CHAPITRE XVIIL
Caractère de Conitanlio. — Goerre dca Golhi. — Mon de CooMaDliD. — Partaee de l'empire entre «ea trois iils. — Mort tragique de GoasianiiD le jeune et de Constance. — Usurpation de Uagnence. — Gaerr« cirile; TÏctoire de Constance.
Le caractère d'un prince qui déplaça le siège de l'empire, et qui introduisit de si importantes innovations dans la constitution civile et religieuse de son pays a fixé l'attention et partagé l'opinion de la postérité. La reconnaissance des chrétiens a décoré le libératenr de l'église de tous les attributs d'uik héros, et même d'un saint. La haine d'un parti opposé a représenté Constantin comme le plus abominable des tyrans qui aient déshonoré la pourpre impériale par leurs vices et par leurs cruautés. Les mêmes passions se sont perpétuées chez les générations suivantes ; et le caractère de cet empereur est encore aujourd'hui l'objet de l'admiration des uns, et de la satire des antres. En rapprochant sans partialité les défauts avoués par ses plus zélés partisans, et les vertus que ses plus implacables ennemis ne peuvent lui refuser, nous pourrions peut-être nous flatter de tracer le véritable portrait de cet homme extraordinaire, avec la candeur et la vérité qui conviennent à l'histoire ■ ; mais en cherchant à fondre ensemble des couleurs si contraires, et à allier des qualités si opposées, nous ne présenterions qu'ime figure mons-
' Le grand Tbéodose, dans lescpnsdlsjuiUcieus qn'il donne à son Bis (Qaudien, in quartum ConnUatuniMonorii, 314 , de.) , distingue l'état d'un prince romain de celui d'un monarque des Parthes. L'un avait besoin de mérite , et la naissance pouvait suffire à l'autre.
2 On ne se trompera point sur Constantin , en croyant tout le mal qu'en dit Eusèbe, et tout le bien qu'en dit Zosime. ( Fleury , Hist. Eceles., t. m, p. 233.) Ensébe et Zosime) sont aux deux extrémités de la flalteiie et de llnred'ire. On ne Ironve les nuances intermédiaires qne dans les écrivains dont le zèle religieux est tempéré par lenr caractère ou par leur position.
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traeuse et inexplicable, si nous ne prenions soin de l'exposer dans son vrai jour, en séparant attentivement les diverses périodes de sa vie.
La nature avait orné la personne et l'esprit de Constantin de ses dons les plus précieux. Sa taille était haute, sa contenance majestueuse, son maintien gracieux. Il faisait admirer sa force et son agilité dans tous ses exercices ; et depuis sa plus tendre jeunesse jusqu'à rage le plus avancé, il conserva la vigueur de son tempérament par la régularité de ses mœurs et par sa frugalité. 11 déposait avec plaisir la fatigante majesté du prince, pour se livrer, comme ami, aux charmes d'une conversation familière; et quoiqu'il lui échappât quelquefois des traits de raillerie peu convenables à sa dignité, il gagnait le cœur de tous ceux qui l'approchaient par sa courtoisie et par son urbanité. On l'accuse d'avoir trahi l'amitié. Cependant il a prouvé, en différentes occasions de sa vie, qu'il n'était pas incapable d'un attachement vif et durable. Une éducation négligée ne l'empêcha pas d'estimer le savoir, et d'accorder sa protection aux sciences et aux arts. II était d'une activité infat'igable dans les affaires. Une partie de son temps était employée à la lecture et à la méditation ; l'autre à écrire, à donner audience aux ambassadeurs , et à recevoir les plaintes de ses sujets. Ceux qui se sont élevés le plus vivement contre sa conduite ne peuvent nier qu'il ne conçût avec grandeur et qu'il n'exécutât avec fermeté les desseins les plus hardis, sans être arrêté ni par les préjugés de l'éducation , ni par les clameurs du peuple. A la guerre, il faisait des héros de tous ses soldats, en se montrant lui-même soldat intrépide et général expérimenté ; il dut moins à la fortune qu'à ses talens les victoires signalées qu'il remporta contre ses ennemis et contre ceux de l'état. Il cherchait la gloire comme la récompense, peut-être comme le motif de ses travaux. L'ambition qui, depuis l'instant où il fut revêtu de la pourpre à York , parut tonjours être sa passion dominante , peut être justifiée par le danger de sa situation, parle caractère de ses rivaux, par le sentiment de sa supériorité, et par Tespoirde rendre la paix à l'empire. Dans les guerres civiles con-
PAR ÉD. GIBBON. CH. XYIII
tre Maxence et contre Licinius, il avait pour lui les vœux du peuple, qui comparait les vices effrontés de ces tyrans aux règles de justice et de modération qui semblaient toujours diriger l'administration de Constantin '.
Telle est l'opinion que Constantin aurait pu transmettre à la postérité s'il eût trouvé la mort sur les bords du Tibre , ou dans les plaines d'Andrinq>le. Mais la fin de sa vie, dit un auteur de son siècle, le dégrada du rang qu'il avait acquis parmi les plus respectables souverains de l'empire romain*. Dans la vie d'Auguste, nous voyons le tyran de la république devenir par degrés le père de la patrie et l'honneur de l'humanité. Dans celle de Constantin, nous voyons le héros, qui avait été long-temps l'idole de ses sujets et la terreur de ses ennemis , se changer en monarque despotique et barbare, et, se corrompant par ses succès, donner, après ses victoires, un libre cours aux vices que jusqu'alors il avait dissimulés. La paix génér^ qu'il maintint pendant les quatorze dernières années de son règne fut plutôt une période de fausse grandeur, qu'un temps de véritable prospérité ; et sa vieillesse fut avilie par l'avarice et par la prodigalité, vices opposés qui marchent quelquefois ensemble.
Les trésors immenses trouvés dans les palais de Maxence et de Licinius furent follement prodigués ; et les différentes innovations qu'introduisit le conquérant multiplièrent les dépenses. Les bàtimens, les fêtes, la pompe de la cour, exigeaient des ressources puissantes et continuelles, que l'empereur ne pouvait se procurer qu'en opprimant le
< Les yertm de Constantin sont attestées par Eatrope tft le jeune Victor , deux païens de bonne foi , qui écriTirent après l'extinction de sa bmille. Zosime lui-mime et l'empereur Julien reconnaissaient son courage personnel et ses exploits militaires.
' Voyez Eutrope ,'x, 6. In primo Unperii tempore opUmis prineipihus, ultimo mediis comparandus. L'ancienne rersion grecque de Pxanius (édit. de Havercamp, p. 697) me porte à croire qu'Eutrope avait dit vix mediis, et que les copistes ont supprimé à dessein ce monosyllabe ofTeosant. Aurelius Victor exprime l'opinion générale par un prorerbe qu'on répétait souvent alor8,et qui est obscur pour nous : Traciai^ decem annis prastantUsimus;duodecim sequentibiu utbo; decemnûvissimfsjmtLuis, ob immodieas profiaiones.
peuple'. Ses indignes favoris , enrichis par son aveugle libéralité , usurpaient avec impunité le privilège de piller et d'insulter les citoyens *. Les ornemens de sa parure et l'affectation de ses manières le rendirent, sur la fin de sa \'ie, l'objet du mépris général; la magnificence asiatique que Dioclétien avait adoptée prit un air d'afféterie dans la personne de Constantin. On le représente avec de faux cheveux de différentes couleurs , soigneusement arrangés par les coiffeurs les plus renommés de son temps. Il portait un diadème d'une forme nouvelle et plus coûteuse , des colliers et des bracelets enrichis de perles et de brillans; il était vêtu d'une robe de soie flottante, et artistement brodée en fleurs d'or. Sous cet appareil, qu'on pardonnerait difficilement à la jeunesse extravagante d'Éliogabale , nous chercherions en vain la sagesse d'un vieux monarque et la simplicité d'un vétéran romain *. Son âme, corrompue par la fortune, ne s'élevait plus à ce sentiment de grandeur qui dédaigne le soupçon et qui ose pardonner. Les maximes de l'odieuse politique qu'on enseigne dans les écoles peuvent peut-être excuser la mort de Maximien et de Licinius ; mais le récit impartial des esccutions , ou plutôt des meurtres qui souillèrent les dernières années de Constantin , donnera an lecteur judicieux l'idée d'un prince qui sacrifiait sans peine à ses passions ou à ses intérêts les lois de la justice et les mouvemens de la nature. Les
* Julien, Orat. i, p. 8 ( ce discours flatteur Ait prononcé devant le fils de Constantin), et Césars, p. 335; Zosime, p. 114, 115. Les magniques bâtimens de Conslantinople, etc., peuvent être cités comme une preuve incontestable de la profusion de celui qui les éleva. '
2 Llmparlial Ammien mérite toute notre confiance. Proximorum fauces aperuU prunus omnium ConstanUnus ( 1. xvi , c. 8). Eusèbe lui-mdme convient de cet abus (fit. Constantin., l. iv, c. 29, 5i), et quelques-unes des lois impériales en indiquent faiblement le remède. (Voyez les notes , pages 370 et 371 dans le chapitre précédent.)
3 Julien s'efTorce , dans les Césars, de couvrir son oncle de ridicule. Son témoignage , suspect en lui-roCme , est confirme toutefois par le savant Spanheim , d'après les médailles. (Voyez CommenUire, p. 156, 299, 357 ,-,459.) Eusèbe (Orat., c. 3) veut justifier celle sollise en disant que Constanliii s'habillait pour le public. Si on admet celte raison , le pelil-maîlre le plus ridicule ne manquera jamais d'exc.isc.
DÉC.iDENCE DE L'EMPIRE ROMAIN,
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succès qui avaient accompagné Constantin dans ses expéditions guerrières le suivirent dans le sein de sa famille et de sa vie domestique. Ceux de ses prédécesseurs qui avaient eu le règne le plus long et le plus prospère, Auguste , ïrajan et Dioclétien , n'avaient point laissé de postérité , et les révolutions fréquentes n'avaient permis à aucune des familles impériales de s'étendre et de multiplier à l'ombre du diadème. Mais la race royale de Flavien , ennoblie par Claude , se perpétua pendant plusieurs générations, et Constantin lui-même ne tirait que de son auguste père son droit aux honneurs héréditaires qu'il transmit à ses enfans. Cet empereur avait été marié deux fois : Minervina, l'objet obscur mais légitime de son attachement pendant sa jeunesse ', ne lui avait laisse qu'un fils , qui fut nommé Crispus. Il eut de Fausta, fille de Maximien, trois filles et trois fils, connus sous le nom de Constantin, Constantius et Constans. Les frères indolens du grand Constantin, Julius-Constantius , Dalmatius et Annibalianus *, jouirent du rang le plus honorable, et de la fortune qui convenait aux frères d'un empereur romain : le plus jeune des trois vécut ignoré , et mourut sans postérité. Ses deux aînés épousèrent des filles de riches sénateurs, et multiplièrent les branches de la famille impériale. Gallus et Julien furent par la suite les plus illustres des enfans de Julius-Constantius le Patricien. Les deux fils de Dalmatius , qui furent décorés du vain titre de censeurs , furent appelés Dalmatius et Annibalianus. Les deux sœurs du grand Constantin, Anastasia et Eutropia, fnrcntmariéesàOptatuset à Ncpotianijs, sénateurs consulaires et de familles patriciennes. Sa troisième sœur, Constantia, fut rcmar^ quable par sa haute fortune, et par les mal-
< Zosime et Zonaras nous montrent dans Minervîna la coDcubine de Constantin ; mais Ducange a rétabli l'boaneur de cette femme, en citant un passage décisif de l'un des panégyriques : Abipso flnepueriliœ, te matrimonii legibus dedisti.
2 Ducange (FamilUe Bx^antinte , p. 44) lui donne, après Zonaras, le nom de Constantin. 11 n'est pas vraisemblable que ce fût en effet son nom , puisque le ttin atné le portait déjà. Cehii d'Annibalianus se trouve dans la Chronique de Pascal, et Tillemonl l'emploie (HisU des empereurs, t. iv, p. 527.)
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PAR ED. GIBBON. Cli. XVIlï.
heurs dont cette fortune fut suivie. Elle resta veuve de Lictnius ; elle en avait un fils , auquel , à force de prières , elle conserva quelque temps la vie , le titre de césar, et un espoir précaire à la succession de son père. Outre les femmes et les alliés de la maison Flavienne , onze ou douze màlcs auxquels l'usage des cours modernes donnerait le titré de princct du tang^ semblaient destinés, par l'ordre de leur naissance , à hériter du trône de Constantin , ou à en être l'appui ; mais en moins de trente ans, cette nombreuse et fertile race fut réduite à Constance et à Julien , qui avaient seuls survécu à une suite de crimes et de calamités.
Crispus, le fils aine de Constantin, et l'héritier présomptif de l'empire, est représenté par les écrivains exempts de partialité, comme un jeune prince de la plfts grande espérance. Le soiu de son éducation ou de ses études fut confié à Lactance, le plus éloquent des chrétiens. Un tel précepteur était bien propre à former le goût, et à développer les vertus de son illustre disciple '. A l'âge de dix-sept ans, Crispus fut nommé césar, et on lui confia le gouvernement des Gaules, où les invasions des Germains lui donnèrent de bonne heure les occasions de signaler ses talens militaires. Dans la guerre civile qui éclata bientôt, le père et le fils partagèrent le commandement; et j'ai déjà célébré dans cette histoire la valeur et l'intelligence que le dernier fit paraître, en forçant le détroit de l'IIellespont que la flotte supérieure de Licinius défendit avec tant d'obstination. Cette victoire navale entraîna la fortune et termina la guerre. Les joyeuses acclamations du peuple d'Orient unirent le nom de Crispus à celui de son auguste père. On se félicitait de vmr Constantin vainqueur, et d'avoir un empereur doué de toutes les vertus; on célébrait son digne fils, le bien^ aimé du ciel , et la vivante image des perfections de son père. Les peuples rendent rare-
< Jérom. , in Chron. La pauvreté de Lactance annonce que le philosophe Ait désintéressé , ou que son prolecteur Alt insensible. Voyez Tittemont (Mém. ecclésiast., t. vi, part. I , p. 34& ; Dupin , BiblioOièque Ecclésiastique, 1. 1 , p. 205 ; Lardner's Crédibilité ofthe Gospel History, part. II, vol. 7p. 66.)
ment hommage au mérite reconnu du prince régnant; la voix de la louange est couverte par l'injustice et les murmures des mécontens; mais Us se plaisent à attendre le bonheur public et particulier des vertus naissau' tes de l'héritier de leur souverain '.
Ce dangereux enthousiasme excita l'attention de Constantin. Comme père et comme empereur, il ne voulait point souffrir d'égal. Au lieu de gagner- la confiance de son fils en lui accordant la sienne , au lieu d'assurer sa fidélité par les respectables liens de la reconnaissance , il résolut d'arrêter son essor et de prévenir les suites de son ambition. Crispus eut bientôt à se plaindre de ce que son frère, encore enfant, gouvernait, avec le titre de césar, le vaste départeinent des Gaules *, tandis qu'oubliant son âge et ses services récens et distingués , l'empereur le privait du rang d'auguste , et le tenait enchaîné dans l'oisive inutilité de sa cour. Exposé, sans crédit et sans autorité, à toutes les calomnies dont il plaisait à ses ennemis de le noircir, il est assez probable que le jeune prince n'eut pas toujours la sagesse de contenir son ressentiment, et on ne doit pas douter qu'il ne fut entouré d'un nombre de courtisans toujours prêts à l'irriter, et très-capables de le trahir. L'édit qui fut publié vers ce temps-là par Constantin annonce qu'il croyait ou feignait de croire à une conspiration formée contre sa personne et contre l'empire. Il invite les citoyens de toutes les classes , en leur promettant des honneurs et des récompenses, à accuser sans exception les magistrats , les ministres, et jusqu'à ses plus intimes favoris. Après avoir donné sa parole royale qu'il entendra lui-même les dépositions , et qu'il se chargera du soin de la vengeance, il finit par
' Eusèbe , Hisl. ecdésiasl. , I. x , c. 9 ; Eulrope (x , 6) l'appelle fjçrtywm virum, et Julien {Orat, i) fait clairement allusion aux exploits de Crispus durant la guerre civile. (Voyez Spanheim, Comment., p. 92.)
2 Comparez Idalius et la Chronique de Pascal avec Ammien (1. xiv , c. 5). L'année où Constance ftit créé césar paraît avoir été fixée d'une manière plus exacte par les deux chronologisles; mais l'historien, qui vivait dans 6â cour ne pouvait ignorer le jour de l'anniversaire. Quant à la nomination du nouveau césar au commandement des provinces de la Gaule, voyez Julien, Orat. i, p. 12 ; Godefroy , Chronol. Legttm, p. 26, et Blondel, de la primauté de l'église , p. 1 1 83.
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prier l'Être suprême de protéger l'empereur, et de détourner les diuigers qui monacent l'empire '.
Les avides délateurs qui s'empressèrent d'obéir à cette invitation étaient trop initiés dans les mystères de la cour, pour ne pas choisir les coupables parmi les créatures et les amis de Crispas» L'empereur tint religieusement la parole qu'il avait donnée, d'en tirer une prompte et sanguinaire vengeance. Sa politique l'engagea cependant à conserver l'extérieur de la confiance et de l'amitié avec Crispus, qu'il commençait à regarder comme son plus dangereux ennemi. On frappa les médailles ordinaires ; elles exprimaient les Tœux pour le règne long et prospère du jeune césar* , et ceux qui ignoraient les secrets du palais admiraient ses vertus et respectaient sa gloire. Un poète exilé, qui sollicitait son rappel, invoquait avec une égale vénération la majesté du père et celle de son digne fils*. On était alors au moment de célébrer l'auguste cérémonie de la vingtième année du r^e glorieux de Constantin, et l'empereur se transporta avec tonte sa cour de Nicomé* die à Rome, où l'on avait fait les plus superbes préparatifs pour sa réception. Tout annonçait le bonheur et la joie publique ; et le voile de la dissimulation couvrit un moment les projets sanguinaires de la vengeance *. L'empereur, oubliant à la fois la tendresse d'un père et l'équité d'un juge , fit arrêter, au milieu de la fête, l'infortuné Crispus. L'information fut courte et secrète * ; et, comme on crut devoir cacher au peuple romain le sort du jeune
1 Cod. Théodos. 1. n. Ut. 4. Godedroy suspecte lei motUs secrets de celte loi. (Comment, t. m, p. 9.)
2 DncMige, Fam. Byiant, , p. 28; TiUenKmt, tom. ir, p. 610.
3 Ce poète s'appdait Porphyrins Optalianus. La date de ce panégyrifiue, écrit ta plats acrostiches, selon le goût dusiècle, est déterminée par Scaligo' (adEuseb., p. 250), par IlDemont (t nr, p. 607), A Fabricius (Biblioth. lai., i.nr,e.1).
4 Zodme, I. n, p. 103; Godedroy, Chron. Leg.,p. 28. s As^crut, tant fonnet judieiairtt. Telle est l'ex-
pretfiioo énergique et vraisemblablemait très-juste de Saidas. Vktor l'ainé, qui écrivit loat le r^ne suirant , 8'ëDonoe avec précaution : Natu grandior incertam qua coûta, patritjudieio, oeeiditset. Si on consulte les écrivains postérieurs, Eutrope, le jeune Victor, Orose, Jéreme, Zosime, Pliilostorgiat et Grégoire de Jours, on
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prince, on l'envoya, sous une forte garde, à Pôle en Istrie, oit, peu de temps après, il perdit la vie. Les uns assurent qu'il fut décapité , et d'antres croient qu'il péril par le poison *. Licinius César, jeune prince du plus aimable caractère, fut enveloppé dans la ruine de Crispus *, La sombre jalousie de Constantin ne fut émue ni des prières ni des larmes de sa sœur favorite, qui demanda grâce inutilement pour un fiU dont tout le crime était d'avoireu pour père Licinius. Sa malheureuse mère ne lui survécut pas long-temps. L'histoire de ces princes infortunés , la nature et la preuve de leur crime, les formalités de leur jugement, et le genre de leur mort, furmt ensevelis dans la plus mystérieuse obscurité; et i'évéque partial qui a célébré , dans un savant ouvrage , les vertus et la piété de son héros , a eu soin de passer sous silence ces tragiques événemens '. Un mépris si marqué pour l'opinion publique imprime une tache ineffaçable sur la mémx>ire de Constantin , et rappelle au souvenir la conduite opposée d'un des plus grands monarques de ce siècle. Le czar Pierre, quoique despotique et toutpuissant, crut devoir soumettre au jugement de la Russie, de l'Europe entière, et de la postérité, les raisons qui le déterminèrent à souscrire la condamnation d'un fils criminel, ou du moins indigne de lui *.
L'innocence de Crispus était si généralement reconnue , que les Grecs modernes , qui
▼erra que leur assurance s'accroit à mesure que les moyas dlnslruction diminuent ; remarque qu'on a souvent oecation de fidre dans les reclierches historiques.
< Ammien (1. xir , c. 2) emploie l'expression générale pnvmptum. Codin. (p. 34 ) dit que le jeune prince ftil décapité ; mais Sidonins AppoUinaris dqtist v, 8 ) lui bit administrer un poison Troid, peut-être pour que ce genre de mort formât une antithèse avec le bain chaudde Fansta.
2 Sororis filium, commodœ indolis juvenem. (Gotrope,x, 6.) Ne penlK)n pas conjecturer que Crispvs avait épousé Hâène, flile de l'empereur Udoius, et que Constantin accorda un pardon général, lors de l'heureuse délivrance de la princesse, en 322? Voyez Ducange, (Fandl. Byzant., p.47), et la loi (I. n, lit. 37) dn Code Tbéodosien, qui a si fort embarrassé les interprèles. (Godeftvy, t.in,p. 267).
3 Voya la Vie de Constantin, surtout an I. n, e. 19, 20. Deux cents ânquaite ans aprte, Evagrius 0- >■>, c 41) lirait, du sikoee d'Eustte, un vain argument contre tai réaUléduMt.
il]istoiiedePi«rre-Ie-Grand,parV«Haire,|wrt.D,e.l9.
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révèrent la mémoire de lenr fondateur , sont forcés de pallier un parricide qu'ils n'osent pas excuser. Ils prétendent qu'aussitôt que Constantin eut découvert la perfidie qui avait trompé sa crédulité, il publia sa faute et son repentir; qu'il porta le deuil pendant quarante jours, durant lesquels il s'abstint du b^iin et de tontes les commodités de la vie; et qu'enfin, pour servir d'instruction à la postérité , il fit élever unestatue d'or qui représentait Crispas avec cette inscripUon : A mon filt qttejai i»' juttement condamné '. Ce conte moral et intéressant aurait besoin d'autorités plus respectables pour obtenir confiance. Mais, si nous consultons les écrivains plus anciens et plus véridiques , ils nous apprendront que le repentir de Constantin ne s'est manifesté que par le meurtre et par la vengeance, et qu'il expia la mort d'un fils innocent par le supplice d'une épouse peut-être criminelle. Ils accusent Fausta du malheur de son beau-fils. Sa haine implacable, ou plutôt son amour dédaigné renouvela dans le palais de Constantin l'ancienne et tragique histoire de Phèdre et Hippoly te *. Comme la fille de Hinos , la fille de Maximien accusa Crispus d'avoir voulu attenter àla chasteté de la femme de son père, et elle obtint aisément du jaloux empereur une sentence de mort contre un jeune prince qu'elle regardait avec raison comme le plus formidable rival de ses enfans. Hélène, mère de Constantin , quoique fort âgée, vécut assez pourvoir venger la mort de Crispus son petitfils. On découvrit bientôt, ou l'on prétendit avoir découvert que Fausta se livrait à une familiarité criminelle avec un esclave appartenant ans écuries impériales '. Son supplice suivit de près l'accusation ; on l'étouffa dans un bain poussé à un degré de chaleur auquel
1 Afin de prourer que cette statue Ait élerëe parConstantin et enlevée ensuite par les Ariens , Codinus se crée tout-A-conp (p. 34) deux témoins , Hippolyte et le jeune Hérodote, et il en anielle avec efllronterie à leurs écrits qni n'ont jamais existé.
3 Zosime, 1. n, p. 103, peut Mre regardé comme un auteur contemporain. L'esprit des modernes, aidé de qiidques mots échappés aux anciens , a éclairé et pcrfectiomié son obscure et imparbite narration.
3 Philostorgius, I. n , c. 4. Zosime (1. n, p. 104 , 116) Impute k Constantin la mort de deux femmes , de l'innocente Fausta et d'une épouse adultère qui Ail la mère de tes trois successeurs. Selon Jérôme, trois on quatre
PAR ÉD. GIBBON. CH. IVID
Ml
il était impossible qu'elle résistAt'. Le lecteur croira peut-être que le souvenir d'une union de vingt ans , et l'honneur des héritiers du trône, auraient pu adoucir en faveur de leur mère l'extrême rigueur de Constantin, et le décider à permettre que sa criminelle épouse expiât sa faute dans une prison ; mais cet événement n'est point assez constaté, pour mériter qu'on en recherche les circonstances ou qu'on en examine l'équité. Les accusateurs et les défenseurs de Constantin ont également négligé deux oraisons prononcées sous le règne suivant. La première célèbre la beauté, la vertu et le bonheur de l'impératrice Fausta, fille, femme, épouse et mère de tant de princes *; la seconde assure, en termes précis, que la mère du jeune Constantin, qui fut tué trois ans après la mort de son père, vécut pour pleurer la perte de son fiU '. Malgré le témoignage positif de différens auteurs sacrés et profanes , on trouve encore quelques motifs de croire ou du moins de soupçonner que l'impératrice a échappé à la cruauté de son mari. Le meurtre d'un fils et d'un neveu, le massacre d'un grand nombre d'amis respectables et peut-être innocens*, qui furent envelq)pés dans leur proscription , suflirent pour justifier le ressentiment du peuple romain, et les vers injurieux qui furent affichés à la porte du palais. Ils comparaient ensemble les deux règnes fastueux et sanglans de Néron et de Constantin *.
années s'écoulèrent entre la mort de Crispus et odie de Fausta. Victor l'atné se tait prudemment.
< Si Fausta Ait mise à mort , il est raisonnable de croire qu'elle fut exécutée dans l'intérieur du palais. L'orateur Chrysostôme donne carrière à son imagination; il expose l'impératrice nue sur une montagne déserte, et il la ftdt dévorer par des bêtes sauvages.
2 Julien {Orat. i ) semble l'appeler la mère de Crispus ; die a pu prendre ce titre par adoption : du moins on ne la regardait pas comme son ennemi mortel. Julien compare la fortune de Fausta avec celle de Parysatis , reine de Perse. Un Romain l'aurait comparée plus naturdlement à la seconde Agrippine.
• Et mol qnt, nrteirtot, rinlTl met imIiiw; » IM , SU» , Mmk , «zar <t Bin d« TW ■tttni. >
S Monod. in Constantin., Jun., c. 4, ad calcem Sutrop. édit. de Havercamp. L'orateur l'appelle la plus sainte et la plus pieuse des reines.
4 iBterièdt mmcrowM •nloM (Eolrsr. n, 6}.
5 SitaralaucaaeeaUqnltntiitratt Snathcc geauM*,M4 amMiioa.
Sldon JpoUtnar.Lt.
Il est assez singulier qu'on aUribue ces vers non pas i
' La mort d« Crispus semblait assurer l'empire aux trois fils de Fausta, dont nous avons déjà parlé sous les noms de Constantin , de Gonstantius et de Gonstans. Ges jeunes princes furent successivement revêtus du titre de césar, et les dates de leur promotion peuvent être fixées à la dixième, vingtième et trentième année du règne de leur père '. Quoique cette conduite tendit à multiplier les mitres futurs du monde romain, la tendresse paternelle pourrait ici servir d'excuse; mais il n'est pas aussi aisé d'expliquer les motifs de l'empereur, quand il exposa la tranquillité de ses peuples, et la sûreté de ses propres enfans , par l'inutile élévation de ses neveux Dalmatius et Annibalianus. Le premier obtint le titre de césar, et l'égalité avec ses cousins , et Constantin créa, en faveur de l'autre, la nouvelle et singulière dénomination de nobilissime ' à laquelle il joignit la flatteuse distinction d'une robe tissue de pourpre et d'or. Parmi tous les princes de l'empire', Annibalianus fut seul distingué par le titre de roi; nom que les sujets de Tibère auraient détesté, comme la plus cruelle insulte que pût leur faire le caprice d'un orgueilleux tyran. L'usage de ce titre, odieux sous le règne de Constantin, est im fait inexplicable et isolé, auquel il est difficile de croire, malgré les autorités réunies des médailles impériales et des écrivains contemporains '.
Tout l'empire prenait le plus grand intérêt à l'éducation de cinq princes reconnus pour lessuccesseursdeConstantin.On les prépara,
un obscur IViiseur de libelles, ou à un patriote trompé dans ses errances, mais à Ablavius', premier minisire et fovori de l'empereur. On peut remarquer que l'humanité, ainsi que la superstition, dictait les imprécations du peuple romain. (Zosime, I. ii, p. 105. )
1 Eusèbe , Orat. in Constantin., c. 3. Ces dates sont assez exactes pour juslifler l'orateur.
2 Zosime , 1. ii , p. 1 17. Sous les prédécesseurs de Constantin , le mol de NobiUssimus était une épithèle vague, plutAt qu'un titre légal et déterminé.
S Adstruunt nummi veteres ac singulares. Spanheim,de Vmnumismatum, dissertât, xu, vol. 2, p. 357. Ammien parle de ce roi des Komains (I. xnr , c. 1 , et Valois, ad loc.). Le fragment de Valois l'appelle le roi des Tob; et la Chronique de Pascal (p. 288), qui emploie le mot Paya acquiert le poids d'un témoignage latin.
DÉCADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
par les exercices du corps, aux fatigues de la guerre et aux devoirs, d'une vie active. Ceux qui ont eu l'occasion de parler de l'éducation et des talens de Constantin, le re> présentent comme très-habile dans les arts gymnastiques de la course et du saut , trèsadroit à se servir d'un arc, à manier un cheval et toutes les armes usitées pour la cavalerie et pour l'infanterie'. On donna les mêmes soins , mais peut-être avec moins de succès, à la culture de l'esprit des fils et des neveux de Constantin*. Les plus célèbres professeurs de la foi chrétienne , de la philosophie grecque et de la jurisprudence romaine, furentappeléspar la libéralité de l'empereur, qui se réserva la tâche importante d'instruire ces jeunes princes dans l'art de connaître et de gouverner les hommes. Mais le génie du grand Constantin avait été formé par l'expérience, par l'adversité et par le commerce familier d'une vie privée. Les dangers auxquels il avait été long-temps exposé dans la cour de Galère lui avaient, appris à vaincre ses passions, à lutter contre celles de ses égaux, et à n'attendre sa sûreté présente et sa grandeur future que de sa prudence et de la fermeté de sa conduite. Ses successeurs avaient le désavantage d'être nés et élevés sous la pourpre impériale. Toujours environnés d'nn cortège de flatteurs, ils passaient leur jeunesse dans les jouissances du luxe et dans l'attente du trône , et comme les objets les plus inégaux de la nature, vus d'un endroit fort élevé, ne présentent à l'œil qu'une surface égale et unie, ainsi la dignité de ces princes les tenait à une trop grande distance du reste des hommes, pour qu'ils pussent découvrir la différence de leurs caractères. L'indulgence de Constantin les admit , dès leur tendre jeunesse, à partager l'administration de l'empire; mais ils s'instruisaient dans l'art de régner aux dépens d'un peuple dont en leur
* Julien {Orat. i , p. 11 ; Orat. u, p. 53) donne des éloges à son habileté dans les eierciccs de la guerre; et Ammien (I. xxi, c. 16) en convient.
î Eusébe. in Ht. ConstantiiU, I. nr, c. 51; Julien, Orat.i, p. 11-16, avec le savant commentaire de Spacbeim; Libanius, Orat. ut, p. 109. Constance étudiait avec ardeur; mais la pesanteur de son imagination l'empêcha de réussir dans l'art de la poésie, et même dans celui de la rhétorique.
(3^ dop. J.<C.)
donnait le gonvernement. Le jeune Constantin tenait sa cour dans les Gaules ; son frère €onstantins avait échangé cet ancien patrimoine de son père pour les contrées pins riches et moins exposées de l'Orient. L'Italie , riUyrie occidentale, l'Afriqae, obéissaient à Constaas, le troisième des fils et le représentant du grand Constantin. On plaça Dalmatias sur les frontières de la Gothie, à.Iaquelle on joignit le gouvernement de la Thrace, de la Grèce et de la Macédoine. La ville de Césarée fut choisie pour la résidence d'Anniba- Uanns, et les provinces du Pont, de la Gappadoce et de la Petite-Arménie, composèrent ï'étendnede son nouveau royaume. Chacun de ces princes eut un revenu fixe et convenable, un nombre de gardes , de légions et d'auxiliaires proportionné à leur dignité et à la défense de leur département. Constantin leur avait donné pour ministres et pour généraux des hommes sur la fidélité desquels il pouvait compter, et qu'il connaissait capables d'aider et même de conduire ces jeunes souverains dans l'exercice de l'autorité qui leur était confiée. Il en augmentait insensiblement l'étendue, en proportion de leur âge et de leur expérience. Mais il se réservait à lai seni le titre d'auguste ; et, tandis qu'il montrait les césars aux armées et aux provinces, il maintenait également toutes les parties de l'empire dans l'obéissance supérieure qu'elles devaient à leur chef*. La tranquillité des quatorze dernières années de son règne fut à peine interrompue par la méprisable rébellion de l'Ile de Chypre*, et la part que la politique de Constantin crut devoir prendre ù la guerre des Goths et des Sarmates.
Parmi les diverses branches de la race humaine, les Sarmates semblent former une
> Eusèbe (I. iv, e. 61, 52), qni veut exalter rantorité et b gloire de CoMtantin, aanire qu'il fllle partage de r-capire ronain, eomae nu dteyen anrait fait le partage de son patrimoine. Oo peut tirer d'Ealrope , des deux VidonetdalragmeiildeValeig, laittnsioa qn'Q établit toar les provinces.
1 CahMMtis.IeeberolMear de eetterébdUoo, on plutôt de eetteàiMnte, IM pris par la rigilanoede Dalmalias, et brOM vif au milien do narcM de Tarse. Voyei Victor rainé, la Chronique de JérAme, et les tradtiei» iactrl^ines rapportées par ThdvpfaeBeetCedRflus^
GIBBON, i;
PAR ÉD. GIBBON. CH. XVin.
espèce particulière qui réunit les mœurs et les usages des barttares de l'Asie à la figure et à la couleur des anciens habitans de l'Europe. Selon les différentes conjonctures de la paix ou de la guerre , des alliances ou des conquêtes, les Sàinnates étaient resserrés sur les bords du Tanaïs , ou s'étendaient avlr le» immenses plaines qui séparent le Tanaîs da Tolga '. Le soin de leurs troupeaux, la chasse et la guerre, ou plutôt le brigandage, dirigeaient leurs courses vagabondes. Les camps ou les villes ambulantes qui servaient de retraite à leurs femmes et à leurs enfans , n'étaient composées que de vastes chariote , tirés par des bœufs, et couverts en forme de tentes. Leurs forces militaires ne consistaient qu'en cavalerie; et l'habitude que chaque cavalier avait de conduire en main un ou deux chevaux de remonte, leur facilitait les moyens de fondre à l'imprévu sur des ennemis éloignés , et d'éviter leur poursuite par la rapidité de leur retraite*.
Leur grossière industrie avait suppléé à l'usage du fer dont ils manquaient , par l'invention d'une cuirasse qui résistait à l'épée et au javelot. Elle était faite de corne de die* val, coupée en tranches minces et unies, posées avec soin les (mes sur le» autres, et cousue entre deux étoffes qu'ils portaient soifs leur vêtement*. Les armes offensives des Sarmates consistaient en un court poignard; une longue lance , un arc fort pesant et un caVquois rempli de flèches. Ils étaient réduits à la nécessité de se servir d'os de poissims pour faire les tranchans et les pointes de leurs armes. L'usage de les tremper dans une liqueur venimet»e, qui rendait les blessures mortelles, prouve assez leur baii)are ignorance. Un peuple qni aurait eu quelque sentiment d'ho-
< Cdlarlns a recueilli les opinions des aneiens sur la Samatie d'Europe et d'Asie; et M. d'Anville les a appliquées à la géographie raodeme, avec la sagacité et l'exaeàtude qui distinguent toujours cet excellent écrivain.
> Ammlen , I. xm, e. 12. Les Sarmates coupaient leurs dMvaux afin de prévenir les accidens que pouvaient occasioner les passions bruyantes et invtadMes des miles.
3 Paosanias , 1. 1 , p. 60 , édit. de Khua. Ce voyagoir, avide de connaissances, a examiné avec soin une 'cuirasse de Sarmale, qu'oa eonserrall dans le temple d'Esenlape & Athènes. ^
DÉCADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
(334 dep. i.-C.)
Bunilc aurait abhorré cette pratique odieuse, et une natioa instruite dans l'art de la guerre aurait méprisé cette ressource impuissaate ', Lorsque ces sauvages sortaient de leur désert pour se livrer au pillage , leur longue barbe, leurs cheveux hérissés , la fourrure dont ils étaient couverts depuis la tête jusqu'aux pieds , et le maintien Tarouche qui annonçait la férocité de leur âme , inspiraient l'horreur «t l'épouvante aux habitans civilisés des provinces romaines.
Le tendre Ovide , après une jeunesse passée dans les jouissances du luxe et de la re- Bommée, fut exilé, sans espoir de retour, sur les bords glacés du Danube, et exposé pres- -que sans défense , à la fureur de ces monstres du désert. Dans ses lamentations pathétiques et quelquefois trop eiféminées*, il donne une excellente description de l'habillement, des mœurs, des anpes et des incursions des Gètes et des Sarmates , qui avaient fait ensemble une alliance de brigandage et de destruction. L'histoire nous donne lieu de penser que ces Sarmates étaient les descendans des Jazyges, la tribu la plus nombreuse et la plus guerrière de cette nation. L'avidité du butin et de l'abondance leur fit chercher un établissement fixe sur les frontières de l'empire. Peu de temps après le règne d'Auguste , ils obligèrent les Daoes , qui vivaient de la pèche sur les bords de la rivière de Theiss ou Tibiscus, de se retirer sur les hau-
I lUfM» et mlUiniib aduiM» U»lca IHto, Et làwB cauM mortU biberfl dut.
Ovid. ex Ponto, t. ir, <gp<«(. m, p. 7.
' VDfez dan» les Kecherches sur les Américains , l. u , p. 236-271 , une dissertation très-curieuse sur les flèclies erapoiMon^es. On lirait eommunteent leroisoa du règne végétal ; mais oelui qu'employaient les Scythes parait avoir été tiré de la vipère et mêlé de sang hunuùn. L'usage des armes empoisonnées, qui s'est répandu dans les deux mondes , n'a Jamais garanti une tribu sauvage contre lui ennemi disei|diné.
2 Les neuf livres de lettres en vers qu'Ovide composa durant les sept premières années de son exil ont un autre mérite que celui de l'élégance et do la poésie. Elles offlrenl un tableau du cœur de l'homme dans des circonstances peu communes , et elles contiennent des observations curieuses qu'Ovide, le seul de tous les Romains, avait eu occasion de faire. Tout ce qui peut jeter du jour sur l'hisloire des barbares a été recueilli parle comte du Buat, dont les recherches ont beaucoup d'exactitude. (Uisloire ancienne d«s peuples de l'Europe , lom. iv, «. 36, p. 186-317.)
leurs, et d'abandonner à leurs bandes victorieuses, les plaines fertiles de la Uaute-Uongrie, bornées par le Danube et les montagnes de Carpath, aujourd'hui mont Crapacs*. Dans cette position avantageuse , ils guettaient oa suspendaient le moment de leurs attaques, selon qu'ils étaient ou irrités par quelque injure , ou apaisés par des présens. Ils acquirent peu à peu l'usage d'armes pins meurtrières ; et, quoique les Sarmates n'illustrassent pas leur nom par des exploits ménaorables, ils secouraient souvent d'un corps nombreux d'excellente cavalerie les Goihs et les Germains, leurs voisins à l'orient et à l'occident*. Hais, quand ils eurent reçu parmi eux un grand nombre de Vandales fugitifs , que les Goths avaient chassés devant eux , ils choisirent un roi de cette nation, et de l'illustre race des Astingi, qui avait habité sur les rives de l'Océan occidental '.
Ces motifs d'inimitié enveuimèrent sans doute les contestations, qui ne peuvent manquer de s'élever souvent sur les frontières entre deux nations guerrières et indépendantes. Les princes vandales furent excités par la crainte et par la vengeance, et les rots des Goths aspirèrent à étendre leur domination depuis l'Euxin jusqnes aux confins de la Germanie. Les eaux du Maros, petite rivière qui se jette dans celle de Theiss, furent souvent teintes du sang des barbares. Après avoir éprouvé la supériorité du nombre et des forces de leurs adversaires, les Sarmates implorèrent le secours du monarque romain.
< Les Sarmates Jaxyges étaient établis sur les bords te PalUssus ou Tibiscus , lorsque PMne (l'an TV) pnbKa «on Histoire Naturelle ( voyex le livre iv, e. 25 ). Il paratt qa*» temps de Strabon et d'Ovide, soixante ou soixaate.dis années auparavant , ils se trouvaient au-ddà du pays des Gètes, le long de la cAte de l'Euxin.
2 Principes Sarmatorum Jcaygum penet quot àntatit regùnai .... Pkbem quoque et vim efutlum qud soUl valent, offerebant. (Tacite, Hist. m, 5.) H parle de ce qu'on avait vu dans la guerre dvfie entre Viicllius et Vespasien.
^ Cette hypothèse d'un roi vandale donnant dts Ms à des Sarmates paraît indispensable pour oondlier le GoUi Joraandès avec les auteurs tatins et grecs qui ont écrit l'hisloire de Constantin. On peut remarquer qu'Isidore, qui vivait en Espagne sous la domination dû GoUis, leur donne pour ennemis, non les Vandales, mais les Sarmates. (Voyez sa Chronique, dans Grotiai , p. 709.)
(33aâep. J.-«.)
qni voyait avec plaisir les (Mseordes des deux wMioDS, mais à qui les saccès des Goths <toanaieBt de Tinquiétade. Dès que Constantin se fut déclaré^en faveur du plus faible, le présomptueux Araric, roi des Goths, au lieu d'attendre Tattaque des légions romaines, passa hardiment le Danube, et répandit dans tonte la province de Mœsie la terreur et la dévastation. Pour repousser l'invasion de ces hôtes destructeurs , le vieil empereur parut lw*raéme dans la plaine ; mais en cette occasion son intelligence ou sa fortune trahit la gloire qu'il avait acquise dans tant de guerres civiles et étrangères. Il eut la mortification de voir fuir ses troupes devant une poignée de barbares, qui les poursuivirent jusques à l'entrée de leur camp, et les obligèrent à chercher leur sûreté dans une fuite prompte et ignominieuse. L'heureuse issue d'une seconde bataille rétablit l'honneur des armes romaines : ^rès un combat long et opiniâtre, l'art et la discipline l'emportèrent sur les efforts irréguliers de la valeur. L'armée des Goths, rompue, abandonna en désordre le champ de bataille, la province dévastée , et le passage du Danube; et, quoique le 61s aîné de Constantin eàt tenu dans cette journée la place de son père, on attribua aux heureux conseils de l'empereur tout le mérite et l'honneur de b victoire.
11 sut au moins en tirer avantage par ses négociations avec les peuples guerriers de la Chcrsonnèse ', dont la capitale , située sur la cdte occidentale de la Crimée, conservait quelques vestiges d'une colonie grecque.
Elle était gouvernée par un magistrat perpétuel, aidé d'un conseil de sénateurs qu'on appelait avec emphase les pères de la cité. Lcshabitans de laChersonnèse étaient irrités
I Je dois me justifier d'avoir employé sans scrnpule le témoignage de Constantin Porpliyrogënèle, el tout ce qui a rapport aux guerres et aux n^ociations des Chersonnites. Je sais que c'était un Grec du dixième siècle, et que ce qu'il dit des anciens érénemens est souvent confus et fhbuleux ; mais sa narration' est ici bien liée et vraisemblable, et il n'est pas difflcile de concevoir qu'un empereur a pu eonsuRer des monumens secrets qui ont échappé aux recherches des autres historiens. Quant i la position et à l'histoire de Cherson, voyez Pcyssonnd. des Peuples barbares qui ont habité 1rs bords du Danube, c. 16, p. 84^.
PAR ÉD. GIBBON. CH. XVUL
contre les Goths par te souvenir des guerres qu'ils avaient soutenues dans le siècle précédent contre les usurpateurs de leur pays avec des forces inégales. Liés avec les Romains par les avantages d'un commerce d'échange, ils recevaient des provinces d'Asie des blés . et des ouvrages de manufactures , et les payaient avec le produit de leur sol, qui consistait en cire, en sel et en cuirs. Dociles à la réquisition de Constantin, ils préparèrent, sous la conduite de leur magistrat Diogène ,. une nombreuse armée , dont la princq>ale force consistait en chariots de guerre et en arbalétriers. Leur marche prompte et leur attaque intrépide partagèrent l'attention des Goths, et facilitèrent les opérations dés gé-r néraux de l'empire. Les Goths , vaincus de tous les côtés, furent chassés dans les montagnes. On faitmonter àcentmille le nombre de ceux qui périrent de faim et de froid dans le cours d'une seule campagne. La paix fut enfin accordée à leurs humbles supplications. Araric donna son fils aîné pour otage , et Constantin essaya de prouver aux chefs , en les comblant d'honneurs et de récompenses, que l'alliance des Romains valait mieux que leur inimitié. Plus magnifique encore dans les preuves qu'il donna de sa reconnaissance aux fidèles Ghersonnites, il flatu l'orgueil de la nation par des décorations brillantes et presque royales dont il revêtit leur magistrat et ses successeurs. Leurs vaisseaux de commerce furent exempts de tous droits dans les ports de la mer Noire, et on leur accorda un subside régulier de fer , de blé , d'huile , et de tout ce qui peut être utile dans les temps de paix ou de guerre. Mais ou jugea que les Sarmates étaient suflisamment récompensés par leur délivrance du danger pressant qui les menaçait; et l'empereur, poussant peutêtre trop loin l'économie, déduisit une partie des. frais de la guerre de la gratification qu'on avait coutume d'accorder à cette nation turbulente.
Irrités de ce mépris apparent, les Sarmates oublièrent» avec la légèreté ordinaire aux barbares, le service qu'on venait de leur rendre, et les dangers qui les menaçaient encore. De nouvelles incursions sur le tciTitoire de l'empire décidèrent Constantin à les
«bandonner à leurs propres ferces ; et il] ne s'opposa plus à l'ambition de Gerberic, capitaine renommé, qui était monté sur le trône des Goths. Wisumar , roi vandale , quoique seul et sans secours , défendait son royaume avec un courage intrépide; une bataille décisive lui enleva la victoire avec la vie, et moissonna la fleur de la jeunesse sarmatienne. Ce qui restait de la nation prit le parti désespéré d'armer tous les esclaves, composés d'une race hardie de pâtres et de chasseurs. A l'aide de ce ramas confus de troupes indisciplinées , ils vengèrent leur défaite , et chassèrent les usurpateurs de leurs confins. Mais ils s'aperçurent bientôt qu'ils n'avaient fait que changer d'ennemis, et qu'ils s'en étaient donné un plus dangereux et plus implacable que celui dont il les avait délivrés. Se rappelant avec fureur leur ancienne servitude, et s' animant par la gloire qu'Us venaient d'acquérir, les esclaves, sous le nom deLimigantes, prétendirent à la possession du pays qu'ils avaient sauvé, et l'usurpèrent. Leurs maîtres, trop faibles pour s'opposer aux fureurs d'une populace effrénée , préférèrent l'exil à la tyrannie de leurs esclaves. Quelques Sarmates fugitifs sollicitèrent une protection moins ignominieuse sous les drapeaux de la nation qu'ils avaient repoussée. Un nonU)re plus considérable se retira derrière les montagnes de Garpath , chez les Quadi, leurs alliés germains, et ils furent admis, sans difficulté , à partager le superflu des terres incultes et inutiles. Hais la plus grande partie de cette malheureuse nation tourna les yeux vers les provinces romaines. Implorant l'indulgence et la protection de Fempereur, ils promirent solennellement , comme sujets en temps de paix , et comme soldats à la guerre , la plus inviolable fidélité à l'empire, s'il daignait les recevoir dans son sein. D'après les maximes adoptées par Probus et par ses successeurs, on n'hésita point à recevoir les offres des barbares ; et on partagea une quantité suffisante des terres des provinces de Pannonie , de. Thrace , de Macédoine et d'Italie , entre ti'ois cent mille Sarmates fugitifs '.
. 1 Les guerres des Gotht et des Sarmates sent racontées
DÉCADENGE DE L'EMPIRE IH)ifAIN,
(S<5dep.J.-C.
En châtiant l'orgueil des Goths et en ae~ ceptant l'hommage d'une nation auppUaste, Constantin assura la gl<Mre de l'empire ro^ main, et les aoibassadenrs de l'Ethiopie, de la Perse et des pays les phu reculés de l'Inde le félidtèrent sur la paa et aur la proq>érité de son régne'. En effet, si l'on cou^ptait la mort du fils alaé de l'empereur, de son ueveo. et p«it-étre de sa femme, au nombre des faveurs de la fortiue, effectiveMeat il a JMi d'un cours continuel de félicité publique «t personnelle jusqu'à la trentième année de son règne; avantage qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait eu depuis l'heureux Auguste. Constantin survécut environ dix mois à cette pompeuse cérémonie , et à l'âge de soixantesix ans, après une courte indisposition, il termina sa mémorable vie au palais d'Aqayrion, dans les faubourgs de Nicomédie, où il s'était retiré à cause de la salubrité de l'air, et dans l'espérance de ranimer ses forces épuisées par le trop fréquent usage des bains chauds. Les excessives démonstrations de douleur, ou du moins de deuil public , surpassèrent tout ce qui avait eu lieu jusqnes alors en par reiile occasion. Mal^ les réclamations du sénat et du peuple de l'ancienne Rome, le corps du défunt empereur fut transporté , selon ses ordres, dans la ville destinée i perpétuer le nom et la mémoire de son fondateur. Orné de vains symboles de la grandeur, revêtu de la pourpre et du diadème, od k
d'une manière si imparCdle et avec taat de laeaMi, ^ae J'ai été obligé de comparer les écriraiiis dtés à la fin de cette note, qui s'appuient, se corrigent et s'éclairent mtrtseneneBt. Ceux qui prendront la mteie peine auront le droit de critiquer mon récit. (Voyez AmmicBt |. xvn, & 12; Anonyme de Valois, p. 715 ; Eutrope, x, 7; Sextus RufUs, de Provinciis, c. 26 ; Julien. Orat. i, p. 9, et le Commentaire de Spanheim, p. 94; Jérôme, in Chron.; Eusèbe, in vit. Coiutantin., I. it, e. 6 ; Socrate, 1. i,c 18; Sozomène.l. i, c 8;Zosime, J. b, p. 106; Jomandès, de Rébus Geticis c. 22 ; Isidor. , in Chron. , p. 709 ; in Hist. Gothorum GrotiU ; Constantin PoriAyn^énéte, de JdministrcUione imperii, c. 63, p. 206, édil. de Meursius.
I Eusébe (in vit. Constantin., 1. ir, c 50) fidt tnài remarques sur ces Indiens: 1° ils venaient des côtes de l'Ucéan oriental, ce qui peut s'appliquer à la côte de ia Chine et à celle de ODromandel; 2° ils oflHrent à Constantin des pierres précieuses et des animaux inconnus; 3° ils assurèrent que leurs rois avai^t élevé des statues pour représenter la m^iesté suprCofe de Constantin.
(387 ilep. J.-€;) ,
déposa sur ua Utd'-or, dans un' des apfMirtemens du palais, qu'on avait, à cette occaùon, meublé et illuminé somptueusement. Les cérémonies de la cour furent strictement observées; cliaqne jour, à des henres fixes, les grands officiers de l'état, de l'armée et du palais, s'agenouillaient auprès de leur souverain , et lui offraient gravement leur respectueux hommage , comme s'il eût été encore .vivant. Des raisons de politique firent continuer pendant quelque temps cette représentation théâtrale , et l'ingénieuse adulation ne laissa point passer l'occasion de dire que Constant'm avait régné après sa mort par une faveur particulière delà Providence, dont il était le seul exemple*.
Mais ce prétendu règne n'était qu'une comédie; et l'on s'aperçut bientôt que le plus absolu des monarques fait rarement respecter ses volontés dès que ses peuples n'ont plus rien à espérer de sa faveur, ou à craindre de son ressentiment. Les ministres et les généraux qui avaient plié le genou devant les restes inanimés de leur souverain s'occupaient secrètement des moyens d'exclure ses neveux Dalmatius et Hannibaliamis de la part qu'il leur avait assignée dans la succession de l'empire. Nous n'avons qu'une conjiaissance trop imparfaite de la cour de Constantin pour pénéb^er les motifs réels qui déterminèrent les chefs de cette conspiration; à moins qu'on ne les suppose animés d' un esprit de jalousie et de vengeance contre le préfet Âblavius, favori oi^eiUenx, qui avait long-temps dirigé les conseils et abusé de la confiance du dernier empereur. Mais on conçoit aisément les ai^umens qu'ils durent employer pour obtenir le concours du peaple et de Farinée. lis en trouvèrent dont ils pouvaient se servir avec autant de décence qUe de vérité, dans la supériorité de rang due aux enfans de Constantin, dans le danger de multiplier les souverains, et ihms les malheurs
tfuniareUUun^ in tutemnUnmnbU», quod tane P. H. cegerrime tulU. (Aurelius Victor.) Constantin arafl prépaie un magnifi(tuetoaib«M |)our loi dans l'égUse des SaiiKs-Âfittres. (Euièbe, 1. it, e.60.) Le meillenr récit, et presque le seul que nousa^vm de la maladie, de la mort et dea ftméraiHes de Constantin, se trovre dans le quatrième livre de sa vie par Eusibe.
PAR ÉD. GIKON. CH. XVIH.
dimt la république était menacée par la discorde inévitable de tant de princes rivaux , qui n'étaient point liés par la sympathie de l'affection fraternelle. Cette intrigue, conduite avec persévérance, fut tenue secrète jusqu'au moment où l'armée déclara, d'une voix unanime, qu'elle ne souffrirait pour souverain dans l'empire que les fils de leur dernier empereur '.
Le jeune Dalmatius, auquel on s'accorde à donner une bonne partie des talens du grand Constantin , était lié avec ses cousins autant par l'amitié que par l'intérêt II ne semble pas qu'il ait pris en cette occasion aucune mesure pour soutenir par les armes les droits que lui et son auguste frère tenaient de la libéralité de leur oncle.* Étourdis et accablés par les cris d'une populace ea fureur, ils ne pensèrent si à faire résistance, ni à s'échapper des mains de leurs implacables ennemis.
Leur sort demeura incertain jusques à l'arrivée de Constance, le second fils et peut-être le plus favorisé de Constantin *.
La voix de l'empereur mourant avait r»commandé le soin de ses funérailles à la piété de Constance; et «e prince, par la proxinûté de sa résidence, pouvait aisément prévenir l'arrivée de ses frères, dont l'un était en Italie, et l'antre dans les Gaules. Quand il eut pris possession du palais de Constantiaople , son premier soin fut de tranquilliser ses cousins «n se rendant caution de leur sûreté par un serment solennel, et le second fut de trouver un prétexte spé« cieux qui pût l'autoriser à y manquer. La perfidie vint au secours de la cruauté, et le plus odieux mensonge fut attesté par l'homme le plus vénérable par la sainteté de son ministère. Constance reçut un fiineste rouleau des mains de Févéqne de Nicomédle,. et le
< BniMie <I. tr, c. 6) termiae ton rédt par ce tëmol.gnage de la ffdëlHé des troupes , et il a soin de taire le massacre qui snifit.
> Entropios (x, 9) a fait un portrait avantageux , mais en peu de mots, de Ddmatius. Dalmatius Casarprosperrimd indole, nequepatruo absimilis, haudmuUo post, oppressas est faetione militari. Jér6me et I» Otnmiqne d'Alexandrie indiquent la troisième année du César, qui ne commença qu'au 18 ou au 24 septembre A. D. 337; il assure que ces Actions militaires durerait plus de quatre mois.
DÉGADENCÏTDE
prélat affirma qu'il contenait les dernières virfoBtës de son père. L'empereur y annonçait le soupçon d'avoir été empoisonné par ses frères ; il conjurait ses fils de venger sa mort, et de pourvoir à leur propre sûreté par le châtiment des coupables '. Les raisons que ces malheureux princes alléguèrmt pour défendre leur honneur et leur vie contre une accusation aussi peu croyable ne furent point écoutées. Les clameurs des soldats leur imposèrent silence, et ils furent à la fois leurs ennemis, leurs juges et leurs bourreaux. Les lois et toutes les formalités de la justice furent continuellement violées dans le massacre général, qui enveloppa les deux oncles de Constance et sept de ses cousins, dont les plus illustres étaient Dalmatius et Hannibalianus, le patricien Optatus, qui avait épousé la sœur du dernier empereur, et le préfet Ablavius, qui, par sa puissance et par ses richesses, avait conçu l'espoir d'obtenir la pourpre. Nous pourrions ajouter, si nous voulions augmenter l'horreur de cette scène sanglante, que Constance avait épousé luimême la fille de son oncle Julius , et qu'il avait donné sa sœur en mariage à Hannibalianus. Ces alliances, que la politique de Constantin , indifférente pour le préjugé du peuple, avait formées entre les difiérentes branches de la maison impériale, prouvent seulement que ces princes étaient aussi insensibles à l'affection conjugale qu'ils étaient sourds à la voix du sang et aux supplications d'une jeunesse innocente*. IXune si nom-
' I J'ai rapporté cette ânguUère anecdote d'après Phllostorgins, (1- u > c. 16.) Biais, si Constantin et ses adhéreM Rrent jamaig Trioir un pareil prétexte, fls y rewHK «èreat arec mépris dés qu'il eut renpli leur dessein inmédiat. Attuinase (tom. i, p. 856), parle du serment qu'avait i^t Constance de protéger la sûreté de sesparens. 1 Coiyugia sobrinarum diu ipwrata, tempore addUo pererebuisie. (Tacite, Annales xu, 6 et lipsius, ndloc.) La révocatien de l'aocienne loi et un usage de cinq cents années ne suffirent pas pour détruire les préjugés des Romains, qui regardaient toi^ours un mariage entre les cousins-germains cornue une espèce d'inceste (August., de CivUate Dei, xv , 6 ) ; et Julien , que la superstition et le ressentiment rendaient partial , donne i ces alliances la qualification ignominieuse de'y<t/<i>TTi¥>a,u«it (Orat. VII , p. 228). La jurisprudence canonique a depuis nminé et rmforcé celte prohibition, sans pouvoir l'introduire dans la loi civile et la loi coimnuue de l'Europe.
L'KMPIRE ROMAIN , (837 dep. J.-C.)
brense famille, Gallas et Julieâ, les deux plus jeunes enfans de Julius Constantius, éch.nppèrent seuls aux féroces assassins. On les sauva, dans l'espérance que la fureur se ralentirait quand elle serait rassasiée de carnage. L'empereur Constance, qui,* pendant l'absence de ses frères , se trouvait chargé du crime et du reproche, fit parahre, dans quelques occasions, un remords faible et passager des cruautés que les perfides conseils de ses ministres et la violence irrésistible des soldats avaient arrachées à sa crédule jeunesse *.
Le massacre de la race Flavienne fut suivi d'une nouvelle division des provinces , ratifiée dans une entrevue des trois frères. Constantin, l'ainé des Césars, obtint, avec une certaine prééminence de rang, la possession de la nouvelle capitale qui portait son nom et celui de son père. La Thrace et les contrées de l'Orient furent le patrimoine de Constance, et Constans fut reconnu légitime souverain de l'Italie, de r Afrique, et de l'Illyrie occidentale. L'armée souscrivit à ce partage, et, après quelques délais, les trois princes daignèrent recevoir du sénat romain le litre d'Auguste. Quand ils prirent en main les rênes du gouvernement, l'aîné était âgé de vingt-et-un ans, le second de vingt, et le troisième de dix-huit *.
Tandis que les nations belliqueuses de l'EuK^ suivaient les étendards de son frère. Constance, à la tète des troupes efféminées de l'Asie, était chargé de tout le pmds de la
(Voyez, sur ces mariages, Ttyrlor's civU Latv, p. 33(f Bronuer., de Jure Connub., 1. a, c 12; Héricourt, des Lois ecclésiastiques, part, m, c 5; Fleury, InsUtuUons dn droit canonique, t. i, p. 334, Paris, 1767; et Fia Paolo , htoria d*l ConeUio Trident. , 1. vm.)
« JuUen (^d. S. P. Q. Jthen., p. 270) leprodie i Constance , son cousin, le massacre dans lequel il manqua de perdre la vie. Atbanase, qui, par des raisons trtedilKraites, «rail auUnt d'inimitié pour Constance (t. i, p. 856), oooftme celte assertiM. Zesime se némitt i eux dans cette accusation ; mais les trois abréviateurs, Eutrope et les deux Victors, disent: • Sinente potutt
. quamjuhente. t . . . . Jneeitum guo êuatore: >
■ H, militum. ».
2 Eus«be,m Ht. ContUaitm. , 1. nr, e. 69. Zosine, 1. n, p.117; (Idat.,M CAiVR. Voyet deux notes de IHtomonl; Histoire desempcmm, t. iv, p. 1086-1001.) Iji Chronique d'Alexandrie bit seule mentien dn rigm dn frère aine à Constaolinopie.
(337 dep. J.-C.)
PAR ÉD. GIBBON. GH. XVin.
guerre de Perse. A la otort de Coustantiu, le trône était occupé par Sapor, fils d'Hormouz ouHormisdas, et petit-fils de Narsès, qui, après la victoire de Galère , avait reconnu la supériorité des Romains. Quoique Sapor fût dans la trentième année de son règne, il était encore dans toute la vigueur de la jeunesse ; un fait assez singulier avait rendu la date de son avènement antérieure à celle de sa naissance. La femme d'Hormouz était enceinte quand son mari mourut, et Tincertilude de l'événement et du sexe de l'enfant quij devait naître excitait les ambitieuses espérances des princes de la maison de Sassan; mais les mages firent à la fois cesser leurs prétentions et les craintes de la guerre civile dont on était menacé , en assurant que la veuve d'Hormouz était enceinte et accoucherait heureusement d'un fils. Dociles à la voix de la «uperstition, les Persans préparèrent «ans différer la cérémonie du couronnement. La reine parut publiquement dans son palais, couchée sur un Ut ms^nifiqne; le diadème fut placé sur l'endroit où l'on supposait le futur héritier d'Artaxei-xès , et les satrapes prosternés adorèrent la majesté invisible de leur imperceptible souverain '. Si l'on peut ajouter foi à ce conte surprenant, qui parait moins incroyable d'après les mœurs de la nation et la durée extraordinaire de «e r^ne, nous serons forcés d'admirer également le bonheur et le génie du roi Sapor. Élevé dans l'enceinte solitaire d'un harem, le jeune prince sentit l'importance d'exercer la vigueur de son corps et celle de son esprit, et il fut digne , par son mérite personnel, d'un trône sur lequel on l'avait assis avant qu'il pût connaître les devoirs «t les dangersdnponvoirabsolu. Sa minorité fut exposée aux calamités presque inévitables d'une discorde intestine ; sa capitale fut surprise et pillée par Thaïr, puissant roi d'Yémen ou d'Arabie; et la roajosté de la famille royale
< Agithiat, qui vinit au dxtime siècle, rapporte cette hisioire<iT, p. 135, Mit. du Louvre). Il l'a tirée de quelques extraiu des Chrouiques de Perse, que l'inter- |trMe Sergins s'était procurés tarait traduits durant son anfaassade à celte «mr. Sbilcard (Tarikli, p. 116) el d'fieiteiot <BU>tia()i«q.orieBt»le, p. 763, parlent aussi du couronnement de la mère de Sapor.
fut dégradée par la captivité d'une princesse, sœur du dernier roi. Mais aussitôt que Sapor eut atteint l'âge de virilité, le présomptueux Thaïr, sa nation et son royaume succombèrent sous le premier effort du jeune guerrier, qui profita si habilement de sa victoire, que, par un judicieux mélange de clémence et de rigueur, il obtint de la crainte et de la reconnaissance des Arabes le surnom de Doulacnaf ou protecteur de la nation*.
Le monarque persan, dont ses ennemis reconnaissaient les talens politiques et militaires, avait la haute ambition de venger la honte de SCS ancêtres, et d'arracher aux Romains les cinq provinces situées au-delà du Tigre. La brillante renommée de Constantin, et les forces réelles ou apparentes de ses états, suspendirent l'entreprise; et, tandis que sa conduite irrégulière excitait le ressentiment de la cour impériale, il parvenait à le calmer par des négociations artificieuses. La mort de Constantin fut le signal de la guerre*; et l'état de négligence dans lequel étaient les frontières de Syrie et de Mésopotamie semblait promettre aux Persans de riches dépouilles et une conquête facile. Les massacres du palais avaient répandu l'esprit de licence et de sédition parmi les troupes de l'Orient, qui n'étaient plus retenues que par une obéissance d'habitude pour leur vieux commandant. Constance eut la prudence de retourner sur les bords de l'Ënphrate aussitôt après son entrevue avec ses frères en Pannonie, et les légions rentrèrent peu à peu dans le devoir; mais Sapor avait profité du moment d'anarchie pour former le siège de r^isibis, et s'emparer des plus importantes places delà Mésopotamie'. En Arménie, le fameux Tiridate jouissait depuis long-temps de la paix et de la gloire que méritaient sa valeur et sa fidélité pour les Romains. Sa solide alliance avecCon-
■ D'Herl)e]ot, Bibliothèque orientale, p. 764.
2 Sexttts Ruhis (c. 26), qui, dans cette occasion , n'est pas une autorité méprisÂle , assure que les Persans dennndèrent en vain la paix, et que Constantin se préparait à marclier contre eux. Mais le témoignage d'Eusèbe , quia plus de poids, nous oblige à admettre les préliliminaires , sinon la ratiflcation du traité. (Voyez Tillemont , Hist. des Empereurs , t. iv , p. 420.)
3 Julien, Orat.t,p. 20.
stantin lui avait procnré on avaotage iofiniment préférable au snccès de ses armes. La convcrsioB de Tiridate ajoutait le nom de saint à cejiuide héros, et la foi dirétieniie, préchée et établie depnis l'Euphrate jusqu'aux rives de la mer Caspienne, attachait FArménie à l'empire par le double lien de la politique et de la religion. Mais la tranquillité publique était troublée par quelques nobles Arméniens qui refusaient , encore d'abandonner leurs dieux et leurs femmes. Cette faction turbulente insultait à la caducité du monarque, et attendait impatiemment l'heure de sa mort. Il cessa de vivre après un règne de cinquante-six ans, et la fortune du royaume d'Arménie fut ensevelie avec Tiridate. Son légitime héritier fut banni; les prêtres chrétiens furent ou immolés on chassés de leurs églises; les bariiares tribus d'Albanie furent appelées ; et les deux plus puissans gouverneurs, usurpant les signes de la royauté, implorèrent l'assistance de Sapor, ouvrirent les portes de leurs villes, et reçurent des garnisons persanes. Le parti chrétien, sous la conduite de l'archevêque d'Artaxata , successeur immédiat de saint Grégoire l'Illuminé , eut recours à la piété de Constance. Après des désordres qui durèrent trois ans , Antiochus, un des ofiiciers de l'empire, exécuta avec succès la commission qui lui fut confiée, de remettre Chosroès, fils de Tiridate, sur le trône de ses pères , de distribuer des honneurs et des récompenses aux fidèles serviteurs de la maison d'Arsace, et de publier une amnistie générale, qui frit acceptée par la plus grande partie des satrapes rebelles. Hais les Romains tirèrent plus d'honneur que d'avantage d« cette révolution. Chosroès, prince d'une petite taille , avait le corps faible et l'esprit pusillanime ; incapable de supporter les fatigues de la guerre, et détestant ta société, il quitta sa capitale, et se retira dans un palais qu'il bâtit au milieu d'un bocage épais et solitaire , où il récréait sa méprisable apathie par toutes les différentes espèces de chasse, tantôt avec des chiens, et tantôt avec des oiseaux. Pour s'en ménager le loisir, il accepta les conditions de paix qu'il plut à Sapor de lui imposer; et, consentant à payer un tribut annuel, il lui restitua la riche
DÉCADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
(^12 dcp. J.-C.)
province d'Atropatène, que la valeur de Tiridate et les armes victorieuses de Grière avaient annexée à la monarchie arménienne*. Pendant la longue durée du règne de Co»stanoe, les provinces de l'Orient eurent beaucoup à souffrir de la guerre contre les Persans. Les incursions des troupes légères semaient le ravage et la terreur au-delà do Tigre et de l'Euphrate, des portes de Ctésiphon à celles d'Anttoche. Les Arabes du désert étaient chaînés de ce service actif. Divisés d'intérêts et d'affections, quelques-uns de leurs chefs indépendans tenaient pour le parti de Sapor, et d'autres avaient engagé à l'empereur leur douteuse fidélité *. Les opérations de guerre plus sérieuses et plus importantes furent conduites avec une égale vigueur, et les armées persanes et romaines disputèrent le terrain dans onze journées sanglantes, presque toujours défavorables aux Romains *. Constance commanda deux Ibis en personne , et à la bataille de Singara la valeur indocile de ses soldats donna une victoire presque complète et décisive à son
<JiilicB,Or<it.i,|>.28,21; MeisedeCfaortee, I.b, c 89, 1. ni, c 1-9, p. 226-240. L'accord parftdt qa'ta remarque entre les mois vagues de l'orateur contemporain, et le récit détaillé de l'historien national , Jettent dn jour sur les passages concis de l'orateor et ajoutent dHjpmds aux détails delldatoriea. Q dut remarquer, il'avaBti^e de Moise , qu'on trouve le nom d'Antioduis , peu d'années auparavant, dans la liste de ceux qui exerçaient un emploi civil d'un rang inférieur. ( Voyez Godefh>]r , Co^. Tbéodos., t. VI, p. 350.)
2 Ammien (xn, 4) bit une desoiptioB animée de k vie errante de ces voleurs arabes qu'on trouvMl des co«flnsde l'Arabie aux cataractes du Nil. Les aventures de Malchus , racontées par Jérôme d'une manière si agréable , tbnt croire que ces voleurs infestaient le grand diemin entre Bérée et Ëdesse. ( V. JérOme , tom. i , p. 256).
>Eutrope(x, 10) nous donne une idée génénde delà gnerre : J PersU enim multa et gravia perpessut , sapex captis oppidis, obsessis urbibus, arsis mereiUbus, nullumqueei contra Saporem prosperum prtelium fuit, nisi quod apud Singaram, etc. Cette assertioi imparUde ae trouve oonflrmée par qndqnes mois d'Ammien , de Ruftas et de Jérôme. Les deux premiers discours de Julien! et le troisième de Libaous présentent on taMeM plus flatteur; mms b rétractation de ws deux orateurs , après la mort de Constance, avilit leur caraetère et celui de Ytaupenur, en mfime temps qn'eUe rétablit la vérité. Spanheim a été prodigue d'érudiliog àim son Commentaire sur le premier discours de Julien. ( Vojr. ausà les observations jodicienses de TiHcmeni, Hiat. des Empereurs, lom. iT,p.656.)
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ennemi. Les troupes qni occupaient Singara se retirèrent à l'approche de Sapor. Ce monarque passa le Tigre sur trois ponts , et campa près du village de Hilleh dans une position avantageuse. Ses nombreux pionniers l'environnèrent, en un seul jour, d'un fosséetd'un rempart. Lorsque ses innombrables soldats étaient rangés en bataille, ils couvraient les bords de la rivière , les banteursToistnes, et toute l'étendue d'une plaine de douze milles qui séparait les deux armées. Elles désiraient le combat avec lue ardeur égale; mais, après une légère résistance, les barbares prirent la fuite en désordre, soit qu'ils ne pussent pas soutenir le choc des Romains, ou dans l'intention de fatiguer les pesantes légions , qui, accablées par la soif et par la chaleur, les poursuivirent dans la plaine , et défirent entièrement un corps de cavalerie armé de toutes pièces , posté devant la porte du camp pour protéger la retraite. Constance, entraîné lui-même dans la poursnite, tâchait inutilement d'arrêter l'impétuosité de ses soldats, en leur représentant les dangers de la nuit qui approchait, et la certitude de compléter leursuccès au point du jour. Se fiant plus à leur propre valeur qu'à l'expérience ouàrhabiletédelenrehef,il8 imposèrent silence par leurs clameurs à ses sages remontrances, s'élancèrent dans le fossé, et se répandirent dans les tentes pour y réparer leurs forces épuisées et jouir du fruitde leurs travaux. Mais le prudent Sapor guettait le moment de la victoire. Son armée , dont la plus grande partie, secrètement postée sur les hauteurs , était restée spectatrice du combat , s'avança en silence à la faveur de l'obscurité ; et ses archers persans, guidés par la clarté du camp , lancèrent une grêle de traiu snr cette foule errante et désarmée. Les historiens ' avouent qu'il y eut un grand carnage de Romams , et que le reste des légions fagitives n'échappa qu'en s'exposant à des peines et à des fatigues intolérables. Les panég3rristes même conviennent que la gloire de Tempereurfut obscurcie par la désobéissance
* jteerrimd nocturtui ameertatione pugnatum est, nottrorum eopiù ingenti strage confossis. (Ammiai, xvm, 5. Voyez aussi Eutrope, x, 10, et S. RoAu, c27.)
PAR ÉD. GIBBON. CH. XVllI.
de ses soldats ; et ils tirent le voile sur les détails de cette retraite humiliante. Cependant un de ces orateurs mercenaires, jaloux de sauver la renommée de Constance, raconte avec la plus froide indifférence une action si barbare, qu'an jugement de la postérité elle doit imprimer sur l'empereur une tache infiniment plus honteuse que celle de sa défaite. Le fils de Sapor qui était l'héritier de sa couronne , avait été pris dans le camp des Perses. Ce jeune infortuné, qui aurait obtenu la compassion de l'ennemi le plus sauvage, fut fustigé, mis- à la torture, et publiquement exécuté par les barbares Romains '.
Quelques avantages que Sapor eût obtenus parneuf victoires consécutives, qni avaient répandu chez les nations la renommée de sa valeur et de ses talens militaires, il ne pouvait cependant espérerde réussir dans ses desseins, tandis que les Romains conserveraient les deux villes fortifiées de la Mésopotamie , et surtout l'ancienne et forte cité de Nisibis. Daus l'espace de douze ans , Nisibis, regardée avec raison, depuis le temps de Lucnllus, comme le boulevard de l'Orient, soutint trois sièges mémorables contre toutes les forces de Sapor ; et le monarque humilié , après avoir inutilement renouvelé ses attaques pendant soixante, quatre-vingts, et cent jours , fut contraint de se retirer trois fois avec perte et ignominie *. Cette ville vaste et peuplée était située à deux journées du Tigre, dans le milieu d'une plaine agréable et fertile, an pied du mont Masius. Un fossé profond défendait sa triple enceinte construite en briques *, et le courage indomptable des citoyens secondait la résistance intrépide du
t libanios, Orat. m, p. 133; et Julien, OnU. i, p. 24; et le Commentaire de Spanheim, p. 179.
2 Voyez Julien , Oral, i, p. 27; Orat. u , p.|62, etc. avec le Commentaire de Spanhdm, p. 188-202, qui éelairdt le« détails et fixe l'époque des trois sièges de Nisibis. Tillemonl (Hist. des Empereurs, L ir, p. 668, 671,074) eiamine aussi les dates de ces àéges.ZosimeO an, p. 151) et la Chronique d'Alexandrie, p. 290, sttoutent quelques taUs sur ces difHrois points.
3S«ttuste,Fragmentixxxnr, édit de de Brosses, et PIotarqne, in Lucidl., t. m, p. 184. Nisibis n'a plus aiijour^ d'hui que cent cinquante maisons. Ses terres marécageuses produisent du riz , et ses fertiles prairies , jusqu'à Mosul et jusqu'au Tigre , sont couro'tes de ruines de villes et de nllages. (Voyez Niebuhr, Voyages, t. h, p. 300-309.)
DÉCADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
comte Lucilianus et de la garnison. Les Iiabitans de Nisibis étaient animés par les exhortations de leur évéque ', endarcis à la fatigue des armes par l'habitude du danger , et persuadés que l'intention de Sapor était de les emmener captifs dans quelque pays éloigné, et de repeupler leur ville d'une colonie de Persans. L'issue des deux premiers sièges avait augmenté leur confiance , et irrité l'oi^aeil du grand roi, qui, avec tontes les forces réunies de la Perse et de l'Inde, s'avançait une troisième fois pour attaquer Nisibis. L'intelligence supérieure des Romains rendait inutiles toutes les machines ordinaires, inventées pour battre ou pour saper les murs ; et bien des jours s'étaient passés sans succès, quand Sapor prit une résolution digne d'un monarque oriental, qui croit que jusqu'aux élémens doivent obéir à ses ordres. Dans la saison où les neiges de l'Arménie commencent régulièrement à fondre tous les ans, la rivière de Migdonius, qui sépare la ville de Nisibis de la plaine , forme , comme le Nil *, une inondation sur les terres adjacentes. A force de travaux, les Persans arrêtèrent le cours de la rivière au-dessous de la ville ; et de solides montagnes de terre furent élevées pour retenir de tous côtés les eaux. Sur ce lac artificiel, une flotte de vaisseaux armés, chargée de soldats et de machines qui lançaient des pierres du poids de cinq cents livres, s'avança en ordre de bataille, et combattit presque de plain-pied les troupes qui défendaient les remparts. La force irrésistible des eaux fut alternativement fatale aux deux partis. Le mnr, ne pouvant soutenir un poids qui augmentait à chaque instant, fut renversé, et présenta une énorme
< Les miradesqne Théodorel (I. u.c. 30) attribue à saintJacques, évéque d'Édesse, se firent du moins poar une digne cause, la défense de son pays. U parut sur les murs sous la figure d'un empereur romain. Il enroya des millions de cousins qui piquèrent les éiépbans et mirent en déroule l'armée du nouveau Sennadiérib.
2 Julien, Orat, i, p. 27. Quoique Niebuhr (t. n, p. 307) donne une étendne considérable au Mj^donius, sur lequel il vil un pont de liouze arches, il est difficile cependant d'imaginer qu'il a eu raison de comparer cette petite rivière à un grand fleuve. Il y a plunieurs détails obscurs et presque inintelligibles dans ces immenses travaux«ar le titdu Mygdonius.
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brèche de cent cinquante pieds de longueur Les Persans furent aussitôt appelés à l'assaut et l'issue de cette journée devait décider du destin de Nisibis. La cavalerie, pesamment armée, qui conduisait la tête de la colonne , s'embourba dans le limon des terres délayées, et un grand nombre furent engloutis dans des trous recouverts par les eaux. Les éléphans , furieux de leurs blessures, augmentaient le désordre, et écrasaient sous leurs pieds des milliers d'archers persans. Le grand roi, qui, de la hauteur où l'on avait placé son trône , contemplait avec indignation le mauvais succès de son entreprise, fit à regret donner le signal de la retraite, et suspendit l'attaque jusqu'au lendemain. Mais les vigilans citoyens profitèrent avec activité des ombres de la nuit, et le lever de l'aurore découvrit un nouveau mur déjà haut de six pieds, qu'ils continuaient à éleverpour remplir la brèche. Trompé dans son espérance, S^por ne perdit point courage ; et, malgré b perte de vingt mille hommes, il continua le siège de Nisibis avec une obstination qui ne pouvait céder qu'à la nécessité de défendre les provinces orientales de la Perse contre la formidable invasion ,des Massagètes *. Alarmé de cette nouvelle , il abandonna le siège précipitamment, et courut avec rapidité des bords du Tigre à ceux de rOxus. Les embarras et le danger d'une guerre contre les Scythes l'engagèrent bientôt à conclure ou du moins à observer une trêve avec l'empereur. Elle fut également agréable à l'un et à l'autre de ces monarques. Constance fut sérieusement occupé, après la mort de ses deux frères, des révolutions de l'Occident et d'une guerre civile, qui demandaient et semblaient sitrpasser les plus vigoureux efforts de ses forces réunies.
Trois ans s'étaient à peine écoulés depuis le partage de l'empire, et déjà les fils de Constantin , inhabiles à gouverner leurs vastes états, semblaient impatiens de prouver qu'ils ne suffisaient point à leur ambition. L'ainé de ces princes se plaignit qu'il n'avait pas assez profité du meurtre de ses cousins , et qu'on
I C'estZonaras (t. ii,l.xm,p. n)qui raconte cette invaàon des Massagètes, laquelle est bien d'accord avec b série générale des événemens quf l'Histoire interromiHie d'Ammieo (ait entrevoir d'une roanière obscure.
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PAR ÉD. GIBBON. CH. XVUI
avait fait de leurs dépouilles une répartition inégale ; il ne réclamait rien de Constance , qui avait à ses yeux le mérite de l'exécution ; mais il exigeait de Gonstans la cession des provinces d'Afrique, comme un équivalent des riches contrées de Grèce et de Macédoine, qu'il avait obtenues à la mort de Dalmatius. Irrité du peu de sincérité d'une longue et inutile négociation, Constantin suivit les conseils de ses favoris, qui tâchaient de lui persuader que son honneur et son intérêt lui défendaient également d'abandonner cette réclamation. A la tète d'un mélange confus de soldats tumultuairement assemblés, il fondit sur les états de Gonstans, et fit tomber sur les environs d'Aquilée les premiers effets de son ressentiment. Les mesures de Gonstans, qui résidait alors en Dacie, furent dirigées avec plus de sagesse et d'intelligence. Ayant appris l'invasion de son frère, il détacha un corps choisi et discipliné de troupes illyriennes, qu'il se proposait de suivre lui-même avec le reste de ses forces. Mais la conduite de ses lieutenans termina cette querelle dénaturée. En feignant artificieusement de fuir devant Constantin, ils l'attirèrent dans une embuscade au milieu d'un bois. Le jeune prince, mal accompagné, fut surpris, environné , et paya de sa tète sa fatale imprudence. Quand on eut retiré son corps des eaux bourbeuses del'Alsa, on le déposa dans un sépulcre impérial ; mais ses provinces reconnurent le vainqueur pour maître, et firent le serment de fidélité à Gonstans, qui, refusant de partager ses nouvelles acqubitions avec son frère, posséda sans contestation plus des deux tiers de l'empire romain '. La punition de son forfait fut suspendue pendant dix ans, et la mort de son frère fut vengée par la main ignoble d'un serviteur perfide.
La mauvaise administration des trois princes, les vices et les faiblesses qui leur firent
' Les historiens racontent avec beaucoup d'embarras et de coDtradiclions les causes et les efTeU de celte guerre civile. J'ai suivi principalement Zonarasetle jeune Victor. La Monodie {Ad calcem Eulrop., édil. de Uavereamp) prononcée i la mort de Constantin aurait pu £lre instructive, mais la prudence et le mauvais goût ont jeté l-orateur dans de vagues déclamations.
perdre l'estime et l'affection des peuples , étaient visiblement une suite du système pernicieux introduit par Constantin. L'inapplication et l'incapacité de Gonstans rendaient ridicule et insupportable l'oi^ueil que lui donnaient des succès qu'il n'avait pas mérités. Sa partialité pour quelques captifs germains, qui n'avaient d'autre mérite que les grâces de leur figure, était un sujet de scandale et de mécontentement '..Magnence, soldat ambitieux, d'extraction barbare, fut encouragé par le cri public à soutenir l'honneur du nom romain *. Les bandes choisies des Joviens et des Herculiens tenaient toujours la place d'honneur dans le camp impérial. L'amitié de Harcellinus, comte des largesses sacrées, suppléait libéralement aux moyens de séduction. On vint à bout de persuader aux soldats que la républiqiie les sommait de briser les liens d'une servitude héréditaire, et de récompenser, par le choix d'un prince actif et vigilant , les mêmes vertus qui, de l'état de citoyen, avaient élevé les ancêtres du méprisable Gonstans sur le trAne du monde. Quand on crut avoir sufiisamment préparé les esprits , Marcellinus, sous le prétexte de célébrer le jour de. la naissance de son fils, donna une fête magnifique aux personnages les plus distingués de la cour des Gaules, qui résidait alors à Autun. Le repas somptueux fut prolongé avec adresse bien avant dans la nuit, et les convives, livrés à une confiance dangereuse, se permettaient les propos les plus coupables et les plus offensans : tout d'un coup les portes s'ouvrirent avec fracas ; et Magnenee, qui s'était retiré depuis quelques instans, rentra revêtu de la pourpre et
t Quorum (gentUtm) absides pretio qucesitos pueras venustiores, quod cultius habuerat, UbUline hujitsnwdi arsisse pro eerta habetur. Si les goûts dépravés de Constance n'avaient pas été publics, Victor l'atné, qui exerçait un emploi considéral)le sous le règne de son ft^re, ne se serait pas exprimé d'une manière si positive.
> Julien, Ortit. i, et ii; Zosime, 1. m, p. 134; Victor, in Epitome. U y a lieu de croire que Magnenee avait reçu le Joor au milieu d'une de ces colonies de barbares établies par Constance Chlore dans la Gaule. ( Voyez son histoire, p. 144.) Sa conduite nous rappelle le patriote comte de Leicester , le flimeux Simon de Montibrt , qui vint à bout de persuader au bas peuple d'Angleterre que lui, Fraiçais de naissance, avait pris les armes pour les délivrer des fovoris étrangers.
àu diadème. Lesconspiratenrs se levèrent à l'instant, et le saluèrent sous les noms d'auguste et d'empereur. La surprise, la frayeur, l'ivresse, les espérances ambitieuses, et l'ignorance du reste de l'assemblée, contribuèrent à rendre l'acclamation unanime. Les gardes se hâtèrent de prêter le serment de fidélité. On ferma les portes de la ville, et, avant le retour de l'aurore, Magnence se trouva maître des troupes, du trésor, du palais, et de la ville d'Autnn. Il eut même quelque espérance de se rendre maître de la personne de Gonstans avant qu'il fût informé de la révolution. Ce prince s'amusait, à son ordinaire, à coulir la diasse dans la forêt voisine, ou prenait peut-être quelque plaisir plus coupable ou plus honteux; mais la renommée aux cent bouches l'avait averti; il eut le temps de fuir, et c'était sa seule ressource, puisque la désertion de ses troupes et l'infidélité de ses sujets ne lui laissaient aucun moyen de résistance. Avant d'avoir pu atteindre à un port d'Espagne, où il se proposait de s'embarquer S il fut arrêté auprès d'Héléna aux pieds des Pyrénées , par un parti de cavalerie légère, dont le commandant, sans respect pour la sainteté d'un temple,.exécuta sa commission en assassinant le fils de Constautia *.
Aussitôt qu:e la mort de Constans eut affeitni cette facile et importante révolution , l'exemple de la cour d'Autun fut suivi par toutes les provinces de l'Occident. Les deux grandes préfectures des Gaules et d'Italie reconnurent l'autorité de Magnence, et l'usurpateur s'occupa du soin d'amasser par toutes sortes d'exactions un trésor qui pût suiBre aux immenses libéralités qu'il avait promises, et aux frais d'une guerre civile. Les contrées guerrières de l'Illyrie depuis leDanube jusqu'à l'extrémité de la Grèce, obéissaient depuis long-temps àYétranion, vieux général qui
t Cette andenne ville avait été florissante sous le nom d'Illibérig (Pomponius Mêla, n , 6) ; Constantin lui rendit de l'éclat et lui donna le nom de sa mère. Hélëoa (die est OKore appdée Elna) devint le siège d'un évéque, qui , loii^4effi]>8 après, transféra sa résidence à Perpignan, capitale du Roussillon. (Voyez d'AnviUe, Notice de Tandenne Gaule, p. 380; Longuerue, Description ,de b France, p. 223, et le MarcaHispanica,!. i,c.2.)
iZocinie, I. n, p. 119, 120; Zonaras, tom.u, I. xui, p. 13, et les ahréviatcurs.
DÉCADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
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avait su plaire aux soldats par la simplicité de ses manières, et dont l'expérience et les ser^ vices militaires avaient obtenu quelque conûdération *. Afiectionné par habitude, par devoir et par reconnaissance à la maison de Constantin, il donna sur-le-champ les plus fortes assurances au seul fils qui restait de son ancien maître., qu'il exposerait avec une invariable fidélité sa personne et ses troapes pour l'aider apprendre de l'usurpateur de la Gaule une juste et sévère vengeance. Hais seslégions furent plus séduitesqu'irritées par l'exemple des Gaul<»s ; leur commandant noanqua bientôt de fidélité ou de fermeté, et son ambition s'autorisa de l'approbation de la princesse Constantina. Cette femme ambitieuse et cruelle, qui avait obtenu du grand CiHistantin son père le titre d'auguste, plaça de ses propres mains le diadème sur la tête du général d'IUyrie, et semblait attende de sa victoire l'accomplissement des espérances qu'elle avait perdues par la mort d'Annihalianus. Mais ce fut peut-être sans l'aven de Constantina que le nouvel empereur fit une alliance honteuse , quoique nécessaire , avec l'usurpateur de l'Occident, dont la pourpre avait été teinte si récemment du sang de son frère*.
Des événemens de cette importance , et qui menaçaient si sérieusement l'honneur et la sûreté de la maison impériale, rappelèrent les années de Constance de la guerre de Perse, où elles avaient perdu beaucoup de leur réputation. Laissant à ses lieutenans le soin des provinces orientales, qu'il confia bientôt après à son cousin GaUus , il marcha vers l'Europe, agité par la crainte et par l'espérance , par la douleur et par l'indignation. Arrivé à Héraclée en Thrace , il donna audience aux ambassadeurs de Magnence et de Yétranion. Le premier auteur de la con^i-
< Eutrope (x , 10) fait le portrait de Vétranion avec ptui de modération et vraisemblablement avec plus de justesse que l'un ou l'autre des Victors. Vétranion était né d'une famille obscure, dans les cantons sauvages de la Mésie , et son éducation i\it si négligée, qu'il apprit à lire lorsqu'il ftit dans les emplois.
2 La conduite incertaine et variable de Vétranion est décrite par Julien , dans son premier Discours , et exposée avec exactitude par Spanheim , qui discute la poâtion d la conduite de Constantina.
ration, MarceUinus, qui avait en qaelque façon donné la pourpre à son nouveau maître, se chargea insolemment de cette dangereuse commission , et ses trois collègues furent choisis parmi les personnages les plus illustres de l'état et de l'armée : on leur, recommanda d'adoucir Constance sur le passé , et de l'épouvanter sur l'avenir. Ils étaient autorisés à lui offrir l'alliance et l'amitié des princes d'Occident, à cimenter leur union par un double mariage de Ck>nstance ,avec la sœur de Maguence, et de Magnence avec l'ambitieuse Gonstantina, et à reconnaître, par un traité, la prééminence de l'empereur d'Orient. Dans le cas où son oi^ueil, ou une délicatesse mal placée, lui ferait refuser des conditions, si équitables, les députés avaient ordre de lui représenter qu'il courrait inévitablement à sa ruine s'il provoquait le ressentiment des souverains de l'Occident , et les obligeait à employer contre lui leur valeur, leurs talens militaires et les légions qui avaient fait triompher, tant de fois le grand Constantin. Ces propositions, appuyées de tels argumens, méritaient une attention sérieuse, et Constance différa sa réponse jusqu'au lendemain. Après avoir réfléchi aux moyens de justifier dans l'opinion du peuple les horreurs d' une guerre civile, il tint le discours suivant à son conseil, qui l'entenditavecune crédulité réelle on affectée. < Cette nuit, l'ombre du grand Constantin * m'est apparue : il tenait embrassé le corps
> sanglant de mon frère ; j'ai reconnu sa voix,
> elle criait vengeance : mon père m'a |dé-
> fendu de désespérer de la république , et
> m'a promis que les armes couronneraient » la justice de ma cause d'un prompt succès
> et d'une gloire immortelle. >
L'autorité de cette vision , ou plutôt celle du prince qui la racontait, fit taire les doutes et cesser les négociations. Les conditions ignominieuses de la paix furent rejetées avec mépris; on renvoya un des ambassadeurs après loi avoir fait une réponse fière et dédaigneuse; les trois autres furent nus aux fers comme indignes de jouir de leurs privilèges, et les puissances rivales se préparèrent à une guerre implacable'.
iVojrez Pierre le Palricieo, dans les Exeerpta LegalU»iuim,p.27.
PAR ÉD. GIBBON, CH. XVIU
Telle fut la conduite , et tel était peut-être le devoir du frère de Constans vis-à-vis de l'usurpateur des Gaules. Le caractère et la si* tuation de Yétranion admettaient plus de ménagemens ; la politique de l'empereur d'Orient s'occupa de désunir ses ennemis, et de priver les» rebelles des forces de l'Illyrie. U réussit aisément à tromper la franchise et la simplicité de Yétranion, qui, obéissant alternativement à la voix de l'honneur et de l'intérêt, avait mis à découvert la faiblesse de son caractère, et s'était insensiblement engagé dans le piège d'une négociation artificieuse. Constance le reconnut pour son collègue légitime et son égal , à condition qu'il renoncerait i U honteuse alliance de Magnence, et qu'il choisirait un endroit sur les frontières de leurs provinces respectives, où ils pussent assurer leur amitié dans une entrevue par un serment de .fidélité mutuelle , et régler les opérations de la guerre civile. En conséquence de cet arrangement, Yétranion s'avança vers la ville de Sardica ', à la tète de vingt mille chevaux, et d'un corps d'infanterie plus nombreux. Ces forces étaient si supérieures à celles de Constance que l'empereur d'IUyrie semblait avoir à sa déposition la fortune et la vie de son rival, qui , comptant sur le succès de ses sourdes négociations, avait séduit les troupes et miné le trône de Yétranion. Les chefs, qui avaient secrètement embrassé le parti de Constance, préparaient en sa faveur un spectacle propre à éveiller et à enflammer les passions de la multitude '. Les deux armées unies s'assemblèrent dans une vaste plaine à la proximité de la ville; on éleva dans le centre , selon les lob de l'ancienne discipline, un tribunal ou plutôt un échafaud, d'où les empereurs avaient coutume de haranguer leurs troupes dans les occasions solennelles ou importantes. Les Romains et les barbares, régulièrement rangés, l'épée nue à
< Zonaras , t. ii , 1. un, p. 16. La posilion de Sardique , près de la ville moderne de Sophia, parait plus propre à cette entrevue que Nalssus et Sirmium, où elle est placée parJérdme, Socrate et Sozomine.
2 Voyez les deux premiers Discours de Julien , surtout p. 31 ; et Zosime , I. u , p. 122. La narration de l'historien, qui est nette, éclaircit les descriptions dilTtoses et vagues de l'orateur.
la main , ou la lance en arrêt, les escadrons de cavalerie et les cohortes d'infanterie distingués par la variété de leurs armes et de leurs enseignes, formaient un cercle immense autour du tribunal ; tous gardaient un silence attentif, interrompu quelquefois par un cri général d'applaudissement. Les deux empereurs furent appelés pour expliquer la situation des affaires publiques , en présence de cette formidable assemblée. On accorda la préséance du rang à la naissance royale de Constance , et , quoique peu versé dans l'art de la rhétorique , il mit dans son discours de la fermeté, de l'adresse et de l'éloquence. La première partie ne semblait attaquer que le tyran des Gaules ; mais, après avoir déploré le meurtre de Gonstans , il insinua que son frère avait seul le droit de réclamer sa succession, et, s'étendant avec complaisance sur les actions glorieuses de la race impériale, il rappela aux soldats la valeur, les triomphes et la libéralité du grand Gonstantin, dont les fils avaient reçu leur serment de fidélité , qu'ils n'avaient rompu que par la séduction de ses plus intimes favoris. Les officiers qui environnaient le tribunal , instruits du rôle qu'ils devaient jouer dans cette scène extraordinaire , parurent entraînés par le pouvoir irrésistible de la justice et de l'éloquence, et ils saluèrent l'empereur Constance comme leur légitime souverain. Leur exemple entraîna les soldats : le sentiment du repentir réveilla celui de la fidélité ; il se répandit dans tous les rangs , et bientôt la plaine de Sardica retentit de l'acclamation unanime de : < Meurent les usurpateurs! vive le fils > de Gonstantin! ce n'est que sous ses di^t peaux que nous voulons combattre et » vaincre ou mourir. * Le cri universel , les gestes menaçans et le cliquetis des armes subjuguèrent le courage étonné de Yétranion, qui contemplait dans un silence stupide la défection de son armée. Au lieu d'avoir recours au dernier refuge d'un généreux désespoir, il se soumit docilement à son sort , et, se dépouillant du diadème à la vue des deux armées, il se prosterna aux pieds de son vainqueur. Constance usa de la victoire avec une prudente modération, et, relevant lui-même le vénérable suppliant qu'il afiec-
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tait d'appeler du doux nom de père', il lui prêta la main pour descendre du trône. La ville de Prura fut assignée pour retraite an monarque détrôné, qui y vécut six ans dans l'opulence et dans la tranquillité. Il se félicitait souvent des bontés de Constance, et conseillait à son bienfaiteur, avec une aimable simplicité , de quitter le sceptre du monde , et de chercher le bonheur dans une obscurité paisible, qui pouvait seule la procurer*. La conduite de Constance dans cette occasion mémorable fut cél^rée avec une apparence de justice , et ses courtisans comparèrent les discours étudiés de Périclès et de Démosthène, adressés à la populace d'Athènes , avec l'éloquence victorieuse qui avait persuadé à une multitude armée d'abandonner et de déposer l'objet de son propre choix *. L'entreprise de Magnence était plus dangereuse; la victoire seule pouvait en décider. L'usurpateur s'avançait, pardes marches rapides, à la tète d'une armée nombreuse, composée d'Espagnols , de Gaulois , de Francs , de Saxons, de provinciaux, dont on recrutait les légions , et de bart)ares qu'on regardait comme les plus formidables ennemis de la république. Les plaines fertiles' de la Basse- Pannonie, entre la Drave , la Save et le Danube , offraient im vaste théâtre ; mais les opérations de la guerre civile languirent pendant ;ies mois de l'été , par l'intelligence on par la timidité des combattans*. Constance
< Le jeane Victor appdle emphatiquement l'exil de Vétraoion voluptariiun otium. Socrate (1. n, c. 28) atteste la correspondance avec l'empereur , et son récit semble proaver qne Vétranion était en eflétprope ad sbdti' iam simplieissimus.
> Eum ConstantUu .... facundiat vi dejeetum imperio in privatum otium removU. Quœ gloria, post natum imperium , soli processit eloquio, clementidque, etc. AureUus Victor, Julien et Tbônistius {Orat. m et iT ) chargent cet exploit de toute l'enluminure de leur rhétorique.
3Busbèque ( p. 112 ) traversa la Basse-Hoi^e et l'Esclavonie dans un temps où les hostilités réciproques des Turcs et des chrétiens avaient rendu «s deux contrées presque désertes. Toutefois il parle avec admiration de l'indomptable fertililé du sol ; il remarque que l'herbe y était assez haute pour soustraire àlavneun chariot chargé. (Voyez aussi les Voyages de Browne, dans la Collection de Harris , vol. u , p. 762 , etc.)
* Zosime raconte longuement la guerre et les n^oda-
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avait annoncé son. iniention de décider la querelle dans les plaines de Gibalis, dont le nom animerait ses troupes par le souvenir de la victoire de Constantin son père , remportée sur le même terrain. Cependant les fortifications inattaquables dont son camp était environné annonçaient plus l'envie d'éviter que de chercher la bataille. L'objet de Magnence était d'obliger son adversaire , par la ruse ou par la force, à quitter cette position avantageuse , et il y employa les différentes marches, évolutions et stratagèmes que la connaissance de l'art militaire pouvait suggérer à un officier expérimenté. Il emporta d'assaut l'importante ville de Sirmium, qui était située derrière le camp, essaya de forcer un passage au- dessus de la Save pour entrer dans les provinces orientales de l'Illyrie, et tailla en pièces un gros détachement qu'il avait attiré dans les défilés d'Adarne. Pendant presque tout l'été, l'usurpateur des Gaules ,fut le maître de la campagne. Les troupes de Constance étaient harassées et découragées; il avait perdu leur confiance, et son orgueil descendit à solliciter un traité de paix qui,aurait assuré à l'assassin de Constans la souveraineté des provinces au-delà des Alpes. Philippe , l'ambassadeur impérial, appuya ces propositions de toute son éloquence : le conseil et l'armée de Magnence consentaient à les accepter; mais le présomptueux empereur, méprisant les conseils de ses amis , fit retenir Philippe en captivité, ou du moins en otage, tandis qu'il envoyait an officier reprocher à Constance la faiblesse de son règne, et lui offrir un pardon insultant, s'il quittait sans hésiter la pourpre et .l'empire. Sa réponse fut qu'il mettait sa confiance dans la justice de sa cause , et dans un Dieu vengeur. Il sentait si vivement le danger de sa situation , qu'il n'osa pas se venger sur l'insolent envoyé de Magnence de la détention de son ambassadeur. La négociation de Philippe ne fut pas cependant inutile, puisqu'il engagea Silvanus le Franc, général d'une réputation distinguée, à déserter avec un
Uons (I. n , p. 123-130) ; mais, comme il n'amionce pas des connaissances bien sOres de l'art mUitaire ni de la politique , il faut examiner son récit avec soin , et ne l'admettre qu'avec précaution.
corps considérable de cavalerie, peu de jours avant la bataille de Mursa.
La ville de Mursa ou Essek, célèbre dans les temps modernes par un pont de bateaux de cinq milles de longueur sur la rivière de la Drave et sur les marais adjacens ' , avait toujours été considérée comme une place importante dans les guerres de Hongrie. Magnence, dirigeant sa marche sur Mursa , fit mettre le feu aux portes, et, par un assaut précipité, essaya d'escalader les murs. La vigilante garnison éteignit les flammes. L'approche de Constance ne lui laissa pas le temps de continuer le siège , et l'empereur détruisit bientôt l'obstacle qui gênait seul les mouvemens de son armée, en forçant un corps de troupes qui avait pris poste sur une hauteur voisine en forme d'amphithéâtre. Le champ de bataille qui environnait Mursa était une plaine unie et aride. L'armée de Constance s'y rangea en bataille ; elle avait à sa droite la Drave , et sa gauche, soit à raison de l'ordre de bataille ou de sa supériorité en cavalerie, dépassait de beaucoup la droite des ennemis *. Les deux armées restèrent impatiemment une partie de la matinée sous les armes, et le fils de Constantin, après avoir animé ses soldats par un discours éloquent , se retira dans une église à quelque distance du champ de bataille, et remit à ses généraux la conduite de cette journée décisive'. Us se montrèrent dignes de sa confiance par leur valeur et par leurs savantes manœuvres. Us engagèrent sagement l'action par la gauche, et, avançant une aile entière de cavalerie sur une ligne oblique, ils la tournèrent
t Ce pont remarquable , qui est flanqué de tours , et qui repose sur de grandes piles de bois , fut construit , A. D. 1S66, par le sultan Soliman , pour faciliter la marche de ses troupes en Hongrie. ( Voyez les Voyages de Browne , et la Géographie de Busdiing, vol. 2 , p. 90.)
2 Julien (Orati, p. 36) décrit nettement, mais en peu de mots , cette position et les évolutions subséquentes.
3 SulpiciusSeverus, I. ii, p. 405. L'empereur passa la journée en prière avec l'arien Valens, évêque de Mursa, qui gagna sa conflanee en prédisant le succès de la bataille. M. de Tillemont (Histoire des Empereurs , t. 4 , p. 1110) remarque , avec raison , le silence de Juslinien sur la valeur personnelle de Constance à la bataille de Mursa. Le silence de la flatterie équivaut quelquefois au témoignage le plus positif.
précipitamment sur le flanc droit de renneroi, qui n'était point préparé à soutenir l'impétuosité de leur attaque. Hais les Romains de l'Occident se rallièrent bientôt par l'habitude de la discipline, et les barbares de la Germanie soutinrent la réputation de leur intrépidité nationale. L'affaire devint générale , se soutint avec des succès variés, et finit à peine avec le jour. On accorde à la cavalerie l'honneur de la victoire éclatante que Constance remporta. Ses cuirassiers sont 'représentés comme autant de colonnes d'acier massif ; leurs armures brillantes éblouissaient les légions , et ils rompaient leurs cohortes serrées avec des Lances d'une énorme pesanteur. Dès que les légions furent en désordre , la cavalerie légère pénétra dans leurs rangs, le sabre à la main , et acheva la déroute. 'Tandis que les gigantesques Germains se trouvaient exposés presque nus à la dextérité des archers orientaux , des troupes entières de ces bar^ bares se jetaient, de douleur et de désespoir, dans le cours large et rapide de la Drave'. On fait monter le nombre des morts à cinquante-quatre mille. La perte des vainqueurs fut supérieure à celle des vaincus '. Cette circonstance prouve l'acharnement du combat , et justifie l'observation d'un ancien écrivain, qui prétend que la bataille de Mnrsa avait énervé les forces de l'empire par la perte d'une armée de vétérans , susceptible de défendre les frontières et d'y ajouter de nouvelles conquêtes' . Malgré les servilesin-
< Julien, Orot.i, p. 36, 37; et Orotn.p. 50,60; Zonaras, t. 2 , 1. xin , p. 17 ; Zosime , 1. ii , p. 130-133. Le dernier de ces écriTÙns donne des éloges à la dextérité de l'ardier Ménétas, qui lançait trois (lèches en même temps; avantage , qui , dans son ignorance de l'art militaire , lui parait avoir contribué beaucoup à la victoire de Constance.
2 Zonaras dit que Constance perdit trente mille hommes , sur les quatre-vingts qui composaient son armée , et que Magnence en perdit vingt-quatre mille sur trentesix. Les autres détails de sa narration paraissent probables et authentiques; mais l'auteur ou les copistes doivent s'être trompés sur le nombre des troupes du tyran. Magnence avait rassemblé toutes les forces de l'Occident, les Romains et les barbares , et il en avait formé une armée redoutable qu'on ne peut estimer à moins de cent mille hommes. (Julien , Orat. i , p. 34, 35.)
3 Ingentes R. 1. vires ed dinùeatlone eonmmpta tunt, ad qwzlibet bellaeoctemaidoneœ, qiuxmuUum triumphorum possent, securitatisque conferre. (Eu-
DÉCADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
vectives d'un méprisable orateur, on ne trouve aucun motif de croire que Magnence ait déserté ses drapeaux dès le commencement de la bataille. Il parait, aucontraire, qu'il s'acquitta de son devoir comme capitaine et comme soldat jusqu'au moment où son camp fut au pouvoir des ennemis. Pensant alors à sa sûreté personnelle, il se dépouilla de ses «rnemens impériaux , et ce ne fut pas sans peine qu'il échappa aux détachemens de cavalerie légère qui le poursuivirent depuis les bords de la Drave jusqu'aux pieds des Alpes '.
L'approche de l'hiver fournit à l'indolence de Constance des prétextes spécieux de discontinuer la guerre jusqu'au printemps. Magnence avait fixé sa résidence dans la ville d'Aquilée, et paraissait résolu à disputer le passage des montagnes et des marais qui défendaient l'approche du pays vénitien; il n'aurait pas même quitté l'Italie, après que les impériaux s'étaient déjà emparés par une marche secrète d'une forteresse située sur les Alpes , si sa cause eût été soutenue par la faveur du peuple*. Mais le souvenir des cruautés que ses ministres avaient exercées après la malheureuse révolte de Népotien imprimait un sentiment de haine et d'horreur dans l'âme des Romains. Ce jeune imprudent » fils de la princesse Eutropia , et neveu de Constantin , avait TU avec indignation, im bari>are usurper le sceptre de l'Occident. Suivi d'une troupe d'esclaves et de gladiateurs, il se readit aisément le naître de la faible garde qui faisait la police à Rome pendant la paix. Il reçwt l'hommage du sénat, prit le titre d'Auguste, et le porta pendant un règne précaire et tn-
trope , X, 13.) Le jeune Victor s'exprime de la même manière.
< On doit préférer ici le lém<rignage non smpecl de Zosime et de Zonaras aux assertions flattenaet de Julien. Magnence a un caractère singulier sous la plume du jeune Victor: Sermonis acer, animi tumidi, et immodie» timidiu; artifex tenaa: ad occuUandam audacia specie formidinem. Mais sa conduite lors de la bataille de Mursa fkit-elle l'effet de la nature , ou cehii de l'art ? J'adopterais la seconde explication.
> JuUoi, Crat. I, p. 38, 30. An reste, en cet endroit, waà que dans le Discours n , p. 07 , il laisse entrevoir la disposition générale du sénat , du penple et des soldats de l'Italie , en (àveur de l'empereur. ^
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multueux qui ne dura que vingl-buit jours. La marche de quelques troupes régulières mit fia à ses espérances; la révolte fut éteinte dans le sang de Népotien, de sa mère £utropia , et de tous ses partisans. On étendit même la proscription sur tous ccii\ qui avaient contracté la moindre alliance avec la famille de Constantin'. Mais, dès que Constance, après la bataille de Mursa, dcviiu le maître de la côte maritime de la Dalniaùe, une troupe d'illustres exilés, qui avaient équipé une Sotte dans un port de la mer Adriatique, vinrent chercher protection et vengeance dans le camp du vainqueur. Ce fut par la secrète intelligence qu'ils entretinrent avec leurs concitoyens , que Rome et les villes d'Italie déployèrent sur leurs murs l'étendard impérial de Constance. Les vétér rans, enrichis par les libéralités du père , signalèrent leur reconnaissance et leur fldélité pour le fils. La cavalerie, les légions et les auxiliaires d'Italie renouvelèrent leur serment d'obéissance à Constance ; et l'usurpateur, alarmé par la désertion générale, fut forcé de se retirer dans les Gaules , au delà des Alpes , avec le petit nombre de troupes qui lui restaient fidèles.
Les détachemens qui reçurent ordre d'arrêter Magnence se conduisirent avec la négligence trop ordinaire dans le succès; ils lui fournirent l'occasion de faire face à ceux qui le suivaient , et de satisfaire sa fnreur par le carnage d'une victoire inutije *.
L'orgueilleux Magnence, partout malheureux et partout abandonné , fut forcé de demander la paix et de la demander en vain. il envoya d'abord un sénateur dont les talens avaient obtenu sa confiance, et ensuite plusieurs évéqnes. L'offre qu'il faisait de
< Victor l'atoé décrit ea termes pathétiques U malheureate posiliou de Kome : • Cujiu stcUdum ingenium > adeo P. R. patnbusque exùio fuit, utiptusim do- • nuu, forœ , vue , templaque, cruore cadaveribiu- » que opplerentur bustorum modo. • Athanase ( 1. 1 , p. 677 ) déplore le sort de plusieurs illustres victimes ; et Julien (Orat, n , p. 58) charge d'iniprécations la cruauté de Marcellinus, l'implacable ennemi de la maison de Constantin.
2 Zosime , I. n, p. 133 ; Victor, in Epitome. Les panégyristes de Constance oablient , avec leur bonne Ibi ordinaire , de faire mention de cette débite;
PAR ÉD. GIBBON. CH. XVIII
quitter la pourpre et de dévouer les restes de sa vie au service de l'empereur, lui faisait espérer que ces prélats lui obtiendraient une réponse pins favorable. Mais quoique Con* stance se réconciliât fecilement avec ceux qui avaient levé l'étendard de la rébellions il déclara son inflexible résolution de punir un perfide assassin qu'il allait accaÛer de tous côtés par l'effort de ses armes victorieuses. Une flotte impériale prit aisément possession de l'Afrique et de l'Espagne, rassura la fidélité chancelante des nations moresques, et débarqua des forces considérables qui passèrent les Pyrénées et s'approchèrent de Lyon, où Magnence trouva son dernier refuge et la mort*. Dans cette extrémité, l'usurpateur, naturellement ennemi de la clémence, fut obligé d'employer tous les genres d'oppression dans les Gaules , pour se procurer des ressources". Mais la patience des peuples était épuisée; et Trêves, le siège du gouvernement prétorien, donna le signal de la révolte en fermant ses portes à Decentius que son frère avait élevé au rang de césar ou d'auguste*. De Trêves, Decentins fut obligé de se retirer à Sens , où il fiit enveloppé par une année de Germains que les artifices de Constance avaient intéressée aux dissensions des Romains". Dans le même
) Zonaras, t.n , I. xm, p. 17. Julien s'arrête, en plusieurs endroits des deux Discours sur la clémence de Constance envers des rebelles.
^Zosime, 1. n, p. 133; Julien, Orat. i, p.40;ri< p. 74.
3 Ammien, xr, 6^; Zosime, 1. n, p. 113. Julien, qui ( Orat. I , p. 40 ) déclame contre les cruels efUets du désespoir du tyran , parle ( Orat. i , p. 34) des édits vexatoires que lui dictèrent ses besoins ou son avarice. On obligea les sqjets à acheter les domaines de l'empire , espèce de propriété incertaine et dangwense, qni , dans une révolution , pouvait être présentée comme un crime de trahison.
* Les médailles de Magnence câèbrent les victoires des deux augustes et du césar. Le césar étoit un autre flrére appelé Desiderius. (Voyez Tillemont , Hist. des Empereurs, t. iv, p. 577).
i Julien , Orat. i, p. 40; n , p. 74 ; et Spanheim, p. 203. Le Commentaire de ce dernier jette du jour sur les opérations de la guerrt civile. Mons Seleud était unet petite place dans les Alpes Cottiennes, à peu de milles de Vapmeum ou de Gap , ville épisoopale dn Dauphiné. ( Voyez d'Anville, Notice de la Gaule , p. 464 ; et Longnerue , Description de la France , p. 327.)
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temps, tes troupes impériales forcèrent les passages des Alpes Cottienne», et le combat sanglant du mont Séleucus ne laissa plus d'espérance au parti de Magnence'. Il n'avait plus d'armée à opposer, ses gardes paraissaient prêts à l'abandonner; et , quand il paraissait en public , on le salaait d'un < vive l'empereur Constance! > Convaincu que l'on réussirait à mériter le pardon et des récompenses par le sacri6ce du principal coupable, il trompa leur attente, et, tombant sur sa propre épée*, il évita du moins des tortures et une mort ignominieuse , dont la vengeance aurait joui sous le masque de la piété Irateroelle. Marcellinus , premier auteur de la conspiration , avait péri à la bataille de Hursa', et l'exécution du reste des chefs assura la tranquillité publique. On fit une recherche sévère de tous ceux qui avaient pris part à la révolte, qo volontairement ou par nécessité. Paul , surnommé Catena en raison de ses talens barbares dans l'exercice juridique de la tyrannie , fut chargé de découvrir les restes obscurs de la conspiration dans la province éloignée de Bretagne. On fit passer l'honorable indignation de Martin, vice-préfet de l'ile, pour une preuve complète de son crime , et cet estimable gouverneur fut forcé de plonger dans son propre sein l'épée dont il avait frappé dans sa colère le ministre des vengeances impériales. Les citoyens les plus innocens furent exposés à l'exil , à la confiscation, aux tortures et à la mort; et, comme la timidité est toujours barbare, l'âme de Constance fut inaccessible à la pitié*.
' 1 Zotime, La, p. 134; Ubamius, Oraf. z, p. 368, 209. Le dernier accuse d'un ton Tâiément cette politique cruelle et personnelle de Constance.
i Julien , Orat. i , p. 40; Zosime, l. u, p. 134 ; Socrate, I. n, c. 32; Sozomène , I. nr . c.7. Le jeune Victor décrit ain^ la mort du tyran : Transfosso UUere, ut erat vasti oarporia, vulnere naribusque ex ore eruoremeffandens, expiravU. Si nous pouvons ajouter foi à Zonaras , le tyran , avant d'expirer , eut le plaisir d'assassiner desa propre main sa mère et son Drère Desiderius.
1 Julien (Orat. i , p. 58 , 59) parait embarrassé de dire s'il s'iolligea lui-même le châtiment de ses crimes , s'il se noya dans la Drave , ou n les démons vengeurs le por- Uttai du diamp de bat^e au lieu oii il devait subir des tourmens étemels.
< Aounien , UT , 5; m, 16,
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