HTSTOIRE DE LA. DECADENCE
n'égalent pas en nombre la centième partie des hahitans de la Chine : si nous balançons leur puissance et si nous échappons à leurs armes, c'est parce que, livrés à la guerre et à la chasse , nous errons sans de- Hieuies fixes. Sommes-nous en force, nous nous avançons et nous faisons des conquêtes ; sommes -nous faibles , nous nous retirons et nous nous tenons cachés. Si les Turcs s'emprisonnaient dans les murs d'une ville, la perte d'une bataille détruirait leur empire. Les bonzes ne prêchent que la patience, l'humilité et la renonciation au monde. Ce n'est pas là, ô roi! la religion des héros. » Us adoptèrent avec moins de répugnance la doctrine de Zoroastre ; mais la plus grande partie de la nation suivit sans examen les opinions ou plutôt les usages de ses ancêtres. Ils n'accordaient qu'à la Divinité suprême les honneurs du sacrifice ; ils reconnaissaient dans leurs hymnes grossiers ce qu'ils devaient à l'air , au feu , à l'eau et à la terre ; et les prêtres tiraient quelques profits de l'art de la divination. Leurs lois non écrites étaient sévères et impartiales; ils condamnaient le voleur à une restitution décuple ; ils punissaient de mort l'adultère , la trahison, le meurtre ; mais aucune peine ne leur paraissait trop sévère pour la lâcheté , crime impardonnable et rare parmi eux. Comme ils réunissaient sous leurs étendards les nations qu'ils avaient assujetties , ils comptaient orgueilleusement par millions les hommes et les chevaux dont se composait leur cavalerie ; une de leurs armées contenait quatre cent mille soldats effectifs, et eu moins de cinquante ans
DE l'eMPIEE BOMAIN. CHAP. XLTf. ^3
ils furent , dans la paix et dans la guerre , allies des Romains , des Persans et des Chinois. Ce qu'on dit de la forme et de la situation du pays qui touchait à leurs limites septentrionales, d'un peuple de chasseurs et de pécheurs, qui avaient des traîneaux menés par des chiens et des hahitations enfoncées dans la terre, pourrait convenir au Kamtschatka. Ils ignoraient l'astronomie; mais une observation faite par des savans Chinois , avec un gnomon de huit pieds , place le camp de leur roi au quarante-neuvième degré de latitude, et suppose qu'ils s'avancèrent jusqu'à trois ou au moins jusqu'à dix degrés du cercle polaire (i). La plus brillante de leurs conquêtes vers le Midi , fut celle des Nephtalites ou des Huns blancs , nation guerrière et policée qui possédait les villes commerçantes de Bochara et de Samarcande , qui avait vaincu le monarque de Perse , et porté ses armes victorieuses sur les rives et peut-être jusqu'à l'embouchure de rindus. Du côté de l'occident, la cavalerie turque s'avança jusqu'au lac Méotis ; elle traversa ce lac sur la glace. Le khan qui ha!)itait au pied du mont Altaï, ordonna d'assiéger Bosphorus (sj , ville soumise volontairement à Home , et dont les princes avaient été
(i) Visdelou, p. 141 ^ i5i. Quoique ce fait appartienne rigoureusement à une tribu subordonnée qui parut ensuite, j'ai cru devoir le placer ici.
(2) Procope ( Persic, , 1. i , c. 12 ; 1. 11, c. 3 ; M. de Peyssonnel , Observations sur les Peuples barbares ^ p. 99 , 100) dit que la distance entre Caffa et l'ancienne \ille de Bosphorus est de seize grandes lieues tartares.
jadis allies d'Athènes (i). A l'orient, les Turcs attaquaient la Chine toutes les fois que la vigueur de ce gouvernement se relâchait. L'histoire nous apprend qu'ils abattaient leurs faibles ennemis, comme la faux fait tomber dans un champ le chanvre et les herbages, et que les mandarins applaudirent a la sagesse d'un empereur qui repoussa les Barbares avec des lances d'or. L'étendue de fempire des Turcs détermina un de leurs souverains à établir sous lui trois principautés subordonnées , confiées à des princes de son sang , qui oublièrent bientôt ce qu'ils lui devaient de reconnaissance et de fidélité. Le luxe , fatal à tous les peuples , excepté à un peuple industrieux , avait énervé les conquérans; la Chine exhorta les nations vaincues à recouvrer leur indépendance ; et le règne des Turcs ne dura que deux siècles. C'est à une époque bien postérieure que cette nation et son empire ont reparu dans les contrées méridionales de l'Asie ; et je laisserai dans l'oubli les dynasties qui succédèrent à leurs premiers souverains, puisque leur histoire n'a point de rapport avec la décadence et la chute de TEmpire romain (a).
(i) On trouve dans un Mémoire de M. de Boze (^Mcm. de t Jcad. des inscript., t. vi , p. 549-565) la liste des anciens rois et des médailles du Bosphore Cimmérien. L'Oraison de Démoslhènes contre Leptines ( Reiske . orator. grœc. , t. i , p. 466, 467)' p3'''e de la reconnaissance d'Alhènes.
(2) Les détails recueillis du cliifiois , qu'on vient de lire sur l'origine et les révolutions de l'empire turc , sont tirés de M. de Guignes ( Hist. des Huns , t. i , part. 2 , p. 357-
DE l'emptre ROMATTÎ'. chap. xltt.
Les Turcs, dans leurs rapides conquêtes , attaque- Les Avares rent et subjuguèrent la nation des Ougres et des Var- i^^ T„irs^^et chonites établis sur les bords du Til, qu'on surnom- ^'^PF/^chent
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niait le Noir, à cause de la couleur de ses eaux et de d'Oiienr. ses sombres forêts (i). Le khan des Ougres fut tué avec trois cent mille de ses sujets, et leurs cadavres jonchèrent une étendue de quatre journées de chemin ; ceux de leurs compatriotes qui échappèrent à ce massacre , se soumirent a la force et à la clémence des Turcs ; et un petit corps d'environ vingt mille guerriers préféra l'exil à la servitude. Ils suivirent le Volga , dont les bords leur étaient bien connus. Ils entretinrent l'erreur des nations qui les confondaient avec les Avares, et ils répandirent la terreur sous ce nom redouté, qui toutefois n'avait pas sauvé du joug des Turcs les véritables Avares (2).
462), et de Visdelou {^Suppl. à la Bibl. orient. d'Herhelot, p. 82-1 14); Menander (p. 108-164) et Théophylacte Simocatla (1. VII, c. 7,8) ont recueilli le peu de mots qu'en ont dit les Grecs et les Romains.
(i) Le Til ou Tula j selon M. de Guignes ( t. i , part. 3, p. 58 et 35'2) , est un pelit mais précieux ruisseau du désert, qui tombe dans l'Orhon , Selinga , etc. Voyez Bell ( Vojaç^e de Pétersbourg à Pékin , vol. Il , p. 1 2/| ) ; toutefois sa description du Keat , sur lequel il s'embarqua jusqu'à l'Oby , offre le nom et les caractères de la rivière Noire , p. 1 Sg.
(a) Théophylact. , 1. vu, c. 7 , 8. Toutefois M. de Guignes lui-même n'a pu retrouver les véritables Avares ; et quoi de plus imposant que cette nation appelée par Théophylacte les faux avares ? Les Turcs ont reconnu que les Ougres fugitifs avaient droit de prendre ce nom. Menander, p. 108,