‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 4)Chapitre 34 sur 62 · objet de tant d'éloges et de critiques, était né à Side · texte numérisé non relu

objet de tant d'éloges et de critiques, était né à Side

dans la Pamphilie ; et son génie , semblable à celui

de Bacon , embrassa comme son domaine toutes les

(i) Pour suivre les travaux de Justinien sur les lois j'ai étudié la préface des Institutes ; la première, la seconde et la troisième préface des Pandectes ; la première et la seconde préface du Code, et le Code lui-même (1. l, lit. 17, De veteri jure enucleando ). Après ces témoignages originaux j'ai consulté parmi les modernes Heineccius {Hist. J. R, n°' 383-4o4 ) » Terrasson ( Hist. de la Jurisp, rom. , p. agS- 356), Gravina {^Opp. 3 p. gS-ioo) et Ludewig dans sa Vie de Justinien (p. 1 9-1 23, 3i8-32i ) , pour le Code et Novelles (p. 2oç)-26i ), pour le Digeste ou les Pandectes (p. 262 3i7 ).

(2) Voyez sur le caractère de Tribonien , les témoignages de Procope ( Persic, ,.1. i , c. a3 , 24 ; Anecdot. , c. 1 3 , 20 } , et Suidas ( t. m , p. 5o i , édit. de Kuster ). Ludewig ( in vit, Jmtinian. , p. 1 76-309 ) se donne beaucoup de peine pour blanchir un Maure.

DE l'empire romain, chap. xliv. 219 affaires et toutes les connaissances de son siècle. Il écrivit en prose et en vers sur une multitude de faits curieux et abstraits (i) : il composa deux panégyriques de Justinien et la vie du philosophe Théodote; il pubha un livre sur la nature du bonheur et les devoirs du gouvernement; le Catalogue d'Homère et les vingt-quatre sortes de mètres; le Canon astronomique de Ptolomée; les Phases de la Lune; les Demeures des Planètes , et le Système harmonique du monde. A la littérature de la Grèce , il joignait l'usage de la langue latine. Les jurisconsultes romains.étaient dans sa bibliothèque et dans sa tête, et il cultivait assidûment les arts qui menaient à la fortune et aux emplois. De la barre des préfets du prétoire il parvint aux dignités de questeur, de consul et de maître des offices ; il fît entendre dans les conseils de Justinien la voix de la sagesse et de l'éloquence ; et l'envie se laissa apaiser par la douce affabilité de ses manières. Les reproches d'impiété et d'avarice ont souillé ses vertus ou du moins sa réputation. Au milieu d'une cour superstitieuse et intolérante, on accusa le principal ministre d'une aversion secrète pour la foi chrétienne; et on lui supposa les opinions d'athéisme et de paganisme imputées avec assez d'inconséquence

(i) J'applique au même homme les deux passages de Suidas; car toutes les circonstances sont d'un accord parfait. Les jurisconsultes toutefois n'ont pas fait cette remarque ; et Fabricius est disposé à attribuer ces ouvrages à deux écrivains. Bibliot. grœc, t. i , p. 34i J II , p. 5i8 j m , p. 4»8 ; XII, p. 346, 353, 474.

aux derniers philosophes de la Grèce. Son avarice fut prouvée plus clairement et eut des suites plus funestes. S'il se laissa corrompre par des présens dans l'administration de la justice, on se souviendra encore de Bacon. Si Tribonien dégrada la pureté de son état, et s'il publia, modifia ou révoqua des lois par des vues d'intérêt particulier, son mérite ne peut expier sa bassesse. Lors de la sédition de Gonstantinople , on accorda son éloignement aux clameurs, et peut-être à la juste indignation du peuple, mais on le rappela bientôt après; et, depuis cette époque jusqu'à sa mort , c'est-à-dire durant plus de vingt ans, il jouit de la faveur et de la confiancç de l'empereur. Sa soumission passive et respectueuse a été honorée des éloges de Justinien lui-même, trop vain pour apercevoir à quelles grossières flatteries descendait quelquefois cette soumission. Tribonien adorait les vertus de son gracieux maître ; et regardant la terre comme indigne d'un tel prince , témoignait une pieuse frayeur de voir un jour Justinien, comme ÉHe ou Romulus, enlevé au milieu des airs et transporté vivant dans les régions de la gloire éternelle (i).

(i) Cette histoire est racontée par Hesychius {Deviris illustrihus') f par Procope ( Anecdot. , c. i3) et par Suidas ( t. III , p. 5oi ). Une telle flatterie est-elle incroyable ?

— Nihilest quod credere de se Non potest , cum laudatur diis œquapotestas,

Fontenelle ( 1. 1 , p. 32-89) * tourné en ridicule l'impudence du modeste Virgile. Le même Fontenelle cependant place son roi au-df ssus du divin Auguste ; et le $age Boileau n'a

r>E l'empire ROIMAIN. CHA.P. XLIV. 122 1

Si Jules César eût exécuté la réforme des lois ro- Le code de

, . / , , , . , , /n • Tastinien. A.

marnes, son génie créateur, éclaire par la rerlex10nD.528.Fevr. et l'étude, aurait donné au genre humain un véri- ^^^^{ i^' ^^^* table et nouveau système de jusrisprudence; mais quels que fussent les éloges de la flatterie, l'empereur d'Orient craignait de présenter son opinion particulière pour le modèle de l'équité. Dans l'exercice de la puissance législative , il empruntait les secours que lui offraient le temps et l'opinion publique; et ses compilations laborieuses ont pour appui les lumières et les législateurs des temps antérieurs. Au lieu d'une statue jetée dans un seul moule par la main d'un grand maître , les ouvrages de Justinien représentent une marqueterie composée de fragmens antiques et d'un grand prix , mais trop souvent sans aucun rapport entre eux. La première année de son règne, il ordonnaàTribonieneta neuf autres citoyens versés dans les lois , de revoir les ordonnances de ses prédécesseurs contenues dans le code Grégorien , et ceux d'Hermogène et de Théodose ; d'en faire disparaître les erreurs et les contradictions; de retran^ cher tout ce qui était tombé en désuétude ou superflu, et d'en tirer tout ce qu'il y avait de lois sages et salutaires capables de s'adapter a la pratique de ses tribunaux et aux besoins de ses sujeîs. Ce travail fut achevé en quatorze mois , et il est probable qu'erg faisant douze livres ou tables de ce recueil , les nou-

pas rougi de dire : « Le destin à ses yeux n'oserait balancer. » Toutefois Auguste et Louis xiv n'étaient point des sots.

veaux decemvirs eurent pour objet d'imiter les pi emiers. Le nouveau Code fut honoré du nom de Justinien et signé par lui : les notaires et les scribes en multiplièrent les copies , qui furent revêtues d'un caractère d'authenticité ; on les transmit aux magistrats des provinces de l'Europe , de l'Asie , et ensuite à ceux de l'Afrique; et ces lois de l'empire furent publiées à la porte de l'église les jours de fêtes solen- Les Pan- nclles. il restait un travail plus difficile : il fallait , Di„este? A. ^^^ décisious ct dcs conjectures , des questions et des ?5 AD 533 disputes dcs gens de loi , tirer l'esprit de la jurispru- Béc.i6. dence. Dix-sept jurisconsultes, présidés par Tribonien , furent revêtus d'une juridiction absolue sur les ouvrages de leurs prédécesseurs. Dix ans n'eussent point semblé à Justinien un temps trop long pour un pareil travail; le Digeste ou les Pandectes (i) se trouvèrent composés en trois ans , et c'est au plus ou moins de mérite de l'exécution à décider de ce qu'une pareille rapidité peut mériter d'éloges ou de censures. On choisit, dans la bibliothèque de Tribonien, quarante des plus habiles jurisconsultes des premiers temps (2); on renferma dans cinquante livres l'abrégé

(1) Uuv^tKTett {^Recueils généraux) était le titre commun des mélanges grecs ( Pline , Prœf. ad Rist. nat. ) Les Digesta de Scévola , de Marcellin et de Celsus étaient déjà familiers aux gens de loi ; mais Justinien se trompait en regardant ces deux mots comme synonymes. Celui de Pandectes est-il grec ou latin, masculin ou féminin ? Le laborieux Brenckmann n'ose décider ces importantes questions ( Hist. Pandecî. Florent, , p. 3oo-3o4).

(a) Angélus Polilianus ( 1. v, epi.vt. nlt.) compte trente-

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de deux mille traités, et on a eu soin d'instruire la postérité que trois millions de lignes ou de sentences ( I ) se trouvèrent réduites dans ces extraits au modeste nombre de cent cinquante mille. Ce grand ouvrage ne parut qu'un mois après les Institutes , et il était en effet raivsonnable de donner les élémens avant le Digeste des lois romaines. Lorsque Justinien eut approuvé les travaux des membres de cette commission, il donna à leurs opinions , en vertu de son pouvoir législatif, la sanction qui les consacrait: leurs commentaires sur les Douze-Tables, sur l'Édit perpétuel, sur les lois du peuple et sur les décrets du sénat , remplacèrent l'autorité du texte ; et ce texte fut abandonné comme un respectable mais inutile monument de l'antiquité. Le Code , les Pandectes et \es Institutes devinrent le seul système légal de jurisprudence; on lesadmit seuls dans les tribunaux, on les enseignaseuls

sept jurisconsTiltes (p. 192-200) cités dans les Pandectes. L'index grec qui est à la suite des Pandectes en compte trente-neuf; et l'infatigable Fabricius en a trouvé quarante ( Bibl.grœCy t. 111, p. 488-5o2 ). On dit qu'Antonius-Au* gustus ( De nominibus propriis , Pandect. apud Ludewig , p. 283 ) en a ajouté cinquante-quatre ; mais il faut qu'il ait confondu les jurisconsultes cités vaguement, avec ceux dont on a donné des extraits.

(1) Les "^Tt^ot des anciens manuscrits étaient des sentences ou périodes d'un sens complet, qui, sur la largeur des rouleaux ou des volumes de parchemins , formaient autant de lignes d'une longueur inégale. Le nombre des ^Tizoï de chaque livre faisait connaître les fautes des copistes. Ludevj^ig (p. 2 1 1 -s> 1 5 ) et Suicer où il a puisé ( T/ies. eccles.j t. I, p. io2i-io36).

dans les académies de Rome,deBeryte etdeConstantinople. Justinien adressa au sénat et aux provinces ses éternels oracles ; et , couvrant son orgueil du masque de la piété , attribua aux secours et à Tinspiration de Dieu l'exécution de ce grand dessein. Eloge et Justinien n'ayant point recherché le mérite ni les

ceusnre liu ,,

Code ef des dangcrs d une composition originale , nous ne pouvons exiger de lui que de la méthode , un bon choix et de la fidélité, modestes mais indispensables qualités d'un compilateur. Entre les différentes combinaisons d'idées que présentent ses trois ouvrages , il est difficile de trouver de quoi asseoir un motif raisonnable de préférence; mais comme il emploie dans chacun des trois une méthode différente , il est possible qu'elles soient toutes mauvaises , et il est sûr qu'il ne peut y en avoir deux de bonnes. Dans le choix des anciennes lois , il semble avoir vu ses prédécesseurs sans jalousie , et montre pour tous les mêmes égards : la suite n'en pouvait remonter plus haut qu'Adrien , et le consentement général du genre humain avait aboli les distinctions entre le christianisme et le paganisme qu'avait établies la superstition de Théodose: mais la jurisprudence des Pandectes est circonscrite dans une période de cent ans, depuis l'édit perpétuel jusqu'à la mort d'Alexandre- Sévère. On y cite rarement les paroles des légistes qui vécurent sous les premiers Césars ; on n'y trouve que trois noms du temps de la république. Le favori de Justinien (on le lui a violemment reproché) craignit de rencontrer la lumière de la liberté et la gra-

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vite des sages Romains. Tribonien condamna à l'oubli la sagesse naturelle de Caton , de Scévola et de Sulpicius , tandis qu'il invoquait des esprits plus analogues au sien , les Syriens , les Grecs et les Africains , qui se rendaient en foule à la cour impériale pour étudier le latin comme une langue étrangère, et la jurisprudence comme une profession lucrative. Au reste , le prince avait recommandé à ses ministres de travailler (i) , non pour lu curiosité des amateurs de l'antiquité, mais pour l'avantage de ses sujets: ils devaient choisir celles des lois romaines qui étaient utiles et praticables ; et les écrits des vieux républicains , malgré leur mérite et leur intérêt , ne convenaient plus à un nouveau système de mœurs , de religion et de gouvernement. Si les maîtres et les amis de Gicéron vivaient encore , la bonne foi nous obligerait peut-être d'avouer qu'excepté sous le rapport de la pureté du langage (2) , ils ont été surpassés en

(1) Un discours ingénieux et savant de Schulting- ( Juris" prudentia ante-Justinianea, p. 883-907), justifie le choix de Tribonien contre les accusations passionnées de François Hottoman et de ses sectaires.

(2) Si on ôte la croûte scientifique dont s'enveloppe Tribonien, et si on lui passe les mots techni(|ues , on trouvera que le latin des Pandectes n'est pas indigne du siècle dUtirgent. Il a été attaqué avec véhémence pur Laurent Valla , fastidieux grammairien du quinzième siècle, et par Floridus Sabinus, son apologiste. Alciaf et un auteur anonyme, qui est vraisemblablement Jacques Capellus, l'ont défendu. Duker a recueilli ces différens traités sous le litre

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mérite par l'école de Papinien et d'Ulpien. La science des lois est le fruit tardif du temps et de l'expérience, et il se trouve naturellement que les auteurs les plus récens ont l'avantage de la méthode et des matériaux. Les jurisconsultes du règne des Antonins avaient étudié les ouvrages de leurs prédécesseurs; leur esprit philosophique, en même temps qu'il les avait élevés au-dessus des jalousies et des préjugés de secte, avait adouci la rigueur des anciens temps et simplifié la forme des procédures. Le choix des autorités qui devaient composer les Pandectes dépendait de Tribonien ; mais son souverain , avec tout son pouvoir , ne pouvait l'affranchir des devoirs que lui imposaient la vérité et la fidélité. En qualité de législateur de l'empire , Justinien pouvait révoquer les lois des Antonins , ou condamner comme séditieux les principes de liberté des premiers légistes de Rome (i); mais l'autorité d'im despote ne peut rien sur les faits passés ; et l'empereur fut coupable de fraude et de faux , lorsqu'il corrompit l'intégrité de leur texte , lorsqu'il attacha ces noms vénérables aux paroles et aux idées d'un règne servile (2), et lorsqu'il usa de

îHl Opuscula de latinitate veterum jurisconsultorutn , Lugd. Bat. 1721 , in- 12.

f i) Nomina quidem veteribus servavimus j legum autein verltatem noslram fecimus. Ilaque si quiii erat in illis sedk- TiosUM , milita autein talia erant ihi reposita , hoc decisuin est et definitutn y etin perspicuuin/inem deducta est quœqnc lex. {Cod. Just. 1. I, lit. 17, leg. 3, 11" 10.) Aveu dépouille d'artifice î

(2) Le nombre de ces emblemata , terme bien poli pour

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