GIBBON. CH. XXV
ment l'art de conduire leui-s bateaux dans une tempête, et de se diriger durant la nuit par la position des étoiles. Les deux pointes occidentales de la Calédonie atteignent presque à la côte d'une lie spadeuse, dont la brillante végétation mériu le nom de Green, qui signifie verte , et elle a conservé , avec un léger changement, celui d'Erin, ou leme, ou Ireland. Il est probable qu'à quelque époque fort ancienne une colonie d'Ecossais affamés descendit dans les plaines fertiles d'Ulster, etque ces septentrionaux, qui avaient osé combattre les légions romaines, étendirent leurs conquêtes dans une lie peuplée d'un petit nombre de sauvages pacifiques. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'au temps du déclin de l'empire romain, la Calédonie , l'Irlande et l'Ile de Man étaient habitées par des Ecossais, et que leurs tribus, qui s'associaient souvent dans des entreprises militaires , prenaient mutuellement le plus vif intérêt l'une à l'autre. Us entretinrent long-temps l'opinion d'une origine commune ; et les missionnaires de l'ile des Saints, qui répamKrent le christianisme dans le nord de la Bretagne, persuadèrent aux habitans que leurs compatriotes irlandais étalent en. même temps les véritables ancêtres et les pères spirituels de la race écossaise. Cette tradition incertaine a été conservée par le vénérable Bède , qui a répandu un peu de lumière sur l'obscurité du huitième siècle. Les moines et les bardes, espèces d'hommes qui abusent également du privilège de la fiction, ont accumulé les fables sur ce faible fondement. La nation, écossaise a reconnu avec un orgueil mal entendu son origine iriandaise, et les annales d'une longue suite de rois imaginaires, ont été ornées de toute l'imagination de Boëtius et de l'élégance classique de Bucbanan '.
« L'opinion presque oubliée, qui faisait tirer aux Écossais leur origine de l'Irlande , s'est ranimée dans ces derniers temps , et a été soutenue par le révérend M. Wilakw (HUt.de Manchester, vol. i, p. 430 , 431 , et;dans l'Histoire originale des Bretons, p. 154-293.) H avoue cependant, 1° que les Écossais dont parle Ammlen-Marcellin (A.. D. 348) éUient déjà établis dans la Calédonie, rt que les auteurs romains ne parlent point de leur émigration d'un antre pays ; 2* que toutes ces émigrations attestées par des bardes irlandais, des historiens écossais on les antiquaires anglais, Buchanan, Campden, Usher, I Slillingtleet, sont entièrement fiibulcuses; que trois des
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
(371 dep. J.-<:.)
Six ans après la mort de Constantin , les incursions funestes des Pietés et des Écossais avaient exigé la présence du plus jeune de ses fils , qui régnait sur l'empire d'Occident. Constans visita la Grande-Bretagne; nous pouvons juger de l'importance de ses exploits par le langage de son panégyriste, qui ne célèbre que son triomphe sur les élémens , ou, pour parler sans métaphore, son passage heureux sur une mer tranquille depuis Boulogne jusqu'au port de Sandwich *. L'administration corrompue des eunuques de Constance aggrava les calamités d'une province déchirée par des guerres étrangères et des divisions intestines. Les vertus de Julien ne la soulagèrent que passagèrement; son absence et sa mort liii enlevèrent bientôt son bienfaiteur. L'avarice des commandans militaires retenait les tributs levés avec peine, et destinés an paiement des soldats; on vendait publiquement des exemptions de service militaire; les troupes qui ne recevaient ni solde, ni sidisistanoe, désertaient en foule et les grands chemins étaient infestés de voleurs *. L'oppression des bons citoyens et l'impnnité des scélérats contribuaient également à répandre dans l'ilel'espritde mécontentement et de révolte ; et tout sujet ambitieux, tout exilé sans ressource pouvait aisément renverser le gouvernement faible et odieux de la Bretagne. Les audacieuses trUHis du aord, qui détestaient
trBras irlandakeB, ciUes pir PtoMn^ (A. D. 150) , Mot d'extraction eatédoMeane ; 3* qn* une brancbe cadette des priBce« otédoniens de la maison de Fingal acquit et posséda la monarchie dirlande. D'après ces concessions, il ne reste plus qu'un très-mince dilUrend entre M. Witaker et ses adrersaires. L'Iiistoire originale qu'il tenue d'un Fergus, cousin d'Ossian , qui Itet transplante ( A. D. 320) d'Irlande en Caiédonie , est bitie sur on lopplèment coqedural de poésie Perse, et sur l'aulorilé suspecte de Richard de Ciraicesler , moine du quatoRtème siède. La viracité d'esprit de cet ingénieux et Mvant antiquaire lui a bit oublier la nature de la question ^'il discute avec tant de véhémence, et qu'il décide d*nn ton si absolu.
1 • Hyeme tumnles ac ssevientes undas calcastis Oeeani
» sub remis veslris ; inSperatam Imperatoris fadem
(Britannusexpavit. (JuliusFîrmicusMatemus, lie frrore • Profan. Relig. , p. 464 , édit. Gronor. , ad ccdcem Minue. Fel. Voyez Tillemont , Histoire des Emper. , t.iv, p.336.)
s Ubanius ( Orat. Parmi. , c 30, p. 2S4. ) Ce passage curieux a échappé aux recbercbet de dm antiquaires anglais.
l'orgueil et la puissance des Romains, suspendirent leurs dissensions particulières; et les brigands de la terre et de la mer, les Pietés, les Écossais et les Saxons, étendirent leurs ravages furieux et rapides depuis le mur d' Antonin jusqu'à la côte maritime de Kent. La province riche et fertile de la Bretagne * possédait abondamment tous les objets de luxe et de jouissance que ces barbares ne pouvaient se procurer ni par le commerce , ni parleur propre industrie. En déplorant la discorde éternelle des humains, on sera, je crois, forcé de convenir que l'avidité du butin est un motif de guerre plus raisonnable que la vanité de la conquête. Depuis le siècle de Constantin jusqu'à celui des Plantagenets, les Calédoniens, pauvres et audacieux, firent leur principale occupation du brigandage; et le même peuple dont la généreuse humanité inspirait les chants ossianiens , se déshonorait par une ignorance sauvage des vertus pacifiques et des lois de la guerre. Les Pietés et les Écossais ont * troublé long-temps la tranquillité de lewrs voisins méridionaux, qui ont peut-être exagéré leurs déprédations ; et les Auacotes%une de leurs tribus guerrières, d'abord ennemis, et ensuite soldats de Yalentinien , sont accusés de s'être nourris de chair humaine. Quand ils cherchaient une proie dans les bois, le bci^er leur paraissait un régal plus succulent que ses troupeaux; et ils choisissaient les parties les plus charnues des hommes et des femmes, pour en (aire leurs repas abominables * S'il a réellement
< Les Calédoniens admiraient et enviaient l'or, les chevanx , les arts, etc. des étrangers. (Voyet la disaertatio* du docteur filair sur Ossian , vol. 1 1 , p. 343 , et l'introduction du docteur Macpherson , p. 242-286.)
2 Lord Lyttlelon a raconté dans le plus grand détaD ( Hist. de Henri II, vol. ip, 182), et ledMralier Darid Dalrymple (Annales de rÉcéaBe,T0L i, p. 6Ça ciléd'iiM manière peu affirmative une invasion des Ecossais, qui nil accompagnée d'act» de férocité ( A. D. 1137) , dam un siède où les lois, la religion et la société devaient avoir adouci leurs moeurs primitives.
i Jttacotti beUicota hominum natio. ( Ammin . «xni , 8. ) Cambden (p. clii de son introduction ) a replacé le véritable nom dans le texte de JérOme. Les bandes d'Attacotti, que Jérdme avait rues dans la Gaule, Airent placées depuis en Italie et dans rUIyrie. ^otitia, S. vm .
XXXIX, u.)
* < Cum ipseadolescenlidus In Gallia viderim Atlaooto» > ou ScoUos.GenlembritannieambumanisTescicamibna,
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PAR ED. GIBBON. Ca. XXV.
existé une race d*aiithrofiopiiages dans les environs de la ville commerçante et littéraire de Glascovr, nous pouvons trouver dans l'histoire de l'Ecosse les deux extrêmes de la vie sauvage et de la vie civilisée. Ces réflexions servent à étendre le cercle de nos idées, et à nous faire e^érer que la Nouvelle-Zélande produira peu^être dans quelques siècles à venir un Hume de cet béiuisphère méridional.
Tous ceux qui pouvaient s'échapper en traversant le canal apportaient à Valeutimen les nouvelles les plus alarmantes. L'empereur apprit bientôt que les deux commaadans militaires de cette province avaient été surpris et massacrés par les barbares. Il y envoya, mais rappela précipitamment Sévère, comte des domestiques. Les représentations de Jovinus ne servirent qu'à faire connaître à la cour de Trêves l'étendue du danger. Aprèsde longues délibérations, Valentinien chargea le brave Tbéodose du soin de défendre , ou plutôt de recouvrer la Bretagne. Les Listoriens de ce siècle ont célébré les exploits de ce général , qui fut la tige d'une suite d'empereurs ; mais ses brillantes qualités méritaient leur éLogt , et la nouvelle de sa nomination fut reçue de la province et de l'armée comme un présage heureux de la victoire. Il saisit un moment favorable pour s'embarquer, et aborda sans accident en Bretagne, suivi des nombreux vétérans qui composaient les bandes des Hérules, des Bataves, desJoviens et des Vietors. Dans sa marche de Sandwich à Ixmdres, Tbéodose défit plusieurstroopesde barbares, rendit la liberté à une multitude de jcaptifs, et, après avoir distribué une petite partie des dépouilles à ses soldats, il établit sa réputar tion de générosité en restituant le reste aux propriétaires légitimes. Les catoyens de Londres, qoi commençaient à désespérer de leudélivrance, ouvrirent leurs portes; et, dès que Théodose eut obtenu de la cour de Trêves le secours nécessaire d'un lieutenant
• et cÙQi per sUvas porconua grèges, et armentomn
• pecudumque reperiant , pastonim nates el feminarum
• papillas solere abdndere ; et has solas dborum deli-
• eias arbitrari. > Td est le témoignage de JërOme , L n , p. 75 , dont je ne trouve aucune rusou de soupçonner la véracité.
et d'un magistrat dvil, il exécuta avec sagesse et vigueur l'entreprise difficile de délivrer la Bretagne. Les soldats errans lurent rappelés à leurs drapeaux ; une amnistie générale dissipa leurs terreurs; le général, en donnaut lui-même l'exemple, fit supporter plus patiemment la sévérité de la disciplinemilitaire. La dispersion des troupes de barbares en différens corps , qui exerçaient leurs ravages sur terre et sur mer, ne lui permit pas de remporter des viaoires éclatantes ; mais l'habile général déploya la supériorité de ses taiens dans les opérations de deux campagnes consécutives, et, délivra par sa prudence et son activité, la province entière de ses barbares ennemis. Les fortifications diligemment réparées rendirent aux viUes la sûreté et leur première ^lendeur; la main ferme de ïhéodose repoussa les Calédoniens sur la poiute septentrionale de l'île, et perpétua la gloire de Valentinien parla constitution d'une nouvelle province qu'il nomiut4. Valentie *. Les poètes et les panégyristes ont pu ajouter, avec une {qpparence de vérité, que les régions inconnues de Thule furent teintes du sang des barbares, que les vagues de l'Océan hyperboréen blanchirent sous les rames des galères romaines , et que Théodose remporta une victoire navale sur les pirates saxonsdans le voisinage desOrcades*. Il est constant qu'il quitta la province avec une rq>utation brillante et sans tache, et que l'empereur Valentinien, incapable d'envier le mérite qu'il admirait, récompensa les services de Tbéodose, en l'élevant au grade de maitre-général de la cavalerie. Décoré de ce titre , le libérateur de la Bretagne défit, sur
1 Amaden a raconté dhme manière condse ( xx , I ; xxn, 4;zxTa,8;«xvia, 3) toute Ilriittrire 4e la gmne de Bretagne.
2 HomMlL....ratiI)<u-... ImpcTTiiThaK
nie MC Wm BoalM PMm
Edomntt , uMunqiw ngo nacnwe ieenUK.
Fregit Bncrborcu kbIi audadbiu nodu.
QjUiaïKii in m, ConniLBonor,itn.Ottte.
NMhxnpt SuoM ruo.
Oraida : lacahilt PkUrnB ungnlK Tbnle.
ScMonuB ourahM SmHglMialb tane.
m tf. CmMuLMonor. ya*.3i,eU.
Voyei aussi Paeatus, in Panegyr. Vet., xn, 5. Mais il est ditBdle d'apprécié an juste les métaphores ci la t»- Inir inUinséque d« l'adulation. Comparez les victoires d» Bolanus (Stalius, SUv., v, 2) «tcc son caractère (TacM. m vit. Agricol., e. 15.)
DECADENCE DE L'
le hant Daniibel, les' armées des Allemands , avant qu'on l'eût J,choisijpour apaiser la révolte de l'Afrique.
III. Le prince qui refuse de punir ses ministres coupables passe pour leur^complice dans l'esprit des peuples. Le comte Bomanus avait exercé long-temps en Afrique le commandement militaire, et ses talens n'étaient point indignes de son emploi. Mais, comme la plus sordide avarice déterminait toujours sa conduite, il se montrait souvent l'ennemi de sa province, et le protecteur des barbares du désert. Les trois villes florissantes d'Oen , de Leptis et de Sabrata , qui formaient depuis long-temps une confédération sous le nom de Tripoli *, se trouvèrent pour la première fois forcées de se mettre à l'abri d'un invasion en fermant leurs portes. Les sauvages de Gétulie surprirent et massacrèrent plusieurs de leurs plus honorables citoyens ; ils pillèrent les villages et les faubourgs des villes, et ar^ racbèrent par méchanceté les vignes et les arbres fruitiers. Les habitans consternés implorèrent le secours de Romanus; mais ils éprouvèrent que leur gouverneur n'était ni moins cruel ni moins avide que les barbares. Avant de marcher contre les ennemis, Romanus exigea des Tripolitains quatre mille chameaux et une somme d'ai^ent exorbitante , qu'ils n'étaient point en état de fournir. Cette demande équivalait à un refns , et on pouvait le regarder justement comme l'auteur de la calamité publique. Dans l'assemblée suivante de leurs trois villes, qui avait lien tous les ans, ils choisirent deux députés, qu'ils chaînèrent de porter à Valentinien le don annuel d'une victoire d'or massif, et de lui représenter en même temps ce qu'ils avaient souffert de l'ennemi et de la perfidie de leur gouverneur. Si la sévérité de l'empereur avait été clairvoyante, elle serait tombée sur la tête du coupable Romanus; mais le comte, qui connaissait depuis long-temps par expérience l'influence de l'or, s'assura
I Ammien cite sonvent le ConcUium aniuaim , legittmm» , et Leptis et Sabrai* sont ditruiteii depuis longlanps , mais la ville d'Uea, patrie d' Apulte, est encore florisKinle sous le nom de Tripoli. (Voyez Cellarius, Gëogr. Antiq., t. II , p.181 ; d'Anrille, G^graphie aneieoiie, t. m, p. 71 , 72 ; et MarnKil , Arriqu», t. n, p. S62. )
'EMPIRE ROUAIN, (372 dep. J.-C.)
la faveur vénale de Remigius, grand-maltre des ofiBces , dont les artifices trompèrent ,1e conseil impérial et l'attente des Tripolitains. Une seconde incursion les ayant obligés de renouveler leurs plaintes, la cour de trêves envoya Palladius examiner l'état de l'Afrique et la conduite de Romanus ; mais le gouverneur séduisit aisément le commbsaire. Une partie du trésor qu'il avait apporté pour payer les troupes fut le prix de sa perfidie; et dès qu'il eut commis ce crime il attesta l'innocence de Romanus , et déclara l'acensatioa des Tripolitains fausse et calomnieuse. Palladius retourna de Trêves en Afrique, avec une commission spéciale pour chercher et punir les auteurs d'une conspiration contre les représentans du souverain. Les informations se firent avec tant d'adresse et de succès, que les habitans de Leptis, qui venaient de soutenir un siège de huit jours , se dédirent et blâmèrent la conduite de leurs députés. ValenUnien condamna injustement à mort le président du conseil de Tripoli , qui avait osé gémir sur les malheurs de la provmce, et on l'exécuta publiquement à Utique, avec quatre des principaux citoyens , qui passèrent pour ses complices ; deux antres eurent la langue arrachée par ordre de l'empereur ; et Romanus conserva son commandement militaire jusqu'au moment où les Africains, poussés à bout par ses vexadons, entrèrent dans la révolte du Maure Firmus '.
Son père Nabal était un des pins puissans princes maures qui reçussent la loi des Romains. 11 avait laissé en mourant de ses femmes et concubines une postérité nombreuse, qui se disputa sa riche succession ; et Zamma, l'un de ses fils, fut tué dans une querelle par son frère Firmus. Le zèle avec lequel Romanus poursuivit la vengeance de ce meurtre ne peut guère s'attribuer qu'à des motifs d'avarice ou de haine personnelle; mais son entreprise était juste, et sa puissance lui donnait les moyens de l'exécuter. Firmus, réduit a l'alternative de porter sa tête à la hache du bourreau, ou d'appeler au peuple et à son épée de la sentence du conseil impérial, prit le der-
' Ammien, xvm , 9. TiOemont (UiSl.dcsemper.,L v, p. 25, S76,)a discolé les difficultés diron(d(^que$ de l'hisloire du comte Romanus.
(373 dep. J.-C.)
PAR ED. GIBBON. CH. XXV
nier parti, et on le reçut comme le libérateur de son pays *. Dèsque les Africains s'aperçurent queRomanus n'était formidable que dans une province soumise , le tyran devint l'objet du mépris général. Firmus réduisit Césarée en cendres, et apprit aux autres villes qu'il était dangereux de lui résister. Il commandait aux provinces de Numidie«t de Mauritanie, et douta un moment s'il prendrait le diadème d'un roi maure, ou la pourpre d'un empereur romain. Mais les Africains reconnurent bientôt que leur imprudente entreprise était au-dessus de leurs forces et de l'habileté de leur chef. Ils ignoraient encore le choix d'un général que des vaisseaux de transports attendaient à l'embouchure du Rhône, lorsque le grand Théodose débarqua près d'Igilgilis ou de Gigeri, sur la côte d'Afrique, suivi d'an corps de vétérans. La terreur de son nom fit perdre tout espoir au timide Firmus ; et, quoiqu'il lui restât des troupes et des trésors, il eut recours aux artifices employés par Jngurtha dans le même pays et dans une situation semblable. L'usurpateur essaya de tromper la vigilance du général romain par une soumission apparente, de séduire ses troupes, et de traîner la guerre en longueur, en engageant successivement les tribus indépendantes d'Afrique à épouser sa querelle, ou à faciliter sa fuite. Théodose imita la conduite et obtint le succès de son prédécesseur Métellus. Lorsque Firmus, d'un ton de suppliant, vint déplorer sa propre imprudence, et solliciter humblement la clémence de l'empereur, le lieutenant de Valentinien le reçut amicalement, et ne s'opposa point à sa retraite ; mais il exigea des preuves évidentes de son repentir, et les insidieuses protestations du prince maure ne lui firent pas ralentir un seul instant ses opérations militaires. Théodose découvrit par sa vigilance cette conspiration, et il satisfit sans répugnance l'indignation du peuple qu'il avait secrètement
■ « La chronologie d'Amniien est vague et obscure ; et Orose (!. Tii, c. 33 , p. 551 , édit Havercamp ) semble |>lac«- la révolte de Firmus après la mort de Valentinien et de Valens. TUIemont (Hist des Emper. , t. r, p. 691) tâche de faire son chemin à travers les ténèbres. Les mules des Alpes marchent d'un pied sflr sur les passages les plus gibsans et les plus escarpés.
excitée. On abandonna, selon la coutume, une partie des complices de Firmus à la fureur des soldats; d'autres eurent les deux mains coupées, et servirent à inspirer la crainte et l'horreur. Au milieu des plaines immenses de Gétulie et des nombreuses vallées du mont Atlas, il était impossible d'éviter la fuite de Firmus, et, si l'usurpateur avait pu lasser la patience de son adversaire, il aurQit pu se cacher dans la profondeur de quelque solitude , en attendant une révolution plus heureuse. Mais la persévérance de Théodose ne se démentit point, et il poursuivit sans relâche la résolution de terminer la guerre par la mort du rebelle et le châtiment de toutes les tribus d'Afrique qui partageaient son crime. A la tête d'un petit corpsde troupesqui excédait rarement trois millecinq cents hommes, le général romain s'avança dans le cœur du pays, et unissant la prudence à l'intrépidité, il repoussa quelquefois des armées de vingt mille Maures. L'impétuosité de ses attaques les frappait de terreur, et l'habileté de ses retraites les déconcertait. Les ressources inconnues de l'art militaire déjouaient tous leurs plans, et ils furent forcés de reconnaître la supériorité du chef d'une nation civilisée. Lorsque Théodose entra dans les vastes états d'Igmazen, roi des Isaflenses, le sauvage arrogant lut demanckk d'un ton de mé» pris son nom et l'objet de son expédition. < Je suis, lui répondit le comte, d'un ton fier
> et dédaigneux , je suis le général de Va- » lentinien, le monarque de l'univers; il
> m'envoie ici pour poursuivre et pimir un
> scélérat déterminé. Livre-le à l'instant , et » sois sûr que, si tu n'obéis pas au comman-
> dément de mon invincible souverain, toi et
> ton peuple, vous serez bientôt exterminés. > Dès qu'Igmazen fut persuadé que son ennemi avait des forces suffisantes pour exécuter sa menace, il consentit à acheter une paix nécessaire par le sacrifice du fugitif. Les gardes placés pour s'assurer de Firmus lui ôtaient tout espoir de s'échapper; mais le Maure rebelle , après avoir banni la crainte de la mort par l'ivresse, évita le triomphe insultant des Romains, en s'étranglant pendant la nuit. Son cadavre était lé seul présent qu'Igmazen pût faire au général. On le jeta sur un
DECADENCE DE L
chameau , et Théodose reconduisit 'ses troupes victorieuses à Sitifi , où le i«ste de son armée le reçut avec des acclamations de joie et de fidélité <.
Les vices de Romanns avaient fait perdre TAfHque, les vertus de Théodose la rendirent aux Romains ; et la conduite que la cour impériale tint avec ces deux généraux , peut servir de leçon en satisfaisant la curiosité. En arrivant en Afrique , Théodose suspendit l'autorité du comte Romanus; il fut mis, jusqu'à la fin de la guerre, sous une garde sûre , mais traité avec distinction. On avait les preuves les plus incontestables de ses crimes , et le pubKc attendait avec impatience qu'on le livrât à la sévérité de la justice ; mais la protection puissante de Hellobandes lui facilita les moyens d'embarrasser ses juges, et d'obtenir des délais qui lui donnèrent le temps de se procurer des témoins favorables , et de couvrir sa conduite <ïriminelle par des mensonges et des calomnies. A peu près dans le même temps, on trancha ignominieusement, à Cartbage, la tète du libérateur de la Bretagne et de T Afrique, sous le prétexte odieux que ses sauces et sa réputation le rendaient suspect. Valentinien n'existait plus ; et on peut imputer aux miffistres qui abusaient de l'inexpérience de ses fils, la mort de Théodose et l'impunité de Romanus *.
Si Ammien eût heureusement employé son exactitude géographique à décrire les exploits de "rhéodose dans l'Afrique, nous aurions détaillé avee satisfaetîon tontes les circonstances de sa marche et de ses victoires; mais, la fastidieuse énumération desr tribus inconnues de l'Afrique peut se réduire à la remarque générale qu'elles étaient tontes de la race noire des Maures, qu'elles habitaient, surles derrières des provinces de Numidie et de Mauritanie, le pays que les Arabes ont nommé depuis la patrie des dattiers et des sauterelles ', et que, comme
< Ammien, xxix, 5. Le texte de ce long cbapilre de «piatorze pages in-4* est corrompu et défiguré, et le récit est obscurci, faute de jaloM géographiques et de renseigncmens ehroBologiques.
2 AmiBien,xxfin,4;Orose;i. vn, c 33, p. 561, 562; Jérôme, dans sa chronique, p. 187.
* Léo AIHcainus , dans les Fia^de Bamusio\ 1. 1,
EMPIRE ROMAIN, (373 dep. J.-C. j
la puissance des Biomafaas déclinait enAfnque, la culture des terres et les mœurs civilisées y diminuaient en proportion. Au-delà des limites des Maures, le vaste désert dn sud s'étend à plus de trois cent cinquante lieues jusqu'aux bords du Niger. Les anciens , qui connaissaient très-imparfeitement la grande péninsule d' Afrique, ont cru long-temps que la zone torride n'était point susceptible d'Are habitée par des hommes S et ils la peuplaient, au gré de leurs imaginations, de monstres et d'êtres fantastiques », de satyres *, de centaures * et de pygmées humains qui faisaient la guerre aux grues ". [Les Carthaginois auraient tremblé, s'ils avaient su que le pays coupé par l'équatenr recelait des deux côtés une multitude de nations qui ne différaient des hommes ordinaires que par la couleur; et les Romains auraient pu craindre que les
p. 7^-83) , a fait une description curieuse des peuples et do pays, queMarmol (Afrique , t. m, p. 1 , 54} décrit d'une manière encore beaucoup plus détainée.
> Les progrès de l'ancienne géegrapfeie réduiaircHt pei à peu celte zone inhabitable de quarante-cinq à vingtquatre , ou même à seize d^rés de latitude. ( Voyez une note savante dn docteur Robertson, Hist. d^Amérique. vol*. I. p. 426.)
2 tntra, si credar Ubei, viteJoM homiMs et v»agit semiferi... Safy-ri,Blemmxes,ete.(.Piaafomu Mela,i,4, p. 26 , édit. Voss. , in-8°. ) Pline explique philosophiquement les irrégularités de la nature, que sa crédulUé avait adfflise9(v. &)
* Si le satyre était le mtaeqne l'orang-outang, on singe de la gnnde espèce (BufTon, Hist. Nat. , t. xiv , p. 43, etc.) , il est possible qu'on en ait vu un à Alexandrie sous le règne de Constantin. Il reste cependant toujours un peu de difOcuIté relativement à la conversation que saint Antoine eut avec un ite ces |rieux sauvages- dans ledésertdeta Tbébaide.(JeH»B., in FU.P€uU. «remit., (t. 1, p. 238.)
* Saint Antoine rencontra aussi un de ces monstres dbnt l'empereur Claude affirme sérieasement l'existence. Le public s'en moquait ; mais son préfet d'Ëgyte eut l'adresse d'envoyer , d'après une préparation artiOeieufle , la soi-disant corps embaumé d'un hippoeentaure , qiMl'oB conserva durant plus d'un siècle dans le palais impérial. ( Voyez Pline , Hist. Mat. , m , 3 , et les Observât judicieuses de Freret , Mém. de l'Acad. , t. vu , p. 321 , etc.)
< La hble des pygmées est aussi ancienne qu'Homère. ( Iliade , m, 6). Les pygmées de l'Inde et de l'Ethiopie, i'rispilhami, n'avaient que vingt-sept pouces de haut«nr, et, dès le commencement du printemps , leur cavalerie, montée sur des béliers , se mettait tous les ans en campagne pour détruire les œufs des grues. JUter, dit Pline, fiituris gregibus non resitU. Us construisaient leurs maisons de boue , de plumes et de coquilles d'œuft. (Voy. Pline,Ti,35;Tn,2;etStrabon,l.n,p.l21.)
(373 dep. J.-C.)
sauvages habitansdnMidi ne vinssent bientôt appuyer les ravages des barbares du Mord. Une connaissance plus particulière du génie des Africains aurait sans doute anéanti ces vaines terreurs. On ne doit, à ce qu'il me semble, attribuer l'inaction des nègres, ni à leur vertu ni à leur pusillanimité. Ils se livrent^, comme tous les hommes, à leurs passions et à leurs appétits, et les tribus voisines se font fréquemment la fguerre '. Mais leur ignorance grossière n'a jama'is cherché à perfectionner les armes pour l'attaque ou pour la défense. Ils paraissent également incapables de foi^ mer un plan vaste de conquête ou de gouvernement ; et les nations des zones tempérées abusent cruellement de l'infériorité reconnue de leurs facultés intellectuelles. On embarque annuellement sur la côte de Guinée soixante mille noirs , qui ne reviennent jamais dans leur patrie. On les charge de chaînes *, et cette émigration continuelle, qui, dans le cours de deux siècles , aurait pu fournir des armées susceptibles de subjuguer l'univers, atteste les crimes de l'Europe et la faiblesse de l'Afrique.
rV. Les Romains observèrent fidèlement le traité ignominieux qui avait sauvé l'armée de Jovîen ; et leur renonciation solennelle à l'alliance de l'Arménie et de l'Ibérie exposa ces deux royaumes aux entreprises du monarque persan *. Sapor entra dans l'Arménie à la tête d'un corps formidable de cuirassiers , d'arcbers et d'infanterie mercenaire. Mais ce prince s'était fait une habitude de mêler les négociations aux opérations militaires, et de considérer le parjure et la trahison comme le plus précieux instrument de la politique des souverains. II affecta de donner des louanges à la conduite prudente et modérée du roi
< Les troidème et quatrième Tolnmes de l'exceUentt Histoire des Toyagesl déeriTent l'état; actuel des nègres. Le commerce des Européens a drilisé les liabitans des côtes maritimes, et les colonies des Maures ont amélioré l'intérieur du pays'en s'y répandant.
î Hisl. Pliilosoph. et Polit. , etc.', t. nr , p. 192.
3 L'autorité d'Ammien est décisive (xxvu , 12). Moïse de OtoTèae ( 1. ni, c. 17, p. 24»,.et c. 34 , p. 269) et Procope (de Bell, persic. , 1. 1, c. 5^ p. 17, édit. du Louvre) ont été consultés. Mais ces historiens , qui confondent des fdts dilTérens, répèlent les mêmes érénemens, et font d'étranges histoires. On ne doit leur donner confiance qu'avec beaueoup de restriction et de drconspeclion. GIBBON, I.
PAR ED. GIBBON. CH. XXV
d'Arménie ; et le crédule Tûrane, trompé par ses fausses démonstrations d'amitié , confia sa personne et sa vie à son perfide ennemi. Au milieu d'une fête brillante, on le garrotta de chaînes d'argent, par respect pour le sang des Arsacide» ; et, après avoir langui quelque temps dans la tour d'oubli à Ecbatane, il fut délivré de la vie, ou par sa propre main, ou par celle d'un assassin. Le royaume d'Arménie devint une province de Perse. Sapor, après en avoir partagé l'administration entra un satrape estimé et un de ses eunuques favori, marcha, sans perdre de temps, contre les belliqueux Ibériens. Ses forces supérieures expulsèrent Sauromaces, qui régnait en Ibérie , sous la protection ides empereurs; et, pour insulter à la majesté de Rome , le roi des rois donna la couronne à l'ignoble Aspacuras. Dans toute l'Arménie, la ville d'Artogerasse ' osa seule résister aux armes de Sapor. Le trésor déposé dans cette forteresse tentait l'avarice du Persan ; mais l'infortune d'Olympias, femme ou veuve du roi d'Arménie, excitait la compassion publique, et animait la valeur des citoyens et des soldats. Les Persans furent surpris et repoussés sous les murs d'Artogerasse , dans une sortie audacieuse et bien concertée ; mais les troupes de Sapor se renouvelaient et s'augmeptaient sans cesse ; la garnison épuisée perdait courage ; un assaut emporta la place ; et le vainqueur, après avoir détruit la ville par le fer et par la flamme , emmena captive une ' rmne qui , dans des temps plus heureux , avait été deat'uiée à épouser le fils de Constantin *. Sapor triompha facilement des deux royaumes; mais il eut bientôt lieu d'apercevoir qu'une conquête est toujours mal assurée quand les sentimens de haine et de vengeance restent dans le cœur des citoyens. Les satrapes qu'il était forcé d'employer saisirent la première occasion de regagner la confiance de leurs
> Veal-Htn Artagère ou Ardis, sous les murs de 1aqneDe Gains , petit-6ls d'Auguste, Ait blessé. CeUe forteresse'était située au-dessus d'Amida , près de l'une des sources du Tigre ( Voyez d'Anville , Géograph. ancienne, t. n, p. 106.)
ï Tlllemont (Hist. desEmper., t. r, p. 701)pi»UTe, par la ciuronoK^e, qu'Olymnias devait être la mère de Para.
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DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
contpairiotes , et de signaler leur haine implacable contre les Persans. Les Arméniens et les Ibériens depuis leurconversion avaient toujours regardé les chrétiens comme les favoris de l'Être suprême, et les [mages comme ses ennemis. L'influence du clergé sur des peuples superstitieux fut toujours favorable aux Romains. Tant que les successeurs de Constan>tin disputèrent à ceux d'Artaxercès la possession des provinces intermédiaires de leurs états , la parité des opinions religieuses donna un avantage décisif aux prétentions de l'empire. Une faction nombreuse et active reconnut Para, fils de Tirane, pour le légitime souverain de l'Arménie, et ses droits au tr6ne étaient consacrés par «ne succession de cinq cents ans. Du consentement unanime des Ibériens, les deux princes rivaux partagèrent «gaiement les provinces; et Aspacuras, placé sur le trône par le choix de Sapor , déclara que ses enfans, en otage chez le roi de Perse, étaient la seule considération qui l'empêchait de renoncer ouvertement à son alliance. L'empereur Yalens , qui craignait , en manquant aux conditions de son traité , d'envelopper l'Orient dans une guerre dangereuse , mit beaucoup de lenteur et dé précautions dans les secours qu'il donnait en Arménie et en Ibérie aux partisans des Romains. Douze légions établirent l'autorité de Sauromaces sur les rives du Cyms ; et la valeur d'Arinthéns défendit les bords de l'Euphrate. Une puissante armée, sons les ordres du comte Trajan et de Vadomair, roi des Allemands,établit son camp sur les confins de l'Arménie ; mais on leur enjoignit sévèrement de ne pas briser le traité en commençant ies hostilités; et telle fut la stricte obéissance du général romain , qu'il essuya patiemment une grêle de traits en faisant sa retraite , et attendit l'attaque des Persans, pour se venger par une victoire légitime. Cependant ces apparences de guerre se terminèrent en négociations. Les Romains et les Persans s'accusèrent mutuellement d'ambition et de perfidie ; et il y a lieu de croire que le traité avait été rédigé d'une manière bien obscure , puisqu'on fut obligé d'en appeler.au témoignage des généraux qui avaient assisté aux négociations '. L'invasion des
' AmmicD (sxt|i, 12;xxn,1;nx,l , 2) a décrit
Huns et des Goths , qui ébranlèrent peu de temps après les fondemens de l'empire romain , exposa les provinces d'Asie aux entreprises de Sapor. Mais la vieillesse du monarque, et peut-être ses infirmités, lui firent adopter des maximes de modération. Il mourut en 380, après un règne de soixante-dix ans, et tout changea à la cour et dans les conseils. Les Persans s'occupèrent de troubles intérieurs, et d'une guerre sur les frontières de la Caramanie'.Le souvenir des anciennes injures s'éteignit dans les jouissances de la paix. Les royaumes d'Arménie et d'Ibérie reprirent leur neutralité, du consentement mutuel et tacite des deux empires. Dans les premières années du règne de' Théodose, un ambassadeur persan vint à Constantinople désavouer la conduite violente du dernier règne, et offrir comme un tribut d'amitié, et même de respect, un magnifique présent de pierres précieuses, d'étoffes de soie, et d'éiéphans des Indes *.
Les aventures de Para forment le trait le plus saillant dans le tableau général des affaires de l'Orient, sons le règne de Yalens. Ce jeune prince s'était échappé, à la sollicitation de sa mère Olympias, à travers la multitude dePersans qui assiégeaient Artogerasse, et avait imploré le secours de l'empereur d'Orient. Le timide Yalens prit la défense de Para, le soutint, le rappela, le rétablit, et le trahit alternativement; et ses ministres lui persuadèrent qu'il serait à l'abri du reproche de Sapor, tant que son protégé ne posséderait ni le trôde , ni le titre de roi ; les espérances des Arméniens se soulevèrent par la présence de leur souverain naturel. Hais ils se repentirent bientôt de leur imprudence. Le moles éréncmens de la guerre de Perse , sans donner aucune date. Moïse de Chorène (Hist. d'Arménie,!. ni,c.28, p. 261 ; c. 31 , 266 ; c. 35 , p. 271 ) ajoute quelques foiU ; mais il n'est pas facile de distinguer la Térité noyée dans des fables.
< Artaxercès tut le successeur du grand Sapor. n était son frère ou cousin-germain , et tuteur de son flis Sapor m. (Agalhias, 1. nr, p. 136.Voyez l'Hist.jlIniv. .toI. n, p. 86, 161.) Les auteurs de cel ouvrage inégal ont compilé la dynastie des Sassanides ; mais c'est un mauvais arrangement que de vouloir diviser la partie romaine et la partie orientale en deux histoires dlfrérentes.
2 Pacatus, in Panegyr. Fet.,m, 22, et Orose, 1. td, c. 34. Ictumque tum fœilus est , quo universus Oriens usque ad nunc ( A. D. 410) tranquiUissime fhùtur.
PAR ED. GffiBON. CH. XXV.
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narque persan éclata en menaces, et Para laimême leur donna de grands sujetsde méfiance. Il sacrifiait, au moindre soupçon, la vie de ses plus fidèles dome8tiques,et tenait secrètement une correspondance odieuse avec l'assassin de son père et l'ennemi de son pays. Sous le prétexte de se consulter avec l'empereur sur les intérêts communs , on persuada à Para de descendre des montagnes d'Arménie, où son parti était en armes , et de mettre son destin et sa vie à la discrétion d'une cour perfide. Les gouverneurs des provinces le reçurent à son passage , et lui prodiguèrent les honneurs jusqu'à Tarse en Cilicie, où on arrêta sa marche sous diflerens prétextes. On guettait toutes ses démarches avec la vigilance la plus respectueuse. Enfin il s'aperçut qu'il était le prisonnier des Romains. Dissimulant avec soin ses craintes et son indignation, il prépara sa fuite , et partit accompagné d'un corps de trois cents hommes de sa cavalerie. L'oflicier de garde à la porte de sa chambre avertit le commandant militairede Cilicie, quil'atteignit dans le faubourg, et lui représentainutilement l'imprudence et le danger de son entreprise. On envoya une légion à sa poursuite; mais une légion ne pouvait pas inquiéter la fuite d'un corps de cavalerie légère, et à la première décharge de leurs traits , elle revint sous les murs de Tarse. Après une marche de deux jours et de deux nuits. Para et ses Arméniens arrivèrent au bord de l'Euphraie , dont le passage, qu'ils opérèrent à la nage, leur occasions du retard et la perte de quelques-uns de leurs compagnons. On avait donné l'alerte à toutes les troupes, et les deux chemins, qui n'étaient séparés que par un intervalle de trois milles, étaient fermés par un corps de mille archers à cheval, sous les ordres d'un comte et d'un tribun. Para aurait inévitablement cédé à la supériorité du nombre, sans le hasard d'un voyageur qui l'instruisit du danger et du moyen d'y échapper. La troupe d'Arméniens s'enfonça dans le sentierpresqueimpraticable d'un petit bois, et laissa derrière elle le comte et le tribun, qui attendaient patiemment leur arrivée sur le grand chemin. Ils retournèrent très-honteux à la cour impériale, etassurèrent hardiment que le prince avait certainement eu recours à la magie pour se transformer.
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lui et ses cavaliers, de manière à passer sans être aperçus. Arrivé dans son royaume. Para alTecta d'être toujours l'allié et l'ami des Romains; mais ils l'avaient insulté trop violemment pour lui rendre leur confiance, et sa mort était déjà secrètement décidée dans le conseil de Valens. La conduite de cette peiv fidie fut confiée a& comte Trajan ; et il eut l'adresse de s'insiiiuer assez dans la confianced'un prince crédule , pour se procurer l'occasion de l'assassiner. Para (iit invité à un» fête préparée avec tout le iaste et toute 1» sensualité de l'Orient. Tandis que les convives, cchaufTés par le vin, s'amusaient d'une musique militaire dont la, salle retentissait, lecomte Trajan disparut ; il rentra l'épée nu& à la main , et donna le signal du massacre. Un barbare vigoureux s'élança sur le roi d'Ai^ ménie ; et, quoiqu'il défendit courageusement sa vie avec la première arme qui lui tomba sous la main, il succomba , et la table du général romain fut teinte du sang royal d'un convive et d'un allié. Telles étaient les maximes faibles et odieuses de l'administration des Romains ; pour suivre le fil incertain d'un intérêt politique, ils violaient inhumainement les lois des nations et les droits sacrés de l'hospitalité *.
V. Durant un intervalle de paix de trente années, les Romains fortifièrent leurs frontières, etle&Gothsétendirent leurs conquêtes. Les victoires du grand Hermanric *, roi des Ostrogoths , et le plus, noble de la race des Amali , ont été comparées, par l'enthousiasme de ses compatriotes, aux exploits d'Alexandre, avec cette différence singulière et presque incroyable , que le génie marUal du héros gothique, an lieu d'être soutenu par la vigueur de la jeunesse , n'éclata que dans l'hiver de sa vie, depuis l'âge de quatre-vingts ans jusqu'à celui décent dix. Les tribus indépendantes reconnurent de force ou de gré le roi des
1 Vojrez dans Ammien (xxx, 1) lesaventnresdePara. Moise de Cborène le nomme Tiridate, et raconte de son Bis Gnélus une histoire longue el assez probable : il séduisit le peuple d'Annenie, et alluma la jalousie du roi régnant ( I. m, c. 21 , etc. ; p. 253 , etc.)
î Le récit succinct du règne et des conquêtes d'Hermanric me paraît un des meilleurs fTagmens que Jornandès ait lire des hisloires des Golhs d'Ablavius cl de Cassiodore • ' . . .
Ostrogoths pour le souverain de la nation gothique. Leschefe desVisigoths et desThertingiens renoncèrent au titre de roi, et se contentèrent de la dénomination plus modeste de juges. Parmices juges, Athanaric, Fritigemet Alavivus étaient les plus illustres , par leur mérite personnel et par leur proximité des provinces romaines. Ces conquêtes domestiques augmentaient la puissance militaire «fHermanric, et étendaient les vues de son ambition. 11 envahit les pays situés au nord de ses états; et douze nations, dont les noms et les limites ne sont pas exactement connus, cédèrent successivement à l'eflbrt de ses armes '.Les Hernies, qui habitaient des 'terres marécageuses près le lac Méotis , étaient renommés par leur force et leur agilité, et lés Romains se servaient utilement de leur infanterie légère contre les barbares. Mais les' infatigables Goths subjuguèrent à la fin les Hernies; et, après une action sanglante , dans laquelle leur roi fut tué , les restes de cette tribu guerrière passèrent dans le camp d'Hermanric. Il tourna ses armes contre les Yénèdes , formidables par leur nombre, mais peu accoutumés à la guerre; ils occupaient les vastes plaines de la Pologne moderne. Les Goths ne leur étaient pas inférieurs en nombre ; la discipline et l'habitude des combats leur donnèrent la victoire. Après avoir soumis les Yénèdes, Hermanric s'avança , sans trouver de résistance , jusqu'aux confias des Estiens *, peuple ancien,,dont le nom s'est perpétué dans la province d'Estonie. Ces peuples, situés à quelque distance de la mer Baltique, exerçaient l'agriculture, faisaient le commerce d'ambre , et adoraient particulièrement la mère des dieux. Mais la rareté du fer obligeait les guerriers estiens à combattre avec des massues de bois, et Hermanric eut moins besoin de valeur que de prudence pour les
< M. de Buat (Histoire des peuples de l'Europe , t. n, p. 311-320) , recherctie arec plus de soin que de succès les jialions soumises parles armes d'Hennanric. 11 nie l'existence des yasinobroncce , à cause de la longueur de leur nom. Cependant l'envoyé de France à Ratisbonne ou à Dresde doit avoir traversé le pays des Mediomatrici.
2 On trouve le nom i'jEstri dans l'édition de Grotins (Jornandès,p'. 642); mais le bonsens et le manuscrit de la bibliothèque Ambroisienne ont replacé celui A'JEstii, dont Tacite a peint les mœurs.et la dtuation. {GermaïUa, c. 45.)
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIK
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asservir. Ses états, qui s'étendaient depuis le Danube jnsqn'àla mer Baltique, comprenaient les premiers établissemens des Goths et tontes leurs conquêtes. Il régnait sur la plus grande partie de l'Allemagne et de la Scythie, avec l'autorité d'un conquérant, etqaelquefois avec la cruauté d'un tyran.' Mais il commandait à une multitude d'hommes inhabiles à perpémcr et à illustrer la mémoire de leurs héros. Le nom d'Hennanric est presque oublié; ses exploits sont imparfaitement connus, et les Romains semblèrent ignorer eux-mêmes les succès de son ambition qui menaçait ta liberté du Nord et la tranqtdllité de l'empire '.
Les Goths étaient héréditairement affectionnés à la maison de Constantin , dont la puissance et la libéralité leur avaient rendu tant de services. Ils respectaient la foi des traités; et, s'il arrivait à quelques-unes de leurs bandes de passer les frontières romaines, ils s'excusaient , de bonne foi , sur l'impétuosité indocile de la jeunesse barbare. Leur mépris pour deux princes obscurs nouvellement élevés sur le trône, par l'élection du peuple, éveilla leur ambition , et leur fit conceyoir le dessein d'attaquer l'empire avec toutes les forces réunies de leur nation*. Dans ces dispositions , ils consentirent volontiers à embrasser le parti de Procope, et à fomenter les discordes civiles desRomains. Le traité public ne stipula que dix mille auxiliaires ; mais le zèle ardent des chefs des Visigoths rassembla une armée de trente mille hommes, avec laquelle ils passèrent le Danube *. Ils marchèrent dans la confiance que leur valeur invincible déciderait du sort de l'empire ; et les champs de la Thrace furent couverts de barbares qui déployaient l'arrogance d'un maître et la fureur d'un ennemi. Mais la débauche, qui satisfaisait leurs passions, arrêta
>. Ammien (xxxi, 3) observe en tomes généraux : ErmenricfU.....nobUissimi régis, et , pernuUta va~ Haque fortUerfaeta , vicinis gentihiu formidati, ete.
2 Falots doeetur relatUmibus dueum, gentan
Gothorum , ea tempestate inlactam ideoque savisHmam, conspirantem in uimm , ad pervadendam par rari collimitia Thraeiarum. (Ammien, un, 6.)
IM. de Buat (Hist. des peuples de l'Europe, t. 6, p. 332) a eonstaté le véritable nombre de ces anxiliaira. Les trois mille d'Ammien et les dix mUle de Zosime ne formafwtque les premières divisiont de l'armée des GoU».
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PAR ED. GIBBON. CH. XXV
leurs progrès, et, avant d'avoir appri» la défaite et la mort de Procope, ils aperçurent, par les dispositions militaires, que l'autorité était repassée dans les mains de son rival. Une chaîne de postes et de fortiBcations, placés avec intelligence par Valons ou par ses généraux, arrêta leur marche ooupa leur retraite et intercepta leurs subsistances. La férocité des barbares ne tint point contre la faim ; ils déposèrent leurs armes aux pieds du vainqueur , qui leur offrit des vivres et des chaînes. Valens distribua celte multitude de captifs dans toutes les villes de l'Orient ; et les provinciaux, se familiarisant bientôt avec leur figure sauvage, essayèrent leurs forces contre ces adversaires formidables , dont le nom avait été si long-temps un objet de terreur. Le roi des Scythes fut consterné et irrité de cette perte nationale. Ses ambassadeurs se plaignirent hautement à la cour de Valens de l'infraction d'une alliance ancienne et solennelle, qui subsistait depuis si longtemps entre les Goths et les Romains. Ils représentèrent qu'ils n'avaient fait que remplir leurs devoirs en secourant le parent et le successeur de Julien, et exigèrent la restitution immédiate de leurs concitoyens captifs. Un de leurs moyens de dérense est d'une espèce singulière: ils prétendirent que leurs généraux, traversant et ravageant l'empire, à la tète de leurs soldats indisciplinés, devaient être considérés comme des ambassadeurs, et jouir de leurs privilèges. Le refus de ces demandes extravagantes leur fiit annoncé par Victor ' , maitre général de la cavalerie, qui leur exposa, avec autantde fermeté quede modération, les justes griefs de l'empereur de l'Orient. La négociation fut interrompue, et les mâles conseils de Valentinien encouragèrent son timide frère à venger la majesté de l'empire *.
< Oo troirve dans les Oragmens d'Euoape (Excerpt. Légat., p. 18, édit. du Louvre) l'histoire de la mardie et des négociations qui suivirent. Les provindans trouvirent , en se bmiMÔrisant avec les barbares, qu'ils n'étaient pas d'une forée si redoutable qu'ils se l'étaient imaginé. Us avaient la taille haute, mais les jambes peu agiles , et les épaules étroites.
> Falens enim, ut consulta placuerat fl-atri, enjus rtgebatur arbitrio, arma eonautitin Gotkos, ratione Jiula pemutbis. Ammien (xxm, 4) continue à décrire, non pas te pays des Gotbs, mais la province paisible et coumiM de la Ttarace, qui ne prit point part à la guerre. |
Un historien de ce siècle a célébré l'importance et l'éclat de cette guerre de$ Goths ' , dont les événemens ne méritât l'attention de la postérité , que comme le^ avants-coureurs du déclin et de la chutQ de l'empire. Au lieu de conduire lui-même ses soldats scythes et allemands sur les bords du Danube ou aux portes de Constantinople, le monarque, suecomliant sous le ptuds des années , chargea le brave Athanaric de la gloire et du danger d'une guerre défensive, contre un ennemi qui tenait d'iue main faible les rênes d'un vaste empire. On établit un pont de bateaux sur le Danube; la présence de Valens anima les troupes , et l'empereur suppléa à son ignorance de l'art de la guerre par sa valeur personnelle, et par. sa déférence aux sages conseils de Victor et d'Arinthéus, mahres généraux de la cavalerie et de l'infanterie. Ils conduisirent habilement les opérations de la campagne, mais sans pouvoir chasser les Visigoths des forts qu'ils occupaient sur les montagnes ; et les Romains, manquant de subsistances dans les plaines qu'ils avaient dévastées, repassèrent le Danube à l'approche de l'hiver. Les pluies continuelles ayant enflé prodigieusement le cours de ce fleuve, occasiooèrent une suspension d'armes tacite, et retinrent Valens durant tout Tété suivant dans son camp de Mardanapolis. La troisième année de la guerre fut plus avantageuse aux Romains, et plus-funeste pour les Goths. La cessation du commerce privait les bari)ares des objets de luxe que l'habitude leur rendait déjà nécessaires ; et le dégftt d'une portion considérable de leur pays les menaçait des horreurs d'une famine. Athanaric se décida ou fut forcé à risquer une bataille, qu'il perdit dans la plaine; et la cruelle précaution que prirent les généraux victorieux, de promettre une forte gratification pour chaque t^e de Goth présentée dans le camp impérial , rendit la défaite et la poursuite plus sanglantes. La soumission des barbares apaisa Valens et son conseil. L'empereur écouta fa-
1 Eunape, in Excerpt, Légat., p. 18, 19. Le sophiste grec a sûrement considéré comme une seule guerre toute la suite de l'histoire des Gottis, jusqu'aux victoires et à la paix de Théodose.
DECADENCE DE
Torablement les remontrances éloquentes et flattenses du sénatde Constantinopie, qui prit pttrt pour la première fois aux délibérations publiques ; et on chargea les généraux Victor et Arinthéus , qui avaient conduit si heureusenent la guerre , de régler le& conditions de la paix. La liberté du commerce , dont les Goths jouissaient précédemment, fut restreinte à deux villes situées sur le Danube. Leurs chefs payèrent leur irapriMlence par la perte des subsides et de leurs pensions ; et l'exception stipulée en faveur du seul Athanaric fut plus avantageuse (pi'honorable au juge des Yisigoihs. Athanaric, qni, dans cette occasion, semble avoir consulté son intérêt personnel , sans attendre les ordres de son souverain, soutint sa propre dignité et celle de sa nation , lorsque les ministres deValens lui proposèrent une entrevue. Il persista dans son refus, en observant qu'il ne pouvait pas mettre le pied sur les terres de l'empire , sans se rendre coupable de parjure et de trahison; et il est plus que probable que les perfidies récentes des Romains contribuèrent à lui faire observer religieusement son serment. On choisit pour le lieu de la conférence , le Danube, qui séparait les états de deux nations indépendantes. L'empereur de l'Orient et le juge des Yisigoths , accompagnés d'un nombre égal de gens armés, s'avancèrent chacun dans un grand bateau jusqu'au milieu du fleuve. Après avoir ratifié le traité et reçu les otages, Yalens retourna en triomphe à Constantinopie, et les Goths restèrent paisibles environ six ans, jusqu'à l'époqneoù une multitude deScythes, descendus des régions glacées du Nord, les chassa de leurs foyers, et les précipita dans les pro- VBices romaines '.
En cédant à son frère le gouvernement du bas Danube, l'empereur de l'Occident s'était réservé la défense des provinces de Rbétie et
1 La description de h guerre des Goths se trouve dans Ammieo (xxvn, 5); dans Zosime (l. ir, p. 211-214); et chez Themistins {Orat. x, p. 129-141). Le sénat de Constantinopie dépota l'orateur Thonistras pour féliciter l'empereur de sa victoire, et le servile orateur compare Valens sur le Danube, i Achille sur le Scamandre. Jornandès passe sous silence une guerre particulière aux Visigolhs, et peu glorieuse pour la nation go!liique. (Mascou, Hist. des Germains, vu, 3.)
L'EMPIRE ROMAIN, (374 dep. J.-C)
d'Illyrie. La politique active de Yalentioioi s'occupait sans cesse d'assurer les frontières par de nouvelles fortifications ; mais l'abus de cette politique excita le juste ressentiment des barbares. Les Quades représentèrent que la forteresse commencée était située soc leur terrain, et ils se plaignirent avec tant de raison et de modération, qu'Eqnitius, maître général de l'illyrie, consentit à suspendre l'ouvrage, eu attendant qu'il eût instmit l'empereur. Maximin , préfet, ou plutôt tyran de la Gaule , saisit avidement l'occasion de nuire à son rival , et d'avancer la fortune de son propre fils. L'impétueux YalentiniensouSraitdifficilement qu'on lui résistât; il se laissa persuader par son favori que, si 9on fils Marcellinus était chargé du gouvernement de Yalérie et de la conduite de I'obvrage , les barbares ne l'importuneraient plus de leurs audacieuses remontrances. Les Romains et les Allemands souiTrirent également de l'arrogance d'un jeune présomptueux, qui regvdait sa rapide élévatioo comme une récompense et une preuve de b supériorité de son mérite. Il feignit cqMSdaut de recevoir avec considération la requête modeste de Gabinius, roi des Qnades; mais sa complaisance couvrait le prqjet d'ue trabisonatroce, et le prince créduleacceptala funeste in vitation de Marcellinus . Il est pénible d'avoir si souvent à faire le récit monotone et fatigant des mêmes crimes ; d'être obligé de dire que, dans le cours de la même année, deux généraux romains firent inhumainement massacrer en leur présence et à leur table deux rois alliés qu'ils y avaient attirés par leur caresses perfides. Gabinius et Pan eurent le même sort; mais les fiers Allemands n'endurèrent pas cet outrage avec l'indifférence des serviles Arméniens. Les Quades étaient déchus de la puissance formidable qui , au temps de Marc-Aurèle , avait semé la terreur jusqu'aux portes de Rome ; mais ils ne manquaient ni de valeur, ni de soldats; l'ind^ation anima leur courage, et les Sarmates leur fournirent le contingent ordinaire de cavalerie. L'assassin Marcellinus avait choisi imprudemment, pour commettre son crime • le moment où la révolte de Finnus te-
(375 dep. J.-C.) nait éloignées les
PAR ED. GIBBON. CH. XXV
plus braves troupes de ses vétéraas; et la province, presque sans défense, se trouvait exposée à la vengeance des barbares. Ils entrèrent dans la Pannonie au temps de la moisson , démolirent les fortiBcations, et brûlèrent sans pitié tout ce qu'ils ne purent pas emporter. La princesse Gonstantia , fille de l'empereur Gonstance, et petite-fiUe du grand Constantin, n'échappa qu'avec peine à leurs fureurs. Gette princesse , protectrice innocente du malheureux Procope, était destinée à épouser l'héritier de l'empire d'Occident. Elle traversait la province paisible avec une suite brillante et désarmée. Le zèle actif de Messala, gouverneur général de la province , la sauva du danger. Ayant appris que les barbares environnaient le village oii la princesse s'était arrêtée pour diner , il l'enleva précipitamment dans son propre char, et fit , avec la plus rapide diligence, un trajet de vingtrsix milles jusqu'aux portes de Sirmium. Cette retraite aurait été peu sûre, si les Quades et les Sarmates eussent profité, pour s'en emparer , de la consternation du peuple et des magistrats. Mais leur lenteur donna le temps à Probus, préfet prétorien, de rasseoir ses esprits , et de ranimer le courage des citoyens. Il se hâta de réparer les fortifications, et augmenta la garnison d'une compagnie d'archers. Arrêtés par les murs de Sirmium , les barbares tournèrent leurs armes contre le maître général de la frontière, qu'ils accusaient injustement du meurtre de leur souverain. Equitius n'avait sous ses ordres que deux légions; mais elles étaient composées des vétérans de la Mœsie et de la Pannonie. L'obstination avec laquelle ils se disputèrent les vains honneurs du rang , fut la cause de leur défaite. La cavalerie des Sarmates les attaqua successivement avant leur jonction , et en fit un grand carnage. Ces succès excitèrent l'émulation des tribus voisines ; et la province de Mésie aurait été perdue infailliblement , si le jeune Théodose, duc on commandant militaire, n'eût pas signalé, par la défaite des barbares, un génie et une intrépidité dignes de son illustre père et de la hante fortune qui l'attendait '.
I Ammien (xxix, 6D et Zoshne ( I. rr, p. 219, 220 )
Valentinien, alors à Trêves, profondément affligé des malheur8|lerillyrie, et violemment irrité contre les barbares, attendait avec impatience que le printemps lui permit d'exécuter ses projets de vengeance. Ilpartit des bords de la Moselle, suivi de presque tontes les forces de b Gaule, et répondit aux ambassadeurs des Sarmates, qui vinrent au-devant de lui, qu'il voulait examiner le désastre sur les lieux, avant de prononcer. Arrivé à Sirmium, il donna audience aux députés des provinces d'Illyrie, qui se félicitaient hautement du gouvernement de Probus, préfet du prétoire'. Valentinien , flatté de leurs protestations de reconnaissance et de fidélité , demanda au député ]de l'Épire, philosophe cynique , incapable de déguiser la vérité * , s'il avait été envoyé par le vœu de sa province. < Je suis venu, lui répondit le véridique Iphi-
> dès, à travers ses larmes et ses sanglots ;
> je suis venu contre le gré d'un peuple mal-
> heureux. » L'empereur garda un morne silence ; mais l'impunité persuadait aux ministres qu'ils pouvaient opprimer les peuples sans léser le souverain. Un examen sévère de leur conduite aurait apaisé le mécontentement public, et la punition du meurtre de Gabinius pouvait seule rétablir la confiance des barbares et l'honneur du nom romain. Mais le monarque présomptueux n'avait pas assez de grandeur d'âme pour avouer sa faute. Il ne voulut voir que celle des barbares , et poursuivit sa vengeance implacable dans le sang et dans les villes embrasées de ses ennemis ; persuadé sans doute que leur
marquent soigneusement l'origine et les progrès de la guerre des Sarmates et des Quades.
1 Anunien (xxx, 6), qui reconiudt le mérite de PetrtK nius Probus, blâme, avec justice, son administration tyrannique. Lorsque Jérôme traduisit et continua la Chronique d'Eusèbe, A. D., 380 (voyez Tillemont, Mém.Eccl.), il dédara la vérité, ou au moins l'opinion publique de son pays dans les termes suivans : Probus P. P. Jlfyriei ùùqiUssimis tributoruin exaetionibus ante provùteUu quas regebat, quam A barbaris vastarentur, eratU. (Chron.yéiU.ie Scaliger, p. IW; Jnùnadvers, p.2S9}> Le saint se lia depuis d'une amitié tr£»4nlime avec lit veuve de Probus , et , sans beaucoup d'iQ]ustiee, le nom di» comte Equitius (iit substitué dans son texte.
2 Julien (Orat. n, p. 196) représente son ami lphidè& comme un homme vertueux et ranpli de mérite, qut s'était rendu ridicule en adoptant les manières et l'habit*, lement des philosophes «yniqM».
DECADENCE DE L'EMPIRE ROBfAIM,
(375 dep. J.-C.)
exemple autorisait ses horribles dévastatioDs'. Telles forent la discipline des Romains et la consternation des barbares, que Yalentinien repassa le Danube sans perdre un seul de ses soldats. Comme il avait résolu d'iacherer la destruction des Quades dans une seconde campagne, il prit ses quartiers d'hiver à Brégétio, sur le Danube, dans les environs de Presbourg, capitale de la Hongrie. Tandis que L rigueur de la saison suspendait les horreurs de la guerre , les Quades essayèrent d'apaiser, par leurs soumissions, la colère de l'empereur, qui reçut leurs ambassadeurs dans son conseil, à la sollicitation d'Equitius. Ils se prosternèrent humblement aux pieds du trône, et affirmèrent, sans oser se plaindre du meurtre de leur roi , que la dernière invasion était le crime de scélérats désavoués et détestés de la nation. La réponse de l'empereur leur laissa peu d'espoir de compassion ou de clémence. S^abandonnant à l'impétuosité de son caractère, il leur reprocha leur bassesse, leur ingratitude et leur insolence. Sa voix , ses gestes et sps regards attesiaieiil la situation violente de son àme : mais tandis qu'il se livrait à l'excès de sa colère, et qu'il était dans les convulsions de la fureur, un vaisseau se rompit dans sa poitrine, et le monarque tomba dans les bras 'de ses serviteurs , qui tachèrent , en l'environnant, de cacher sa situation. Il expira au bout de quelques instans dans les plus cruelles souffrances , et conserva sa présence d'esprit jusqu'au dernier soupir, sans pouvoir cependant faire connaître ses intentions aux généraux et n)inistresquirentouraient.yaleatinien avait à sa mort environ cinquante-quatre ans, et avait rég^é près de douze ans*.
Un auteur ecclésiastique atteste sérieusement la polygamie de Yalentinien*. Il raconte
1 Ammien (xxx, $). JirAme, qui exagère le malheur de ValUiUuieo, lui refUse la consolation de la vengeance. GenUeUi vastato solo et ùudtam pairiam derelinquau (t. I. p. 26).
2 Voyez, relativement à la mort de Valentinien, Ammien (XXX, 6) , Zosime (1. ir, p. 221) . Victor {in EpU.) , So- ' craie (!• nr, c 31), et JérAme {in Chron., p. 187, et 1. 1, p. 26, ad Heliodorum). Ils ne s'accordent point dans les cireonsUnces, et Ammien exerce ton éloquence à écrire des alMunfités.
3 Socrate (I. ir, c. 31) atteste seul cette histoire peu
que l'impératrice Sévëra ayant adnms à sa familiarité la belle Justine, fille d'un goHTe^ neur d'Italie , fut frappée vivement à la vue de ses charmes, qu'elle avait souvent l'occasion d'admirer dans le bam, et qu'elle en Gt imprudemment l'éloge devant l'empereur, qui s'en assura la possession en l'épousant, et permit parun édit, à tons les sujets de son empire , de prendre une seconde femme , à l'exemple de leur souverain. Mais nous pouvons assurer, sur l'autorité de l'histoire et de la raison , que Yalentinien , avant d'épouser Justine, se servit de la liberté du divorce, que les lois romaines aatorisaient encore, qnmque condamné par l'église. Sévéra était mère de Gratien, qui semblait réunir tous les droits à la succession à l'empire d'Occident. Fils aîné d'un empereur dont le règne glorieux avait confirmé le choix libre de ses compagnons d'armes, il était , sous le titre d'auguste depuis l'âge de neuf ans, revêtu de la pourpre'et du diadème. L'élection avait été solennellement ratifiée par les acclamations des armées de h Gaule*. Dans tous les actes publics postérieurs à cette cérémonie, le nom de Gratien|se trouvait après ceux de Yalentinien et de Yalens, et, par son mariage avec ta petite-fille de Constantin, il réunissait tous les droits héréditaires de la maison Flavienne, consacrée par une suite de trois générations d'empereurs , par la religion et par la vàiératioa des peuples. A la mort de son père, le jeme prince entrait dans sa dix-sept^me année, et ses vertus justifiaient déjà les espérances favorables des peuples et des soldats. Mab tandis que Gratien restait sans inquiétude dans le palais de Trêves, son père, éloigna de lui de plusieurs centaines de milles, expirait subitement dans le camp de Brégétio. Les passions et les cabales supendues longtemps parla présence de l'empereur repam-
crojrable, et si opposée aux lois et aux moeurs des Romains, qu'elle ne méritait pas la savante dissertation de M. Bonami (Mém. de l'Acad., t xxx, p. 304-405). CepcB dant je voudrais conserver la drconstanœ nalurcile &m bain, an lieu de suivre Zosime, qui représente Jiisliae comme une lémme Sgée et veuve de Magnence.
> Ammien (xxvn, 6) décrit l'élection militaire, et I*iavestiturede V auguste. Une paraftpasqueValentiiiienut consulté on même informé le sénat de Rome.
(376 dep. J.-C.)
PAR ED. GIBBON. CH. XXVI
rent à sa mort avec violence dans le ronseil impérial. Equitius et Mellabaades , qui commandaient les bandes italiennes et iilyriennes, exécutèrent avec adresse le dessein ambitieux de régner au nom d'an enfant. En annonçant qu'il fallait éteindre, par une démarche hardie et décisive , les 'espérances des ennemis étrangers et intérieurs, ils trouvèrent un prétexte honorable d'éloigner les chefs et les troupes de la Gaule, qui auraient pu défendre les droiu de leur souverain légitime. L'impératrice Justine, laissée dans un palais à cent milles de Brégétio, fut respectueusement invitée à se rendre dans le camp avec le second 61s de l'empereur. Six jours . après la mort de Yalentinien, ce jeune prince, du même nom, et âgé seulement de quatre ans, parut devant les légions dans les bras de sa mère, et reçut solennellement le diadème an bruit des acclamations militaires. La prudente modération de Gratien évita les horreurs d'une guerre civile, en ratifiant le choix de l'armée , et déclarant qu'il regardait le fils de Justine comme son frère, et non pas comme son rival. Il engagea l'impératrice à fixer, avec son fils Yalentinien, sa résidence à Milan , dans la province paisible de l'Italie , . tandis qu'il se chaînerait du gouvernement plus pénible des provinces au-delà des Alpes. Gratien dissimula son ressentiment contre les auteurs de la conspiration, jusqu'au moment où il pourrait les punir ou les éloigner sans danger ; et quoiqu'il montrât toujours la même tendresse pour son jeune collègue, il conf<Hidit insensiblement, dans l'administration de l'empire d'Occident , l'autorité d'un empereur avec celle d'un tuteur. Le gouvernement du monde romain s'exerçait aux noms réunis de Yalens et de ses deux neveux. Hais le faible empereur d'Orient , qui succéda an rang de son frère aîné , n'obtint jamais la moindre influence dans les conseils de l'Occident'.
1 Ammien, xxx, 10; Zosine, L iv, p. 222, 223. TiHe- ■ont a ptwuyé (Histoire des Emperair», L v, p. 707-709) qm Gratien régna sur l'Italie, sur l'Afrique et sur l'Illyrie. J'ai Udié d'exprimer son auloriU sur les états de son trén en tennes ambigus , tels ou'il s'en sert lui-mtoie.
GIBBOH, I.