‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire RomainChapitre 32 sur 105 · SI · texte numérisé non relu

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de reconnaître le mérite des candidats, aux sénateurs ou nobles de la ville, à tous ceux qui avaient un rang ou une propriété, et enfin à tout le corps du peuple, qui accourait en foule, au jour de la cérémonie, de l'extrémité du diocèse S et imposait quelquefois silence , par ses tumultueiises acdamations , à la voix de la raison et aux lois de la discipline. Il pouvait bien fixer par hasard son choix sur le plus digne des concurreas , sur un ancien curé, sur un moine pieux, ou sur un prêtre séculier, recommandable par ses vertus. î/^às, en général, la diaire épiscopale étwt plus recherchée pour les avantages dont elle Msait jouir dans ce monde que comme une dignité spirituelle. Les vues intéressées des passions les plus méprisables , les artifices de la dissimulation, de la perfidie, de la corruptioB, et jusqu'aux violences ouvertes et sanglautes qui avaient déshonoré les élections des républiques de la Grèce et de Rome, servirent trop souvent à élevw les successeurs des humbles apôtres. Tandis qu'un candidat vantait le rang de ses aïeux , un autre tAcliait de séduire ses juges en leur offiraut les délices d'une table somptueusement servie. Un troisième , plus coupable, prcHonettait de partager les dépouilles de l'église avec les complices de ses espérances sacrilèges '. Les lois ecclésiastiques et civiles s'occupaient de concert à .réprimer ces désordre en excluant la populace du droit de suffirage; et les casons de l'ancienne discipline airêtèrent en partie le caprice aveugle des électeurs, en fixant l'âge et le rang des candidats. L'autorité des évoques de la province, qui s'assemblaient dans l'église vacante pour consacrer le dioix du peuple, servit à modérer leur emportement et 4 éclairer leurs erreurs. Les évéques pouvaient refuser l'ordination à un candidat qu'ils en

> InawttbiUs mulUùuto, non totian ex eo oppido ( Tonrs) , sed etiam ex DieiiUs urbibus ad mfflragia fèrenda convenerat, etc. (Sulpice Sévère, in yu. Martin. , c 7.) Leconàle de Laodicée (canon, 13) défend le tumulte et les attroupemens ; el Justiuien réserve le droit d'éleeUon à la seule noblesse. ( NovdI. csxm , 1. )

>Les Épitres de Stdonius Apollinaris (ir, 25; tb, 5-8) détaillent quelques scandales de l'église de la Gaule ; et la Gaule était moins policée et beaucoup moins corromp«ie qoe les provinces de l'Orient.

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN

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jugeaient indigne, etlafareur des factions opposées acceptait quelquefois leur médiation. La soumission et la résistance du peuple et du clei^é, dans plusieurs occasions, donnèrent lieu à des précautions qui peu à peu se changèrent en usage et en lois positives, dans différentes provinces *. Mais ce fut partout une loi fondamentale de la police religieuse, qu'un évéqne ne pouvait pas prendre possession d'une chaire chrétienne sans avoir été agréé par les membres de cette église. Les empereurs, comme prolecteurs de la tranquillité publique, comme premiers citoyens de Rome etdeConstantinopie , avaient sans doute nne grande influence quand ils désignaient quelqu'un au choix d'un métropolitain; mais ces monarques absolus respectaient la liberté des élections ecclésiastiques; et, tandis qu'ils distribuaient et reprenaient à leur gré les dignités civiles et militaires, ils souffraient que les suffrages libres du peuple nommassent dix-huit cents magistrats perpétuels à des emplois importans *. Il paraissait juste que ces magistrats n'eussent pas la liberté de quitter des postes honorables dont on ne pouvait les priver. La sagesse des conciles essaya , sans beaucoup de succès , à les forcer de résider dans leurs diocèses, et à les empêcher d'en changer. Mais les passions qui avaient nécessité les précautions (es rendirent insuffisantes. Les reproches que des prélats irrités lancèrent l'un contre l'autre avec véhémence ne servirent qu'à publier leurs fautes réciproques et leurs mutuelles imprudences.

n. Les évoques étaient seuls en possession de la génération spirituelle ; et ce privilège compensait en quelque façon les privations du célibat ", qui fut d'abord reconunandé

1 Un compromis arait lien quelquefois , soit au moyen d'une loi ou par le consentement des évèques et du peuple: l'un des deux partis choisissait trois candidats, et l'autre avait le droit de nommer celui des trois auquel il donnût la préféreuce.

2 Tous les exemples cités par Tbomassin (Discipline de 'Église, l. u , I. n , c. vi, p. 704-714) paraissent des actes d'autorité extraordinaires , ou plutôt d'oppression. La nomination de l'érëque d'Alexandrie fut confirmée d'une manière plus régulière. (Philosiorgius, Histoire Ecclésiastique, L n, il.)

3 Le célibat du clergé, durant les cinq ou sis premiers

comme une vertu , ensuite comme un devoir, et enfin imposé comme une obligation absolue. Les religions de l'antiquité , qui ont établi un ordre de prêtres distinct des autres citoyens, dévouaient une race sacrée, une tribu on une famille an service perpétael des dieux '. De telles institutions étaient plutôt destinées à une possession tranquille qu'au zèle ardent de la conquête spirituelle. Les enfans des prêtres, plongés dans une orgueilleuse indolence , jouissaient de leur saint héritage avec sécurité ; et la turbulente ardeur de l'enthousiasme s'éteignait dans les douces jouissances de la vie domestique. Mais le sanctuaire de l'église chrétienne s'ouvrait à tous les candidats ambitieux qui aspiraient aux récompenses du ciel, ou à des possessions dans ce monde. Les emplois du clergé étaient exercés, comme ceux de l'armée et de la magistrature, par des hommes qui se sentaient appelés, par leurs talens et par leurs dispositions, à l'état ecclésiastique, ou qui avaient été choisis par un évêque intelligent, comme propres à étendre la gloircetles succès de la foi catholique. Jusqu'au moment où les abus furent réprimés par la prudence des lois , les évéques * jouirent du droit de contraindre les opiniâtres et de défendre les op-

siècles, est un objet de discipline, et en même temps de controverse, qui a été examiné soigneusement. (Voyei Tliomassin , Discipline de iÉgUse, 1. 1, 1. n , c. 60 ; 1. xi , p. 886-902; et les Antiquités de Bingham, I. iv, c. 5.) Chacun de ces critiques savans expose une moitié de U vérité , et cache l'autre.

< Diodore de Sicile atteste et approuve la succession héréditaire de la prêtrise chez les Égyptiens, les Chaldéens et les Indiens (I- ■, P- 84; I. u , p. 142-153, édit. Wesseling. ). Ammien parle des mages comme d'une ftimille très-nombreuse : « Per sœcula multa adprœsau una eademque prosapia muUUudo creata , dtonan cuUibus dedicata , xxin, 6. > Ausonius célttre les privilèges des druides (({e Professorib. JBurdigai., w); mais la remarque de César ( vi, 13) semble indiquer qu'il restait dans la hiérarchie celtique une porte ouverte au choix et à l'émulation.

2 L« siùet de la vocation , de l'ordmation , de l'obédience, etc. du clergé, est laborieusement discuté par Thomassin (Discipl. de l'Église, t. u, p. 1-83), et par Bingham dans le quatrième livre de ses Antiquités , principalement dans les quatre , six et septième chapitres. Quand le (Irère de saint JérOme fut ordonné en Chypre, les diacres lui tinrent la bouche fermée, de peur qu'il ne Ht une protestation qui aurait rendu nulle la sainte cérémonie.

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PAR ED. GÏBBON. CH. XX

primés. On obtenait pour sa vie les privilèges les plus avanugeux de la société civile , par la seule imposition de leurs mains. Les empereurs avaient exempté le corps entier du clergé, plus nombreux peut-être que celui des légions, de tout service public ou particulier, des offices municipaux , et de toutes les taxes ou contributions personnelles qui écrasaient leurs concitoyens. Les devoirs de leur sainte profession étaient censés remplir suffisamment toutes leurs obligations envers la république '. Chaque évéque acquérait un droit indestructible et absolu à l'éternelle obéissance des prêtres qu'il avait ordonnés. Le clei^é d'une église épiscopale et des paroisses dépendantes formait une société régulière et permanente, et les cathédrales de Constantinople * et de Carthage ' entretenaient un établissement particulier de cinq cents ministres ecclésiastiques. Leur rang* et leur nombre furent multipliés par la superstition des temps; elle introduisit dans l'église les cérémonies fastueuses des Juifs et des païens. Une longue suite de prêtres , de diacres, de sous-diacres, d'acolytes, d'exorcistes, de lecteurs, de chantres et de portiers, contribuèrent, dans leurs différens postes , à augmenter la pompe et l'harmonie du culte religieux. On accorda le nom de clerc et ses privilèges à des confréries pieuses qui aidaient dévotement au soutien du trône ec-

< La diarte des Immnnités que le der^ obtint des empereurs chrétiens se trouve au seizième livre du Code de Théodose. Il est expliqué avec assez de bonne foi par Godeflroy , dont les pr^ugés opposés de doctenr et de protestant tenaient l'opinion en balance.

2 Justinieo, Novelles, cm. Soixante prêtres, cent diacres, quarante diaconesses, quatre-vingt-dix sous-diacrea, cent dix lecteurs, vingt-cinq chantres et cent gardes des portes ; en tout cinq cent viugt-cinq. Ce nombre modeste Alt flxé par l'empereur pour décharger l'église des dettes qu'on établissement beaucoup plus nombreux lui avait fait contracter.

3 ViUversm elents eeclesUe carthaginiensis... fere quingenti vel €unplius; inter quos quam plurinU erant Uctores infantuli. (Victor Vitensis , de PeneaU. Fondai. , v, 9, p. 78, édit. Ruinart.) Ce reste d'un état plus florissant subsista même sous l'oppression des Vandales.

* Le nombre de sept ordres a été fixé dans l'église latine exdosiTement à la dignité d'évêque; mais les quatre rangs inférieurs, on les ordres mineurs, sont réduits aujourd'hui à un Ttùn nom , i des titres inutiles.

clésiastiqne '. Six cents parabolani, ou aven» turiers, visitaient les malades d'Alexandrie; onze cents copiatœ ou fossoyeurs enterraient les morts à Constantinople , et les nuées de moines qui s'élevaient des bords du Nil couvraient et obscurcissaient la surface du monde chrétien.

III. L'édit de Milan assura un revenu et la paix à l'église *. Les chrétiens ne recouvrèrent pas seulement les terres et les maisons que les lois du persécuteur Dioclétien leur avaient arrachées, mais ils acquirent un droit légal à toutes les possessions dont ils ne jouissaient encore que par l'indulgence du magistrat. Aussitôt que l'empereur et l'empire eurent embrassé la religion chrétienne , il parut juste de donner une existence décente et honorable au clergé national. Le paiement d'une taxe annuelle aurait pu délivrer le peuple des tributs abondans et abusifs que la superstition impose à ses prosélytes. Mais les dépenses et les besoins de l'église augmentaient avec sa prospérité ; l'ordre ecclésiastique recevait toujours les oblations volontaires des fidèles, et réclamait peut-être des dons qui l'enrichissaient. Huit ans après l'édit de Milan , Constantin permit à tous ses sujets de léguer leur fortune à la sainte église catholique *; et leur dévote libéralité, qui avait été retenue pendant leur vie par le luxe ou par l'avarice , se livrait, au moment de leur mort, à l'excès de la prodigalité. Les chrétiens opulens étaient encouragés par l'exemple de leur souverain. Un monarque absolu qui est riche sans patrimoine peut

t Voyeï Cod. Théodos., 1. xvi, lit. n, loi 42, 4. Les Commentaires de Godeftvy el l'Histoire eodésiastique d'Alexandrie montrent le danger de ces pieuses institutions, qui troublèrent souvent la tranquillité de cette capitale turbulente.

2 L'édit de Milan {de M. P.,c. 48) reconnaît qu'il existait une propriété en terres : Jdjus corporis eorum, Id est ecclesiarum , non hominum singûlorum perUnentia. Une déclaration si authentique du magistrat suprême doit avoir été reçue dans tous les tribunaux comme une maxime de loi dvile.

3 Habeat unusquisque UcenUam sanetissimo eatholicœ {ecclesia) venerabilique concilia décèdent bononan quod optavit relinquere. (Cod. Tbéodos., 1. XVI , tit. n , loi 4.) Cette loi Ait publiée à Rome ( A. D. 321 ) dans un temps où Constantin pouvait prévoir un* guerre avec l'empereur de l'Orient.

DECADENCE DE L'EMPIRE ROBIÂIN

(358 dep. J.-C.)

être charitable sans mérite ; et CoHfttantin crut trop aisément qu'il (^tiendrait la faveur da ciel en faisant subsister l'oisiveté aux dépens de l'industrie , et en répandant parmi les saints les richesses de ses états'. Le même messager qui porta la tête de Maxence en Afrique fut chargé, par l'empereur, d'une lettre pour Cécilien , évêque de Cartbage. Le monarque lui annonce qu'il a donné ordre aux trésoriers de la province de lui payer trois mille follet, ou environ dix-huit mille livres sterling, et de lui (bumirle surplus dont il pourrait a voir besoin pour secourir les églises d'Afrique, de Numidie, et de jttaoritanie ' . La libéralité deConstantin croissait dans une juste proportion avec sa ferveur et avecses vices. Il fit faire au clergé de toutes les villes une distributioa rég«ilière de grains, pour suppléer aux foads de la charité ecclésiastique, et les personnes des deux sexes qui embrassaient la vie monastique devinrent les favoris particuliers de leur souverain. Les temples chrétiens d'Antioche, d'Alexandrie, de Jérusalem, de Constantinople, etc., attestaient la fastueuse piété d'un prince qui ambitionnait, dans le déclin de sou âge, d'égaler les plus superbes monum^is de l'antiquité *. La forme simple et obloague de ces pieux édifices était souv^^ot ornée d'us dôme, ou s'étendait par deux bras en ferme de croix. On se servait presque toujours des cèdres du Liban pour les bois de charpente , et de tuiles ou quelquefois de cuivre doré pour la couverture; les c<^oane8, les mars et le pavé étaient incroatés d'une superbe variété des marbres les plus rares; l'argent, l'or et les diamans brillaient en profusion sur les autels; et cette magnificence avait pour base solide une vaste propriété de terres

I Emèbe (Hist. Eedëdast., 1. x, 6, in Ht. Constant., 1. iT, c 28). n «'étend arec satisfiMition , et pludeun fins, sur la libénlilé de son béros, qoe l'Mqiie arail en oetaàoa de connattre et d'éprouver perMnneUemeBt.

i Eusèbe, Hist. Ecelesiast. , 1. x, c n, 3, 4. L'érèqne de Césarée , qui étudiait et flatUit le goOt de «on matin, pronença publiquement une deaeripUon curieuse de l'égliie de JénMtem (in Fa. Const., I. nr, c. 46). Elle n'oiale plus, mais il a inséré, dans la Vie deConstanUn <Lm,ca6), un êlal abrégé de l'ardiilectnre et des oriMnieng. il foit aussi mention de l'iigUse des Saiols-Apôtres ft ConstantiDoplc (I. i» , c. 5).

inaliénables. Dans l'espace de deux sièdei, depuis le règne de CcMistantio jusqu'à celui de Justinien, les dix-huits cents églises de l'empire romain s'enrichirent des dons multipliés, et toujours inaliénables, du prince et de ses sujets. On peut évaluer à six cents livres sterling , ou environ quinze mille francs, le revenu des évéques placés à une distance égale de l'opulence et de la pauvreté ' ; mais ce revenu augmenta insensiblement en proportion de la poisumoe et des richesses des villes qu'ils gouvernaient. On trouve dans un registre authentique , mais imparËitt *, le détail des maisons, boutiques , jardins, et fermes situées dans les provinces d'Italie, d'Afrique et d'Orient, qui dépendaient des trois basiliqaes de Rome, Saint-Pierre, Saint-Paul et Saini- Jean-de-Latran, Elles produisaient, outre une réserve d'huile, de toile, de papier et d'aromates, un revenu net de vingt-denx mille pièces d'or, environ douze mille livres sterling, ou à peu près trois cent mille francs. Dans le siècle de Justinien, les évéques ne possédaient plus et ne méritaient plus peut-être de posséder la confiance avenue des citoyens et du dergé. On divisa les revevenus ecclésiastiques de diaque diocèse ei quatre parts : la première pour l'évéqne , la seconde pour le clergé inférieur, la troisième pour les pauvres, la dernière pour les dépenses du culte public; et les abus furent souvent et sévèrement réprimés '. Le patri-

> Voyei iasUnien , Nordl., csm, 3. D ne pote ni di rereaudea palriardies, ni deecM de plus rkbes prMs. La plus haute érahution du rerenn d'u érêdié eit partée à trente livret d'or, et la plus basae i deux lirres, la moyenne serait à peu pris seiie livres; mais toates cet évaluations sont fort aurdessous de la valem' lédie.

2 Voyei Baronius ( Annal. Ecelesiast A. D. SM, a* «8, 66, 70, 71 ). Tous les actes qui sortent du Vaticaa sont Justement suspects. Cependant ces registres «ot ■■ ar d'antiquité et d'autbentidtë; et il est évident que, sUscil été (brgés, ce Ait dans un temps>oà l'avidité des papv* contentait de petites posMssionset n'anbilieanait pas caeoreun royaume.

■ Veyei Tbomasdn (Diseipliiie de l'Élise, t. ui, L a, c xni, xnr, xr, p. 680-706). Il paraît que la divisiM Mpie du revenu ecclésiastique n'était pas encore établie du haft d'Ambroise et de Cbryaastdme. Simplicius et Gdaae, sdccessivement évéques de Itome à lafln da cinqniinesiède, en parlent dansleurs lettres pastorales eonne d'une W générale dqi confirmée par l'usage dans l'Italie.

PAR ED. GIBBON. CH. XX

moine de l'église était eacore assujetti à toute* les impositions publiques '. Le clergé de Rome , d'Alexandrie et de Thessalonîque obtenait quelques exemptions de faveur; nais le fils de Constantin repoussa la tentative prématurée du concile de Rimini, qui tendait à obtenir pour tous les biens ecclésiastiques une franchise entière et universelle *.

lY .Le clergé latin ,dont le tribunal s'est élevé sur les ruines de la loi civile et générale , a modestement reconnu comme un don de Constantin^ la juridiction indépendante, qui fut le fruit du temps, du hasard , et de l'industrie. Hais les ecclésiastiques jouirent bientôt légalement, parla libéralité des empereurs chrétiens , de privilèges honorables qui assuraient et ennoblissaient les fonctions sacerdotales*.

1° Sous un gouvernement despotique , les

i Ambroise, le plus zélé protecteur des privilèges ecclésiastiques , se soumit sans murmure à payer ta taxe des terres. Si tributum petit imperalor, non negamiu agri eeetesia solvunt tributum ; solvimus quce sont Casaris Casari , et quae sont Dei Deo : tributum Cœsaris est, non negatur. > Baronius tàcbe de présenter ce tribut comme un don volontaire plutôt que comme un devoir (Annal. Ecclesiast. A. D. 387); mais l'intention, ou du moins les expressions sont expliquées plus naïvement par Thomassin (Discipline del'Ë^ise, L in, 1. 1. c. xxxiT, p. 268).

î In Ariminense tjrnodo super eeelesianim et clerieorum privilepis tractatu habita, usque eo dispositio progressa est, utjuga quœ viderentur ad ecclesiam pertinere a publica functione cessarent inquietudine tlesistente: quod nostra videtur dudum sanctio repulsisse. (Cod. Tbéodos.,1. xti,UI. n, loi 15.) Si le synode de Rimini eût emporté cet article, une pratique si méritoire aurait pu expier quelques hérésies spéculatives.

^Eusèbe {in Fît. Constant., 1. nr, c. 27) etSoïoniène(i, c. 9) nous assurent que Constantin étendit et confirma la juridiction épiscopale; mais la fausseté du 1^ neux édit qui ne fut jamais inséré clairement dans le Code de Théodose (voyez t. vi , p. 303) est démontrée par Godeflroy avec évidence. Il est étonnant que M. de Montesquieu , jurisconsulte autant que philosophe, ait cité cet édit de Constantin ( Esprit des lois, I. xxix, c. 16) sans marquer le plus léger soupçon.

* La question de la juridiction ecclé^stiqne a été obscurcie par la passion, le préjugé et l'intérêt personnel. Les deux livres les plus impartiaux qui me soient tombés dans les mains sont les instituts de la loi canonique , par l 'abbé de Fleury, et l'Histoire eirile de NafAes, par Giannone. Leur patrie a contribué à leur modération autant 4|ae leur caractère. Fleury, eedésiastique (Irançais, respectait d'autorité des pariemens; et Giannone, Jurisconsulte

seuls évéqaes obtinrent et conservèrent le privilège inestimable de n'être jugés que par leurs pairs ; même dans une accusation capitale, un synode de leurs confrères les déclarait innoceas ou coupables. Un tribunal ainsi composé devait être favorable ou même partial pour l'ordre ecclésiastique, à moins qu'il ne fût enflammé par un ressentiment personnel, ou par la discorde religieuse. Mais Constantin semblait convaincu qu'une impunité secrète était moins dangereuse qu'un scandale publie*,' et le concile deNicée fut édifié de lui entendre déclarer publiquement que, s'il trouvait un évêque en adultère, il couvrirait le saint pécheur de son manteau impérial. 2» La juridiction domestique des évéques servait également de privilège et de frein à l'ordre ecclésiastique, dont les procès civils se terminaient sans la participation du juge séculier. Leurs fautes légères n'entraînaient ni un jugement ni une punition publique , et les évéques les traitaient avec la prudente sévérité d'un père qui corrige l'inexpérience de son fils. Mais, lorsqu'un membre du clergé se rendait coupable d'un crime qu'on ne pouvait pas suffisamment expier en le dégradant de son ordre, le magistrat tirait le glaive de la justice, sans aucun égard pour les impunités ecclésiastiques. 3' La décision des juges avait la sanction de la loi, et les juges exécutaient sans appel et sans délai les décrets épiscopaux , dont la validité dépendait encore du consentement des deux parties. La conversion des magistrats et de tout l'en^ire diminua sans doute peu à peu les craintes et les scrupules des chrétiens; mais ils s'adressaient toujours de préférence au tribunal de l'évêque, dontils respectaient l'intelligence et l'intégrité. Le vénérable Austin se plaignait avec complaisance d'être sans cesse interrompu dans ses fonctions spirituelles par des ciitalien, redoutait le pouvoir de l'église. Je dois faireobserrer ici que, comme 1% propositions générales que j'avance sont le résultat d'un grand nombre de faits particuliers et peu sCkrs , je me trouve fbrcé de raivoyer le lecteur à ceux des auteurs modernes qui ont traité ce sujet clairement, ou de multiplier les notes de cet ouvrage au point de le rendre fatigant et désagréable.

> Tillemont a recueilli chez Rufln, Théodore, et les soitimens et les expressions deCoostanlin. (Mém. Ecclés. t. m, p. 740-750.)

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN

toyensqni remettaient à son jugement la possession de leur or, de leurs terres et de leurs troupeaux. 4° Le privilège ancien des sanctuaires fut transféré aux églises chrétiennes, et la pieuse libéralité du second Théodose retendit à toute l'enceinte du terrain consacré*. Les fugitifs et même les criminels pouvaient implorer la justice ou la miséricorde de la divinité ou de ses ministres ; la rigueur du despotisme se trouvait suspendue par l'interposition de l'église, et la puissante médiation des évéques pouvait défendre la fortune et la vie des plus illustres citoyens.

V. L'évéque était le censeur perpétuel des mœurs de son peuple chrétien. La discipline de pénitence formait un système de jurisprudence canonique*, qui définissait avec soin les devoirs publics et particuliers de la confession, les règles de l'évidence, les degrés des fautes , et la mesure des punitions. Le pontife chrétien aurait mal rempli la tâche de cette censure spirituelle si, en punissant les fautes obscures de la multitude, il eût respecté les vices brillans et les crimes destructeurs du magistrat ; mais il n'était pas facile de blâmer la conduite du magistrat sans inculper en même temps l'administrateur du gouvernement civil. Des considérations de religion ou de fidélité, de respect ou de crainte, mettaient la personne sacrée des empereurs à l'abri du zèle et du ressentiment des évéques; mais les prélats censuraient et excommuniaient hardiment les tyrans subordonnés qui n'étaient point décorés de la pourpre. Saint Athanase excommunia un ministre de l'É-

< Voyez Cod. Tbéodos., 1. 45 , Ut vi , loi 4. Dans les ouvrages de Frà-Paolo (t. nr, p. 192, etc.), on trouve un excellent discours sur l'origine, les droits, les limites et les abus des sanctuaires. Ilremarquejudicieusemeiit que l'ancienne Grèce contenait quinze ou vingt atUes ou sanctuaires, et que ce nombre se trouverait aujourd'hui dans l'enceinte d'une seule ville d'Italie.

3 La jurisprudence de la pénitence (Ut successivement perfectionnée par les canons des conciles ; mais il restait encore beaucoup de cas à la décision des évéques. A l'exemple du préteur romain , ils publièrent dans chaque dr- CJDStance les règles de discipline qu'ils se proposaient d'observer. Parmi les épttres canoniques du quatrième siècle, celles du grand Basile sont les plus célèbres. Elles sont insérées dans les Pandectes de Beveridge (t. ii, p. 47- 151), et traduites par Chardon (H'ist. des SacremeDS,!. ir, p.21»-2n).

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gypte, il prononça contre lui l'interdit du feu et de l'eau. Ce droit fut solennellement transmis à l'église de Cappadoce'. Sous le règne du second Théodose , l'éloquent et illustre Synèse, un des descendans d'Hercule*, remplit le siège épiscopal de Ptolémaïs, près des ruines de l'ancienne Cyrène ' , et le prélat philosophe soutint avec dignité un caractère qu'il avait revêtu avec répugnance *. Il vainquit le monstre de Libye , le président Andronicus, qui, abusant de l'autorité d'une charge vénale , et inventant chaque jour de nouvelles tortures et de nouveaux moyens d'exaction, aggravait le crime de l'oppressioD par celui du sacrilège'. Après avoir inutile-

■ Basile, Epist. 47, dans Raronius (Annal. EcdesiasL, A. D. 370, n" 91), qui raconte ce (hit exprès, dit-il, pour prouver aux gouverneurs qu'ils n'étaient point à l'abri d'une sentence d'excommunication. Selon lui, le monarque lui-même pouvait être atteint par les foudres dn Vitican , et ce cardinal raisonne beaucoup plus conséquemmenl que les jurisconsultes et les théologiens de l'église gallicane.

2 La longue suite de ses ancêtres jusqu'à Eurystbènrs, le premier roi dorique de Sparte, et le cinquième d«ceudant d'Hercule, était inscrite sur les registres de Cyrène, colonie lacédémonienne (Synèse, Epist. lvii, p. 1^, etUt. />etoc.).L'histoire du monde entier ne présente poiBl uo second exemple d'une si illustre filiation de dix-sept cents ans, sans compter les ancêtres d'Hercule.

ïSynèse (de Regno, p. 2) déplore pathétiquement l'état obscur et malheureux dans lequel Cyrène est réduite.

ftvfi» Toti «<tX(t< rocar. Nv> itnut xai xktiïiic , mi

l/trya. ifiiititi. Ptolémaïs, nouvelle cité, à quatre-vingtdeux milles à l'occident de Cyrène, obtint les honneurs métropolitains delà Haute-Libye, qui Turent transférés depuis à Sozuse. (Voyez Wesseling., Itinerar., p. 67, 68", 732; Cellarius. Géograph., t. ii, part, ii , p. 72-74; Charles à Sancto Paolo, Géograph. sacra, p. 273 ; d'Aoville. Géographie ancienne, t. m, p. 43, 44; Mém. de l'Acad. des luscripU, xxxvu, p. 363-391.)

* Synèse avait représenté combien il était peu propre i l'épiscopat (Epist, c. v, p. 246-2â0).ll aimait les sciences elles plaisirs profanes, ne pouvait supporter les privations du célibat , avait une (bi fort incertaine, en «nscquence de laquelle il n'était pas convaincu et voulait conserver au moins le droit de cultiver chez lui la philosophie- Théophile, primat d'Egypte, qui connaissait le mérite de Synèse, accepta cette convention extraordinaire. (Voyei Vie de Synèse , dans Tillemont, Mém. ËcdésiasU, L xn, p. 409-554.)

sLisezles invectives de Synèse (Epist. Lvn.p. t9>-20l}. La promotion d'Andronique était illégale, puisqu'il était né à Bérénice , dans la province où il commandait. Us inslrumens de torture sont soigneusement détaillés: les iriKVfior, ou presses, les f(t,xm»6f<i, les «Aff«C», lo

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ment essayé de corriger le magistrat par des remontrances pieuses et modérées , Synèse lança la dernière sentence de la justice ecclésiastique ', qui dévone Andronicus, ses complices et leurs familles, à la haine de la terre et du ciel. Les pécheurs impénitens ', plus cruelà que Pbalaris ou Sennacherib, plus destructeurs que la guerre , la peste ou une nuée de sauterelles , sont privés du nom et des privilèges du chrétien, de la participation aux sâcremeus, et de l'espoir du paradis. L'évéque exhorte le clergé, les magistrats et le peuplé, à cesser toute société avec les ennemis du Christ , à les exclure de leurs tables et de leurs maisons, à leur refuser tous les besoins de la vie et tous les honneurs de la sépulture. L'église de Ptolémaïs, si peu considérable qu'elle puisse paraître, écrit à toutes les églises du monde, ses sœurs, que les profanes qui ne recevraient pas ses décrets avec une soumission respectueuse partageraient le crime et le châtiment d* Andronicus et de ses imitateurs impies. Un compte adroitement rendu à la cour de Bysance ajouta aut terreurs sph*ituellea, et le président épouvanté knplora la miséricorde de l'église. Le descendant d'Hercule eut la satisfaction de relever de terre un tyran prosterné *. De tels principes, de pareils exemples préparaient insensiblement l'oi^ueil des pontifes à fouler aux pieds les plus fiers des souverains.

VL Le pouvoir de l'éloquence, ou acquise, OH inspirée parla nature, s'est fait sentir dans tous les gonvememens populaires ; elle anime l'âme la plus froide, et la plus saine raison est ébranlée par la communication rapide de l'impulsion générale. Chaque auditeur est agité par ses propres passions et par celles de la mohitude qui l'environne. Lorsque la liberté civile fut totalement détruite , les démagogues d'Athènes et les tribuns de

fiioxeiC^K, les mTaypa., et \fax."^'^p'*"''t <iui pressaient ou étoidaient les doigts, les pieds, le nez , les oreilles et les lèvres des victimes.

< La sentence d'excommunication est écrite en style classique ou de rhétoricien (Syrène, Episl. 38, p. 201- 203). L'usage injuste de comprendre des fiimilles entières dans les interdits fût poussé Jusqu'à envelopper une ville ou une nation entière.

> Voyez Sottise, Epist uvn, 186-187; Epist. vtxa, p. 290-231.

PAR ED. GIBBON. CH. XX

Rome hirentdn même coup réduits an silence. L'uSage de la prédication , qui constitue une partie de la dévotion chrétienne, ne s'était point introduit dans les temples de l'antiquité, et les. oreilles délicates des monarques n'avaient pas encore été frappées par le son choquant de l'éloquence popnlah'e, quand les chaires de l'empire se trouvèrent occlipées par de pieux orateurs qui jouissaient de plusieurs avantages inconnus à leurs prédécesseurs profanes*. Les argumens des tribuns ne restaient pas sans réponses; d'habiles antagonistes avaient la liberté de se faire entendre, et combattaient à armes égales. La cause de la justice et de la vérité pouvait conserver son équilibre entre les efforts opposés dés différons partis. L'évêque, ou le simple prêtre auquel il délègue avec précaution les pouvoirs de prêcher, harangue, sans crainte d'une réplique ou même d'une interruption, une multitude soumise, dont Fesprit a été prépaM et subjugué par les cérémonies révérées de la religion. Telle était la subordination sévère de l'église catholique, qu'un primat de Rome ou d'Alexandrie pouvait faire retentir en un instant des mêmes paroles toutes les chaires d'Egypte ou d'Italie*. Le dessein de cette institution était louable sans doute ; mais les effets ne furent pas toujours «alutaires. Les prédicateurs recommandaient la pratique des devoirs de la société ; mais ils exaltaiert la perfection de la vertu monastique, aussi pénible à l'individu qu'inutile au genre humain. Leurs charitables exhortations tendaient visiblement à donner au clergé le droit de disposer de la fortune des fidèles opulens, sous prétexte de soulager l'indigence. Les plus sidiKmes représentations des lois divines et de ses attributs étaient défigurées par un mé-

« VoyŒ Thomasdn , Discipline de l'Église , t. n , 1. m , c. ttxxm, p. 1761-1770; et les Antiquités de Bii^m , voL 1, 1. XIV, c. nr, p. 668-717. La prédication était considérée comme la fonction la plus imporUnte de l'épiscopat ; mais on (a confiait quelqueftois à de amples prAres , tds qne Chrysostôme et Augwtin.

î La rdne ÉHsabeth se servait de ce moyen, quand die avait envie de disposer l'esprit du peuple en feveur de qudque innovation dans le gouvernement. Ces dangereuses trompettes donnèrent bien de l'embarras à son suecessenr, dont le flb ftrt leur victime. (Voyex la Vie d'Hélène, par l'ardievêqne Laud, p. 153.)

lange de subtilités métaphysiques , de oérémonies puériles et de miracles fabuleux ; et ils appuyaient avec le zèle le plus ardent sur le pieux mérite d'obéir aux ministres de l'égtise, et de détester saintement tous ses adversaires. Lorsque la tranquillité publique Xut troublée par le schisme et l'hérésie, ils firent éclater la trompette de la discorde ou peut-être de la sédition. Le mystère régnait dans leurs assemblées ; ils se livraient aux plus violentes invectives , et sortant en foule «les temples d'Ântiocbe et d'Alexandrie , ils donnaient on recevaient le martyre avec une égale fureur. La corruption du langage et du goût se faisait fortement sentir dans les déclarations véhémentes des évéques latins; mais les discours éloquens de Grégoire et de Chrysostôme ont été comparés aux plus sublimes modèles de l'Âttique ou du moins de l'Asie'.

Vil. Les représentans de la république chrétienne s'assemblaient régulièrement tous les ans dans le printemps et dans l'automne , et ces synodes répandaient l'esprit de la discipline et delà législation ecclésiasUques dans les cent vingt provinces qui composaient le monde romain '. L'archevêque ou métropolitain était autorisé par les lois à faire comparaitre les évéques suffragans de son diocèse, à examiner leur conduite, à la censurer ou à l'approuver, à délendre leurs droits, et à peser le mérite des candidats que le peuple et le clergé avaient choisis pour occuper les sièges vacans du collège épiscopal. Les primats de Rome, d'Alexandrie, d'Antiocbe, de Carthage, et ensuite de Constantinople , qui exerçaient une juridiction étendue, assemblaient tous les évéques dépendans de leur diocèse; mais l'empereur seul avait le droit de convoquer extraordinairement les

1 Ces orateurs modestes reconnaissaient humblement qu'Us n'avaient point le don des miracles, et qu'ils Ulchaient d'y suppléer par l'art de l'éloquence.

2 Le concile de Nicée , dans les quatrième , cinquième , sixième et septième canons, a fait quelques règlemens reblivement aux synodes , aux mélropolitains et aux primais. L'intérêt personnel a successivemmt falsifié et défiguré les canons de ce concile. VeiéëlisesSubwbieariennes, assignées (par Rufin) à l'évêque de Rome, ont été l'objet d'une eonlroTerse violente. (Voyez SimioDd., Opea,l. iT,p. 1-238.)

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conciles généraux. Quand les affaires de l'église l'exigeaient, le souverain ajournait les évéques de toutes les provinces. On leur payait la dépense de leur voyage , et les postes impériales recevaient un ordre de leur fournir les chevaux qui leur seraient nëcesr saires.Daiis les premiers temps, oii Constantin était plutôt le protecteur que le prosélyte de l'église chrétienne, il fit juger les débats religieux de l'Afrique par le c<Micile d'Arles, dans lequel les évéques d'York , de Trêves , de Carthage et de Milan vinrent , comme amis et comme frères, discuter ensemble, dans leur langue nationale, les intérêts généraux de l'église Latine ou occidentale '. Onze ans après, il se tint une assemblée plus nombreuse à Nycée en Bythinie , pour anéantir, par une sentence définitive , les questions subtiles qu'on avait élevées en Egypte an sujet de la sainte Trinité. Trois cent dix-huit évéques se rendirent aux orr dres de l'empereur ; et on fait monter à deux mille quarante-huit le nombre des ecclésiafr: tiques de tous les rangs , de tous les ordres 6t de toutes les dénominations qui s'y trouvèrent *. Les séances continuèrent pendant deux mois, et l'empereur les honora souvent de sa pi-ésence. Il laissait ses gardes à la porte, et s'asseyait, avec la permission du concile, sur un petit tabouret au milieu de la salle. Constantin écoutait avec patience , et parlait avec modestie; et, tout en dirigeant tes opinions, il protestait humblement que les successeurs des apôtres étaient les maîtres, qu'il ne voulait être que leur ministre , et ne prétendait point à juger des prêtres que Dieu avait établis pour régner sur la terre et lui donner des lois '. Un si profond respect de la part d'un monarque absolu

> Nous n'avons qne quarante-sept signatures éfiseopales; mais Ado, dont l'autorilé n'est pas, à la vérité, bien rmpectable, compte six cents évfiques au concile d'Arles. ( Tillemont , Mém. Ecdésiast. , t. n , p. 422.)

2 Voyez Tillemont, t. vi, p. 915; et Beausobre ( Hist. du Manichéisme, t. i, p.SlV). Le nom d'évêque donné par Eulychius aux deux mille quarante-huit ecclésiastiques (Annal., 1. 1, p. 440, vers. Pocock) s'étend fort audelà des limites d'une ordination orthodoxe ou mCme épiscopale.

î Voyei Eusèbe ( in Fit. Constant. , A. m, c. 6-21 ; Tillemont , Mém. Ecclésiasi., I. n , p. 669-759.

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PAR ED. GIBBON. CH. XXI

poar un petit nombre de ses sujets faibles et désarmés ne peut se comparer qu'à la vénération qu'avaient pour le sénat les princes romains qui adoptaient la politique d'Auguste. En considérant les étranges vicissitudes des choses humaines , un spectateur philosophe aurait pu, dans la révolution d'un demi-siècle, comparer Trajan dans le sénat de Rome à Constantin dans le concile de Nicée. La pères du Capitole et ceux de l'église avaient également dégénéré des vertus de leurs pris décessenrs ; mais, comme les évéques étaient plus profondément enracinés dans l'opinion publique , ils soutinrent leur dignité avec plus de décence , et s'opposèrent quelquefois avec vigueur aux volontés de leur souverain. Le laps du temps et les progrès de la superstition ont fait oublier les faiblesses, l'ignorance et les passions qui déshonoraient ces synodes ecclésiastiques ; et le monde catholique s'est unanimement soumis ' aux décrets infaillibles des conciles généraux*.

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