HISTOIRE IIE LA DECADENCE
— Dieu le veut en vérité , leur répliqua le pieux Urbain ; que ce mot mémorable , dicté sans cloute par le Saint-Esprit , soit dorénavant votre cri de guerre ; il animera le zèle et le courage des défenseurs de Jésus-Glirist. Sa croix est le symbole de votre salut. Portez-en une rouge, de couleur de sang, sur votre poitrine ou sur vos épaules, comme une marque extérieure de votre engagement irrévocable. » On obéit avec joie ; un grand nombre d'ecclésiastiques et de laïques attachèrent sur leurs habits le signe des croisés (i), et pressèrent Urbain de marcher à leur tête. Le prudent successeur de Grégoire refusa ce dangereux honneur, alléguant pour motif le schisme de l'Église et les devoirs du pontificat. Il recommanda aux fidèles dont le sexe , la profession , l'âge ou les infirmités retenaient le zèle , de seconder, par leurs prières et leurs aumônes, le courage de ceux à qui leurs forces permettaient de servir en personne. Urbain donna le titre et les pouvoirs de légat apostolique à Adhémar, évêque du Puy en Velay, qui avait reçu le premier la croix
(i) Ils le perlaient ordinairement sur l'épauje, brodé en or ou en soie , ou composé de deux morceaux d'éloffe cousus sur l'habit. Dans la première Croisade toutes les croix étaient rouges; dans la troisième, les Fi'ançais conservèrent seuls cette couleur. Les Flamands prirent des croix vertes , et les Anglais adoptèrent les blanches (Ducange, t, 11, p. 65i ). Cependant le rouge paraît être la couleur favorite des Anglais , et en quelque façon la couleur nationale pour les drapeaux et les uniformes militaires.
DÎE l'empire romain. CIIAP. LVIJI. 2^5
de la main du souverain pontife. Le plus ardent des chefs temporels était Raimond , comte de Toulouse; ses ambassadeurs excusèrent son al^sencedu concile, et s'engagèrent pour leur maître. Tous les champions se confessèrent et reçurent l'absolution , avec une exhortation superflue d'inviter leurs compatriotes et leurs amis à les suivre. Le de'part pour la Terre- Sainte fut fixé au jour solennel de l'Assomption, ou au i5 août de l'année suivante (i).
(i) Bongars , qui a publié les relations originales des Croisades , adopte avec complaisance le titre fanatique de Guibert , Gesta Dei/?er Francos ; quelques critiques ont pro. posé de substituer Gei^to Diaboli/?t^/-/vrt«co.y (Hanau, 1611, 2 vol. in— fol.). Je donnerai ici en peu de mots la liste des auteurs que j'ai consultés pour l'histoire de la première croisade, dans l'ordre où ils se trouvent dans la collection , 1°. Gesta Francorum ; 3°. Robert le Moine ; 3°. Balderic ; 4°. Raimond d'Agiles ; 5°. Albert d'Aix;6°. Foulcher de Chartres j 7°. Guibert ; 8°. Guillaume de Tyr , Muratori nous a fourni, çÇ . Radulplius Cadomensis degestis Tancredi ( Script. rer. it. , t. v, p. 285-333 ), et 10°. Bernardus Thesaurarius , De acquisitione Terrœ Sanctœ ( t. vu , p. 664-848). Ce dernier n'était point connu d'un ÏTÎstorien français moderne , qui a donné une longue liste critique des historiens des croisades {Esprit des Croisades, t. i , p. i3-i4i )j et dont je crois pouvoir confirmer la plupart des jugemens. Je n'ai pu me procurer que fort fard ki collection des Historiens français , par Duchesne. 1°. Pétri Tudebodi sacerdotis Sivracensis Historia de Hierosolymitano Itinere ( t. iv, p. 773-8 15) a été fondue dans les ouvrages du premier écrivain anonyme de Bongars. 2°. L'histoire en vers de la première Croisade,
i^t) iiistoirp: de la. DIÎCADJîXCË
Justice des La pratique de la violence est si familière aux hom-
croisades. . i ii i
nies , qu on pourrait supposer qu elle leur est naturelle. Le plus léger prétexte , le droit le plus suspect, nous paraissent un motif suffisant pour armer deux nations l'une contre l'autre; mais le nom et la naîure d'une guerre sainte exigent un examen plus rigoureux , et nous ne devons pas cioire légèrement que les serviteurs d'un prince de paix aient tiré de son fourreau le glaive de destruction sans des motifs respectables , un droit légitime et une nécessité indispensable. On s'éclaire sur la politique bonne ou mauvaise d'une action par la leçon tardive de l'expérience; mais avant d'agir, il faut au moins que la conscience approuve le but et le motif de l'entreprise. Dans le siècle des croisades , les chrétiens de l'Orient et de l'Occident étaient fortement persuadés de la justice et du mérite de leur expédition; leurs argumens se trouvent sans cesse obscurcis par un abus continuel de l'Écrilure et des figures de la rhétorique : mais Ils paraissent insister particulièrement sur le droit naturel etsacri'dedéfendre leur religion, surleurs titres particuliers à la possession de la Terre-Sainte , et sur l'impiété de leurs ennemis, soit niahométans ou païens ( i). i". Le droit d'une juste défense comprend
en sept livres (p. 890-912) est fort suspecte et très-])eu instructive.
(1) Si le lecteur veut exaniiner la ])remlère scène de la première partie de Henri iv, il Irouvera daos le texte de Sliakespeare les clans naturels de l'enthousiasme, et dans les