TE L EMPIRE ROMAIN. CHAP. LVIIF
sans doute celle de nos allies civils et spirituels • il tle'pend de l'existence réelle du danger , et ce danger est plus ou moins pressant en proportion de la haine et de la puissance des ennemis. On a imputé aux mahome'tans une maxime pernicieuse , celle d'extirper par le glaive toutes les autres religions. Cette accusation de la haine ou de l'ignorance est suffisamment réfute'e par le Koran , par l'histoire des conquerans musulmans , et par la toleVance publique et le'gale accordée au culte des chre'tiens ; mais on ne .«îaurait nier que les mahome'tans n'asservissent les Églises d'Orient sous un joug de fer; que, soit en paix , soit en guerre , ils ne s'attribuent , de droit divin et incontestable, l'empire de l'univers; et que les conséquences ne'cessaires de leur croyance ne menacent continuellement les nations qu'ils nomment infidèles , de la perte de leur religion ou de leur liberté'. Dans le onzième siècle, les victoires des Turcs faisaient craindre avec raison cette double perte. Ils avaient soumis en moins de trente ans tous les royaumes de l'Asie, jusqu'à Jérusalem et l'Hellespont , et l'empire grec semblait pencher vers sa ruine. Inde'pendamment d'un sentiment naturel d'affection pour leurs frères, les Latins e'taient personnellement inte'resses à de'fendre Constantinople, la plus puissante
noies du docteur .lohnson les efforts d'uu esprit vigoureux, mais rempli de préjugés , qui saisit avidement louslespi-étextes de haïr et de persécuter ceux qui diffèrcut de ses opinions religieuses.
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barrière de l'Occident , et le privilège de la défense doit s'e'tendre aussi le'gitimement à pre'venir qu'à repousser une invasion : mais le succès de cette entreprise n'exigeait pas des secours si nombreux , et la raison ne peut approuver les effrayantes émigrations qui dépeuplèrent l'Europe et s'ensevelirent inutilement dans l'Asie. 2°. La possession de la Palestine n'aurait contribué d'aucune manière à la puissance ou à la siireté des Latins , et le fanatisme a pu seul entreprendre d'excuser cette conquête d'une petite contrée éloignée. Les chrétiens réclamaient leurs droits sur la terre promise en vertu d'un titre inaliénable scellé du sang de Jésus-Christ; leur^devoir les obligeait, disaient-ils, à chasser de leur saint héritage d'injustes possesseurs qui profanaient son sépulcre et insultaient à la dévotion des pèlerins. On alléguerait vainement que la prééminence de Jérusalem et la sainteté de la Palestine avaient disparu avec la loi de Moïse ; que le Dieu des chrétiens n'est point une divinité locale , et que la possession de Bethléem ou du Calvaire , l'acquisition de sa tombe et de son berceau, ne lui feront point excuser la violation des préceptes moraux de l'Evangile. Ces argumens s'émousseront toujours contre les armes pesantes de la superstition, et les âmes religieuses n'abandonneront pas aisément leurs droitssur la terre sacrée des mystères et des miracles ; 3°. mais les guerres sainles , qui ont ensanglanté tous les climats de ce globe , depuis l'Egypte jusqu'à la Livonie , et depuis le Pérou jusqu'à lludoustan , ont eu besoin
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de s'autoriser de maximes plus générales et plus flexibles. On a supposé souvent et affirmé, dans plusieurs occasions , que la différence de doctrine religieuse suffit pour justifier des hostilités; que les champions de la croix peuvent subjuguer saintement , ou même immoler pieusement tous les mécréans opiniâtres , et que la grâce est l'unique source du pouvoir dans ce monde et du bonheur dans l'autre. Plus de quatre siècles avant la première croisade , les Barbares de l'Arabie et de la Germanie avaient envahi , à peu près vers la même époque et de la même manière , les provinces orientales et occidentales de l'Empire romain. Les conquêtes des Francs furent légitimées par le temps , par des traités et par leur conversion au christianisme ; mais les princes mahométans passaient encore , aux yeux de leurs sujets et de leurs voisins, pour des usurpateurs tyranniques auxquels , soit par la guerre ou la révolte , on pouvait légitimement ravir une possession illégitime (i).
A mesure que les mœurs des chrétiens se corrom- Motifs spi-
, . , ritoels et in-
pirent , leur disciplme de pénitence augmenta de daigeaces. sévérité (2) , et le grand nombre des péchés entraîna
(1) Le sixième discours de Fleury sur l'Hcst. ecclésiasU (p. 223-261) contient un examen raisonné de la cause et des effets des Croisades,
(2) Muratori {Antiq. ital. medii cevi , t. v, Dissert. 68, p. 709-768 ) et M. Chais ( Lettres sur les jubilés et sur les indulgences ^ t. iiy Lettres 7.1 et 22, p. 478-556) discutent