HISTOIRE DE L4 DECADENCE
41 seconde fois, Béllsaire de la guerre de Perse à Ta
guerre d'Italie, on put connaître toute l'e'tendue de 1
son mérite, qui avait suppléé au défaut de la disci* pline et du courage. Quinze généraux , sans accord et sans talens , conduisirent au milieu des montagnes de l'Arménie trente mille Piomains qui n'obéissaient point aux signaux, et qui ne gardaient ni leurs rangs ni leurs enseignes. Quatre mille Perses, retranchés au camp de Dubis , vainquirent , presque sans combat , cette multitude désordonnée; la route fut jonchée de leurs armes inutiles; et leurs chevaux succombèrent a la rapidité de leur fuite; mais les Arabes qui combattaient en faveur des Romains eurent l'avantage sur leurs compatriotes du parti opposé. Les Arméniens reconnurent l'empereur pour leur maître ; les villes de Dara et d'Édesse résistèrent à un assaut et à un siège régulier, et la peste suspendit les calamités de la guerre. Une convention tacite ou formelle entre les deux souverains protégea la tranquillité de la frontière de l'Orient; et les armes de Chosroès se bornèrent à la guerre de Colchos ou guerre Lazique, racontée beaucoup trop minutieusement par les historiens du temps (i).
Description La longueur de l'Euxin (2), de Constantinople
(1) Procope ( Persic. , 1. 11, c. i5 , 17, a8 , 29, 3o ; Goth., 1, IV, c. 7-16) , et Agathias( 1. 11, m et jv, p. 55-i3?., 141), racoutcnl longuement , et d'une manière ennuyeuse, la guerre Lazique et les combats des ^Romains et des Persans sur le Phase.
(2) Salluste avait écrit en latin , et Arrieri en grec , le
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a rembouchure du Phase , est de neuf journées de de la Colchî-
(if* (\f* là If)'*
navigation ou de sept cents milles. Le Phase a sa 7yq„e ou de source dans le Caucase d'Ibérie, la chaîne de mon- * i°gre ic. tagnes la plus élevée et la plus escaipée de toute l'Asie : il en descend si rapidement, que, dans un espace peu étendu , on a construit sur son cours plus de cent vingt ponts. Il ne devient paisible et navigable qu'à Sarapana, a cinq journées du Cyrus, qui vient des mêmes montagnes , mais qui suit une direction contraire et va se perdre dans la mer Caspienne, La proximité de ces deux rivières a donné lieu à une route pour les marchandises précieuses de l'Inde qu'on suivait autrefois , ou du moins dont les anciens nous ont laissé le plan. Les cargaisons descendaient l'Oxus, traversaient la mer Caspienne, remontaient le
Périple ou la circumnavigation de l'Euxin. 1". M. de Brosses , premier président du parlement de Dijon , a refait avec un soin singulier le premier de ces ouvrages, qui n'existe plus. ( Hist. de la rcpuhl. rom. , t. n , 1. m , p. 1 99^298 ). Il se hasarde à se mettre à la place de l'historien romain. Pour composer sa description de l'Euxin il a employé tous les fragmens de l'original et tous les auteurs grecs et latins que Salluste a pu copier ou qui ont pu le copier. Ce travail annonce du talent, de la patience et de l'adresse, et le mérite de l'exécution fait oublier la bizarrerie du projet. 2°. Le Périple d'Arrien est adressé à l'empereur Adrien (^>^ Géog, min, , de Hudson , t. i ) , et il contient tout ce que le gouverneur du Pont avait vu de Trébisonde à Dioscurias; les informations qu'il avait reçues sur le pays , depuis Dioscurias jusqu'au Danube , et tout ce qu'il savait de la partie qui g'çtend du Danube à Trébisonde,
Cyrus , et le courant du Phase les portait dans l'Euxin et la Mediterrane'e. Gomme le Phase reçoit successi- "vement les eaux de la plaine de Colchos, sa vitesse diminue en même temps qu'il augmente de force ; il a soixante brasses de profondeur à son embouchure , et sa largeur est d'une demi-lieue; mais une petite île couverte de bois se trouve au milieu du canal : son eau , après avoir dépose un sédiment terreux ou métallique, flotte sur la surface des vagues de la mer, et n'est plus susceptible de corruption. Dans un cours de cent milles, dont quarante sont navigables pour les plus gros navires , il partage la célèbre Colchide (i) ou la Mingrélie (2) , défendue de trois côtés par les montagnes de l'ibérie et de l'Arménie , et dont la côte maritime se prolonge a deux cents
(1) Outre ce que disent en passant sur ce pays, selon l'occasion , les poètes ^ les historiens , etc. , de l'antiquité , on peut consulter les descriptions de la Colchide par Strabon (1. XI, p. 760-763), et par Pline [Hist. nat., vi, 5, 19, etc.)
(2) J'ai suivi trois descriptions modernes de la Mingrélie et des pays adjacens : 1°. une du père Arch. Lamberti ( Relations de Thevenot , part, i , p. 3 1-62 , avec une Carte ) ; il a les lumières et les préjugés d'un Missionnaire; 2°. une seconde de Chardin ( Voyages en Perse, t. i , p. 54 •> 68-168) ; ses observations sont judicieuses, et ses aventures dans ce pays sont encore plus instructives que ses observations; 3°. une troisième de Peyssonel ( Observations sur les Peuples barbares, p. 49» 5o , 5i , 58, 62 , 64 ? 65 , 71 , etc. ; et un traité plus récent sur le Commerce de la mer Noire , tom. 11, j). I 53 ) ; il avait résidé long-temps à Caffa en qualité do consul de France; et son érudition a moins de prix que ses observations personnelles.
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milles , depuis les environs de Trébisonde jusqu'à Dioscurias et aux confins de la Circassie. Une liumi dite excessive y relâche le sol et l'atmosphère; vingthuit fleuves , outre le Phase et les rivières qu'il reçoit , y portent leurs eaux a la mer; et le bruit sourd qui se fait entendre lorsqu'on frappe la terre, semble indiquer les canaux souterrains entre l'Euxin et la mer Caspienne. Dans les lieux oii l'on sème du blé ou de l'orge, le sol est trop mou pour soutenir l'action de la charrue; mais le gom , menu grain qui ressemble au millet et à la graine de coriandre, est la nourriture ordinaire du peuple ; et il n'y a que le prince et les nobles qui mangent du pain. Cependant les vignobles y sont en plus grand nombre que les champs cultivés; et la grosseur des ceps ainsi que la qualité du vin , y annoncent une heureuse terre qui n'a pas besoin des secours du cultivateur. Cette vigueur de végétation tend continuellement à couvrir le pays d'épaisses forêts. Les bois des coHines et le lin des plaines donnent en abondance les matériaux nécessaires à la construction des navires; les quadrupèdes sauvages et domestiques, le cheval, le bœuf et le cochon , y sont singulièreiiient prolifiques, et le nom du faisan annonce qu'il est venu des bords du Phase. Les mines d'or qu'on rencontre au sud de Trébisonde, et qu'on exploite avec un assez grand bénéfice , occasionnèrent une dispute entre Justinien et Chosroès ; et il y a lieu de croire qu'une veine de ce métal précieux doit se trouver également répandue dans le cercle des collines, quoique
ces trésors secrets soient négliges par la paresse des Mingreliens ou cachl^s par leur piudence. Les eaux sont remplies de particules d'or, et on a soin de les passer dans des cribles de peaux de mouton; mais cet expédient, qui a peut-être produit une fable merveilleuse, présente une faible idée de la richesse que donnait une terre vierge a la puissance et à l'industrie des anciens rois. Nous ne pouvons croire à leurs pajais d'argent et à leurs chambres d'or; mais on dit que le bruit de leur opulence excita la cupidité audacieuse des Argonautes (i). La tradition assure, avec quelque apparence de raison, que l'Egypte établit sur les bords du Phase une colonie instruite et civilisée (2) , qui fabriquait des toiles , construisait des navires , et inventa les cartes ge'ographiques. L'imagination des modernes a rempli de villes et de nations florissantes l'isthme situé entre l'Euxin et la mer Caspienne (3); et un écrivain ingénieux, d'après une ressemblance de climat et des rapports de coni-
( 1) Pline , HisL nat. , 1. xxxiii , 1 5. Les mines d'or et d'argent de la Colchide attirèrent les Argonautes. (Strabon, l.i , p. 77). Chardin , avec toute sa sagacité , ne trouva de l'or nulle part, ni' dans les mines ni dans les rivières. Toutefois un Mingrélien perdit une main et un pied , pour avoir montré à Constanlinople quelques échantillons d'or nalif.
(2) Hérodote j 1. 11 , c. 104» io5;p. i5o, i5i ; Diodore de Sicile , 1. i , p. 33, édit. de Wesseling; Denis. Perieget» 68g ; et Eustath. ad loc, Schollast, ad Apollonium yérgonaut.^ 1. IV, 282-291.
(3) Montesquieu, Espr. des Lois , 1. xxi, c. 6. V isthme.^ couvert de villes et de nations qui ne sont plus ^
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înerce qu'il a cru y apercevoir, n'a pas craint de prononcer que la Colchide était la Hollande des anciens (i).
Mais ce n'est qu'au milieu de l'obscurité des con- Mœurs des
*■ ^ ^ naturels du
jectures ou des traditions qu'on voit briller les ri- pays, chesses de la Colcbide ; et son histoire authentique n'offre qu'un tableau continu de misère et de grossièreté. Si on parlait cent trente langues dans le marché de Dioscurias (2), c'étaient les idiomes imparfaits d'autant de tribus ou de familles sauvages st'parées l'une de l'autre dans les vallées du Caucase; et leur séparation, qui diminuait l'importance de leurs rustiques capitales, doit en avoir augmenté le nombre. Aujourd'hui un village de la Mingrélie n'est qu'un assemblage de huttes environnées d'une haie de bois ; les forteresses sont situées au fond des forêts : la ville principale, qu'on nomme Cyta ou Gotatis, est composée de deux cents maisons ; mais il n'appartient qu'aux rois de s'élever jusqu'à l'excès de magnificence que suppose un bâtiment en pierres. Douze navires de Gonstantinople, et environ soixante barques chargées des produits de l'industrie du pays, mouillent chaque année sur la côte; et la liste des
(i) Bouç;a'\n\\\\e [ Mém. de r Je. des inscr, , t. xxvi , p. 33), sur le Voyage d'Hannon et le Commerce de l'antiquité.
(2) Un historien grec, Timosthènes , avait affirmé, in eam CCC nationes dissimilibus linç^uis descendere ; et le modeste Pline se contente d'ajouter : et apostea a nostris CXXX interpreùhus negotla ibi gesta (vi,5)-, mais ensuite le mot fiunc déserta couvre une multitude d'anciennes fictions.
exportations de la Colchide a fort augmenté depuis l'époque où les naturels n'avaient que des esclaves et des peaux a échanger contre du blé et du sel que leur fournissaient les sujets de Justinien. On n'y aperçoit pas la moindre trace des arts , des sciences , ni de la navigation de l'ancienne Colchide. Peu de Grecs désirèrent ou osèrent suivre les pas des Argonautes, et même en y regardant de près, 017 voit disparaître ce qu'on avait pris pour les traces de la colonie égyptienne. La circoncision n'est en usage que chez les Maliométans des côtes de l'Euxin ; et les cheveux crépus et la peau basanée des Africains ne défigurent plus la race la plus parfaite de la terre. C'est dans la Géorgie, la Mingrélie et la Circassie, contrées voisines, que la nature a placé, du moins d'après notre opinion , le modèle de la beauté dans les contours, la couleur de la peau, l'accord des traits et l'expression du visage (i). Selon la destination des deux sexes, les hommes y paraissent formés pour le travail, et les femmes pour l'amour : le sang des nations méridionales de l'Asie s'est épuré , et leur race s'est perfectionnée par cette multitude de femmes que les environs du Caucase leur fournissent depuis si long- temps. La Mingrélie proprement dite,
(1) Buffon ( Hist. nal., tom. m , p. 433-437 ) présente le suffrage unanime des naturalistes et des voyageurs sur ce point. Si au temps d'Hérodote les Labitans de ces pays étalent fteXuyzpoiç et n/^orpi^is {et il les avait observés avec soin) , ce fait précieux est un exemple de l'influence du climat sur une colonie étrangère.
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qui n'est qu'une partie de rancienne Colchos, a exporté long--temps douze mille esclaves par année. Le nombre des prisonniers ou des criminels n'aurait pu suffire à une si grande consommation; mais le bas peuple y vit dans la servitude. La fraude et la violence demeurent impunies dans une communauté sans lois; et les marchés se trouvaient toujours remplis par un abus de l'autorité civile et de l'autorité paternelle. Un pareil trafic (i), qui réduit l'homme à la condition du bétail , peut encourager le mariage et la population, puisqu'une nombreuse progéniture y enrichit d'avides et barbares parens : mais cette source impure de richesses doit empoisonner les mœurs nationales , efOicer le sentiment de Thonneur et de la vertu , et presque anéantir l'instinct de la nature : aussi les chrétiens de la Géorgie et de la Mingrélie sont-ils les plus dissolus des hommes , et leurs enfans en bas âge, qu'achètent les étrangers, sont-ils déjà instruits à imiter les vols de leurs pères et la prostitution de leurs mères. Toutefois , au milieu de la plus grossière ignorance , les naturels du pays montrent de la sagacité et une grande adresse de corps ; quoique le défaut d'union et de discipline les expose à l'invasion de leurs voisins plys puissans,
(i) Un ambassadeur de la Mingrélie arriva à Constantinople avec deux cents personnes ; mais il les mangea ( il les vendit) une à une, jusqu'au moment où il n'eut plus à sa suite qu'un secrétaire et deux valets. (Tavernier, t. i, p. 365). Un autre Mingrélien vendit aux Turcs douze prêtre^ et sa femme pour acheter une maîtresse. (Cliard., t. i, p. 66),