‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 5)Chapitre 59 sur 68 · CHAPITRE LIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIX

L'empire grec sauvé. Nombre , passage 4^s croisés, et événemens de la seconde et de la troisième croisades. Saint Bernard. Règne de Saladin en Egypte et en Syrie. Il fait la conquête de Jérusalem. Croisades maritimes. Richard i«"' , roi d'Angleterre. Le pape Innocent m. Quatrième et cinquième croisades. L'empereur Frédéric ir. Louis ix de France, et les deux, dernières croisades. Expulsion des Francs ou Latins par les Mameluks.

On pourrait , en dérogeant pour un instant à la ffra- Succès d'A-

. , f ,., . . ,f / N , • ïexis. A. D.

vite de ihistoire , comparer 1 empereur (1) Alexis au 1097-1118. jackal, qui suit, dit-on, le lion pour se nourrir de ses restes. Quels qu'aient été ses craintes et son embarras dans le passage de la première croisade, il en fut amplement récompensé par les avantages qu'il tira ensuite des exploits des Francs. Son adresse et sa vigilance lui assurèrent la possession de Nicée , leur première conquête; et son établissement dans ce poste, d'où il menaçait les Turcs, les força à évacuer les environs de Constantinople. Tandis que la valeur aveugle des croisés les entraînait dans le cœur de l'Asie, le rusé empereur des Grecs saisit habile-

(i) Anne Comnène raconte les conquêtes de son père dans l'Asie Mineure {^/Jlcxiad. , 1. xi , p. 321-325 ; 1. xiv, p. 4 1 9 ) ; sa guerre de Cilicie contre Tancrède et contre Bohémond (p. 3^8-342); la guerre d'Épire avec une prolixité insupportable (1. xii , xiii , j). 3/i5 A 06); la mort de Bohéniond ( 1. xiv, p. 4 1 9).

38o HISTOIRE DE LA DECADENCE

ment l'instant où les e'mirs de la côte maritime avaient été rappele's sous les drapeaux du sultan , pour chasser les Turcs des îles de Rliodes el de Chios, et faire rentrer les villes d'Éphèse , de Smyrne , de Sardes , de Philadelphie et de Laodice'e sous le gouvernement de l'empire, qu'il e'tendit depuis l'Hellespont jusqu'aux bords du Me'andre et aux côtes escarpe'es de la Pamphilie. Les e'glises reprirent leur ancienne splendeur; les villes furent rebâties et fortifie'es; ce pays désert fut repeuplé de colonies de chrétiens qu'on engagea sans peine à se retirer de la frontière, dont l'éloignement les exposait sans cesse à de nouveaux dangers. Occupé de ces soins paternels , Alexis peut nous paraître excusable d'avoir oublié la délivrance du Saint - Sépulcre ; mais les Latins l'accusèrent de désertion et de perfidie. Ils lui avaient fait serment d'obéissance et de fidélité ; mais l'empereur s'était engagé à seconder leur entreprise en personne, ou au moins de ses troupes et de ses trésors. Sa retraite honteuse anéantit leur obligation ; et leur épée, l'instrument de leurs victoires , devint le titre et le garant de leur juste indépendance. Il ne paraît pas qu'Alexis ait renouvelé ses anciennes prétentions sur le royaume de Jérusalem (i) ; mais les frontières

(i) Les rois de Jérusalem se soumirent cependant à quelques formes de dépendance ; et dans les dates de leurs inscriptions , dont une est encore lisible dans l'église de Bethléem , ils plaçaient respectueusement avant leur propre nom celui de l'empereur régnant, Dissertât, sur Joinville , sxvii , p. 3ig.

DE l'i;mîmre romain. CHAP, LIX. 38 r de la Cilicie et de la Syrie étaient des possessions plus récentes et plus accessibles à ses troupes. La grande armée des croisés se trouvait anéantie ou dispersée. Bohémond , surpris et fait prisonnier, avait laissé sans chef la principauté d'Antioche ; le prix de sa rançon l'avait chargé d'une dette considérable , et les Normands n'étaient point assez nombreux, pour repousser les hostilités continuelles des Grecs et des Turcs. Dans cette extrémité, Bohémond prit la résolution courageuse de confier la défense d'Antioche à son parent le fidèle Tancrède , d'armer les forces de l'Occident contre l'empire de Byzance , et d'exécuter le projet que lui avaient tracé les leçons et l'exemple de son père Guiscard. Il s'embarqua secrètement, et, s'il en faut croire un conte de la princesse Anne , traversa la mer occupée par ses ennemis , soigneusement caché dans un cercueil (i); il fut reçu en France au bruit des applaudissemens publics, et ie roi lui donna sa fille en mariage. Son retour fut glorieux , puisque les guerriers les plus renommés du siècle consentirent à marcher sous ses ordres. Il repassa la mer Adriatique à la tète de cinq mille chevaux et de quarante mille hommes d'infanterie, rassemblés de toutes les extrémités de l'Europe (2). La

(i) Anne Comnène ajoute que pour compléter l'illusion, on l'enferma dans le cercueil avec le cadavre d'un cuisinier, et elle daigne être surprise que ce Barbare ait pu supporter cette clôture et l'odeur du cadavre. Ce conte ridicule n'est point connu des Latins.

(2) Ats-o &uXtiç y dans la Géographie byzant: ne ^ doit si-

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