‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire RomainChapitre 30 sur 105 · GIBBON. CH. XX · texte numérisé non relu

GIBBON. CH. XX

Constantin, à l'effet de la magie '. Ce prince vivait dans la familiarité la plus intime avec I^ctance, qui avait orné de toute l'éloquence de Cicéron les préceptes de l'Évangile » , et avec Ensèbe , qui a consacré l'érudition et la philosophie des Grecs au service de la religion '. Sans cesse avec leur souverain dont ils avaient évalué la pénétration, ces habiles maîtres de controverse pouvaient guetter l'instant favorable, et employer à la persuasion des argumens convenables à son caractère et proportionnés à son intelligence. La conversion de Constantin contribua beaur coup sans doute à la propagation de la foi ; mais ce souverain , distingué par la pourpre, ne surpassait ni en discernement, ni en vertu, des milliers de ses sujets qui avaient embrassé de bonne foi la doctrine chrétienne; et il n'est point du tout incroyable qu'un soldat ignorant ait adopté une opinion fondée sur les preuves qui, dans un siècle plus éclairé, ont satisfait et subjugué la raison d'un Grotius, d'un Locke, et d'un Pascal. Occupé tout le jour du soin de son empire , Constantin employait ou affectait d'employer une partie de la nuit à lire les saintes Ecritures et à composer des discours théologiques , qu'il prononçait ensuite devant des assemblées nombreuses, dont l'approbation et les applaudismens étaient toujours unanimes. Dans un très-long discours qui existe encore , l'auguste prédicateur s'étend sur les différentes preuves de la sainte religion ; mais il appuie avec une complaisance particulière sur les vers de la sibylle *, et sur la quatrième églo-

* VpfuBMSitft, tu Ht. Constant., passim, etZosiae, I. n,p. 104.

s La loi de^Lactanoe était plus morale que mystérieuse. * Erat pêne nuUs , dit l'orlhodoxe Bull, disciplinée > dirisUana, et in rheloried melius quant in theolo- ■ giavenabu. > (DefensioFideirficen.,ieKi.î,c.t4.)

* Fabridos a rassonblé avec son actirité ordinaire une liste de trois ou quatre cents auteurs cités dans la Préparation Évangélique d'Eusèbe. (Voyez Bibliot. Grœe., l.v, c4,l. vi,p. 37-56.)

* Voyez Constant. , Oratad Sanetos, c. 19-20. Il se fbnde principalement sur inin acrostidie mystéieux , composé dans le sixième siècle après le dâuge, par 1» sibylle Erythrsee, et traduit en latin par Cicéron. Les lettres inttiales des trente-quatre rers grecs forment celte sentence prophétique': Jésvs-Cbkist , Fiu de Duo , SADVBira DO Monde.

(3S0 dep. J.-C)

gae de Virgile '. Quarante ans avant la nais< sance de Jésus-Christ , le chantre de Mantoue, comme s'il eût été inspiré par la main céleste d'Isaie, avait célébré avec toute la pompe de la métaphore orientale le retour de la Vierge, la chute du serpent, la naissance prochaine d'un enfant divin , né du grand Jupiter, qui effacerait les crimes des mortels, et gouvernerait en paix l'Univers avec les vertus de son père. Il avait annoncé la naissance et la propagation d'une race céleste qui repeuplerait le monde entier, et ramènerait l'innocence et les félicités de l'âge d'or. Le poète ignorait peut-être le sens mystérieux de ses sublimes prédictions , qu'on a ignoblement appliquées au fils nouvellement né d'un sénateur ou d'un triumvir '. Mais si l'interprétation plu s brillante et vraiment plus plausible de la quatrième églogue a contribué à la conversion de Constantin , Vii^ile mérite d'obtenir un rang distingué parmi les plus habiles missionnaires de l'Évangile *.

On cachait aux étrangers, et même aux catéchumènes, les mystères imposans du cnlte et de la foi des chrétiens, avec une circonspection qui excitait leur étonnement et leur curiosité *. Mais les règles de <fiscipline sévère, que la prudence des évéques avait introduites, furent relâchées par la même prudence, en faveur d'un prosélyte couronné , qu'il était important d'attirer dans le sein de l'église; et Constantin jouissait au moins, par

1 Dans sa paraphrase de Virgile, l'empereur ijoute {IréquemmeDl au sens littéral du texte latin. ( Voyez Blondel, des SybiUes, 1. 1, c. 14, 15 , 16.)

2 Les dirrérentes rédamalions d'un Ois aîné et d'un second (Ils de Pollion , de Julie, de Drusns, de Marcellus, sont incompatibles arec la chronoli^e, l'histoire , et le bon sens de Virgile.

3 Voyez Lowth, intacrdpoeti BebrctontmPrittéct. m , p. 289-303. Dans l'examen de la quatrième Eglogue, le respectable értqne de Londres a déployé une érudition, nn goût, une candeur, et un enthousiasme modéré qui exalte son imagination sans aveugler son Jugement.

* La distinctioa entre le culte public et secret du service divin, missa catecliumenorum , et mista fidelium , et le voile mysléiieux que la piété ou la politique avait Jeté sur la dernière , se trouve judideusement expliquée par Thiers (Exposition du Saint sacrement , 1. 1 , e. i^l2 , p. S&41). Mais comme , rdalivement à ce mjâ , on peut raisonnablement te méOer des papistes, un leotenr protestant s'en rapportera plu« volontiers an savant Bingham. (Antiquités, I. x , c. 5.)

une permission tacite, de tous les privilèges attachés au christianisme, avant d'avoir contracté aucune des obligations du chrétien. An lieu de quitter l'église quand la voix du diacre avertissait la multitude profane qu'elle devait se retirer, il priait avec les fidèles, disputait avec les évéques sur les sujets les plus sublimes et les plus abstraits de la théologie, célébrait les cérémonies sacrées de la veille de Pâques, et, ne se contentant pas de participer aux mystères de la foi chrétienne, il se déclarait en quelque façon le prêtre et le pontife de ses autels '. L'oi^eil de Constantin exigeait sans doute cette distinction extraordinaire , et les services qu'il avait rendus aux chrétiens le méritaient peutêtre. Une sévérité mal placée aurait pu ralentir les progrès de sa conversion, et si les portes de l'église n'eussent pas été ouvertes au prince qui avait déserté les autels des dieux , le souverain de l'empire aurait été privé de l'exercice de tous les cultes religieux. Dans son dernier voyage à Rome, il déclama avec une pieuse véhémence caam le culte des faux dieux, et renonça publiquement aux superstitions de ses ancêtres, en refusant de conduire la procession militaire de l'ordre équestre , et d'offrir des voeux à Jupiter Capitolin*. Long-temps avant son baptême et sa mort, il avait annoncé à l'univers que jamais à l'avenir sa personne sacrée n'entrerait dans un temple de l'idolâtrie , et qu'il défendait même qu'on y plaçât son portrait. Il fit en même temps distribuer dans toutes les provinces de l'empire des médailles et des peintures oùil était représenté dans la posture humble et suppliante de la dévotion chrétienne *.

On ne peut pas aisément expliquer ou excuser l'oi^eil qui fit refuser à Constantin b qualité de catéchumène; mais on explique aisément le retard de son baptême par les maximes et la pratique ecclésiatiques de l'antiquité. Les évéques administraient réguliè-

I Voyez Euafte (m Fit. ConsUaU., L nr , c. 15-32), et toute la teneur du sermon de Coastantin. La toi et b dévotion de l'empereur ont fourni à Baronins ■■ vg» ment en Ikvenr de son baptême anticipé.

i Zosime , I. n , p. 105.

3 Ëuseb., M ru. Conttant., I. nr, c. 15, 16.

(309 dep. J.-C.) PAR ED.

r^nentenx-mémeslesacrementdebaptéoie', avec l'assistance de leur clergé, dans la cathédrale de leur diocèse, durant les cinquante jours qui séparent la fête de Pâques de celle de la Pentecôte; et cette sainte saison faisait «atrer un grand nonibre d'enfans et de personnes adultes dans le giron de l'église. La discrétion des parens suspendait souvent le baptême de leurs enfans jusqu'au moment où ils étaient en état d'apprécier les obligations quece sacrementleur imposait; lasévérité des évéques exigeait un noviciat de deux ou trois ans des nouveaux convertis, et les catéchumènes eux-mêmes, par diiTérens motifs temporels ou spirituels, s'empressaient rarement d'acquérir la perfection du caractère sacré de chrétien. Le sacrement du baptême assurait l'expiation absolue de tous les péchés; il réintégrait les âmes dans leur pureté primitive , et leur donnait un droit certain aux promesses d'une éternelle félicité. Parmi les prosélytes de la foi chrétienne , un grand nombre regardait comme très-imprudent de précipiter un secours salutaire qu'on ne pouvait recevoir qu'une fois , et de perdre un privilège inestimable qu'il était impossible de recouvrer. Au moyen de ce retard , ils se livraient sans inquiétude aux plaisirs de ce monde et à la voix de leurs passions '.

> Dom Chardon (Hist. des SacremeDS, t. i, p. 3-405) expU<iae très an long la théorie et la pratique de Tantiquité relalivenient au sacrement de baptême. (Dom Martenus, (te y?i((fru«ece2(»2<E antiquis, (. i ; et Bingham , dans le dixième et onzième livre de &es Antiquités chrétiennes.) On peut obMrver une circonstance dani laquelle les églises modernes difTéreat essentiellement de la coutume andenne. Le sacrement de baptême était Imnédiatemeal suivi de la confirmation et de la sainte communion, même lorsqu'on l'administrait à des entàns.

2 Les Pères de l'église qui ont blâmé ce délai , ne niaient pas cependant l'efllcacilé du baptême au lit de la mort. La rhétorique ingénieuse de Chrysoslême ne puttrouv«r que trois argumens oontreia prudence des chrétiens qui ditréraieiit leur baptême: loque nous devons aimer et pratiquer la vertu par amour pour elle , et non pas pour ca obtenir la récompense ; 2<> que la mort peut nous SHrpreodre an moment où nous n'avons aucune possibilité de nous procurer le baptême; 3« que, quoique placés dans le ciel , nous n'y occuperons qu'une place irès-iuréricure à celle qu'occuperont ceux qui auront passé leur vie dans l'exercice de la piété et des vertus. ( Cbrysostdme, in Epist. ad Hebrteos, Hamil. \\apxtd Chardon, Hist. des Sacremens, L i , p. 49). Je crois que ce délai du baptême , quoique la source des abus les plus pemicioix ,

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