CH. XXV
' Partieipem quidem legitimum potettatis; sed in modumapparitorismorigerum, ut progredieiu aperiet textus. {kxamm, xxvi,4.)
3 Malgré l'autorité de Zonaras, de Suidas, et de la Ghronique Pase. , M. de Tiltemont (Hist. desEmper. , t. T, p. 671) désire réroquer endoute des liistoires si avantageuses pour un païen.
3 Euuape célèbre el exagère les souffrances de Maxime (p. 82, 83). Cependant il convient que ce sophisle ou magicien , farori coupable de Julien, el ennemi personnel de Valentinien , ne ftit condamné qu'à une légère amende.
* L'aceasation d'une réforme génénde ( Zosime, L iv , p. 201)estrérùiéeparTillemont(t. t;p.21 ). GIBBON, I.
mencement du printemps, et terminèrent solennellement le partage de l'empire dans le château on palais de Médlana, à trois mille de Naissus '. Valentinien céda à son itéré la riche préfecture de l'Orient, depuis le bas Danube jusqu'aux confins de la Perse, et réserva pour lui les préfectures guerrières de miyrie, de l'Italie et de la Gaiile, depuis l'extrémité de la Grèce jusqu'au mur Galédonien, et depuis le mur Calédonien jusqu'au pied du mont Atlas. L'administration provinciale conserva son ancienne baise ; mais deux eoors et deux conseils obligtiaient de doubler les ministres et les généraux. On eut égard dans la répartition aux mérites et à la situation particulière et on créa sept maîtres généraux de cavalerie et d'infanterie. Après avoir paisiblement terminé cette affaire importante, Valentinien et Valens s'embrassèrent pour la dernière fois. L'empereur de l'Occident Gxa sa résidence principale à Milan , et le souverain de l'Orient partit pour Gonstaiatinople, chargédn goovernementdecinquante provinces dont il n'entendait pas la langue *. La tranquillité de l'Orient ne tarda pas à être troublée par une révolte, et la pnissarice de Valens fat menacée par l'entreprise audacieuse d'un rival qni n'avait d'autre mérite qu'une alliance avec Julien ', dont on lui faisait un crime.Procope s'était rapidementélevé du poste obscur de tribun et de notaire au commandement de l'armée de Mésopotamie, et le public le regardait déjà comme le successeur (f un prince qui n'avait pmnt d'héritiers. Ses amis, on pluldt ses ennemis, répandaient que Julien l'avait secrètement revêtu de ta pourpre à Carrhes, dans le temple de la Lune*.
t Ammien , xxn , 5.
1 Ammien dit en termea vagues : SubagrettU ingenii , née beUicis , née Uberalibus studiis erudituê: (Ammien, xxii, 14.) L'orateur Thémistius, avec la vanité ordinaire à m nation , déclara désirer, psnr la pr»> mière fois, pouvoir parier la langue laline, pares qu'elle est l'idiome de son souvenÙB , m AaxtsTtv «/«- TKira?. (Orot. VI, p. 71.)
> Ce degré incartain d'alliance ou de coosangnlnitéest exprimé par mirlnt , eognabu , eotuobrinus. ( Voyet Valesios, ad Ammian. , xxin, 3.) La mirede Preeope ponvait Mre sœur de BasUina el dn comte Julien , la mère et l'onde de rapostat. (Dueange, Fam. Bysant. , p. 49.)
* Ammien, xxni,3; xxn, 6. ]1 raconte ce Mt en bésilanl : Susunewit obseurior ftuna; nemo enim diiti
Il tâcha de désarmer la jalousie de Jovien par une conduite docile et soumise; et, après avoir quitté sans résistance son coramandement miUtaire.il alla, suivi de sa mère et de sa famille j cultiver l'ample patrimoine qu'il possédait dans la provbce de Cappadoce.
L'apparition d'un officier et d'une troupe de soldats vint le troubler cruellement dans ses innocentes occupations. Ils étaient chargés par Valons et Valentinien d'arracher l'infortuné Procopedes bras de ses parens, et de le conduire ou à une prison perpétuelle ou à une mort ignominieuse. Sa présence d'esprit Im. conserva pendant quelque temps la vte^ et lui procura une mort moins obscure. Sans faire la moindre résistance à l'ordre des eoipereurs, U demanda le délai de quelques momens pour embrasser et cousoler sa famille; et, 'tandis qu'il endormait la vigilance de ses gardes par un repas copieusement fourni des meilleurs vins, il gagna adroitement la côte de la mer Noire, d'où il passa dans la province du Bosphore. Dans cette région éloignée il resta plusieurs mois exposé à tons les tounneus de l'exil , de la solitude et du besoin, aigrissant ses peines par la mélancolie naturelle à son caractère, et craignant sans cesse que les barbares ne découvrissent son nom et ne violassent, sans scrupule, les lois de l'hospitalité. Dans un moment d'impatience et de-désespoir , il s'embarqua sur un vaisseau marchand qui cinglait pour Gonstantlnople, et forma le projet audacieux de disputer le trône à ses persécuteurs , puisqu'ils ne voulaient pas le laisser vivre en paix dans la classe delours sujets. Aprèsavoir rôdéfurtivementdaus les villages delà Bithynie, changeant souventdc nom, d'habits et de retraite', il se hasarda enfin à entrer dans la capitale, et à conGer son sert et sa vie à la fidélité de deux amis, un sénateur et un eunuque, qui lui
auctor extitU vents. C'est »u moins une preuve ejne Procope était païen. Cependant sa religion ne semble aToir eu aucune influence on ravorabie on contraire k ses prétentions.
' Il prit ponr retraite la maison de campagne d'Eunomiagrhéréliqae, dans l'absence du maître, qui n'en Ait point instruit, et qui échappa cependant avec peine à une MUtence de mort. Il fut banni dans la partie la plus lointaine de ta Maaritanie. (Pfailo&torg., I. n, g. 5-8; «t Godeflroi, Dùêa*. p.360-S78.)-
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
(366 dep. J.-C.)
donnèrent quelques espérances fondées sur le désordre des affaires publiques, et sur le mécontentement général. On regrettait l'intelligence et l'équité de Salluste, à qui Valeas avait imprudemment ôté la préfecture de l'Orient; et l'empereur se faisait généralement, mépriser par une brutalité sans vigueur , et par une faiblesse dépourvue d'humanité. Les peuples craignaient l'influence de son beaapère Pétronius, patricien et ministre avide, qui exigeait rigoureusement tous les arrérages des tributs qui étaient dus depuis le règne de l'empereur Aurélien. Toutes les drconstances favorisaieqt les desseins d'un usurpateur .Valens était retenu en Syrie parles préj»ratifs et les hostilités des Persans. Du Danube à l'Enphrate , les soldats marchaient de tons côtés, et la capitale se remplissait successivement des troupes qui traversaient le Bosphore. Les conspirateurs séduisirent deux cohortes de Gaulois , par la promesse d'une forte gratification; et leur vénération pour Julien les fit aisément consentir à défendre les droits de son parent opprimé. Au point du jour, ils se rangèrent en bataille près des bains d'Anastase; et Procope, vêtu d'un habit de pourpre, plus convenable à un histrionqnà un souverain, sembla sortir du sein de la mort au milieu deGonstantinople.Le8soldats, préparés à sa réception , saluèrent leur prince tremblant avec des cris de joie et des sermens de fidélité. Leur nombre s'accrut de vigoureux paysans qu'on rassembla dans les villages des environs; et Procope fut successivement conduit , sous leur protection , au tribunal , au sénat et au palais impérial. Durant les premiers instans de ce règne tumidtneux, le morne silence des citoyens surprit et épouvanta l'usurpateur. Ils ignoraient la cause du tumulte, ou ils en craignaient l'événement. Mais la force militaire de Procope étah supérieure à tout ce qu'on pouvait lui opposer. Les mécontens accouraient sous ses drapeaux ; les pauvres étaient encouragés par l'espoir , les riches étaient intimidés par la crainte d'un pillage général ; et la multitude crédule se laissait encore abuser par les avantages que les rebelles leur annonçaient. On saisit les magistrats; on enfonçâtes prisons et les arsenaux; on s'empara du port et des portes delà
Ville; et, dans peu d'heures, Procope se trouva mahre absolu mais éphémère dans la capitale de l'empire. L'usurpateur proGtaavec adresse et courage d'un succès si peu espéré. 11 fit répandre les bruits les plus favorables à ses intérêts ; et tandis qu'il trompait le peuple, en recevant les ambassadeurs imaginaires des nations les plus éloignées, les corps d'armée , portés dans les villes de la Thrace et dans les forteresses du bas Danube, se laissaient insensiblement entraîner à la révolte. Les princes des Goths fournirent au souverain de Constantinople le secours formidable de plusieurs milliers d'auxiliaires. Ses généraux passèrent le Bosphore , et soumirent , sans efforls, les provinces riches et désarmées de l'Asie et de la Bithynie. Après une défense honorable, la ville et nie de Cisique se rendirent à ses ar^ mes. Les légions renommées des Joviens et des Herculiens embrassèrent la cause de l'usurpateur, qu'elles avaient l'ordre d'anéantir; et,comme les vétérans étaient sans cesse recrutés par des levées nouvelles , Procope parut bientôt à la tète d'une armée dont le nombre et la valeur n'étaient point au-deâsous de son entreprise. Le fils d'Hormisdas*, jeune prince plein de valeur et d'intelligence , se déclara «n sa faveur contre le souverain légitime de l'Orient, et l'usurpateur le revêtit du titre et de l'autorité des anciens proconsuls. Faustine, veuve de Fempcreur Constance, épousa Procope , et lui confia sa personne et celle de sa fiUe : cette auguste alliance donna du lustre au parti des rebejles, et le rendit plus respectable aux yeux du peuple. La princesse Constantia, âgée d'environ cinq ans , 'suivait dans une litière la marche de l'armée ; son père adoptif parcourait les rangs en la portant dans ses bras, et sa vue enflammait l'enthousiasme des soldats*. Us se rappelaient la
* Hormisdce matura juveid Bormisda regatù Uliiu filio, potestatem proçonsuUs detulit; et civilia , more veterum , et bella , recturo. ( Ammien, xxti, 8.) lie iHince de Perse s'ea tira taenorablentent , et fut réÙMi (an. D. 380) dans le in$me otQce de proconsul d&la Bithynie. ( TiUemont , Hist. des Emper., t. v , p. 204.) J'ignore •i la race de Sassan se perpétua. Je trouve (an. D. 514) un pape du nom d'Hormisdas ; mais il était né à Frusino, «n Italie. (Pagi.,5r«'. Pontifie. , 1. 1, p. 247.)
2 La jeune rebelle nit ensuite mariée à l'empereur Cratien ; mais elle mourut peu de temps après , et sans laisser d'enRins. (V.Ducange, Famil. B}«uitin.,p.48-50.)
PAR ED. GIBBON. CIL XXV
gloire de la maison de Constantin, et ils jurèrent tous de défendre, jusqu'à la dernière goutte de leur sang, le tendre rejeton de cette race royale '.
Yaleutinien reçut avec inquiétude les avis incertains sur ce qui se passait dans l'empire d'Orient. Une irruption des Germains le forçait à s'occuper principalement de la sûreté de ses propres états. Les ennemis, s'étaient emparés de toutes les communications, et faisaient adroitement répandre que la défaite et la mort de Valens avaient rendu Procope paisible possesseur de toutes les provinces de l'Orient. Valens n'était pas mort; mais, en apprenant à Gésarée la première nouvelle de la révolte, il désespéra lâchement de sa fortune et de sa vie, proposa de traiter avec l'usurpateur, et n'eut pas honte d'avouer le dessein d'abdiquer la pourpre et l'empire. La fermeté de ses ministres et l'habileté de ses généraux sauvèrent malgré luile timide monarque. Dans un temps de paix, Salliiste avait quitté son emploi sans murmure ; mais , dès que la sàreté publique fut attaquée, il eut la noble ambition dé contribuer à la rétablir. En lui rendant la préfecture d'Orient, Valens satisfit les peuples , et ramena les esprits qu'il avait aliénés. Le parti de Procope semblait commander à des provinces soumises età de puissantes années ; mais la plupart des prmcipaux officiers civils et militaires s'étaient retirés du tumulte de la révolte , ou guettaient le moment de trahir l'usurpateur. Lupicinus accourait avec les légions de Syrie au secours de Valens. Arinthéus qui, pour la force, la .valeur et la beauté, surpassait tons les héros de son âge, attaqua un corps nombreux de rebelles avec la petite troupe qu'il commandait. Quaadil reconnut parmi eux les soldats qui avaient servi sous ses drapeaux, il leur cria d'«n& voix de tonnerre de saisir et de lui livrer leur prétendu commandant; et tel était l'ascendant de son génie, qu'ils lui obéirent sans hésiter *, Arbétion , respectable vétéran du
« Sequimàù oulminis summi prosapiam, dit Procope, qui affectait de mépriser 4a naissance obscure et l'élévation subite fortuite du parvenu ptHumueiv (Ammien, xxvi, 7.)
2 Et (ledigitatus hominem superai-e certanme des-
grand Constantin et ancien consul, se rendit aux sollicitations, et quittant sa paisible retraite, accepta le commandement d'one armée. Dans le fort du combat, il 6ta froidement son casque , et, découvrant sa figure vénérable et ses cheveux blancs, salua les soldats de Procope , en les i^>pelant ses enifans et ses compagnons ; il les exhorta à ne pas partager plus long-temps le crime d'un usurpateur méprisable, et à se réunir au vieux général qui les avait si souvent conduits à l'honneur et à la victoire. Les troupes de Procope, séduites par les conseils et par l'exemple de leurs officiers , l'abandonnèrent dans les deux combats de Thyatire ' et de Narcosie. Après avoir erré dAD& les bois et les montagnes de Phrygie , il fut trahi par ses compagnons découragés qui le traînèrent dans le camp impérial , où on lui abattit surle-champ la tête. Procope partagea le sort ordinaire des usurpateurs vaincus; mais les horribles cruautés que son vainqueur exerça sous les formes de la justice firent naître l'indignation et la piUé dans tous les cœurs *. Telles sont à la vérité les suites naturelles du despotisme et de la révolte. Mais on regarda comme le symptôme funeste de la colère du ciel ou de la dépravation des hommes' les recherches vigoureuses que Ya-
pieabilem, auetoritaUs et eelsi fldutdd eorporU, ipti* hostibus jiutit, taum imcire rectorem : atque ita turmarum antetignaïuu umbratUù comprensus tuorum manibu$. Saint Bfusile célèbre la force et la beauté d'Arinthéus, nouvel Hercule, et il suppose que Dieu l'a créé comme un modèle inimitable de la perfection bunaine. Les peintres ni les sculptenrsne parrinrent jamais A saisir ta restembUace, et les Ustonens paraissateat bbuleux lorsqu'ils racontaient ses exploits. (Anunien, zxn, et Vales., ad locum.)
1 Ammien place le champ de bataille en Lycie, et Zosime à Thjratire; ce qui fait une difTércnoe de cent cin- ^uaate milles-, mais Thratira aUuitur I^co (Pline, Hist. Nat., T., 31 ; CeHarius, Geogr. An&q. , t u, p. 79); et tes copistes ont pu convertir une petite rivière en une grande province.
>L«s aventures, l'usurpation et la diutede Procope sont racontées r^lièrement par Ammien (zxvi, 6, 10), et par Zosime (I- iv, p. 203-210). Us s'éclairent réciproquement, et se trouvent rarement en contradiction. Tbemistius (flrat. vn, p. (M, 92) ajoute quelques louanges servOes , et Eunape quelques satires malignes Cp. 83, 84).
3 Libanius, de tUctscend: JuUan. neee , c. 9, p. 158, 150. Le philosophe déplore la frénésie publique; mais il Biittaque point après leur mort la justice des empereurs.
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
(36& dep. J.-C.)
lens et Yalentinien firent durant leur règuA sur le crime de magie '. N'hésitons pas à regarder comme la gloire de notre siècle, le mépris avec lequel tous les pays éclairés de l'Europe rejettent un préjugé odieux et cruel , adopté autrefois dans tous les systèmes d'opinions religieuses*. Toutes les nations et les sectes qui composaient l'empire romain admettaient avec autant de crédulité que d'horreur la réalité de cet art infernal', et le croyaient également capable d'arrêter le cours des astres et de confondre la raison des humains. Tous les peuples redoutaient la puissance mystérieuse des sortilèges et des enchantemens, des herbes et des cérémonies ridicules qui pouvaient ôter ou rendre la vie, enflammer les passions de l'âme , anéantir les œuvres de la création , et arracher aux démons la connaissance de Favenir. Ils étaient assez inconséquens pour croire que cette suprême puissance sur le ciel , la terre et les enfers , était exercée par de vieilles sorcières ambulantes , qui passaient .leur vie méprisable dans la misère et l'obscurité*. Les lois de Rome et l'opinion publique condamnaient également l'art de la magie ; mais comme elle tendait à satisfaire
1 Les jniseonsnites anglais et ilranfais de notre sièdc «oient à la théorie, mais nient lapreicifutf de la nagie. (Deniiart, Recueil de Décisions de Junsprudanee, m mot sorciers, t. iv, p. 553; Conunent. de Blackstom, t. nr, p. 00.) Comme la saine raison va toujours plus 1«b que la sagesse publique, le président rqdte tout-à-bit l'existoice de la magie. (Montesquieu, Esprit des loift^ !. su, c. 56.)
2 Voyez les Œuvres de Bayle, t. m, p. 567-588. Le sceptique de Rotterdam déploie, selon sa coutume, beaucoup d'esprit et de vivacité, mais beaucoup d'incertitude dans ses connaissaaocs.
1 Les païens distinguaient la bonne et la maimàae magie par les dénominations de Théurgique et de Gœtique (Hist. de l'Acad., etc., t. rn, p. 25) ; mais ils n'auraient pu défendre cette distinction obscure contre la logique serrée de Bayle. Dans le système des Juil^ et des chrétien*, tons les démons sont des esprits infernaux , et tont commerce avec eux est un crime digne de nort et 4e damnation étemeHe.
* La Canidia d'Horace (I. v', Od. 5 , et les note* de Dader et de Sanadon) est une magidoine connne. L'Herictho de Lncain (Pliarsale, 1. n, 430.830) est sDOTOit ennuyeuse et même doutante, mais qudqnefois sublime. Elle reproche aux ftuies leur dâai, et les menace de les appeler par leurs véritables noms, de révéler les secrets d'Hécate, et d'invoquer les puissances secrètes pi habitent ««.desMnu des enfers.
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les plus impétueuses passions du ccqur lutnain, on la pratiquait malgré les défenses et les châtimens '. Une cause imag'maire produit souvent les plus funestes effets. On prédisait la mort d'un empereur, ou le succès d'une conspiration pour animer l'espoir de l'ambi- Uon et rompre les liens de la fidélité; et le crime d'inteution, puni par les lois contre la magie , était aggravé par les crimes réels de sacrilège et de trahison *. Ces vaines terreurs troublaient la paix de la société et le bonheur des citoyens. La flamme qui fondait naturellement une figure de cire pouvait devenir trèsdangereuse en effrayant l'imagination de celui que cette figure était destinée à représenter'. De l'infusion des herbes auxquelles on supposait une influence surnaturelle , on passa bientôt à l'usage de poisons plus aeti& ; et l'imbécillité des hommes servit de masque et d'instrument aux crimes les plus atroces. Dès que les ministres de Valens et de Valei^ tinien eurent encouragé le zèle des délateurs, ils se trouvèrent forcés de recevoir l'accusation d'un crime trop souvent uni aux désordres de la vie domestique , auquel la pieuse et excessive rigueur de Constantin avait infligé la peine de mort *. Ce dangereux mélange de trahison et de magie, d'empoisonnement et d'adultère, présentait des gradations infinies de crime et d'innocence, que la violence et la corruption des juges semblent avoir
* Genus homiimm potentihus infldum, sperantibus fiUUu , quod in cù/ttéUe nestra et vetabitur semper et reOnrintur. (Tacit., HiH. i,22).(Vora Àngnttin, de CifUatè Dà, 1. tiu, c 19, et le Code de Ttaéodose, 1. ix, tu. xTi , avec les commenlaircs de GodelhH.)
2 Une coDsnltalion criaiiDeOe causa la persécution d'Anfioehe. On rangea les Tmgt-quatre leltres de l'alphabet autour d'na trépied magique, et un grand anneau placé dans ,1e centre désigna , en balan^aitt, les qwtre letlrcs e, E, o,â. Théodore nit exécuté peut-eire avec beavoonp d'autres , qui avouèrent les syllabes fatales. Lardner (Témoignage des Païens, vol. ir, p. 353-372) a examiné très>mtaalieasemem ce Odt obscur du règne de Valens.
2 UmuDtkkdiiKKlt.ctlicenteenlIqiMMtt Uno codenque i^..
(TIrgU., Bucotte.; nn, 89.) Devoitt abMntc* , ainii)Mn<|ae cerei Agit.
|0rt4^ Bfitt. tgptIL aHatem., M.)
CeseaebantenieBS ridicales pouTaient allteter l'im^iMtion, A augmenter la maladie de GermanienB. (Tadt, Jjuud.vi,m.)
* yifjKi Heineccius, Antiquitat. Juris ramtati, t..n, p. 353; Cedede Tbéod., 1. a, tit. 7-, et l« Connaît. deGodeOM.
PAB ED. GIBBON. GH. XXV. '68
confondues. Ils découvrireut aisément que la cour impériale n'estimerait leur adresse et leur intelligence qu'en proportion du nombre des sentences capitales émanées de leurs tribunaux. Ne se déterminant à absoudre qu'avec la plus grande répugnance, ik admettaient le témoignage d'hommes précér demment convaincus de parjure, et condan»naient, sur des aveux arrachés par les tortures , les citoyens les plus estimés , quoique accusés des crimes les moins probables. Les délateurs fournissaient tous les jours de nouveaux sujets de poursuite criminelle, et quand leiu- imposture était découverte, ils se retiraient avec impunité ; mais la malheureuse victime qui trahissait ses complices réels ou prétendus obtenait rarement la vie pour prix de son infamie. On traînait de l'extrémité de l'Italie et de l'Asie les vieillards et les enfans enchaînés au tribimal de Rome ou d'Ântioche; les sénateurs, les matrones et les philosophes expiraient dans les tortures et dans les supplices les plus ignominieux. Les soldats chargés de garder les prisons déclaraient, avec des murmures d'indignation et de pitié, qu'ils n'étaient point assez nombreux pour s'opposer à la fuite ou à la résistance de la multitude des citoyens qu'on y entassait. Les amendes et les confiscations ruinaient les familles les'plus opulentes. Les citoyens les plu» innocens tremblaient pour leur vie ; et nous pouvons nous taire une idée de l'étendue du désordre, par l'assertion exagérée d'un ancien écrivain, qui prétend que les exilés, les prisonniers et les fugitifs composaient la plus forte partie des habitans*.
Lorsque Tacite décrit la mort des citoyens illustres et innocens que les premiers césars sacrifièrent à leur voigeaace , l'éloquence de l'historien on le mérite des victimes nous fait éprouver vivement les sentimens de la pitié, de la terreur et de l'admiration. Animien a dessiné ses tableaux sanglans avee une exactitude bstiffiense et rebutante; mai»
t Aamien (xxnn, 1; mx, 1, 3; et Zosime, 1. nr, p. 216-218) décrivent et eugérent probablement la per«é< «otion de Rome et d'AntioeiM. On accusa le pUlosephe Maxtaïc de magie awe une apiMrenee de jnetiee (Ennape, in fit. Sophitt., p. 88, 88); et le Jenne ChrTSOsMMM , qui tmtTa p* Insard ua de cm (ivres proMifls, te erat perdu (Tillemont, Hisl. des Emper., t. t, p. 340.)
notre attention n'étant plus soutenue par le contraste de la servitude et de la liberté , de la grandeur récente et de la misère du moment , nous détournons les yeux avec hor> reur de la multitude d'exécutions qui déshonorèrent à Rome et à Autioche les règnes de deux empereurs'. Valens était timide*, et Yalentinien était emporté'. Valens avait pour premier principe d'administration de tout sacrifier au soin de sa sûreté personnelle. Confondu dans la classe des citoyens, il baisait en tremblant la main du tyran. Placé sur le trône, il voulut assurer la docilité des peuples par la terreur qui avait subjugué son âme. Les favoris de Valens obtenaient, par la rapine et par les confiscations, des richesses que son économie leur aurait refiisées *. Ils employaient leur éloquence à lui persuader que, dans les cas de trahison, les soupçons équivalaient à une preuve, que la faculté de se rendre criminel en supposait Fintention , que l'intention était aussi punissable que l'action , et que tout citoyen méritait la mort, dès que sa vie menaçait la sûreté on troublait le repos de son souverain. On trompait souvent Yalentinien , on abusait de sa confiance; mais le sourire du mépris aurait imposé silence aux délateurs , s'ils eussent entrepris d'effrayer l'empereur par l'annonce du danger. Ils faisaient l'éloge de son amour pour la justice; mais, en pratiquant cette vertn , Valentinien était souvent tenté de regarder la clémence comme une faiblesse , et la sévérité comme une vertu. Tant qu'il
< Consultez les six derniers livres d'Ammleii, et pltt(|wrtieuUèrement les portraits des deux augustes trèret (zzx, 8, 9; XXXI, 14). Tillemonl a rassemblé (l. v, p. 12-18; p. 127-133) ce qui s'est dit des vertus et des vkes de l'antiquité.
> Victor-te-Jeune assure qu'il était vaille tUrUdiu. Cependanl il montra une grande apparence de fermeté à la tête des armées. Le mime historien ajoute que sa colère n'était point dangereuse; mais Ammien remarque avec plus de fhmchise et de jugement , incidentia crimina ad eontenq>tam vel lasam prineipis ampUtudinem trahens, in sanguinem saviebat.
3 Cum estet ad acerbittUem naturœ colore pro-
pensiar. Panas per ^nes augebat et gladios.
(Amnien, sxx, 8. Voy. sxvn, 7.)
* J'ai rqeté sur les ministres de Valens le rqirodie d'avarice qu'on lui fait personneltentenl; cette passion seniilephis naturelle aux miaislres qu'aux souverains, <hei lesquds l'avarice d<rft s'éteindre par la bdiitë de posséder.
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
(S66dep. J.-C.)
lutta avec ses égaux dans la carrière d'une vie ambitieuse, on lui fit peu d'injustices, et jamais on ne l'insulta impunément. On blâmait son imprudence, mais on applaudissait à son courage, et les généraux les plus fiers et les plus absolus craignaient d'allumer le ressentiment d'un officier chez lequel la crainte n'avait jamais d'accès. Il oublia malheureusement sur le trône du monde que la valeur est inutile où l'on n'a point de résistance à craindre. Au Jieu d'écouter la voix de la raison et de la générosité , il se livrait à des violences déshonorantes pour hu, et fatales aux impuissantes victimes de ses fureurs. Dans l'administration de sa maison et dans celle de son empire , une faute légère, une offense imaginaire, une réponse vive, une omission accidentelle > ou un délai involontaire, étaient immédiatement punis par une sentence de mort ; et l'empereur d'Occident se servait familièrement de ces phrases, f Qu'on lui tranche la tète; qu'on le brûle > vif; qu'il expire sous le bâton '.> Ses plus intimes favoris s'aperçurent bientôt qu'en hasardant d'éluder, ou même de suspendre l'exécution de ses ordres sanguinaires , ils couraient risque de partager le crime et le châtiment de la désobéissance. Par la répétition de ses féroces jouissances, Yalentinien endurcit son âme contre les remords et contre la pitié : il contemplait avec une satisfaction barbare les agonies de la torture et de la mort; et les serviteurs dociles, dont le caractère lui semblait analogue au sien , possédaient exclusivement sa Ëivenr. Maximio.
répandit à Rome le sang des plus illustres citoyens ; l'empereur lui donna pour récom> pense la préfecture de la Gaule. Deux ours féroces et énormes connus l'un sous le nom de l'Innocence, et l'autre sous celui de Mica aurea, méritaient seuls de partager dans le cœur du monarque la faveiurde Haximin*.
I 11 prononçait qudquefois une sratenee de mort du ton de la plaisanterie. Jbi, cornes, et muta a eaput, qui sibi nuttari provinciam aipit. Un enbnt qui avait làdië trop tAt un lévrier, un armurier qui avait poli une cuirasse , et l'avait rendue trop légère de qudques grains, rdativement an poids convenu , tic., fturent les victimes de sa cruauté.
> Les innocens de Milan tarent un agent et trds appariteurs que Yalentinien lit exécuter ponr av«rir ùgiiSt
(386 dep. J.-C.)
ValenUnien avait foit placer leurs cages auprès de sa chambre à coucher, et il se plaisait à voir déchirer et dévorer les menibres palpitans des malfaiteurs qu'on leur abandonnait. L'empereur des Romains présidait à leur entretien et à leurs exercices, et, après un cours de longs services, Vltmoeenee obtint la liberté; on le reconduisit respectueusement dans la forêt d'où on l'avait tiré '.
Mais lorsque les terreurs de Valons et les fureurs de Valentinien faisaient place à des sentimens plus calmes , les tyrans de l'empire devenaient les pères de leur patrie. L'empereur d'Occident était alors susceptible d'apercevoir d'un coup d'œil ce qui convenait à ses intérêts ou à ceux du public , et d'y travailler diligemment. Le souverain d'Orient , qui imitait docilement la boune et la mauvaise conduite de son frère , se laissait quelquefois guider par le sage et vertueux Sidluste. Ces deux princes conservaient sous la pourpre la chaste et frugale simplicité de leur vie privée ; et, sous leur règne les citoyens n'eurent ni à gémir ni à rougir des plaisirs de la cour. Us réformèrent peu à peu les abus du règne de Constance ; et, en perfectionnant le système de Julien et de son successeur , ils établirent une législation qui pourrait donner à la postérité la plus avantageuse opinion de leur caractère et de leur gouvernement. Ce n'est pas du maître de Ylnnocence que nous devrions espérer un tendre intérêt pour la conservation de ses sujets. Cependant Valentinien condamna l'exposition des enfans nouvellement nés * , et plaça dans quatorze quartiers de Rome
d«s sommalioiu légales. AmmieD (rxvo, 7) prétend qne les chrétiens honoraient eomme martyrs tous ceux qui étaient condamnés i^Joslement. Son silence impartial ne nous laisse point présumer que le diambeUan Rhodanos ait été briUé vif pour des actes de Ijnraniiie. (Oiron., p. 302).
< Ut bene meritam in yiçasjutsit aUre InnoxiaBi. (Ammien, sxa , 3 ; et Vales. ad locum.)
* Voyez le code de Juslinien, 1. vni, tit. 52, loi 2. VnusquUque aobotem suam nutriat. Quod si exponendam putaverit animadversioni quae eoTutituta est tubjacebit. Je n'entreprendrai point id de décider entre NÎwdt et Binkershoek , depuis quand et jusqu'à quel point cette odieuse pratique étiut condamnée ou abolie par les lois, U philosophie, et les progrès de la sodéié dritisée.
PAR ED. GIBBON. CH. XXV. M3
quatorze médecins savans , auxquels il accorda un revenu et des privilèges. Le bon sens d'un soldat ignorant sentit la nécessité de faciliter l'éducation de la jeunesse , et l'étude des sciences qu'on commençait à négliger. Valentinien fonda une école publique , et la dou libéralement '. Il voulut qu'on enseignât les règles de la grammaire et de l'éloquence , en grec et en latin, dans les ca- [Mtales de toutes les provinces ; et comme on accordait aux différentes écoles un local et des privilèges en proportion de la grandeur des villes où elles étaient situées , les académies de Rome et de Constantinople réclamèrent une juste prééminence. Les fragmena des édits de Valentinien peuvent nous donner une idée de l'école de Constantinople , qui fut perfectionnée peu à peu par de nouveaux règlemens. Cette école consistait en trente et un professeurs, destinés à des instructions diiférentes ; un pour la philosophie , deux pour la jurisprudence , cinq sophistes et dix grammairiens pour la langue grecque ; trois orateurs et dix grammairiens pour la langue latine , outre sept scribes ou antiquaires, comme on les appelait alors , dont les plumes actives fournissaient aux bibliothèques publiques des copies nettes et exactes de tons les auteurs classiques. Ia» règles de conduite prescrites aux étudiaus sont curieuses , en ce qu'elles présentent l'esquisse de la première discipline de nos tuiiversités modernes. On exigeait de chaque étudiant une attestation du magistrat de sa province natale; son nom, sa profession, sa demeure étaient exactement inscrits sur le registre public.On prenait grand soin que la jeunesse destinée à l'étude ne perdit pas son temps dans les fêtes et les spectacles ; et le terme final de leur éducation était fixé à l'Âge de vingt ans. Le préfet de la ville exerçait son autorité sur les étudians; il avait le droit de punir les indociles et les paresseux par des châtimens ou par l'expnlsion, et il faî-
< Le code de Théodose explique ces institutions salutaires (I. un, tit. S, de profésxoribus et medicis ; et 1. xiT, tit. IX, de studiis liberaUbus urbis Roma). Outre Godelhti, notre gnide ordinaire, nous ponrona consulter Giannone {Istoria di WapoU, 1. 1, p. 105-1 1 1), qui a traMé ce si^et intéressant avec le zèle et l'attention d'un homme de lettres qui étudie l'histoire de son pays. .
DEGASEnCE DE L'EMPIRE ROMAIN,
(aaftdep. J.-€.)
sait tous les ans sod rapp«it amgrend^mattrf des ofiSces sur l'exactitude el le» talen» des «Scoliers, ata que l'on pût les employer utn lement au service public. Yalentiaien maiatint l'abondance et b tranquillité par riusti* tntioQ de soixante-deux Défenteurt * des inlles , élus par le peu]^ pour lai serrir de tribnnsoad'aTocats, pour défendre sesdroits, pour porter ses plaintes devant lestribonaux M jmqa'au pied ds trône. Accoutumés pendant une grande partie de leur vie à l'éco- Bomie sévère qu'une f<Hrtaae médiocre exige, les deux empereurs swvaient avec s(»a l'ad- BHoistratioD des finances; mais en examinaat avec attention le gowveraeBAeia des devx empires , on apercevait entre eux uoe diffé* reuce dsffis la recette et dans la dépense des revenus. Yalens était persuadé que la libéralité d'm monarque entraîne inévitablement Foppression de ses sujets ; et il ne fut jamais tmté de sacrifier leur bosbeur présent à leur grandeur fatare. Loin d'aagnenter le poids des taxes qu'on avait insensiblement doublées dans ta révolution de quarante ans , il suppriBKi, dès les premières améesdeson règn», ■a quart des tributs de rOrtent *. VatéiMinien parait avoir iH/é moias sensible aux peines de ses peuples , et moins attentif à les soulager. Ses réformes s'étendirent sur quelques abus de radministration fiscale ; mais il exigea toujours sans scrupule une forte partie de la propriété publique , convaincu que le snperlia du luxe serait employé pins avantageusement à la défense et à l'amélioration de l'état. I.«s sujets de Yalens applaudissaient à une indnigenee dont ils retiraient tout l'avantage ; et le mérite plus solide et moins brillant de Yalentinien ne fut senti et avoué que par la génération suivante *.
« Co4e de 'néodoH (1. i, tit. xi), et le ParatiUon de Godtfirei, qui recueille aoiSMiuenient toot ce qni te trouve dans le reste du code.
- Trois lignes d'Ammien (xsn, 14) en disent plus que l'Oraison oitière deThemistiusCinn, p. 101-120). Elle est (templie d'adulation, depédantisme, etdeUeuxoamnnns de moralilé. L'âoquent M. Thomas (t. i, p. 366^386) s'est amusé à célébrer les rertus et le génie de Themistiui, qui âait bien digne du siéde dans lequelil a vécu.
3 Zosime, 1. iv, p. 262; Amnieu, s», 9. En réfornanl les abus dispendieux, il a pii nériter le libre de in provUusialet admodum p«reus, triMorum uUqu*
Hais c'est pFindpalement par sa constante inqiarUalité dans un siècle de controverses et de factions rdigieuses , que le carractère de Yalentinien mérite des louanges. Son jugement sain n'était ni éclair^ ni corrompu par i'étnde , et il refusa toujours avec use respectueuse indifférence d'écouter les questions sdbtiles des débats tbéologiques. Le gouvernement de la terre demandait tons ses soins, etsaftisfaisaKsonaMbition.En se rappelant qu'il était un disciple de l'église , H n'onbHoit jamais qu'il était te souverain du clergé. Son zèle pour IC' cliristianisme avait éclaté sous le règne d'un apostat ; il accordait à tons ses sujets le roéme privil^e; et ses pèi^iles pouvaient jouir tans inqniétnde d'une tolérance générale , accordée par un pruce violent , mais incapable de crainte et de dissimulation *. La protection des lois mettait égaleraart i l'abri du pouvoir arbitraire et des insultes du peuple les Juiis, les paiens et tontes les diffi^ntes sectes comprises sous la dénomination de chrétiens. Yalentinien permettait tous les cultes , et ne défendait que les pratiques criminelles qui cacbaient des. vices et des désordres sous le masque de la religion. L'art de la magie était poursuivi rigoureusement et puni avec sévérité. Mais, par une distinction particulière , l'empereur admettait l'ancienne méthode de divination approuvée par le sénat et exercée par les aruspiees de Toscane. Il avait proscrit la liemce des sacrifices nocturnes , avec le consentement des paiens les plus raisonnables ; mais il conserva aux Grecs la célébration des mystères d 'Eleusis, snr la représentation de Prœiextatus , proconsul de l'Achaïe , qui l'assura que la vie leur paraîtrait insupportable si on les en privait. La philosophie prétend que sa voix douce et sa main bien-
moUietu tartina». Sa (Irugalité a été taxée qoelqnelMs d'iMriee. (JérAme, Citron., p. 18S.) ' * Testes sont leges a me ^ exordw imperii met d«tm : quUms unieuique quod anlmo imbibitset , eoleniti libéra fàeidtas tributa est. (Code de Theod. , L n.tit. M, loi 9.) No«s pouroos ijoater i cette dédaratim de ValentiBieH les difKreiu témoignages d'Ammien (xxx, 9); de Zosime G- <v, P- 304); et de'Sozomène (l. n, c 7, 21). Banmius défait silremeDt bitmer cette prudente teMnuMe. (Aniu«. Ecdeo., an. D. 370, n* 139-13% an. D. 376, n» 3, 4.)
(367 dep. J.-C.)
PAR ED. GUBO«. CH. XXV
faisante sont seules capables de déraciner les principes antiqaes et barii)ares du fanatisme ; cependant cette trêve de douze ans, que sut faire observer k gouvernement sage et ferme de Valentinien, adoucit les mœurs et diminua l'aigreur des factions religieuses, en les forçant à suspendre la répétition de leurs insultes réciproques.
Le protecteur de la tolérance était malheureusement trop éloigné de la scène où la controverse exerçait ses fureurs avec le plus de violence. Dès que les chrétiens de l'Occident eurent échappé aux embûches du concile de Rimini , ils se reposèrent paisiblement dans le sein de l'église orthodoxe ; et les faibles restes du parti d'Arius, qui existaient encore à Milan ou à Sirmium , excitèrent plus de mépris que de ressentiment. Mais dans les provinces d'Orient , depuis l'Euxia jusqu'à l'extrémité de la Thébaîde , la force et le nombre des factions ennemies étaient plus balancés ; et cette égalité, qui aurait dû conserver la paix , ne servait qu'à po-pétuer les horreurs de la guerre religieuse. Les moines et les évéques soutenaient leurs argumens par des invectives , et des invectives ils passaient souvent à la violence. Athanase gouvernait toujours Alexandrie ; des évéques ariens occupaient les sièges d'Antioche et de Constantinople , et chaque vacance épiscopale était suivie d'une émeute populaire. La réconciliation de cinquante - neuf évéques macédoniens ou semi-ariens , avait fortifié le parti des Homoousiens; mais leur secrèterépngnance à confesser la divinité du St-Esprit, obscurcissait la gloire de ce triomphe ; et la déclaration de Yalens qui , dans les premières années de son règne , avait imité la conduite impartiale de son frère , fut une victoire im*portante en faveur de l'arianisme. Les deux empereurs s'étaient contentés de la qualité de catéchumène ; mais le pieux Yalens voulut recevoir le sacrement de baptême avant d'exposer sa personne aux dangers d'une guerre contre les Goihs. Il s'adressa naturellement à Eudoxe ' , évéque de la ville im-
1 Endoxe était d'un caracUre doax «t timide, n devait
Mn Ibrt vieux lonqn'il baptisa Valens (An. D. 367),
puisqu'il avait fait sa théologie cinquante-cinq ans araoi,
tous Lucien, pieux et savant martTf. (Pbilostorg., I. n,
périale; et, si le prélat arien instruisit le monarque ignorant dans les principes d'une théologie hétérodoxe, il fut seul coupable de l'erreur de son auguste disciple. Mais quels qu'aient été les motifs qui déterminèrent le choix de Valens, il n'en fut pas moins odieux à une grande partie de ses sujets , les chefs des Homoousiens et des Ariens étant également persuadés qu'on leur faisait une violente injure et une injustice cruelle , en les empêchant de faire la loi. Après cette démarche décisive, il lui fut très-dilBcile. de conserver ou la vertu, ou la réputation d'impartialité. Il n'aspirait pas, comme Constance, à passer pour un profond théologien ; mais, ayant reçu les dogmes d'Eudoxe avec une docilité respectueuse, il soumit aveuglémmt sa conscience à ses guides ecclésiastiques, et employa l'influence de son autorité à réunir les hérétiques athanasiens au corps de l'église catholique. L'empereur déplora d'abord leur aveuglement. Leurobstination enflamma peu à peu sa colère, et il finit par hair les sectaires dont il était détesté'. Le faible Valens se laissait toujours gouverner par ceux qui conversaient familièrement avec lui; et dans une cour despotique, l'exil ou l'emprisonnement d'un citoyen sont les faveurs les plus faciles à obtenir. Les chefs du parti homoousien en furent souvent les victimes ; l'opinion publique accusa la cruauté préméditée de l'empereur et de ses ministres ariens, du désastre de quatre-vingts ecclésiastiques de Constantinople , qui périrent , peut-être accidentellement, dans l'incendie du vaisseau sur lequel ils étaient embarqués. Dans toutes les contestations, les catholiques payaient pour leurs fautes et pour celles de leurs adversaires. Les candidats ariens obtenaient la préférence dans toutes les élections ; et, quand la majorité du peuple s'y opposait, le magistrat civil venait à leur secours, et se servait, au besoin , de la force militaire. Les ennemis d' Athanase essayèrent de verser de l'amertume sur les dernières années de sa vie; et on
c. 14-161, 1. rr, c. 4; et Godefiroi, p. 82-206; TiUemont, Mém. Ecclés., t. 5, p. 474-480, etc.)
> Grég. deNariance(Om{.xxv, p. 432) déclame contre les Ariens, et leur reproche le zèle ftnieste de la persécution comme une marque infaUlible d'erreur et d'bérésle.
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAm,
(364 dep. I.-C.)
a. célébra comme an ânqnième exil» la retraite passagère de ce vénérable prélat au s(£piilcre de son père. Mais le zèle ardent il'un peuple nombreux qui prit précipitamment lesurmes, intimida le préfet; et l'archevêque eut la liberté de terminer en paix sa glorieuse vie, après un règne de quarantesept ans. LaiDort d'Athanase fut le signal de la persécution d'Egypte. Le ministre paien deValens plaça, par la force, l'indigne Lucius sur le siège archiépiscopal d'Alexandrie, et acheta la faveur de la faction dominante par fa. persécution et par le sang des autres chrétiens. Us se plaignaient amèrement de la tolérance accordée au cultedes juifsetdes païens, tolérance qu'ils regardaient comme la plus cruelle humiliation du christianisme, et le plus Iprand crime-du tyran impie de l'Orient*.
Le parti orthodoxe , après sa victoire , a imprimé sur la mémoire de Valens , la tache d'une violente persécution ; et le caractère d'un prince, dont les vices et les vertus tiraient également leur source d'un esprit faible et pusillanime, mérite peu qu'on cherche à l'excuser. Il y a cependant Ueu de présumer c{ue ses ministres ecclésiastiques allèrent souvent au-delà des «rdres et même de l'intention de leur maître, et que les faits otit été fort exagérés .par les déclamations véhémentes et par la crédulité docile de ses antagonistes *. I. Le silence de Yalentinien semble prouver que les actes de sévérité personnelle qu'on exerça dans les provinces au nom de son collègue , ne furent que quelques exceptions peu considérables, qui blessaient , mais qui ne détruisaient pas le système de tolérance universelle de tontes les religions : et le judicieux historien qui a donné des louanges à la constante impartialité du frère atné , ne parle point de la persécution de l'Orient, dont il aurait naturellement formé un contraste avec la tranquillité des états de Yalentinien'. II. Quelque crédit
< Cette esqnlMe du gouTHnement eoclésiattiqoe de Valens est tirée de Soo^le, 1. ir; de Sozomène, l. n ; de Tbêodoret, 1. iv ; et des immenses compilations de Titlemont , partieuliërement des tomes n, vni et ix.
> JorUn, dans ses Remarques sur l'Histoire Ecclésiastique (Tol. ir, p. 78), a déi^r conçu et fait sentir ce soupçon.
2 Cette réflexion est si forte et si claire, qu'Orose (!• vu,
que les rapports vagues d'un temps éloigaé puissent mériter, on peut juger sainement du caractère, ou du moins de la conduite de Valens, par sa transaction particulière avec l'éloquent Basile , archevêque de Césarée , que les Triaitaires choisirent pour leur chef après la mort d'Athanase'. L'histoire de cette négociation a été écrite par les amis et les admirateurs de Basile ; cependant, après avoir élagué les omemehs de rhétorique et les miracles, on demeure tout étonné de l'indulgence inattendue du tyran arien, qui-admirà la fermeté de l'archevêque. On craignit de fairerévolter tonte la province de Cappadoce en employant la violence'; L'archevêque, qui soutenait la dignité de son rang et la vérité de ses opinions avec on orgueil inflexible, conserva paisiblement sa liberté de conscience et la possession de son archevêché. L'empereur assista dévotement, aa service divin dans la cathédrale, et, au lieu d'une sentence de bannissement, souscrivit nne donation conùdérable en faveur d'un hêpital que Basile avait fondé récemment dans les environs de Césarée '. III. Je n'ai pas pu découvrir que Valens ait publié, contre les di»' ciples d'Athanase , de loi équivalente à celle que Théodese promulgua depuis contre les
c. 32, 33) retarde la persécution jusqu'après la mort de Valentinien. D'un autre cAté, Soerate supposé (I. m, e. 32) qu'dle ftit apaisée par tu discours pUkMopUqne que Themistins prononça dans l'année 374 (Orat. xn, p. 154). Toutes ces costradictioBS aflkiblissenl les preures, et réduisent la durée delà persécnUon de Valens.
< Tillemont, que je transcris et que j'abrège, a extrait (Mém. Ëcdésiast. , t. nii, p. 153-167) les cireonsUnca les plus authentiques d^ putégyriques des dcax Grégoires , le trire et l'ami de Basile. Les leUrec de BasHe hdméme ne présentent point le tableau d'une perséealioB violente. (Oupio, Biblioth. Ecclésiasl., t. n, p. 15&-ia0.)
* BaMlùu, eefsarîauis episcopus, CappadocUe clarus Aotedo*..... Qui multa eontinentUe et ingaiU bona uno miperbût mtdo perdidit. Ce fusage , pea respectueux , est lout-à-rait dans le style et dans le carafrtère de saint Jérôme ; on ne le trouve point dans l'édition que Scaliger a Mt de sa chronique ; mais Vossius l'a trouvé dans quelque manuscrit anden que les moines n'ont pas corrigé.
3 Cette noble et charitable fondation , qui (tonnait presque une seconde ville , surpassait sinon en grandenr, du moins en mérite , les vaines pyramides et les murs de Babylone; elle tul destinée particulièrement A recuctlUr Ut lépreox. (Grég. de Naz., Orat., xx, p. 439.)
PAR ED. (ilBBOM. CH. XXV.
Ariens , et l'édit qui exdta les plus violentes clameurs ne parait pas fort riépréheasible. L'empereur avait observé qu'un grand nombre de ses «ijets, se livrant à la paresse, s'as» sociaieat, sons prétexte de dévotion, aux moines d'Egypte; il chargea le comte de l'Orient d'aller les tirer de lënr désert , et de forcer ces déserteurs de la société à renoncer à leurs possessions temporelles, ou à remplir les devoirs publics d'hommes et de citoyens '. Les ministres de Valons étendirent le sens de cette Icn pénale, puisqu'ils se permirent d'enrôler les moines jeunes et vigoureux dans l'armée impériale. Un détachement de trois mille hommes, composé de cavalerie et d'infanterie, marcha d'Alexandrie dans le désert voisin de Nitrie*, on cinq mille moines s'étaient retirés. Des prêtres ariens servaient de guides aux soldats , et l'histoire rapporte ' qu'il fut fait un grand carnage dans les monastères qui voulurent résister aux ordres de leur souverain*.
L'empereur Valentisien donna le premier exemple des règlemens sévères , au moyen desquels la sagesse des législateurs modernes a mis déis bornes à l'opulence et à l'avarice du clergé. On Int^publiquement, dans les églises de la ville, un édit adressé àDamase, évéque de Rome *, par lequel le monarque recommandait aux moines et aux ecclésiastiques de ne point fréquenter la demeure des veuves et des vierges , et chargeait les ma-
'Code dcThéodose, 1. xn, (H. i, M 63. Godeftt>i (t. iv, p. 409-413) fait m mime temps le métier de commeataleur et d'arocat. Tillemont (Mém. Eceléslast., L vui, p. 808) suppose une seconde loi , aSn d'excuser ses amis orthodoxes qui araient défiguré l'édit de Valens, et supprimé la liberté du choix.
> Voyez d'Anville, Description de l'Egypte, p. 74. J'examinerai dans la suite les institutions monastiques.
î Soerate, 1. re, e. 24, 25; Orose, I. vn, o. 83; Jérôme, In Chron., p. 180, et t. h, p. 212. Les moines d'Egypte opérèrent un grand nombre de mirades qui démontrent la sincérité de leur fol. Cela est ml, dit Jortln (dans ses remarqués, Tol. rr, p. 79), mats qoeOe prenre arons-nous de la Tfrité de ces mirades?
* Code de Théod. , 1. xn, tit. 2, loi 20. GodeAroi (t. vi, p. VS) rassemble impartialement, à l'exemple de Baronius, tout ce que les Pères ont dit au sujet de cette loi importante, dont l'esprit a été ranimé long-temps après par l'emperenr Frédéric II , Edouard premier d'Angleterre , et d'autres princes chrétiens qui ont régné depuis le doviième sièelo.
gistrats civils de llnformer des désobéissances. Le directeur n'eut plus la liberté de re-. cevoir des dons, des legs ou des suceession^ entières de la libéndité de ses.pénitens. Tout testamMit contraire à cet édit était dédar6 nul; on eonfisquait la donation illégale ail profit du trésor. Un règlement postérieur semble comprendre les religieuses et les évé->' ques; toute pers(Hin& attachée à l'ordre ecclésiastique devint inhabile à recevoir de& donsc testamentaires, et fut bornée aux droits d'une succession légitime. Comme gardien du bonheur et de la vertu de ses sujets, Valentinien appliqua ce remède au désordre qui commençait à se faire sentir. Dans la ca-. pitale- de- l'empire, les filles des fannilles no^ blés et opulentes, héritaient d'une propriété considérable et indépendante. Un grand nombr» de ces prosélytes dévoles avait embrassé la doctrine chrétienne , non pas avec la conviction tranquille du discernement, mais avec l'enthousiasme de la passion , et peut-être aussi delà mode. Elles sacrifiaient les plaisirs du luxe et de la parure ; et le dési^ dépasser pour chastes, les faisait renoncer aux douceurs de la vie conjugale. Elles choisissaient îquelque ecclésiastique, d'une sainteté réelle ou apparente , pour diiiger leur con-^ science timorée, et apaiser la tendre inquiétude d'un cœur désœuvré. Mais la confiance illimitée qu'elles aceordaieatt^op légèrement était souvent teabie par des enthousiastes ou par des hypocrites , qui accouraient de l'extrémité ]de l'Orient pour jouir, sur un théâtre plus brillant, des privilèges de la pro^ fession monastique. En renonçant aux plaisirs, du monde, ils en obtenaient les plus précieux* avantages : le vif attachement d'une femme peut-être jeune et belle, la jouissance d'nne table abondante et délicate , et l'hapunage respectueux des esclaves , des affranchis et des cliens d'une famille d» sénateurs. Les dames romaines dissipèrent insensiblement leur% fortunes irnmenses en aumônes inconsidérées et en pèlerinages dispendieux ; et le moine. rusé qui s'assurait, dans le testament de sa fille spirituelle, une partie et quelquefois la totalité de sa fortune, osait encore dé- .clarer avec la fausse douceur de l'hypocrisie, qu'il n'ét^t que l'instrument de la charité et
rinteadant des pasnrres. Le métier' tacntif et hoBteax que fes eodésiastiqnes exerçaient pour déponiller les héritiers Batnreb enflamma l'indigDation dans nn siècle sapersti* tieax. Deux des yAra respectables éréqnes latios avouèrent qoe Hgnominieux édit de Yaleminien était juste et nécessaire , et que les prêtres chrétiens avaient mérité de perdre nn privilège conservé aux comédiens , aux baladins et aux prêtres des idoles. Mais la sagesse et l'autorité du législateur remportent rarement la victoire sur la vigilante adresse de llntérét personnel ; et Jérôme on Ambroise pouvaient acquiescer patiemment i l'équité d'une loi ou impuissante ou salutaire. Si les ecclésiastiques se trouvaient arrêtés dans la poursuite de leors acquisitions pécuniaires , ils pouvaient travailler à augmenter la gloire de l'église par une industrie plus respectable, et cachaient ain» leur avidité sons le manteau du patriotisme et de la piété*.
Damase, évéque de Rome, ayant été forcé de publier la loi par laquelle -Valentinien châtiait l'avidité du clergé , eut Fadresse ou le bonlieur d'attirer dans son parti le savant M zélé Jérôme , dont la reconnaissance a célébré le mérite et le caractère très-snspeet du prélat romain*. Mais les vices fastueux de l'église de Rome sont détaillés d'une maaièee curieuse par Ammien, qui en donne le détail suivant. < Le préfet Juvteatins faisait
> jouir ses provinces de l'abondanee et de la
' Les expressions dont je ne sois seni sont Taibks et très-modérées, en comparaison des riolenles isTeetives de nlM Jérôme (t. i, p. 13, 45, 1, 4, etc.) On lui reprodie les bntes qu'il arail reprochées hii-iaeae an BMines, MsconMres, HU teeUratia,ïevempeUis flit aecnsé irabliipiement d'Ctre l'amant de sante Paule (t. n, p. 363). n était, à larérité, tendrement aimé de la mère et de la ffie; mais il affirme qu'il ne s'est jamais servi de son influenee poor salisftire aucim désir sensuel.
* «Pndetdicere, saeerdetcs iMoru, mimi et «vigae, • et seorta, bœreditalescapiaBt : solis cfencù acmoiu»-
> ehit liac lege prohibetur. Et non prohibetnr à persecu- » toribns , sed a principibns christianis. Née de lege » qMror;wddoleocDrin«n(ertmiuhanelegem.> JérOme (t.i,p.13) insimK discrMemeat la p«litiqM (écrite de (M piOnMi Dunase.
1 Trois mots de Jérôme, taneUe manorUe Vamtuus, (t. n, p. 119), le justifient de toutes les inculpations, et en imposent an pieux Tiflemont. (Mém. Eedés., t vm,
T.aecHM.)
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
(370 dep. J.^)
paix; mais la tranqufllité de son gouvernement fut bientAt troublée par la aéditMo san^Mte d'une multitude d'insensés. Damase et Ursin se disputerait avec fureur le siège épiscopal, et h violence de leurs efforts excéda la mesure ordinaire de l'ambition hunraine. Leurs fanatiques partisans prirent les âmes, et niassacrèrent im|»toyaUement leurs adversaires. Le préfet, ne pouvant ni les apaiser ni4enr résister, se réfugia dans les faubourgs. Après uu combat opiniâtre, la faction de Damase obtint une victoire complu. On trouva le Imdemaiu cent trente-sept corps ' morts dans la basilique de Sicinins *, où les chrétiens tiennent leurs assemblées; et la fiermentation des esprits tarda long-teaips â se calmar. Quand je considère la splendeur de la capitale, je ne suis point surpris qu'une acquisition si précieuse enflamme les désirs des hommes ambitieux, et qu'ils la poursuivent avec fureur. Le candidat Iqû réussit est sAr d'être enrichi par la latéralité des matrones '. Il sait que dès qu'il asm orné sa personne d'une parure él^aate, il pourra parcourir orgneillensement les raes de Rome dans un diar pompeux, et que sa table l'emportera m délicatesse et eu profusion sur celle d'un eaiperenr^ Ces pontifes jouiraient d'un bonheur bien plus pur, ajoute l'bomiéte païen, si, au lieu d'aUégoer la grandeur de la ville pour tX"
' Jértaie hd-mèaie est Areé d'avancr , enulelitêimm iiUafeetùmtt dioeni sexut perpetrabe (tn Chrom^ p. 1BB). Mais l'original d'un libdte, on la nqaUt et deux prêtres du parti adfcne, a édiappé. Us aflirMcnt qwles portes dt la builique tarent brûlées , et que la voûte fut découverte; que Damase Gt son eatrée à la Itte desoa dergi, des iim»imr» et d'un sombre de glafiateurs qu'il avait looés; qu'aucun de son parti ne perdit la vie, et qu'on troura ccat soixante corps morts. Le péra StrmoBd a piiMié cette reqntte dans le premier TobuM de ses oamges.
» La basilique de SJdmM — LiberiBS est probaMkmml l'ég^ de Sainle-Marie-M«ieure, sur le mont FitqiriHa (Baronios, Aii.D.367, n*3;et DMWt, Jtomaoïififwi et noiW, i. IV, c. 8, p. 462.)
3 Les enoeads de Damase l'aftpeUient maritcoifàu matronarum, cure-oreiUe des fcMmes.
* Grégoire de Naùmze {Orat. xrxn, p. il&\ peint la hne et rergneil des prâiU des villes impériaies, kars diars derés, knrs ûtmas. fimg«eax. et leur suite noabrtnte, etc. La roaies'eoéfcRgnaitoomBedebAcsférMM.
(sro d^. J.-C.)
t cQse de leurs moeara , Us imitaient ia mo-
• destie et ia aaibnété de qaelqnet évéqnes
• des provinces , dont rbumble extérieur et » les regards baissés auest«it la pureté de
• l'âme, et une modération qui pkdt à la di-
• vinité, et qui entraiue le respect de ses Té-
• ritables adorateivs '. i Le sckisme d'Ursin et de Damase fut éteint par l'exil du premier; et la sagesse du préfet Prstextatus rétablit la tranquillité *. Prsetextatus était un philo- M^he païen plein d'érudition, de goât et de politesse. 11 fit à Danase une plaisanterie qui cachait un reproche, en lui offrant de se faire chrétien, s'U consentait à se dépouiller en sa faveur de son évéché, et à le lui faire obtenir. Il est douteux que le préfet eût voulu acheter à ce prix sa conversion '. Ce tableau de l'opulence et du luxe des papes , dans le quatrième siècle, est d'autant plus digne d'attention , qu'il représente le degré intermédiaire entre la pauvreté du pécheur apostolique et la puissance royale d'un prince temporel, dont les états s'étendent depuis les confins de Naples jusqu'aux rives du Pô.
Lorsque le suffrage des généraux et de l'armée confia le sceptre de l'empffe à Talenlinien, ils eurent pour motif de ce chmx judicieux, sa brillante réputation, sa science militaire, son expérience et son attachement sévère pour les formes et pour l'esprit de rancienne discipline; et la situation des af^ Caires publiques justifiait la demande que les troupes firent d'un second empereur. Yalen-
< Iminieo (xxm, 3.)Perpetuo Nmtùni, verUqueepu cuUoiibut. Singulière complaisance d'an polythéiste!
2 Ammien , qui fait un tableau brillant de sa prcfecture (xnrni) , Ya^fMeprcedaree indolisgmvUatisque sena- Cor (sxn, 7; et Vaies. tut loe.) Une iBMription curieuM (Grutcr HCII, ■" 2) relate, sur deu caioBiieft, les dignitét religieuses et driles dont il fut suecessivemeat revêtu. Sur l'une, on trouve qu'il rtit grand-prCtre du soleil et de Vesta, augure, quimiime hiérophante, etc., etc. Sur l'mttre seat les tMns de qnestew, probablenent tHaUre ; 3, préteur; 3, o*rredear de la Toscane et de l'Omkrie; ^ consulaire de LusUanie ; 5, proconsul d'Àcbaie ; 6, prétéi deRome; 7, préfet du prétoire d'Italie ; 8, de l'IUyrie; 9 consul élu; mais il mourut arant le commencement de l'-anni4e 385. (Voyez TiHement, Hist. des Empereurs, t. r ,
s Facile me Romanœ urbit episeopitm; et eroprottÊUU ehrittiatau. ',Jërtaie, t n , p. 106.) On peut présaHier<|tte1>aBme n'aurdtpasfonlu aclMterueenvcraiM à ceprix.
PAR ED. GIBBON. CH. XXY. 68
tinien sentait Im-méme que l'homme le plus habile et le plus actif ne pouvait pas suffire à repoasser les invasions de frontières vastes et très-éloignées les unes des autres. Dès que la mort de Julien eut délivré les barbares de la terreur de son nom, les nations de l'Orient, du Nord et du Midi, se livrèrent à l'espoir du pillage et de la conquête. Leurs incursions, toujours fatigantes, étaient souvait formidables ; mais, durant les douze années du règne de Valent'mien , sa vigilante fermeté défendit ses propres étals, et Tinflnencedesongéniesembla diriger la conduite du faible Yalens. Peut-être la méthode chronologique peindrait-elle plus vivement les embarras pressans et séparés des deux empereurs; mais l'attention du lecteur serait trop fréquemment distrute par le changement d'objets et par des récits sans liaison. Un tableau séparé des cinq grands théâtres de la guerre, 1 l'Allemagne, II la Bretagne on Angl«erre, III l'Afrique, lY l'Orient et Y le Danube, donnera une idée plus juste de l'état militaire de l'empire sons les règnes de Yalens et de Yalentinien.
i" Ursace , grand-maltre des offices ', avait offensé les ambassadeurs des Allemands, en diminuant, par nne économie mal placée, les présens qu'ils se croyaient autorisés à réclamer, soit à titre d'usage on de convention, à l'avènement d'un nouvel empereur. Ils iie dissimulèrent point lear mécontentement d'une insulte qu'ils regardaient comme nationale , et dont ils firent part à leurs compatriotes. Le soupçon da mépris enflamma l'âme irascible des chefe, et la jeunesse guerrière courut aux armes. Avant que Yalentinien eût pu traverser les Alpes, les villages de la Gaule furent la proie dfss flammes; et les Allemands avaient mis les captib et les dépouilles en sûreté dans leurs forêts , avant que le général Dagalai|Aufl pût parvemr à les joindre. Au oonmencement de l'année suivante , les forces militaires de toute la nation s'as&emblèrent et passèrent le Rhin durant le froid le pins rigoureux de l'hiver. Les deux comtes ro-
I Analiu (xxTT, S). Valerins i^oule iroe note longue et inléressanle<nr le naUre des offices.
DECADEI^GE DE L'EMPIRE RiMUIN, (370 dep. h-C.)
mains forent défaits et mortellement blessés; et l'étendard des Héniles et des Bataves resta entre les mains des Allemands, qui au milieu des cris et des insultes firent parade de ce trophée de leur victoire. On reprit l'étendard ; mais la honte des Bataves subistait encore aux yenx de leur juges sévères. Yalentinien était persnadé que ses soldats, avant de parvenir à mépriser leurs ennemis , devaient apprendre à redouter leur commandant. 11 fit assembler ses troupes , et les Bataves se virent avec effroi environnés de toute l'armée impé rtale. L'empereur monta sur son tribunal, et, dédaignant de punir des lâches par la mort, il imprima une tache d'ignominie indélébile sur les officiers qui avaient été les premiers auteurs de cette défaite honteuse. On dégrada les Bataves de leur rang , on leur ôta leurs armes , et il furent condamnés à être vendus comme esclaves an dernier enchérisseur. A cette épouvantable sentence, les coupables se prosternèrent , tâchèrent de fléchir l'indignation de leur souverain, et promirent de se montrer dignes du nom de Romain , si on daignait leur accorder encore une épreuve. Yalentinien feignit d'y consentir avec répugnance ; les Bataves reprirent leurs armes avec la ferme résolution de laver leur honneur dans le sang des Allemands '. Dagalaiphus refusa de commander en chef ; et cet habile officier, qui avait représenté, peut-être avec trop de prudence , la difficulté de l'entreprise , eut, avant la fin de la campagne , la mortification de voir vaincre toutes ces difficultés par son rival Jovinus, qui eut un avantage décisif sur les forces dispersées des barbares. A la tète d'une armée bien disciplinée, composée d'infanterie, de cavalerie et de troupes légères , Jovinus avança rapidement , mais avec précaution , sur Scarponna *, dans le territoire de Metz, où il surprit une forte division des Allemands, avant qu'ils eussent le temps de courir aux
' I Ammien xxrn, 1; Zosime, I. nr , p. 206 . Le soldat «Mtemporaia passe sous silence la honte des Bataves, par égard ponr l'honneur mililaire, qui ne pourait inléreûer on rhéteur grec du siècle suivant.
3 Voyez d'AnvUle, notice de l'ancienne Gaule, p. 587. Hascou (Hist. des anciens Germains, vn, 'i ) désigne dairemCDt la Moselle, qu'Ammien ne nomme pas.
armes, et anima ses dddats par l'espoir de vaincre sans danger. Une autre- dirisim), <m plutôt une autre armée, se reposait sur les bords de la Moselle, après avoir dévasté tous les pays d'alemonr. Jovinus, qui avait examiné attentivement le terrain , s'avança en silence, et couvert par un bois, jusqu'à ce qu'il pût distinctement apercevoir l'indolente sécurité des Germains. Les uns baignaient leurs grands corps dans la rivière, d'autres peignaient leurs longs cheveux blonds, OH avalaient de copieuses rasades des vins délicieux qu'Us avaient arrachés aux paisibles citoyens. Tout-à-coup la trompette romaine se fit entendre, et les légions s'élancèrent dans leur camp. La surprise produisit le désordre ; et le désordre fut suivi de I» déroute et de l'épouvante. Une multitude de braves guerriers tomba sans défense sous le» épées et les traits de leurs ennemis. Ceux qui prirent la fuite se réfugièrent à la troisième et principale armée, dans les pbine» Gatalauniennes , près la ville de Châlons en Champagne : on fit précipitamment rentrer tous les détachemens ; et les chefs des barbares , alarmés et avertis par le désastre de leurs compagnons, se préparèrent à combattre, dans une bataille générale et décisive, les forces victorieuses du lieutenant de Yalentinien. Ce combat sanglant et opiniâtre se soutint , durant toute une journée d'été , avec une valeur égale et des succès alternatifs. Les Romains perdirent douze cent»
hommes, et furent enfin vainqueurs. Les Allemands laissèrent six mille morts sur le champ de bataille , et quatre mille furent blessés dangereusement. Le brave Jovinus , après avoir chassé les restes de cette multitude jusque sur les bords du Rhin, revint à Paris jouir des applaudissemens de son souverain, et recevoir la dignité de consul pour l'année suivante '. Les Romains déshonorèrent leur triomphe par le traitement indigne qu'ils firent essuyer à un roi captif. Ils le pendirent à un gibet , à l'insu de leur gêné-. rai. Après cette action honteuse, dont on
i On irowe la description de ces batailles dans Amaiiea (xxrn, 3), et dans Zosime (1- >▼> P- 20d). Ce deraiersuppose que VateQtinien j était en personne..
(364 dep. J.-C.)
pouvait accuser la fureur du solckkt, on massacra de sang-froid Withicab, ^ifils de Vadomair, prince allemand, d'une constitudoD faible et valétudinaire , mais d'une valeur ardente et redoutable. Unassassin domestique commit ce crime à l'instigation des Romains '. Cet oubli des lois de la justice et de l'humanité découvrait leur crainte secrète de la faiblesse et du déclin de l'empire. On recourt bien rarement à l'usage du poignard dans les conseils publics, tant que l'on conserve encore quelque confiance dans la force de l'épée. Tandis que les Allemands paraissaient humiliés de leurs revers , l'orgueil de Yalentinien reçut une mortification dans la surprise de MogonUacum ou Mayence, la principale ville de la Haute-Allemagne. Au moment où les chrétiens célébraient une de leurs fêtes, Rando, chef habile et hardi, qui avait médité son entreprise, passa subitement le Kbin, entra dans la ville, dépourvue de tout moyen de défense, et emmena une multitude d'esclaves des deux sexes. Valentinien résolut de tirer une vengeance sanglante de tout le corps de la nation. Le comte Sébastien reçut ordre d'entrer dans le pays avec les bandes d'Italie et d'Illyrie , probablement du côté de la Rhétie. L'empereur, accompagné de son fils Gratien, passa le Rhin à la tète d'une puissante armée, dont les deux ailes étaient commandées par Jovinus et par Sévère, maîtres généraux de la cavalerie et de l'infanterie de l'Occident. Dans l'impuissance de s'opposer à la destruction de leurs villages, les Allemands campèrent sur la cime d'une montagne presque inaccessible, dans te duché moderne de Wirtemberg, etattendirent courageusement l'attaque des Romains. L'intrépide curiosité avec laquelle Valentinien persistait à découvrir quelque sentier sans défense, pour y faire monter ses soldats , pensa lui coûter la vie. Une troupe de barbares sortit précipitamment de son embuscade , et l'empereur, obligé de fuir de toute la vitesse de son cheval dans une descente raide et glissante, laissa derrière lui celui qui portait son armure et son casque enrichi d'or et de
t studio soUieitante nostrorum, oeatbuit. (Ammien, XXVII, tQ.)
PAR ED. GIBBON. CH. XXV
pierres précieuses. Au signai de Tassant, les Romains environnèrent la montagne de Solicinium, et montèrent de trois côtés. En gagnant du terrain, ils redoublaient d'ardeur et jetaient l'épouvante chez les ennemis. Lorsque toutes leurs forces eurent occupé le plateau, ils précipitèrent les barbares en bas du côté du nord, où le comte Sébastien était posté pour couper leur retraite. Après cette brillante victoire, Valentinien retourna dans ses quartiers d'hiver à-Trèves, où il satisfit à la joie publique parla magnifique représentation des jeux triomphaux '. Mais le sage monarque, au lieu d'entreprendre la conquête de l'Allemagne, réserva toute son auention pour la défense des frontières de la Gaule , contre un ennemi dont les forces étaient sans cesse recrutées par une foule d'intrépides volonuires qui accouraient du fond du Nord *. Depuis les sources du Rhin jusqu'au détroit de l'Océan, l'empereur fit construire, sur les bords de ce fleuve, une chaîne de forts et de tours ; il inventa de nouvelles fortifications et de nouvelles armes. Les nombreuses levées de Romains et de jeunes barbares furent sévèrement disciplinées, et soigneusement instruites dans tous les exercices militaires. Malgré l'opposition des barbares, dont quelques-uns se contentèrent de représentations modestes, tandis que d'autres cherchaient à l'arrêter par les armes , Valentinien acheva la barrière du Rhin , qui assura la tranquillité de la Gaule, durant les neuf dernières années de son règne '.
L'empereur, qui avait adopté les habiles maximes de Dioclétien, fomentait et eneoiH-ageait les dissensions des peuples de l' AUema-
< Ammien raeonterexpëdilion deValeatinia (xxvi^ 10) et Ansone la célèbre (Mosell. 421 , elc). Il suppose ridiculement que les Romains ne connaissaient pas les sources du Danube.
2 JmmanU enim naHo , Jam inde ab ineunabtUis primis varUtate casuum immimUa; Ua stepUts adolescit, utfUUse longUsceculU testimeturintacta. (Ammien, xxnn, 5). Le comte de Buat ( Hist. des peuple» de l'Europe , t ir, p. 370) attribue la population des Allemands i la liKàlité avec laquelle ils adoptaient des étrangers.
3 Ammien xxTin,2; Zosime,!. 4, p. 214. Victor- Ifr-Jeune (bit l'éloge de l'inlelligenee que l'empereur Valentlnioi avait pour la mécanique. Nova arma meditari ; fingere terra seu Umo simulaehra.
DECADENCE DE L'EMPIRE ROHAIN
(364 dep. J.-C.}
gne. Au milien du quatrième siècle, les Bourguignons errans, peuple nombreux et descendant des Vandales S occupaient sur les deux livesde l'Elbe des contrées qui répondent probablement à la Lusace et à la Tburinge. Leur faible tribu forma insensiblement un puissant royaume dontla'postérité occupe aujourd'hui une riche province. Le contraste du gouTernement civil et de la constitution religieuse , est la particularité la plus remarquable dans les usages des anciens Bourguignons. Leur roi ou général était connu sous la dénomination d'Hendino», et leur grand-prétre portait le nom de Sinittus. La personne du grandprétre était sacrée, et sa dignité perpétuelle ; mais le roi n'exerçait qu'uneautorité très-précaire. Si les événemens étaient malheureux, on en accusait son défaut de courage, et on le déposait. L'injustice de ses sujets allait jusqu'à le rendre responsable de la fertilité de la terre et de la régularité des saisons, qui semblent plutôt appartenir an département sacerdotal *. Les Allemands et les Bourguignons avaient des contestations fréquentes sur la possession litigieuse de quelques marais salans' : les derniers se laissèrent facilement tenter par les sollicitations secrètes, et par les offres libérales de l'empereur. L'origine fabuleuse qui les faisait descendre des soldats romains employés à la garde des fortefesses de Drusus , fut adoptée de part et d'autre avec une crédulité d'autant plus docile, que cette opinion favorisait leur intérêt mutuel *. Une armée de quatre-vingt mille
t BMieosos et pubis immensœ viribiu affluentes ; et ùieo metuendot flnUimit utUvertis. ( Âmmioi , xzvni,5.)
2 Je suislonjours disposé à soupçonner les historiens «( les voyagenrs d'avoir converti des tiMs particuliers en lois générales. AmmicD prétend qu'une certaine coutnme était familière à l'Egypte, et les Chinois l'altribuaient au Talnn eu empire romain. (De Guignes, Hist. des Huns , l. n, part, i, p. 79.)
i Salinamm flniumque causa, Jlemannis sapejurgobant. (Ammien, «nu, 5.) ils disputaient peut-êl^! la po8se«ion de la Sala , rivière qui produit du sel , et qui avait ftit le sujet d'une ancienne eontestalion. (Tacite, Annal., un, 57, et Lipsius ad loe.)
* Jam bide temporibus prisci* sobolem se esse Itonutnam Burgundii sciimt; et eetU tradition vague prit peu il peu une forme plus régulière. (Gros. I. vn, e. 32). Elle est détruite par l'autorité irrécusable de HUie , (pii
Bourguignons ne tarda pas à paraître sur les bords du Rhin, et réclama impatiemment le secours et les subsides promis par Valentinien : mais l'empereur pô'^texta des excases et des délais jusqu'au moment où , après ane expédition infructueuse, ils furent contraints de se retirer. Les forteresses et les garnisons du Rhin mirent les frontières de la Gaule à l'abri de leur juste ressentiment ; et le massacre de leurs prisonniers ne servit qu'à envenimer la haine héréditaire des Bourguignons et des Allemands. En changeant quelques circonstances, on peut aisément expliquer la conduite du sage Yalentinien. Son dessein était prdi>ablement dlntimider les Allemands, et non pas de les écraser ; puisque la destruction de l'une ou de l'autre de ces deux nations aurait détruit la balance qu'il voulait conserver en les contenant l'aoe par l'antre. Parmi les princes allemands, Macrianus, qui, avec un nom romain, possédait dans un degré éminent les talens politiques et militaires, inspirait seul de l'estime et de l'inquiétude à Valentinien. L'empereur passa lui-même le Rhin à la tète d'un corps de troupes lestes et choisies, et se serait inévitablement saisi de Macrianus , si l'impatience des soldats n'eût pas rompu toutes ses mesures. Ce prince allemand fut admis depuis à l'honneur d'une conférence particulière avec l'empereur; et les faveurs qu'il en reçut ea firent jusqu'à sa mort le plus fidèle alUé des Romains *.
Les.fortificatioBsde Yalentinien défendaient l'intérieur du continent; mais les côtes maritimes de la Gaule et de la Grande-Bretagne étaient toujours exposées aux ravages des Saxons. Ce nom célèbre, auquel nous devons prendre un vif intérêt, a échappé à l'attention de Tacite ; et dans les cartes de Ptolémée, cette nation n'occupe que le col étroit
servit dans la Germanie, et'composa l'Histoire de Drusus. Pline, Epist.m, S, moins de soixante ans après la mort de ce héros. Germanontm gênera quinque FTndili , quorum pars Burgundiones , etc. (Htst. Nalur., iv38 ) 1 On trouve les guerres et les négodatioas rdatim au Allemands et aux Bourguignons clairement détaillées par Ammien Mareellin (xxvui,5; xxix, 4; xxx,3), Orose (I. vn , c. 32 ) ; et les Chroniques de Jértaw et de Caasicdore fixent les dates et ijoulent quelques drconstaiiees.
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PAR ED. GIBBON. CH. XXV
de la Péninsule Cimbrique , et les trois petites lies vers l'embouchure de l'Elbe *. Ce territoire étroit, aujourd'hui le duché deSIcswick, ou peut-être de Holstein, n'aurait pas pu fournir les inépuisables essaims de Saxons qui s'ouvrirent l'Océan, remplirent la Grande-Bretagne de leur langage, de leurs lois et de leurs colonies, et défendirent si longtemps la liberté du Nord contre les armées de Charlemagne *. On aperçoit aisément la solution de cette difficulté, dans la ressemblance des mœurs et de Ia constitution incertaine des tribus de l'Allemagne, qui se trouvaient confondues ensemble par les moindres événemens de guerre ou d'alliance. La position des véritables Saxons les encouragea à embrasser les professions périlleuses de pécheurs et de pirates, et le succès de leurs premières entreprises excita naturellement l'émulation des plus braves de leurs compatriotes, qui se déplaisaient dans la triste solitude des montagnes et des forêts. Chaque marée pouvait descendre sur l'Elbe des flottes de canots remplis d'intrépides guerriers , avides de contempler le vaste Océan , et de partager les richesses d'un monde qui leur était inconnu. H parait probable cependant que les nations qui habitaient le long des côtes de la mer Baltique, fournissaient aux Saxons la plus grande partie de leurs auxiliaires. Ils possédaie>t des armes et des vaisseaux, l'art de la navigation, et l'expérience des combats maritimes ; mais la difficulté de passer au nord les colonnes d'Hercule *, où la mer est fermée par les glaces durant plusieurs mois
I EiR <rtr «uxmi ik ILifi/lpiMt x'f '"'""> 'X*4»'*t. PteUmie place les restes des Cimbres à l'extrémité septeatriomile de I« pàiinsule, le promontoire cimbrique de IHine (ir, 27). Il remplit l'intervalle qui séparait les Cimi>res des Saxons, de six tribus obscures qui s'étaient réunies dès le sixième siède sous la dénomination commune de Danoiê. ( Voyes ChtriCT, Germon. Jntiq. , L m , e.21, 22,23.)
3 M. d'Anville, Etablis«em«il des étato de'il'Europe , a Burqué les vastes limites de la Saxe de Charlemagne.
3 La flotte de Drusus n'avait pu réusùr à passer , ou même à approcher le détroit du Sund , appelé , d'après la ressembUmce , les colonnes d'Hercule , et celle entreprise navale (Ut abandonnée sans retour. (Tacit., de Moribus Oermait, , c 34.) La connaissance que les Romains acquirent de la mer Baltique, hildne aux voyages qu'ils firent par terre pour chercher de l'ambre. GiBOON, I.
de l'année, retenait leur courage et leur activité dans les limites d'un lac très-spacieux. Le bruit des armemens qui étaient sortis avec succès de l'embouchure de l'Elbe les enhardit bientôt à traverser le petit isthme de Sleswick, et à lancer leurs vaisseaux dans la grande mer. Les différentes troupes de pirates et d'aventuriers qui combattaient sous le même drapeau, s'unirent insensiblement dans une société permanente, d'abord de brigandage, et ensuite de gouvernement. tJne confédération militaire forma peu à peu un cori» de nation par les mariages et par la parenté ; et les tribus voisines, qui^ollicitaient leur alliance, reçurent le nom et les lois des Saxons. Si le fait n'était pas appuyé de preuves incontestables, on nous soupçonnerait de vouloir tromper la crédulité de nos lecteurs, en donnant la description des vaisseaux dans lesquels les pirates saxons se hasardaient sur l'Océan d'Allemagne , sur la Manche et dans la baie de Biscaye. La quille de leurs grands bateaux à fond plat était construite de bois mince ;mais ils fabriquaient les flancs et tout ce qui était à fleur d'eau avec de l'osier '. Durant le cours de leurs longues et lentes navigations, ils coururent les pins grands périls, et éprouvèrent dans les naufrages de nombreuses pertes d'hommes et d'embarcations sur les côtes de Gaule et de Breta^ gne ; mais ces pirates intrépides méprisaient le danger, sur la terre et sur les mers. L'habitude des entreprises éclaira leur intelligence ; les derniers de leurs matelots savaient manier une rame, hisser une voile et conduire un vaisseau ; et les Saxons se réjouissaient à l'approche d'une tempête qui cachait leur expédition et dispersait les flottes de leur» ennemis *. Quaud ils eurent acquis une cen-
' QnhielÂranorlrasrlratniSaxoutnctBl jfwitm ; «Il pelle Mlnm mlcare Brltmina Lndoft; et Mmto slucain nare flndere leiabo.
StdM., fn rmuftr. JvU., Xt.
Ije génie de César imita pour un usage particulier ces vaisseaux grossiers, mais l^ers, dont les babitansde la Bretagne seservaientaus8i.(6'o»Hn«if.<teiîe//.Cifi/.,i,51;elGuichart,Nouveaux Mém. miliUires.t. ii,p. 41, 42.)Les vaisseaux anglais étonneraient aujourd'hui le génie de César. î Les meilleurs guides originaux , relativement aux pirates saxons , se trouvent dans Sidonius Appolllnar. , (I. VIII, éptt. 6, p. 223,édit. Sirmond); et le meilleur commentaire estceluide l'abbé Dubos (Hist critique. de
naissance exacte des provinces maritimes de l'Occident , ils étendirent la scène de leurs brigandages, et les pays les pins reculés n'en étaient pas à l'abri. Leurs bateaux tiraient si peu d'eau, qu'ils s'avançaient aisément à quatre-vingts et à cent milles dans les grandes rivières : ils étaient si légers, qu'on les transportait sur des charriots d'une rivière à une autre ; et les pirates, qui entraient par l'embouchure de la Seine ou du Rhin , pouvaient descendre le cours rapide du Rhône jusqu'à la Méditerranée. Sous le règne de Valentinien , les Saxons ravagèrent les provinces maritimes de la Gaule. Le comte militaire, chargé de défendre cette côte, appelée liniite armoricaine, trouva ses forces ou ses talens au-dessous de cette entreprise , et demanda du secours à Sévère, maître général de l'infanterie. Les Saxons, environnés et vaincus par le nombre , abandonnèrent leurs dépouilles, et donnèrent une partie de leur plus belle jeunesse pour servir dans les années impériales, sous la condition qu'on leur accorderait la liberté de se retirer paisiblement. Le général romain , qui méditait la plus lâche trahison ',. accepta, sans balancer, cette capitulation. L'impétuosité de l'infanterie, qu'on avait secrètement postée dans une vallée profonde, trahit l'embuscade; et les Romains auraient peut-être été victimes de leur propres perfidie , si un corps de cuirassiers , alarmé par le bruit du combat , ne fût pas veutt précipitamment secourir leurs camarades et accabler les Saxons. On épai^na quelques prisonniers, destinés à périr plus honteusement dans l'amphithéâtre ; et l'orateur Symmaque ne rougit point de regretter que la mort de vingt-neuf de ces malheureux , qui s'étaient étranglés, de leurs propres mains, ait diminué les plaisirs de ses féroces compatriotes. Et cependant les citoyens polis et éclairés de Rome se sentaient saisis d'horreur quand on lear disait que les Saxons sacriGaient à leurs dieux la dixième partie des
laHonardiieflrançaise, etc., l.i,l. i, c.l6,p. lffi-153; voyez aussi p. 77 , 78. )
1 Anunien (xsTni , 5) Justifie ce manque de foi à des pirates et des brigands ; et Orose (1. vn, c. 32) exprime plus clairemeDt leur crime réel : nrtute atque agUitate terribiU*.
DEC.U)£KGE DE L'EMPIRE ROMAIN
(371 dep. I.-C.)
prisonniers, et qu'ils Uraient au sort les victimes de ce barbare sacrifice *.
II. La lumière des sciences et de la philosophie a fait oublier peu à i>eu les colonies fabuleuses des Égyptiens et des Troyeus , des Scandinaves et des Espagnols, qui flattaient la vanité de nos ancêtres, et plaisaient à leur crédulité*. On reconnaît assez généralement dans notre siècle que les îles de la. Grande-Bretagne et de l'Irlande ont été successivement peuplées par les habitans de la Gaule. Depuis les côtes de Kent, à l'extrémité de Raithnesseet d'Ulster, on aperçoit distinctement les traces de l'origine celtique, dans le langage, dans les mœurs et dans la religion. Le caractère particulier de quelques tribus de Bretons peut s'attribuer naturellement à fin- Cluence de causes locales et accidentelles '. Les Romains réduisirent leur province à nn état de servitude policée et paisible. La Calédonie conserva seule les droits d'une liberté sauvage. Dès le règne de Constantin, les deux grandes tribus des Pietés et des Écossais, dont la fortune a été si différente depuis, pa^ tagèrent entre eux cette contrée septentrionale *. Les victorieux Écossais ont anéanti plas
i Symmaque, Ut. d, éplL 46, ose encore prononcer les noms sacrés de Socrate et de la philosophie. Sidonius, evéque de Clermont, condamnait (1. vin, éptt. 6) ane moins d'inconséquence, les sacrifices humains des Sasom
2 Au commencement du dernier siède, le savant Cambden , armé d'un scepticisme respectueux , détruisit le roman de Brutus , enseveli aujourd'hui dans l'oubli, ains que Soota, Bile de Pharaon , et sa nombreuse postérité. On assure qu'il se trouve encore en Irlande des r^elUM de la Colonie MUésienne. Un peuple mécontent de si situation présente saisit avidement les Tables de sa gloire passée.
3 Tacite, ou pliitM Agricola, son bean-père, a po remarquer le teint des Germains oa des Espagnols cfaex quelques tribus bretonnes; mais leur opinion était cependant que : In unlversum tamen assttmemH GaUos vvcinam solum occupasse credUbUe'est. Eonan sacra deprehendas..... urmo haad multum dwenut,(ln vit. Agricola , e. tl.) César avait rasarvé qu'ils professaient la même rdigion. (^Comment, de Beilo gaïlieo VI, 13.) Et de son temps, l'émigration de la Ganle Belgique était un événement récent, ou au moins consUlè par l'histoire (v, 10.) Cambden, le Slrabon de la Bretagne, a étabÙ avec modestie nos véritables aoUquilés. ( Britannia , vol. i , introd. , p. n xxxi.)
* Dans l'obscurité des antiquités calédoniennes, j'ai pris pour guides deus montagnards savans et ingâiienx , dont la naissance et l'éducation peuvent inspirer de la confiance. (Voyea les Dissertations critiques sur l'origine,
(371 dep. J.-C.) PAfe ED.
tard par leurs succès la puissance et presque jusqu'à la mémoire des Pietés, leurs rivaux ; et, après avoir maintenu durant plusieurs siècles la dipité de royaume indépendant, ils ont ajouté à l'honneur du nom anglais par une union égale et volontaire. La main de la nature avait marqué la distinction des Pietés et des Écossais. Les premiers cultivaient les plaines, et les derniers habitaient sur les montagnes. On peut considérer la côte orientale de la Calédonie comme une vaste plaine unie et fertile, qui, sans de grands travaux , pouvait produire beaucoup de grains ; et l'épithète de cruitnich ou mangeurs de grains, exprimait le mépris ou l'envie des montagnards carnassiers. La culture des terres a pu introduire une séparation plus exacte des propriétés, et l'habitude d'une vie sédentaire ; mqtis le brigandage et la guerre étaient la passiofi Tavorite des Pietés, et les Romains distinguaient leurs guerriers, qui combattaient tout nus , par les couleurs saillantes et par les figures ridicules dont ils peignaient leurs corps. La partie occidentale de Ja Calédonie est hérissée de montagnes escarpées, peu susceptibles de payer le laboureur de ses peines, et très-propres à servir de pâture à des troupeaux. Les montagnards n'avaient pas d'autre occupation que celle dechasseurs et de bergers ; et, comme ils se fixaient rarement dans une habitation, on leur donna la dénomination expressive de ScoU, qui signifie en langue celtique, errans ou vagabonds. Les babitans d'une terre stérile étaient forcés de chercher <kkns la mer un supplément de nourriture. Les lacs et les baie» qui occupent leur pays sont très-abondans en poissons; et ils s'enhardirent peu à peu à jeter leurs filets dans l'Océan, Le voisinage des Hébrides semées le long de la côte occidentale de l'Ecosse tenta leur curiosité et augmenta leur intelligence, Us acquirent insensiWe-
l'andquiU, etc., des Calédonieos, par le docteur Jean MacpbersoD, Londres, 1768, in-4''; et l'InlroductioD à l'histoire de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, par Jacques Macpherson, Londres, 1773, 10-4°, troisième édition.) Le docteur Macpherson était ministre dans lUe de Sky; et c'est une drconstance honorable l>our notre siècle, qu'un ouvrage plein de saine rritiquc et d'érudition ait été composé dans la plus éloignée des lies solilaires des Hébrides.