‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire RomainChapitre 14 sur 105 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

tMf «tioa et (Trannie de Maximin. — Bâxnioa en A(Hqae et m Italie, mmu l'aulorilé da séBat. — Guerres «JTJIet et fédilioot. — Mort* violente* de Maxiaio et de *0Q fiU, de Haximeet de Balbia, et de* Iroi* Gordien*. — Uiurpation et jeux *écalaire* de Philippe.

De tous les gonvememens établis parmi les hommes, une monarchie héréditaire est celui qui semble d'abord prêter le plus au ridicule. Quel spectacle en effet, à considérer vaguement les choses, que de voir, à la mort du père, la propriété d'une nation, semblable à celle d'un vil troupeau , passer à un enfant au maillot, également inconnu au genre humain et à lui-même ! Peut-on le contempler sérieusement? Peut-on n'être pas étonné que les guerriers les plus braves, que les citoyens les plus habiles, renonçant à leur droit naturel, s'approchent du berceau royal les genoux ployés, et fassent à cet enfant des protestations d'une fidélité inviolable ? Telles sont les couleurs sous lesquelles la satire et la déclamation peignent ce tableau : mais elles ont beau le charger; en y réfléchissant mûrement, on sent combien est respectable et utile un préjugé qui règle la succession , et qui la rend indépendante des passions humaines. On appland t de bonne foi à tout ce qui concourt à enle«er à la multitude le pou-

voir dangereux et réellement idéal de se doaner un chef.

Dans le silence de la retraite on peut tracer des formes de gouvernement, où le sceptre soit remis constamment entre les mains da plus digne par le suffrage libre et incorruptible de toute b société ; mais l'expérience détruit ces édifices élevés par une imagination fantastique, et nous apprend que, dans un grand état, l'élection d'un monarque ne peut jamais être dévolue ù la partie la plus nombreuse, ni môme la plus sage du peuple. L'armée est la seule classe d'hommes suffisamment uni pour embrasser les mêmes vues, et revêtus d'une force assez grande pour les faire adopter aux autres citoyens. Mais le caractère du soldat, accoutumé à la violence et à l'esclavage , le rend incapable d'être le gardien d'une constitution légale ou même civile. La justice, l'humanité et la sagesse qu'exige la politique, lui sont trop peu connues, pour qu'il apprécie ces qualités dans, les autres. La valeur obtiendra son estime, et la libéralité achètera soa suffrage; mais le premier de ces deux mérites se trouve souvent dans les ûmes les plus féroces; l'autre ne se développe qu'aux dépens du public; et ils peuvent tous les deux être dirigés contre' le possesseur du trône par l'ambitioa d'un rival entreprenant.

La supériorité de la naissance, lorsqu'elle est consacrée par le temps et par l'opinion publique, est de toutes les distinctions la plussimple et la moins odieuse. Le droit reconnu enlève à la faction ses espérances; et l'assurance du pouvoir désarme la cruauté du monarque. C'est à l'établissement 'de ce priorcipe, que nous sommes redevables de la suecession paisible et de la douée administration de nos monarchies européennes. £n Orient, où cette heureuse idée n'a point encore pén6> tré, on despote est souvent obligé de répandre le sang des peuples, pour se frayer un chemin au trône de ses pères. Cependant, même en Asie, la sphère des prétentions est bornée, et ne renferme que les princes de la maison régnante. Dèsque l'heureux candidat a éloigné ses frères par l'épée ou par le cordon, aucun autre sujet ne lui cause la moindre inquiétude. Maisrempireromain,après que l'aa-

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PAR ED. GIBBON. CB. VH

toritë du sénat fut tombée dans le mépris, deviatoB théâtre de confusion. Les rois, les princes de leur sang, et ménie les nobles des provinces, avaientété autrefois menés en triomphe devant le char des superbes républicains. Les anciennes faonlles de Rome, écrasées sous la tyrannie des Césars, n'existaient plus. Ces princes avaient été «nchatnés par les formes d'une république; et jamais ils n'avaient en l'espoir de se voir renaître dans leur post^ rite ' : ainsi leurs snjets ne pouvaient se former aucune idée d'une succession héréditaire. Comme la naissance ne donnait aucun droit au trône, chacun se persuada que son mérite devait l'y faire monter. L'ambition, n'étant plus retenue par le frein salutaire de la loi et du préjugé, prit im vol hardi ; et le dernier des hommes pouvait espérer d'obtenir dans l'armée, par sa valeur et avec le secours de la fortane, un poste dans lequel «n seul crime le mettait en ^t d'arracher le sceptre du monde à un maître faible et détesté. Après le meurtre d'Alexandre Sévère et l'élévation de Haximin, aucun empereur ne dut se croire en sûreté. Un paysan, un barbare pouvait aspirer à cette dignité auguste, et en même temps si dangereuse.

Trente-deux ans environ avant cette époque, l'empereur Sévère, à son retour d'une expédition en Asie, s'arrêta dans la Thrace pour célébrer, par des jeux mUitaires, le jour de la naissance de Géta, le plus jeune de ses fils. Les habitans du pays s'étaient assemblés en foule pour contempler leur souverain. Un jeune barbare, de taille grotesque, sollidta vivement dans son langage grossier la permission de disputer le prix de la lutte. Comme l'oii^eil des troupes aurait été humilié, si un simple paysan de Thrace eût terrassé un soldat romain, on mit d'abord le barbare aux prisés avec les plus forts valets du camp. Seize d'entre eux tombèrent successivement sous ses coups: il obtint pour récompense quelques petits présens et Ut liberté de s'enrôler dans les troupes. Le jour

< n n'y avait pas en d'exemple de trois générations successives snr le trOne ; seulement on avait tu trois fils gouverner l'empire après la mort de leurs pires. Malgré le divoree , le« mariiges des césars (tarent en général iniVoctuaix.

suivant on le vit au milieu des nouvelles recrues, dansant et célébrant sa victoire selon l'usage de son pays. Dès qu'il s'aperçut qu'il s'était attiré l'attention de Sévère, il s'approcha du cheval de ce prince, et le suivit à pied dans une course longue et rapide, sans paraître £atigué. t Jeune homme, dit l'empereur * étMiné, es-tu maintenant disposé à lutter ? > Très-volontiers, répondit le barbare > ; et aussitôt il terrassa sept des plus forts soldat» de l'armée. Un collier d*or fiit le prix de sa vigueur et de saa activité incroyaÛes: et on le fit entrer immédiatement dans les gardes à cheval, qui accompagnaient toujours la personne du souverain '.

Haximin, car tel était son nom, quoique né snr le territoire de l'empire, descendait d'une race de barbares. Son père était Goth, et sa mère de la nation des Alains. Leur fils déploya tonjotirs une valeur égale à sa force ; et bientôt l'usago du monde adoucit ou plutôt déguisa sa férocité naturelle. Sons le règne de Sévère et de Garacalla , il obtint le grade de centurion, et il gagna l'estime de ces deux princes, dont le premier se connaissait si bien en mérite. La reconnaissance défendit à Maximin de servir sous l'assassin <le Caracalla; et l'honneur ne lui permit pas de s'exposer aux outrages du lâche Elagabale. Il reparut à la cour à l'avènement d'Alexandre, qui lui coufia un poste utile et agréable. La quatrième légion, dont il fut nommé tribun, devint bientôt, sous ses ordres, la mienx disdplinée de l'armée. Il passa successivement par tous les grades militaires *, avec l'api^atidissement général des soldats qui se plaisaient à donner à leur héros favori les noms d'Ajax et d'Hercule ; et s'il n'eAt point conservé dans ses manières une teinte trop forte de son origine sauvage, peut-être l'empereur aurait-41 accordé sa sœur en mariage au fils d'un paysan de Thrace '.

>Hist. Aug.,p.l38

iIlist.Ang.,p.l«>: HéradiM, I. n , ^ 223 ; Àard. Victor. En comparant ces auteurs , il semble que Maximin avait le commandement particulier de la cavalerie Triballienne , et la commission de discipliner les recrues de toute l'arisée. Son biographe aurMl di marquer avec plus de soin set expkntt , et les dilKrcBS grades par lesquels il passa.

3 Voyez la lettre originale d'Alexandre Sévère. Hisl. Ang., p. 149.

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN

(222 dcp. J.-C.)

Ces faveurs, loin d'inspirer à Maximin la fidélité qu'il devait à un maître bienfaisant, ne servirent qu'à enflammer son ambition. Il ne croyaitpas sa fortune proportionnée à son mérite , tant qu'il serait obligé de reconnaître un supérieur. Quoique la sagesse ne le guidât jamais, il avait une finesse naturelle qui lui fit découvrir le mécontentement de l'armée , et qui lui donna les moyens d'en profiter pour s'élever sur les ruines de l'empereur. Il est aisé à la faction et à la calomnie de lancer des Craits empoisonnés sur la conduite des meilleurs princes» et de défigurer même leurs vertus en les confondant avec leurs défauts, auxquels elles tiennent de si près.

Les troupes écoutèrent avec plaisir les émissaires de Maumin; et elles rougirent de leur patience, qui depuis treize ans les retenait honteusement dans les liens d'une discipline pénible, éublie par un Syrien efféminé, qui rampait lâchement aux pieds de sa mère et du sénat, c II est temps, s'écriaient-elles,

> d'abattre ce vain fantôme de l'autorité ci-

> vile, et de choisir pour prince et pour gé- • néral un véritable, soldat, nourri dans les

> camps, accoutumé aux fatigues de la guerre,

> capable, en un mot, de maintenir la gloire de

> l'emiùre et d'en distribuer les trésors aux

> compagnons de sa fortune. >

Une grande armée commandée par l'empereur en personne était alors rassemblée sur les rives du Rhb pour aller combattre les barbares ; et l'on avait confié à Maximin le soin important de discipliner et de passer en revue les nouvelles levées. Un jour, comme il entrait dans le champ d'exercice, les troupes, excitées par un mouvement subit ou par une cons{Mration déjà formée, le saluèrent empereur, firent cesser ses refus obstinés par des acclamations redoublées, et se hâtèrent de consommer leur rébellion, en trempant leurs mains dans le sang d'Alexandre.

Les circonstances de la mort de ce prince sont rapportées différemment. Quelques écrivains ont prétendu qu'il rendit le dernier soupir sans avoir en la moindre connaissance de l'ingratitude et de l'ambition de Maximin. Selon eux, l'empereur, après avoir pris un léger repas en présence de l'armée, s'était retiré pour dormir ; vers la septième heure du

jour, un parti de ses propres gardes pénétra dans la tente impériale, et perça de plusieurs coups ce prince vertueux et sans défiance '.

Si nous ajoutons foi à un récit différent, mais beaucoup plus probable, Maximin fut revêtu de la pourpre par un nombreux détachement, à quelques milles de distance du quartier général; et il comptait plus sur les vœux secrets que sur une déclaration publique de la grande armée. Alexandre eut le temps de ranimer la fidélité expirante de ses troupes ; mais elles levèrent l'étendart de la révolte à l'aspect de Maximin qui se déclara l'ami et le défenseur de l'ordre militaire, et qui fut aussitôt proclamé, par les légions, empereur des Romains.

Alexandre, trahi et abandonné, se retira dans sa tente pour n'être pas exposé, dans ses derniers momens, aux insultes de la multitude. Un tribun et quelques centurions l'y suivirent bientôt l'épée à la main. Au lieu de recevoir le coup fatal avec une ferme résolution, il déshonora, par des cris impuissans et par de vaines supplications, la fin de sa vie ; et sa lâcheté fit succéder le mépris à la juste pitié qu'inspiraient son innocence et son malheureux sort. Sa mère Mammée, qu'il avait accusée hautement d'avoir été la cause de sa ruine par son avarice et par son oi^eil, périt avec lui ; et ses plus fidèles amis furent sacrifiés à la première fureur des soldats. On en réserva seulement quelques-uns pour être par la suite les victimes de la cruauté réfléchie de l'usurpateur. Ceux qui éprouvèrent les traitemens les plus doux furent dépouillés de leurs emplois et chassés ignominieusement de la cour et de l'armée*.

Les premiers tyrans de Rome, Caligula, Néron, Commode, Caracalla étaient tous de jeunes princes sans mœurs et saus expérience', élevés dans la pourpre et corrompus

< Hist. Aug., I». 135. J'ai adouci quelqa6»-imesdescireoiistanees les pins improbables rapportées dans sa ne : autant que l'on en peut juger d'apris la narration de son malheureux biographe , le boufTon d'Alexandre entra par hasard dans la tente de ce prince pendant qu'il donnait, et il le réveilla. La cruote du châtiment l'engagea à persuader aux soldats mécontens de commettre le meurtre.

2 Hérodien , I. n , p. 223-227.

3 Caligula , le plus igé des quatre , n'arait que Tingt-

PAR ED. GIBBON. CH. VU

(222 av. J.-C.)

par l'orgueil dn pouvoir, par le luxe de la conr, et par la Toix perfide de la flatterie. La cruauté de Maximin tenait à un principe différent; la crainte du mépris. Quoiqu'il comptât sur l'attachement des soldats, qui retrouvaient en lui les vertus dont ils faisaient profession, il ne pouvait se dissimuler que son origine obscure et barbare, que son air sauvage et que son ignorance totale des arts et des institutions de la vTe sociale', formaient un contraste défavorable avec le caractère aimable de l'infortuné Alexandre. Il n'avait point oublié que, dans un état plus hnmMe, il avait attendu plus d'une fois à la porte des nobles de Rome, et que souvent l'insolence des esclaves l'avait empêché de paraître devant ces fiers patriciens. Il se rappelait aussi l'amitié d'un petit nombre qui ravait secouru dans sa pauvreté, et qui avait guidé ses premiers pas dans la carrière des honneurs. Mais ceux qui avaient dédaigné le paysan deThft»ce, et ceux qui l'avaient protégé étaient coupables du même crime ; ils avaient tons été témoins de son obscurité. Plusieurs furent punis de mwt; et en livrant aux supplices la plupart de ses bienfaiteurs, Haximin publia en caractères de sang l'histoire ineffaçable de sa bassesse et de son ingratitude*.

L'âme noire et féroce du tyran recevait avidement toute sorte d'impressions sinistres contre les citoyens les plus d'ntingués par leur naissance et par leur mérite. Lorsque le cri de la trahison se faisait entendre, sa cruauté n'avait plus de bornes et devenait inexorable. On avait découvert ou imaginé une conspiration contre sa vie, et Magnus, sénateur consulaire, était nommé comme le principal auteur du complot : il fut mis à mort avec quatre mille de ses prétendus complices ; et cette exécution sanglante ne . fut précédée d'aucune des formes ordinaires

dnq ans lonqu'il monta sur le tr6ne; Caracalla en avait Tiugt-irois , Commode ^-neuf, et Néron seulemenl dbc-

tept.

« n parait qu'A ignorait enUêrement le grec.langne iiiiiTers«nement répandue, el dont l'élude faisail nne partie esseatielle de rédiication.

* Histoire Augustine, p. 141 ; Hérodien , 1. vii , p. 237.

de la justice. Une foule innombrable d'espions et de délateurs infestait l'Italie et les provinces. Sur la plus légère accusation, les prem'iers citoyens de l'État, qui avaient gouverné des provinces, commandé des armées, possédé le consulat et porté les ornemens du triomphe, étaient chargés de chaînes et traînés publiquement devant l'empereur. La confiscation, l'exil ou une mort simple passaient pour des exemples extraordinaires de sa douceur. Il fit enfermer dans des peaux de bétes nouvellement égoi^ées plusieurs des malheureux qu'il destinait à la mort ; d'autres furent déchirés par des animaux ; et quelques-uns expirèrent sous des coups de massue. Pendant les trois années de son règne, il dédaigna de visiter Rome ou l'Italie. Des circonstances particulières l'avaient obligé de transporter son armée des rives du Rhin aux bords du Danube. C'était dans son camp qu'il exerçait un alTreux despotisme qui, soutenu par la puissance terrible de l'épée, foulait aux pieds les lois et l'équité. Il ne souffrait aiiprès de lui aucun homme célèbre par une naissance illustre, par des qualités éminentes ou par des talens pour l'administration. La cour d'un empereur romain retraçait l'image de ces anciens chefs d'esclaves ou de gladiateurs , dont le souvenir inspirait encore la terreur et dont on ne se rapp^ait qù'ea frémissant la puissance formidable'.

Tant que la cruauté de Maximin ne frappa que des sénateurs illustres, ou même ces hardis aventuriers qui s'exposaient, à la cour ou à l'armée, aux caprices de la fortune, le peuple contempla ces scènes sanglantes avec indifférence, et peut-être avec plaisir. Mais l'avarice du tyran , irritée par les désirs insatiables des soldats, envahit enfin les propriétés publiques. Chaque ville possédait un

I On le comparait i Spwtacua etàAthâdOD; Hitt. Angust. p.l4l Quelquefois cepmdant la femme de Maximin savait , par de sages cooseils qu'elle donnait avec cette douceur râ propre à son sexe , ramener le tyran dans la voie de la vérité et de l'humanité. VoyM Ammien IWarcellin, L snr, c. 1 , où il bit allusion à cette droonstance, qu'il a rapportée plus au long sous le règue de GaHicn. On peut voir par les médailles que Paullina était le nom de cette impératrice bienfaisante : le titre de Diva nous

CM avec une grande injustice que l'on accuse c* dernier apprend qu'elle mourut avant Maximm. (Valois, ad loc. historien d'avoir ménagé les vices de Maximin. [ citât.; Amm.; SpanlMÙn, de U. el P. N. lom. n , j». 300).

GIDBOTI I. 14

DÉCADENCE DE

revenu indépendant, destiné i des achats de |>lé pour la multitude, et aux dépenses qu'exigeaient les jeux et les spectades : un seul acte d'autorité fit passer en un moment toutes ces richesses dans le trésor de l'^npereur. Les temples furent dépouillés des pffrandes en or et en argent que la superstition y avait consacrées depuis tant de siècles ; et les statues élevées en l'honneur des dieux, des héros et des souverains, servirent à frapper de nouvelles espèces.

Ces ordres impies ne pouvaient être exécutés sans donner lieu à des soulèvemens et à des massacres. En plusieurs endroits, le peuple aima mieux mourir pour ses aatels que de voir, dans le sein de la paix, ses villes exposées aux déprédations et à toutes les horreurs de la guerre. Les soldats eux-mêmes, qui partageaient ces dépouilles sacrées, tremblaient, en les recevant, de se rendre coiq);d>les de sacrilège. Quoique endurcis à la violence, ils redoutaient les justes reproches.de leurs parens et de leurs amis. Il s'éleva dans tout l'univers un cri général d'indignation qui appelait la vengeance sur la 4éte de l'ennemi commun du genre humain. Enfin, un acte particulier d'oppression souleva contre lui les habitans d'une province jusqu'alors tranquille et désarmée*.

L'intendant de l'Afrique était le digne ministre d'un maître qui regardait les amendes et tes confiscations comme une des branches les plus considérables du revenu impérial. L'exécution d'une sentence inique, portée contre quelques-uns des plus riches habitans de cette contrée , les avait dépouillés de la plus grande partie de leur patrimoine. Dans cette extrémité, le désespoir leur inspira une résolution qui devait compléter ou prévenir leur ruine. Après avoir obtenu trois jours avec beaucoup de difficultés, ils profitent de ce délai pour rassembler dans leurs possessions un grand nombre d'esclaves et de paysans armés de haches et de massues , et entièrement dévoués aux ordres de leurs seigneurs. Les chefs de la conspiration, ayant été admis à l'audience de l'intendant, le frappent de leurs poignards qu'ils avaient ca-

i Hérodien, I. ni p. 23iS; Zosime, 1. 1 , p. 15.

L'EMPIRE ROMAIN ,' (137 av. J.-C)

cfaés sous leurs robes. Suivis aossit&t d'une troupe tumultueuse, ils s'einp^reot de U petite ville de Thysdrus', et arborent l'étendard de la rébellion contre le maître de rempire romain. Ils fondaient leurs espérances sur la ha'me générale qu'avait inspirée Maximin , et ils prirent sagement le parti d'qpposer à ce tyran détesté un empereur q^i «e fût déjà concilié par sa vertu l'amour é» peuples, et dont l'autorité sur la province donnât du poids à leur entr^rise. Gordien, leur proconsul, qu'ils avaient choisi, refiisa de bonne foi ce dangereux honneur. Il les coiijura, les larmes aux yeux, de lui laisser terminer en p^iix une vie innocente , et d^ ne pas le forcer à tremper ses mains déjà affaiblies par l'âge dans le sang de ses concitoyens. Les menaces des rebelle^ le contraignirent d'accepter la poiirpre impériale, seul rempart qui liù restaitdésormaisoontf%la fitreurde Maximin, puisque, sdonle$ maiinwii d'un tyran, on mérite la mort dèsquel'qy a été jugé digne du trône, et qu^ délibërer> c'est déjà se rendre coupable de rébellion*.

La famille de Gordien était une des plus ilfbstres du sénat de Rome. Du côté de et mère, il descendait de l'emperei)r Tr^an, et il remontait, par son père , aux célèbres Gracchus. Une fortune considérable le mit en état de soutenir sa naissance; et dans l'usage qu'il en fit, il dé|doya l'élégance de son goôt et toute la bienfaisance de non ime. Le palais que le grand Pouypée avait autrefois occupé dans la capitate appartenait, depuis plusi^rs générations, à la famille des Gordiens'. On y voyait encore d'aaciea& trophées, et le proconsul d'Afrique raTaitorsé

< Dans le fertile territoire de Bysacène, dnqnaale lieues au sud de Cartbage. Ce fM prâb^bleBMiit GoNka qui donna le titre de cotooie à cette viHe, et qui y fit l>àtir un i>el aniphilbéàtre qi^ le temps a respecté. Voy« lUneraria, WeSseling , p. SO , et les Voyages de Shaw , p. «17.

> Hérodien, 1. m, p. 239 ; Bist. Ang., p. 153.

i Hist. Aug., p. 152; Mare-Antoine s'empara de b bdle maison de Pompée , in Carinii. Apnis 1» Butrt dn triumvir , eDe &t partie du domaine impérial. TratjaB permit aux sénateurs opulens d'adieler ces palais imgnifiqnes , et devenus inutiies au prince ( Pline , panég. c. 50). Ce lut probablement alors que le bisaieul de Gordien fit l'acquisition de la maison de Pompée.

PAR ÉD. GIBBON. Cil

(237 dop. J.-C.)

de plusienrs béant tableaux. Sa maison de canfpagne shnée sur le chemin qui menait à PràDe^e; était famense par des bains d'une besHté etd'nne gMndedr singulières, par trois galeries magnifiques, longnes de cent pieds,et psr im superbe portique élevé sur cent colonnes de quatre espèces de marbre d'nn grand prix*. Les jeux pnbfics dont il fit la dépense semMem être au-desstis de la fortune d'an sujet.! L'unphitbéâtre était rempli de ptasienrs centaines de bétes sauvages et de giadiatenrs*. Ken difSérent des autres magistrats qui célébraient dans Rome seulement m petit nombre de fêtes solennelles, Oordien, lorsqa'il fin édile, d<mtta des spectacles tons les mois ; et, pendaftt son consulat,les principales' viltes d'Italie se ressentirentde sa magnificence. Il fut életvé denx foisù cette dernière dignité par Garacalla et par son saceesseur; car H possédait le rare talent de mériter l'estime des princes veriaenx, sans alarmer la jalousie des tyrans. Sa longue oarrière fat partagée enlK l'élude des lettres et les paistbtes honneurs de Rome. H refusa pmdiemment te commandement des armées et le gouvernemeni des provinces, jusqu'à ee qv'if eAt été nommé proconsul d'Afrique parle sénat, et avec le cons^tement d'Alexoadre*. Tant que ee prince vécut , l'Afrique fut henrense sous l'admtnBtratioh de son digne représentant. Après l'usurpation dn barbare îfaximm , Gordien adoucit les maux qu'il ne ponvait prévenir. Ix>rsqu'il accepta malgré lui la pourpre impériale, il

i Ces quatre espèces de marbres étaient le claudien , le numifBea , le caryslien et le synnadlen ; leurs couleurs n'ont pas été assez bien décrites pour pooroir être parftitéoMU «Mtagnées. 11 ptnit cependant que le calysUai Aait V» vert de aier, «t que le synnadiea était blanc, ■Clé de taches de pourpre ovales. Voyez Saumaise , ad Eut. August. , p. 165.

« Hlsl. Ang., p. 151 , 162 : H faisait paraître qttdqn&- Ms mt l'artne dmt eents «onpies de glatfiateura, jamais màm de cent dnqaante. 11 donna nne fois au cirque cent dwvaox tieilieos et autant de la Cappadoee. Les animaux destinés pour le plaisir de la clmse étaient principalement l'ours, le sanglier , le laureiiu, le cerf, l'élan , l'âne auvage, etc. Le Ho« et râéphant seoftient avoir été réservés pour les anperears.

3 Yoy« dans l'Hist. Ang., p. 152, taleUre originale , qui moBtre à la Ibis le respect d'Aleiandre pour l'autofilé du sénat , et son estime pour le proconsul que cette cofflpegnie avait désigné.

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