‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 5)Chapitre 41 sur 68 · Î2 HISTOIRE DE LA DECADENCE · texte numérisé non relu

Î2 HISTOIRE DE LA DECADENCE

il quitta Ispahan qui avait été le théâtre de cette scène d'iniquité , et se rendit à Bagdad avec le projet de détrôner le calife et de fixer sa résidence dans la capitale des musulmans. Le faible successeur de Mahomet obtint un répit de dix jours, et avant l'expiration de ce terme, Malek fut appelé par l'ange de la mort. Ses ambassadeursà Gonstantinople avaient demandé pour lui la main d'une princesse romaine ; mais l'empereur grec avait éludé la proposition avec décence , et la fille d'Alexis , dont le prince turc avait voulu faire sa femme , parle avec horreur de cet étrange mariage (i). Le calife Moctadi épousa la fille du sultan , mais avec l'absolue condition de renoncer pour jamais à la société de ses femmes et de ses concubines, pour se borner à cette honorable alliance.

Division de La grandeur et l'unité de l'empire turc disparu- SeîjTucLet' »'ent avec Malek-Shah. Son frère et ses quatre fils se disputèrent le trône , et , après plusieurs guerres civiles , le traité qui réconcilia ceux des compétiteurs qui vivaient encore , sépara du reste de l'empire la dynastie persane, la branche aînée et principale de la maison de Seljouk. Les trois branches cadettes étaient celles de Kerman , de Syrie et de

(i) Anne Comnène parle de cette royauté des Persans conime uTsue-i}s KttKoê'uiftoviÇi^av Tnvatç. Elle n'avait que neuf ans à la fin du règne de Malek-Shah (A. D. loga) , et lorsqu'elle dit qu'il fut assassiné, elle confond le sultan avec le \îsir. [Alexias , 1. vi , p. 177 , 178.}

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Roum : la première gouvernait des domaines étendus, mais peu connus (i), sur les rives de l'oce'an indien (2) ; la seconde chassa les princes arabes d'Alep et de Damas ; et la troisième , qui nous inte'^ resse ici , envahit les provinces romaines de l'Asie Mineure. La politique géne'reuse de Malek concourut à leur e'ie'vation; il permit aux princes de son sang , même à ceux qu il avait vaincus dans les batailles , de chercher de nouveaux royaumes dignes de leur ambition , et il n'était pas fâché de se débarrasser ainsi des hommes ardens qui auraient pu troubler la tranquillité de son règne. En qualité de chef suprême de sa famille et de sa nation, le sultan de la Perse recevait de ses frères obéissance et tribut : ce fut à l'ombre de son sceptre que s'élevèrent les trônes de Kerman et de Nicée, d'Alep et de Damas , que les atabeks et les émirs de la Syrie et de la Mésopotamie déployèrent leurs étendards (3) ,

(i) Ils sont si peu connus, qu'après toutes ses recherches, M. de Guignes s'est borné à copier (t. 1 , p. 244 ; t. iir, part, i , p. 269, etc.) l'histoire ou plutôt la liste des Scljoucides de Kerman , qui se trouve dans la Bibliothèque orientale. Cette dynastie a disparu avant la fin du douzième isiècle.

(2) Tavernier, le seul peul-être des voyageurs qui soit allé à Kerman, représente la capitale comme un grand village en ruines , situé à vingt-cinq journées d'ispalian, et à vingt-sept d'Ormus , au milieu d'une contrée fertile. (^oj«gex en Turquie et en Perse , p. 107 i 10.)

(3) Il paraît, d'après le récit d'Anne Comnène , que les

et que les hordes des Turconians couvrirent les plaines de la partie occidentale de l'Asie. Les liens de l'union et de la subordination , affaiblis par la mort de Malek , ne tardèrent pas à se dissoudre : l'indulgence des princes de la maison de Seljouk éleva des esclaves sur le trône ; et, s'il faut employer ici le style oriental , une nue'e de princes s'éleva de la poussière de leurs pieds (i).

Conquête Un priuce du sang royal, Cutulmish, fils d'Izrail, Deureparies fi'^ de Scljouk, était tombé dans une bataille contre io°-Tio84 ^ Alp-Arslan ; et le vainqueur , plein d'humanité , avait répandu une larme sur sa tombe. Ses cinq fils, forts par le nombre de lems adhérens , ambitieux et avides de vengeance, s'armèrent contre le fils d'ArsIan. Les deux armées attendaient le signal, lorsque le calife, oubliant l'étiquette qui lui défendait de se montrer aux yeux du vulgaire , interposa sa médiation respectable aux deux partis. « Au lieu de verser le sang de vos frères , de vos frères par le sang et la foi , réunissez \os forces dans une sainte guerre contre les Grecs, les ennemis de Dieu et de son apôtre. » On profita de ses conseils; le sultan embrassa ses parens rebelles ; l'aîné de ceux -ci , le brave Soliman, accepta le drapeau royal , sous les auspices duquel

Turcs de rA.sie Mineure obéissaient au cachet et au c/iiauss du grand sultan {Alcxias , 1. vi, p. 170) , et qu'il retenait dans sa cour les deux fils de Soliman ( p. t8o).

(1) Pelis de La Croix {Fie de Ge?igi'—}J:an , p. 161 ) cile cette expression d'un poète persan, selon toute apparence.

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il conquit et assura à ses descendans les provinces de l'Eniplre romain qui s'étendaient d'Erzeroum à Constantinople , et aux re'gions inconnues de l'Occident (i). Il passa l'Euphrate avec ses quatre frères : bientôt on vit les tentes des Turcs aux environs du Kutaieli en Phrygie ; et sa cavalerie légère ravagea le pays jusqu'à l'Hellespont et à la mer Noire. Depuis la décadence de l'empire , la pe'ninsule de l'Asie Mineure avait été exposée aux incursions destructives, mais passagères , des Persans et des Sarrasins. Les fruits d'une conquête durable étaient réservés au sultan, et le passage lui fut ouvert par des Grecs qui aspiraient à régner sur les ruines de leur patrie. Le fils d'Eudoxie , prince sans vigueur , avait tremblé six ans sous le poids de la couronne impériale, depuis la captivité de Romanus jusqu'à l'époque où une double rébellion lui fit perdre, dans le même mois, les provinces de l'Orient et de l'Occident. Les deux cliefs qui se soulevèrent portaient le même nom de Nicéphore; mais le prétendant d'Europe se distinguait, par le surnom de Bryennius, du prétendant d'Asie , connu sous celui de Botoniates. Le divan exa-

(i) Dans le récit de la conquête de l'Asie Mineure, M. de Guignes n'a tiré aucun secours des écrivains turcs ou arabes qui se oontenlent de donner une liste stérile des Seljoucides de Roum. Les Grecs ne veulent pas révéler leur ijjnoîninie; et on est réduit à profiter de quelques mots échappés à Scylitzes (p. 860 -863), à Nicéphore Bryennius (p. 88-91 , 92, etc., io3, 104), et à Anne Comnène (y//tMvrti-, p. 91 , y2 , etc., 168 , etc.).

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