‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 5)Chapitre 29 sur 68 · DE L EMPIRE ROMAIIN". CHAP. LVI. I9I · texte numérisé non relu

DE L EMPIRE ROMAIIN". CHAP. LVI. I9I

Un prince fugitif de la maison de Comnène arma Guillaume ii, petit-fils de Roger; et les sujets d'Andronic ne voyant dans leur maître que le plus dangereux des ennemis, accueillirent les Normands comme des amis. Les historiens latins (') se plaisent Dernière à raconter le rapide progrès des quatre comtes qui orecsetdes envahirent la Romanie et soumirent au roi de Sicile °'^'°'*^ *• un assez grand nombre de châteaux et de villes : les Grecs (2) rapportent et exagèrent les cruaute's licen- ^D- "56. cieuses et sacrilèges commises au sac de Thessalonique, la seconde ville de l'empire. Les premiers déplorent la mort de ces guerriers invincibles et confians qui perdirent la vie par les artifices d'un ennemi vaincu; les derniers célèbrent dans des chants de triomphe les victoires multipliées de leurs com-

(1) Je ne puis citer ici d'antres témoins originaux que les misérables Chroniques de Sicard de Crémone (p. 6o3) et de Fossa Nova ( p. 876), qui se irouvent au 7* volume des historiens de Muratori. Le roi de Sicile envoya ses troupes contra nequitiam Andronici..., ad acquirenduin itnperium C. P. Ses soldats furent captl aut con/usi.... decepti y captique par Isaac.

(2) Cinnamus nous manque ici, et nous sommes réduits à Nicétas (/« Jndronico , 1. i , c. 7, 8, 9; 1. 11, c. 1 , in Isaac Angelo, 1. 1 , c. \-k) ■> qui devient un contemporain de beaucoup de poids. Comme il écrivit après la chute de l'empereur et de l'empire, il est exempt de flatterie ; mais la chute de Constaniinople aigrit ses préventions contre les Latins. J'observerai, à l'honneur des lettres, qu'Eustathe , archevêque de Thessalonique , le fameux commentateur d'Homère, refusa d'abandonner son troupeau.

patriotes sur la mer de Marmara ou laProponticle , sur les bords du Strymon et sous les murs de Durazzo. Unerevolution qui punitles crimes d'Andronic, réunit contre les Français le zèle et le courage des Grecs ; les Normands laissèrent dix mille morts sur le champ de bataille, et Isaac l'Ange, le nouvel empereur, eut à disposer de quatre mille captifs , selon qu'en voulut ordonner sa vanité' ou sa vengeance. Telle fut l'issue de la dernière guerre des Grecs et des Normands : vingt anne'es après, les nations rivales avaient disparu ou gémissaient sous un joug étranger, et les successeurs de Constantin ne subsistèrent pas assez long-temps pour insulter à la chute de la monarchie de Sicile.

Guillaume Lc sccptre dc Rogcr passa successivement à son raé ^r M^m-fi'^ ^^^ ^°" pctit-fils, tous deux couims sous le nom vais, roi de (Je Quillaunie , mais distingués parles surnoms op-

Sicile. A. D. ' o i i

ii54. Février posés de Mciuvais ct de Bon. Cependant ces deux 26. A. D. ^, . , . , , . T ,1 A

ii(;6.Mai7. epithetes, qui semblent mdiquer les deux extrêmes

du vice et de la vertu , ne conviennent pas exactement aux deux princes dont on vient de parler. Lorsque le danger et la honte forcèrent le premier de recourir aux armes , il ne dégénéra point de la valeur de sa race ; mais son caractère était mou , ses mœurs étaient dissolues , ses passions opiniâtres et funestes, et il doit répondre à la postérité, nonseulement de ses vices personnels, mais de ceux de Majo , son grand-amiral , qui abusa de la confiance ^ de son bienfaiteur, et qui conspira contre ses jours.

La Sicile avait , depuis la conquête des Arabes, une

DE l'empire romain, chap. lvi. igS forte empreinte des mœurs orientales : on y trouvait le despotisme , la pompe , et même le harem d'un sultan ; une nation chrétienne était opprimée et outragée par des eunuques qui professaient ouvertement ou secrètement la religion de Mahomet. Un éloquent historien de la Sicile ( i) a fait le tableau des malheurs de son pays (2) ; il a peint la chute de l'ingrat Majo; la révolte et le châtiment de ses assas-

(i) JJHistoria Sicula de Hugo Falcando , qui, à proprement parler, se prolonge de l'an 11 54 à l'an 1 169, se trouve au septième volume de la collection de Muralori ( p. 269- 344 ) ; elle est précédée (p25i-258) d'une préface ou d'une lettre éloquente, De calamitatibus Siciliœ. On a surnommé Falcando le Tacite de la Sicile ; et , déduction faite de l'immense différence qui se trouve du premier siècle au douzième, d'un sénateur à un moine, je ne refuserais pas ce titre à Falcando. Sa narration est rapide et claire ; son style a de la hardiesse et de l'élégance ; ses remarques sont pleines de sagacité : il connaissait le monde , et il avait le cœur d'un homme. Je regrette seulement qu'il ait prodigué ses travaux sur un terrain si stérile et de si peu d'étendue.

(2) Les laborieux Bénédictins pensent {^Att de vérifier les Dates , p. 896) que le véritable nom de Falcando est Fulcandus ou Foucault. Selon eux , Hugues Foucault , Français d'origine , qui devint par la suite abbé de Saint- Denis , avait suivi en Sicile son protecteur Etienne de La Perche , oncle de la mère de Guillaume ii , archevêque de Palerme, et grand chancelier du royaume. Falcando a néanmoins tous les sentimens d'un Sicilien , et le titre à'Alurnnus (qu'il se donne lui-même) paraît indiquer qu'il reçut le jour ou du moins qu'il fut élevé dans l'ile.

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