‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 5)Chapitre 40 sur 68 · DE L EMPIRE R0MA.I1V. CHAP. LVII · texte numérisé non relu

DE L EMPIRE R0MA.I1V. CHAP. LVII

contre les plus sages avis , il se hâta de livrer une bataille de'cisive. S'il eût prête l'oreille aux propositions raisonnables qui lui furent faites de la part du sultan, il pouvait encore s'assurer une retraite et peutêtre la paix ; mais Romanus ne vit dans ces ouvertures que la crainte ou la faiblesse de l'ennemi ; et il re'pondit du ton de l'insulte et du de'fi : « Si le Barbare désire la paix , il doit abandonner aux Romains le terrain qu'il occupe , et livrer la ville et le palais de Rey pour gage de sa bonne foi. » Arslan sourit de cet excès de vanité , mais il déplora la mort d'un si grand nombre de fidèles musulmans , et , après une prière fervente , il déclara à ses soldats que ceux qui voulaient se retirer en avaient la permission. Il releva lui-même les crins de la queue de son cheval ; il échangea son arc et ses traits contre une massue et un cimeterre, se revêtit d'un habit blanc , se parfuma de musc, et déclara que s'il était vaincu , le lieu où il se trouvait serait celui de sa sépulture (i). Il avait affecté de rejeter ses armes de trait , mais il attendait la victoire des flèches de la cavalerie turque , dont les escadrons étaient épars en forme de croissant. Romanus , au lieu de distribuer son armée en lignes successives et en corps de réserve , selon la tactique

(i) Les auteurs Grecs ne disent pas d'une manière si claire que le sultan se soit trouvé à la bataille : ils assurent que Arslan donna le commandement de ses troupes à un eunuque, et qu'il se retira au loin , etc. Est-ce par ignorance ou par jalousie, ou bien le fait cst-il véritable?

aSo HISTOIRE DE LA DIÎCADENCE

des Grecs, en fit un bataillon serre', et se précipita avec vigueur contre les Turcs, qui ne résistèrent à Ja force du choc que par l'adroite souplesse de leurs mouvemens. La plus grande partie d'un jour d'été fut employée à cet inutile combat; la prudence et la fatigue le déterminèrent à rentrer dans son camp. Mais une retraite en présence d'un ennemi actif est toujours dangereuse; et du moment où l'on porta les drapeaux sur les derrières , la phalange se rompit par la lâcheté ou la jalousie plus vile encore d'Andronicus , prince rival de Romanus, qui déshonorait sa naissance et la pourpre des Césars (i). Dans ce moment de confusion et de fatigues , les Grecs furent accablés d'ime nuée de traits lancés par les escadrons V turcs , qui , des pointes de leur redoutable croissant, enfermèrent les derrières de l'ennemi. L'armée de Romanus fut taillée en pièces , son camp fut pillé, et il est inutile d'indiquer le nombre des morts et celui des captifs. Les écrivains de Byzance regrettent une perle d'un prix inestimable , et ils oublient de nous dire que cette fatale journée enleva pour jamais c\ l'empire ses provinces d'Asie.

Captiviié Aussi loug-tcnips qu'il demeura quelque espérance,

(i) Il était fils de César-Jean Ducas , frère de l'empereur Constantin (Ducange, Fam. bjzant., p. j65). Nicéphorc Bryennius loue ses vertus ot atténue ses fautes (1. i , p. 3o- 38 ; I. II , ]). 53 ) ; mais il avoue sa haine pour Piomanus ,

» TTuvv e{î (piXiuç ixov "Tr^oç ScKTiXiec, Scylitzes parle plus netlcmeulde la Iraliison d'Aiidionic.

DE l'empire roma^tn. chap. lvii. 33 r Romanus essaya de rallier et de sauver les restes de rr délivrance ses troupes. Voyant le centre où il se trouvait, ouvert ^ear. ^"'*'^' de tous côtes , et environné parles Turcs triomplians, il se battit jusqu'à la fin du jour avec le courage du désespoir , et à la tête des braves guerriers qui demeurèrent fidèles à son drapeau. Ils tombèrent tous autour de lui ; son cheval fut tué ; il fut blessé luimême ; seul et intrépide, il se défendit jusqu'à ce que, pressé par le nombre , il perdît la liberté de ses mouvemens. Un esclave et un soldat se disputèrent la gloire de cette illustre prise ; l'esclave l'avait vu sur te trône de Conslantinople , et le soldat , d'une figure très-difforme , n'avait été admis dans les troupes que sur la promesse de faire des actions de valeur. Romanus , dépouillé de ses armes , de ses pierreries et de sa pourpre , passa la nuit sur le champ df bataille, seul et exposé aux plus grands dangers, au milieu de la foule des derniers soldats. A la pointe du jour, on le présenta à Alp-Arslan , qui douta de sa fortune jusqu'à ce que ses ambassadeurs eussent recoimu Romanus , et que leur témoignage eût été confirmé par la douleur de Basilacius , qui baisa en pleurant les pieds de son malheureux souverain. Le successeur de Constantin, vêtu comme un homme du peuple , fut mené au divan, et on lui ordonna de baiser la terre devant le maître de l'Asie. Il obéit avec répugnance: on dit qu'alors le sultan s'élança de son trône, et qu'il posa son pied sur le cou (i) de l'empereur

(i) Nicéphore et Zonare omettent sagement ce fait, qui

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romain; mais le fait est douteux; etsi,ciansrinsoIence de la victoiie , le sultan se conforma à un usage de la nation des Turcs, la conduite d'Alp - Arslan a d'ailleurs arraché les éloges des fanatiques grecs , et peut servir de modèle aux siècles les plus civilisés. Il releva sur-le-champ le prince captif, et, lui serrant par trois fois la main avec tendresse , il l'assura qu'on n'attenterait ni à ses jours ni à sa dignité, et qu Arslan avait appris à respecter la majesté de ses égaux et les vicissitudes de la fortune. On mena ensuite Romanus dans une tente voisine , où il fut servi avec appareil et avec respect par les officiers du sultan , qui , le matin et le soir , lui donnait la place d'honneur a sa table. Durant une conversation familière de huit jours , le vainqueur ne se permit pas une parole , pas un coup d'œil d'insulte ; mais il censura vivement les indignes sujets qui avaient abandonné leur brave prince au moment du danger, et il avertit doucement son antagoniste de quelques erreurs qu'il avait commises dans la conduite de la guerre. En discutant les préliminaires de la négociation, il demanda à l'empereur quel traitement il s'attendait à recevoir; et la tranquille indifférence de celui - ci donna une preuve de la liberté d'esprit qu'il conservait. « Si vous êtes cruel , lui dit- il , vous m'oterez la vie ; si vous écoutez l'orgueil , vous me traînerez derrière votre char ; et si vous consultez vos intérêts , vous

est rapporté par Scylitzes et Manassès , mais qui paraît difiicile à croire.

DE l'empire J?oMAIA^ crr\p. Lvir. 23!5 accepterez une rançon et vous me rendrez à mon pays. — Mais , continua le sultan , comment m'auriez-vous traité , si le sort de la guerre vous eût été favorable ? » La réponse du prince grec fut dictée par un sentiment que la prudence , et même la reconnaissance , auraient du l'engager à taire. « Si je t'avais vaincu , répondit-il fièrement , je t'aurais fait charger de coups. » Le vainqueur sourit de l'insolence de son captif ; il observa que la loi des chrétiens recommandait pourtant d'aimer ses ennemis et de pardonner les injures , et ajouta noblement qu'il ne suivrait pas un exemple qu'il désapprouvait. Arslan dicta , après un mûr examen , les conditions de la paix et de la liberté de l'empereur ; il exigea une rançon d'un million de pièces d'or , et un tribut annuel de trois cent soixante mille (i) , le mariage des en (ans des deux princes , et la délivrance de tous les musulmans qui étaient au pouvoir des Grecs. Romaims signa en soupirant ce traité si honteux pour l'empire ; on le revêtit ensuite d'un cafetan d'honneur; on lui rendit ses nobles et ses patriciens ; et Arslan, après l'avoir embrassé d'une manière affectueuse, le renvoya avec de riches présens et une garde militaire. Romanus , arrivé aux frontières de l'empire ,

(i) Les Ofienlaux attestent la rançon et le tribut , qui sont bien vraisemblables. Les Grecs gardent modestement le silence , si l'on en excepte Nicéphore Bryentiins , qui ose assurer que les articles étaient hk. atctha^ To/natciiv «««j^ij?, et que l'empereur aurait préféré la mort à un honteux traité.

•2?>\ i]istoi:;f. oe la décadencr

appril que le palais et les provinces s'étalent crus de'- , g^agés, envers un captif, de leur serment de fidélité ; il eut peine à ramasser deux cent mille pièces d or , et il envoya cette partie de sa rançon , en avouant tristement au vainqueur son malheur et son impuissance. La générosité , et peut-être l'amlîition du sultan , l'engagèrent à épouser la cause de son allié ; mais la défaite , l'emprisonnement et la mort de Romanus - Diogènes empêchèrent l'exécution de ses projets (i).

Mort d'Aip- Il ne paraît pas que dans le traité de paix, Alp- 1072. Arslan ait exigé de l'empereur captif de lui céder

des provinces ou des villes : les trophées de sa victoire et les dépouilles de l'Anatolie, d'Anlioche à la mer Noire , suffirent a sa vengeance. La plus belle oartie de l'Asie obéissait à ses lois : douze cents princes ou fils de princes environnaient son trône , et deux cent mille soldats marchaient sous ses étendards. Le sultan ne daigna pas envoyer a la poursuite

(1) Les détails de la défaite et de la captivité de Romanus Diogènes se trouvent dans Jean Scylitzes (ad calcern Cedreni, t. 11 , p. 835 - 8Z,3 ), Zonare ( t. 11 , p. 281-284), NicéphoreBryennius(l. 1 , p. 25-32) , Glycas (p. 325-327), Constantin Manassès (p.i'i^), Elmacin { Hàc. Saracen. , p. 343 , 344) , Abulpharage {Djnast. , p. 227 ) , d'Herbelot (p. lo2-io3 ) , de Guignes (t. m , p. 207-211). Outre mes anciennes connaissances, Elmacin et Abulpharage , l'historien des Huns a consulté Abulféda et Benschounah , son abréviateur , une Chronique des califes, par Soyourhi , rKgvplien Abulniahasen , et l'Africain Novairi.

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des Grecs fugitifs; mais il médita la conquête plus glorieuse du Turkestaii , berceau de la maison de Seljouk. Il se porta de Bagdad aux rives de l'Oxus ; on jeta un pont sur le fleuve , et le passage de ses troupes occupa vingt journées. Mais le gouverneur de Berzem, Joseph le Carizmien, arrêta ses progrès et osa défendre sa forteresse contre les forces de l'Orient. Lorsqu'on amena le captif dans la tente royale , le sultan , au lieu de donner des éloges à sa valeur, lui reprocha durement sa folle obstination; irrite' de l'insolence des re'ponses deJosepli, Arslan ordonna de l'attacher à quatre poteaux et de le laisser mourir dans cette affreuse situation. Le Carismien, désespéré, tira son poignard et se précipita vers le trône; les gardes levèrent leur hache de bataille ; leur zèle fut réprimé par Arslan , le plus habile archer de son temps; il tira son arc, mais son pied glissa; le trait ne fit qu'effleurer les flancs du captif, qui plongea son poignard dans le sein du sultan , et qui au même instant fut mis en pièces. La blessure était mortelle , et le prince turc donna cette leçon à l'orgueil des rois. « Dans ma jeunesse, dit-il en mourant , un sage me conseilla de m'humilier devant Dieu , de me défier de mes forces , et de ne jamais dédaigner l'ennemi qui paraît le plus méprisable. J'ai négligé ces avis , et je suis justement puni de cette négligence. Lorsque du haut de mon trône je regardais hier les nombreux bataillons, la discipline et le courage de mon armée, la terre paraissait trembler sous mes pieds, et je disais dans mon cœur :

tu es sûrement le roi du monde , le plus grand et le plus invincible des guerriers. Ces troupes ne sont plus à moi , et pour avoir trop compte' sur ma force personnelle, je meurs sous les coups d'un assassin (i). » Alp-Arslan posse'dait les vertus d'un Turc et celles d'un musulman; sa voix et sa taille inspiraient le respect; de longues moustaches ombrageaient sa figure , et son large turban s'arrangeait en forme de couronne. Les restes du sultan furent de'pose's dans le tombeau de la dynastie Seljoucide, où Ton grava cette belle inscription (2) : « Vous qui

AVEZ vu LA GLOIRE d'AlP-ArSLAN EXALTÉE JUS- QU'AUX CIEUX, VENEZ A MaROU, ET VOUS LE VERREZ

DAîvîs LA poussière;» et ce qui achève de montrer l'instabilité' des grandeurs humaines, l'inscription et le tombeau ont disparu.

Règne et Durant la vie d'Alp-Arslan , son fils aîné, Malek-

prosi)érilé de ^i , . , , , , . . , . ^

Maïuk-sbah. jndAï avait ete reconnu héritier presomptir du trône to()2. ^'''^ f^^^ Turcs ; mais à la mort du sultan , l'oncle de Malek , son cousin et son frère, lui disputèrent la succession : ces trois compétiteurs prirent les armes et

(i) D'Herbelol (p. io3 , 104) et M. de Guignes (t. m , p. 212 , 2i3) racontent, d'après les écrivains orientaux, cette mort intéressante; mais ces deux auteurs n'ont pas conservé d§ns leur récit l'âme d'Elmacin ( Hist. Saracen., p. 344 , Zl\b).

(2) Un critique célèbre (feu le docteur Johnson) , qui a examiné avec tant de rigueur les épitaphes de Pope , pourrait chicaner sur ces mots de cette sublime inscription : Venez a Marou , puisqu'on doit y être au moment où on lil l'inscription.

DE lS-mpire romain, CIIAP. LVII. o/S'J

rassemblèrent leurs troupes; Malek-Shah (i), en triomphant d'eux tous, établit à la fois sa re'putation et le droit de primogeniture. Dans tous les temps la soif de l'autorité a inspiré les mêmes passions et occasionné les mêmes désordres, principalement en Asie; mais au milieu de tant de guerres civiles, il serait difficile de trouver rien d'aussi pur et d'aussi magnanime que le sentiment exprimé dans un mot du prince turc. La veille de la bataille , il priait à Thous , devant le tombeau d'un iman appelé Riza : lorsqu'il se fut relevé, il demanda à Nizam , son visir, qui s'était mis à genoux derrière lui, quel avait été l'objet de sa prière. Le ministre répondit prudemment, et selon toute apparence avec sincérité : « J'ai demandé que la victoire accompagnât vos armes. — Pour moi , répliqua le généreux malek, j'ai prié le Dieu des armées de m'ôter la vie et la couronne, si mon frère est-plus digne que moi de régner sur les musulmans. » Le ciel jugea en sa faveur; le calife ratifia ce jugement, et communiqua pour la première fois à un Barbare , le titre sacré de commandeur des fidèles; mais ce Barbare, par son mérite personnel et l'étendue de son empire , était

(i) La Bibliothèque orientale a donné le texte du règne de Malek (p. 642, 543, 544 , 654-655), et V Histoire générale des Huns (t. m, p. 214-224) répète les mémos faits, avec les corrections et les supplémens qu'on y trouve pour l'ordinaire. J'avoue que sans les recherches de ces deux savans Français , il me serait impossible de me reconnaître dans le monde oriental.

le plus grand prince de son siècle. Après avoir réglé le gouvernement de la Perse et de la Syrie , il partit à la tête d'une armée innombrable pour faire la conquête du Turkestan, que son père avait entreprise. Lorsqu'il passa l'Oxus , des bateliers employés au transport de quelques troupes se plaignirent de ce qu'on avait assigné leur solde sur les revenus d'Antioche ; le sultan marqua son mécontentement de cette assignation déplacée , mais il sourit de l'adroite flatterie du visir. «Ce n'était pas, dit-il, pour différer leur salaire que j'ai clioisi ces lieux éloignés; mais pour attester à la postérité que sous votre règne Antioche et l'Oxus obéirent au même souveraui.» Au reste , cette fixation des limites des états de Malek était beaucoup trop bornée. Il soumit au-delà de rOxus les villes de Bocbara, Carizme et Samarcande ; il écrasa tous les rebelles et tous les sauvages indépendans qui osèrent lui résister. Malek passa le Sihon ou Jaxartes, la dernière frontière de la civilisation des Persans. Les hordes du Turkestan se soumirent à son empire ; son nom fut gravé sur les monnaies et répété dans les prières du Casbgar , royaume tartare situé aux confins de la Chine. De cette frontière de la Chine il étendait à roccident et au midi sa juridiction immédiate ou son autorité de suzerain, jusqu'aux montagnes de la Géorgie, aux environs de Constantinople, à la sainte cité de Jérusalem, et aux bocages parfumés de l'Arabie Heureuse. Au lieu de s'abandonner à la mollesse de son sérail, le roi pasteur ne cessa, soit durant la paix

DE l'fxVIpirf romain, cjïap. iam. aSc) ou durant la guerre, de se tenir en activité, et toujours en campagne. Transportant continuellement son camp d'un lieu à un autre , il fîivorisa successivement toutes les provinces de sa pre'sence , et ou dit qu'il parcourut douze fois la vaste étendue de ses domaines, qui surpassaient en grandeur les états de Cyrus et ceux des califes. Le pèlerinage de la Mecque fut la plus religieuse et lapins éclatante de ces expéditions. Ses armes protégèrent la liberté et la sûreté des caravanes; ses abondantes aumônes enrichirent les citoyens et les pèlerins , et il interrompit la tristesse du désert par des asiles où les voyageurs trouvaient le repos et la fraîcheur. La chasse était son plaisir et même sa passion , et son équipage se composait de quarante-sept mille cavaliers. Ces chasses étaient de véritables tueries ; mais après chacune , il donnait aux pauvres autant de pièces d'or qu'on avait tué de pièces de gibier, faible compensation payée aux dépens du peuple de ce qu'il en coûte pour l'amusement des rois ! Durant la paisible prospérité de son règne , les villes de l'Asie se remplirent de palais et d'hôpitaux, de mosquées et de collèges; on ne sortait guère du divan sans récompense , et jamais sans obtenir justice. La langue et la littérature de la Perse se ranimèrent sous le rès'ne de la maison de Seljouk(i), et si Malek se piqua d'égaler

(i) Voyez un excellent Discours à la fin de Y Histoire de Nadip'Shah , par sir William Jones , el les articles des poètes Amak , Anvari , Raschidi , 'etc. , dans la Bibliothèque orientale.

24o HISTOIRE DE LA DECADENCE

la libéralité d'un Turc moins puissant que lui(i), son palais dut retentir des vers de cent poètes. Le sultan donna des soins plus sérieux et plus éclairés à la réforme du calendrier, qui fut opérée par une assemblée générale des astronomes de l'Orient. Les musulmans sont assujettis, par une loi de Mahomet, au calcul irrégulier des mois lunaires : depuis le siècle de Zoroastre , les Persans ont connu la révolution du soleil, et l'ont célébrée par une fête annuelle (a) ; mais , après la chute de l'empire des mages, on avait négligé Tintercalation: les minutes, les heures s'étaient accumulées , avaient formé des jours , et le commencement du printemps sf-trouyait avancé du signe du bélier à celui des potésons. Le règne de Malek fut illustré par l'ère gélaléenne, et toutes les erreurs passées ou futures se trouvèrent corrigées par un calcul qui surpasse l'exactitude du calendrier julien, et qui approche de celle du calendrier grégorien (3). ^>.

(i) Ce prince turc se nommait Kheder-Khan ; il avait quatre sacs de pièces d'or et d'argent autour de son soplia, et il en donnait des poignées aux poètes qui lui récitaient des vers (d'Herbelot , p. 107). Tout cela peut être vrai, mais je ne conçois pas que Kheder ait pu régner dans la Transoxiane au temps de Malek-Shah , et encore moins qu'il ait pu éclipser Malek par son faste et sa puissance. Je présume que ce prince régna au commencement , et non pas à la fin du onzième siècle.

(2) Voyez Chardin , Voyages en Perse, t. 11, p. 235.

(3) L'ère géialéennc ( Gelalcddin , la Gloire de la foi, était

DE L^EMPIKE ROMAiN, CHAK LVII. a/j I

Les lumières et l'éclat qui se répandirent sur l'A- . ^a mort, ^ , . , A. D. 109a.

sie, dans un temps où l'Europe était plongée dans

la plus profonde barbarie, peuvent être attribués à la docilité plutôt qu'aux connaissances des vainqueurs turcs. Ceux-ci durent une grande partie de leur sagesse et de leur vertu à un visir persan, qui gouverna l'empire sous le règne d'Alp-Arslan et de son fils. Nizam , un des ministres les plus éclairés de l'Orient, était traité par le calife comme l'oracle de la religion et de la science ; le sultan s'en repo^ sait sur lui comme sur le fidèle ministre de son pouvoir et de sa justice. Après une administration de trente ans , la réputation du visir, sa fortune et même ses services lui furent imputés comme autant de crimes. Il fut renversé par les intrigues d'un de ses rivaux unies à celles dune femme , et sa cluile fut accélérée par l'imprudence qu'il eut de dire qu'à son bonnet et à son écritoire, emblèmes de son bffice , se trouvaient attachés, par les décrets cke Dieu, le trône et le diadème du sultan. Ce respectable ministre se vit, à Tàge de quatre-vingt-treize ans, chassé par son maître, accusé par ses ennemis, et assassiné par un fanatique : ses dernières paroles attestèrent son innocence, et Malek, après sa mort, n'eut plus qu'un petit nombre de jours sans gloire;

un des noms ou liires de Malek-Shah ), est fixée an 1 5 inais> A. H. 471 , A. D. 107c). l,e docteur Hyde a rapporté les témoignages originaux des Persans et des Araue?,. (^De Rel/gione veteruin Persaïuin , c. 16, p. aoo-21 1.)

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