‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire RomainChapitre 37 sur 105 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Goureroeneiit e! mort de Jorien. — Élection de Talentinieo. — Il associe «on frcre Talent ao irûne. — Dernière diTÏjion de> empires d'Orient el d'Ocrideot. — ItiÎTolte de Procope. — Adminittralion civile M militaire. — L'Allemagne , la Bretagne , aDJourd'bai Angleterre, l'Afrique, l'OrieDl, le Danube. — Mort de Valeotinicn. — Sea deux fils, Gratien et Taleiktioicn, saccédeot i l'empire d'Occident.

Les affaires publiques de l'empire se trouvèrent, à la mort de Julien, dans une situation précaire et dangereuse. Jovien sauva l'armée romaine au moyen d'un traité honteux, mais peut-être nécessaire *, et il consacra les premiers instans de la paix à rendre la u-anquillité à l'état et à l'église. La conduite de son prédécesseur, loin d'adoucir l'animosité des faction s, avait enflammé la violence des querelles religieuses par des alternatives de crainte et d'espoir. L'une se fondait sur une longue possession , et l'autre sur la faveur du souverain. Les chrétiens oubliaient tout-à-fait le véritable esprit de l'Évangile, et l'esprit de l'église était passé chez les paiens. La fureur aveugle du zèle et de la vengeance avait anéanti chez les particuliers tous les sentimens de la nature. On corrompait, on violait les lois; le sang coulait dans les provinces d'Orient, et l'empire n'avait pas de plus redoutables ennemis que ses propres citoyens.

Jovien], élevé dans les principes et dans l'exercice de la foi chrétienne, fit déployer l'étendard de la croix à la tête des légions , dans sa marche de Kisibis à Antioche; et le Labarum de Constantin annonça aux peuples les sentimens religieux du nouvel empereur. Dès qu'il eut pris possession du trône, Jovien fit passer aux gouverneurs de toutes les provinces une lettre circulaire, dans laquelle il confessait les vérités de l'Évangile, et qui assurait l'établissement légal de la religion

> aetemaiD, dhronimque vetenun monwnaita prxstrin-

> gens. > (Ammien, xxr, 10.)

■ On avait flrappé des médaines où Jorien était reprémdU couronné des lauriers de la victoire et d'ennemis captif^. (Du Cange, Famil. Bjrsant. , p. 52.) La flatterie ressemble au suicide extravagant qui se dédiire de ses propre» mains.

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chrétienne. Les édits insidieux de Julien furent abolis, les immiuités ecclésiastiques furent rétablies et ,éteodues , et Jovien déplora le malheur des circonstances qui obligeaient à retrancher une partie des aumônes publiques '.Les chrétiens chantaient unaniraement les louanges du pieux successeur de Julien ; mais ils ignoraient encore quel symbole ou quel concile le souverain choisirait pour règle fondamentale de la foi orthodoxe; et les querelles religieuses, suspendues par la persécution , se rallumèrent avec ime nouvelle fureur. Les évoques des partis opposés se hâtèrent d'arriver à la cour d'Édesse ou d' Antioche, convaincus par l'expérience qu'un soldat ignorant se déterminait par les premières impressions , et que leur sort dépendait de leur activité. Les chemins des provinces orientales étaient couverts de prélats homoousiens , ariens , semi-ariens et eunomiens, qui tâchaient rédproquenaent de se devancer |: ils remplissaient les appartemens du palais de leurs clameurs , et fatiguaient l'empereur étonné d'un mélange d'argumens métaphysiques et d'invectives personnelles*. Jovien leur recommandait Fanion et la charité. Sa modération passait chei les fougueux prélats pour une preuve de son indifférence; mais ils découvrirent bimtôt son attachement à la foi deNicée par le profond respect qu'il montra pour les vertus célestes du grand Athanase ', âgé de soixaotedix ans. Cet intrépide défenseur de la foi était sorti de sa retraite dès qu'il avait appris la mort de son persécuteur. Il était remonté sur son siège archiépiscopal aux acclama-

« Jovien rendit à l'église To? «rx*"' «o»/»?; expression forte et intelligible. ( Philostorgius, I. viu, c 5; DisserUtions de Godeflroi, p. 329 ; Sozomène, 1. vi, c 3.) La nouvelle loi , qui condamnait le rapt ou le mariage des religieuses (Cod. Théod.,liv. nt, tit. xxr, loi 2 ) est exagérée par Sozomène, qui suppose qu'un regard amo»reux , l'adultère du cœur, était puni de mort par le législateur évangélique.

î Comparez Socrate (liv. m , e. 25) el Pidlostarge (1. vm , c. 6 ) avec les DisserUtions de Godefroi (p. 330).

3 Le mot céleste exprime faiblement l'adulation imfit et extravagante de Jovien vis-à-vis d'AUianase »»t wft »of 9«of To» ox«> t/itimrttt. (Voy« la Lettre origîBaie dans Athanase, t. n, p. 33.) Gr%. de Nazianw ( Orat., XXI, p. 392) célAre l'amitié.mntudle de' Joriea et é'A-

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lions du peuple, et avait accepté ou prévenu l'invitation de Jovien. La figure vénérable d'Athanase, son courage tranquille et son éloquence persuasive , soutinrent la réputation qu'il avait successivement acquise à la cour de quatre souverains '. Après s'être assuré de la confiance et de la foi de l'empereur chrétien, il retourna glorieusement dans son diocèse d'Alexandrie , qu'il gouverna pendant dix ans avec sa sagesse et sa fermeté ordinaires *. Avant de quitter Antiocbe, il assura Jovien qu'un règne long et tranquille serait la récompense de sa dévotion orthodoxe. Le prélat était persuadé, sans doute , que, dans le cas où des événemens contraires lui ôteraient le mérite de la prédiction, il lui resterait toujours celui d'un vœu dicté par la reconnaissance ".

Jovien eut le bonheur ou la prudence d'embrasser les opinions religieuses les plus accréditées par le nombre et le zèle d'une faction puissante *. Le christianisme obtint , sous son règne, une victoire longue et durable , et le paganisme disparut dès qu'il ne fut plus encouragé par la faveur de Julien. On ferma ou on déserta les temples de la plupart des villes ; et les philosophes, qui avaient abusé d'une faveur passagère , crurent qu'il était prudent de raser leur longue barbe et

thanase. Les moines d'Egypte cncoaragèreot le primat à foire le voyage. (Tillemont , Mém. Ecdësiast. , iom. vm, pag.221.)

< Alhanase est peint avec esprit par la Blelterie, pendant 800 séjour à la cour d'Antioche. ( Hist. de Jovien , 1. 1 , p. 121-148. ) Il traduit les ooaKrences de l'empereur avec le primat d'Egypte et les députés des Ariens. L'abbé n'est pas satisrail des plaisanteries grossières de Jovien ; mais il regarde sa partialité pour Julien comme une justice.

> La date de sa mort est incertaine ( Tillemont , Méra. Ecclésiast. , t. vin, p. 710-723) ; mais la date annoD. 373, mai 2, qui s'accorde mieux avec la raison et avec l'histoire, est constatée par l'histoire authentique de sa vie. {Metffii Osservazioniletter., t. m, p. 81.)

a Voyez les observations de Valesius et de Jortin. , Remarques sur l'Histoire Ecclésiastique, t. iv, p. 38, sur la Lettre originale d'Athanase, conservée par Théodoret , 1. IV, c. 3. Dans quelques-uns des manuscrits , cette promesse indiscrète est supprimée peut-être par des catholiques jaloux de la réputation de leur chef.

* Athanase ( apud Théodoret. , 1, ir , c 3) exagère le nombre des orthodoxe, qui composaient la totalité des babitans. Cette assertion s'est vérifiée dans la révolution de trente ou quarante ans. ^

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de déguiser leur profession. Les chrétiens se mirent à même de pardonner ou de venger les insultes qu'ils avaient souffertes sous le règne précédent '. Mais Jovien dissipa les terreurs des païens par un édit sage, qui, en proscrivant l'art sacrilège delà magie, accorda à tous ses sujets l'exercice libre du culte et des cérémonies de l'ancienne religion. L'orateur envoyé parle sénat de Rome pour rendre hommage au nouvel empereur a conservé le souvenir de cette loi de tolérance. Il représente la clémence comme on des plus beaux attributs de 1^ nature divine , et l'erreur comme inséparable déj'humanité. Il réclame l'indépendance des sentimens, la liberté de la conscience , et plaide éloquemment en faveur d'une tolérance philosophique , dont la superstition elle-même ne dédaigne point d'invoquer le secours dans des moraens d'impuissance. lll observe, avec raison, que, dans leur changement de fortune, les deux religions ont été également déshonorées par d'indignes prosélytes, par de vils adulateurs du souverain, qui passaient avec indifférence et sans rougir du temple de Jupiter à la communion des chrétiens*.

Dans le cours de sept mois, les troupes romaines qui arrivaient à Antioche avaient éprouvé, durant une route de quinze cents milles, toutes les infortunes de la guerre , toutes les rigueurs de la famine et d'un climat brûlant. Malgré leurs services, leurs fatigues, et l'approche de l'hiver, l'im» patient Jovien n'accorda aux hommes et aux chevaux que six semaines pour se reposer. L'empereur souffrait avec peine les railleries mordiantes et indiscrètes des habitans ^Xntioche '. Il était très-pressé d'arriver à Gon-

* Socrate (1. in, c. 24) , Grég.de Nazianze (Orat. vr, p. 131)etLibaoius(Orat. ParerUalis,c. 148, p.369)eipli^ quenttes véritables sentimens de leur Taction respective.

2 Themislius, Orat. v, p. 63-71 , édit. Bardouin , Paris, 1684. L'abbé de la Bletterie remarque judicieusement (Hist. de Jovien, 1. 1, p. 199) que Sozomène a omis de parler de la tolérance générale, et que Thémistius a passé sous silence l'établissement de la religion calholique.Chacun d'eux a rejeté ce qui lui était désagréable, et supprimé la partie de l'édit qu'il regardait comme moins honorable pour l'empereur Jovien.

zu

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AanÙDople, de prendre possession da pabis, «t d'éviter qae quelque coinpétitear ne s'emparât de l'Earope. liais il eut bientôt la sa. tisfaction d'apprendre qne l'on reconnaissait ananimement son autorité depuis le Bosphore de Tbrace jasqn'à Focéan Atlantique. Par ses premières lettres expédiées de son camp de Mésopotamie, il avait confié le commandement militaire de la Gaule et de l'illyrie à Malarich , brave et fidèle officier de la nation des Francs, et à son beau-père le comte LuciTien, qui s'était distingué à la défense de Nisibis. Malarich refusa une commission qu'il jugeait au-dessus de ses talens, et Lucilien fut massacré à Reims dans une révolte imprévue des cohortes bataves '. Hais la prudente modération de Jovin, maitre général de la cavalerie , apaisa le tumulte , et rassura la fidélité chancelante des soldats. Sa conduite mérite d'autant plus d'éloges , que Jovin n'ignorait pas les soupçons de l'empereur, et le dessein qu'il avait eu de le disgracier. Les soldats firent leur serment au nom jde Jovien, avec des acclamations de joie , et les députés des armées d'Occident ' saluèrent leur nouveau souverain lorsqu'il descendait du mont Tanms, dans la ville de Tyane en Cappadoce. De Tyane il descendit à Ancyre, capitale de la province de Galatie, où Jovien prit avec son fils, encore enfant, le nom de consul etiesomemensdu consniat*.

Dadaslana*, petite ville obscnre, ànne égale distance de Nice et d' Ancyre , fut le terme

ra<« tu/Atmit. (Fomosit LibdlU, 3o\aa. Aoliodnif in Excerpt. •,FaU$uui.,fMà.)\jes libelles d'Anliodie ne pea- Tcnl^iRre admis que comme une autoritë Tort douteuse.

< Comparez Anmien (xxr, 10) , qui omet le nom des BaUves, arec Zosime (1. lu, p. 197),, qui tranqMrtela réroUe de Reims à Sirmium.

* Quos capita tcholaram ordo castrensit appellat. ( \mmian , xxt , 10 , et Vales. ad loeum. )

3 Cujtu vagitus , perttnaeiter reluclanUs , ne in curuli sella veheretur ex more, id quod mox aceidit, proUndebat. Auguste et ses successeurs sollicitèrent respectueusement une dispense d'âge pour les fils ou les neveux qulb élevèrent au consulat ; mab la chaire eu ruie du premier Brutus n'avait jamais été profanée par un enbnt.

* L'Itinéraire d'Antonin place Dadaslana à cent vingtcinq milles romains de Kice, et à cent dix-sept d'Ancyre. (Itinéraire de Wesseling,p. IC) Le pèlerin de Bordeaux réduit la distance entière de deux cent quarante-deux à cent quatre-ringt-un milles. O^'esseling, p. 574.)

fatal du voyage et de la vie de Fempereur. Il alla se coucher après un souper, peut-être trop copieux , et on le trouva le lendemain matin mort dans son Ut. La cause de cette mort donna lien à difiérentes versions. Les uns l'attribuèrent à une indigestion occasionée par la quantité de vin qu'il avait bue, ou par la qualité des champignons dont il avait beaucoup mangé dans la journée ; d'autres prétendirent qu'il avait été suffoqué durant son sommeil par la vapeur du charbon et par les exhalaisons des murs nouvdlement crépis*. Les soupçons de poison* et d'assassinat n'eurent d'autre motif que le peu de recherches qui forent laites sur la mort d'un prince dont le règne et la personne furent bientôt oubliés. On transporta le corps de Jovien à Constantinople, dans les tombeaux de ses prédécesseurs. Ghariton , son épouse , fille du comte Lucilien, rencontra sur sa route cette lugubre procession. Elle pleurait encore la mort violente de son père , et se flattait de sécher ses larmes dans les embrassemens de son auguste époux. La sollicitude maternelle vint ajouter à sa douleur et i ses regrets. Six mois avant la mort de Tempereur, son fils, placé, quoique enfant , dans h chaire curule, avait obtenu le titre de nobilissime , avec les vaines décorations du consulat. La fortune de ce jeune prince s'était évanouie avant qu'il fût en âge de la sentir, et il porta , comme son grand-père, le nom de Varronien. Mais la jalousie inquiète du gouvernement lui rappela qu'il était fils d'an empereur. A l'âge de seize ans il en était déjà puni par la perte d'un œil , et sa malheureuse mère tremblait qu'on ne vint Farracher de ses bras pour tranquilliser par sa mort les soupçons du prince régnant*.

< Vojrcz Ammien (xxt, 10) ; Eutrope (x , 18) , qni pMvait aussi «trepréseat; Jérteie(t i, p.7B),adMeUodonun; Orosius (vin, 31); Sozomène (L vi, c. 6); ZociiM, (I. ni, p. 97-198), etZonaras(Lu, 1. xin,p.28, 29.)

2 Ammien , dérogeant à sa candeur et i son boa sens ordinaire, compare la mort du débonnaire Jovien à ceUe du second Aflricain,qui excita la crainte et le ressentiment de la tactioffl populaire.

> Chrysostdme, 1. 1, p. 33C-314, Mit. MontAincoB. L'or»leur chrétien essaie de consoler Chariton , veuve de Jovien , par l'exemple des illustres infortunés. U reBarqvtqae, 4e nenr empereurs qui avaient régné de son temps, <■ y

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Après la mort de Jovîen , le trône resta ' dix jours sans maitre. Les ministres et les généraux tenaient toujours les conseils, et exerçaient les fonctions dont ils étaient spécialement chargés. Ils maintinrent l'ordre public, et conduisirent paisiblement l'armée à Nice en Bitbynie, où se devait faire l'élection *.

Dans une assemblée solennelle, les officiers civils et militaires de l'empire offrirent unanimement, pour la seconde fois, le diadème à Salluste , qui eut encore la gloire de le refuser; et, lorsque, pour rendre hommage aux vertus du père , on proposa de nommer son fils, le préfet déclara aux électeurs, avec la fermeté d'un citoyen zélé, que le grand âge de l'un, et la jeunesse sans expérience de fautre, étaient également incapables des travaux pénibles du gouvernement. On proposa plusieurs prétendans, dont, après examen, aucun ne fut jugé digne d'être accepté. Mais, au nom de Yalentinien, tous les suffrages se réunirent à celui de Salluste en faveur de ce brave officier. Yalentinien ' était fils du comte Gratien, né à Gibalie en Pannonie, qui, par sa force extraordinaire et ses rares talens, était parvenu d'un état obscur au commandement militaire de l'Afrique et de la Bretagne, d'où il s'était retiré avec une immense fortune et une probité fort suspecte. Le rang et les services de Gratien contribuèrent cependant à l'avancement de son fils, et lui procurèrent roccasion de déployer ses talens et sa supé-

comprenant Gallus, ConstantiD et Constance étaient les seule qui eussent terminé leur vie par une mort naturelle. De telles consolations n'ont jamais eu le pouvoir de sécher une seule larme.

< Dix Jours paraissent à peine sudisans pour la marche et pour l'élection ; mais on peut observer 1* que les généraux avaient le droit de servir des postes pour eux , pour leur suite et pour leurs commissions ; V que les troupes , pour le soulagement des villes , marchaient en plusieurs divisions , et que l 'avant-garde pouvait être arrivée à Nice tandis que l'arrière-garde était encore à Ancyre.

3 Anunien, xxvi, 1 ; Zosime, 1. la, p. 198; Pbilostorge , I. Tin , c. 8 , et Godefk'oi, DisSert., p. 334. Philostorge, <pii semble avoir rassemblé des détails curieux et authentiques, attribue le choix de Yalentinien au préfet Salluste, au maître général Àrynthène, à Dagalaiphus, comte des domestiques, et' au patricien Datianus.

3 Ammien (xxx, 7-9) et Victor-le-Jeune ont donné le portrait de Yalentinien , qui précède naturellement et éclaircit l'histoire de sou règne.

riorité sur tous ses compagnons d'armes. Yalentinien avait la taille haute, la figure noble et agréable. Le feu de ses regards annonçait l'intrépidité de son âme ; ils frappaient ses ennemis de crainte, et ses amisd'admiration. Le courage de Yalentinien était secondé par une force de corps et de constitution dont il avait hérité de son père. Ghaste et frugal par habitude, il conservait, par l'exercice de ses vertus, sa vigueur , sa propre estime et celle du public. Élevé dans les camps, a« milieu du tumulte des armes, ayant eu peu de loisir pour se livrer à la littérature, il ignorait la langue grecque et les règles de l'éloquence ; mais son courage , que rien ne poU'^ vait étonner, lui donnait la facilité d'exprimer son opinion dans toutes les occasions avee autant de clarté que d'assurance. Yalentî^ uien n'avait étudié que les lois de la discipline militaire, et il se fit bientôt distinguer par son infatigable activité, et par la sévérité inflexible avec laquelle il exigeait des soldats, l'exactitude dont il donnait l'exemple. Sous le règne de Julien , il s'était audacieusement exposé à sa colère par le mépris qu'il montrait publiquement pour la religion de cet empereur '. L'examen de sa conduite postérieure donne lieu de penser que son indiscrétion fut plutôt l'effet de la violence militaire que de la dévotion chrétienne. Julien lui pardonna , et continua d'employer un homme dont il estimait le mérite *. La réputation que Yalentinien avait acquise sur les bords du Rhin prit un nouvel éclat dans les événemens variés de la guerre de Perse. La rapidité et le succès avec lesquels il exécuta une commission importante lui valurent la faveur de Jovien, et le commandement de ki seconde compagnie de ses gardes. Parti d'Antioche avec l'armée, Yalenl'inien était ar-

< A Antioche , ayant été obligé d'accompagner Julien au temple , il ftappa un prêtre qui voulut le purifler avec l'eau lustrale. (Sozomëne , 1. vi , c. 6 ; Théodore! , 1. in , c. 15.) Celte flerté pouvait convenir à Yalentinien ; mais elle ne méritait pas la délation du philosophe Maxime, qui suppose quelque ofTense plus personnelle. (Zosime, liv. IV, p. 200-201.)

2 Socrate , 1. iv. Il parle d'un exil à Mélitène ou à Thébaïs ; le premier est possible. ( Yoy. Sozomène, I. vi , c. 6; et Pbilostorge, I. vm, c. 7; les Dissertations 4e Goderroi,p.293.}

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN

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rivé dans ses qnartiers d'Ancyre sans prévoir la fortune qui l'attendait , et sans faire aucune démarche pour l'obtenir. Il fut appelé au trône de l'empire dans la quarantetroisième année de son âge, sans crime et sans intrigue. Le vœu des ministres et des généraux aurait eu peu de valeur s'il n'eût pas été confirmé par l'approbation de l'armée. Levénérable Salluste, qui avait été souvent témoin des cabales et des dissensions de ces nombreuses assemblées, proposa de défendre, sous peine de mort, à tous ceux dont le rang militaire pouvait former un parti, de se présenter à la cérémonie de la prochaine inauguration. Telle était cependant «ncore Tinfluence de l'aucienne superstition, qu'on difiiéra d'un jour dans ces pressantes cireoastances , parce que le jour qu'on avait choisi tombait sur l'intercalaire de l'année bissextile'. Quand le moment fut jugé favorable, Yalentinien parut du haut d'un tribuual. L'assemblée applaudit à un choix si judicieux , et l'empereur reçut le diadème aux acclamations de toute l'armée, qui l'environnait. Mais, quand il annonça, par un geste de sa main, qu'il allait haranguer les soldats, un murmure s'éleva dans tous les rangs ; d'impérieuses clameurs se firent bientôt entendre, et pressèrent le nouveau monarque de se nommer un collègue. L'intrépide saug-froid de Yalentinien obtint de la multitude un respectueux silence, et il lui adressa le discours suivant : < Camarades, vous étiez encore les

> maîtres , il y a peu d'instans : de ne point

> m'élever à l'empire : vous avez jugé , par

> l'examen de ma vie, que j'étais digne du

> trône; et c'est à moi dorénavant à m'occu- » per de l'intérêt et de la sûreté du monde

> romain. Je ne me dissimule point combien

> cette tâche est au-dessus des forces d'un

> faible mortel. Je connais les bornes de mon

< Ammien, dans une digression longue, parce qu'elle est déplacée (xxvi, 1 , et Valésius ad locum ), suppose assez lég^ement qu'il comprend une question astronomique à laquelle ses lecteurs n'entendent rien. Censorinus {de Die nattUi, c. 20) , et Macrob {Satumal. , 1. 1, c. 12-16) , traitent ce sujet avec plus de sens et de Jugement. La dénomination de bissextile , qui marque l'année hineste , est dérivée de la répétition du sixième Jour des calendes de mars. ( Augustin, ad Jamiatium, Vi*t. 119.)

» intelligence, et je sais que ma vie est in-

> certaine. La demande que vous m'avez faite

> d'un collègue est conforme à mon inten-

* Uon ; mais, quand la discorde peut être fu- » neste, on ne doit se déterminer dans le t choix d'un ami sincère qu'après de mûres

> délibérations, et c'est à moi seul à les faire.

> Allez vous reposer et vous tranquilliser

> dans y os quartiers. Vous pouvez compter

• sur la gratification d'usage à l'avènement » d'un nouvel empereur '. > Les soldats , frappés d'un mélange de surprise, de crainte et de satisfaction, obéirent à la voix de leur maître, et Yalentinien, accompagné des aigles des légions, des étendards de la cavalerie, et des drapeaux du reste de l'armée , marcha vers le palais impérial. Le nouvel empereur, sentant combien il était important de prévenir ime démarche imprudente de la part des soldats, assembla les chefs, et Dagalaiphus , chaîné de déclarer à Yalentinien leurs véritables sentimens, lui dit avec une noble franchise : < Prince, si vous préférez à

> tout l'avantage de votre famille, vous avez » un frère qui doit fixer votre choix ; mais, si

> l'intérêt public l'emporte dans votre âme , » cherchez le plus digne d'entre les Romains *.• L'empereur, dissimulant le déplaisir qn1l ressentait d'un avis auquel il ne voulait point déférer, se rendit, à petites journées, de Nice à Nicomédie , et enfin à Constantinople '. Dans un des faubourgs de cette capitale , trente jours après sa propre élévation , il donna le titre d'auguste à son frère Yalens. Les patriotes les plus hardis se soumn rent respectueusement à sa volonté , convaincus qu'en s'y opposant ils sacrifieraient leur vie, sans étredela moindre utilité àleurs concitoyens. Yalens était dans la trenie-

' Le premier 'discours de Yalentinien est ditbts dans Ammien (ixn ,2), concis H sentoideux dans Ptiilostorgie (llv. viii, c. 8).

2 Si tuos amas, imperator optime, habes ftxUret». Si rempubUeam , qucere quem vesUas. (Àmmicii , XXVI, 4.) Dans le partage de l'empire, Valoitinien ctmserva pour lui ce sincère conseiller (c 6).

3 Jn suburbano ( Ammien , xxvi,4). Le fimMnx Hebdomon ou Champ de Mars était à sept stades on à srpl milles de Constantinople. (Voyez Valésius et son trén, ad lœ.', et Ducange, Court. I. n, p. 140, 141 , 173, 173.)

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sixième année de son ige ; mais ses talens n'avaient jamais eu aucune occasiondes'exereer dans les emplois civils ou militaires, et son caractère personnel ne laissait pas de grandes espëranceSé II avait cependant une quanté qui te rendit cher à Valentinien, et conserva la paix intérieure de l'empire. Sa reconnaissance et son attachement pour sou bienfaitenr furent tonjonrs invariables. Yalens reconnt docilement, dans toutes les circonstances de sa vie, la supériorité du génie et de l'autorité de son frère '.

Avant de partager les provinces, Yalentinien voatot réformer l'administration de l'empire. Il invita les sujets qni avaient été ou opprimés ou ntolestés sous le règne de Julien, de quelque classe qu'ils fussent, à présenter publiquement leurs accusations. Un ^lence général rendit hommage à la vertu deSalluste', et attesta rinlégrité sans tache de ce préfet. Valentinien refusa d'accepter la démission de ses emplois, et le retint à la cour par les plus honorables protestations d'estime et d'amitié. Mais, parmi les favoris du dernier empereur, plusieurs avaient abusé de sa crédulité ou de sa superstition , et ils ne pouvaient plus espérer ni l'appui de la faveur, ni celui de la justice *.0n destitua la plus grande partie des ministres du palais et des gouverneurs de province; mais Valentinien sut distinguer de la foale coupable les officiers qui s'élaieni fait remarquer par leur mérite; et il parak que, malgré les clameurs du zèle et du ressentiment, cette réforme fiit conduite avec sagesse et modération *. Les réjouissances du nouveau règne éprouvèrent une interruption passagère par l'indisposition soudaine et suspecte des deux empereurs. Dès que leur santé fut rétablie, ils quittèrent Gonstantinople au com-

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