‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire RomainChapitre 25 sur 105 · CHAPITRE XVU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVU

Fondation de Conslantinpole. Système politique de Constantin et de ses soeresseurs. De U DiMiiplin« militaire. D« la Cour et des Finances.

L'infortuné Licinius fut le dernier rival qui combattit la puissance de Constantin , et le dernier captif qui servit d'ornement à son triomphe. Après un règne heureux et tranquille , pendant lequel le conquérant avait donné à ses peuples nne capitale , une politique, et une religion nouvelles, il légua la possession de l'empire à sa famille , et les innovations qu'il avait établies furent adoptées et conservées par une longue suite de générations. Le siècle de Constantin-le-Grand et de sa postérité fut fécond en événemens mémorables ; mais l'historien se perdrait dans leur nombre et dans leur variété, s'il ne séparait pas avec soin ceux qui n'ont ensemble d'autre rapport que celui de l'ordre des temps. Il décrira les institutions politiques qui donnèrent de la force et de la stabilité à l'empire , avant d'entrer dans le détail des guerres et des révolutions qui en hâtèrent le déclin. Il adoptera la division inconnue aux anciens, d'affaires civiles et d'affaires ecclésiastiques. Enfin, la victoire des chrétiens et leur discorde intestine présenteront tour à tour des scènes d'horreur et des traits de grandeur dignes d'admiration.

Après la défaite et l'abdication de Lidnins^ son rival victorieux posa les fbndemens d'une ville destinée à devenir un jour la maîtresse de l'Orient, et à survivre à l'empire et à la religion de son fondateur. Les motifs , soit d'orgueil, soit de politique, qui avaient engagé Dioclétien à s'éloigner le premierde la capitale de l'empire, acquirent un nouveau poids par l'exemple de ses successeurs ^ par quarante années d'habitude. Rome fat insensiblement confondue avec les villes conquises, qui avaient long-temps reconnu leur dépendance et sa supériorité ; et la patrie des césars n'inspirait que de l'indifférence à un prince

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guerrier, né sur tes rives du Danube , élevé dans les cours ou dans les armées d'Asie , et revêtu de la pourpre par les légions de la Bretagne. Les Italiens, qui avaient regardé Constantin comme leur libérateur, obéirent servilement aux édits qu'il avait quelquefois la condescendance d'adresser au sénat et an peuple romain; mais ils eurent rarement l'honneur de posséder leur souverain. Pendant la vigueur de son âge, Constantin, se-. Ion les différens besoins de la paix on de la guerre, visitait successivement les provinces de ses vastes états , avec l'appareil imposant de sa dignité, ou volait avec célérité dans celles où sa présences était nécessaire, et se tenait toujours en état de défense contre ses ennemis particuliers et contre ceux de l'empire. Mais, comme il atteignit en même temps le faite de la prospérité et le déclin de sa vie, il conçut alors le dessein de fixer dans une résidence moins variable la force et la majesté du trône. Dans le choix d'une situation avantageuse, il préféra les confins de l'Europe et de l'Â^e, pour en imposer, avec une puissante armée, aux barbares qui habitaient entre le Danube et le Tanaïs, et pour éclairer de plus près la conduite du roi de Perse, qui supportait impatiemment les entraves d'un traité ignominieux. Telles étaient les vues de Dioctétien quand il avait choisi et embelli le séjour de Nicomédie. Mais la mémoire de Dioclétien était justement odieuse au protecteur de l'église , et Constantin n'é-> tait pas insensible à l'ambition de fonder une ville qui pût perpétuer la gloire de son nom. Pendant les dernières opérations de la guerre contre Licinius, il avait eu souvent l'occasion d'adoùrer, comme capitaine et comme homme d'état, l'incomparable position de Byzance , et d'observer combien la nature, en la mettant à l'abri d'une attaque étrangère, lui avait prodigué de moyens pour faciliter et encourager un commerce immense. Plusieurs siècles avant Constantin , un des plus judicieux écrivains de l'antiquité ' avait décrit les avantages de sa situation, qni avait donné l'em-

< Polybe, 1. rr, p. 423, édit. de Casaubon. Ilobs^re que les iiKursioiis des sauvages , babitans de la Thrace , troublerait souvent la paix et resserrèrent queiquefttis l'étendue des domaines des Bfazntins.

GUBon, i.

PAR ÉD. GIBBON. CH. XVIL

pire des mers à une faible colonie échappée de la Grèce , et en avait fait ime répubUque indépendante et florissante .'.

Si nous. examinons Bysance d'après l'étendue qu'elle acquit avec le nom de.ville impériale, nous pouvons nous la représenter comme un triangle inégal. L'angle obtus qui s'avance vers l'orient .et vers les rives de l'Asie est battu par les vagues du Bosphore de Thrace. Le nord de la ville est borné par le port, et le sud est baigné par la Propontide ou la mer de Marmara. La base du triangle regarde l'occident, et termine le continent de l'Europe.

Le canal tortueux à travers lequel les eaux du Pont-Euxin s'écoulent avec une constante rapidité vers la mer Méditerranée reçut le nom de Bosphore , aussi célèbre dans l'histoire que dans les fables de l'antiquité*. Une foule de temples et d'autels expiatoires, profusément épars sur ses rochers et sm* ses bords, attestent les horreurs, l'ignorance et la dévotion des navigateurs de la Grèce, qui» à l'exemple des Argonautes, déploraient les dangers de l'innavigable Euxin. La tradition a long-temps conservé la mémoire du palais de Phinée, infecté par les harpies', et celle du règne d' Amiens le Sylvain, qui proposa le combat du ceste au fils de Léda *. Le détroit

t Le navigateur Byzas , qu'on appelait le fils de Neptune , fonda la ville de ByTance 656 ans avant l'ère diréliome. Ses compagnons étaient originaires d'Argos et de Mégare. Byzance ftit ensuite rebâtie et forliflée par le général laeédémonien Pausanias. (Voyez Sealiger, jùtir madvers. ad Euseb., p. 81 ; Ducange, Constantinopolis, 1. 1 , pvU I, c. 15, 16.) Quant aux guerres des Byzantins contre Philippe , les Gaulois et les rois deBilhynie, on ne peut accorder sa confiance qu'aux anciens écrivains qui vécurent avant que la grandeur de la ville impériale eût donné lieu à la flatterie et aux fictions.

i Le Bosphore a été décrit fort en détail par Denys de Byzance , qui vécut au temps de Domilien (Hudson Géograph. min., t.3) et |nr GiUes ou Gyllius, voyageur français du seizième siècle. Toumefort ( lettre xv ) : a profité de l'érudition de GyUius , et il y t^mtte des remarques qu'il a bites lui-même.

3 Le Clere (Bibliothèque universelle , 1. 1 , p. 148) suppose que les harpies n'étaient que des saiKerdles et il n'y a guère de coiùectures plus heureuses. Le nom de ces insectes, dans la langue syriaque et phénicienne, leurvoi bruyant , la mauvaise odeur et la dévastation qu'dies produisent, et le vent du nord qui les chasse dans la mer , rendent sa conjecture très-vraisemblable.

* Amycus résidait en Asie entre les vieux (^(eauxet

lit

do Bosphore est terminé par les rodhérs de Giqnée, qui, selon les poètes, flottaient autre> fois sur tes eaux , «t avaient été destmés par les dieux i défendre l'entrée de FEuxin contre la euriouté des profenes'. Depuis les rochers de Gianée, qui sont à la pointe du port de Byzance, la longueur siancnse du Bosphore se prolonge l'espace d'environ six milles*, etsa largeur la plus ordinaire peut se calculer à peu près à un mille et demi. Les nouveaux forts d'Europe et d'Asie sonteonslruits sur les deux continens et sur les fondemens des deux temples célèbres de Sérapis et de Jupiter Urius. Les ancien» châteaux , euvrage des empereurs grecs , défendent la parfie la plus étroite du canal, dans un endroit où les bancs de la rive opposée ne sont qu'à cinq cents pas de distance l'on de l'autre. Ces citadelles furent rétablies et fortifiées par Mahomet II, quand il médita le siège de ConstanHnople^ L'empereur ottoman ignorait que, près de deux mille ans avant lui, Darius avait choisi la même pos'rtion pour lier ensemble les deux continens par un pont de bateaux*. A peu de distance des anciens châteaux, on découvre la petite ville de ChrysoiM>6s ou Scutari, qn'on peut r^arder comme le fhubourg de Constantinople, du c6té de l'Asie. Le Bosphore, en se jetant dans la mer de Marmara, passe entre Byzance et Chalcé-

les ehâteun mxik , d«ns un lien «p)>elé Lttarui inseaut. Phinée résidait en Europe, pris du TiDage de Maor»inole, ou de 1« mer Noire. (Voyez GjHius, de Bospb., 1. n, e. mu. Toumefbrt , letlreiv.)

* nnsieiirs rochers terminés en pointe, aHemaUrement éourerts et abandonnés par les ragoes, ooeasionnaient eette méprise. On y voit aqjoordlrai deux petites (les : il y en a nn» près de chacune des eMes. La eotonne de Pompée distingue celle d'Europe.

3 Les anciens rérahurienti rent vingt stades ou (piinze niHIes romains. Ils ne comptaient que depuis les cbàteaux net^; mais ils étendaient le détroit jusqu'à la ville de Cbalcédoine.

* Dneas, Hist. c. xxnr; Lenndavius, Hist. Tureit Musulmanica, 1. xv, p. 577. Sous l'empire grec, ces Châteaux servaient de prisons d'éut, et on leur donnait le nom effrayant de LéOti on Tours d'oubli.

* Darius grava sur deux eolonnes de marbre , en lettres grecques et assyriennes , les noms des peuples auxquels n donnait des lois , et l'immense tableau de ses forces de mer et de terre. Les Byzantins transportèrent ensuite ces colonnes dans leur ville , et ils les employèrent aux aulels de leurs divinités tutélaire». (Hérodot. , 1. 1* , c. 87.)

DÉGADEKGE DE L'EMPIRE BOMAIN,

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doine. La deraière detces villes fut bâtie par les Grecs, quelques années avant l'autre ; et l'aveuglement de ses fondateurs a été tonmé en ridicnle (par une expression de mépris qui a passé en proverbe'), pour avoir négligé ta précieuse position de la côteoppoeée. Le port de Gonstantinople, qu'on peut regarder comme un bras du Bosphore , fat connu très-anciMinement sous le nom de la corne d'or. IjB oonrt>e qu'il décrit a à peu près la fignre du bois d'un cerf, on de la corne d'«n bœnf». L'épithète d'or fait allusion aux richesses que tous les vents amènent des pays les plus éloignés dans le port vaste et sAr de Gonstantinople. La petite rivière de Lycus verse constamment une quantité d'eau douce qui en nettoie le fond , et qui invite les diffërens poissons à s'y réfugier dans le temps dti frai. Gomme le flux. et le reflux sont peu sensibles dans ces mers , la profondeur invariable des eaux permet, dans tous les temps, de décharger les marchandises sur le quai, san» le secours de bateaux , et on a vu en quelques endroits les plus gros vaisseaux rester à not,iandisque letir proue était appuyée con» ire les maisons''. De la bouche du Lycus à l'entrée du port, ce bras da Bosphore a phis de sept milles de longueur. L'entrée a environ cinq cents toises de largeur. On y tendait, dans le besoin , une forte chaîné de fer qui en défendait l'entrée aux flottes ennemies *. Entre le Bosphore et lllellespont, les

< WmmqueartistimoùUer Europton yMam^me 4Ik> vortia Bx»antiam in egctremd Eiiropàpetaén Graei, qiiibus, Pythium JpoUmem OHisuLentibut uiianuie-' rent urbem, redditum oraculum est, quoererqU sedem ctceorum terris adversam. Ed ambage, Chalce dOnU matstraàantiir, quoâ priores ilhte ad^ecti, pntvisd loconan atHitate iHijer» legisant. ( Tacite, AjBolts , su. 62.)

2 Strabon , I. x, p. 492. La plupart des andouillers. sont maintenant brisés , ou , pour parler d'une manière moins figurée, la plupart des recoins dU havre sont comblés. (V tiy}&M , de Bosphoro Thraeio,l.t,t.S.)

i Proeofim, de jSdifieiis ,\. i, «. 5. Les voyageun modernes confirment sa description. (Voyez Théveuot, part.i 1. 1, c. 15; Tournefort, lettre xniNiebuhr.Voyagç d'Arabie, p. 22.)

* Voyez Ducange , C. P., 1. 1 , part, i , c. 16 , et ses observations surV ille41ardoain, p. 289. La ehalne se prolongeait depuis AcropoHs, prés du moderne Kiosk , jasqu'i la tour de Galata , et elle était soutenue de ^stoocc «n dislance par de grandes piles de bois.

PAU ÉD. GIBBON. CU. XYU

(SiAùep. i.-C.)

côtes de l'Europe ee.de TAsie entourent, éb «e retinat , la mer de Maraaani, conaaue des anciens sous le nem de Propôntide; La uhv^atioD , depaiâ la sortie du Bosphtm) | jusqu'à l'entrée de la Propontide , est (f eoviroo cent vin^ milles. Ceux qui dingent lear conrae à l'oceident, en traversant la mer ' de Marmara , peuvent suivre les cAtes e8car> pées de la Thrace et de la Bithynie, sans jamais.perdre de vue la cinie orgueilleuse de rOijrmpe, toùjoiirs coirrerte de neige'. Ils laissent à leur ganche un goife au fond duquel était située la ville de Nicomédie , où IHodétien avait fixé sa résidence impëriate, et ils dépassent les petites Iles de Clique et de Proconnèse, avant de jeter l'ancre à Gallipoy, où la mer, qui sépare l'Europe de l'Asie, se rétrécit de nouveanet forme un canal étroit. Les navigateurs qoi ont examiaé avec le plus d'iatelligenoe et de soin la forme et l'étendue de l'Hellespoiit lui donnent environ soixante milles de conrs sinnenx , et ils évaluent à peu près à trcm milles la largeur de ce oélètûre détroit*. La partie la plus étroite du canal se trouve au nord des anciens forts ottomans , entre les villes de Cestus et d'Abydiis : ce fut là qne l'afrentmier Léandre brava le danger, et passa la mer à la nage , pour voler dons les bras de la tendre Héro'. Ce htt dans ce même endroit où tes bancs des deux rives sont au plus i cinq cents pas

> Thévenol (Voyages au Levant, pari, i , 1. 1 , c. 14) ne eompte que cent vingl-cinq mille Grecs. Belon ( Observalions, 1. n, c. 1) décrit très-bien la Proponlide; mais il M eoatenfe de dire vaguement qu'il Qiut un jour el une nuit de navigalian pour la Iraverser. SaBd]>« (Voyages, p. 2i) indique cent ctoquaute stades pour la longueur el pour la largeur , et on ne peut supposer qu'une faute d'impression dans le texte de ce voyageur judicieux.

* Voycc une diasertatioa admirable sur l'Helle^nl on les Dardaadles, par M. d'Anviile dam les Mémoires de l'Académie des Inscriptions, lom.xxvui, p. 31S^46. Au reste , cet liabile géographe aime trop à supposer des mesures nouvelles el peut-être imaginaires, afln de rendre les écrivains de l'antiqailé aussi exacts que lui. I.es stades qu'emploie Hérodote dans la description de FEuxin , du Bosphore, etc. (I. tv, c. 85 ), devaient être tous de la mfime espèce , et il paraît impossible d'accorder ses calculs cotre enx ou avec la vérité.

' La distance entre Cestus el Abydus éUit de trente stades. M. Mabudel a ftiil voir Finvraisemblance du conte de Héro et Léandre; mais M. de la Nauze le défend d'aprts les poêles et les médailles. (Voyez Académie des Inscriptions , tom. vu ; Histoire, p. 71 ; Mcm, p. 240.)

l'un de l'aiith;, qoo Xeirxès plaça cet incroyiible pootde baAeanx, pour foire passer enËdropecent8oixante^dix myriades de barbares*. Usé mer resserrée dans des lidiites si élroi> tes ne semble gvère mériter l'épithète de -vatte^ qu'Homère et Orphée donnent souvent à l'HeUespoBt. 'Jlilais nos idées de grandeur soat d'Une aattinre rdaâve; lé voyageur, et stirtout le poète qtii naviguait sur I Helles'* pont, oubliait insensiblement la mer, eo soi^ tant ses détours , et en contemplant avce adiairatlon le ^>eetaele pittoresque qui l«r* nine de tous côtés cette riante pen^ective. Son imaginatHHi séduite lui peinait ce d^ troit fameux avec tous les attributs d'nne rivière majestueuse « qui cotdait rapidement entre des coteaux délicieux, et versait enfin ses eaux par une vaste emboacburo dans la mer Egée on l'Archipel*. L'andenne Troie*, située sur une éminence au pied du mont Ida, avait négligé l'entrée del'Hellespont, qui re^' QOît à peine quelques eaux des fameux ruisseaux du Simoïs et du Scamsmdre. Le camp des Grecs occupait un espace de doaze mitks , le long du rivage , entre le promontoire de Sigée et celui de Rhète ; et les flancs de leur armée étaient détendus par les chefs le» plus courageux , qui combattaient sons les drapeaux d'.4^amemiion. Le premier de oc» promontoires était occupé par Achille et ses invincibles Myrmidons. Le dédaigneux AjaX' occupait l'autre. Quand A jax eot fait le sacri-

1 Voyez le septième IfvN d'Hérodote qui élève en cet' endroit de son ouvrage un beau trophée à sa gloire et i

celle de son pays. Lf dériouibreiiieiil de l'armée de Xerx(\s parait avoir été Tait avec assez d'exactitude. Mais la vanité des Perses , et ensuite la vanité des Grecs , Turent intéressées à exagérer l'armement cl la victoire, .le doulo bf^iucoup que , dans une invasion , les assailUins aient jamais surpassé en uumbre la popululion lulalc de la coulrce où ils portaient les armes.

2 Voyez JP'ood's Obscn'ations on Homer, p. 320. J'ai du plaisir .i tirer celte remarque d'un auteur qui , en général , semble avoir trompé l'atlenlo du public, comme critique , cl encore plus comme voyageur. Il avait parcouru les bords de l'Hellesponl ; il avait lu Strabon , et il aurait dû consulter les itinéraires romains. Comment a-l-il pu confoiulrc llium cl Jlcxamlria Troas (Ohservalions. p. 340, 341), deux villes placées à sci2e milles de distance?

3 Démétrius de Scepsis a écrit soixante livres sur trente lignes du catalogue d'Homère. Le treizième livre de Strabon suffit ù notre curiosité.

fice de sa vie aux prétrations déçnes de sa yaoUé, on éleva son monament dans l'endroit où il avait défendu la flotte contre la colère de Jupiter et d'Hector; et les babitans de la ville de Rhète, que l'on commençait à bâtir, lui acc(Hxlèrent les honneurs divins '. Constantin, avant de donner à la situation de Bysance la préférence qu'elle méritait , avait eu dessein de placer le siège de l'empire sur ce t^rain fameux, d'où les Romains prétendaient tirer leur fabuleuse origine. Il choisit, pour bâtir sa nouvelle capitale, la vaste plaine qui s'étend au-dessous de l'ancienne Troie jusqu'au promontoire de Rhète, où reposent tes cendres de l'oi^eilleux Ajax; et, quoique cette entreprise ait été bientôt abandonnée, les restes imposans des tours et des murs imparfaits frappèrent loug-temps les yeux et l'attention des navigateurs*. . Ce tableau succinct doit avoir mis le lecteur en. état d'apprécier la position avantageuse de Constantinople. La nature semble l'avoir formée pour être la capitale et le centre d'un grand empire. Située au quaranteunième degré de latitude , la ville impériale dominait , du haut de ses sept collines * sur les rives de l'Europe et de l'Asie. Le climat était sain «t tempéré, le sol fertile, le port vaste et sûr. Le seul endroit susceptible d'être attaqué du côté du continent était d'une petite étendue et d'une défense facile. Le Bosphore et l'Hellespont sont les deux portes de Constantinople , et le prince qui était le maître de ces deux passages pouvait toujours les

* Slrabon, 1. xiu, p. 595. Homère (r. IH. , a , 220) décrit très-nettement la disposition des vaisseaux retirés sur la grève, ainsi que les postes d'Ajax et d'AcIiille.

> Zodme, L ii , p. 105 ; Sozomène ,1. ii , c. 3 ; Tliéophanes, p. 18; Nicephoras Callistus, 1. vn, p. 48; Zonaras, tom. u, I. xin, p. 6. Zostme place la nouvelle ville entre Iliom et Alexandrie; mais cela peut s'expliquer par U graiide étendue de sa circonrérence. Cedrenns (p. 283) assure qu'avant la fondation de Constantinople, on voulait établir le siège de l'empire i Thessalonique; et Zonaras dit qu'on voulait l'établir à Sardique. Ils supposent l'un «A l'autre , avec peu de vraisemblance , que, si un prodige n'eOt pas arrêté l'empereur , il aurait commis la faute des aveugles clialcédoniens.

3 Pocock's, Description oftheEast, vol. u, part, n , p. 127. Son plan des sept collines a de la netteté et de Vexactitude. Il est rare que ce voyageur soif aussi satisfttlsant.

DÉCADENCE ViE. L'EMPIRE ROMAIN,

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fermer aux flottes des eanonis , et les ouvrir à celles du commerce. La politique de Constantin sauva les provinces de l'Orient. Les barbares de l'Euxin, qui, dans le siècle précédent, avaient conduit leurs flottes jusqu'au centre de la Méditerranée, furent arrêtés par cette barrière insurmontable, et renonoèreut bientôt à leur brigandage. Lorsque les portes du Bosphore et de l'Hellespont étaient fermées , la capitale n'en sonfinrit pmnt. Les denrées de niécessité , et les jouissances du luxe et de l'opulence, se trouvaient en abondance dans sa spacieuse encdnte. Les côtes maritimes de la "Thrace et de la Bithynie, qui languissent sous le glaive dnde^[K>tisme ottoman , présentent encore une riche perspective de vignes, de jardins et de terres fertiles et cultivées, et la Propontide a toujours été renommée par la quantité inépuisable de ses poissons délicieux : ils s'y rendent régulièrement tous les ans dans la même saison, et oa peut en pécher abondamment sans adresse et presque sans peine*. Quand le passage des détroits était ouvert au commoce, tontes les richesses de la nature ,et de l'art s'y rendaient du nord et du sud, parl'Euxin et par la Méditerranée. Tout ce que les ftwêts de la Germanie et de la Scythie pouvaient rassembler d'industrie jusqu'aux sources dn Tanais et du Borysthène, tout ce que l'art de l'Europe et de l'Asie prodtùsait, les blés de l'Egypte, les pierres précieuses et les épices des parties les plus reculées de Flnde, étaient amenés par les vents jusque dans le port de Constantinople, qui attira pendant plusieurs siècles le commerce du monde entier*.

Le spectacle de la beauté , de la sûreté et de la richesse réunies dans ce coin de la terre, suffirait pour justifier le choix de Constantin. Mais , comme on avait imaginé dans tous les temps d'attribuer l'origine des gran-

< Voyez Belon, Observations, c. 72-76. La pdamide, e». pèce de tbon, était le plus célèbre de tous ces poissons. Polybe, Strabon et Tacite disent que les bénéfices de U pèche formaient le principal revenu de Constantinople.

> Voyez l'éloquente description de Busbequius, epist. i, p. 64. Est in Europd, habet in conspectu Jsiam, jEsrptum, JfHcamque à dextrd: Quee tametsi eonliguas non sont, maris lamen navigandique commo' dilate, velutijunguntar.Asintstrd vero, pontus est Euxinus, etc.

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des villes ' à quelque prodige fabuleux , pour la rendre pins respectable, l'empereur voulut persuader que sa résolution lui avait été dictée moins par les conseils incertains de la politique humaine que par les intaillibles décrets de la divine sagesse. Dans une de ses lois, ila pris soin d'instruire la postérité que c'était par l'ordre exprès de Dieu qu'il avait posé les inébranlables fondemens de €oDStantinople*; et, quoiqu'il n'ait pas jugé à propos de raconter de quelle manière la céleste inspiration s'était communiquée à son esprit, l'ingénuité de plusieurs écrivains a libéralement suppléé à son modeste silence. Ils ont donné un détail intéressant de la vision que Constantin eut pendant son sommeil dans l'enceiute de Byzance. Le génie tutélaire de la ville , sous la figure d'une vieille matrone affaissée par le poids de l'âge et des infirmités, fuir tottt-à-coup changé en une jeune fille fraîche et brillante, que l'empereur revêtit luHuéme des omemeos de la dignité impériale*. Le monarque s'éveilla , interpréta le songe mystérieux, et obéit sans hésiter à la volonté du ciel. Le jour où une ville , ou bien une colonie prenait naissance était célébré chez les Romains avec toutes les cérémonies que peut inventer une superstition qui prodigue les merveilles*. Constantin aurait dû peut-être négliger des pratiques qui semblaient tenir du paganisme; mais il avait à cœur de laisser une profonde impression d'ospéranceetde vénération dans l'esprit des spectateurs. L'empereur , à pied et une lance à la main , conduisait solennellement la pro-

t Dabirhae venta antiquUaa,tUnUseendohumatia divinU primordia uriiwn augustiora faeiat. (Titfr- Lhre, ^roém.)

3 On Ironre dans nne de m lois : Pro eommoditate urbi* quam atemo nomine, jubtRte Deo, donavinuu. ( Cod. Tbeodos., L xm, tu. 5, kg.?.)

3Les Grecs, Tbéophanes, Cedrenus et l'auteur de la Ckrofliqne d'Alexaadrie ne s'expriment que d'une manière Tagne et générale. Si l'on veut ironver de plus grands détails sur cette rision , il (kut recourir aux aoteurs latins: à Guillaume de Malmesbury, par exemple. (Voya Ducange , C. P., 1. 1 . p. 24 , 25.)

* Vojrez Plutarque, in Bomul. , 1. 1, p. 49, édition de Bryan. Entre autres cérémonies, on creusait un grand trou qu'on remplissait de terre. Chacun des émigrans en apportait upe poignée du lieu de sa naissance, et il adoptait ainsi sa nouvelle patrie.

PAR ÉD. GIBBON. CH. XTII. 3&7

cession, et dirigeait le sillon destiné à former l'enceinte de la capitale ; il le fit continuer si long-temps, que les spectateurs en furent étonnés, jjuelqnes-uns lui ayant observé qu'il avait déjà excédé les plus vastes dimensions d'une grande ville : J'avanco'ai, répondit Constantin, jusqu'à ce qne le guide invisible qui marche devant mm juge à propos de m'arréter '. Je ne chercherai point à deviner l'intention ou les motifs de ce pieux conducteur, et je me bornerai modestement à décrire l'étendue et les limites de Gonstantinople*.

Dans l'état on la ville est aujourd'hui, le palais et les jardins du sérail occupent le promontoire oriental, la première des sept collines, et renferment environ cent cinquante acres , mesure d'Angleterre. Le siège de la jalousie et du despotisme ottoman est posé surlesfondationsd'une républiquedes Grecs ; mais on peut supposer que les Byzantins furent tentés, par la commodité du port, d'étendre leurs habitations de ce côté au-delà des limites modernes du sérail. Les nouveaux murs de Constantin commençaient an port, et joignaient la Propontide à travers le diamètre élai^i d'un triangle , à la distance de quinze stades de l'ancienne fortification; et avec la cité de Byzance , on renferma cinq des sept collines. A l'approchede Gonstantînople, elles paraissent s'élever symétriquement, l'une au dessus de l'autre, et présentent un spectacle enchanteur *. Environ cent ans après la mort du fondateur, les nouveaux bâtimens furent continués, d'un côte jusqu'au port, et de l'antre le long de la Propontide. Ils couvraient déjà la pointe étroite de la

< Phtiostorgins, I. n, e. 9. Cet incident est tiré d'un écrivain suspect; mais il est analogue au caractère de Constantin , et vraisemblable.

1 Voyex, dans les Mànoires de l'Académie des Inscriptions (tom. xxxT, p. 747-758), une Dissertation de M.d'Anville sur l'étendue de Constanlinople.Le plan inséré dans VImperium orientale de Banduri lui parait le pins complet; mais , par suite d'observations très-Judicieuses, il réduit la proportion extravagante de l'édielle, et il fixe la circonférence de la ville i environ 7800 toises de France, an lieu de 9500.

3 Codinus. JnliquUat. Const. p. 12. Il indique l'église de saint Antoine comme la borne du cdté du havre. Ducange (1. iv,e. 6) en parie; mais j'ai essayé vainement de découvrir le lieu précis où die était sitnée.

sixièau) collÎBet elle large sonmct de la septième. La >éoe6sité de défendre les fariwui^s lioDtrc les urrasions fréquentes des barbares engagea le dernier des Théodoses à entourer sa capitale d'nae eBcetnte de oHirs solides et nnifonnes *. Da promontoire orieatal à la porte d'or, la plus grande longueur de Gonstantinopte était de trois milles romains * ; la eiroonlerence était de dix à onxe, et la sorfaoe peut être calculée comme égale à deux milles acres anglais. On ne peut excuser la crédulité et les exagérations des voyageurs modernes , qui comprennent quelque fois dans les limites .de Constantinc^le les villages de la rive européenne, et même ceux de la côte asiatique '. Mais les faubourgs do Péra et de Galata , quoique situés au delà du port , peuvent être regardés comme fanant partie de la ville *; et cette augmentation peut, en (pielque façon, jostiBer un historien de Bysanee , qw donne à eelte ville, où il est né, seize milles grecs ou quatorze milles romains de circoaCérenee *. Cette

< La Douvdle muraille de Théodose fut conslruite m l'année 413. Elle fut renversée par uni tremblement de twe en 447 , et rebâtie dans l'espace de trois mois , par la diUgenee du préfet Cyras. Le fanboorg des ftochema AU renfermé dans la ville , sons le rigne d'Bér«clius. (Ducange, Const., I. i,c. 10, 11.)

2 La ffotiMa détermine cette mesure à 14075 pieds. Il rst! raisonnnable de supposer qu'il s'agit ici de pieds (^ecs dont M. d'AnviUe a flré la proportion aree beau- «enp do sagacité. U compare ks cent qnatrv-vnigtg pieds ATCcles soixante-dix-huit coudées hadiéfflites, que diFférens écrivains donnent à la hauteur de Sainte-Sopliic. Chacune de ces coudées équivaut à vingt-sept pouces de France.

> L'exact Thérenot 0- <> c ^S) fit en nue henre trtis quarts le tour de deux des côtés du triangle, depuis le hioA du sérail Jusqu'aux Sept Tours. D'AnviUe faumine avec SMU etado^ arec coafiance ce témoignage décisif, qui donne une droonférence de dix ou douze milles. Le caleul extravagant de treat^qualre eu trente milles , sans y eofflprendre Seutari, quelïit Toumefort (lettre xi), o<n« une «ontradictioB étrasge avec sa justesse et sa raison ordinaires.

* Lequartierdesi^<v, ou l^ers, était le treizième, et Justinien l'embellit beaucoup. On l'a nommé depuis PiradGaiota. L'étymoiogie delà première dénominalioD est fort claire; celle de la seconde est ineonnue. (V. Ducange, Const., L i, c. 22, et Gyllius de BysanL, I. ir, c. lft.>

s C'est le calcul des cent onze stades convertis en miHes grecs modnnes, diacun de sept stades, ou six cent soixante

DÉCADEMCE DE L'EMPIRÉ ftOMAlK ,

(314 dop. J.-C.)

étendue parait assee: digne d'nne réeôdence impériale; cependant Con^lantinef le le cède à cet égard à Babylone, à Thèbcs ', à l'a»cienne Rome, à Londres, et môme à Paris *. Le maître du monde romain, qui aspàraàl à élever nn monument étemel à la gloire et à la prospérité de soi règne, pouvait y em» ployer les richesses, les travaux et tout en qn'H restait encore de génie à ses nembreux et docUes sujets. On peut se faire une idée dt la dépense qu'a entraînée la conAructien 4e Gonstantinoplepar celle des murs, des por» tiques et des a<|uéducs, dont les frais se okmitèrentà deux mBIionseinq cent mille loais *. Les forêts qvà couvraient les rives de l'Enxinf et les feHWSHses carrières de marbre bfaMc qui se trouvaient dans la petite tle de Preeion.» nèse, fournirent une quantité inépuisable do matériaux, qu'un court trajet de mer trons» portait sans peine dans le port de Byxance *. Une muhitude de mame«vres et d'ouvriers hâtaient, par leurs travaux asndns, ia^dë cette entreprise. Mais rimpatience de Constantin l'éclaira bientôt sur l'insulfisanee dn nombre et dn génie de ses architectes peur l'exécution de ses desseins ; il ordonna aux magistrats des provinces les pins éloignées de former des écoles, de payer des professeurs, et d'engager, par l'espoir des réoom-

et quelquefois seutemenl six cents toises de France. (Voyez d'AnviUe, Mesures itinéraires, p. 53.)

< Qaandon a flxë les aaeiens testes «pn Miquoit retendue de Dabylone et de Th^tes, quand on a réduit le» exagérations et déterminé les mesures, on trouve que la circonférence de ces villes Cmicuses était de vingt-dnq ou trente milles, étendue vaste, mais non pas ineroysdile. (Comparez le Ménoire de «TAirille, daat le leeMi de l'Académie des IsMifptioH, t. xxnn, p. 285, avee sa> Description de l'Egypte, p. 201 , 202.)

> SI «■ divise Conslantinople et Parlsen carréségaaz de cinquMiteHme toises de Fnmoc, la première v9ie co»> tiendra huit cent cinquante et la seconde vm «mH soixante de ces «arrés.

* Six cents eentenaires ou soixante nlH* Rvrca pesiat d'or, dit Codinus {JnUquU. Const., p. It); ce méprisaMe auteur l'aurait point connu oette maniera de oeapter d aneiene stl ne l'ett pas tirée d'ane soazvt pta pure.

* Consallez Toumrt'ert, lettre seizième, sur les ftrêls de la mer Noire et sur les carrières de .marbre delUed» Proeonnèsc. (Voyez Slralien, 1. xni, p. 688.) I^escuiMm avaient déjà fourni les matériaux des magniflques MHimens de Cyziquo.

PAR ÉD. Gibbon, oh. xvii.

penses et des privilèges, les jennes gens qui avaient reçu nne éducation distinguée ' , à se livrer à l'étude cl à la pratique de l'ardiiteeCure.Les constructions de la nouvelle ville furent exécutées par des ouvriers tels que le règne de Ckmstantin pouvait lee fournir ; mais «Iles furent décorées par la main des artistes les i^us célèbres du siècle de Périclès et d'Alexandre. Le pouvoir d'un empereur romain n'allait pas jusqu'à ranimer le génie de Phidias et de Lysippe ; mais les immortelles productioas qu'ils avaient léguées à la postérité furent livrées sans défense à l'orgueilleuse avidité dn despote. Par ses ordr^, les villes de la Grèce et de l'Asie furent dépouillées de leurs plus riches omemens *. Les trophées des guerres mémorables, les objets de la vénération religieuse, les statues les plus précieuses des dieux et des héros, des sages et des poètes de Tantiquité, contribuèrent à l'embellissement de la superbe Oonstantinople, et donnèrent lieu à b réflexion de rUsforien Cedrettui '. Il observe avec une eSpàee d'enthousiasme qu'il ne manquait pins que l'àue et le géme des hommes illustres que ces admirables monumens représeï»' talent; auùs ce n'est ni dans la ville de Con» staBlin, nidians un empire sur le déchn, qu'il faat chercher le génie d'Bomèlw et de Démo* sthèae.

Pendant le siège de Byzanoe , ki toate du conquérant avait été placéqsur le sommet de iasecbnde colline ; et, pour perpétuer le «onvmirdesa victoire, il lit de œt epiplaoement le principal Forum*. Il semble avoir été con- Mrwt s«ir \me loarwe-eiraulaire, on pbitô» el-

' Voyci le Code Thëodos., 1. nn, Ut. 4, leg. i. Cette loi est datée de 334; eHe flil adressée au préfet d'Italie, dont la juridlclion s'tHendait sur l'Arriquc. Le commentaire de Godefiroi , sur le litre entier, mérite d'Streransulié.

2 Constaniinopolisdedicatur, pêne omnium urbium nudUate. Hicronym. Clironi., p. 181. (Voyez Codinus, p. 8, 9.) L'auteur des JnUquit. Const., I. m {apiul Bandiiri, Imp. Ori., tom. i, p. 41 ), indique Romp, la Sicile, Antioche, Athènes et beaucoup d'autres villes. H y a lieu de croire que les provinces de la Grèce et de l' Asie- Mineure donnèrent le plus riche bulin.

3 Hisl. Compcnd., p. 3C9. 11 décrit la statue ou plutôt le buste d'Homère avec beaucoup de goût ; et on voit clairement qu'il imitait le slylc d'un Age plus heureux.

<Zosiuic, I. 11, p. 106; Chrouiq. Alexandrin., vcl Pas-

Hptique ; les deux entrées qui se faisaient face formaient deux arcs-de-triomphe ; les portiques qui t'environnaient de tous côtés étaient chargés de statues. Au milieu du Forum s'élevait une colonne très>haute, dont le fragment taïutilé est aujourd'hui dégradé par la triviale dénomination de Pilkr br&U. La basa de cette colonne était un piédestal de marbre blanc, de vingt pieds d'élévation. Elle était composée de dix blocs de porphyre, chacune de dix pieds de hauteur, et de trente-trois de circonférence '. La statue colossale d'Apollon était placée sur le sommet de la co' tonne, à cent vingt pieds de terre. Elle était de tvomie, et avait été apportée d'Athènes , ou d'une villede Phrygie. On prétendait qu'elle était l'ouvrage de Phidias. L'artiste avait représenté le dieu dn jour, ou, comme on l'a supposé depuis, Constantin lui-mémn, avec un sceptre dans la main droite, le globe du monde dans la gauche , et une couronne de rayons étincelans sur sa tête *. Le cirque ou hippodrome était un bâtiment magnifique ; il avait environ quatre cents pas de longueur , et cent pas de largeur '. L'espace qui séparait les deux bornes était rempli d'obélisques et de statues ; et l'on y remarque encore un singulier monument de l'antiquité; les corjisde trois serpens entrelacés forntent un pilier de cuivre. Leur triple tète soutenait autrefois le trépied d'or qui fut consacré dans le temple de Delphes par les Grecs après la défaite de Xerxès et leur victoire». Il y a déjà long-temps que l'hippodrome a été défiguré par les mains

dùl, p. 284; Dncange, Const., L i, t. TA. Lé dernier

de ces écrivains paraît confondre le Forum deConsUmliâ Avec XAugusteum m conr dn Palais. Je ne suis pas sQr d'avoir bien dfstiiigiié m qaf appartient & l'an et à l'autre.

' C'est Pococke qui donne la metOeare description de cette eolonne. {Description offfieEcul, vol. n, part, ii, p. 131.) Mais ce qu'il en dit est confus et peu satislUsant sur plusieurs points.

2 Ducange, Constant. ,1. i, c. xxrv, p. 76, et ses Notes ailAlcxiad., p. 38'2. La slatuede Cuustanliu et d'Apollon ftil renversée sous le régne d'Alexis Comiicue.

sToumefort (lettre xii) dit que l'Atméidan a quatre cents pas de longueur. S'il veut parler de pas géométriques de cinq pieds chacun, c'est trois cents toises de longueur, c'est-à-dire environ quarante lo ses de plus que le grand cirque de Rome. (Voyez d'Anville, Mesures itinéraires, p. 33.)

< Des téuioiguages sans nombre se présentent ici. (Voy.

barbares des conquérans turcs. Sons la dénomination équivalente à'Atméidan, 'û sert aujourd'hui d'emplacement pour exercer les chevaux. Du trône d'où l'empereur voyiut les jeux du cirque, un escalier tournant ' le conduisait au palais. Ce magnifique édifice le cédait à peine au palais de Rome ; avec les cours , les jardins et les portiques qui en dépendaient , il couvrait une étendue considérable de terrain , sur les bords de la Prq>ontide, entre l'hippodrome et l'église de Sainte- Sophie*. On pourrait aussi faire la description et l'éloge des bains. Ils conservèrent le nom de Zeuxippe, quoique la libéralité de Constantin les eût enrichis de superbes colonnes de marbres de toute espèce et de plus de soixante statues de bronze '; mais le bnt que l'auteur de cette histoire s'est proposé ne

Banduri ad ABtiqott. Constant. , p. 668. G^Hus de Bjrsance, 1. n, c. 13. l» La eensécration da trépied et de la cotonne dans le temple de Delphes peut se prouver par Hérodote et Pansanias. 2o Le païen Zosime convient avec les trois historiens ecdésiastiqnes, Eusèi>e, Socrate et Soiomèoe, que les omeowns sacrés du temple de Delplies furent transportés à Constaatinoplè par ordre de l'empereur; et 11 indique en particulier les serpens en forme de colonne de l'hippodrome. 3o Tous les voyageurs européens qui ont examiné Constantinople, depuis Bnon dd Mente Jusqu'à Pocoeke, l'indiquent dans le même endroit, et presque de la même manière. Les ditTérenees qu'on remarque dans leur description sont une suite du dégât qu'ont Riit les Turcs. Mahomet II lui donna un coup de sa hache de bataille, et il brisa la mâchoire inférieure de l'un des serpens. (Thévenot , 1. 1 , e. 17.)

< Le nom latin Cochlœa (Ut adopté par les Grecs, et on le trouve très-souvent dans l'Histoire Bysanline. (Ducange. Constant., I. n, c. i , p. 104.)

2 Trois points topographiques indiquent la situation du palais : l» l'escalier qui établissait la communication avec l'hippodrome ou r^t/n^ieton;2<> un petit pont artificiel sur la Propontide, d'où l'on montait aisément aux jardins du palais par une rampe de marbre blanc; 3° XAu^uteiun , cour spacieuse , dont un des cAtés était occupé par le devant du palais, et un second par l'église de Sainte- Sophie.

3 Zeuxippus était une épithète de Jupiter , et ces bains faisaient partie de l'ancienne Bysance. Ducange n'a pas senti combien il est difficile de déterminer leur vérit;Âle position. Les hi^oriens semblent les réunir à Sainte-Sophie et au palais; mais, dans le plan original qu'a donné Banduri, ils se trouvent de l'autre c6téde la ville, près du havre. Quant à leur beauté, voyez Chron. Pascal., p. 285, et Gyllius, de Byzant. , 1. n, c. 7. Christodorus (Antiquit. Constant., I. vu) composa des inscriptions en vers pour chacune de ces statues. Il était Tbébaio par son talent ainsi que par sa naissance.

DÉCADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN

(.324 dcp. J.-C.)

lui permet pas de décrire minutieusement les bâtimens et les diSérens quartiers de la ville. Il suffira de dire qne tout ce qui peut contribuer à la magnificence et à la majesté d'one vaste capitale , et aux joiiissancesde ses riches habitans, se trouvait en abondance à Constantinople. Une description qui fut faite cent ans après sa fondation en donne le détait suivant : le Gapitole , une école pour les sciences, un cirque, deux théâtres , huit bains publics , et cent cinquante-trois bains particuliers , cinquante-deux portiques , cinq greniers publics, huit aqueducs ou réservoirs d'eau , quatre grandes salles ou cours de justice où le sénat s'assemblait, quatorze églises, quatorze palais, et quatre mille trois cent quatre-vingt-huit maisons que leur grandeur et leur magnificence distinguaient des habitations du peuple *.

La popidation de cette viUe chérie fut, après sa foiidatiou , l'objet de la plus sérieuse attention de son fondateur. . Dans l'obscurité des temps postérieurs à la translation de l'empire, les suites prochaines et éloignées de cet événement mémorable furent étrangement altérées et confondnes parla vanité des Grecs et par la crédulité des Latins *. On assura et on crut que toutes les familles nobles de Rome, le sénat et l'ordre équestre , avec le nombre prodigieux de gens qui leur appartenaient , avaient suivi leur empereur sur les bords de la Propontide; qu'il n'était resté à Rome qu'une race ignoble d'étrangers et de plébéiens, et que les terres d'Italie, dont onalait

< Voyez la iVbCttia. Romeneoomptait qne.l780grande* maisons; mais le mot domus devait «gnifler un très-hd édifice. Les écrivains ne disent pas qu'il y eût des InsuUe à Constantinople. L'ancienne capitale renfennait 424 rues, et la nouvelle 322.

2 Lttitprand , LegaUo ad imp. Nieephorum', p. 153. I<es Grecs modernes ont défiguré d'une manière étrange les antiquités de Constantinople. On doit excuser les erreurs des écrivains turcs ou arabes ; mais il est élonnanl que les Grecs, pouvant étudier les wonumens authentiques conserva dans leur langue, aient préféré la fiction â la vérité, et d'incertaines traditions aux témoignages de l'histoire. Une seule page de Codinus onVe douze erreurs impardonnables : la récondlialion de Sévère et de Niger , le mariage de leurs oilïns, le siège de Bysance par les Macédoniens, l'invasion des Gaulois qui rappda Sévère i Rome, les soixante ans qui s'écoulèrent de sa mort â la ftondation de Constantinople, etc.

long'temps après des jardins , restèrent sans cuitivatears et sans hsd)itans *. Dans le cours de cette histoire, de pareilles exagérations seront réduites à leur juste valeur. Cependant, comme l'on ne peut attribuer l'accroissement de Constantinople à l'augmentation générale du genre humain ou de l'industrie , il faut bien que cette colonie se soit élevée et enrichie aux dépens des autres villes de l'empire. Il est probable que l'empereurinvita les riches sénateurs de Rome et des provinces orientales à venir habiter l'endroit fortuné qu'il avait choisi pour en faire sa propre résidence. Les invitations d'un maître sont diflQciles à distinguer de ses ordres, et l'empereur y ajoutait des libéralités qui obtenaient une obéissance prompte et volontaire. Il fit présent à ses favoris des palais qu'il avait fait bâtir dans les différens quartiers de la ville ; il leur donna des terres et des pensions pour soutenir leur rang * ; et il aliéna les domaines du Pout et de l'Asie, pour leur assurer des fortunes héréditaires, sous la légère redevance d'avoir leur principal domicile dans la capitale". Ces encouragemens et ces récompenses devinrent bientôt superflus ; et ils furent supprimés peu à peu. Une grande partie du revenu public est toujours dépensée dans la résidence du gouvernement, par le prince, par ses ministres , par les officiers de justice, et par les officiers et les domestiques du palais. Les plus riches habitans des provinces y sont attirés par les motifs puissans de l'intérêt et du devoir, de la curiosité et des plaisirs.

< Montesquieu , Grandeur et déodence des Romains , c. 17.

2 ThenUst. Orat. 3 , p. 40 ; Ëdit. Hardouin. Sozomènes, I. n, c. 3 ; Zosime, 1. 2, P- IC^; Anonym. Falesian., p. 715. Si on peut «fouler foi à Codin (p. 10) , Constantin bâtit des Diaisons pour les sénateurs, exaclement sur le modile de leurs palais de Rome , et il leur ménagea ainsi le plaisir d'une surprise agréable ; mais son récit est plein de fictions et d'incobérences.

3 La loi par laquelle Ttaécdose-lo-Jeune changea , en 438, cet arrangement , se trouve parmi les Novelles de cet empereur, à la fln du Code Tbéodosien , l. 6, nov. 12. M. de Tillemont (Hisl. des Empereurs, t. 4, p. 371) •'est évidemment mépris sur la nature de ces domaines : on acceptait 'avec reconnaissance une oondilion qu'on aurait jugée vexaloire si elle eût porté sur dps propriétés particulières , et non sur des domaines accordés par l'empereur.

PAR ÉD. GIBBON. CH. XVU. 361

Une troisième classé encore plus nombreuse s'y forme insensiblement ; celle des domestiques , des ouvriers , et des marchands , qui tirent leur subsistance de leurs propres travaux et des besoins ou de la fantaisie de leurs supérieurs. En moins d'un siècle, Constantinople le disputait à Rome même , pour les richesses et pour la popidation. De nouveaux rangs de maisons entassées les unes sur les autres, sans égard pour la santé, ou pour la commodité des habitans, ne formaient plus que des rues trop étroites pour la foule d'hommes, de chevaux et de voitures. L'enceinte devint insuffisante pour contenir l'accroissement du peuple; et les bâtimens qu'on poussadesdeux côtés jusqu'à la mer auraient seuls composé une grande ville '.

Les distributions fréquentes et régulières de vin et d'huile, de blé ou de pain, d'argent ou de denrées , avaient presque dispensé du travail les citoyens les plus pauvres de Rome. La magnificence des premiers Césars fut en quelque façon imitée par le fondateur de Constantinople *; mais, quoique sa libéralité ait excité les applaudissemens du peuple, elle n'a pas obtenu ceux de la postérité. Une nation de lég'islateurs et de couquérans pouvait réclamer ses droits aux moissons de l'Afrique, qu'elle avait achetées au prix de son sang; et Auguste se conduisit prudemment en faisant perdre aux Romains le souvenir de la liberté, dans les fêtes et dans l'abondance. Mais la prodigalité de Constantin ne pouvait avoir pour excuse ui son propre intérêt, ni celui du public. Le tribut annuel de blés, imposé sur l'Egypte en faveur de sa nouvelle capitale, était répandu sur une populace paresseuse et insolente, aux dépens

i Gyllius de Byzance, 1. 1 , c 3 , a recueilli et liéles passages de Zosime, d'Eunapius, de Sozomène et d'Agathias , qui ont rapport à l'accroissement des édifices et de la population de Constantinople. Sidonius ApolUnaris {in Panegjrriq. Ahthom., t. 6, p. 290, édition Sirmond) décrit les moles qu'on éleva dans la mer : on les construisit avec cette fameuse pouzzolane qui se durcit à l'eau.

2 Sozomène, I. ii, c. 3 ; Pbilostorg, 1. u, c. 9; Codin. JntiguUat.Coiutant., p. 8. Un passage deSocrate (1. n, c. 13) donne lieu de croire que l'empereur accordait chaque jour à la ville huit myriades de vi-m , qu'on peut traduire avec Valois, par modU, de blé, ou appliquer au nombre de pains que le prince faisait distribuer.

des cultivateurs d'une province industrieuse ' . Cet empereur fit encore quelques autres règlemens moins blâmables , mais peu dignes d'attention. Il divisa Constantinople en qaatorze quartiers *, honora le conseil public du nom de sénat ^, accorda aux habitans les privilèges des Italiens*, et décora la nouvelle ville da nom de colonie et de fille aînée de l'ancienne Rome. Celle-ci conserva la supériorité légale et reconnue que méritaient son rang et le souvenir de son ancienne grandeur *. Comme Constantin pressait les constructions avec l'impatience d'un amant, les murs , les portiques , et les principaux édifices furent achevés en peu d'années, ou, selon d'autres , en peu de mois *. Mais cette

< Voyez le Code Tbéodosieo, l. un el m; et Code Justinien, Ëdil. 12, l. 2 , p. 648, édit. Genèv. Voyez aussi la belle plainte de Kome, dans le poème deClaudien,<ie Bello GUdonico, vers 46-64.

Cum mMIt par I>oma mlhi , àMsaqiu mnult Mipuda aurara logat ; jBfuplta rur»

ht partem eeulre tun'om.

2 Le Code de Justinicn parle des quartiers de Constantinople , et la Pfotitia du Jeune Tbëodose en fait la description ; mais, les quatre deniers n'étant pas renfermés -dans les murs de Constantin , on ne sait si cette dirisiMi jdela ville fut l'ouvrage du reodateur.

3 Senatum constUuU seeundi ordinis. Claros vocavU. {Anonym. Falesius, p. 715.) Les sénateurs de l'ancienne Rome étaient encore appelés clarisrinU. Voyez une note curieuse de Valois sur Ammien-Marcdlin ( xxii , 9). Il parait, d'après la onzième lettre de Julien , que l'emploi de sénateur était regardé come un fardeau plutôt que comme un honneur ; mais l'abbé de la Bletlerie ( Vie de iovien , t. 2 , p. 371 ) a ftlt voir que cette épUre ne peut avoir rapport à Constantinople. Au lieu du célèbre nom de BvJatTitic, ne peut-on pas lire le vieux nom deBir«>tnm ? Bysanthe ou KhœdestUB , aiijeurd' bui Rbodosto , était une petite ville maritime de la Thrace. (Voyez Stephan. Bruant, de Urbibas, p. 225, el Cellarius, Geog. t. i,p.849.)

* CodeThéodosien, I. nv, 13. LeoommenlairedeGodefroy (t. 5, 220) est long et confUs, et il n'est pas aisé de dire oe que pouvait £tre le /tu italicmn, après.qu'on eut donné i tout l'empire le droit de cité.

s Julien (,OrtU. i, p. 8) dit que Constantinople était aussi supérieure à toutes les autres villes , qu'elle était inférieure à Rome. Son savant commentateur ( Spanheim , p. 75 et 76) justifie ces expressions par divers rapprocb'emens avec les auteurs contemporains. Zbsime, ainsi que Socrate et Sozomène, vécurent après que la division de l'empire entre les deux fils de Théodose eut établi une parbite égalité entre l'ancienne et la nouvelle capitale.

6 Codinus {Antiquitat., p. 8) assure que les fondetnensdc Constantinople (tirent Jetés l'an du'monde 5837 (\. D.'329) , le 26 septembre, et que la dédicace de la

(324 dep. J.-G.)

diligence extraordinaire paraîtra moins incroyable, quand on saura qu'un grand nombre do bâtîmens furent finis si à la hâte et si imparfaitement, qu'on eut beaucoup de peine à les empêcher de s'écrouler, sous le règne suivant '. Pendant qu'ils avaient encore la vigueur et l'éclat de la jeunesse, l'emporenr se préparait à célébrer la dédicace de sa nouvelle ville *.

On peut aisément supposer les jeux et les largesses qui couronnèrent la pompe de celte f(}te mémorable. Mais une cérémonie singulière, et qui fut plus durable, mérite quelque attention. A chaque anniversaire de la fondation, la statue de Constantin, encadrée par ses ordres dans un bois doré, était portée sur un char de triomphe, tenant dans sa main droite une petite image du génie de la ville. Les gardes, dans leur plus riche appareil, portaient des flambeaux de cire blanche, et accompaguaient cette procession solennelle dans sa marche à travers l'Hippodrome. Quand elle arrivait vis-à-vis du trône, l'empereur régnant se levait, saluait avec l'air du respect et de la reconnaissance, et adorait la mémoire de son prédécesseur *. k la fête de la dédicace , un édit , gravé sur

vlUese Ht le 11 mai 6896 (A. D. 390). H Ue «e* (tet«B à plusieurs époques remarquables ; mais elles se contredisent. L'autorité de cet écrivain a peu de poids, et l'inter- \alle qu'il assigne doit paraître insuffisant. Julien {Orat. I, p. 8) en donne un de dix abnées; et Spanheim s'efforce d'en prouver l'esactitiide (p. 6D-75), i l'aide de deux passages de Tfaeinislins (Orat. rr, p. 68 ) et de Phi* lostorgius (I. n, c. 9). Selon ce calcul, les fondemens furentjetésen324, et la dédicace delà ville eut lieu e» 334. Les critiques nodemes ne sent pas d'accord sur oe point de chronologie, et Tilleniont ( Hist. des Empereur*, t. 4, p. 6194(25 ) discute très-bien leurs lËvertes opinions.

' Themistius, Orat, m, p. 47; Zosime, 1. n, p. 108. Constantin loi -même laisse assez voir son impatience dans une de ses lois (Code Théodos., I. xr , tit. 1).

2 Cedrenus et Zonaras, plus religieux que clainoyans, nous assurent que Constantinople fut consacrée A la nerge, mère de Dieu, comme si, à cette époque, on eût pensé de la même manière que de tenr temps.

» Ia chronique d'Alexandrie (p. 285), donne la d^cription la plus ancienne et la plus complète de cette cérémonie extraordinaire. Tillemont et les antres amis de Constantin, blessés de l'air de paganisme, qui semM« indigne d'un prince chrétien , pouvaient la regarder comme douteuse; mais ils ne devaient pas la pœser sous silence.

PAR ED. GI^ON. CIL XIV

une colonne de marbre, donnait à Constantinople le nom de seconde ou nouvelle Rome ' . Mais le nom de Constantinople * a prévalu sur cette honorable é|Mthète, et, après une révolution de quatorze siècles, elle perpétue encore la renommée de Constantin *.

La fondation d'une nouvelle capitale se trouve nécessairement liée avec l'établisseibent d'une pareille administration civile et militaire. La connaissance du système compliqué de la politique introduite par Dioclé- Uen, suivi par Constantin, et perfectionné par ses premiers successeurs, offrira non» seulement à l'imagination le tableau intéressant d'un grand empire, mais elle aidera en même temps à découvrir les causes secrètes de son déclin rapide. La recherche de quelques institutions remarquables nous entraînera soHv^it à des temps plus éloignés de l'histoire romaine, et nous ramènera qnelqnefmsàdes époques plus récentes; mais nous la renfermerons presque toujours dans les cent trente années qui se sont écoulées depuis l'avènement de Constantin jusqu'à la publication du code de Théodose *. C'est dans ce code et dans la Noiilia de l'Orient et de l'Occident ° que ^nons avons puisé le

' Sozomine, 1. n, c 2; Ducange, C. P., 1. 1, c. 6. Felut ipsius Romœ flliam; c'est l'expression de saint Augustin, de Civit. Dei, 1. ¥, c. 15.

ï Eutrope, I. x, c. 8; Julien, Orat., i, p. 8; Ducange, C. P., 1. 1, e. 6. Le nom do Constantinople se trouve sur les nédaiUegde Constantin.

3 L'ingénieux Foutenelle ( Dialogue des Morts, xn ) se moque de la vanité de l'ambition humaine, et parait triompher de ce qae la dénomination vulgaire d'Isiambol ( mot composé par les Turcs de trois mots grecs, «t -ni ««Ml ) ne transmet plus le nom immortel de Constantin. liais le nom primitif est encore employé, 1° par les natbns de l'Europe; 2» par les Grecs modernes; 3o par les Arabes, dont les écrits sont répandus sur la vaste étendue de leurs conquêtes en Asie et en Afrique. (Voyez d'Herbdol, BH>liothèqu«Orientale, p. 275);4o par les plus éilairés des Tnrcs, et par l'empereur lui-même dans ses ordonnances publiques. (Histoire de l'Empire oloman, parCantemir, p. 61.)

* Le CodeThéodosien Ait promulgué A. D. 438. Voyez les Prolégomènes de Godefh)y, ci, p. 185.

sPancirole, dans son Commentaire, qu'il a travaillé avec soin , donne à la NetUia presque la mêmedate qu'au Code Thiodosien ; mais ses preuves , ou plutôt ses conjectures', sont extrêmement bibles. Je serais plus disposé à placer l'époque de cet utile ouvrage entre la division finale de l'empire ( A. D. 395 ) et l'invasion Anale de la

plus grand nombre de nos remarques, et les détails les plus authentiques siu- l'étal de cet empire. Ces éclaircissemens retarderont un peu la marche de l'histoire ; mais cette suspension ne déplaira qu'aux lecteurs superficiels qui ignorent combien la connaissance des lois et des mœurs est importante, et qui ne repaissent leur avide curiosité que des intrigues passagères d'une cour, ou de l'issue d'une bataille.

Le sage orgueil des Romains, content de la réaUté du pouvoir, abandonnait à la vanité de l'Orient les formes et les cérémonies de la représentation* ; mais, quand ils eurent perdu jusqu'à l'écorcedes vertus dont leur ancienne liberté avait été la source , la simplicité de leurs manières disparut insensiblement , et les Romains s'abaissèrent jusqu'à imiter la fastueuse affectation des courtisans de l'Asie. Les distinctions du mérite personnel, son influence si brillante dans une république, si faible et si obscure dans une monarchie , furent abolies par le despotisme des empereurs. Tous les rangs, toutes les dignités furent asservis à une subordination sévère , depuis l'esclave titré, assis sur les degrés du trône, jusqu'aux plus vils instrumens du pouvoir arlutraire. Cette multitude de servi-* teurs abjects étaient intéressés à maintenir le nouveau gouvernement, dans la crainte qu'une révolution ne détruisit leurs espérances, et ne leur enlevât le prix de leurs services. Dans cette divine hiérarchie, c'est le titre qu'on lui donne souvent , chaque rang était marqué avec la plus scrupuleuse exactitude, et chaque dignité était asservie à une quantité de vaines cérémonies , dont il fallait foire son étude, et qu'on ne pouvait négliger sans commettre un sacrilège*. La pureté de

Gaule pur les barbares (A. D. 47). Voyez l'Histoire des andens peuples de l'Europe, t 7, p. 40.

< SciUcetexteriuemperbiasueto, nonineratnotUia noslri (peut-être nostrœ), apud quosvis imperii valet, manUt transmUtuHtar. (Tacite, Annales xv, 31.) Les feUres deCicéron, de jPline et de Symmaque, montrent bien la gradation du style de la liberté eide la simplicité, à celui des formes et de la servitude.

2 L'empereur Gratien , après avoir confirmé une loi sur la préséance, publiée par Valentinien, père de sa divinité, continue ;ainM: Si guis igitur indebiiiun sibi locum usitrpaverit, nutla se ignoratione defendat, sit-

la langue latine , se corrompit , en adoptant une profusion d'épithètes enfantées par la vanité des uns et par la bassesse des autres. Oicéron ne les aurait point comprises, et Auguste les aurait rejetées avec indignation. L'empereur lui-même traitait insidieusement les principaux officiers de l'empire de votre sincérité , votre gravité , votre éminence , votre tublime grandeur, votre illustre et magnifique altesse '.

Les codicilles ou patentes de leur office étaient blasonnés et chargés d'emblèmes qui en expliquaient les fonctions et la dignité ; on y voyait le portrait de l'empereur régnant, un char de triomphe , le registre des édits olacé sur une table couverte d'un riche tapis et éclairée de quatre flambeaux , la figure allégorique des provinces qu'ils gouvernaient, les noms et les étendards des troupes qu'ils commandaient. Quelques-unes de ces enseignes officielles étaient exposées à la vue dans leurs salles d'audience ; d'autres précédaient la pompe de leur marche, quand ils paraissaient en public ; enfin , dans toutes les circonstances, leur magnificence et celle de leur suite nombreuse, servaient à inspirer le plus profond respect pour les représentans de la suprême majesté. Un observateur philosophe aurait pu regarder le système du gouvernement romain comme un magnifique théâtre rempli d'acteurs , qui , jouant différens rôles, répétaient les discours et imitaient les passions des personnages qu'ils représentaient*.

Toutes les magistratures assez importantes piour être inscrites dans l'état général de l'empire , furent divisées en trois classes. 1° Les illustres; 2° les speetabiles ou respectables ; Z" les clarissimi , qu'on peut rendre par le mot honorables. Dans les temps de la simplicité romaine, on ne se servait de la dernière épithèie, honorable, que comme d'une expression vague de déférence; mais elle

que plané saerilegii reus, qui divina praeepta ne/^ axrU. (Cod. TModos. , 1. n, tit. 5 , loi. 2.)

t Consultez la Notitia dignitatum, à la fin du Code Théodosien, t. 6. p. 316.

2 Paitcirobit ad notitiam utriiuque imperii, p. 39. Mù8 «es «Kplications sont obscnres , et il ne distingue pas •sseï les symboles en effigie , et les embièmes efTectift des emplois.

DÉCADENCE DE L'EMPIRE ROMAIM

(524 dep. J. C.)

devint à la fin le titre particulier de tous les membres du sénat' . et par conséquent de tous ceux qu'on en tirait pour gouverner les provinces. Dans des temps postérieurs , on accorda le rang de respectables à la vanité de ceux qui, par leur place, prétendaient à une distinction supérieure à celle d'un simple sénateur ; mais on n'appelait illustres qae quelques personnages éminens auxquels lés deux ordres inférieurs devaient du respect et de l'obéissance : 1° aux consuls et auxpatriciens; 2° aux préfets du prétoire, et ans préfeu de Rome et de Constantinople; 3f> aux commandans généraux de la cavalerie et de l'infanterie; 4° aux sept ministres du palais, dont les fonctions sacnées étaient de servir la personne de l'empereur*. Parmi ces illustre* magistrats, qui étaient égaux par leur rang , l'ancienneté était un titre pour posséda* plusieurs dignités*; et, parle moyen d'an codicille ou brevet d'honneur, les empereurs, qui aimaient à répandre des laveurs , pouvaient quelquefois satisfaire la vanité des courtisans*.

Tant que les consuls romains furent les premiers magistrats d'un pays libre, ils durent leur pouvoir légitime au choix du peuple, et, tant que les empereurs consentirent à déguiser leur despotisme, les consuls continuèrent d'être élus par les suffrages réels ou apparens du sénat. Depuis le règne de Dioclétien , ces vestiges de liberté furent abolis, et les heureux, candidats qui recevaient les honneurs annuels du consulat, affectaient de déplorer l'humiliation de leurs prédécesseurs. Les Cicéron et les Caton avaient été obligés de solliciter les suffrages des plébéiens, de s'assujettir aux formes dispendieuses d'une élection populaire, et de s'exposer à la honte

< Clarttiimus est le titre ordinaire et légal dn ténateur, dans les Pandectes qu'on peut rapporter aux règnes desAntonins.

* Pancirole, p. 12-17. Je n'ai pasindiquë les deux titres inférieurs de perfîxtistimus et i'egregius, qu'on donnait à plusieurs personnes qui n'avaient pas le rang de sénateurs.

3 Code Théodos. ,1. vi, t. 6. Les règ^ de la préséance (tarent déterminées par les empereurs aree l'exactitude la plus minutieuse, et les commentateurs lesontédairdes arec la même prolixité.

4 Cod. Théodos. , l. n, Ut. 22.

(324dep. J.-C.}

d'an refus public ; et eux se félicitaient de vivre dans un siècle et sous un gouveruement où un prince juste et éclairé distribuait les récompenses au mérite et à la vertu*. Dans une lettre que l'empereur écrivait aux deux consuls, après leur élection, il leur déclarait qu'ils n'avaient été nommés que par sa seule autorité *. Il faisait graver leur nom et leur portrait sur des tablettes d'ivoire , qu'il envoyait dans toutes les provinces, et dont il faisait des présens aux villes, aux magistrats, an sénat et au peuple". Leur inauguration se faisait dans le palais impérial, et, pendant une révolution de cent vingt années, Rome fut constamment privée de la présence de ses anciens magistrats*, Le matin dul" janvier, les consuls prenaient les marques de leur dignité. Ils portaient une robe de pourpre brodée en soie et en or, et quelquefois ornée de brillans *. Ils étaient suivis , dans cette cérémonie , par les principaux officiers civils et militaires «n habit de sénateur, et des licteurs* portaient devant eux les inutiles fais-

< Ansone (,in gratianun ttctione) se tratne IScbement sur cet indigne sujet , que Mamertin ( Panegyr. Vet. , nr , 16 , 19) derdoppe avec un peu plus de li)>erté et de bonne foi.

> Citm de consulibus in annum creandis sobts me-

eum volutarem te consulem et designavi et decla-

ravi, etpriarem nuncupavi. Ce sont quelques-unes des expressions de l'empereur Gratien dans sa lettre au poète Ausone , qui avait été son précepteur.

3 iBounetqiK. d^ntet

Qui a«cti ferro Id UbalM mroqae mlentet iHcriptl niUIUB , eelato console , gomea , P» prsctra et Tilgu euL

Ctotuf., in 2 Cota. , SUIleon . 4S6.

Montftncon a donné la figure de plusieurs de ees tablettes ou dyptiques. (Voyez Supplément i l'Antiquilé expliquée, t. 3, p. 220.)

4 rouille Icutar p<Ht ptoriiu ircnla tlu PiUjnteusapcxiagiKiMiiiitroftra airnlei AndltM <|oaa4aii prutU : étmtav" dasli Refliu aontli rora Ikadim «Ipla LteUar.

Claudtan., ht n Com. , Bonorll, 643.

Du règne de Carus an ùxième consulat de Honorius , il y eut un intervalle de cent vingt ans , durant lequel les empereurs (tarent toujours absens de Rome, le premier de janvier. (Voyez la Oironologie de Tlllemont , t. 4 et 5.)

s Voyez Clandien, in Cons. Prob. et Olybr. , j78, etc. et in n* Cons. Honorii , 685 , etc. ; mais dans le dernier passage , il n'est pas aisé de sépara* les ornemens de l'emperenr de ceux du consul. Ausone reçut de la libéralité de Gratien une vestis palmata , ou robe de cérémonie, où l'on avait brodé la figure de l'empereur Constance.

6 CeniU et annorani froceree legnmiiiK poteotea:

ratrlclM snimiBt lubiti»; et mon Gablm DtKOlor l«(4it kglo , poittlsipK paraii]«r

PAR ÉD. GIBBON. CH. XVH

ceaux et les haches si respectées dans les premiers temps. La procession ' allait du palais an Forum, principal marché de la ville. Là , les consuls montaient sur le tribunal , s'asseyaient dans une chaire cnrule construite comme les anciennes, et exerçaient un acte de leur autorité, en affranchissant un esclave qu'on leur amenait exprés. Cette cérémonie était destinée à rappeler l'action célèbre de l'ancien Brutns, l'auteur de la liberté et du consulat, quand il déclara citoyen romain le fidèle Yindex qui avait révélé la conspiration des Tarquins'. La fête publique continuait plusieurs jours dans les grandes villes ; à Rome , par habitude ; à Gonstantinople, par imitation; àCarthage, à Antioche et à Alexandrie , par goût pour ces plaisirs et ces spectacles, qu'insiùrait l'abondance*. Dans les deux capitales, les jeux du théâtre, du cirque et de l'amphithéâtre* coûtaient quatre mille livres d'or, environ cent soixante mille livres sterlings. Quand cette dépense surpassait les facultés ou la libéralité des deux magistrats, le trésor impérial y suppléait'. Dès que les consuls avaient rempli ces devoirs d'usage, ils pouvaient rentrer dans l'obscnrité de la vie privée, et jouir tout le reste de l'année du spectacle de leur oisive grandeur. Ils ne présidaient plus aux conseils de la nation; Us ne se mêlaient [dus

BeDon» dgiila, teqdtur TexlUa qitfrial.

Uetari ceteat aqnllK , ridttque togalua MUea, et in medila eflùget cnria caatria.

Claud. ta rr Coiu. BemrU, S.

SMcMtqM rroeal rwUare leeiitc*.

bi Cons. Prol. 219.

< Voyez Valerius ad Amm. Mare. , 1. iiii , e. 7.

2 AnayUeBoxUetoaoïaltelaiaontTDMUl,

Te IMm inennte quAcr ; aolemiila Indtt Omiila llbertas : dednctiiin vlndloe norem Lex serrât , bmaliuiiiie Jngo laxatoa bertli Dacttw , tl grato mnett leairior laa.

CUauttan. , in n Cont. Honorll, 611.

3 • Célébrant quidem solemnes islos dies, onmes utique, urbes quae sub legibus agunt; et Roma de more, et Constantinopoiis de imitatione , et Antiochia pro luxu , et discincta Cartbago , et domus fluminis Alexandria, sed Treviri principis beneflcio. >

Juson., in grat. actione.

4 Clanffien ( in Cons. Mail. Tbeodori , 27»^1 ) décrit avec de l'imagination et de la vivacité les divers jeux du cirque, dathàtre et de l'amphithéâtre, que donna le nouveau consul. Les sanguinaires combats des gladiateurs étaient d^à défendus.

i Procopius, in ffiit. arcana, c. 'J6.

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN

(324 dep. J.^.)

ni de la paix , ni de la guerre. Leurs (alens i n'étaient plus d'aucune utilité, à moins qu'ils ne possédassent quelque antre emploi plus effectif; et leur nom ne servait guère qu'à indiquer la date de l'année on ils s'étaient assis sur le siège des Marius et des Cicérou. Ou conserva cependant un grand respect pour ce nom sans autorité, même dans les derniers temps de la servitude romaine. 11 flattait encore autant et peut-être plus la vanité, qu'un autre titre avec plus de pouvoir : celui de consul fut constamment le principal objet de l'ambition, et la récompense la plus estimée de la fidélité et de la vertu. Les empereurs eux-mêmes , qui méprisaient l'ombre illusoire de la république , croyaient ajouter à leur majesté et à. la vénération du peuple, toutes les fois qu'ils se iaisaient nommer consuls'.

La distinction la plus orgueilleuse qui ait jamais existé chez une nation, entre la noblesse et le peuple , est sans doute celle des patriciens et de plébéiens , telle qu'elle fut établie dans les premiers temps de la république. Les richesses et les honneurs, les dignités de l'état et les cérémonies de la rdigion étaent presque exclusivement entre les mains des premiers, qui, conservant la pureté de leur race avec une jalousie insultante*, tenaient leurs ciiens dans le plus humiliant vasselage. Mais ces distinctions, si incompatibles avec le génie d'un peuple libre , furent anéanties après de longs débats , par les efforts constans des tribuns. Des plébéiens actifs et industrieux virent le succès couronner leurs travanx ; ils acquirent des richesses, aspirèrent aux honneurs, méritèrent des triomphes , contractèrent des alliances , et

' In consulatu honos sine lahore suscipitur (Mamertin, in Panegyr. Val. xi, 2). Cette idée exagérée du consulat est tirée d'un discours (3, p. 107) prononce par, Julien, dans la cour serrile de Constance. Voyez l'abbé de la Bletterie (Mém. de l'Acad. des Inscriptions, t. 24, p. 289.). qui se platt à suivre les traces de l'ancienne constitution , et qui les trouTO quelquefois dans son imagination fertile.

2 La loi des Douze Tables dérendail les mariages des patriciens et des plébéiens, et le cours anifornie de la nalure humaine peut attester que l'usage survécut <t la loi. Voyez dans Tite-Uve (I. nr , 1-6) l'orgueil des' anciennes familles, et la dignité de l'homme réclamée par le tribun Canuleius contre le consul.

devinrent, après quelques géaërattona, aussi vains 'et aussi airogaus que les anciens no> blés *. D'un autre côté, les preoûères familles patricieiùies , dont le nonâbre ne fut jamais augmenté , tant que la république subsœta , s'éteignirent, ou par le cours ordinaire de la nature, ou par les ravages des guerres civiles et étrangères ; ou bien elles disparurent , faute de mérite et de fortune, et se mêlèrent insensibleiuent à la masse du peuple*. 11 en restait peu qui pussent faire remonter clairement leur origine aux premiers temps de Rome, ou même à reabnee de la république, lorsque César et Auguste, Claude et Vespasien, firent d'une partie des sénateurs un grand nombre de nouvelles familles patriciennes, dans l'espoir de perpétuer cet ordre qu'on regardait encore comme sacré'. Mais ces nou' velles créations, dans lesquelles la fanùUe régnante était toujours comprise, s'anéantiS' salent rapideqient par la fureur des tyrans , par les fréquentes rév(duii<Mis, par le changement des mœurs, et par le mélange des nations étrangères*. Le projet de formeriu

I Voyez le tableau animé que trace Salluste {inBello Jug. ) de l'orgueil des nobles, et rnSme du vertueux Metellus. qui ne pouvait se familiariser avec l'idée que les honneurs du consulat devaient être accordés au mérite obscur de Marius, son lieutenant (c. 64). Deux cents années auparavant , la race des Metellus eux-mSmes était confondue parmi les plébéiens de Home, et l'étymologie de leur nom de Cxcilius donne lieu de croire que ces nobles hautains tiraient leur origine d'un vivandier.

*L'an de Rome 800, il restait un tré6.petit nombre, noii.«eulemcnt des anciennes l^milles patriciennes , mais de celles qui avaient été créées par César et par Auguste (Tacite, Annales XI, 25). La fômille de Scaurus (branche de la famille patricienne des vï^milius) se trouvait dans un tel état d'abaissement, que le père, après avoir été marchand de charbon, ne laissa à son (ils que dix esclaves et un peu moins de trais cent* livres^lerlings ( Valère Maxime, 1. IV , c. 4 , n» 11. Aurelius Victor in Scauro). Le mérite du flis reodlt quelque lustre à celte famille.

3 Tacite, Annales xi , 25; Dion Cassius , I. 52, p. 693. Les vertus d'Agrioola , qui fut créé patricien par l'empereur Vespasien , honorèrent cet ordre antique; mais ses ancêtres n'étaient que dans la classe des chevaliers.

* Cet anéantissement serait presque impossible , si , comme Casaubon le f^t aire à Aurelius Victor («u/ Suft in Cas., c. 42. Voyez Hist. Aug. , p. 203 , et Casaubon , Comment., 220), Vespasien eut créé mille temilles patriciennes en un jour; mais ce nombre extravagant excède même celui de l'ordre entier des sénateurs , à moin; qu'on n'y comprenne tous les chevaliers romains qui avaiml la permission de porter le latidare.

{324 dep. J.-C.)

PAR ÉD. GIBBON. CH. XVII

corps de noblesse qni pAt contenir l'autorité du nonarque, dont il lait la sûreté, ne convenait ni au caractère ni à la politique de Constantin ; mais, quand il se le serait sérieusement proposé , il eût peut-être été au-dessus de sa puissance de ratifier, par une loi arbitraire , une institution qui ne peut attendre sa sanction que de l'opinion et du temps. Il fit revivre, à la vérité, le titre de ;ratrtctett< ; mais, comme une distinction personnelle, et non héréditaire. Ils ne cédaient qu'à la supériorité passagère des consuls , et jouissaient de la prééminence sur tons les grands-oflSciers de l'état, et de leur entrée libre chez le prince , dans tous les temps. Ce rang honorable était accordé à vie , et ordinairement à des ministres et à des favoris qui avaient blanchi dans la cour impériale. Ainsi la véritable étymologie du mot fut corrompue par l'ignorance et par la flatterie, et les patriciens de Constantin furent respectés comme les pères adoptifs de l'emp^eur et de la république'.

Le sort des préfets do prétoire fut bien difiérent de celui des consuls et des patriciens. Ces derniers virent leur ancienne grandeur se changer en un vain titre. Les premiers au contraire, s'élevant par degrés du rang le plus modeste, s'emparèrent à la fin de l'administration civile et militaire du monde romain. Depuis le règne de Sé>ère jusqu'à celui de Dioclétien, les gardes et le palais, les lois et les finances, les armées et les provinces, furent confiés à leur surintendance; et, comme les visirs de l'Orient, ils tenaient d'une main le sceau, et de l'autre l'étendard de l'empire. L'ambition des préfets, toujours formidable, et quelquefois fatale à leur maître, était soutenue par la force des bandes prétoriennes : mais quand Dioclétien eut affaibli ces troupes audacieuses , et que Constantin les eut tout-à-fait supprimées, les préfets ne furent point entraînés dans leur chute; mais ils devinrent des ministres utiles et obéissans. Quand ils ne répondirent plus de la vie et de la sûreté de l'empereur, ils abandonnèrent la juridiction qu'ilsavaient

* Zosime, 1. n, p. 118, ei Godeffoy, ad Cad. T/ieodos., t. yi, lit. 6.

réclamée et exercée jusqu'alors sur les départemens du palais. Constantin leur ôta tout commandement militaire, dès qu'ils eurent cessé de conduire et de commander à la guerre l'élite des troupes romaines. D'après le plan de gouvernement institué par Dioclétien, les quatre princes avaient chacun leur préfet du prétoire. Constantin, ayant réuni sous sa puissance la totalité de l'empire , continua à nommer quatre préfets, et leur confia les mêmes provinces que leurs prédécesseurs avaient gouvernées. Le préfet de l'Orient étendait sa vaste juridiction sur les trois parties du globe qui obéissaient aux Romains , depuis les cataractes du Nil jusqu'aux bonis du Phase, et depuis les montagnes de la Thrace jusqu'aux frontières de la Perse. Un autre commandait aux importantes provinces de Pannonie, deDacie, de Macédoine et de la Grèce, jadis confiées au préfet d'Illyrie. I^ pouvoir du préfet d'Italie n'était pas restreint à cette province; il s'étendait sur toute la Rhétie, jusqu'aux bords du Danube, sur les lies de la Méditerranée, et sur la partie de l'Afrique qui est située entre les confins de Cyrène et ceux de la Tingitane. I>e préfet des Gaules comprenait sous cette dénomination générale les provinces voisines de la Grande-Bretagne et de l'Espagne, et on lui obéissait depuis le mur d'Antonin jusqu'au fort du mont Atlas ', Quand on eut ôté le commandement militaire aux préfets du prétoire, les fonctions civiles qu'ils exercèrent, sur tant de nations soumises suffisaient pour satisfaire l'ambit'ion et occuper les talens des ministret les plus consommés. Ils avaient la snpnème administration de la justice et des finances; et ces deux objets comprennent, en temps de paix, presque tous les devoirs respectifs du souverain et de ses peuples : des souverains, ponr protéger les citoyens qui obéissent aux lois ; et des peuples, pour contribuer, à rai'son (!e leur fortune, aux dépenses indispensables

■ Zosime, I. n, p. 109, 110. Heurenscment que nous avons le d(^U salisOiisant de la divigion dn pouvoir et des provinces des préfcls dn prétoire. Sans ce guide, nous serions souvent embarra^és, au milieu des nombreux détails du Code et des expKcaltons minutieuses de la Pfotitia.

de l'état. Les monnaies, les grands chemins, les postes, les greniers publics, les manufactures, tout ce qui pouvait intéresser la sûreté ou la prospérité publique, était administré par les préfets du prétoire. Comme représentans immédiats de la majesté impériale. Us étaient autorisés à expliquer, à augmenter, et à modifier, au besoin, les règlemens généraux par leurs interprétations. Ils veillaient sur la conduite des gouverneurs des provinces; ils déplaçaient les aégligens, et punissaient les coupables. Dans les affaires de quelque importance, soit civiles ou criminelles, on pouvait appeler de toutes les juridictions inférieures au tribunal du préfet; et sa sentence était définitive. Les empereurs refusaient de recevoir aucune plainte contre des hommes auxquels ils accordaient une confiance si illimitée ' ; leurs appointemens répondaient à leur dignité*; et, si l'avarice était leur passion dominante, ils avaient de fréquentes occasions de la satisfaire par d'abondantes moissons de présens, par des taxes, et par d'autres manœuvres coupables et arbitraires. Quoique les empereurs n'eussent plus rien à craindre de l'ambition de leurs préfets, ils n'en avaient pas moins l'attention decontre-balancer le pouvoir de cette grande cbai^ par la brièveté et l'incertitude de sa durée *.

Rome et Gonstantinople, à raison de leur importance, furent les seules villes sur lesquelles les préfets du prétoire n'eurent au-

< Vojrez une loi de Constantin lui-même. JpnefèetU autanprœtorio provoeare non sinimus. Cod. Justin, 1. m, tit 62. Leg. 19. Charisius, jurisconsulte du temps de Constantin (Heinecc. Hist. Jurit Romani , p. 349 ) , qui reconnaît cette loi peur un principe rondamental de Jurisprudence, compare les préfets du prétoire aux malires de la cavalerie des anciens dictateurs. (Pandect. , 1. 1, lil. II.)

2 Lorsque Justinien , au milieu de l'épuisement de l'eri^ire, institua un préfet du prétoire pour l'Afrique, il lui accorda un salaire de cent livres d'or. ( Code Justinien, 1. 1, tit. 21 , loi, i ).

3 Sur cette dignité, ainsique sur les autres de l'empire, il suffit de renvoyer aux commentaires étendus de Panctrole et de GodefKty , qui ont recueilli avec soin et disposé avec eiaailude et avec ordre , tous les matériaux tirés de la loi et de l'histoire. Le docteur Qolwell {Historx oflhe ff^orld, vol. 2 , p. 24-77 ) a fait , d'apris ces auteurs , un précis très-net de l'état de l'empire romain.

DÉCADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN

(334 dep. J.-C.)

cime autorité. L'expérience avait démontré que la marche ordinaire des lois était trop lente pour conserver l'ordre et la tranquillité dans des villes d'une si vaste étendue, et elle avait fourni à la politique d'Auguste un prétexte pour établir à Rome un magistrat qui contint une populace licencieuse et turbulente, par la terreur d'un pouvoir et de châtimens arbitraires '. Yalerius Messala fut décoré le premier du titre de préfet de Rome, afin que la réputation dont il jouissait diminuât ce que ses fonctions avaient d'odieux. Mais ce citoyen distingué * ne les exerça que peu de jours; et il déclara, en quittant sa place, comme il convenait à l'ami de Brutus, qu'on ne lui ferait jamais accepter une administration incompatible avec la liberté publique '. A mesure que le sentiment de cette liberté s'éteignit, on devint plus jaloux de l'autorité; et le préfet, qui avait semblé d'abord n'être destiné qu'à contenir par la crainte les esclaves et les gens sans aveu, fut autorisé à étendre sa juridiction civile et criminelle sur l'ordre équestre, et sur les familles nobles de Rome.

Les préteurs, qu'on choisissait tous les ans pour juger d'apràe les lois et l'équité , ne purent disputer long-temps la possession du forum à un magistrat puissant et permanent, qui avait l'oreille et la confiance du prince. Leurs tribunaux furent déserts ; et leur nom-

< Tacite, Ann. ti,11; Eusèbe, in Chron., p. t55; Dion Cassius surle discours de Mécenas (1. vn, p. 675), décrit les prérogatives du préfet de la ville , telles qu'elles subsistaient de son tanps.

* Le mérite de Messala était encore au-dessus de sa réputation. Dans sa pronière jeunesse, il fkil recommandé par Cicéron a l'amitié de Brutus. Il suivit l'étendard de la république jusqu'à sa destruction aux champs de Philippe. 11 accepta ensuite, et il mérita la (kveur du plus modéré des eonquérans , et dans la cour d'Auguste il montra tonjours la noblesse de son caractère et son amour de la liberté. Son triomphe fUt justifié par la conquête de l'Aquitaine. En qualité d'orateur, il disputa la palme de l'éloquence à Cicéron lui-même. 11 cultiva toutes les muses, et il ftit le protecteur de tous les hommes de génie. H passait ses soirées à converser philosophiquement avec Horace; à table, il se plaçait entre Délie et Tibulle, et il amusait ses loisirs en encourageant les lalens poétiques que montrait le jeune Ovide.

3 Jncùiilem esse potestatem contestons , dit le traducteur d'Eusèbe. Tacite exprime d'une autre manière la même idée : Quasi nescius exercendi.

(324 aep. J.-C.) PAR ÉD. GIBBON. CH. XVIL

^bre, qoi avait varie cte doute à dix-hnit ', fat insensiblement réduit a deux ou trois, dont les fonctions se born^ent à la dispendieuse nécessité de dbnner'des fêtes au peuple*. Qnand la dignité de consul ne futpkis qu'un vain simulacre, qni paraissait rarement dans la ville, les préfets prirent leurs places dans le sénat, et furent bientôt régardés comme les présidens de cette anguste assemblée. Il leur venait des appels de pays éloignés de cent milles; et l'on reconnut, comme un principe de jorisprodence , qu'ils étaient les chefs de toute autorité municipale'. Legoiiveriieur de Rome avait , pour l'aider dans l'administration de se6 travaux pénibles, quinze officiers, dont les uns avaient été ses égaux , et les autres ses supérieurs. Les principaux départemens étaient relatifs à une nombreuse garde-, établie pour veiller à la sAreté contlre les vois, les incendies, et les désordres nocturnes ; à la distribution que l'on faisait au peuple de grains et de denrées; au soin dn port, des aqueducs, des égouts, du lit et de la navigation du Tibre; à l'inspection des marchés, des théâtres et des* travaux publics et particuliers. Leur vigilance était chaînée des trois principaux objets d'une police régulière : la sûreté, l'abondance et la propreté. Le gouvernement, pour prouver son attention à conserver la magnificence et les ornemens de la capitale, payait un inspecteur particntier pour les statues : il était le gardien de ces êtres inanimés, qui, d'après le calcul extravagant d'un ancien écrivain , n'étaient guère inférieurs en nombre aux habilans qui vivaient à Rome. Trente ans après la fondation de Goustantinople, on y créa un magistrat de la même

' Vofez Upsins, Exeurmt D. Ad. i , Ub. TacU. Ann.

* SeineceU Elément. Juris avilit tecund. ordinem Pandect., t. i,p. 70. Voyez aussi Spanheim de Usu namùmofom, t. 2, Dissert. X, p. 119. L'an 450, Marcien déclara par une loi que trois eitoyeiis seraient créés chaque année préteurs de Constantinopte, au choix du sénat, mais arec son consentement. (Cod. Jnst.,1. i, lit. 99,leg.Z}

3 QuidqtUd igitwr (ntra urbem admittalur , ad P. U.videtur ptrtinerejsed etsiquidintra eentettmum tMUiarium. UI|rfen. in Pandect. , 1. 1, tit. 3, n» 1. Il se met ensuite à décrire les diverses fondions dn préfet , auquel le Code Justinien(l. I, til. 39, leg. 3) allrikue la prééminence et le commandement de tous les magistrats de laville, sine injuria ac detrUnento honoris alieni, GIBBON, I.

espèce; et il eut les mêmes fonctions. On établit une parfaite égalité entre les deux préfets minùcipaux, et entre les quatre du prétoire '. Ceux qui dans la hiérarchie impériale étaient distingués par le titre de respectables formèrent une classe iaterinédiaire entre les illustres préfets et les honorables magistrats des provinces. Les proconsuls de l'Asie, de l'Achaie et de FAinque, rédam^«nt la pré^ séance dans cette classe : on l'accorda au souvenir de leur ancienne dignité; et l'appd dé leurs tribunaux à ceux des préfets fut la seule marque qui resta de leur infériorité *>. Le gouvernement civil de l'empire fut distribué en treize grands diocèses, qui contenaient chacun l'étendue d'an grand royaume. Le preniierde ces diocèses était régi par le coÉite de l'Orient; et nous pouvons donner une idée de l'importance et du nombre de ses fonctions, en observant qu'il avait sous ses ordres six cebts appariteurs, qui' composaient ce que l'on appelle aujourd'hui secrétaires, meuagert ou commis *. La place de préfet augustal de l'Egypte ne fut plus occupée par un chevalier romain; mais on oc»serva son emploi, et l'on continua air gouverneur lés pouvoirs extraordinaires que la situation de la province et le géué des habitans rendaient indispensables. Les onze an-, très diocèses de l'Asie, du Pont, de la Thrace, de la Macédoine, de la Dace, et de la Pannônie ou lUyrie occidentale, d'Italie et d'Afrique, des Gaules et de la Grande-Bretagne, furent gouvernés par des vicaires ou vice-préfets *. Leur nom explique sniBsam-

1 Outre 'nos guides ordinaires, Félix Cantdorins a écrit un traité particulier, de Prœfecto xirbis; et on trouve dans le quatorzième livre du Code Théodosien plnsioirs détails curieux sur la police de Rome et de Constantinople.

ZEunapios assure que le proconsul d'Asie était indépoidant du prélH ; ce qu'il ne faut adopter toutefois qu'avec quelque modification. 11 est sûr qu'il n'était point soumis à la juridiction du vicp-préfet. (Pancirolus.p. 61.)

3 Le proconsald'Afrique avait quatre cents appariteurs, et le trésor ou la province leur payait à tous de gros salaires. ( Voyei Paneirol. , p. 26, et le Code Justin. , I. sn, tit.â6,57.)

* En Italie , on trouvait aussi le fTcaire de Rome. On a beaucoup disputé pour savoir si sa juridiction s'éleadait à cent milles de Rome , ou si elle comprenait les dix provinces méridionales de la ville. ,

DÉCADENCE DE L'EMPIBE fiOMAIN,

ment lenr rang et l'iaiériorUé de leur place. On peut ajouter que les Ueutenaos-géfiéraux des années reoiauies, les comtes militaires et les ducs, dont on aura occasion de parier, eurent le rang et le titre de reipeeta^Ut.

Comme l'esprit de jalousie et de vanité prévalait dans les conseils de l'empereur, on mit la plus grande atieoli<Mi à diviser le pouvoir et à ranltifriierles titres. Les vastes pays que les conqnérans romains avaient réunis sons tme administr^ioH simple et uniforme furent si ia^Htoyablement morcelés, qu'à la fin l'empire se trouva distribué en eeat seice provinces, clutcaae desquelles était crufillemont rançonnée pour les frais de son gouvernement particulier. Trois furent régies par des [Hrocottsuls, trente-sept par des consulaires , cinq par des correcteurs, et soixanleonzepardes préstdens. Les dénominatioas de ces magutrats étaient différentes ; leur rang se trouvait classé ; les marques de leur dignité ne se retsen^lai^H point ; et leur situation devenait (dus ou moins agréable et avantageuse , d'après des circonstances aecideatelies. Mais ils étaient tous, eaeKceptantles proconsuls, coiBm>ri8 dans la classe des fconorable», amovibles à la volonté du prince , et en possesùon d'adimnistrer la justice et les finances de leur district sous l'autorité des préfets et de leurs, députés. Les énormes volumes du code et des Pandectes ' nous fourniraient de grands détails sur le système du gouvernement des provinces; mais l'historien se bornera au choix de deux précautions ùngulières, destinées à restreindre l'abus de l'autorité. 1° Pour conserver l'ordre et la paix, les gouverneurs des provinces étaient armés du glaive de la justice ; ils infligeaient des punitions corporelles , et jugeaient à mort dans les crimes capitaux. Mais ils ne pouvaient pas accorder au criminel le choix du genre de son supplice, ni prononcer la moindre sentence d'exil. Ces prérogatives étaient réservées aux préfets, qui ordonnaient seuls la ruineuse amende de cinquante livres d'or. Les vice-gérans n'avaient le droit

* Le reeudl des oiiTnges du câèbre U1|Hen otbt un trallé en dix livres mr l'offlce de proeensul , dont les devoirs en plusieurs points essentids éUdeat les nitoes^ue ceux d'un gouremeur de province. |

(234 dep. J.-C.)

de condanmer qu'à quelqaes onces '. Cette distinctioa, qui parait accorder une grande autorité, et en refuser une moindre, était infiaiflaeBt plus sujette À des abus. Les passions d'un magistrat provincial pouvaient lui faire commetM^ des actes d'oppression , qui n'attaquaient que la fortune ou la liberté des citoyens, quoique, pur un paotif dé prudence ou d'kuBMailé, il fât incapable de versw le sang innocent. On doit aussi eensidérer que l'exil, les fortes amendes, ou le dteix d'une mort douce, ne regardaient ib*^*^ q«B le» citoyens riches ou les nobles. De cette manière , les personnes les plus exposées au ressentiment ou à l'avidité d'un maf^ratde province se trouvaient à l'abri de sa persécution obscm^e, et s'adressaient au tribunal plat auguste et plus impartial du préfet. 3° Comme «n sentait que l'intégrité d'un juge pouvait être corrompue par son intérêt ou par ses liaisons , des règlemora les plus sévères excluaient du gouvernement de la province ou l'on était né, à moins d'une dispense particulière de l'empereur *; «t il était expressément défendu aux gouverneurs et à leurs fils de contraaer des mariages avec des familles de leur arrondissement % ou d'acheter des esclaves, des terres ou des maisons dans l'étendue de leur juridiction *. Malgré ces précautions rigoureuses, Constantin, après trente-cinq ans de règne, déplore en-

< Les présidens et les consulaires pouvaient imp«s9 une amende de deux enees; les vice-prASals, de trois; lai proconsuls , le comte de l'Orient et le préCel d'Egypte , de six. ( Voyez Heinec., Jur. civil. , 1. 1 , p. 75 ; PandecL, I. nvni, 19, no 8 -, Cod. Justin., 1. 1 , tTl. 54 , leg. 4-6.)

* VtnaUlpatriœsttœ adnUntstralio , line speeûUi prineipispermism,permUtabit. (C«d.JusUn., L i, tiu , 41.) L'empereur Marcus, apris la rél>ellion de Cassins, étaMit le premier cette loi. ( Dion Cassius , taaaa. ) On observe ce règlement à la Cliine avec la même rignur et avec le mteie efliet.

«Paadeet., 1. xxm. Ut. 2, n«a6, 57 , 63.

'Injure eontinetur, ne qui* in administratiane constitutus aliquid eompararet. ( Cod. Tliéodes. , L via, lit. 15, (^. l) Cette maxime de la IdcoBunue fM conflrmde par unesuiu d'édits (voyez le reste du tilre)depuis Constantin jusqu'à Justin. Hs n'eMeptenl «m des Itabits et des provisions de cette prokiltilicn, qui s'étendait aux derniers efOeiers du gouvemew. Us douKUt cinq ans pour rentrer dans la clnse vendue, et ils dédnrent ensuite qu'aprtsune inr»raation die loniiMn as trésor.

(3i4 dep. J.-G.}

corei - fadmtnistratioB vénale et oppteatàitt de la justice, et se plaint rtec iadigaation de ce qae les juges Tendent eux-mêmes on font vendre publiquement, leurs audiences, leur travail, leurs délais, et leurs sentences. La i*épétition de lois et de menaces impuissante prouve la durée , et sans doute llmpvnité de ces désordres *.

Gomme les magistrats civils étaient pris parmi les jurisconsultes , les célèbres lostitutes de Justinien s'adressent à la jeunesse de ses états qui se dévouait à Fétude de la jnrispmdence romaine; et le souverain daigne animer leur zèle en promettant de récompenser leur MtelligenGe et leurs talens par des charges dans le gouvernement •• Les étémens de cette science lucrative étaient enseignés dans toutes les grandes villes de rOrient et de l'Ocddent ; mais l'école la plus faneuse était celle de Béryte >, sur la côte de Phénicie. Elle fleurit pendant plus de trois nèdes après Alexandre Sévère, qui fut probrideinent Fauteur d'une institution si avantageuse k son pays natal. Après un cours rég»fier d'instruction qui durait cinq ans, les étndians se dispersaient dans les provinces, pour y chercher la fortune et les honnenrs ; et ils ne pouvaient guère manquer d'occupatioo dans un grand empire déjà corrompu par une multiplicité de lois, d'arts, et de vice». Le tribunal du préfet du prétoire de 1*0rtent employait seul cent cinquante avocats , desquels soixante-quatre jouissaient de pri- Titéges particnfiers. On en choisissait deux te«is les ans , auxquels on donnait pour af>-

« Cessent rapMetJam mine offieialiummaiim; ce»sent, tnquam, nom, si nunUtlnon eessavertnt, gladiis praeidenùtr, eU. (Cod.Théodos. , 1. 1, Ut. 7, leg. i.) Zdnon ordonna i tous les gouTerneun de rester dans les provinces cinquante Jours après respiration de leur offlce , pour 7 répondre A lootes les accusations. '. Cod. Justin. . I. n . Cit. 49,1.1.)

* SÛmmdigUur ope et aUteri studio hasleges nostnuaceipUe; et vosmetipsos sic entditos ostendiU, asspesvospule/terrima foveat; loto légitime opère perfecto, passe etiamrempublicam, nostram in parta>us ejus vohis credendis gubemati. (Justinien, in Proem. Institutionem.)

* La splendeur de l'école de Béryle , qui conserva en Orient la langue et la Jurisprudence des Romains .paraît s'être maintenue depuis le troisième Jusqu'au milieu du sixième siède. (Helnee., Jitr. rom. Uist. , p. 351-356.)

PAR ÉD. GmBON. CH. XVlf.

ayt

pmntémeBS soixante livres d'er, pour plaider les causes du trésor. Pour premier essai, ou les disait servir d'assesseurs aux magistrats dans quelques occasions, et on leur faisait souvent occuper ensuite le tribunal devant lequel ils avaient plaidé. Ils obtenaient le gouvernement d'une province , et par leur mérite, leur réputation, ou la faveur, ils arrivaient successivement aux dignités illustres de l'état *.

On ne pouvait guère espérer que des hommes accoutumés, dans la pratique du barreau , à regarder le raisonnement comme l'arme de ht <fispute, et à interpréter les lois au gré de leur intérêt, se dépouillassent de cet esprit dangereux et méprisable en passant à l'administration publique. Il y a eu sans doute dans les temps anciens et modernes des avocats qui ont honoré leur profession , en remplissant les postes les plus importans avec autant de sagesse que d'intégrité ; mais dans le déclin de la jurisprudence romaine, la promotion ordinaire des hommes de lois ne pouvait produire que honte et désordre. 1.1a noble et séduisante éloquence avait été long-temps le patrimoine particulier de la noblesse ; mais elle s'était corrompue dans la bouclie des affranchis et des plébéiens *, qui

> J'ai indiqué A une époqn^e antérieure les empkds e{- Tib et miUtairei qu'obtint siceessivenMnt Pertinax, et Je nds parler id des honneurs cMb qu'on aeeorda par dogrés à Mailiiu Théodore. 1° Il se distingua par son âoquense, lenqu'U plaidait à la cour du préfet du prétoire; T il gouverna une des provinces de l'Aftique en qualité de président ou de consulaire et fl mérita une statue d'aindn;3*H(MBO0Uiévieaireoa viee-piéM de la Maeédotnc ; 4* qnestew ; 6* conte des sacrées largesses; 6° préM prétorien des Gaules, et même alors il pouvait passer encore pour un Jeune homme ; 7° après une retraite , peut-être une disgrâce de plusieurs années , que Malins (que des critiques eenftadent avee le poète Manilius, voyez Fabricius , Biblioth. lat. edU. Emesti, 1. 1, c. 18 , p. 501 ) employa à l'élude de la phMtophie greoque, on le fit préfet du prétoire de l'Italie , l'an 907 ; 8* il exerptt encore cette grande duu^e , lorsqu'il ftit ncnné consul pour rOceident , en 399 ; et souvent les Ihstes na rappellent que son non , h canse de l'inhorie de son collègue,l'ennnque Eutropins ; 9° en 406, MaHiusfM noanié une seconde (bis préfet du prétoire en Italie. Le vénal Ctandien (ait lui-même entrevoir, dans son Panégyrique, le mérite de Mallius Théodore, qui, par un rare bonheur, M l'intime ami de Symmaqne et de saint Augustin. (Voyez Tillemont, Histoire des Empereurs, t. 5, p. 1110-1114.) * Mamertinus, in Panegyr. Fet.,xi, 20; Ansterins, apwl PhoUum, p. 1500.

372 DÉCADENCE DE

en élisaient un trafic sordide et funeste. Qaelqnes-uns d'eux ne cherchaient à faire des liaisons que pour fomenter la discorde dans les familles. Ds encourageaient les procès , et se préparaient d'amples moissons à enx et à leurs confrères. D'autres, enfermés dans leurs retraites impures , n'alimentaient leur gravité magistrale qu'en fournissant à de riches cliens les moyens d'obscurcir la vérité la plus évidente par les subtilités de la chicane , et de soutenirles plus injustes prétentions. Les plus distingués des avocats étaient ceux qui faisaient retentir le Forum de leur voix glapissante et de leur verbeuse rhétorique. Aussi indilTérens pour leur réputation que pour la justice, on les peint la plupart comme des guides infidèles , qni consommaient la ruiae de leurs dieus par des dépenses inutiles et des délais concertés. Les procès étaient interminables , et les malheureux plaideurs les abandonnaient quand leur patience et leur fortune étaient à bout '.

Dans le système politique d'Auguste, les gouverneurs des provinces impériales étaient investis de tons les pouvoirs de la souveraiheté. Ministres de la paix et de la guerre , eux seuls accordaient les récompenses, et infligeaient les punitions. Ils portaient, snr le tribunal, la çobe civile du magistrat, et une armure, co^mplète à la tête des légions *. L'influence des richesses , l'autorité de la loi , et le commandement militaire , concouraient à rendre leur pouvoir absolu; et qnand ilsétaient tentés de renoncer à l'obéissance, la province fidèle qui se trouvait enveloppée dans leur révolte s'apercevait à peine d'aucun changementdans son administration. Depuis le règne de Commode jusqu'à celui de Constantin, ■>plus de cent gouverneurs ont levé, avec dif-

< Le pasiage d'Ammien (I. xxx , c. 4) , qui pe&it les mœurs des geos de loi de sod temps, est curieux : il ofn-e un mâange bizarre de sens commun, de fausse rhétorique, et de satire poussée jusqu'à l'extravagance. Godefh)y (Prol^omen. ad Cod. Thiod., c. i, p. 185) articule les mêmes plaintes et rapporte des faits authentiques. Dans le quatrième siècle, les livres de la loi auraient fourni la charge d'un grand nombre de chameaux. (Eunapius, in ru. Edesi, p. 72.)

3 La vie d' Agricola , et surtout aux ch. 20 , 21 , en fournit un bel exemple. Le lieutenant de la Bretagne était revjtudu pouvoir que Cicéron, proconsul de la Cilicie, avait exercé au nom du sénat et du peuple.

L'EMPIRE ROMAIN, ;3i4 dep. i.-G.)

férens succès , l'étendard de la rébellicMi ; et, quoique l'ombrageuse cruauté de leur maître ait sacrifié beaucoup d'innoeeas , il est possible qu'elle ait aussi prévenu dœ dessein» criminels '.

Pour ôter à ces formidables serviteurs tout moyen d'alarmer le prince, ou de troubler la tranquillité publique , Constantin résolut de séparer le service militaire de l'administration publique, et de faire une profession distinguée et permanente de ce qui n'avait été jusque là qu'une fonction passagère ; il créa deux nudtres généraux, l'un pour la cavalerie, l'autre pour l'infanterie, et leur donna, sur les armées de l'empire, toute l'autorité qu'avaient exercée les préfets du prétoire. Quoique chacun de ces illuttret officiers fût plus particulièrement chaîné de veiller à la discipline des troupes qui étaient sous ses ordres immédiats , il commandait également, à la guerre, tous les corps, soit à pied, ou à cheval, qui composaient son armée *. Le nombre de ces maîtres fut bi^tôt doublé par la séparation de l'Orient et de l'Occident; et ils eurent chacun, pour département, avec un titre et un rang égal, une des quatre importantes frontières du Rhin , du haut et du Bas-Danube, et de l'Euphrate. La défense de l'empire romain fut à la fin confiée à huit maîtres généraux de cavalerie et d'infanterie. Ils eurent sons leurs ordres trente-cinq commandans militaires attachés aux provinces; troisdans la Grande-Bretagne, six dans les Gaules, un en Espagne , un en Italie, cmq sur le haut, et quatre sur le Bas- Danube, huit en Asie, trois en Egypte, et quatre en Afrique. Les titres de comtes et de ducs', qui leur étaient particuliers, ont, dans

1 L'abbé Dubos, qui a examiné avec exactitude (Hist. de laMonardiie française, t. i, p. 41-100, édit. 1742), les institutions d'Auguste et de Constantin, observe que,, si Otton eût été mis à mort la veille de sa conspiration , il paraîtrait dans l'histoire aussi innocent que Corbulo.

3 Zosime, 1. ii , p. 110. Avant la fln du règne de Constance , les Magistri milUum étaient déjà au nombre de quatre. (Voyea Valesius, ad Amnian., \. m, c. 7).

3 Quoique l'histoire et les codes parlent souvent des comtes et des ducs militaires, on doit recourir à la Notitia, si on veut avoir une connaissance exacte de leur nombre et de leur département. Quant à l'institution , au m^ , aux privilèges des comtes en général , voyez Cod. Théodos., 1. VI, tit. 12-20, avec les commentaires de Godefroy.

(324 dep. J.-C.)

nos langues moderaes, an sens si différent que je crains d'exposer à des erreurs en en faisant usage. An reste, on doit se rappeler que la seconde de ces dénominations n'est qu'une corruption du nom latin qne l'on donnait indistinctement à tons les chefs militaires. Ces commandans de provinces étaient par conséquent connus sous le nom de duc$. Dix seulement obtinrent celui de comte» on comité! .-titre d'honneur, ou plutôt de faveur, récemment inventé à la cour de Constantin. Un baudrier d'or était la marque distinctive de la dignité de comte et de duc. On leur faisait, en outre de leurs appointemens, une forte pension , pour qu'ils entretinssent cent quatre-vingt-dix valets et cent cinquante-huit chevaux. 11 leur était expressément défendu de se mêler d'aucune affaire relative à la justice ou aux deniers publics; mais leur autorité sur les troupes qu'ils commandaient était tout-à-fait indépendante des magistrats.

Constantin introduisit la balance délicate de l'autorité civile et militaire, à peu près dans le même temps qu'il donna une sanction légale à l'ordre ecclésiastique. L'émulation , et quelquefois la discorde qui régnait entre deux professions si incompatibles d'humeur et d'intérêt , produisit de bons et de mauvais effets. On ne pouvait guère présumer que le général et le gouverneur civil d'une province s'uniraient pour souffler la discorde, ou pour y maintenir la paix. Tandis que l'un négligeait d'offrir les secours que l'autre ne daignait pas demander, les troupes restaient souvent sans ordres et sans 8id)sistattce ; la sûreté publique était trahie , et les sujets , abandonnés de leurs défenseurs , étaient exposés aux incursions des barbares. Le partage de l'administration qu'avait fait Constantin assura la tranquillité du monarque; mais il relâcha le nerf de l'état.

On a blâmé avec raison Constantin d'une autre innovation qui corrompit la discipline militaire, et précipita la ruine de l'empire. Les dix-neuf ans qui précédèrent sa dernière victoire sur Licinius avaient été un temps de licence et de guerre civile. Les rivaux qui se disputaient l'empire avaient retiré la plus forte partie de leui"s armées des grandes frontières, surles confins de leurs étals respectifs.

PAR Èù. GIBBON. CH. XVU.

Les principales villes étaient remplies de soldats qui regardaient leurs concitoyens comme leurs plus implacables ennemis. Quand la fin de la guerre civile eut rendu les garnisons intérieures inutiles , l'empereur n'eut pas assez de sagesse ou de fermeté pour ramener la discipline sévère de Dioclétien, et supprimer la fatale indulgence à laquelle le militaire avait pris goût par habitude et croyait presque avoir droit. Depuis le règne de Constantin, il y avait une distinction d'opinion, même une distinction légale, entre les troupes palatines ' , que l'on nommait improprement les troupes de la cour, et celles qui gardaient les frontières. Les premières , fières de la supérioritéde leur solde et de leurs privilèges , passaient tranquillement leur vie au centre de l'empire , à moins d'une guerre extraordinaire; et les villes les plus riches étaient obérées par les frais de leur subsistance. Les soldats perdaient insensiblement l'esprit de leur état, et prenaient tous les vices de l'oisiveté ; ou ils s'avilissaient par une industrie basse et sordide, ou bien ils s'énervaient le corps et l'âme par les bains et par les spectacles. Us négligèrent bientôt les exercices militaires pour se livrer à la parure et à la bonne chère; et, tandis qu'ils étaient la terreur de leurs concitoyens, ils trembaient à la vue des barbares *:

La chaîne de fortifications que Dioclétien et ses collègues avaient tendue sur les bords des grandes rivières, n'était ni entrçtenD(9 avec le même soin ni défendue avec le même courage. Les troupes, connues sous le nom de garde» de» frontière» , aurai,eDt pu suffire à une défense ordinaire, mais ell^ étaient découragées par d'humili(antes réflexions. Tandis qu'elles étaient exposées, toute l'année, aux travaux et aux dangers d'une guerre

< Zetime,]. n, p.3. Lesliistoriens, leslôis, et WNo' titia , indiquenl d'une manière trôs-rt)scure les deux cbiseg des troupes romaines. On peutconsnlter cependant te Paratitlon, ou extrait étendu que Godefiroy atirédn septième livre de Re mUitari, du Code Tbéodos. , 1. vn , lit I, leg. 18; I. viu, Ut. t , leg. 10.

i Ferox erat in suos miles et rapax, ignavus veto in hostes et fraetus. (Ammian. , 1. xxn , c. 4.) U observe qo'ik aimaient les lits de duvet et les maisons de marbre , et que leurs coupes avaient, plus de pesanteur que leurs èpées.

eontiRHelle , elles n'obtenaient que les deux tiers de la paie et des émoiuntens qu'on prodiguait aux troupes de cour. Les bandes, les légions mêmes, qui jouissaient à peu près dn même sort que ces indignes faroris, se trouYaient dégrâdées par le titre d'honneur qu'on accordait aux antres. Ce fut en vain que Constantin menaça des plus cruels chàtiniens ceux des frontières qui abandonneraient leurs drapeaux, qui faroriseraient les incursîons des barbares, on qui partageraient dans leur brigandage'. Le dësoirdre qui suit les démarches imprudentes se corrige rarement par «ne injuste séTéritë , et, quoiqu'une suite de princes aient fait chacun, dans leur temps, leur possible pour recruter et ranimer les garnison» des frontières, jusqu'au dernier moment de sa dissolution, l'empire a souffert de la blessure mortelle que lui avait faite rimprudente faiblesse de Constantin.

La même politique timide qui sépare tout ce qui est uni , qui abaisse tout ce qui est respecté .'qui craint toute autorité active , et qui n'attend de la dociTitë que de la faiblesse, semble avoir été le système de plusieurs monarques, et particulièrement celui de Constantin. L'orgueil martial des légions , dont les camps victorieux avaient été si souvent le foyer de la révolte, se nourrissait du souvenir de leurs anciens exploits, et du sentiment de leurs forces présentes. Tant qu'elles conservèrent leur anciemte composition de six mille hommes , «Iles se soutinrent sous le règne de IKoclétien , et chacune d'elles fut un objet respectable dans rhistoire militaire de l'empire romain. Peu d'années après, leurs corps nombreux tmeat réduits à trèspeu de chose; et, quand sept légions, avec quelques auxiliaires, défendirent la ville d'Amida contre les Perses, toute la gamisoa avec les habitans des deux sexes , et les paysans qui avaient déserté la campagne , n'excédaient pas le nombre de vingt mille*.

I Cod. Théodos. , 1. vn, th. 11, l(g. i, tit. 12, leg. i. (Voyez Holwell, ffistoiy ofthe JForld, toI. 2, p. 19.) Ce savant historien , qni n'est pas assez connu , tâche de justifier le caractère et la politique de Constantin.

ZAmmian, I. xn, c. 2. Il remarque (e. 5) que les sorties désespérées de deux liions de la Gaule produisirent l'efTet d'un peu d'eau qu'on jette sur un grand incendie.

DECiLOEMGE DE L'EMPIRE ROMAIN,

D'après ce bit , H d'avtres qui le confirment, il y a lieu de croire que la constitutio» des troupes légionnaires, à laqueMe «Ue» doivent en partie leur valeur et leur discrjdine, fut changée par Constantin , et que le» bandes d'infanterie romaine qui en retinrent le n(HB et les honneurs n'étaient pios composées que de mille à qniiK« cents hommes*. On. pouvait aisément arrêter les complots de ces détachemens séparés, que Je sentiment de leur faiblesse particulière rendait timide» et incertains ; et les successeurs de Constantin pouvaient satisfaire leur vanité par le pbosir illusoire de commander à cent trentetrois légions inscrites sur l'eut de leur nombreuse armée. Le reste de leurs troupes était divisé, l'infanterie en cohortes.et la cavalerie en escadrons : leurs armes , leurs noms et leurs enseignes tendaient k inspirer I» terreur, et à faire distingner les différentes nations qui marchaient sous les drapeaux de l'empire. Il ne restait plus rien de cette simplicfté sévère , qui , dans les siècles brillan» de victoire et de liberté, distinguait une armée romaine de ce ramas immense et confus de soldats dont un monarque d'Asie mardiait environné *•

Un dénombrement particulier, tiré de la Notifia , pourraât occuper l'attention d'un amateur de l'antiquité. Mais l'historien se contentera &obiener que les garnisons placées sur les frontières de l'empire montaient à duq cent quatre-vingt-trois; et que, sous les tuocessenrs de Constantin , les forces totaies de l'établissement militaire étaient composées de six cent quarante-cinq mille mAdats*. Dans les siècles précédeos, cet effort aurait surpassé les besoins de remjMre; dans les smvans , il surpassa ses facultés.

Dans chaqoe espèce de gouvernement, di^

I PmelroliM, dd JVotittam , p. 96. Hémoires de fAcad. dnlnseripUMs.L 2S,p<^481.

i Romanaaeiet wtius prgpe forma erat et hominum et armorum génère, — Regia aciet, varia nuxgie multis gentibus dissiimUtudine armorum auxiUorumque erat. (Tile-Lhre,l. xxirn, c. 39,40.) Flaminins, arant nncbalailie, avait comparé l'armée d'Antiociiusi UB souper, où l'habileié d'un cuisinier diversifie l'apprdl de la clukir d'un.vil animal. (Voyez la vie de Flaminius dan* Plularque).

3 Agatliias, 1, 5, p. 157, édit. da Louvre.

(324 dep. J.-C.)

PAB ÉD. GIBBON, GHAP. XVU.

féreiwnotife aenreatiirecrMer les armées.

Chez les baiiiares, le goût de la guerre; eiiez une nation libre, le deroiret l'amour de la patrie; dam une monareUe , le sentiiBent de ftionoeur; mais les tànides etvo- InptueuK habitans d'un eanpire sur le déclia ne sont attirés au serrice que pw Tespmr du proât, et n'y sont retenus que par la crainte des châtimens. Les ressources du trésor romain furent épuisées par l'augmentation de k paie , par des graûficatioos multipUées , par l'iaventiui de noaTeaux ëmolumens, et par de nomcaax {M'iviléges qui pusseuteompeaser aux yeux d'un jeune -nllageois les fatigues et it» dangers de la vie militaire. Cependant, qaoiq«'4M fût devenu moins exigeant sur la taille ', quoiqu'on fermât les yem sur l'adaùssion des esdaves, ces tolérances ne sufiirent pas ; les troupes né fairent recrutées qu'imparfùtement , et les empereurs furent obligés d'aronr recours aux moyens de contrainte. Les terres qu'on donnait d'abord aux vétérans, en toute franchise, comme une récompense de leur valeur , ne leur furent accordées que sous une condition qui fut sans doute la source des redevances féoàaàa; leurs fils n'en héritaient plus, à moins qu'ils ne se dévouassent à prendre le métier des armes, dès q«e leur âge le leur penaettrait. Leur lâche refus était puni par la perte de l'honneur, de la fortune, et métne de la vie*; mais, comme les fiU des vétérans étaient loin de suffire aux beseùis du «ervtee , on fit de fréquentes levées dans les provinces. Chaque propriétaire ÙA obligié de preadi^ les armes , OH de payer un substitut , ou de se racheter par le paiement d'une amende considérable.

iVakiitiniea (Cod. Tbëedos., Lm, Uti3,leg. 3) fixe la stalured'uo soldat à cinq pieds septpoucœ , c'est-àdire à cinq pieds quatre pouces et deoii-mesure d'Angleterre ( le pied d'Angleterre est plus petit que celui de France). — Elle avait été autrefois de daq pieds dix youees, et dans les pins beaux oorps de six pieds ronuias. Setl tune ercU ampUor nudtUudoetpluressequebaatur mUitiamarmatam.{\eselmi, de Re militari, 1. i,c. 5.)

2 Voyez les deux titres de Feteranit et de FHiis Veteranorum, dans le septième lirre du Code TbésdosieD. L'jge où l'on exigeait d'eux le sernce aililaife variait de vingt-einq à seize ans. Si les flls des Tétérans se présentaient avec un efaeral , ils avaient le droit de servir dons la cavalerie Deux cbevaux leur donaaieat des privilèges importans.

Le radiât, qu'on réduisît à quaraate-de«ix pièces d'or, nous donne une idée da prix exort>itant que se vendait m soldat, et de la ré|Higpanoe avec laquelle lo gouremement accordait une dispense*.

Les Romains abâtardis avaient une telle horreur pour la profession de s^at , que . pour en être dispensés, plusieurs jeunes hommes de l'Italie et des provmees se eoapaient les doigts de la main droite, et eet abominable expédient fut d'un usage assez commun, pour nécessiter la sévérité des lois*, et «n nom purtioulier dans la langue latine*.

L'admission des barixares -dans les armées devint de jour en jo«r plus commune , fibu nécessaire et plus funeste. Les plus hardis des Scythes , des Goths et des Germains, qui aimaient la guerre, trouvant plus de profit à défendre qu'à ravager les provinces, s'enrôlaient , non-seulement paran les auxiliaires de leur nation; ils étaiett encore reçus dans les léf^ns, et pamu les plus distinguées des troupes palatiaes. Admis familièrement chez les citoyens, ilsapprenairatà mépriser leurs mœurS) et à imiter leurs arts ; ils secouènent le respect que l'orgueil des Romains n'avait dà qu'à leur ignorance , et ils acquirent la

■ Code TModos., l.vii.tit. t3, leg.7. Sdon l'historien Soovte (VajwC«dBkvj,mdlae.),VtmptmÊtV*lens exigeait «gdliacfois ijnatre-viogts pièces d'or pour un soldat de recnie. La loi suivante énonce très-obscurémoilqueles esclaves ne seront pas admis inter optimas tectittimorum militum turmeu,

2 la porsoime et la propriété d'iadienttarMNnahi qoi avait nuHilé ses deux Ois forent vendues à l'enoaD par ordre d'Auguste (Suétone , in. Aug.,<^ 27). Ui nodà»tion de cet habile usurpateur prouve que l'esprit du temps jusUflait sa sévérité. Ammien distingue les Italiens eflïminés des robustes Gaulol8(LxT,c. 12).CependHtt,quinM années après, Valentinien , dans une loi adressée au préfet de la Gaule , crut devoir ordonner de brûler vif^ ces Itches déserteurs ( Code Théodosien, I. tii, lit. 13, li^. 5). Leur nombre en Illyrie était si considérable , que la province se plaignait de ne pouvoir y ftdre de recrues (M. Leg. 10).

ï On les appcteit.VureJ. Mureidus est employé par Plante «t Festns pour désigner un homme paresseux et lilche, qni, selon Arnobeel saint Augustin, était sous la protection immédiate de la déesse Murcia. Les auteurs latins du moyen ftge se servent du mot Mureare, comme synonyme de .MKtiioiV, d'après ce trait singulier delâ- «lieté.(Voye«Lindenbrogitt8el Valesins, adjimmian. MareeUin., 1. xv , c. 12 )

possessioa àe» avantagés qui sontenaient encoce la grandeur expirante de leurs anciens maîtres. Les soldats baiiutres qui montraient des talens militaires arrivaient aux postés les plus importans, sans exception. Les noms <de tribuns, de comtes, de. ducs et même. de généraux, annoncent une origine étrangère xju'ils ne consentirent pas à déguiser. On leur confiait souvent la conduite d'une guerre (Contre leurs coù^atriotes, et, quoique la plupart, préférassent les liens de la fidélité à ceux du sang, quelques-uns cependant furent Ingrats, ou du moins ^soupçonnés d'entretenir une correspondance criminelle avec les ennemis , de les favoriser dans leurs incursions, et de les épargner dans leur retraite. - Le fds de CQustantin laissait gouverner tson palais et ses camps par une faction pnis- ,sante de Francs, dont tous les membres avaient une liaison ferme et suivie entre eux .et avec leurs compatriotes, et qui regardaient .un afli*ont fait à un des leurs comme une insiulte nationale*. Lorsque le tyran Caligula .fut soupçonné de vouloir donner la robe de consul à un candidat d'une espèce très- «xtraordinaire, le sacrilège aurait excité presque autant de surprise, quand, au lieu d'un cheval, te chef le plus noble de la Germanie ou de la Bretagne aurait été l'objet de son .choix. La révolution de trois siècles avait fait un changement si considérable dans les préjugés du peuple, que Constantin fut approuvé des Romains, lorsqu'il donna l'exemple à ses successeurs d'accorder les honneurs du consulat aux barbares qui méritaient par leurs talens et leurs services d'être classés dans le nombre des Romains les plus distingués*. Hais, comme ces audacieux vétérans, qui avaient ëté élevés dans l'ignorance et dans le mépris

< Malarichiu , adliibiUs Francis , quorum ed tempestate inpaUUio mulUtudo fiorebat , erecUus jain loqudxttur tumultuahaturque. (Ammien MarceUin, 1. xv,c. 6. )

} Bariiaros omniumprimus ad uMquefasces auxerat et trahes consulares. Ammien, ( l. xx , c. 10), Eusèbe (in vUA Comtantini, \. i, vc. 7) et Aurelius Victor sem- Menl confirmer cette assertion; mais je ne trouve pas le Dom4'Bn seul barbare dans les trente-deux Fastes consulaires du règne de Constantin. Je croirais donc que ce prince accorda aux barbares les omemens plutôt que l'emploi de consul.

DÉCADENCE DE L'EBfPlRE ROMAIN ,

(324 dep. J--C.>

des lois, n'étaient jamais admis à exercer aucun emploicivil, l'essor de l'esprit humain était arrêté par l'irréconciliable séparation des talens et des professions. Ces citoyens accomplie des républiques grecques et romaines,.dont le génie brillait également au barreau, dans le sénat, dans les camps et dans les écoles, apprenaient à écrire, parler et agir avec la même habileté.

lY. Indépendamment des magistrats et des généraux qui exerçaient loin de la cour l'autorité qu'on leur avait donnée sur les proviaves ou sur les armées, l'empereur accordait le rang d'ilbulre* à sept de ses plus intimes serviteurs, auxquels il confiait la sûreté de sa personne, celle de ses conseils et de ses trésors. 1° L'intérieur du palais était gouverné par un eunuque favori, qu'on nommait prtepoêitua ou préfet de la chambre sacrée, où le prince reposait. Son devoir était d'accompagner l'empereur dans ses conseils et dans ses parties de pla'isir, d'être toujours près de sa personne , et de lui rendre tous les menus services dont la majesté royale peut seule faire la gloire et dissimuler la petitesse. Sous un prince digne de régner, le grand-chambellan, car nous pouvons le nommer ainsi , n'était qu'un serviteur utile et modeste ; mais , sous un prince faible , la confiance est toujours la suite de. la fîamiliarité, et la complaisance donne bientôt au serviteur adroit un ascendant qu'un mérite distingué et une austère vertu parviennent rarement à obtenir. Less petits-fils dégénérés du grand Théodose, invisibles à la nation, et méprisés des ennemis, élevaient le préfet de leur chambre aadessus de tous les ministres du palais ', et son substitut même, chef de cette pompeuse suite d'esdaves qui gardaient leur maître, avait le pas sur les respectables proconsuls de la Grèce et de l'Asie. La juridiction du chambellan s'étendait sur les comtes ou sur-intendans chargés des deux emplois importans de la table et de la garde-robe du prince *. 2° La

•Cod.Théodos.,l.n,Ut.8.

* Par une singulière métaphore empruntée du caractère

guerrier des praniers empereurs, l'intendant de lear

maison se nommait le comte de leur camp {conte* eeu-

trensù). Casaiodore représentait sérieiiBeBent au prinee

l que sa réputation et cdlede l'empire d^)eodai»l 4ero^-

(324 dep. J.-C.)

principale administration des affaires publiques fat confiée à rintelligence et à l'activité da maitre des offices', suprême magistrat du palais, il inspectait la discipline des écoles civiles et m ilitaires, et recevait des appels de toutes les provin^MjJe l'empire, dans les affaires qui concernait .(la multitude de citoyens privilégiés qui) comme valets de la cour, avaient pour eux et pour leurs familles le droit de décliner la juridiction des antres tribunaux. Quatre icrinia, ou bureaux, dont ce ministre d'état était le>chef, conduisaient la correspondance du prince avec ses sujets. Le premier bureau s'occupait des mémoires, le second des lettres, le troisième des demandes , et le quatrième des ordres et des expéditions de tonte espèce. Il y avait , à la tête de chacun, un sous-cbef, de l'ordre des respectables, et le nombre total des commis montait à cent ' quarante-huit : on les tirait ordinairement du barreau , à raison des extraits et des rapports qu'ils avaient souvent l'occasion de faire dans l'exercice de leurs fonctions. Par une condescendance qui, dans les siècles précédens, aurait paru fn,digne de la majesté romaine, il y eut un secréifWje particulier pour la langue grecque, et4''0a.paya des interprètes pour recevoir leajMpbass^ deurs des barbares ; m^j/fff^p^p^eaimi^ affaires étrangères, qui (Mllit«i||f^r^}fM une partie si essentielle de la p.onti^^tiM>> deme, intéressait peu4e grand-|||[Mîiii|| s <»fl>^ cnpait plus sériéûsemei\U|^ip^^n4t,«des

PAR ÉD. GIBBON. CH. XYU

arsenaux de l'empire , d( vriers, placés dâna^ii quinze à l'Orient et di qui fabriquaient continoetli offensives et défMsive^ guerre qiue l'on déposi pour les distribuer aux

l'agnies d'ou-

re- villes,

«cident ,«

àfis armes

de

i los .irs^nMtlII «liins l'oc( Mil

sion. 3° {)apiri|4tPuC^<B neuf sièrdâ, l'itftk^

?u&*r7«D -M mu.- '

nioii «pi'auraieDi )œ aUibaSmdeun étrangers de la viffixh-

sioueldc la niagoificcHCe de)a l]^i|co}ale. {hsir^ar.,'^. vi, epist..9.) ;

1 Guthcritis {de 0{J^iâ/fomns Jiijffstrr, 1. ii, c. 20, 1. 3 ) a très-bisn cïg^iie Us l'oiictioiis dn maître des ofllces , et la cob^H^i^fmt^ii^^ifiélUj^i-dipeij^^Hl^ Ib^,^ Maisy'd'sptiïii^pknuls doulu^, il cs^e^aitMineaf de fairarremoidi'i' à l'époque j^ Auloiiinn <i0f culte <^ Néron , Vori^ini' dan ma^'islfjj^u'on ne l|Mi||Vfusdafsl'hisloirc arajil le règne de C^nstautia. ■'-i-» >*> •«

ciBBon, I.

3fn

de questeur avait essuyé de singuliers changemens. Dans l'enfance de Rome, le peuple choisissait , tous les ans, deux magistrats inférieurs pour remplacer les consuls dans l'administration délicate et dangereuse des deniers publics '. Chaque proconsul ou préteur, soit qu'il eût un commandement militaire ou provincial, avait pour assesseur un de ces officiers. A mesure que les conquêtes, étendrent l'empire, les deux questeurs furent multipliés au nombre de quatre, de huit, de vingt et enfin de quarante *. Les citoyens de la première classe sollicitaient un emploi qui leur donnait l'entrée du sénat, et l'espoir fondé d'obtenir les dignités de la république. Tant qu'Auguste affecta de maintenir la lir. berté des élections, il se réserva le droit de'' présenter, on pourrait di^e de nommer, uft, certain nombre de candidals, et il choisissait ordinairement un de ces jeunes gens de distinç^^jtjMur lire dans le sénat ses oraisons et>e&.^tC^$'. L'usage d'Auguste fut imité Pft/A^-^iCoesseurs; ils firent de cette fonctiw -^Htktitfulière un office permanent , et le <19kçÀQW:(i°i en fut revêtu survécut, sons un i^ofi^t un. titre plus brillans, à la suppression de ses-aociens et inutiles confrères*. Comme

'Tacite (Annales, XI, 22) dit quekM preroSen <iuestenrt Itarent âas par le peaide , goixante-qaatre ans apr^ la fondation de la république; mais il croit que long-tempg avant cette époque les consuls et ni£nie les rois les nommaient chaque année. D'autres écrivains contestent ce point obscur d'antiquité.

1 Tadte ( ibiil. ) semble dire qu'il n'y eut Jamais |rigt de vingt questeurs; et Dion (l. xun, p. 374) insinue que, si le dictateur César en créa une fois quarante , ce ne Ail que pour payer avec plus de facHité uae immense dette de services ; mais que son alimentation du nombre des prétours subsista sons les règnes snivans.

3 Snéton, in Jugust., c. 65, et Torrent, ad loe.; Dion Cassius,p.356. '

* La jeunesse et l'inexpérioice des questeurs, q«, à trente-cinq ans , arrivaient à cet emploi important ( Laps., Exeun. cul Taeit. , 1. ui , D.) engagèrent Auguste i leur Mer l'administratioiidutréeor.Claude le leur rendit; mais Néron les supprima toulr-à-fait (Tacite, Annales, xm, 29 1 Suéton. iaMug.,^ 36; in CUuid., c. 24; Dion, p. 606, 361 , etc. ; Pline , epist. , x , 20 , et alijbi). Dans les ftsnisices du déparlement de l'empire, les procurafeurf, ou, comme on les appela ensuite, \e& nationale» , remplaçaient très-utilement les questeurs (Dion Cassius, p. 707; Tacite, in ctf..i'^ric., c. 15; Hist. Àug., p. 130);mais on trouve, jusqu'au règne de Marc-Aurèle une suite de questeurs dans les provinces du sénat. ( Voyez les Inscrip-

les oraisons qu'il composait au Hom de remperear ' acquéraient la force, et, à la longue, la forme d'ordonnances absoIues,il était devenu le représentant du pouvoir législatif, l'orade du conseil et la source de toute la jurisprudence. On l'invitait quelquefois à siéger dans le conustoire impérial, avec les préfets du prétoire et les grands-maitres ; c'était à lui que tes juges inférieurs s'adressaient pour décider les questions douteuses. Comme il ne s'occupait pas du détail des affaires ordinaires , il employait son loisir et ses talens à exercer ce style d'éloquence admirable , qui, malgré la corruption du goât et du langage, conserve encore la majesté des lois romaines*. Or peut comparer, à quelques égards, l'office de questeur impérial à la charge moderne de chancelier; mais Tusage du grand sceau , dont l'invention parait appartenir à l'ignorance des barbares, ne fut jamais introduit dans les actes publics des empereurs. 4° Le titre extraordinaire de comte det largettet fat donné au trésorier général du revenu , dans l'intention de persuader pettt-étre que chaque paiement était un don volontaire de l'empereur. Les forces de l'imagination la plus vigoureuse et la plus étendue ne suffiraient pas pour concevoir les détails presque inGnâs de la dépense annuelle et journalière qn'entralnent les administrations eivîles et militaires d'un grand empire. La comptabilité seule occupait plusieurs centaines de commis, distribués en sept différentes classes, très^droitement combinées

tfams de Grnter , les lettres de Pline, et nnfiiit décteirdaiis l'Hist. kvs- , P- 64. ) Ulpien bou8 apprend (Pindcct., 1. 1, tit 13) que, «ras le gouvememeiit de la maisim dé Sérère, leur administration dans les provinces ftat supprimée, et qu'au mBieu deslranMesqui8Bivirait,l«s dédions annuelles ou triennales des questeurs durent cesser.

* Ctunpatrt» nomine eteplstolas ip$e dietaret, et edietaeontariheretetUun qtiastoris vice. (Suet., in lit. c. 6.) Cet office dut acquérir ua nouvel éclat, puisqiierhérilier présompUr de ranpire l'exerça quelqneniis. Tra]» donna la même eommltitoa à Adrien, son queslcar et son oonsin. (Vojrei DodweO, PnHeetUm. Cambdai ,x ,xi, p. 382, 384.)

2 Tcrrlteilkiadatiirm;

SapTlIdkw raroau ; — oraoïla ni4t Eloqnlo CKTtre tai« ; née digniu nuqnaa MalettM BOriBlt MK Roiuu IooiUb.

Claudien, in Consulat. Mail. Theodoi., 33. (iVoyei aussi Synuttaque, Epiât., i, 17 ; et Caatiodore, Fanar. ,

DÉCADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN

(324 dep. J.-C.)

pour se contrôler réciproquement. Le nombre de ces agens tendait toujours à s'augmenter, et l'on fut obligé plusieurs fois de renvoyer d'inutiles surnuméraires , qui avaient déserté les honorables travaux de la campagne pour se livrer avec ard(;p|ip|la partie lucrative des finances '. Vi)h|lwihf receveurs provinciaux, dont dix-huit^^ent le titre de comtet, correspondaient aveë It trésorier. Sa juridiction s'étendait sur les mines d'oà l'on extrait les métaux précieux, et sur lesétablissemens où ils étaient 'convertis en monnaie courante, et déposés pour le service de l'état. Le commerce de l'empire avec l'étranger était conduit par ce ministre ; il dirigetiit aussi les manuiiactures de toile et d'étoffes de laine, dans lesquelles les ppérations successives d« filature , de tissu et de teinture étaient exécutées principalement par des femmes de condition 8ervile,>pour l'usage du palais et des soldats. On comptait vingt-six de ces ëtablissemens dans l'Occident, où les arts étaient plus récemment introduits , et l'on doit en supposer un plus grand nombre dans les provinces industrieuses de l'Orient*. 6» Outre le revenu public qu'un monarque absolu peut lever et dépenser à son gré, les eropeçpirs pMsédaient'une propriété très-eonsi- ■S%ible,4iiiinalilé<da citoyens les plus opuleM^A» éitt «dfliinistrée par le comte ou Me Mjfsorier du revéiiu particulier. Une partie ptwe^Mic fl|0i doute des anciens domaines des rois^dv rép«|)Iîques subjuguées et de ce qu'y avaieil «jbuté successivement les différens moapqMB de l'empire; mais le principal Hk • NiNBu venait de la source odieuse et ivpareides confiscation, et des prosci^lÉBI^ ^B4domaines de l'empereur 4tÊÊÊt'tiftaAM ^^BS toutes lés provinces (lipate fel-flMrkanie jnsques à la Grande- Èrett^tÊs^e prince fat tenté fV ia ridiesse et 4» fertilité du soT 4|]ft Çaf^irtoce d'y ac-

• Cod. Tliéodos. , I. i^ttt. 30; Code Mtttatan, L XB , tit 24.

2LapartiedeIaS0«(ié«iliHII»derOrieirt CM trèsdéfectueuse surles dépatMMMv^Hix oontcs da Iré-

Mfc On peut observer ^ffl y swaMBWItoj»*' trésor* L^^M, et an gjiueettk ov vm mSMMlikâ Win- (talv. Mdsli Brelagneae Ait pas jugée <MM9ni«'hb>|M<i»>iliiiileon d*i»«r8eBal. fft GautUMule ardi ti«ts Milques de monnaie , M huit arsenaux.

PAR ÉD. GIBBON. CH. XVH

<3S4 dep. J.-C.)

<|aërir les pl«B bellies possessioas' , et Gon'- «tantia ou ses soccessears saisirent l'occasion de couvrir leur avidité du oiasque d'un xèle religieux. Ils supprimèrent le riche temple de Cooiana , où le grand-prétre de la déesse de la guerre faisait une dépense égale à celle d'un souverain. Ils s'approprièrent les teires habitées par six mille sujets ou esclaves de la divinité et de ses ministres* ; les hommes n'étaient pas les plus précieux habitans de cette contrée. Les plaines qui s'étendent du pied du mont Argée aux bords de la rivière de Sarus nourrissent une race de chevaux estimés dans l'ancien monde, supérieurs à tous les autres par la beauté de leur structure et par leur incomparable vitesse. Ces superbes animaux étaient destinés au service du palais et des jeux impériaux*. La loi qui les déclarait sacrés défendait sévèrement de les souiller, en les vendant à des particuliers. Les domaines de la Cappadoce étaient assez ânportans pour exiger l'inspeoti<m d'un e»mte* ; on plaça des officiers d'un rang inférieur dans ceux du reste de l'empire ; les représentans des trésoriers publics et particuliers conservèrent l'exercice indépendant de leurs emplois, et furent protégés dans toutes les occasions contre l'autorité des magistrats de la province*. 6, 7. L^ bandes choisies de cavalerie et d'infanterie qui gardaient la personne de l'empereur, prenaient les ordres des comtet de» domeitiquet. Cette garde consistait en trois mille cinq cents hommes , partagés en sept éeote$ ou troupei,

i CM. Théodoc , L n, Ut 30, loi 2, et Godedroy, ad toe.

^Slraboo, Géographie,!, xn, p. 809. L'autre temple d^Comana.duis le Pont, était une colonie de celui de Cappadoce , I. xn , p. 825. Le président de Brosses ( Voy. son Salluste , U 2 , p. 21 ) eoqiecture que la déesse adorée dans les deux temples de Comana était Beltis, la Vénus de l'Orient , la déesse de la génération , qui serait ainsi toutà-Ciit diflérente de la déesse de la guerre.

* Cod. Theodos. , I. x, tit. 6, </e Grege domUUco. Godeft'oy a recueilli tons les passages de l'antiquité relatif aux cheraux de Cappadoce. Une des plus belles races , la Palmàtienne, nit confisquée sur un rebelle, dont les domaines étaient placés à environ seize milles de Tbyana , prés du grand diemin de Constantinople i Ântioche.

* Justinien ( novell. , 30 ) soumit la prorince du comte de Cappadoce i l'autorité immmédiate de l'eunuque bvori qui présidait i ta chambre sacrée.

«Cod. Tbéodos.,I.Ti,Ut. 30, loi. 4, etc.

chacune de cinq cents , et les Arméniens étaient, en Orient, presque les seuls en possession de ce service honorable. Lorsque, dans les cérémonies publiques , on les rangeait dans les cours et dans les portiques du palais, leur haute stature, leur discipline silencieuse, et leurs magnifiques armes brillantes d'or et d'argent, présentaient un spectacle digne de la grandeur romaine'. On tirait de c^ sept écoles deux compagnifss choisies, moitié à pied, moitié à cheval, desquelles on formait let protecteur»; l'ambition des meilleurs soldats se bornait à obtenir une place dans cette troupe d'élite. Ils montaient la garde dans les appartemeas intérieurs, et c'étaient eux que leur maître chargeaitd'exécuter, dans les provinces, les ordres qui demandaient du courage et de la célérité*. Let comtes de* domeêUque» avaient succédé aux préfets du prétoire, et, du service du palais, ils aspirèrent, comme eux, au commandement des armées.

La communication entre la cour et les provinces fut facilitée par les constructions des routes et l'institution des postes. Deux ou trois cents agens ou messagers furent employés, sous les ordres du grand-maitre, à annoncer aux provinces les noms des consuls de l'axmée, et les victoires des empereurs. Ayant pris peu à peu la coupable habitude de rapporter à la cour tout ce qu'ils pouvaient observer de la conduite des magistrats et des particuliers, ils furent regardés comme les yeux, les espions du prince *, et le fléau des citoyens. Les craintes et les soupçons d'un règne fuiblc les multiplièrent jusqu'au nombre incroyable de dix mille. Ils méprisèrent les fréquentes admonitions des lo'is, ils exercèrent dans la régie des postes les exacti^ls les plus odieuses et les vexations les plus^solenles. Ces espions de cour , qui avaiJMtt

> Pancirohis, p. t02-136. L'imposant appareil de cm

domestiques militaires est décrit dans le poème latin de Corippus, De laudibus Justiniani, 1. m, 157-179. P. 419, 420 de l'Appendix , Hist. Byzantin., Kom. 1777.

2 Ammien Marcellin , qui servit tant d'années , n'obtint que le rang de protecteur. Les dix premiers de ces honorables soldats avaient le titre de clarissimi.

3Xënopfaon, Cyropédie, I. vin; Brisson, de Regno Persico.l. i. n<> 190, p. 264. Les empereurs adoptèrent avec plaisir cette métaphore , qui venait de la Perse.

DÉCADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN

une correspondance exacte arec le paHds, Airent encouragés, par des faveurs et des récompenses, à veiller attentivement sur tout ce qui pourrait tendre ou ressemUer à des complots, d'après des symptômes faibles et sourds de mécontentement, et de dispositions à une révolte ouverte. Us couvraient du masque révéré du zèle les faux rapports qu'ils faisaient par négligence ou par perfidie, et lançaient impunément leurs traits perfides dans le sein du criminel ou de l'innocent qui s'était attiré leur haine, ou qui avait refusé d'acheter leur silence. Un habitant des provinces les plus éloignées était exposé à la crainte et au danger d'être traîné sons le poids des chaînes jusqu'à Milan ou à Constantinople, pour y défendre sa vie contre les accusations insidieuses de ces délateurs privilégiés. L'administration adopta ces cruels moyens , qu'une extrême nécessité pourrait seule rendre moins abominables ; elle suppléa aux défauts de preuves par des tortures dignes des tyrans qui les ont inventées *.

La trompeuse et féroce invention de là torture criminelle fut reçue, mais non pas approuvée par la jurisprudence des Romains. Us en firent usage :sur des esclaves, dont ces fiers républicains pesaient rarement l'infortune dans la balance de la justice et de l'humanité. Hais ils ne consentirent jamais à violer la personne sacrée d'un citoyen, à moins que la preuve du crime ne fût évidente *. Les annales de la tyrannie, depuis le règne de Tibère jusqu'à celui de Domitien, détaillent les supplices d'un grand nombre de victimes innocentes. Mais aussi long-temps que la nation eut un faible souvenir de sa gloire et de sa liberté, un Romain fut jusqu'à lai|nort à l'abri d'une torture ignominieuse '.

«.Voyez mr les aggfOea in rébus, Ammien , 1. xr , c. 3, 1. OT, c 5; I. xMi, c. 7; avec les Notes curieuses de ■ Valais. Cod. Théodos. , L vi, lit. 27, 28, 29. De tous les traiu rassemblés par Godefroy , dans son commentaire , le plus remarquable est celui de Libanius , dans son discours sur la moit de Julien.

* Les Pandectes (1. xltih, lit. 18) indiquent les opinions des plus célèbres jurisconsultes sur la torture. Us la bornent rigoureusement aux esclaves, et Ulpien lui-même avoue que res est fragUis elpericulosa et qiux veritalemfallat.

^lon de la conspiration de Plson , Epicharis ( libertina mulier) fti( seule mise à la torture. Les antres conjurés

Les magistrats des pi^nces «e saiidrent ni les usages de la capitale, ni les maximes des gens de loi; ils trouvèrent l'usage de la question établi, non-seulement chez les esclaves de la tyrannie orientale, mais aussi chez les Macédoniens, qui n'obéissaient point à un despote , chez les Rbodiens , et même chez les sages Athéniens, qui avaient soutenu et vengé souvent les droits de l'homme et de l'humanité *.

Cet odieux usage les excita à demander et peut-être à usurper le pouvoir arbitraire d'arradier des accusés, vagabonds et plébéiens, l'aven de leurs crimes par les toormens; ils confondirent ensuite peu à peu les distinctions de rang, et ils dédaignèrent les privilèges des citoyens de Rome. Les sujets, effrayés sur ce pmnt, sollicitaient, et le souverain avait soin d'accorder des exemptions spéciales qui approuvaient tacitement, et même qui autorisaient l'usage de la torture. Tous les hommes de la classe des t//t»tre$ on des konorables, les évêques et leurs prêtres, les professeurs des arts libéraux, les soldats et leurs familles, les officiers municipaux et leur postérité jusqu'à la troiàéme génération, et tons les enfans an-dessous de l'âge de puberté , n'y étaient point soumis *. Mais il s'introduisit une maxime fatale dans la nouvelle jurisprudence de l'empire : le cas de trahison, qui comprenait toute espèce de délit que la subtilité des gens de loi pouvait déduire d'une intention hottile envers le prince ou la république ', suspendait tous les privilèges et induisait toutes les conditions au même niveau d'ignominie. Du moment oii

tareDlinUieti tormenUs. D serait superflu d'ajontorun exemple plus bible, et il serait difficile d'en trouver un plus fort. (Tacite, Annales, xv, 57.)

< Dicendum de instUutis Jtherdensiwn,

Rhodionan , docti^simorum hominum, apud quos etiam(id quod acérbissimum est) liberi, civesque torquentur ( Cicéroti , Partitions oratoires , c. 34. ) L'histoire de Philotas nous instruit de l'usage des Macédoniens.(Diod. de Sicile.l.xvn, p.604.Quinte-Cure, 1.t,c 1 1 .)

* Heineccius ( Elementa Juris civilis, part. 7 , p. 81 ) a fait le tableau de ces exemptions.

» Cette définition du sage Ulpien ( Pandectes , 1. xinn, til. 4) parait avoir été adoptée dans la cour de Caracalla plutôt que dans celle d'Alexandre Sévère. (Voyez les Codes de Théodosien et de Justinien, ad legemjuUam majestatis.)

(324 dep. J.-C.)

l'on mit la sAreté do l'empereur au-dessus de toutes les considéretioiM de la justice et de rhinnanité, on soumit aux plus cruelles tortures les vieillards et les enfans ; et les citoyens principaux du monde romain avaient toujours à craindre qu'un vil délateur ne les dénonçât comme complices, et même comme témoins, d'un crime peut-être imaginaire '. Quelque terribles que ces maux puissent nom paraître, ils ne tombaient que sur un petit nombre de sujets romains, dont les dangers étaient, en quelque façon, compensés par les avantages de la nature ou de la fortune qui les exposait à la jalousie du monarque. Ces millions d'habitans obscurs d'un grand empire ont moins à craindre de la cruauté que de l'avarice de leur maître. Leur humble bonheur n'est troublé que par Texcès des impositions, qui, passant légèrement sur les citoyens opulens, tombent, en doublant de poids et de vitesse, sur la classe faible et indigente de la société. Un philosophe ingénieux* a calculé la mesure noiverseltifr' dés taxes publiques, par les degrés dé ^èirvftùde et de liberté, et il établit commèr aAAeTl^gte invariable de la nature, qu'on fSStle^er des tributs plus forts en proportion" do la liberté des sujets, et qu'on est forcé dè^é» modérer à mesure que la servitude-'afigménte; mais l'histoire de l'empire romain ne donfirme pas la vérité de cette réflexion, par le reproche qu'elle fait à ses empereurs d'avoir en même temps dépouillé le sénat de son autorité , et les provinces de leurs richesses. Sans abolir les droits sur les marchandises, que l'acquéreur acquitte comme un tribut volontaire dont il peut se dispenser, Constantin et ses successeurs préférèrent une taxe simple et directe , plus conforme au génie d'un gouvernement arbitraire *.

t Areadins Charisius est le premier des Juriseonsnltes dtés dans les Pandectes qui ait osé Justifier l'usage nniversd à^ la torture dans tous les cas de traliisoD ; mais plnsieiirs lois des successeurs de Constantin donnent de la force A cette maxime de tyrannie , qu'Aramien admet «rec effroi (1. xix, c. 12). (Voyez le Code Théodos., 1. IX, tit. 35. Jn majesUMs erimine omnibus aequa est eonditto. )

<Monte6<piieu , Esprit des Lois, I. xm, c. 12.

s M. Home (Essais , vol. i , p. 389) fait des remarques peu exa<Ae8 sur ce point.

PAR ÉD. GIBBON. CH. XVII

Le nom et l'usage des indiaions *, dont on se sert pour fixer la chronologie du moyenàge , sont tirés d'une coutume relative aux tributs romains *. L'empereur signait de sa main, et en caractères de couleur poarpre, l'édit solennel, ou indietion, qu'on exposait publiquement dans la principale ville de chaque diocèse, pendant les deux mois de juillet et d'aoAt. Par une liaison d'idées très-naturelle, le nom d'indietion fut donné à la mesure du tribut qu'il ordonnait, et au temps de l'année fixé pour le paiement. Cette estimation générale des subsides était proportionnée aux besoins réels de l'état, et à ceux qui n'étaient qu'imaginaires. Toutrales fois .tjuè .la dépense excédait la recette, ou que ta. cscqtte rendait moins qu'elle n'avait été éva- -Iuée;rx)|i y ajoutait un supplément de taxe , sous ie.nom de tuperindieUon ; et les préfets du p'réloirB jouissaientde tous les attributs de la souveraineté, dans certaines occasions où il leur àait'permis de pourvoir, selon leurs prévisions, auxbesoinsextraordinares et imprévu^ du service de l'état L'exécution de ces lois, dont il serait trop fastidieux de suivre les détails, consistait en deux opérations distinctes; 1° à réduire l'imposition générale en particulière , et à fixer la somme que devaient payer chaque province , chaqne ville, et enfin chaque sujet de l'empire romain; 2° à recueillir les différentes impositions, et à les verser dans les coffres de l'empereur. Hais comme le compte était toujours ouvert entre le prince et le sujet, et que la nouvelle demande venait avant que la précédente fftt entièrement acquittée, la lourde machine des finances était , pendant toute l'année , dans les mêmes mains. Tout ce qu'il y avait d'important et d'honorable dans cette administra-

< La cour de Rome se srrt'encore anjourdirai du cycle des indietions , dont l'origine remonte au rtgne de Constance , on peut-ttre à celui de son père Constantin ; mail die a eu raison de fixer le commencement de l'année au premier janvier. (Voyez l'Art de vérifier les dates , p. 11 , et le Dictionnaire raisonnéde la Diplomatique, t. 2, p. 25, deux traités exacts que nous devons aux Bénédictins.)

2 Les vingt-huit premiers titres du onzième livre du Code Théodosien sont pleins de règlemens détaillés sur le sqjet important des tributs ; mais ils supposent une connaissance des principes fondamentaux admis dans l'empire, plus neUe que nous ne pouvons l'acquérir aujourd kui.

DÉGAOEMCE DE L'EMPIRE ROMAIM.

tion étak cottfé àia sagesae des -préfets et 4e lettre représeatans provinciaux. Une foule d'officiers d'un rang inférieur rédaroait ces fonctions lucratives; les uns dépendaient du trésorier, les autres du gouverneur de la province; et, dans les inévitables conSils d'une juridiction incertaine , ils trouvaient tous de fréquentes occasions de se disputer les dépouilles du peuple. Les emplois pénibles, qui ne pouvaient procurer à leurs possesseurs que la baine du peuple, les reproches et les dangers, étaient donnés à des décurions, dont les communautés des villes étaient composées, et que la sévérité des lois impériales avait condamnés à soutenir le poids de la «odélé publique '. Toutes les terres de l'état, •ans exoqpter le patrimoine de l'empereur, étaient assujetties à la taxe ordinaire, et cha- 4f»e nouveau propriétaire était tenu des dettes de l'ancien. Un cens et un cadavre exact auraient été ' le seul moyen équitable ■de ixer ce que chaque cttoyrai devait pour sa contribiition au service pnbUc; et il parait que, depuis la trop Eameuse époque des tn- Metiont , cette opération se répétait toi» les quinze ans. Des inspecteurs envoyés dans les firovinces arpentaient tontes les terres. On stipulait dans les registres l'espèce de la culture, comme pré, vigne, ou bois; et l'on faisait une estimation de k valeur moyenne , d'après le revenu de cinq ans. On comptait les esclaves, les chevaux, les bétes à corne, etc. Les proiniélaires étaient contraints de déclarer tout ce qu'ils possédaient, et d'affirmer par serment la vérité de leur déclaration; on faisait les rechercbes les plus minutieuses, et la moindre prévarication était punie comme, «a crime capital, qui joignait le sacrilège à la trahison >. Une forte partie du tribut devait être payée en espèces, et on ne recevait

t Le Ulre sur les Décarions ( I. zn , Ut. 1 ) est le plu Aeadu de tous ceux du Code Théodonen. n ne contient pas moins de cent quatre-vingt-douxe lois , qui ont pour but de déterminer les devoirs et les pririléges decette daite ■lile de citoyens,

i Habemutemmet honùmun numenim guidetaU umt, et agrùm modum. £umenius , in Panegjrr. Fet., vni, 6. (Voyez Cod. Théodos., 1. un, Ut. lOetlt , avec^ComiBentaire de Goderroy.)

1 Si qui* taerilega vitam faloe suceiderit , autferaeiu m ramorum fietus licbctaverit, quod dcclinet fidem

que la monnaie d'or '. Le surplus était levé d'une manière enomre plus vexaloire. Le produit des différentes terres ou cultares , comme le vin , l'huile, le blé , le bois , ou le fer, devait être conduit dans les magasins impériaux par les propriétmres , ou au moins à leurs frais. Les commissaires du trésor étaient souvent forcés de faire de très-gros achats, malgré le produit de l'indictioa ; il leur était expressément défendu d'accordo: la moindre remise stir l'impôt en nature, ou d'en accepter même la valew en argent. Cette méthode peut, servir à recueillir, dans une petite communauté naissuite, des dons presque volontaires; mais susceptible à la fois de beaucoup d'abus d'une part, et de beaucoup de rigueur de l'autre, die expose, dans un gouvernement despotique et corrompu, à une guerre continudle, entre la fraude et l'oppression *. La culture des provinces romaines fut détruite peu à peu , et les progrès du despotisme, qui tend toujours à sa propre ruine, obligèrent souvent l'ejupereur à se faire un mérite, de remettre à ses sujets des dettes ou des tributs qu'il leur était impossible de payer. Dans la nouvdie (Uvision de l'Italie , l'heureuse et fertile province de la Gampanie s'étendait entre la mer et l'Apennin, depwft le Tibre jusqu'au SUare. Elle avait été le thé&tre des premières victoires romaines , et un grand nombre de dtoyens y jouissaient de retraites délicienses. Environ soixante ans après la mort de Constantin , on

censimm,etmenUatareàUidepaupertaUsingenium, mox deteetut , eapUale subibit exiUum , et botut ejtu infisdjurmmigmbttnt. (Cod. Theodos., 1. xm, UL 11 , Util.) Quoique cette Mail été rendue obscure à dessein, elle prouve assez clairement la rigueur des inquisiUons et la disproporUon de la peine.

< L'étoonement de Pline anrail cessé. Eqtdilem. mtror P. K. tnctU gentibus argenbim temper imperitaue, non aurum. ( Hist. NaU , xxxin , 15. )

2 On adopta quelques expédiens (Voyez. Cod. Theodos. , I. u. Ut. 2,<u/ Cod JiMiniam., \. X, VA.'ja yki 1 ,2. 3) pour empêcher les magistrats d'abuser de leur autorité, lorsqu'ils exigeraient ou qu'ils achètenienl du Ué; mais ceux qui avaient assez de lumières peur lire les oraisons de Cicéron contre Verres (33 de fnanaUo) po»valenl connaître les divers abus de l'autorité, relaUvement au poids, au prix, à la qualité et aux transports des grains ; et, dans tous les cas, la cupidité d'un gouveraenr qui ne savait pas lire suppléait à l'ignorance du peuple el de l'exemple antérieur.

(324 dcp. I.-C.)

fut obligé , d'après nne nonvelle inspection , faite avec soin sur les lieux , d'exempter de toat tribut trois cent trente mille acres de terres incultes et désertes. On ne peut attribuer cette affreuse désolation qu'à la mauvaise administration des empereurs romains , dans un temps on les barbares n'avaient point encore pu pénétrer en Italie '.

La répartition semblait réunir,' soit à dessein, soit par hasard, les formes d'une taxe territoriale à celle d'une capitation *. Les comptes qu'envoyait chaque ville ou chaque district spécifiaient le nombre des sujets tributaires, et le montant des impositions publiques. On divisait la somme totale par le nombre des têtes; on disait communément que telle province contenait tant de tôtes de tribut, et que chaque tête payait telle somme. Cette opinion n'était pas reçue du peuple seulement, mais elle était admise dans le calcul fiscal. La valeur de ce tribut personnel a sans doute varié avec les circonstances. Hais on a conservé la mémoire d'nn fait curieux et d'autant phis frappant, qu'il s'agit d'une des riches provinces de l'empire, aujourd'hui le plus puissant royaume de l'Europe. Les ministres de Constantin avaient épuisé les richesses de la Gaule , en exigeant vingt-six pièces d'or pour le tribut de chaque habitant. Mais la politique humaine de son successeur réduisit à sept pièces * cette énorme capitation. En prenant un terme moyen entre la plus grande vexation et une indulgence passagère, on peut évaluer le tribut ordinaire d'un Gaulois à sept pièces d'or, ou neuf livres sterling *; mais ce calcul, ou plutôt les

< Cod. Theodos. , 1. si, tit. 28, M 2, publiée le 24 mars. A. D. 395 , par l'erapereur Honorius , deux mois après la mort de son père Théodose. II parle de 528, 042 arpens romains , que j'ai réduits à la mesure d'Angleterre. Le jugerwn contenait 28,800 pieds carrés.

* 6odfftoy( Cod. Théodos., t. 6, p. 11 ) montre de l'éruffilion et de la justesse dans ses remarques sur la capitation; mais, en expliquant le eaput comme une portion on mesure de ia propriété , il exdut d'wiemauérv trop absolne l'idée d'une taxe personnelle.

> Qutd proflurit ( JuUanas ) atAelantUms Mtrenut penuria GaiUs, hine maxime elaret , quodprimiliu e*a ptirtes et ingreuus , pro etyntUnu stnguUs tributi nomine vieenot quinoé aareo* reperit fl€^it€tri;eUseedens vero teptenot taïUiait mimera unb^ena eomr pUntet. (Ammien, 1. xn, e. 5.)

* Lorsqu'il s'agit de l'eraluallon d'une somme d'argent

PAR ÉD. GIBBON. CH. XVII. 383

ftits si^lBsqnels il est appuyé , ofti à la réfle^tM deux diUeultés ; on sera surpUfeM de l'égaHké et de flMrmité de cette capitation. En essayant d'en donner la raison, peutêtre jetterai-je quelque lumière sur l'état où étaient alors les finances de cet empire à son décfin.

1° II est Micnt que l'mégalité de fortune parmi les hofllMt est FeiTet de l'immuable constitution delà nature humaiac«et que tant qu'elle subsistera, une tax*fMMequi serait imposée indistinctement sur tous les habitans d'an royaume, et ne donneraUcn

soaveraiM{n*aB faibie revenu, priveraitWjjj^ grand nonûtfe de ses sujets de suMHflpte. La théorie de la capitation roariftM^ti pu' être fondée sur ce calcul d'égalitJ^;ilÉk, dans ia pratique , l'injustice dispigai— !t , parce que l'imposition était iMÉvîlMlik réelle, et non pas comme pi|BilMM^.'^llbsiewrs pauvres citoyens réunit aÉf|nuaIent qu'une tête, on une part A la taxe, taadb qu'un riche propriétaire représentait, à raison de sa fortune, plusieurs de ces têtes imaginaires. Dans une requête poétique, adressée à un des derniers et des plus vertueux empereurs romains qui aient régné sur les Gaules, l^donins Apollinam persoatfKe sa part du tribut sous la figure d'un triple monstre, le Géryon de la fable ; et il supplie le nouvel Hercule de hii sauver II vie eu loi abattant trois télés *. La fMttfee de Sidonius était sans

sons CMKtaittIa et let tnecesMun, on pwt reeowir à l'excdleot discours de M. Greaves sur le Denarlus. On y trouvera la preuve des principes suivans: 1* q/m ta livre romaine, ancienne et moderne , eontenant SJB pains , poids de Troie, est d'enriroa on douzième ■■Mrs qrn la livre anglaise, fui contient &,760 des mine* gndw ; 2° que la livre d'or, antériesremenl divisée en quarantehuit aurei, donnait alors 1 la monnaie soixante-douze pièces qui étaient plus peUtes , mais qui avaient la mCme dénomination; 3* que cinq de ces ourei étaient l'éqidvalent égal d'une livre d'argent , et qu'ainsi la livre d'or s'échangeait contre quatre livres hait onees d'argent , poids de Rone, ou codIm cnviroD treize Kvres , poids d'Angleterre ; 4* qne la Ihnre d'aigat, poids d'An^eterre , dora» soinnte-4en MlMaiDgs t la Sibrieatioa. On peut, dV près ces âémens, évaluer à qnaraale livres sterUip la livre d'or romaine qu'on emploie onUnairoMBt ponr «ompler les grudes sommes, et pai^ déiermiBcr le cours del'oneo au pou ptus et t cvTWMMKHern,

384 DÉCADENCE DE L

iljfUiÉMIi 1 1- celle ^un |PlikoA|

iljiwIiMiiii lia, pour s]^jji#itllégo4%iltau^ raMUTu qu'il peigqMw'f|bblesde||rGaul«i sous la forme deJilmfeiH4|ui dévastait tonte' une province, etdônrait, en un jour, la snbtance de cent familles. :: ; .i{>

On ne peut raisonnablement croire que la somme de neuf livres sterlinK^)ii||^ {a mesure proportionnelle de 1^ eapilation des Gaulc|^eti^n en sentira mieux l'impossibilité, s^l'eu examinq^c (;jj^port de ce^ênic pays auj|(»uu'irhui rictiejjfBdostriCTix , efafl'ec-^ tiouué à son moBaraue.,ll^est 'fflPJS^iSi^^^

porter les taxes de la

dix-huil imUkuts sterliqf^ qui^||j^ent être réivir.tis enlie vingt-quatre milliona- d'hjbilansN ^pl millions d'entre eux , soit pères , frères ouuiaris, aumiiiicnt le tribut du reste, composé d« femmes et d'onfans. La contribution (k-4 Iiacun de ces sept millions d'individns u (An ilo guères cimiuuntc sliellings d'AnglcteiTc, ou (nivii'oiiriinnianic-six livres tournois; eij<j(^io soimiiu' l'^i iirescpio quatre fois au-dcsst|ii&^de rell^<D)ke payiçt annuelle^ ment un Gaulois. Cette différ^ce vienf beaucoup plus du cbangemejit qu'a éprouvé la civilisation de la Erance,.^EÇ jde la rareté ou de rnbond,i^c(Jrelg||j|u^3ki^^i|tfces d'or et d'argent. Dans un P"^ Ift 'jwtojL" <^^t^'3panage de t^s les sii]q(s, LjjUise^ale des impôts sur lajiropriété oii ÉfiJfii^ -^'Wk mations i)f i}^ être rép^rti^iUBtetous l{!R|(y||> Jets; mais la plus grande partie des terres d© la Gaule et des .autres provinces romaines étaien^cuitivée»*par des esclaves , ou par des te^ns dont l'état précaire n'était qu'un escFt«ig^jgiitjgé '. Le%j>auvres travaillaient pourlMiéliie»^ vitMDt à leurs /lépenS ;*ét comme PVll'n'inscriVàii%ur le «6Ie^des impositions que ceux ^fflfWjtenr'tne certaine propriété, le petit nom^|[^des coj^tribuables ; i»A . •>■>'>:* f^

Hk:ciiTar, gt ^tan, in nllil mWftiA.

SUUmliu >|jH|[, tfrm. , xm.

4)'a^te VLr^uUUoD du plifcSyniiond , je m'attcBdaU i^ÊKISf^ *u>c noie plus BaU|^|||mÉt ( p. 14^. , sur ce passi0|r(|Hirqu*ble. Lesmo(§||^|^«ii4i|n»jHMiWn- BODMjpMMirras du eoim^Mf ur. ^i-'ib wm i

< <^i itmil"- > 1- V, lit. 9,#^ tl ; Ced. Justiniw,. 1. n . tiii-iiMit/H^.tiprm^'iriui conditionem ileé bentgenUalijgftmÊtamrtilfCuUuvKft sub dominif^ potsessorum. (Auàislii), de Civ. Dei , 1. n , c. J .)

(324 dcp. J.-C.)

explique et justifie ce qui paraissait injuste dans le taux de leur impôt. On sentira mieux la vérité de cette observation, à l'aide d'un exemple. Les /Eduens , une des tribus les plus puissantes et les plus civilisées de la Gaule, occupaient les deux diocèses ' de Nevers et d'Autun, dont la population moule aujourd'hui à plus de cinq cent mille habitans ; et en y joignant le territoire * de Ghâlons et de Mâcon, qui y était probablement compris , alors on trouve huit ceut mille Âmes. Sous le règne de Constantin , les j£duens n'étaient compris dans les rôles que pour trente-cinq mille tétesde capitaùon, et sept mille étaient exempts de tout tribut, parce qu'ils étaient hors d'état d'en payer '.

Ces remarques paraissent justiGer l'opinion d'un ingénieux historien *, qui prétend que l'empire n'avait pas plus de cinq cent mille têtes ou. contribuables inscrits siu- les registres du fisc. Et si dans l'administration ordinaire du gouvernement, les paiemens annuels pouvaient être calculés à quatre millions et demi sterlings, environ quatre-vingt-huit millions tournois, il s'en suit que , quoique la part de chaque citoyen fût des trois quarts plus forte

1 L'andenne juridiction d'Autun (Jugustoduman ) , en Bourgogne , comprenait le territoire ac^aoent de Nerers ( Wovioduiutm.) ( Voyei d'Anville, Notice de l'ancienne Gaule , p. 491 . ) Le diocèse d'Autun est aiyourd'Iiui composé de 610 , et celui de Nevers de 160 paroisses. Le relevé des registres de onze anilées sur 476 paroisses de la même prorinee de Bourgogne , calculé d'après la proportion BHMlérée de 1 à 25 (V. Messance, Recherches sur la population, p. 142), nous autorise à donner un nombre moyen de 656 personnes à chaque paroisse ; et, si on multiplie ce nombre par 770, nombre des paroisses des diocèses de Nevers et d'Autun , on Irourera 505,120 habitans sur l'étendue de pays qu'habitaiait autrefois les /£duens.

2 La population des diocèses de Chilons {Cabiltonum) etàeîMeonCMatUco) parait être de 301 ,750 habitans . puisque l'un a200 et l'autre 260 paroisses. Des raisons très-spécieuses autorisent cette addition. 1° Chilons et Mtoon se trouvaient incontestablement dans lajuridicUon primitive des .£doens (Voyez d'Anville , Notice , p. 187- 443 ) ; 2°laiV(P(i^dela Gaule les indique non pas comme cifitate», mais comme castra; 3° ils ne devinrent le siège de deux évêques qu'au cinquième et an sixième siècle. 4ru j;^te , un passage d'Eumenius ( Panegyr. vet., nu-, 7)'*«B8arrCte avec force, lorsque vous voulei étendre le district des >Eduens, sous le règne de Constantin , le long des beltes rives de la Saône.

3 Ëuraeoius, in Panegjrr. vet., vni ,11.

* L'abbé Dubos , Histoire critique de la Monarchie Française,!. I, p. 121.

(324 <Jep. h-C.)

PAR ÉD. GIBBON. CH. XVII

qu'aujourd'hui, la Gaule, comme province romaine, ne payait cependant qu'un quart de ce que la France paie de nos jours. Les exactions de Constance portèrent les tributs à sept millions sterlings, ou cent cinquanteqnatre millions tournois ; ils furent réduits à deux millions sterlings, ou quarante-quatre millions tournois, par la sagesse ou l'humanité de Julien.

Mais comme une nombreuse et opulente classe de citoyens se trouvaient exempts d'une taxe ou capitation qui ne frappait que sur les propriétaires des terres , les empereurs , qui voulaient aussi partager les richesses dont l'art et le travail est la source, et qui ne consistent qu'en argent comptant, imposèrent personnellement tous ceux de leurs sujets qui s'occupaient du commerce '. Ils accordèrent à la vérité quelques exemptions à ceux qui vendaient le produit de leurs propres domaines, et quelques faveurs à la profession des arts libéraux; mais toute autre espèce de commerce ou d'industrie fut traitée rigoureusement par les lois. L'honorable marchand d'Alexandrie qui rapportait dans l'empire les diamans et les épices de l'Inde, le vil usurier qui tirait de son argent un revenu ignominieux, l'ingénieux manufacturier, l'adroit mécanicien, et jusqu'au plus obscur détaillant d'un village écarté , tous étaient obligés de donner, aux préposés du fisc, connaissance de leur recette et de leur profit ; et le souverain d'un grand empire consentait à partager le gain honteux des infâmes professions qu'il tolérait. Comme on ne levait que tous les quatre ans la taxe assise sur l'industrie, on la nommait la contribution lustrale. On peut lire les lamentations de l'historien Zosime *, sur l'approche de la fatale période, annoncée par les terreurs et parles larmes des citoyens, qui se trouvaient souvent forcés d'user des ressources les plus humiliantes pour se procurer la somme qu'on extorquait à leur misère par la crainte des châtimens. Le témoignage de Zosime peut, à la vérité , parai-

« Voyez le Code Théodos., I. xm, Ut. 1 et 4.

2 Zosime, I. ii, p. 113. Il parait y avoir autant de passion et de préveutioa dans le reproche de Zosime que dans ta défense laborieuse de la mémoire de Constantin , par le zélé docteur Ilolwcll (Uistoiy ofthe IForld, vol. 2, p. 20),

tre suspect ; mais la nature de ce tribut suffit pour démontrer que sa répartition devait être arbitraire, et sa perception rigoureuse. Le^ richesses secrètes du commerce, et les profits précaires du travail et de l'art ne sont susceptibles que d'une estimation modérée , qui est rarement désavantageuse à l'état. Le commerçant ne pouvant offrir pour caution de son paiement des terres et des récoltes à saisir, toute sa solvabilité consiste dans sa personne; et l'on ne peut guère le contraint dre que par des puititions corporelles *. Les cruautés que l'on exerçait sur les débiteur^ insolvables, sont attestées par Constantin luimême dans un édit respectable, où il proscrit l'usage du fouet et des tortures, et accorde une prison spacieuse et aérée pour, le lieu de la détention.

Ces taxes générales étaient imposées etjierçues.par l'autorité absolue des empereurs, mais les offrandes accidentelles des eouronues d'or conservèrent toujours le nom et l'apparence de dons volontaires. C'était une ancienne coutume chez les alliés qui devaient ou leur délivrance ou leur sûreté aux armées romaines, même dans les villes de l'Italie qui admiraient les vertus de leurs généraux , d'enrichir la pompe de leur triomphe par le don volontaire d'une couronne d'or que l'on plaçait, après la cérémonie, dans le temple de Jupiter, comme un monument durable qui rappelait à la postérité le souvenir de la victoire et celui du vainqueur. Ce zèle et l'adulation en multiplièrent bientôt le nombre , et en augmentèrent le poids. Le triomphe de César fut orné de deux mille huit cent vingtdeux couronnes d'or massif, dont le poids montait à vingt mille quatre cents livres d'or. Le prudent dictateur fit fondre immédiatement ce trésor, convaincu que ses soldats en tireraient plus d'usage que les dieux. Son exemple fut suivi par ses successeurs , et l'on convint de convertir ces magnifiques orncmcns en ime somme d'argent, au coin de l'empire *. L'offrande libre fut à la fin exigée comme une dette de rigueur ; et, au lieu de la,

< Cod. Théodos., I. xi, tit. 7 loi 3.

2 Voyez Lipsius, de Magnitudine romana, I. ii,c. 9. L'Espagne tarragonaise olTrit à l'empereur Claude une couronne qui pesait sept crnts livres , et la Gaule lui en

DÉGABËNGE DE L'EMPIRE ROMAIN

reBti«indre anx cérémonies d'an triomphe, on la demandait anx différentes provinces et aux villes de l'empire, tontes les fois qne le monarque daignait annoncer ou son avènement, on son consulat, ou la naissance d'un prince, ou la création d'un césar , ou une victoire sur les barbares , ou enfin quelque autre événement réel ou imaginaire qu'il jugeait propre à être inscrit dans les annales de son règne. Le don particulier du sénat romain était fixé par l'usage à seize cents livres d'or , environ soixante-quatre mille livres sterlings, ou à peu près seize cent mille livres tournois. Les citoyens opprimés se félicitaient de l'indulgence avec laquelle le souverain daignait accepter ce faible témoignage de leur reconnaissance et de leur fidélité '.

Un peuple enflammé par l'orgueil, ou aigri par le malheur, est rarement susceptible de juger sainement sa propre situation. Les sujets de Constantin n'apercevaient ni le déclin du génie, ni celui delà vertu, qui les rendait si différens de leurs ancêtres. Mais ils sentaient douloureusement les vexations de la tyrannie, le relâchement de la discipline, et l'augmentation énorme des impositions. L'historien impartial, en reconnaissant la justice de leurs plaintes, remarque avec plaisir quelques précautions prises alors pour adoucir leur esclavage. L'irruption menaçante des barbares qui détruisirentles fondemens de la grandeur romaine était encore arrêtée ou repoussée sur les frontières. Les sciences et les arts étaient cultivés , et les habitans d'une grande partie du globe jouissaient des plaisirs séduisans de la société. La forme, la pompe et les dépenses de l'administration civile contribuaient à contenir la licence des soldats ; et quoique les lois fussent souvent ou violées par le despotisme , ou corrompues par l'artifice, les sages principes de la jurisprudence romaine maintinrent un fonds d'ordre et d'équité, inconnus aux gouvernemcns absolus de l'Occident. Les droits de l'homme

«fflrlt une seconde qui en pesait neuf cents. J'ai suiri la correction raisonnable de I>ipsius.

I Cod. Thëodos., 1. xn, lit. 13. Les sénateurs (tassaient pour arrranchis de Yaurum eoronarium, mais Vauri oblaUo, qu'on eiigeait d'eax, était précisément de >a Btaw nature.

{iU dep. J.-G.)

étaient encore protégés par la religion et par . la philosophie; et l'antique nom de liberté, qui n'alarmait plus les successeurs d'Auguste, pouvait encore leur rappeler que tous leurs sujets n'étaient pas des esclaves ou des bar> bares '.

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