‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire RomainChapitre 42 sur 105 · CHAPITRE XVHI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVHI

Destruction totale da paganisme. — Introdnction du culls des saints et des reliques parmi les chrétiens.

La ruine du paganisme , dans le siècle de Théodose, est peut-être l'exemple unique de l'extinction totale d'une superstition ancienne et généralement adoptée, et on peut la considérer comme un événement remarquable dans l'histoire de l'esprit humain. Les chrétiens, et principalement le clergé, avaient souffert avec impatience les sages délais de Constantin et la tolérance du premier Yalentinien. Ils regardaient leur victoire comme précaire et peu sûre tant que leurs adversaires auraient la permission de subsister. Ambroise et ses confrères employèrent leur influence sur la jeunesse de Gratien, et sur la piété de Théodose , à inspirer des maximes de persécution à leurs augustes prosélytes. On établit deux principes spécieux de jurisprudence religieuse, d'où les prélats tirèrent une conclusion stricte et rigoureuse contre tous les sujets de Tempirc qui persévéraient encore dans les cérémonies du culte de leurs ancêtres: 1° Que les magistrats sont en quelque façon coupables des crimes qu'ils négligent de prévenir ou de punir ; 2o que l'îdoldtrie des divinités fabuleuses et des démons est le crime le plus offensant pour la majesté du Créateur. Le clergé s'autorisait des lois de Moïse et de l'histoire des Juifs ', et les appliquait sans doute d'une manière erronée au règne universel du christianisme '. Ils enflammèrent le zèle des empereurs, et tons les temples du monde romain furent détruits soixante ans après la conversion de Constantin.

Depuis le règne de Numa jusqu'à celui de

ulamités dont il parle, nous donne lieu de penser que k héros à qui il dédie son livre est le dernier et le plus méprisable des Valentiniens.

1 Saint Ambroise, t. n, de ObU. Theodot., p. tTOfS), bit l'éloge du zèle de Josiab dans la destruction de Ildôlatrie. Jnlius Firmicns Materons s'explique sur le ■£■» su]^ avec une pieuse inhumanité. ( /te Erroreprof. Rcligionum , p. 467 , édU. Gronor. ) Ifee ftUoJubet ( U loi mosaïque) porci, née fl-atri, elperamatam eonji^mm gladium vindicemdueit,etc.

2 Bayle (t.n, p. 406 ) justifie, dans son eomiaeiitaire philosophique , ces lois intolérantes, et les borne a« rAgne de Jehovah sur les Juil^. L'entreprise est louable.

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Gratien , les Romains conservèrent toujours les difTérens collèges de l'ordre sacerdotal '. Quinze pontifes exerçaient leur juridiction suprême sur toutes les personnes et toutes left.<^oses consacrées au service des dieux; et leur tribunal sacré décidait toutes les que»lions qui pouvaient s'élever selativement au système traditionnel de leurs opinions religieuses. Quinze augures.examinaient le cours des astres, et en imposaient aux conquérans par le vol des oiseaux. Quinze conservateurs des livres sibyllin», nommés qmndecemvin, consultaient l'histoire de l'avenir et sans doute des événemens douteux. Six vettalc» dévouaient leiu* virginité à la garde du feu sacré et des dieux tutélaires de Rome, qu'il n'était pas permis à un mortel de contempler *. Sept éputet préparaient la table des dieux, conduisaient la procession., et réglaient les cérémonies de la fête- annuelle. On regardait les trois panent de Jupiter, de Mars et de Quirinus , comme les ministres particuliei-s des trois plus puissantes divinités qui veillaient sur le destin de Rome et de l'univers. Le roi des. sacrifices représentait la personne de Numa et de ses successeurs dans les fonctions religieuses qui ne pouvaient être exercées que par le souverain. Les cérémonies ridicules que les confréries des SaUent, des Lupercales, etc., pratiquaient pour obtenir la protection des dieux immortels auraient arradié le sourire du mépris à tout homme de bon sens. L'^blissemmt de la monarchie et le déplacement du siège de l'empire anéantirent peu à peu

> Voyef la luéraretile romaine dans Gcéron (de JLegibut, n, 7, 8) , Tite-live (i, 20), Deoys d'Halicamasse , (I.II, p. 119-129, édit. Hudson), Beanfort (Républ. Rom. 1. 1, p. 1-90) et Moyle (toI. i , p. 10-55). Le dernier ouvrage anDonee autant le ^xliig mgtaig , que l'aiiUqaaiFe roBudn.

2 Ces symboles mystiques et peut-être imi^aires ont été l'origioe de plusieurs fables et de dilTérentes conjectures. Il parait que le palladium était une petite sUUie dtenviron trois coudées et demie de hauteur , qui représentait Minerve portant une lance et une quenouille , qu'elle était ordinairement renrermée dans un séria ou baril , et qu'il y avait à côté un second baril tout-àrail semblable pour dérouter la curiosité ou éviter le sacril^ ( Voyez Mezeriac, Comment, sur les Epit. d'Ovide , 1. 1, p. 60-66 ; et Lip» . t. m , p. 610, <fe Fesla, etc., 10.)

PAR EI>. GIBBON. CHAP. XXVUI. 67&

rantorité des prêtres romains dans les conseils; mais les lois et les mœurs protégeaient, la dignité de leur caractère, et leur personne était toujours sacrée. Dans la capitale, et quel- ■ quefoisdans les provinces, ils exerçaient encore, etprinoipalemeut le collégedes pontifes, leur juridiction civile et ecclésiastique. Leurs robes pourpres, leurs chars brillans et leurs festins somptueux, excitaient l'admiration du peuple. Les terres consacrées et les fonds. ' publics fournissaient abondamment au faste de la prêtrise et à tous les frais du culte reli- . gieux. Comme le service des autels n'était point incompatible avec le commandement, des armées, les Romains, apcès leurs consulats et leurs triomphes., aspiraient.à la place de pontife ou d'augure. Les plus illustres des. sénateurs occupaient , dans le quatrième siècle, les sièges de Pompée et de Gicéron ' ; et. l'éclat de leur naissance ajoutait à cdui du sacerdoce. Les quinze prêtres qui composaient le collège des pontifes Jouissaient d'un rang d'autant plus distingué, qu'ils étaient censés les compagnons du souverain; et les empereurs chrétiens daignaient encore accepter la robe de pontife uipréme et les ornemens attachésà cette dignité. Mais, lorsque Gratien monta sur le trône, ce prince, plus, scrupuleux ou plus éclairé, rejeta les symboles profanes *, appliqua Les revenus des prêtres et des vestales au service de l'état on de l'église, abolit leurs honneurs et leurs privilèges , et détruisit tout l'édifice de la superstition romaine , consacrée par l'opinion et par onze cents ans d'habitude. Le paganisme était cependant la religion dominante du sénat : la statue et l'autel de la Victoire ornaient encore le temple dans lequel il s'assemblaîl *. On y voyait cette déesse sous la forme d'une femme majestueuse, placée dc-

• Cioéron {ad Jtticum, 1. u, epist. r ; ad FamUiar., I. XT, epistji) avoue Oandiement ou indirectement que la place d'augure est l'objet de son ambition. Pline veut suivre les traces de Océron (1- ". *P"- 8) ; et l'histoire et les maîtres pourraient continuer la chaîne de la tradition.

2 Zosime, 1. iv, p. 249, 250. J'ai supprimé le jeu de mots ridicule sur Pontifex et Maximus.

i Celte sUtue ftit transportée de Tarente à Rome, placée dans te Curia JiUia par César, et décorée par auguste d« dépouilles de l'Égyplc.

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN

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bout sur un globe, vêtue d'une robe flottante, les ailes déployées, le bras tendu , et tenant à la main une couronne de lauriers '. Les sénateurs faisaient serment sur son autel d'obéir aux lois de l'empereur et de l'empire; et, dans toutes les délibérations publiques, ils commençaient par présenter une offrande de vins et d'encens à la déesse de la Victoire*. La suppression de cet ancien monument fut la seule injure que Constance fit à la superstition des Romains. Julien rétablit l'autel de la Victoire , Valentinien le toléra , et le zèle de Gratien ' le fit disparaître pour la seconde fois ; mais l'empereur laissa subsister les statues des dieux exposés à la vénération publique : quatre cent vingt-quatre temples ou chapelles, ouvertes dans les différons quartiers de Rome à la dévotion des habitans, offensaient la piété des chrétiens par le spectacle continuel de l'idolâoîe *.

Mais les chrétiens ne composaient à Rome qu'une faible partie du sénat *, et ils ne pouvaient déclarer que par leur absence une opposition aux actes légaux , quoique profanes, de la majorité païenne. Le fanatisme ranima pour un instant, dans cette compagnie, le sentiment de la liberté expirante. Elle vota et fit successivement partir pour la cour impériale ® quatre dépntations respectables, chargées de représenter les griefs des prêtres et du sénat, et de solliciter la res-

) PrudcDlins G< »> ^ initio) a tait un étrange portrait de la Victoire; mais le lecteur curioix sera plus satisfaitdes antiquités de Montrauoon (t. i, p. 341).

2 Voyez Suélone (tn August. , c. 35 ) et l'exorde du Panégjrrique de Pline.

i Ces faits sont avoués unaMmement par les deux avocats, Sjrminaqae et Ambroise.

*lAlfotUiaurbU, plus récente que Constantin, ne trouve pas une seule des églises chrétiennes digne d'être nommée au nombre des édiflces de la ville. Ambroise (t. n, Epit. 17, p. 825} déplore le scandale public de Rome, qui incoDunodait conUnndlement les yeux, les oreilles et l'odorat des fldèles.

s Ambroise affirme, contre toute probabilité , que les chrétiens avaJent la mtjorité dans le sénat. (CSuvres de Moyle,vol.n,p. 147.)

s La première ( A. D. 382) à Gratien, qui reftisa l'audience; la seconde (A. D. 384) à Valentinien, au moment de la dispute entre Symmaque et Ambroise; la troisième, (A. D. 368) i Tbéodose; et la quatrième (A. D. 392) i Valentinien. ( Larduer , Témoignages des Païens , vol. tr, p. 372-379), décrit clairement toute la transaction.

taurationde l'autel de la Victoire. Symmaqne, sénateur riche et éloquent, fut chargé de cette commission importante '. Il réunissait aux caractères sacrés de pontife et d'augnre, les dignités civiles de proconsul d'Afrique et de préfet deRome. Symmaque était enflammé du zèle le plus ardent pour la cause du paganisme, et ses pieux adversaires déploraient l'usage qu'il faisait de son génie , et l'inutilité de ses vertus morales *. L'orateur, dont la requête à Valentinien existe encore, sentait la diflSculté et le danger de son entreprise. Il évite avec soin toutes les réflexions qui auraient pu offenser la religion du souverain; il déclare humblement que les prières et les instances sontses seules armes, et alimente avec adresse moins en philosophe qu'en rhétoricien. Symmaque tâche de séduire l'imagination du jeune monarque par l'éulage pompeux des attributs de la victoire. Il insinue que la confiscation des revenus consacrés au service des autels est indigne de son caractère généreux, et soutient que les sacrifices des Romains perdraient leur force et leur influence, s'ils ne se célébraient plus aux dépens et au nom du public. L'orateor se sert même du septicisme pour excuser b superstition. Le mystère incompréhensible de l'univers élude, ditril, la curiosité des faibles humains , et on peut déférer à l'empire de l'habitude dans les occasions oà h raison n'est d'aucun secours. L'attachement de toutes les nations pour les opinions consacrées par une longue suite de. siècles parait dicté par les règles de la prudence. Si ces siècles ont été couronnés par la gloire , s'ils ont joui de la prospérité , si la dévotion des peuples a obtenu des dieux les faveurs qu'ils sollicitaient sur leurs autels, tout engagea persister dans des pratiques salutaires , et i éviter des malheurs dont les innovatioiu pourraient être la cause. Symmaque applique

1 Symmaque, qui était revêtu de tous les honneurs civils et sacerdotaux, représentait l'empereur comme Po«tifex Max. et comme princeps Senatâs. (Voyez ses UIRS orgueilleusement étalés à la tête de ses ouvrages.

2 Comme si, dit Prudoice ( in Sjmmaq. i, 639) , on devait fouiller dans la boue avec un instrument d'or et d'ivoire. Les saints traitent eux-mêmes ert adversaire avec politesse et même avec respect.

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ceraisoBnement à la religion et aux succès de Numa ; et, en introduisant sur la scène Rome elle-même ou le génie céleste qui présidait à sa conservation, il le fait parler ainsi devant le tribunal des empereurs : c Très-excellens

> princes, dit la matrone vénérable, pères an-

> gustes de la patrie, ayez un peu de respect

> et de considération pour mon grand âge, » dont la durée a été sans interruption un

* cours de pieuse ferveur. Puisque je n'ai » pas lieu de m'en repentir, laissez-moi con-

> tinner des pratiques que je révère; puisque

* je suis née libre, laissez-moi jouir de mes

> institutions. Ma religion a. soumis l'univers

> à mon empire. Mes pieuses cérémonies oiit » chassé Annibal de mes portes , et les Gau-

> lois du Gapitole. Ferez-vous à ma vieillesse

> cette cruelle injure? Je ne connais point le » système que vous me proposez , mais je » sais qu'en voulant corriger la vieillesse , on

> entreprend une tâche ingrate et peu glot rieuse '. > Les terreurs du peuple suppléèrent à ce que l'orateur avait discrètement supprimé ; et les païens imputèrent unanimement à l'établissement de la religion de Constantin tons les maux qui [ affligeaient ou menaçaient l'empire.

La résistance terme et adroite de l'archevêque de Milan détruisit les espérances de Symmaqne, et prémunit les empereurs contre l'éloquence séduisante de l'avocat des Romains. Dans cette controverse, Ambroise daigne emprunter le langage de la philosophie , et demander avec mépris pourquoi, il serait nécessaire d'attribuer à un être invisible et imaginaire des victoires que le courage et la discipline des légions explique suffisamment. Il relève avec raison le ridicule d'un respect aveugle pour les institutions de l'antiquité , qui tend à décourager le prc^rès des arts, et â replonger la race humaine dans son ancienne barbarie. S'élevant ensuite

I Voyez la dnqnante-quatriètne Ëpitre du dixièine lirre de Symmaque. Dans la fomie el la disposition de aies dix liTresd'Épitres, il imite PHne'Ie-Jainr, dont ses amis lui persuadaient qu'il égalait ou surpassait l'élégance et la richesse dn style. (Macrob., Satumal, I. t, e. 1.) Maisie hixe de Symmaqne consiste en reailles stériles sans fhiilset même sans fleurs. On trouve aussi peo de faits que de ten- Umcot dans sa volumineuse oorrespondanœ.

PAR ED. GIBBON. GH. XXYIIl.

peu k peu à un style plus noble et plus théo-< logique , il prononce que le cbrisU^oisme est la doctrine unique du salut et de la vérité, et que tous les autres cultes conduisent ses prosélytes à travers les sentiers de l'erreur, dans l'abime profond de la perdition éternelle '. Ges argumcas, prononcés par un prélat favori , furent suffisans pour prévenir la restauration des autels de la Victoire ; mais ils eurent bien plus d'influence dans la boui:he d'un conquérant, et Théodose traîna publi- (|uement les dieux de l'antiquité atuchés auX' roues de son char *. Dans une assemblée complète du sénat, l'empereur proposa pour question importante à résoudre, selon les anciennes formes de la république, laquelle des deux religions du Christ ou de Jupiter seraitdésormais celle des Romains. La crainte et: l'espoir inspirés par la présence dumouarque: détruisirent la liberté des suffrages qu'il affectait d'accorder ; et re3ul récent de Syra-^ maque avertissait ses confrères qu'il serait dangereux de contrarier la volonté du souverain. Jupiter fut condamné par une majorité considérable, et il est étonnant qu'aucun des membres du sénat aient eu l'audace de. déclarer dans leurs discours ou dans leivs sufi'rages un reste d'attachement pour une divinité proscrite par l'empereur *. On ne

< Voyez Ambroise, t. n, éptt. xnn, p. 82S-833. La première est un avertissement eeneis, et la dernière une réponse en forme i la requdte on aulibdlede Symmaque. Les mêmes idées se trouvent exprimées plus en détail dans les poésies de Prudence, en supposant qu'elles méritent ce nom. Il composa deux livres contre Symmaque, (A. D. 404)dnraiit laviede ce sénateur. U est assez extraor-' dinaire que MonteMpneu (Considérations, etc., c 19,t. m, p. 487) néglige les deux principaux antagonistes de Symmaque , et s'amnse i rassembler les réfutations indirectes d'Orese , saint Augustin et Salvien.

* Voyez Prudence (ùt Sjrmmaeh. I. i, p545) elc. Le dirélien, d'accord avec le païen Zosime ( I. rr, p. 283 ) , place la visite de Théodose après la seconde guerre civile. Germiiù bit Victor caede tyranni, I. i , 410. Mais le temps et les circonstances semblent mieux convenir à son premier triomplie.

3 Prudence, après avoir prouvé que le bon sens du sénat a été prouvé par une nuyorité l^ale, «joute p. 609. . etc.

AAqike qam pitso sakwIUa ootln uuta Deemunt Intanc Jot li pulTlnar, et omae Idolinm lODgè porgatJ ab orbe (tagaodaa Qui f ocat tettgl\ aratnrtia princtpii, (Uue Uben, «m reilik», tuB cor4^ b«|M*tU trautt.

Û£CAD£^XE im L'EMPIRE ROMAMS,

pent attribaer la conversion précipitée dn sénat qu'à nue impulsion surnaturelle ou à des motifs d'intérêt personnel ; et une partie d'entre eux, trahit , dans toutes les circx)nstances fevorables, une disposition secrète à dépouiller le masque odieux de l'hypocrisie : mais ils se confirmèrent dans la nonvelle religion , lorsque la destruction de l'ancienne parut inévitable. Ils cédèrent à rautorité de l'empereur, à l'usage des temps et aux sollicitations de leurs femmes et de leurs enfans, dont le clergé de Rome et les moines de l'Orient gouvernaient la conscience '. Presque toute la noblesse imita l'exemple édifiant de la famille ancienne : les Bassi , les Panttni et les Gracques embrassèrent la religion chrétienne. < Les flambeaux de l'univers, la vé-

> nérable assemblée des Gâtons, telles soat

* les expressions de Prudence , se hâtaient

> de quitter leurs habits pontificaux, de se r dépouiller de la peau du vieux serpent,

* pour se revêtir de la robe blanche de Vior

* nocence baptismale, et humilier l'orgueil

* des faisceaux consulaires sur la tombe des

> martyrs *. » Les citoyens qui subsistaient du fruit de leur industrie, la populace qui vivait de la Mbéralité publique, accoururent on foule dans les églises de Latran et du Vatican. Le consentement général des Romains ' ratifia les décrets du sénat, qui proscrivaient le culte des idoles ; la magaificence dn Capitole s'obscurcit, et les temples déserts furent abandonnés à la mine et an mépris *. Rome se soumit au joug de l'Evangile,

ZotiiwatIriiMM aux p<rec craserits nue ngaeat prenne, dMt peu d'entre eux Hùeal jugés eapuhles.

' Mreoie die le ponlife Albiaus , d«U la famille , les lec eallKns et peUts-enltas étaient eu si gmid Bombre, qu'ils auraient suffi pour «on?ettir JnpUer lai-nièaie. Etrange prosélyle ! (t. i, «d Latam, p. 54.)

t Exninar«f>lntTMen,palekaTlB*a«a4i

Liialu , MUKlUumqiie ata&m patin Catonom, Candidlore togi Blvcum pietatls anilctnlll SuiMJt, cttxnrtMdeponcrc pontUcalei.

L'imagination de Prudence est échauffée par le seatimenl de la victoire.

3 Prudence, après aroir décrit la conversio» du peuple et du sénat, demande arec eonihmce et un peu de raison :

Eldubttamu adhne nonuna, UM rhrttle, Antan, ) In leges tnaxtàue tnu?

* Jérôme se r^ttit de la désolation du Capilole et des autres temples de HoMe (t. i,p. 54, t. u,p. 95.)

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et son exemple entraîna les pr»viiices coaquises, qui n'avaient pas encore perdu toit respect pour son nom et pour son autorité. La piété des empereurs les engageait à procéder avec douceur à la conversion de bt cité où leur empire avait pris naissance; mais ils n'eurent pas la même indulgence pour les préjugés des villes de leurs provisces. Le zélé Théodose reprit avec ardeur «L exécuta complètement les travaux pieux, suspendus durant plus de vii^ ans après la mort de Gonstanoe '. Tandi» qoe ce prince guerrier combattait encore contre les Goths, moins pour la gloire que pour le salut de l'empire, il hasarda d'offenser use grande partie de ses sujets, par quelques i entreprises qui pouvaient peut-être mériter la protection dn cid, mais que la prvdenee humaine ne saurait approuver. Les succès de ses premiers efforts contre les païens, l'encouragèrent à réitérer ses édits de proscription, et à les faire exécuter à la rigneor. Les lois originairement publiées pour les villes de l'Orient s'étendirent, après la défaite de Maxime, dans toutes les provinces de l'empire d'Occident, et chaque victoire de Théodose fut un nouveau triomphe pour l'église catholique *. U attaqua la superstition jusque dans ses fondemens, ei proscrivant l'usage des sacrifices, qu'il déclara criminels ^ infâttes; et, quoique ses édits condamnassent plus particulièrement la curiosité impie qui exanune les entrailles des vict'unes ' , toutes les interpréutions postérieures tendirent à envelofqper généralement dans ce crime l'acte d'immolation qai

1 Libanius {.Orat. pro TempUs, p. 10. Gêner. 16M , publiée par Jacques Cedeftvi , et trte - rare aqovd'hd) aeeuseVdensetVrienlinien d'arair défendu les saeriBees. L'empereur d'Orient peut avoir donné qndqoei ordres particuliers ; mais le silence du Code et le lémoigiuge de l'histoire ecclésiastique attestent qu'il ne publia point de loi générale.

2 VoycsMS ioisdansleCode de Tbéodoce, I. xn, UL 10,

lois 7-11.

3 Les saerilices d'Homère ne sont accompagnés d'axowMs cecfaerches dans les enUviUes des viclimes. (Voyez Feithins jinti^Uat. Homer. ,1. i , c. 10 , 16. Les Tos- CMM, qiu (bumireotles premiers aruspiccs, imposèrent cette pratique aux Grées et aux ttoonins. (Ciceron, dt Pivinatioite , ii,23.)

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constituait essentiellement la religion des païens. Les temples étaient principalement destinés à célébrer les sacrifices, et la bien* faisance dn prince l'engageait à éloignei* l'occasion de transgresser les lois qu'il avait établies. Théodose chargea , par une commission spéciale, d'abord Cynegius, préfet du prétoire de l'Orient, et ensuite les comtes Jovius et Gaudentius , deux officiers d'un rang distingué dans l'empire d'Occident, de fermer les temples, de s'emparer de tous les instrumens de l'idolâtrie, et de les détruire , d'abolir les privilèges des prêtres, et de confisquer les terres consacrées, au profit de l'empereur, de l'égUse catholique, ou de l'armée '. On pouvait s'en tenir là , et sauver des mains destructrices du fanatisme les édifices magnifiques qu'on n'employait plus au culte de l'idolàirie. Une grande partie de ces temples étaient des chefs-d'œuvre de l'architecture grecque, et l'intérêt personnel de l'empereur lui défendait de détruire l'ornement de ses villes, et de diminuer la valeur de ses propriétés. On pouvait laisser subsister ces superbes monumens comme autant de trophées de la victoire du christianisme. Dans le déclin des arts, on les aurait convertis ut'dement en magasins, en manufactures, ou en places d'assemblée publique. Peut-être , lorsque les murs des temples se seraient trouvés suffisamment purifiés par le temps et par des cérémonies pieuses , le culte du vrai Dieu aurait pu effacer le souvenir de l'idolâtrie. Mais aussi long-temps qu'ils subsistaient, les païens se flattaient secrètement que quelque heureuse l'évolution , qu'un second Julien rétablirait peut-être les autels de leurs dieux ; et les pressantes sollicitations dont ils importunaient le souverain * décidèrent les réformateurs chrétiens à extirper

t Zosime, 1. rr, p. 245-249; Théodoret, I. v, c. 21 ; Idacius, ut Ckron. Prosper. AquUan., 1. ui, c.38. ap. Baron., Annal. Ecdés. A. D. 389, d'>52; Libanius pro Tempiis , p. 10 , Uche de prouver que les ordres de Théodose n'étaieut ni pressans ni positirs.

2 Code de Théodose, l.xn, tit. 10, lois. 8, 18. Dy a lieu de croire que ce temple d'Edesse, que Théodose voulait conserver pour servir à quelque autre usage, ne fUl bientôt qu'un monceau de ruincs.(Ubanius,pn> remplit, p. 2G, 27; et les noies de Godeft-oi, p. 50.)

PAR ED. GIBBON, CH. XXVllI.

sans ménagement les racines de la superstition. Il parait par quelques édits des empereurs qu'ils adoptèrent des sentimens moins violens ' ; mais ce fut avec une froideur et une indifiérence qui les rendirent inutiles, et n'opposèrent qu'une barrière impuissante contre le torrent de l'enthousiasme et de l'avidité, dirigé tel qu'il l'était par les che& de l'église. Martin, évêque de "Tours * , parcourait la Gaule à la tète de ses moines, et détruisait les idoles , les temples et les ar^ bres consacrés dans toute l'étendue de son vates diocèse; et le lecteur de sa vie peut juger s'il dut ses succès à la puissance des miracles, ou à celle du glaive temporel. En Syrie, l'évoque Marcellus S que Théodoret surnomme le pieux et le divin, résolut de raser tous les temples du diocèse d'Apamée. Celui de Jupiter était si solidement construit, qu'il résisu d'abord à toutes les attaques. Ge temple, situé sur une éminence , avait quatre fa« çades, soutenues chacune parquinzecolonnes massives de seize pieds de drconférence, et toutes les pierres qui les composaient, étaient tortement engrenées ensemble avec du fer et du plomb. On le fitminer,etcesuperbe édifice s'écroula dès que le feu eut consumé les élançons au moyen desquels on avait creusé sous ses fondemens. Les difficultés de cette entreprise sont décrites sous l'allégorie d'un démon qui , ne pouvant pas en empêcher le succès , tâchait du moins de le retarder, l'ier de cotte victoire, Marcellus se mit luimême en campagne , pour triompher des démons, suivi d'une bande nombreuse de soldats et de gladiateurs sous l'étendard de l'évéque,ei il attaqua successivement les villages et les temples répandus dans les campagnes du diocèse d'Apamée. Dans les occasions où la résistance annonçait du danger, le champion

* Voyez la curieuse Oraison de Libanius (pro TempUs) prononcée ou plutôt composée vers l'année 390. J'ai consulté avec n-uit la traduction et les remarques du docteur Lardner. (Témoignages des païens , vol. ir , p , 135-103. )

2 Voyez la Vie de Martin , par Sulpice-Sévère, c. 9-14. Le saint se trompa une fois comme Don Quichotte , tH, prenant un enterrement pour une procession païenne , il opéra imprudemment un miracle.

' Comparez Sozoméne (I. vu, c. 15) avec Théodoret , 0' v> c. 21). Ils racontent entre eux deux la croisade et la mort de Marcellus.

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN

(395 dep, J.-C.)

de la foi , qu'une paralysie des jambes empêchait également de fuir et de combattre, se plaçait hors de la portée des traits ; mais cette précaution lui réussit mal ; des paysans en fureur le surprirent et le massacrèrent; et le synode de la province prononça sans hésiter que saint Marcellus avait sacrifié sa vie au service de la foi. Les moines, qui sortaient en foule du désert, secondaient puissamment ces pieuses entreprises, et leur zèle ressemblait beaucoup à la fureur ou plutôt à la férocité. Us méritèrent la haine des païens, et ne furent point exempts du reproche d'avarice et d'intempérance. Ces «aints destructeurs satisfaisaient l'une en pillant les ennemis de leur religion , et l'autre aux dépens des insensés qui admiraient leurs vétemens en lambeaux , leurs chants lugubres et leur pâleur artificielle '. Le goût, la prudence , ou peut - être la vénalité de quelques gouverneurs de province, sauva un petit nombre de temples. Celui de Vénus à Carthage formait une enceinte d'environ deux milles de circonférence ; on en fit une église *, et une consécration semblable a conservé le magnifique Panthéon de Rome*. Mais dans presque toutes les provinces du monde romain, une armée de fanatiques sans discipline et sans autorité assaillaient les paisibles paysans; et les ruines des plus beaux monnmens de l'antiquité attestent encore les ravages de ces barbares, qui avaient seuls le loisir et la volonté d'exécuter des destructions si pénibles.

Dans cette scène de dévastation générale, le spectateur peut distinguer les mines du fameux temple de Sérapis à Alexandrie *.

< libanins (pro Templis p. 10-13.) Il te moque de ces hommes rMus de robes noires, les moines dirëtiem, qui mangent plus que des éléphans... Pourquoi les comparer aux éléphans, les pins tempéransde tous les aninuux ?

2 Prosper., Aquitcm., 1. ni, c. 38; ap. Baron., Annal. Ecclés., A. D. 380, n° 58. etc. Le temple avait été Terme pendant quelque temps , et le sentier qui y conduisait était rempli de broussailles.

î Donat. , Roma Antiq. et Tiov., 1. w, c. 4, p. 468. Ce fut le papeBoniface IV qui célébra celte consécration. J'ignore quel concours de circonstances heureuses avait pu conserver le Panthéon plus de deux siècles après le r^e de Théodose.

* Sopfaronlus composa peu de temps après une histoire séparée (Jérom., in Serip. £ccl.,i. i,p. 303),qaiarounii

Sérapis ne parait pas être du nombre des dieux ou des monstres enfantés par la fertile superstition des Égyptiens *. Le premier des Ptolémées avait reçu en songe Tordre d'apporter ce mystérieux étranger de la côte du Pont, oà les habitansde Sinope l'adoraient depuis long-temps. Mais son règne et ses attributs étaient si obscurs, que l'on disputa long-temps pour savoir s'il représenterait la brillante lumière du jour, ou le monarque ténébreux des régions souterraines *. Lefl Égyptiens, attachés inviolablement à la religion de leurs ancêtres , refusèrent d'admettre dans l'enceinte de leur ville cette divinité étrangère *. Mais les prêtres , séduits par la libéralité de Ptolémée, se soumirent sans résistance. On fit au dieu du Pont une généalogie honorable, et on l'introduisit dans le temple et sur le trône d'Osiris *, le mari d'Isis, et le monarque céleste de l'Egypte. Alexandrie, qui était particulièrement sous sa protection , se glorifiait de porter le nom de la ville de Sérapis. Son temple '', dont la magnificence égalait celle du Capitole , s'élevait sur le vaste sommet d'une montagne artificielle qui dominait tonte la ville. On montait cent marches pour y arriver, et la cavité intérieure, soutenue fortement par un grand

desmalériaux i Socrate (I. t, c. 16), Théodoret (!• v, c. 22 ), et Kufln (I. u, c. 22). Cepeadant ce damier , qui avait été il Alexandrie avant et après l'événeiHaat. peut en qudque bçon passa' pour témoin oculaire.

• Gérard Vossius(0;;er. t. t. p. 80 , et <te Jdololatrid, 1. 1, e. 29) tâche de défendre l'étrange opinion des Pères, qu'on adorait en Egypte le patriarche Joseph , ooBune lé bce«r Apis et le dieu Sérapis.

> Qrigo Dri nondum nostris eeUbrata, Bgj/ftxormn antUtites sic memorant, etc. (Tacit., Hist., a , 83.) Les Grecs qui avaient voyagé en Egypte, ignoraient aussi l'existence de celte nouvelle divinité.

3 Macrob., Satumal., 1. 1, c. 7. Ce foit atteste évidemment son extraction étrangère.

* On avait réuni à Rome Isis et Sérapis dans le même temple. La préséance que b reine conservait pourrait indiquer son alliance obscure avee l'étranger venu du Pont. Mais la supériorité du sexe (tminifl était en Egypte une institution civile et religieuse. (Diodore de Sicile, 1. 1, 1. 1, p. 31 , édit. Wesseling.) On observe le même ordre dans le traité de Plutarque sur Isis et Osiris, qu'il identifie avec Sérapis.

s Ammien, xxn, 16; VExposUio totiiu mundi, p. 8 , Géog. d'IIudson, Miixor., t. m ; Rulln ( 1. 22 ) célèbre le Serapeum comme une des merveilles du monde.

{395dep.J.-C.)

nombre d'arches , formait des caves et des appartemens souterrains. Un portique quadrangulaire environnait les bâUmeus consacrés ; la magnificence des salles et des statues déployait le triomphe des arts, et la fameuse bibliothèque d'Alexandi'ie, sortie deses cendres avec une nouvelle splendeur, recelait les trésors de l'ancienne érudition '. Quoique les édits de Théodose eussent déjà défendu sévèrement toute espèce de sacrifice , on les tolérait encore dans la ville et dans le temple de Sérapis, et ou donna imprudemment pour motif de cette singiUière indulgence les terreurs superstitieuses des chrétiens. Ils semblaient craindre eux-mêmes d'abolir des cérémonies anciennes, qui pouvaient seules assurer les inondations régulières du P^il, les molâsoQs de l'Egypte, et la subsistance de Constanlinople*.

Théophile % homme audacieux et pervers, l'cuncmi perpétuel de la paix et de la vertu, toujours aifamc d'or et altéré de sang, occu-* pait alors le siège archiépiscopal d'Alexandrie *. Les honneurs du dieu Sérapis excitèrent son indignation; et les insultes qu'il fit ù l'ancienne chapelle de Bacchus avertirent les païens de l'entreprise plus importante qu'il méditait. Le sujet le plus léger suOisait pour donner lieu à une guerre civile dans la tumultueuse cité d'Alexandrie. Les adorateurs de Sérapis, fort inférieurs en nombre et en force à leurs advei-saircs , prirent les armes, à l'instigation du philosophe Olympius",

' Voyez les Mém. de l'Acad. des luscripL, t ix' p. 397- 4 M. L'ancienne bibliothèque des Plolëmées fut consumée totalemeRt dans l'expédition de César contre Alexandrie. Marc-Antoine donna la collection entière de Pergame à Cléopâlre (deux cent mille volumes) comme les fondemens de la nouvelle bibliothèque d'Alexandrie.

2 Libanius ( pro Templis ) irrite indiscrètement ses princes chrétiens par cette remarque insultante.

i Tillemont, Mém. Ecclés., t. ii, p. 441-500. La situation équivoqne de Théophile. queJérôme a peint comme un saint, et Cbrysosldme comme un diable , produit une sorte d'impartialité ; cependant , à tout résumer, le résultat semble lui dtre défavorable.

* Nous pouvons choisir entre la date de Marcellin (A. D. 389,) et celle de Prosper (A. D. 391.) Tillemont (Hist. di's Kmperenrs, l. v, p. 310-750) préfère la première ; et l'aj;i choisit la dernière.

* Lardner (Témoignages des Païens , vol. tv, p. 411,)a cilé un fort beau passage, tiré de Suidas on plutôt de Dainisfns,quircprésenteleverlueuxOlympius, nonpassous

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