HISTOIRE DR LA. DlîCADENCE
Syriens, ils furent charmes de la complaisance et même de l'empressement avec lequel il assista aux jeux du cirque; et comme il avait ouï dire que Justinien protégeait la fîiction des Bleus, son ordre absolu assura la victoire aux Verts. Le peuple tira de la discipline de son camp un sujet de consolation plus rëel; on lui demanda vainement la grâce d'un soldat qui avait trop fidèlement imité les rapines de Nushirwan-le-Juste. Fatigué enfin, quoique non rassasié de pillage , il s'avança vers l'Euphrate ; il établit un pont volant aux environs de Barbalissus, et consacra trois jours au passage de sa nombreuse armée. A son retour, il fonda, à une journée du palais de Ctésipbon , une nouvelle ville qui perpétua les noms de Ghosroès et d'Antioche. Les captifs syriens y retrouvèrent la forme et la position des maisons de leur pays; on éleva , pour leur usage , des bains et un cirque ; et une colonie de musiciens et de conducteurs de chars établit en Assyrie tous les plaisirs d'une capitale grecque. Ghosroès pourvut libéralement à l'entretien de ces heureux exilés , qui jouirent du singulier privilège de donner la liberté aux esclaves qu'ils reconnaîtraient pour leurs parens. La Palestine et les saintes richesses de Jérusalem attirèrent ensuite l'ambition ou plutôt l'avarice de Ghosroès. Gonstantinople et le palais des césars ne lui semblaient plus imprenables ou éloignés; et dans son imagination, ses troupes remplissaient déjà l'Asie Mineure, et ses vaisseaux couvraient le Pont-Euxin. Défense de Gcs espérances se seraient peut-être réalisées, si
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le vainqueur de l'Italie n'eût été rappelé pour dé- l'Orient par
, i, . . , ,. , V . . Kélisaire. A.
iendre 1 Orient (i). Tandis que Chosroes suivait ses d. 541. desseins ambitieux sur la côte de l'Euxin , Bélisaire, avec une armée sans paye ni discipline , campait au-delà de l'Euphrate , à six milles de Nisibis. Il forma le projet d'attirer les Perses hors de leur imprenable citadelle , et profitant de ses avantages en rase campagne , d'intercepter leur retraite ou de pénétrer avec les fuyards dans la place. Il s'avança, l'espace d'une journée, sur le territoire de la Perse; il réduisit la forteresse de Sisaurane. Le gouverneur et huit cents cavaliers d'élite allèrent servir l'empereur dans ses guerres d'Italie. Arethas et ses Arabes, soutenus de douze cents Romains, eurent ordre de passer le Tigre et de ravager les moissons de l'Assyrie; province fertile, qui depuis long-temps n'avait pas éprouvé les calamités de la guerre : mais les plans de Bélisaire furent déconcertés par l'intraitable indocilité d'Aretbas, qui ne revint point au camp et n'envoya aucune nouvelle de ses opérations. Le général romain, attendant avec inquiétude, demeurait immobile darks les mêmes positions : le temps d'agir s'écoulait, et le soleil brûlant de la Mésopotamie enflammait des ardeurs de la fièvre le sang de ses
soldats européens. Cette diversion, toutefois, avait eu
(i) Voyez V Histoire publique de Procape {^Pcrsic. , I. 11 , c. 16, 18 , 19 , 20 , 21 , 24, 25, 26, 27 , 28). En admettant quelques exceptions^ il est raisonnable de se refuser aux insinuations malveillantes des anecdotes (c. 2 , 3 ) , avec les noies d'Alemannus, auxquelles je renvoie toujours.
quelque succès en forçant Chosroès à revenir precîpitamment défendre ses états; et si le talent de Bélisaire eût été secondé par la discipline et la valeur, ses victoires auraient satisfait les désirs ambitieux du public , qui lui demandait la conquête de Ctesiphon et la délivrance des captifs d'Antioche. A la fin de la campagne , il fut rappelé par une cour ingrate; mais les dangers furent tels au printemps de Tannée suivante , qu'il fallut le renvoyer a la tête des troupes. Le héros, presque seul, se rendit au camp avec une extrême célérité, pour arrêter, par son nom et sa présence, Tinvasion de la Syrie. Il trouva les généraux romains , et entre autres un neveu de Justinien , emprisonnés par leur frayeur dans les murs de Hiérapolis. Au lieu d'écouter leurs timides avis, Bélisaire leur ordonna de le suivre à fluropus, où il voulait rassembler ses forces et exécuter tout ce que la Providence lui inspirerait contre l'ennemi. La fermeté de son maintien sur les bords de l'Euphrate empêcha Chosroès de marcher vers la Palestine; et Bélisaire reçut avec adresse et avec dignité les ambassadeurs ou plutôt les espions du monarque de Perse. La plaine située entre Hiérapolis et la rivière était couverte d'escadrons de cavalerie, composés de six mille chasseurs grands et forts , s'occupant de leur chasse sans paraître craindre aucun ennemi. Les aiTibassadeurs aperçurent sur la rive opposée mille cavaliers arméniens qui semblaient garder le passage du fleuve. La tente de Bélisaire était de la toile la plus grossière ; elle offrait le modeste équipage d'un guerrier qui
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dédaignait le luxe de l'Orient. Les diverses nations enrôlées sous ses drapeaux campaient autour de lui, et l'art avait disposé leur apparent désordre. Les Thraces et les lllyriens se présentaient au front; les Hérules et les Goths dans le centre; les Maures et les Vandales terminaient la perspective; et leurs tentes, placées à quelque distance l'une de l'autre , trompaient sur leur véritable nombre. Leur costume léger semblait annoncer l'activité; un soldat tenait un fouet, un second tenait une épée , un troisième avait un arc, un quatrième maniait sa hache de bataille , et l'ensemble du tableau montrait l'intrépidité des troupes et la vigilance du général. Chosroès fut en effet trompé par l'adresse et intimidé par le génie du lieutenant de Justinien. Ne sachant point quelles étaient les forces d'un adversaire dont il connaissait le mérite, il craignit une bataille décisive dans un pays éloigné, d'où peut-être aucun de ses soldats n'aurait pu porter en Perse ces tristes nouvelles. Le grand roi se hâta de repasser l'Euphrate ; et Bélisaire pressa sa retraite en affectant de s'opposer à cette mesure si salutaire à l'empire, et qu'une armée de cent mille hommes aurait eu de la peine à empêcher. L'ignorance et l'orgueil purent croire , sur le rapport de l'envie, qu'on avait laissé échapper les Perses; mais la conquête de l'Afrique et du royaume des Goths est moins glorieuse que cette victoire qui ne coûta point de sang, et qui appartient en entier au général, puisque le hasard et la valeur des soldats n'y eurent aucune part. Lorsqu'on envoya, pour la a. D. 543,
etc.