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fîces et égorgèrent les hahitans ; ils traversèrent hardiment l'Hellespont, et retournèrent ensuite auprès de leurs camarades, chargés des dépouilles de lAsie. Un autre détachement , qui parut aux Romains une horde effrayante, s'avança sans trouver d'obstacles du passage des Thermopyles à Tisthme de Gorinthe , et rhistoire n'a pas daigné recueiUir le détail de l'événement qui acheva la ruine de la Grèce. Les ouvrages que fit élever Justinien pour protéger ses sujets? mais à leurs dépens , ne servirent qu'à faire remarquer la faiblesse des parties qui demeurèrent négligées; et les garnisons abandonnaient ou les Barbares escaladaient les murs que la flatterie disait imprenables. Trois mille Esclavons, qui eurent l'insolence de se diviser en deux troupes , découvrirent la fai • blesse et la misère de ce règne triomphant. Ils passèrent le Danube et l'Hèbre, ils vainquirent les généraux romains qui osèrent s'opposer à leur marche, et ils pillèrent impunément les villes de la Thrace et de l'illyrie, dont chacune avait un assez grand nombre d'armes et d'habitans pour accabler cette misérable troupe d'assaillans. Quelques éloges que puisse mériter cette audace des Esclavons , elle fut souillée par les cruautés qu'ils commirent de sang-froid contre leurs prisonniers. On dit que sans distinction de rang, d'âge et de sexe, ils empalaient leurs captifs ou les écorchaient vifs ; qu'ils les suspendaient entre quatre poteaux ou ils les faisaient mourir à coups de massue; qu'ils les enfermaient dans des bâtimens spacieux , et les y laissaient périr dans les flammes avec VIII. 2
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le butin et le bétail qui auraient retarde la marche de ces farouches vainqueurs (i). Il faut peut-être réduire le nombre de leurs atrocités; peut être en a-t-on exagéré les horribles détails ^ et peut-être furent-ils excusés quelquefois par le terrible droit de représailles. Lorsque les Esclavons assiégèrent Topirus (2) , poussés a bout par la défense obstinée de cette place , ils y massacrèrent quinze mille hommes : toutefois ils épargnèrent les femmes et les enfans, et ils retenaient toujours les captifs les plus précieux pour les employer au travail , ou en tirer une rançon. La servitude de ces captifs n'était pas rigoureuse; et leur délivrance, qu'ils obtenaient bientôt, s'achetait à un prix modéré. Comme sujet et historien de Justinien, Procope a exhalé sa juste indignation sous la forme de la plainte ou du reproche ; il ne craint pas d'assurer que, dans un règne de trente- deux ans, chacune des incursions annuelles des Barbares enleva deux cent mille hommes à l'Empire romain. La population entière de la Turquie européenne , qui embrasse a peu près les provinces de Justinien, n'offre
(1) Les cruautés des Esclavons sont racontées ou exagérées par Procope ( Goth. , L m , c. 29 , 38 ). Nous pouvons, sur la douceur et la générosité de leur conduite envers leurs prisonniers, citer l'autorité un peu plus récente de l'empereur Maurice {Stratagem. , 1. 11 , c. 5 ).
(2) Topirus était située près de Philippes, dans la Thrace ou la Macédoine , en face de Tile de Tliasos , et à douze journées de Constantinople. ( Cellarius , t. i, p. 676, 840.)
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peut-être pas les six millions d'habitans qui sont le résultat de cette incroyable e'valuation fi ).
Au milieu de ces obscures calainités, l'Europe f^en- Origine lit le choc d'une revoUition qui fil connaître pourieM, empire la première fois le nom et la nation des Tupcs. l-e ^' 5^5'" 'çt^,' fondateur de ce peuple guerrier qui avait ete , ainsi que Romulus , allaité par une louve, devint ensuite père d'une nombreuse postérité; et la représentation de cet animal sur les bannières des Turcs a conservé lamémoireou plutôt donné l'idée d'une fable inventée par les bergers du Latiuin et ceux de la Scytbie , sans que les uns et les autres se fussent concertés. On trouve à deux mille milles de la mer Caspienne, de la mer Glaciale, de la mer de la Chine et de celle du Bengale, une chaîne de montagnes remarquable, qui est le centre et peut-être le sommet de l'iisie, et que, dans les langues des diverses nations, on appelle Imaûs (2), Caf et Altaï, les montagnes d'or et la ceinture de la terre. Les flancs des collines produisent des minéraux ,
(i) Si l'on en croit le témoignage malveillant des Anecdotes ( c. 18), après ces incursions , les provinces situées au sud du Danube ressemblaient aux déserts de la Scylhie.
(2) On lit dans quelques auteurs depuis Caf" jusqu'à Caf, ce qui, dans une géographie plus raisonnable, signifierait peut-être de rimaùs au mont Atlas. Selon la philosophie superstilieuse des mahométans , la base du mont Caf est une émeraude, dont la réflexion produit l'azur des cieux. Ils disent que cette montagne est douée d'une action sensitive dans ses racines ou nerfs , et que leur vibration , qui dépend de Dieu , cause les tremblemens de terre. D'Iïerbelot , p. 2"3o , a3i.
et les Turcs , la portion la plus méprisée des esclaves dugrandkhandesGeoug-ens,ytravaillaientleferpour les usages de la guerre (r). Mais leur servitude ne pouvait durer que jusqu'à l'époque où un chef audacieux et éloquent persuaderait à ses compatriotes que ces armes, qu'ils forgeaient pour leurs maîtres, pouvaient devenir en leurs mains les instrumens de la^ liberté et de la victoire. Ils sortirent en effet de leurs montagnes (2) , et un sceptre fut la récompense de cet avis. Chaque année on chauffait un morceau de fer; le prince et les nobles maniaient successivement un marteau de forgeron ; et cette cérémonie transmit d'âge en âge l'humble profession et l'orgueil raisonnable des premiers Turcs. Bertezena , qui les tira de
(1) La Sibérie fournit le fer le meilleur et le plus aboudant du monde entier , et les Russes exploitent plus de soixante mines dans les parties méridionales de cette province. ( Strahlenberg , Hist. de Sibérie , p. 842 , 38/ ) ; Voyage en Sibérie , par l'abbé Chappe d'Auteroche, p. 6o3- 608, éd. in-i2, Amsterdam, 1770. Les Turcs offraient de vendre du fer aux Romains ; cependant les ambassadeurs romains , par une étrange obstination , persistèrent à croire que c'était un artifice, et que leur pays n'en produisait point. Menander , in Exerpt. légat., p. 52.
(2) De Irgana-Kon ( Abulghazi-Kan , Hist. généalog. des Totars , part. 11 , c. 5 , p. 71-77 ; c. i5 , p. i55 ). La tradition qu'ont conservée les Mogols des quatre cent cinquante années qu'ils passèrent dans les montagnes , est d'accord avec les époques chinoises de l'Hisfoire des Huns et des Turcs (de Guignes, t. i, part. 2, ]>. 876 ), et des vingt générations qui s'écoulèrent depuis leur établissement jusqu'à Zingis.
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l'esclavage , signala sa valeur et fit éclater la leur dans les combats livres aux tribus voisines. Mais lorsqu'il osa demander en mariage la fille du khan , on rejeta avec dédain cette insolente proposition d'un esclave et d'un artisan. L'alliance beaucoup plus noble d'une princesse de la Chine , qu'il épousa ensuite , le consola de ce dédain; et la bataille qui anéantit presque totalement la nation des Geougens établit dans la Tartarie l'empire plus redoutable des Turcs. Ils régnèrent sur le Nord; mais leur attachement fidèle à la montagne de leurs aïeux fut de leur part un aveu de la vanité des conquêtes. Le camp de leur roi s'éloignait rarement hors de la vue du mont Altaï , d'où l'Irtish descend pour arroser les riches pâturages des Kalmouks (i), qui nourrissent les moutons et les bœufs les plus gros du monde entier. Le sol en est fertile , et le climat doux et tempéré. Cet heureux. pays ne connaissait ni les tremblemens de terre, ni la peste ; le trône de l'empereur était tourné vers l'orient , et un loup d'or , élevé sur une pique , semblait garder l'entrée de sa tente. Un des successeurs de Bertezena fut tenté d'imiter le luxe et la superstition de la Chine ; mais le simple bon sens d'un de ses conseillers barbares le fit renoncer au projet de bâtir des villes et des temples. « Les Turcs, lui dit celui-ci,
(i) Le pays des Turcs, aujourd'hui le pays des Kalmouks, se trouve bien décrit dans VHist. généalogique , etc. (p. 5'2 1-552.) Les noies curieuses du traducteur français ont été étendues et mises en ordre dans le second volume de la version anglaise.