JO HISTOIRE DE LA DÉCADENCE
Scandinaves eut acquis de la stabilité , ils se mêlèrent aux familles des Russes, ils adoptèrent leur religion et leur langage, et Waladimir i^'' eut la gloire de délivrer son pays de ces mercenaires étrangers. Ils l'avaient placé sur le trône , ses richesses ne suffisaient pas à leurs demandes ; mais ils se laissèrent persuader par lui de clierclier un maître non pas plus reconnaissant, mais plus riche, et de s'embarquer poiu" la Grèce où leur valeur trouverait pour récompense , non des peaux d'écureuils , mais de l'or et de la soie. Sur. ces entrefaites , le prince russe avertit l'empereur de Byzance, son allié, de disperser, d'occuper, de récompenser et de contenir ces impétueux enfans du Nord. Les auteurs contemporains rapportent l'arrivée des Varcuigiens qu'ils désignent par leur nom et dont ils font connaître le caractère : ils obtinrent chaque jour plus d'estime et de confiance; on les rassembla à Constantinople, et on les chargea de la garde du palais; ils furent renforcés par une bande nombreuse de leurs compatriotes, les habitans de l'île deThulé : c'est à l'Angleterre que s'applique, dans cette occasion , le nom deThulé, dénomination vague et générale; et les nouveaux Varangiens étaient une colonie d'Anglais et de Danois qui avaient fui le joug des Normands. L'habitude des migrations et de la piraterie avait rapproché les diverses contrées de la terre : ces exilés furent accueillis à la cour de Byzance ; ils y conservèrent jusqu'aux dernières années de l'empire imc loyauté sans lâche , et l'usage de la langue danoise ou au-
T>F, l'empire romain. CriAT». LV. 7I
glaise. L'épaule chargée de leur large hache de bataille à deux tranchans , ils accompagnaient l'empereur au temple , au sénat et à l'Hippodrome ; c'était à leur garde fidèle qu'il devait la tranquillité de son sommeil et de ses festins , et les clefs du palais , du trésor et de la capitale reposaient entre leurs mains également sûres et courageuses (i).
Au dixième siècle , on avait sur la Scythie des oéoîîiapiii
, . I r -1 et coininerc
connaissances géographiques bien plus étendues que ^e la Russie celles des anciens, et la monarchie des Russes tient ^•^■9^°une place imp^ortante dans les notions que nous donne Constantin sur les diverses nations du globe (2).
(i)DucaTi«ea recueilli les passages des auteurs originaux sur l'état et l'histoire des Varangiens à Constantinople(G/n.ç-,T. med. et infirn. grœcitatls , sub voce Bùi^ayyot ; rned. etinjlm. latinilatis , sub voce Vagri. Not. ad Alexiad. Annœ Cornnenœ, p. 256-257-258; Notes sur Villehardouin , p. 296- 299 )• ^°J- ^"^*^ '*^® Remarques de Reiske sur le Ceremoniale aulœ Byzant. de Constantin, t. 11, p. i49-i5o. Saxon le Grammairien assure qu'ils parlaient la langue danoise-, mais si l'on en croit Codin , ils se servirent, jusqu'au quinzième siècle, de l'anglais, leur langue naturelle. nùXuxgt^n^ast 01 Buçeiyyoi >cx']u t)}v '^ttrj^ii^v yXùiÇfUv civ']m nflot îyKXtjvia-i.
(2) Les détails qu'on a sur la géographie et le commerce de la Russie, à celte époque, ont été publiés par l'empereur Constantin Porphyrogenète ( De administrât, imperii ^ c. 2, p. 55-56 -, c. 9 , p. 59-6 1 ; c. 1 3 , p. 63-67 ; c- 37 , p. 1 06 ; c. .^2 , p. ii2-ii3), et éclaircis par les soins de Bayer ( De geographiâ Russiœ vicinarumque regionuin circiter , A. C. 948, in Comment, acadevi. Pctropol^ t. ix, p. 367-423; t. X , p. 371-421 ) , à l'aide des chroniques et des tradition» de la Russie , de la Scandinavie , etc.
Les fils de Ruric régnaient sur la vaste province de Wolodimir, ou Moscow; et s'ils e'taient resserres de ce côté par les hordes de l'Orient, leur empire se prolongeait vers l'occident jusqu'à la mer Baltique et à la Prusse. Du côté du nord , il s'étendait par-delà le soixantième degré de latitude sur ces régions hyperboréennes que notre imagination a remplies de monstres ou couvertes d'une huit éternelle. Ils suivaient du côté du sud le cours du Borysthène jusque dans le voisinage de l'Euxin. Les tribus établies ou errantes dans celte vaste enceinte obéissaient au mtine vainqueur, et formèrent peu à peu une même nation. La langue russe actuelle est un dialecte de l'esclavonne ; mais au dixième siècle, ces deux idiomes étaient bien distincts, etl'esclavon ayant prévalu au midi , il y a lieu de croire que les Russes du Nord, subjugués d'abord par le général varangien , faisaient partie de la race finnique. Les migrations , l'union ou la séparation des tribus errantes ont changé sans cesse le mobile tableau du désert de la Scythie ; mais on trouve sur la plus ancienne carte de la Russie des lieux qui n'ont pas changé de nom, Novogorod (i) et
(i) M. ILévesqne (Histoire de Russie , t. i , p. 60) allribue même aux temps qui précédèrent le règne de Ruric cet orgueilleux proverbe : « Qui peut résister à Dieu et à la grande Novogorod ? u Dans le cours de son histoire , il parle souvent de cette république enfin détruite, A. D. i^^à (t. 11 , p. 252-266). Un voyageur exact, Adam Olearius, décrit
t)E I,'F.Mf»y\l': ROMAIiV. C.IIAP. LV. ']3
Kiow ( 1 ) , les deux capitales , existent dès les premiers temps delamonarcliie.Novbgorod n'avait pas encore obtenu le surnom de Grande .elle n'était pas encore allie'e de la ligue anse'atique, qui, avec les richesses, a répandu enEuropelesprincipesdela liberté'. Kiow ne s'enorgueillissait pas encore de ses trois cents églises, de cette population innombrable , et de ce degré de grandeur et d'éclat qui la firent ensuite comparer à Constantinople par ceux qui n'avaient jamais vu la résidence des Césars. Les deux villes ne furent d'abord que des camps ou des foires , seuls moyens que connussent les Barbares de se réunir pour des opérations de guerre ou de commerce. Ces assemblées toutefois annoncent quelque progrès dans la civilisation. On tira des provinces méridionales une nouvelle race de bêtes à corne , et l'esprit de commerce se répandit sur terre et sur mer, de la Balti(|ae u l'Euxin, et de l'embouchure de l'Oder au port de Constantinople. Sous le règne du paganisme et de
( en i635) les restes de Novogorod , et la route que firent par mer et par terre les ambassadeurs du Holstein (t. i , p. I23-I2g).
(l ) I/i hâc magna civitate , quœ est caput regni , plus irecentœ Ecclesiœhabenlur et nundinœ octo , popull etiam ignota manus ( Eggeliardus, ad A. D. 1018, apud Bayer ^ t. ix, p. 412 )■, il cite aussi (t. x , p. 3g7 ) les paroles de l'annaliste saxon : Cujus (Russiae ) melropoUs est Chive ^ œrnula sceptri ConstatLtinopnlitani ., quœ est clariss'unum decits Grœciœ. Kiow était connue, surtout au onzième siècle, des géographes allemands et arabes.
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la barbarie, les Normands avaient enrichi la ville esclavonnede Jiilin, qu'ils avaient eu soin de se ménager comme entrepôt de commerce (i). De ce port situé à l'embouchure de l'Oder, les corsaires et les marchands arrivaient en quarante- trois jours aux côtes orientales de la Balti(|ue. Les peuplades les plus éloigne'es se mêlaient , et les bocages sacre's de la Courlande étaient, dit- on , ornés de l'or de la Grèce et de l'Espagne {p.). On découvrit une communication facile entre Novogorod et la mer; on traversait du-
(l) /« Odorœ ostlo quâ scythicas aUiiit paludes , nobilis— sima civitas Julinurn , celeherrimam , Barbaris et Grœcis qui siint in circuitu prœstans stationern ; est sane maorima omnium quas Europa claudit civitatum (Adam de Brème, Hist. eccle.s., p. 19); étrange exagération, même pour un écrivain du onzième siècle ! Andersen {^Histor. Déduction qf Commerce ) a traité avec soin ce qui a rapport au commerce de la Baltique et à la ligue anséatique ; je ne connais pas sur cette matière, du moins dans les langues qui nous sont familières, d'ouvrage aussi complet.
(2) Selon Adam de Brème ( De situ Daniœ , p. 58 ) , l'ancienne Courlande se prolongeait sur la côte l'espace de huit journées; et Pierre le Teutoburgien ( p. 68, A. D. i326) donne Memel pour la frontière commune delà Russie, dé la Courlande et de la Prusse. Aurum ibi plurimum ( dit Adam ) divinis , auguribus atque necromanticis omnes domus sunt plence... à toto orbe ibi responsa petuntur maxime ab Hispa— nis {^forsan Zupanis , id est regnlis Lettoviœ') et Grœcis. Ou donnait aux Russes le nom de Grecs , même avant leur conversion ; conversion bien imparfaite, s'ils persistèrent dans l'usage de consulter les sorciers de Courlande (Bayer, t. x, p. 378-402, etc. ; Groùns^^Prolcgotnen., ad Hist. goth.fp. 99).
TsT. LEMPIRr. ROMAIN. CnAP. TV. 7^
rant l'été un golfe, un lac et une rivière navigable; et pendant l'hiver on voyageait sur la surface durcie d'une immense plaine de neige. Des environs de cette ville , les Russes descendaient les rivières qui tombent dans le Borysthène; leurs canots, d'un seul arbre , étaient chargés d'esclaves de tout âge , de fourrures de toute espèce , du miel de leurs abeilles et des peaux de leur bétail , et toutes les productions du Nord étaient apportées et réunies dans les magasins de Kiow. Le mois de juin était communément l'époque du départ de la flotte; le bois des canots servait à faire des rames et des bancs pour des bateaux plus solides et plus grands; ces nouvelles embarcations descendaient sans obstacle le Borysthène jusqu'aux sept ou treize chaînes de rochers, qui coupent le lit et précipitent l«s eaux du fleuve. Il suffisait, pour les chutes peu considérables, d'alléger les embarcations , mais elles ne pouvaient franchir les hautes cataractes ; les matelots étaient obligés de traîner par terre leurs navires et leiu's esclaves sur un espace de six milles , et pendant ce pénible voyage ils étaient exposés aux attaques des brigands du désert (i). A la première île qu'ils rencontraient
(i) Constantin n'indique que sept catai'actes , dont il donne !es noms dans la langue russe et la langue esclavonne. Mais le sieur de Beauplan , ingénieur français , qui avait reconnu le cours et la navigation du Dnieper et du lîorys-» thcne , en compte treize ( 7)ojcz sa nesniption d'Ukraine ; Rouen 1660 , petit in-4°. ). Malheureusement la carte qui
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au-dessous des chutes, les Russes ce'Ie'braient par une fête le bonheur qu'ils avaient d'être e'chappés au pe'ril ; sur une seconde île qui se trouve près de l'embouchure de la rivière , ils re'paraient leurs navires , afin de les mettre en e'tat de commencer le voyage plus long et plus dangereux de la mer Noire. S'ils longeaient la côte, ils gagnaient sans peine la bouche du Danube ; avec un bon vent, ils pouvaient en trente-six ou quarante heures arriver sur le rivage del'Anatolie, et se rendre ensuite à Constantinople. Ils retournaient en Russie avec une riche cargaison de ble', de vin et d'huile , des ouvrages de la Grèce et des e'piceries de l'Inde. Quelques-uns de leurs compatriotes résidaient dans la capitale et les provinces de l'empire grec ; et les traite's des deux nations garantissaient la personne , les biens et les privile'ges du ne'gociant russe (i).
ïipeaitions Mais bientôt on abusa, pour le malheur du genre
navales des i • i, . •
Russes con- humam , d une communication ouverte pour son
accompagne cet ouvrage ne se trouve pas dans mon exemplaire.
(i) Nestor, <7/>»«r/ L 'vesque , Hlst. de Russie , t. i , p. 78- 80. Les Russes se ren laieiit , dit-on , du Dnieper ou du Eorysthène , dans la Bi.lgarie Noi"^ '.: Chozarie et la Syrie. Dans la Syrie ! Et comment, à qi.cl.\ - poque et en quel port de la Syrie ? Au lieix de ILugiu, , ne peut - on pas lire J^vuiiee (Z)e administ. imper. , c. 42 , p. i 1 3 ) ? Le changement est léger. La situation de la Suanie , ei re la Chozarie et la Lazique, explique tout, et on employât encore ce nom au onzième siècle (Cedrenus, 1. 11, p. 770).