhs et les Huns étaient voisins , ytirotufrec , du Danube , ( De œdif. , 1. iv , c. i . )

(2) Le litre à' Anticits que prit Justinien dans les lois et les inscriptions , fut adopté par ses successeurs ; et le respectueux Ludewig le justifie, in vit. Justlnian., p. 5i5. II a fprt embarrassé les gens de loi du moyen âge.

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laiént presque en vitesse. Pour le prix d'une pièce d'or par soldat , ils se procuraient une retraite sûre et facile à travers le pays des Gepides , maîtres du passage du Haul-Uanube (i). Les espérances ou les craintes des Barbares , leur union ou leur discorde intestine, un ruisseau qui gelait ou qui n'avait pas assez de profondeur pour s'opposer à leur passage, une récolte de blés ou de vins qui excitait leur convoitise, la prospérité ou l'embarras des Romains, telles furent les causes de ces incursions des Barbares qui se renouvelaient chaque année avec les mêmes ravages , et qu'il serait ennuyeux de raconter en détail (2). L'année , et peut-être le mois où Ravenne ouvrit ses portes, fut marquée par une incursion si désastreuse des Huns et des Bulgares, qu'elle effaça presque le souvenir de leurs incursions antérieures. Ils se répandirent des faubourgs de Constantinople au golfe de l'ionie; ils détruisirent trente-deux villes ou châteaux; ils rasèrent Potidée, que les Athéniens avaient bâtie, et que Philippe avait assiégée , et repassèrent le Danube , traînant à la queue de leurs chevaux cent vingt mille des sujets de Justinien. Dans une incursion postérieure, ils percèrent le mur de la Chersonèse de Thrace, ils démolirent les édi-

(i) Procope Goth.f 1, ïv , c, aS.

(2) Procope dit qu'une incursion des Huns arriva en même temps qu'une comète : il s'agit peut-être delà comète de 53 1 . ( Versic. , 1. 11 , c. 4 \ Agathias, 1. v , p. i 54^ 1 -^S ), emprunte de son prédécesseur quelques faits sur 1rs premières incursions des Barbares.

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