HISTOIRE DE LA DÉCADEIVCE
mais la polygamie était inconnue ; il ne pouvait jamais admettre à sa couche une autre femme plus belle et plus favorisée.
Liberté du Lorsquc Romc eut triomphé des Carthae^inois ,
contrat de "^ *■ o »
mariage. les matroncs réclamèrent les avantages d'une république libre et opulente : leurs vœux furent remplis par Tindulgence des pères et des amans , et la gravité de Caton-le-Censeur s'opposa vainement a leur ambition (i). Elles se débarrassèrent des anciennes formalités de la noce ; elles éludèrent la prescription annuelle , en s'absentant trois jours; et les termes de leur contrat de mariage , moins tyranniques et mieux déterminés , ne leur ôtèrent plus leur nom ni leur indépendance : elles donnaient a l'époux l'usufruit de leur fortune particulière , mais elles en gardaient kl propriété : un mari prodigue ne pouvait n ialiéner ni engager leurs biens. L'inquiétude des lois interdi-
mois pour un marin ; mais celui qui se livrait à l'étude et le docteur, en étaient exempts. Une femme qui l'obtenait une fois par semaine ne pouvait demander le divorce : le vœu de continence pour une semaine était permis. La polygamie divisait les devoirs du mari sans les multiplier (Selden , U.X07' ehraica , 1. m, c. 6, dans ses ouvrages, vol. 2, p. 717-720).
(1) Tite-Live (1. xxxiv , 1-8 ) rapporte , sur la loi Oppia , le discours modéré de Valerius-FIaccus , et la harangue sévère prononcée par Caton-l' Ancien en sa qualité de censeur. Mais les orateurs du sixième siècle de la fondation de Rome n'a tient pas le style élégant que leur prête l'hislorieu du huitième. Aulu-Gelle (x, 23 ) a mieux conservé les principes et même le style de Cal on.
DE L'EMPinr: romaiiy. cttap. xliv. 9'49 sait aux époux les dons mutuels , et l'inconcluite de l'une des parties donnnait lieu , sous un autre nom , à une action de vol. Les cérémonies religieuses et civiles n'étaient plus de l'essence de ce contrat devenu si relâché et si volontaire; et entre les personnes de même rang-, la communauté apparente d'habitation passait pour une preuve suffisante de mariage. Les chrétiens, qui ne croyaient pouvoir attendre les biens spirituels que des prières des fidèles et de la bénédiction du prêtre ou de l'évêque , rétablirent la dignité du mariage. La tradition de la synagogue, les préceptes de l'Evangile , les canons des synodes généraux ou provinciaux (i), réglèrent l'origine, la validité et les devoirs de cette sainte institution; et la conscience des chrétiens fut tenue en respect par les décrets et les censures ecclésiastiques. Cependant les magistrats de Justinien ne furent pas assujettis à l'autorité de l'Eglise .'l'empereur consulta les légistes de l'antiquité païenne; et ce fut d'après les motifs humains de la justice, de la politique et de la liberté naturelle des deux sexes, que l'on se détermina pour le choix des lois matrimoniales insérées dans le Code et dans les Pandectes (2).
(i) Voyez sur le système du mariage des Juifs et des catholiques, Selden ( Vxor ehraica , Opp.y vol. 2, p. 629- 860); Bingliam ( Christian, antiquities , l.xxn) et Chardon
( Hist. des Sacre ni. , t. vi ).
(2) Les lois civiles du mariage sont exposées dans les In-
stitutes ( 1. I , lit. 10), dans les Pandectes ( 1. xxiii, 24 , 25)
et dans le Code (1. v). Mais comme le titre de liitu nuplia-
riun est imparfait , il faut recourir aux Fragmens d'Ul-
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Liberté et Outrc l'accord (Ics parties , essence de tout convojce. trat raisonnable , le mariage , chez les Romains, exi-
geait Faveu des parens. On pouvait, d'après les lois récentes , forcer le père à subvenir aux besoins d'une fille arrivée à un âge mûr; mais un ëtat de démence reconnu ne dispensait pas toujours de l'obligation d'obtenir son consentement. Les causes de la dissolution du mariage ont varié (i) ; mais des cérémonies d'une nature contraire pouvaient toujours annuller le mariage le plus solennel , la confarreation ellemême. Dans les premiers siècles, un père de famille était le maître de vendre ses enfans , et sa femme se trouvait comprise dans le nombre des enfans. Armé d'un pouvoir domestique, il pouvait la condamner à mort , ou par clémence se borner à la chasser de son lit et de sa maison ; mais à moins que le mari , déterminé par sa propre convenance, ne voulût user du privilège du divorce , l'esclavage de la femme
pien ( tit. g , p. 5^0 , 5fj s ) et à la Collatio legum mosaïcaru/n ( tit. 16, p. 790, 791 ), avec les Notes de Pithaeus tt de Schulting. Il y a deux passages curieux dans le Commentaire de Servius , sur le premier livre des Géorgiques et le quatrième de l'Enéide.
(i) Selon Plutarque (p. 57), Romulus n'admit que trois causes de divorce , l'ivrognerie , l'adultère et les fausses clefs. En tout autre cas , lorsque l'époux abusait de son droit de suprématie , la moitié de ses biens était , dit-on , confisquée au profit de la femme , l'autre moitié au profit de la déesse Cérès ; et il offrait un sacrifice , apparemment avec le reste, aux divinités de la terre. Cette étrange loi est imaginaire > ou elle n'a été que passagère.
DE l'empire ROIVîATN^. CHAP. XLTV. 1^1
malheureuse était perpe'tuel et sans espérance. On a donné de grands éloges à la vertu des Romains , qui, durant plus de cinq siècles, ne firent aucun usage de ce privilège si séduisant (i); mais ce fait même montre l'inégalité d'une liaison dans laquelle l'esclave ne pouvait renoncer à son tyran , et où le tyran ne voulait point abandonner son esclave. Lorsque les matrones romaines furent devenues les compagnes volontaires et les égales de leurs maris , une nouvelle jurisprudence s'établit, et le mariage se rompit, comme toutes les autres associations, par le désistement d'un des associés. Au bout de trois siècles de prospérité et de corruption, l'application de ce principe devenue fréquente , entraînait les plus funestes abus. Les passions , l'intérêt ou le caprice brisaient chaque jour les liens du mariage : un mot, un signe , un message , une lettre , la bouche d'un affranchi , déclaraient la séparation ; et la plus tendre des liaisons humaines n'était plus qu'une association passagère d'intérêt ou de plaisir. Selon les diverses conditions de la vie, cet arrangement nuisait tour à tour aux deux sexes : une femme inconstante
(i) L'an de Rome 523 , Spurius-Carvilius-Ruga répudia une femme bonne et belle , mais qui était stérile. ( Denis d'Halycarnasse , 1. ii , p. 98 ; Plutarque , in Nuinn, p. 141 , Valère-Maxime, I. 11, c. i ; Aulu-Gelle, iv, 3). Il fut repris par les censeurs et détesté du peuple ; mais la loi ne s'opposa point à son divorce {^),
(*) Montesquieu raconte et explique antrement ce fait. ( J&/>nV //#*
■Lqis , 1, XVI , c. iC. ) ( Note de l'Editeur. )