‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 5)Chapitre 62 sur 68 · I. • . r ■. mt^ n» • • • 1 rusalem. A · texte numérisé non relu

I. • . r ■. mt^ n» • • • 1 rusalem. A

e sort niteressait 1 Europe et 1 Asie ranmierait les d. 1187. 2

dernières e'tincelles de l'enthousiasme, et que, des °''"^°^'"^" soixante mille chre'tiens qu'elle renfermait encore, chaque homme serait un soldat et chaque soldat un he'ros avide du martyre. Mais la reine Sybille tremblait pour elle-nu^me et pour son mari captif; ceux des barons et des- chevaliers qui avaient pu se soustraire à la mort et à la captivité conservaient, dans cette extre'niité , le même esprit de faction et d'égoïsme. La majeure partie des habitans e'tait compose'e de chre'tiens orientaux que l'expe'rience avait instruits à pre'fe'rer le gouvernement des mahome'tans à celui des Latins (2) , et le Saint - Se'pulcre attirait une populace indigente sans armes et sans courage , qui subsistait de la charité' des pèlerins. .- On fit cependant à la hâte quelques faibles pre'paratifs de de'fense ; mais l'arme'e victorieuse repoussa les sorties des assiégés , plaça ses machines avec succès , ouvrit une large brèche , et planta sur les murs, le quatorzième jour , douze étendards du prophète et du sultan. En vain la reine , les femmes et

(i) Vertot, qui nous donne un récit bien fait de la \tene. du royaume et de la ville de Jérusalem {Histoire des cheva- Urrs (le Malle ^ t. i , 1. n , p. 226-278), y insère deux lettres originales d'un Templier.

(2) Renaudot , Hist. patriar. Alexand. , p. 546.

42 2 HISTOIRE DE LA. DEÇA HENCi:

les moines de la ville, nu-pieds et en procession, allèrent supplier le fds de Dieu de sauver son tombeau des mains sacrilèges des infidèles; il fallut avoir recours à la cle'mence du vainqueur qui repoussa la première deputation par un refus rigoureux , et re'pondit qu'il avait jure' de venger les longues souffrances si patiemmennt endurées par les musulmans ; que l'heure du pardon était passe'e , et le moment arrivé d'expier le sang innocent qu'avaient répandu Godefroi et les premiers croisés. Mais les chrétiens poussés au désespoir firent sentir au sultan, par un courageux effort, que son succès n'était pas encore assuré; et le sultan écouta avec respect un appel au maître commun de tous les humains. Un sentiment d'humanité adoucit la rigueur du fanatisme et de la conquête : Saladin accepta la soumission de la ville , et consentit à épargner le sang des ^hahitans. Les chrétiens grecs et orientaux obtinrent la liberté de vivre sous son gouvernement ; mais il fut statué que tous les Francs et les Latins évacueraient sous quarante jours Jérusalem , et seraient conduits en sûreté dans les ports de l'Egjpte et de la Syrie. Les rançons furent fixées, pour les hommes, à dix pièces d'or, a cinq pour les femmes, et à une pour les enfans. Ceux qui n'étaient point en état de se racheter, restèrent pour toujours en esclavage. Quelques historiens se sont fait un malin plaisir de comparer la clémence de Saladin au massacre de la première croisade : cette différence tiendrait uniquement au caractère personnel du conquérant; mais

r>E l'empire nOMAIN. CIIAP. LïX. /i'a3

on ne doit pas oublier cVallleurs que les chrétiens avaient offert de capituler, que les malioine'tans obstines soutinrent le siège jusqu'à rextréniitë , et que la ville fut emporte'e d'assaut. On doit, à la vérité, rendre justice à Texactitude avec laquelle le sultan exe'cuta les cé)nditions du traité ; et il mérite d'être loué du regard de compassion qu'il jeta sur la misère des vaincus. Au lieu d'exiger rigoureusement sa dette, il accepta une somme de trente mille bysans pour la rançon de sept mille pauvres , et en délivra deux ou trois mille gratuitement. Le nombre des esclaves se réduisit à onze ou au plus à quatorze mille personnes. Dans son entrevue avec la reine , Saladin consola l'infortune de cette princesse par ses discours et même par ses larmes ; il distribua libéralement des aumônes aux veuves et aux orphelins qu'avait faits la guerre ; et tandis que les chevaliers de l'Hôpital combattaient contre lui, le vainqueur compatissant permit à ceux de leurs frères qui , plus vraiment pieux , s'occupaient du service des malades , de continuer leurs soins durant une année. Ces actes de clémence et de vertu méritent l'amour et l'admiration des hommes. Rien n'obligeait Saladin à feindre , et son rigoureux fanatisme l'aurait engagé plutôt à dissimuler qu'à affecter une coupable compassion pour les ennemis du Koran. Lorsque Jérusalem eut été délivrée de la présence des étrangers , le sultan fit son entrée triomphante au son d'une musique guerrière et ses étendards déployés devant lui, La grande mosquée d'Omar, dont

42 i HISTOIRF. DE LA DÉCADrXCK

on avait fait une oglisc , fut de nouveau consacrée à un seul Dieu et à Mahomet son prophète. Les pavés et les murs furent purifiés avec de l'eau rose , et l'on pîaru dans le sanctuaire une chaire faite des mains de Noureddin. Mais , lorsqu'on vit renverser et traîner dans les rues la croix d'or, qui éclatait sur le dôme , les chrétiens de toutes les sectes poussèrent un lamentable gémissement auquel répondirent les joyeuses acclamations des musulmans. Le patriarche avait rassemblé dans quatre coffres d'ivoire les croix, les images, les vases et les reliques de la sainte cité ; le sultan s'en saisit dans l'intention de présenter au calife ces trophées de Tidolâtrie chrétienne. Il consentit cependant à les confier au patriarche et au prince d'Antioche , et ces gages sacrés furent rachetés par l\ichard d'Angleterre au prix de cinquante-deux mille byzans d'or (i).

Troisit'me Les différentes nations pouvaient craindre ou escroisade iKir / 1) 1 • I • I 1 1 / • tr. A. D. P^J'cr 1 expulsion prochame et totale des chrétiens

de la Syrie , qui ne fut cependant accomplie que

plus d'un siècle après la mort de Saladin (a). La

(i) Pour la conquête de Jérusalem , Bohadin (p. Gy-^S) et Abulféda (p. 4o-43) sont nos autorités mahométanes. Dans le nombre des écrivains chrétiens , Bernard-le— Trésorier (c. 151-167) est le plus abondant en détails et le plus authentique. {^Vojez aussi Matthieu Paris, p. 120-124.)

(2) On trouve d'amples détails sur les sièges d'Acre et de Tyr dans Bernard-le- Trésorier ( Z)e acquisit. Terrœ Sanctœ y c. 167-179); dans l'auteur de VJIist. Hieros.

DE l'empire IîOMAIN^. chap. tix. 4^5

résistance de Tyr l'arrêta dans la carrière de la victoire; on avait imprudemment conduit dans ce port toutes les troupes des garnisons qui avaient capitule : elles se trouvèrent en assez grand nombre pour de'fendre la place , et l'arrive'e de Conrad de Montferrat rétablit la confiance et l'union parmi cette multitude indisciplinée. Son père, ve'nérable pèlerin , avait été fait prisonnier a la bataille de Tiberiade ; mais cet e'chec e'tait encore ignoré dans la Grèce et en Italie , lorsque l'ambition et la piété engagèrent le fils à visiter les états de son neveu, le jeune Baudoin. La vue des étendards de Mabomet l'avertit d'éviter la côte de Jaffa; et Conrad fut unanimement reçu comme le prince et le défenseur de Tyr qu'assiégeait déjà Saladin. La fermeté de son zèle , et peut-être la connaissance de la générosité de son ennemi , lui donnèrent la force de braver les menaces du sultan , et de déclarer que, quand même son vieux père serait exposé sur la brèche, il lancerait le premier dard et ferait gloire de descendre d'un martyr (i). On ouvrit le port de Tyr à la flotte des Egyptiens ; mais on retendit brusquement la cbaîne , et cinq galères furent prises ou coulées bas.

(p. II 50-1172); dans lîongars , Abulféda (p. 43-5o) et Bohadin (p. 75-179)

(i) J'ai suivi le récit le plus sage et le plus probable de ce fait. Vertot adopte sans hésiter un conte romanesque dans lequel le vieux marquis se trouve réellement exposé aux traits des assiéijeans.

426 ITiSTOIRE DE LA DÉCADEIVCE

Mille Turcs périrent dans une sortie ; et Saladin , après avoir hrûle ses machines, retourna à Damas, terminant ainsi une campagne si glorieuse par une honteuse retraite. Il eut bientôt à soutenir une tempôte plus redoutable. Des relations pathe'tiques et même des tableaux qui repre'sentaient, d'une manière faite pour émouvoir, l'esclavage et la profanation de Jérusalem, reveillèrent le zèle engourdi de l'Europe. L'empereur Fréde'ric Barberousse et les rois de France et d'Angleterre prirent la croix ; les faibles e'tats maritimes de l'Oce'an et de la Me'diterranee devancèrent la lenteur de leurs immenses préparatifs. Les Italiens, habiles et prévoyans, s'embarquèrent les premiers sur des vaisseaux de Pise, de Gênes et de Venise , qui furent suivis de près par les pèlerins les plus empressés de la France , de la Normandie et des îles de l'Occident. Près de cent vaisseaux se trouvèrent remplis des secours puissans de la Flandre , de la Frise et du Danemarck , et les guerriers du Nord se faisaient distinguer dans la plaine par leur haute taille et leur pesante hache de bataille (1). La voix de Conrad et les murs de Tyr ne purent contenir long-temps cette multitude sans cesse croissante. Ils déploraient l'infortune et révéraient la dignité de Lusignan , que les Turcs avaient

(1) Northmannl et Gol/ii , et cœleri populi insularum qiiœ inler occiclenlein et septentrionem poxitœ sunt , gentes hellicosœ , corporis proceri , rnortis intrepidœ , bipennibus iiinintœ navibus rotitncUs qitœ Ysiiachiœ dicimtur advectce.

dt: l'fmï'ire lîOMAiiv. criAP. ux. /127 relâché , probablement dans l'espérance de désunir l'année des Latins. Il proposa le siéfje de Ptolémaïde , ou d'Acre , à trente milles au sud de Tyr, et la place fut aussitôt investie par trente mille hommes d'infanterie et deux mille chevaux , dont on sembla lui donner le commandement. Je ne m'étendrai siège d'Acre, point sur l'histoire de ce siège mémorable qui dura juiiier. a. d. près de deux ans , et consomma dans un cercle étroit '^'' les forces de l'Europe et de l'Asie. Jamais la flamme de l'enthousiasme ne se montra, dans son impétuosité , plus violente et plus destructive ; les fidèles , tel était le nom comniun aux deux partis , en honorant leurs martyrs, ne pouvaient refuser un tribut de louanges au zèle égaré et au courage de leurs adversaires. Au premier bruit de la trompette sacrée , les musulmans de l'Egypte , de l'Arabie, de la Syrie et de toutes les provinces d'Orient se réunirent sous les drapeaux du serviteur de Mahomet (1). Son camp, soit qu'il l'avançât ou le reculât, ne sVloignait d'Acre que de quelques milles ; et il travaillait jour et nuit à la délivrance de ses frères et à la destruction des chrétiens. On livra , dans le voisinage du mont Carmel , neuf batailles , qui toutes en méritaient le nom ; et telles furent les vicissitudes de la fortune, que le sultan s'ouvrit une fois un chemin

(1) L'historien de Jérusalem (p. 1 108) ajoute les nations de rOrient depuis le Tigre jusqu'à l'Indus , et les tribus des Maures et des Géluliens ; de façon que l'Asie et l'Afrique coaibattaieut contre l'Europe.

438 HISTOIRE DE LA nÉrAnENCE

jusque dans la ville , et que , dans une autre circonstance , les chre'tiens pénétrèrent dans la fente de Saladin. Par le secours des plongeurs et des pigeons, il entretenait avec la ville une correspondance suivie; et dès que la mer se trouvait libre , la garnison épuise'c était remplacée par de nouveaux soldats. La famine, les combats, et l'influence d'un climat étranger, diminuaient tous les jours l'armée des Latins; mais les tentes des morts se remplissaient de nouveaux arrivans qui exagéraient le nombre et la diligence de ceux qui marchaient sur leurs traces. Le vulgaire étonné se laissa persuader que le pape luimême était arrivé dans les environs de Coiistantinople , à la tête d'une armée innombrable. La marche de l'empereur remplissait l'Orient d'alarmes plus sérieuses. C'était la politique de Saladin qui midtipliait les obstacles que Barberousse rencontrait dans l'Asie et peut-être dans la Grèce ; et la joie que lui causa la mort de ce souverain fut proportionnée à l'estime qu'il lui inspirait. Les chrétiens éprouvèrent plus de découragement que de confiance à l'arrivée du duc de Souabe et de cinq mille Allemands , débris de son armée, épuisée par le voyage. Enfin, au printemps de la seconde année , les flottes de France et d'Angleterre jetèrent l'ancre dans la baie de Ptolémaïde ; et l'émulation des deux jeunes rois, Philippe-Auguste et Richard Plantagenet, donna une nouvelle vigueur aux opérations du siège. Après avoir employé tous les moyens, épuisé toutes les ressources, les défenseurs de la ville se soumirent à

DE l'empire romain, cfiap. lix. 429 leur sort; ils obtinrent une capitulation, mais à de dures conditions. On stipula, pour prix de leur vie et de leur liberté , une somme de deux cent mille pièces d'or, la délivrance de cent nobles et de quinze cents captifs d'uno rdre inférieur, et la restitution du bois de la vraie croix. Quelques contestations sur le traité, et quelques délais dans Texécution , ranimèrent la fureur des Francs, et le sanguinaire Richard (i) fit décoller trois mille musulmans presque à la vue du sultan. Par la conquête d'Acre , les Latins acquirent une forte place et un port commode ; mais ils payèrent bien cher cet avantage. L'historien , ministre de Saladin, d'après les rapports des ennemis, évalue à cinq ou six cent mille le nombre des chrétiens arrivés successivement , et celui des soldats morts les armes à la main à cent mille. Il calcule que les maladies et les naufrages en enlevèrent une quantité beaucoup plus considérable ; et que de cette puissante armée , une très-petite partie seulement put retourner sans accidens dans sa patrie (-i).

(1) Bohadin (p. 180) et les historiens chrétiens ne nient ni ne blâment ce massacre. Alacriter jussa complentes (les soldats anglais), dit GeoffroideVinisauf (I. iv, c. 4> P- 346), qui fixe le nombre des victimes à deux mille sept cents. Roger Hoveden les fait monter à cinq raille (p. 697 , 6g8 ). Soit humanité, soit avarice, Philippe-Auguste se laissa persuader de rendre à ses prisonniers leur liberté pour une rançon (Jacques de Yitry , 1. i , c. 98 , p. 1 122).

(2) Bohadin, p. 14. H cite le jugement de Balianus et du prince de Sidon , et ajoute : ex illo mundo qiiaai hominuin

43o HISTOIRE DE LA HÉCADEXCE

Richard Philippe- Auguste et Richard i*^'" sont les deux seuls dans^ir^^pr. ''ois dc Fraiice et d'Angleterre qui aient jamais com-

lestiiie. A.D. jjj^^jj^ SOUS les méuies drapeaux : mais la jalousie 1191, 1 192. ^ J

nationale nuisait continuellement à l'intérêt de la sainte guerre qu'ils avaient entreprise; et les deux factions qu'ils protégeaient dans la Palestine étaient plus animées Tune contre l'autre , que contre l'ennemi commun. Les Orientaux considéraient le roi de France comme supérieur en puissance et en dignité; et en l'absence de l'empereur les Latins le reconnaissaient pour leur chef (i). Ses exploits furent au-dessous de sa renommée; Philippe était brave, mais l'homme d'état dominait dans son caractère. Il se lassa bientôt de sacrifier ses intérêts et sa santé sur une côte stérile, et la prise d'Acre fut le signal de son départ; il laissa dix mille soldats et cinq cents chevaliers sous les ordres du duc de Bourgog^ne pour la défense de la Terre-Sainte, ce qui ne lui fit pas pardonner sa désertion. Le roi d'Angleterre , quoique inférieur en dignité, surpassait son rival en

paitcissimi redierunt. Parmi les chrétiens qui périrent devant A.cre , je trouve les noms anglais de Ferrers, comte de Derby (Dugdale, Baronnoge , part, i, p. 260) , Mowbray ( idem , p. i 24) 1 de Mandevil , de Fiennes , et Saint Joliu , Scrope , Pigot , Talbot , etc.

( I ) Magnus hic apud. eos , interque leges eoritm tnin vir~ tute , tuin inajcxtate eminens,... sumrnus reruin arbiter (^Bohadin , p. i5c)). Il ne semble pas qu'il ait connu les noms de Philippe ou de Pucbard,

DE l'oIPIIIE lîOMAIN. CHAP. XTX. /j 3 1

richesses et en renommt'e militaire (i); et si une valeur brutale et fe'roce suffît pour constituer l'héroïsme , Richard Plantagenet doit tenir un des premiers rangs parmi les héros de son siècle. La me'moire de Cœur-de-Lion fut long-temps chère et glorieuse aux Anglais. Soixante ans après sa mort, les petits-fils des Turcs et des Sarrasins qu'il avait vaincus, le célébraient dans leurs proverbes. Les mères de Syrie se servaient de son nom pour imposer silence à leurs enfans ; et lorsqu'un cheval faisait un écart, on entendait ordinairement son cavalier s'écrier : « Croistu que le roi Richard soit dans ce buisson (a)? » Sa cruauté envers les musulmans était un effet de son zèle et de son caractère ; mais je ne puis me persuader qu'un soldat si prompt et si courageux à se servir de sa lance, se soit abaissé à recourir au poignard, contre son collègue, le vaillant Conrad de Montferrat, qui périt à Acre assassiné par une main inconnue (3). Après la prise d'Acre et le départ

(^ï^ Rex AngUœ pi œstrcnuus... rege Galloriun minor opud eos censebatur rallone regiii atque dignitatis ; scd tum dUntils florentior, tum hellicd virtute multo erat ccleurlnr (Boliadin , p. 161 ). Un étranger peut admirer ces richesses, mais les historiens nationaux lui apprendraient de quelles tyrannies et de quelles funestes déprédations on s'était servi pour les amasser.

(2) Joinville , p. 17. « Cuides-lu que ce soit le roi Ricl'.ard ? »

(3) Cependant il était coupable de ce crime aux yeux des musulmans , qui attestent que les assassins confessèrent

tle Philippe ,1e roi d'Angleterre conduisit les croise's à la conquête delà côte n)aritime , et ajouta les villes de Jaffa et de Ce'sare'e aux de'bris du royaume de Lusignan. Une marche de cent milles , depuis Acre jusqu'à Ascalon , ne fut durant onze jours qu'un grand et perpe'tuel combat. Abandonne de ses troupes , Saladin se trouva sur le champ de bataille accompagné seulement de dix-sept de ses gardes , et v demeura sans baisser ses e'tendards ou faire cesser le bruit de sa trompette. Il parvint à rallier ses soldats et à les ramener contre les ennemis ; ses prédicateurs ou ses hérauts sommèrent d'une voix forte les unitaires de tenir ferme contre les chrétiens idolâtres ; mais l'effort de ces idolâtres était irrésistible , et ce ne fut qu'en démolissant les murs et les bâtimens d'Asca- Ion que le sultan put les empêcher d'occuper cette importante forteresse située sur les confins de l'Egypte. Durant un hiver rigoureux, les armées restèrent dans l'inaction ; mais dès le commencement du printemps, les Francs, conduits par le roi d'Angleterre, s'avancèrent à une journée de Jérusalem ; et la vigilance de Richard intercepta un convoi ou caravane de sept mille chameaux, Saladin (ij s'était

qu'ils étaient envoyés par le roi d'Angleterre ( Bohadin , p. 2a5 ); et sa défense ne consiste que dans une supposition absurde et palpable ( Hist. de t Acad. des inscript. , t. xvi , p. 1 55-1 63), une prétendue lettre du prince des Assassins, le sceik ou Vieux delà Montagne , qui justifiait Richard, eu j)renant sur lui le crime ou le mérite de ce meurtre. (i) Ployez la détresse et la pieuse fermeté de Saladin

Dï l'empire romain. CHA.P. LIX. 4^3

renfei mé dans la sainte cite , mais elle était devenue le séjour de la discorde et de la consternation. Il pria, jeûna, prêcha et offrit de partager les dangers du siège; mais soit attachement, soit esprit de révolte, ses mamelucks, encore frappés du malheur récent de leurs compagnons d'Acre , pressèrent le sultan par des clameurs de réserver sa personne et leur valeur pour la défense de la religion et de l'empire (i). La brusque retraite des chrétiens délivra les musulmans, qui l'attribuèrent à un miracle (2); Richard vit ses lauriers flétris par la prudence ou l'envie de ses compagnons. Sur une montagne d'où l'on découvrait Jérusalem , le héros se voila le visage , et s'écria dun ton d'indignation : « Ceux qui refusent de délivrer le Saint-Sépulcre de Jésus-Christ sont indans la description de Bohadin (p. 'j-q , 335 287 ) , qui harangua lui-même les défenseurs de Jérusalem ; leurs terreurs n'étaient point un mystère pour les ennemis (Jacques de Vitry , 1. 1 , c. 100, p. iiaS ;Vinisauf, 1. v, c. 5o,p. 'igg).

(i") Ce])endant , à moins que le sultan ou un prince Ayoubite ne restât dans Jérusalem, nec Curdi Tiucix , nec Turcl Curdis cssent obleinperaturi (Bohadin, p. 236). Il soulève un coin du voile politique.

(2) Bohadin (p, 237) et même Geoffroi de Vinisauf (I. vi, c. 1-8, p. 403-409) attribuent la retraite à Richard luimême , et Jacques de Vitry observe que dans l'impatience du départ, in alterum virum miUatu-i est (p. i 19.3). Cependant Joinville , chevalier français, accuse la jalousie de Hugues, duc de Bourgogne (p. 1 16), sans supposer, comme Matthieu Paris , qu'il s'était laissé corrompre par l'or de Saiadin.

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