G1BB0:<, I
PAR ED. GIBBON. CH XXVUI
qui 1rs exhortait à mourir pour la défense de leurs dieux. Ces païens fanatiques se fortifièrent dans le temple de Sérapis , repoussèrent les assiégeans par des sorties et par une défense vigoureuse, et commirent sur leurs prisonniers chrétiens toutes sortes de cruautés pour dernière vengeance de leur désespoir. Les efforts prudens des magistrats obtinrent enfin une trêve jusqu'au moment oii Théodose aurait disposé , par ses ordres, du destin de Sérapis. Les deux partis s'assemblèrent sans armes dans la place principale de la ville, où l'oti lut à haute voix le mandat de l'empereur. Dès que b sentence do destruction fut prononcée contre les ido> les d'Alexandrie , les bruyantes acclamations des chrétiens se firent entendre, et les païens consternés se retirèrent précipitamment, pour éviter le triomphe et les insultes de leurs ennemis. Théophile exécuta la démolition du temple, sans autre difficulté que celle du poids et de la solidité des matériaux; mais cet obstacle insurmontable obligea l'ar» dent archevêque à laisser les fondemens, et à se contenter d'avoir fait du bâtiment un vaste amas de ruines et de décombres. On en déblaya par la suite une partie, pour construire sur le terrain une église en l'honneur des saints martyrs. La précieuse bibliothèque d'.\lexandric fut pillée et détruite, et, près de vingt ans après, les cases vides excitaientle regret et l'indignation des spectateurs dont les préjuges n'obscurcissaient pas toutà-t'ait le bon sens '. Les œuvres des anciens génies, dont un si grand nombre sont irrévocablement perdues, auraient pu être exceptées de la ruine de l'idolâtrie, pour l'amusement et pour l'instruction de la postérité. Le zèle ou l'avarice du prélat* devaient être satisfaits des riches dépouilles, qui furent le
les traits d'un guerrier , mais sous ceux d'un prophète.
■ Nos vidimus armoria librorum, quitus direpUs , exinaïUta ea a nostris lionUnibus, nostris temporibus mcmorant. (Gros. 1. vi, c. 15, p. 422, édit. Havercamp ) Quoique bigot el amateur de coutroverse, Orose parait un peu honteux.
2 Eunape, dans les Vies d'Antonio et d'Edesius, parlo avec horreur du brigandage sacrilège de Théophile. TiliemoBt (Ném. Ecclés., t. xiii, p. 453,) cite une épitre d'Isidore de Pelusium, qui reproche au primat le culte idolâtre de l'or, awi sacra famés.
DECADENCE DE LEMWRE ROMAIN
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prix de sa victoire. Tandis que l'on fondait avec soin les vases et les petites statnes d'or et d'argent, tandis que l'on brisait les autres et qu'on les trainait ignominieusement dans les rues, Théophile tâchait de démontrer les fraudes et les vices des ministres des idoles, leur adresse à se servir de la pierre d'aimant , leurs méthodes secrètes d'introduire une créature humaine dans une statue concave , et l'abus criminel qu'ils faisaient de la confiance des époux pieux et des femmes crédules '. Ces accusations sont trop conformes à l'esprit fourbe et intéressé delà superstition pour ne pas mériter quelque degré de croyance; mais il faut se méfier de ce même esprit, quand il s'efforce d'insulter et de calomnier son eopemi vaincu ; et on doit réfléchir qu'il est bien plus facile d'inventer une histoire scandaleuse, que de pratiquer long-temps une fraude avec succès. La statue colossale de Sérapis • fut enveloppée dans la ruine du temple et de la religion. Un grand nombre de plaques de différens métaux joints ensemble composaient la figure majestueuse de la divinité, qui touchait des deux côtés aux murs du sanctuaire. Sérapis, assis et un sceptre à la main, ressemblait beaucoup aux représentations ordinaires de Jupiter, dont il n'était distingué que par le panier ou boisseau placé sur sa tête, et par l'emblème du monstre qu'il portait dans sa main droite ; la tête et le corps d'un serpent qui se terminait par trois queues terminées elles-mêmes par trois têtes, l'une d'un chien , l'autre d'un lion , et la troisième d'un loup. On affirmait avec confiance que si la main d'un mortel impie osait profaner la majesté du dieu redoutable , le ciel et la terre rentreraient à l'instant dans
< RufiD nomme le prélat de Saturne, qui, en jouant le rôle du dieu, conversait (àmilièremenl avec un grand nombre de dévotes de la première qualité, mais qui , dans un moment de transport, oublia de contreraire sa voix. Le récit authentique et impartial d'Eschine prouve que ces fraudes amoureuses se pratiquaient souvent avec succès. (Voyez Bayle , Diction. Cril., Scamandre, et l'aventure de Mundus; Joseph. Antiquilat. Judaïe. , I. XTm, c. 3 , p. 877, édit. Havercamp. )
2 Voyei les images de Sérapis dans Montfaucon, t. n, p. 297. Mais la description de Macrobe (Satumal. , I. i , c. 20) est plus pillorosque et plus satisfaisante.
le chaos. Un soldat, animé par le zèle, et muni de sa hache d'armes, monte à l'échelle, et les chrétiens eux-mêmes n'étaient pas sans inquiétude sur l'événement de l'entreprise '. Le soldat frappa un coup violent sur la joue de Sérapis ; elle tomba par terre ; le tonnerre ne gronda point , les cieux et la terre conservèrent leur ordre et leur tranquillité. Le soldat victorieux continua de frapper; l'énorme idole fut réduite en morceaux , et la populace traîna ses membres dans les rues d'Alexandrie. On brûla sa carcasse dans l'amphithéâtre ; et un grand nombre de citoyens donnèrent l'impuissance reconnue de leur dieu tutélaire pour le motif de leur conversion. Les religions qui offrent an peuple un objet matériel et visible de leur culte ont l'avantage de s'adapter et de se familiariser aux sens des hommes; mais cet avantage est contrebalancé par les accidens inévitables auxquels la foi de l'idolâtrie est exposée. Il est presque impossible qu'il puisse conserver, dans tontes les situations d'esprit, un respect implicite pour les idoles que le tact et la vne ne sauraient distinguer des productions ordinaires de l'art ou de la nature; et si, au moment du danger, leur vertu secrète et miraculeuse est impuissante pour leur propre conservation , le prosélyte détrompé méprise les vaines excuses des prêtres et se moque avec raison de l'objet ridicule de son ancienne superstition *. Après la destruction de Sérapis, les païens crurent quelque temps que le Nil refuserait son influence bienfaisante aux habitans impies de l'Egypte ; un retard extraordinaire de l'inondation semblait annoncer la colère de la divinité du fleuve ; mais les eaux s'élevèrent rapidement à une si grande hauteur, que le parti mécontent se flatta d'être vengé par le retour du déluge ,
> Sed (ma trmuên mams, noUqne nmita
MtlnUte lod, H robora tacra loirent, iD sua crcd«baalraUtiiras meinbra.seciim.
(Lucain , ni, 429.) Est-il vrai, dit Auguste , à on vétéran chez lequel il soupait, que celui qui frappa le premier la statue d'or d'Anaïtis f\it à l'instant privé de la vue , et mourut presque au même momcDt? C'est moi, répondit le vétéran dont la vue était excellente, qui suis celui dont TOUS parlez, et c'est du produit d'une jambede la décsseqoe vous* oupez aujourd'hui. (Pline, Hi-H. Nalur.,xxxm,24.) 2 L'histoire de la conversion offre de fréquens exemples du passage soudain delà superstition au mépris.
(395 dep. J.-G.) PAR ED. GIBBON
jusqu'au moment où la rivière se réduisit
paisiblement au degré salutaire de seize coudées nécessaires à la fertilité '.
Les temples de l'empire romain étaient désefts ou abattus ; mais la superstition des païens tâchait encore d'élnder les lois sévères de Théodose contre toutes sortes de sacrifices. Les habitans de la campagne , qui étaient moins exposés aux regards de la curiosité malveillante, déguisaient leurs assemblées religieuses sons l'apparence de fêtes champêtres. Us se réunissaient, aux jours de fêtes , sous le feuillage épais des arbres consacrés ; ils immolaient et rôtissaient des bœufs et des agneaux , brûlaient de l'encens et chantaient des hymnes en l'honneur de leurs divinités; mais comme on ne faisait d'offrande d'aucune partie des animaux, comme il n'y avait ni autel pour recevoir le sang des victimes, ni oblations préliminaires de gâteaux salés , et que la cérémonie des libations était supprimée soigneusement , ils croyaient éluder le crime et la punition des sacrifices *. Mais le dernier édit de Théodose anéantit la ressource de ces vains subterfuges ' et porta le dernier coup aux superstitions des payeus. Les termes de cette loi prohibitive sont clairs et absolus : < C'est * notre plaisir et notre volonté , dit l'em- » pereur*, de défendre à tous nos sujets, » magistrats et citoyens, depuis la première > classe jusqu'à la dernière inclusivement ,
> Sozomèoe, I. tu, c. 28. J'ai suppléé à la mesure. La mime évaluatiou de l'inondatioa , et conséquemmeDl la in£me coudée, a subsisté invariablement depuis le temps d'Hérodote. (Voyez Fréret, Mém. de l'Acad. des Inscrip. , t. XTi, p. 344-3&3 ; les mélanges de Greave, toI. i, p. 733, L> coudée d'Egypte contient environ ringt-deux pouces , mesure anglaise.
2 Libanius (pro Templis, p. 15, 16, 17) plaide leur cause d'une manière spécieuse et séduisante. De temps immémorial ces fêtes étaient d'usage dans le pays, et celles de Bacchus avaient produit le théâtre d'Athènes. (Géorgiipies, n 380. Voyez Godetroi, ad. loc. Liban., et leCode de Théod., t. vi, p. 284.)
3 Honorius toléra ces fStes rustiques, A. D. 399. Jbsque ullo saerificio, atque uUa superstitione damnabili. Mais, neuf ans après, il crut devoir réitérer et exiger les mêmes conditions. ( Codex Tbeod. I. xvi, tit. 10, leg.17,19.)
* Cod. Theod. , 1. xvi , tit. 10, loi 12, Jorlin°( Kemarques sur riIist.Ecclés., vol. iv, p. 134) blâme avec raison la teneur et le style de celle loi tyrannique.
CH. XXVIIL 683
> d'immoler désormais , soit dans une ville ,
> soit dans tout autre endroit , aucune vic-
• time innocente en l'honneur d'une idole
> inanimée. > L'acte du sacrifice et la pratique de la divination par les entrailles des victimes sont déclarés , sans égard au motif des crimes de haute trahison contre l'état , qui ne peuvent s'expier que par la mort du coupable. On abolit les cérémonies païennes qui paraissaient moins cruelles et moins odieuses, comme injurieuses à l'honneur de la seule et véritable, religion. L'édit défend nommément les lumières , les guirlandes, les encensemens, les libations de vins et comprend jusqu'au culte du génie domestique et des dieux pénates dans l'arrêt de la proscription. Celui qui se rendait coupable de quelqu'une de ces cérémonies profanes perdait la propriété de la maison ou du terrain où elle avait été exécutée, et si, pour éluder la confiscation, il faisait, de la maison d'un autre, le théâtre de son impiété, l'édit le condamnait à une amende de vingt-cinq livres d'or, environ mille livres sterling , ou à peu près vingt-cinq mille francs. Il punissait par la même amende la connivence des ennemis secrets de la religion , qui, négligeant les fonctions de leurs emplois , ne révélaient ni ne punissaient le crime de l'idolâtrie. Tel était l'esprit persécuteur des lois de Théodose, que ses fils et ses petits-fils exercèrent souvent avec rigueur et aux applaudissemens unanimes du monde chrétien'.
Sous les règnes barbares de Dèce et de Dioclétien, le christianisme avait été proscrit comme une révolte contre la religion dominante de l'empire. L'union inséparable de l'église catholique, et la rapidité de ses conquêtes justifiaient en quelque sorte les soupçons et le danger d'une faction obscure qui se multipliait dans le sein de l'état. Mais les
) On'ne doit pas hasarder légèrement une pareille accusation, mais elle parait sulfisaroment fondée sur l'autorité de saint Augustin , qui s'adresse ainsi aux Donatistes:
• Quis nostrum, quisvestrum non laudat leges ab impe-
• ratoribns datas adversus sacrificia Paganorum ? Etcerte
• longe ibi p.'ena severior conslituta est ; illius quippe im-
• pietatis capitale supplidum est. » (Ëplt. xau , u" 10 , cité par le Clerc , Ûiblioth. choisie, t. vm, p. 277 , qui ajoute quelques remarque sjudicieuses sur l'inlolérancedes chrétiens victorieux.)
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
etnpereurs chrétiens qui violèrent les lois de . l'Évangile et de l'humanité ne pouvaient alléguer ni l'excuse de la crainte, ni celle tic l'ignorance. La faiblesse et la fuiic du paganisme étaient prouvées par l'expérience de plusieurs siècles; les lumières de la raison et tte la foi avaient suffisamment démontré l'impuissance et le ridicule des idoles, et on pouvait accorder sans inquiétude aux restes de cette secte expirante la permission de suivre en paix et dans l'obscurité les coutumes religieuses de leurs ancêtres. Si les païens eussent été animés par le zèle indomptable de leurs ancêtres , leur sang aurait inévitablement souillé le triomphe de l'église , et les martyrs de Jupiter et d'Apollon , méprisant la fortune et la vie, se seraient dévoués avec ardeur aux pieds de leurs autels. L'apathie indolente du polythéisme n admettait pas un xèle si obstiné ; et les païens évitèrent les rigueurs du code de Théodose par la docilité de leur obéissance '. Au lieu de prétendre que l'autorité des dieux devait l'emporter sur celle de l'empereur, ils firent à peine enten- Ure quelques murmures, en renonçant aux cérémonies que le souverain condamnait.
S'ils s'échappaient quelquefois dans l'espérance de n élre point découverts, à satisfaire leur Superstition favorite , l'humilité du repentir désarmait la sévérité des magistrats chrétiens, «t les païens refusaient rarement d'expier leur imprudence par une soumission apparente aux préceptes de l'Évangile. Les églises se remplissaient d'une multitude de faux prosélytes , qui , en imitant la posture dévote des chrétiens, et en récitant leurs prières par des vues d'intérêt personnel , invoquaient au fond de leur cœur les dieux de leurs ancêtres '. Les païens souffraient impatiemment , mais ils n'avaient pas le courage de résister, et les mill'iers d'idolâtres qui déploraient la ruine de leurs temples subirent sans efforts la loi de leurs adversaires.
< Orose, I. vn, c. 28. p. 537, Aagnslio {Enarrat. in Ptalm. en, apud Lardner, Témoignages des pftieiu , Toi. iT, p. 458) déclame contre leur lâcheté. • Quis eorum
> oomprehensus est in saeriBcio, cùm bis legibus istapro*
> hiberenlor, et non DCgan't? •
> Libaniu8 {pro Templis, p. 17, 18) cite, sans la blâma' , cette hypocrisie comme une seine de comédie.
(305 dcp. J.-C.)
Le nom et l'autorité de l'empereur* suffit pour désarmer les paysans de Syrie et la populace d'Alexandrie, qui s'étaient opposés aux entreprises de leur archevêque. Les païens de l'Occideni ne contribuèrent point à l'élévation d'Eugène, mais leur atiac^emeat pour cet usurpateur rendit sa cause et sa personne odieuses. Le clergé fit entendre ses clameurs, et lui reprocha d'ajouter le crime d'apostasie à celui de la rébellion ; d'avoir laissé rétablir l'autel de la Victoire , et de déployer dans ses armées les symboles idolâtres de Jupiter et d'Hercule contre l'invincible étendard de la croix. Mais la défaite d'Eugène anéantit bientôt l'espoir des païens, et ils restèrent exposés à la vengeance d'un conquérant qui tâchait de mériter la faveur du ciel par la destruction de l'idolâtrie *.
Une nation esclave applaudit toujours à la clémence de son maître, quand il ne poosse pas l'injustice et l'oppression jusqu'à la dernière extrémité. Théodose pouvait sans doute proposer à ses sujets païens l'aliernative dn baptême ou de la mort ; et rélorpient Libanius donne des louanges à la modération d'un prince absolu qui ne contraignit jamais ses sujets, par une loi positive, à embrasser la religion de leur souverain*. Il n'était pas indispensablement nécessaire de professer le christianisme, pour jouir des droits de la société civile ; il n'y avait point de punition particulière prononcée contre ceux dont la crédulité adoptait les fables d'Ovide et rejetait les miracles de l'Évangile. Un grand nombre de païens zélés occupaient des places dans le palais , dans les écoles , dans les armées et dans le sénat; ils obtenaient sans distinction tous les honneurs civils et militaires de l'empire. Théodose témoigna son estime pour le génie et pour la vertu, en décorant Sy mmaque*
I Ubaniuseonelat son apologie (p. 32) en déclarant i l'empereur qu'à moins qu'il n'ordonne expresséacnl la destruction des temples, les propriétaires défiendrwt leon lois et leurs privilèges. Irii nt nt «y^wt /< rv»-r«( , «w «vTcie, M/ T» i«/u« /BoaSurevrac
ï Paulin, dans la ried'Ambroise; c. 26; Augustin ,;<!* CifUate J>ei, 1. t,c. 26; Théodorel, 1.», c 24.
3 LilMinius suggère la forme d'un édit de porséoflioB que Théodose aurait pu publier (pro Templis, p. 32). La plaisanterie était imprudente, le prince poumit snirre
son avis.
4 Denl^oe pro iMrlUi terrtarlIiiB «qw repnutaK.
(395 dep. J.-C.)
PAIl ED. GÎIÎIÎOF. Cil. XXVIII.
cle la dignité consnbire, et par son attaclicmcniparticalierponr Libanins '. L'cmpcrein* n'exigea jamais de ces deux apologistes éluqiiens da paganisme qu'ils changeassent on dissimulassent leurs opinions religieuses. Les païens joirissaicnt du droit de dire et d'écrire leurs sentimens avec la plus grande liberté. Les fragmcns historiques et philosophiques d'Enaapius, de Zosimc* et des prédicateurs fanatiques de l'école de Platon, sont remplis des plus violentes invectives contre les principes et contre la conduite de leurs adversaires. Si ces libelles étaient publics, nous devons applaudir à la sagesse des princes dirétiens, qui méprisaient le désespoir et les derniers efforts de la supei-stition'; mais ils faisaient exécuter à la rigueur les lois qui proscrivaient les sacrifices et les cérémonies du paganisme, et chaque jour contribuait à détniire une religion plus soutenue par l'habitude que par des argumens. La dévotion d'un poète ou d'un philoso|)hc peut se nourrir par la prière, l'élude et la médit.nlion; mais les opinions religieuses du peuple paraissent uniquement fondécà sur l'exercice dn culte public, et sur l'influence de l'habitude et de l'imitation. La privation de cet exercice public est susceptible d'opérer dans nn petit nombre d'années l'œuvre important d'une révolution nationale. Le souvenir des opinions théologiques ne se conserve pas long-temps, privé du secours artificiel des prêtres , des temples et des leiaurcs*. Le
Maoen, urrlcolto «now» i*i|ier(H ktoora.
tfÊt ■aglttratra tibi «mwll», Ife trikoul Coutnltt.
rrndcDce, data Synmiaqae, I, GI7, dr.
• Libanius {pro Templis, p. 32 } se fclicite de ce que l'empereur Théodose a revêtu de rclte dignité un homme (]ui ne craquait pas de jurer par Jupiter en présence de son pieux souverain. Cependant sa présence n'est probablenieiil qu'une figure de rhétorique.
2 Xosimc, qui se qualiRe du titre de comte et d'ancien avocat du trésor , dilTame indécemment les princes chrétiens, et même le père de son souverain. Il est prol)ahle que cet ouvrage se distrihuait avec précaution , puisqu'il échappa à la censure des historiens ecclésiastiques qui précédèrent Ëvagrius (1. m, c. 40-42) qui vivait à la Bn du sixième siècle.
3 Cependant les païens d'Aflriqucse plaignaient de ce que les préjugés nelcurprriTii liaient pnsdcrépon:lreavccliberté à la Cité de Dieu. Saint Augustin (v, 2G,) en convient.
< Les .Maures d'Espagne, qui protcssèrent sccrèlemsnt
vulgaire ignorant, dorrf l'imagination conserve aveuglément les terreurs et les espérances de la superstition , se laissera facilement persuader par ses supérieurs de diriger SCS vœux vers les dieux dn siècle ; et son rètc s'enflammera insensiblement pour la dépense et la propagation de la nonveHe doctrine qu'il avait acceptée d'abord arec répiignaRce. L'église catholique attira sans peine la génération qui vint au monde après la promulgation des lots 'mipériales, et la chute du pagiinisme fut en même temps si douce et si rapide , que vingt-4iuit ans après la mort de Tliéodose ses faibles restes n'étaient plu» sensities aux yeux du législateur*.
La mine de la religion païenne est décrFte par les sophistes comme im prodige effrayant qui couvrit la terre de ténèbres et rétablit l'ancien règne du chaos et de la nuit, fis racontent, en style pathétique, que les temples se |convortii'eirt en sépulcres , el que les domiciles sacrés des statues des dieux furcnl désiionorés par les reliques des martyrs chrétiens. « Les ii.'oines, > dit Eunapiiisqui refuse Il celte race < d'animaux immondes > jusqu'au nom d'hommes, < &ont les auteurs de la non- » velle «loctrine qui a substitué les plus mé- » pris;ibles esclaves aux divinités que l'intel-
> ligCRcc humaine conçoit si bien. Les têtes » salées et mariuécïde ces malfaiteurs, qui » ont été punis de leurs crimes par une mort
> ignomiuieuse, leurs corps où l'on voit en- » core les traces des fouets et des tortures
> ordonnées par les magistrats; tels sont,
> ajoute Ennapius , les dieux que la terre
> produit de nos jours ; tels sont les mar-
> tyrs , les suprêmes arbitres des prières et * des vœux que uous adressons à la diviui- » lé, et dont on re8po«-te aujourd'hui les
> tombes comme des objets de la vénéra-
> tion des peuples '. > Sans approuver les
pondant plus d'un siècle la religion mabomélane sons la verge de l'inquisition . possédaient le Coran ri parlaient la langue arabe. (Voycx riHstoire impartiale et curieuse de leur expulsion dans les Mélanges de Geddes, vol. i.p.l-tW.)
I Paganot qui supersunt, quanquain jeun nuUox esse eredamus , etc. (Cod. Tbeod., I. xvi , lit. tO, Io{ 22, \. D. 423.) f.e second Théodose convint dans la suite qu'il avait jugé un peu légèrement.
> Voyez Kunape , dans la Vie du Philosophe yfidesius. Dans celle d'EusIathe , i| prédit la ruine du paganisme
DECADENCE DE L'EMPIRE KOMAIN
invectives et l'aniincBité du sophiste , U e$t assez naturel de partager sa surprise d'une révolution dont il fut le témoin , et qui éleva les victimes obscures des lois romaines au rang de protecteurs célestes de l'empire romain. Les temps et les succès convertirent en adoration la respectueuse reconnaissance des chrétiens pour les martyrs de la foi , et on accorda les mêmes honneurs aux plus illustres des saints et des prophètes. Cent cinquante ans après les morts glorieuses de saint Pierre et de samt Paul , les tombes, ou plutôt les trophées de ces héros spirituels ', décorèrent le Vatican et la voie d'Ostie. Dans le siècle qui suivit la conversion de Constantin , les empereurs , les consuls et les généraux des armées, visitaient dévotement les sépulcres d'un faiseur de tentes et d'un pécheur *; et l'on déposa respectueusement leurs os sur les autels du Christ , oii les é vaques de la ville impériale faisaient tous les jours à Dieu l'offrande de leur sacrifice '. La nouvelle capitale de l'Orient, n'ayant pas trouvé chez elle de ces glorieux trophées, s'appropria les dépouilles des provinces. Les corps de saint André , de saint Luc et de saint Thimothéc , avaient reposé près de trois cents ans dans des tombeaux obscurs, d'où on les transporta en pompe à l'église des Saints-Apôtres , fondée par Constantin sur les rives du Bosphore de Thrace *. Environ
xtti <ri ftutmfit itai tLtittt noTot tvpa,imffti ta iits y»t
< CAus, ap.Euseb.,H\A. Ecdésiast. , 1. n, c. 25, prMre romaio , qui vivait du temps deZepbirinus ( A. D. 202-219), fut témoin de cette pratique superstitieuse.
î Chrysoslôme, quod Christus sit Deus, 1. 1, nouv. Mit , D* 9. La lettre pastorale de Benoit XIV sur le Jubilé de l'année 1750 m' a Tourni cette dtation. ( Voyez les Lettres iotéressanles de M. Cbais , t. in.)
3 < Maie facit ergo romanus episcopus, qui super
> mortuorum homiDum , Pétri et Pauli , secundum nos, » ossa veneranda offert Domino sacriflcia , et
> lumulos eorum Cbristi arbitratur allaria. > (Jérôme , t. II, tulvers. flgilant, p. 153.)
* Jérôme (l.n, p. 122) atteste ces translations , que les écrivains ecclésiastiques ont négligées. On trouve la passion de saint André à Fatras décrite dans une Épttre du clergé de l'Achaïe, que Baronius voudrait admellre (Annal. Ecclés., A. D. 60, n" 34), et qne Tillemont se trouve forcé de rejeter. Saint André Tut adopté comme le fondateur spirituel de Constanlinople. ( Mémoires Ecclésiastiques, t.i.p. 317-323, 588-594.)
(395dep.j.-a)
cinquante ans après , on conduisit au mène lieu Samuel, juge et prophète d'Israël. Les évéques se passèrent de mams en mains ses cendres déposées dans un vase d'or et couvertes d'un voile de soie. Le peuple reçut les reliques de Samuel avec autant de joie et de respect qu'il aurait pu en montrer au prophète vivant. La foule des spectateurs formait une procession continuelle depuis la Palestine jusqu'aux portes de Constanlinople. L'empereur Arcadius, suivi des plus illustres membres du clergé et du sénat, vint àla rencontre de cet hôte extraordinaire qui, durant sa vie, avait réclanié et mérité l'hommage des souverains '. L'exemple de Rome et de Constantinople confirma la foi et la discipline dn monde catholique. Les honneurs des saints, après quelques murmures faibles et inutiles de la raison profane *, s'établirent wùsetsellement ; et , dans le siècle d' Ambroise et de Jérôme, il semblait manquer quelque chose à la sainteté d'une église , jusqu'à ce qu'elle eût été consacrée par une parcelle de saintes reliques qui pussent fixer et enflammer la dévotion des fidèles.
Dans la longue période de douze cents ans qui s'écoulèrent entre le règne de ConstaotiD et la réformation de Luther, le culte des saints et des reliques corrompit la simplicité pure et parfaite de la religion chrétienne, ci on peut observer quelques symptômes de dépravation chez les premières générations qui adoptèrent celte innovation.
l» Le clergé , convaincu que les reliques des saints avaient plus de valeur qne foret les pierres précieuses ', s'efforça d'augmenter
) Jérôme (t. n, p. 122) décrit pompeusepient ta translation de Samule, qui se trouve citée dans toutes Is chroniques du temps.
2 Le prêtre Vigilanlius , le protestant de son àiàt, rejeta toujours avec fermeté, mais inutilement , les siperstitions des moines , les reliques, les saints, lesjalnes , etc.; et Jérôme le compare à l'hydre, à Cerbère, a«s centaures, etc. 11 le regarde comme l'organe des damons ( t. n, p. 120-126 ). Quiconque lira la foniroversf de Jérôme et de Vigilanlius, et le récit que fait saint Augustin des miracles de saint Etienne, acquerra prom* ment une idée juste des sentimens des Pères.
3 M. de Beausobre (Hist. du Manichéisme, ton. n. p. 648) a attribué un sens profane à la pieuse «bser* tion du clerré de Smyme, qui conservait i ' ' les reliques du martjT saint Folycarpe.
(395 dep. J.-C.)
PAR ED. GIBBON. CH. XXVIII
les trésors de l'église. Sans beaucoup d'égard pour la vérité on même pour la probabilité, on donna des noms aux squelettes, et on inventa des actions pour ces noms. Des fictions religieuses obscurcirent la gloire des apôtres et des saints imitateurs de leurs vertus ; on ajouta au nombre des martyrs véritables une multitude de héros imaginaires qui n'ont jamais existé que dans la fantaisie de quelques légendaires rusés ou crédules. 11 y a même lieu de soupçonner que le diocèse de Tours n'est pas le seul où l'on ait adoré sous le nom d'un saint les os d'un malfaiteur '. Une pratique superstitieuse, qui tendait à multiplier les tentations de la fraude et de la crédulité, ' éteignit insensiblement la lumière de Fhis- < toire et de la raison dans le monde chrétien. [ 2° Mais les progrès de la superstition au-
( raient été moins rapides , si on ne se fût pas
> servi du secours des miracles et des visions I pourconstater l'authenticité et la vertudes reliques suspectes. Sous le règne de Théodose,
I Lucien , prêtre de Jérusalem et curé du vil-
' lage de Caphargamala *, environ à sept lieues
de la ville, raconta un souge singulier qu'il
> avait eu dans la nuit pendant trois samedis consécutifs. Une figure vénérable s'était présentée devant lui , portant une longue barbe, vêtue d'une robe blanche , et tenant une verge d'or dans sa main. Ce fantôme s'annonça sous le nom de Gamaliel , et apprit au
i prêtre que son corps , celui de son fils Abibas, de son ami Nicodème, et enfin celui de i l'illustre Etienne, le premier martyr du chris- I tianisme , avaient été enterrés secrètement I dans le champ voisin. Il ajouta d'un ton d'impatience, qu'il était temps de le tirer, lui et I ses compagnons , de leur retraite obscure ; que leur apparition dans le monde détourne-
< Martin de Tours ( voyez sa vie, c. 8, par Sulpice Sévère ) arracha cet aveu de la bouche d'un mort. On convient que l'erreur est naturelle, etladécouverleest supposée miraculeuse. Laquelledes deux doit arriver le plus fréquemment?
^ Lucien composa en grec son récit; Avitus le traduisit, et Baronius le publia ( Anual. Ecclés., A. D. 415, n* 7-16). Les éditeurs bénédictins de saint Augustin ont donné, à la fin de l'ouvrage De Civiiate Dei, deux dilTérens textes, accompagnés de nombreuses variantes. C'est le caractère du mensonge d'être vague et incertain. Tillemont ( Mém. Ecclés. , t. Il , p. 9 , etc.) a adouci les parties de la légende qui choquent le plus le bon sens.
rait les malheurs dont il était menacé, et qu'ils choisissaient Lucien pour avertir l'évêque de Jérusalem de leur situation et de leurs désirs. De nouvelles visions éclaircirent les doutes et facilitèrent l'exécution de cette entreprise importante ; le prélat fit creuser la terre devant le peuple qui s'était rassemblé pour en être témoin. On trouva les tombes de Gamaliel, de son fils et de son ami, à côté l'une de l'autre ; mais, dès que l'on eut retiré la quatrième, qui contenait les précieux restes de saint Etienne , la terre trembla , et il se répandit une exhalaison aussi délicieuse que celle du Paradis, et dont l'influence bienfaisante rendit la santé à soixante-treize spectateurs. On laissa les compagnons d'Etienne dans leur paisible demeure de Caphargamala ; mais les reliques du premier des martyrs furent transportées processionnellement dans l'église construite en son honneur sur la montagne de Sion ; et presque toutes les provinces de l'empire romain proclamèrent généralement que la plus petite parcelle de ces reliques, une goutte de sang', ou les raclures d'un os, possédaient une vertu miraculeuse. Le savant Augustin*, àquila puissance de son esprit ne laisse guère l'excuse de la crédulité, atteste les prodiges nombreux opérés en Afrique par les reliques de saint Etienne ; et ce récit merveilleux a été inséré dans l'ouvrage de la Cité de Dieu, que l'évoque d'Hippone a rédigé pour servir de monument à la vérité du christianisme. Augustin affirme qu'il ne parle que des miracles certifiés publiquement par ceux qui en ont éprouvé l'influence ou qui en ont été les spectateurs ; on omit ou l'on oublia beaucoup de prodiges. Hippone fut traité moins libéralement que les autres villes de la province ; et son évêque détaille cependant plus de soixante-dix miracles en moins de deux
i Une fiole du sang de saint Etienne se liquéfia tous les ans à Naples, jusqu'au moment où il Ait remplacé par saintJanvier(Kuinart, Hist. Persecut. Fandal.,p.S2!i.)
2 Augustin composa les vingt-deux Livres De Civit, Dei, eo treize ans de travail ; A. D. 413-426. (Tillemont, Mém. Ecclés. , t. xiv , p. 608, etc.) Il emprunte trop souvent son érudition , et raisonne trop souvent d'après luimême ; mais la totalité de l'ouvrage a le mérite d'un dessin vaste, exécuté avec vigueur et quelque intelligence.
DECADENCE DE
ans, dan» les limites de soo diocèse, au nomhrc desquels il y eut trois morts ressus- «âtcs*. En portant uos reg:ir(]s sur tous les diocèses et tous les saints du monde chrétien, nous serons con\-aiiicus de l'impossibi- Ittê qu'il y aurait de calculer le nombre de fables et de versions puisées à cette inépuisable source. On peut se permettre d'avancer qu'tme grande partie des miracles opérés dans ces siècles d'ignoraucc ei de supeiiitition u'ea méritaient pus le nom, puisqu'ils s'écartaient à peine du cours ordinaire de la nature. 30 La multiplicité des miracles dont les tonsbes des martyrs étaient continuellement le théâtre, révélaient aux pieux croyans la constitution et l'état actuel du monde invisible, et leurs spéculations religieuses paraissaient fondées sur la base solide des faits et de l'expérience. Quel que pût être le sort des âmes communes depuis l'iustaut de la dissotvtiott de leurs corps jusques à celui de leur résurrection, il était évident que les esprits supérieurs des saints et des martyrs ne passaient pas ce long intervalle dans un sommeil honteux et inutile*. Ou était convaincu, quoique sans pouvoir déterminer le lieu de leur habitation, ni la nature de leur félfcilé , qu'ils jouissaient du sentiment de leur bonheur , de leur vertu et de leur puissance, etqu'ils étaient déjà assurés d'une récompense éternelle. Leurs facultés intellectuelles surpassaient évidemment celles des mortels , puisque l'expérience démontrait qu'ils pouva'ient entendre et comprendre, dans le même instant, les vœux qu'on leur adressait dans toutes les parties du monde '.
« Voyez August-, de Civit. Del, liv. mh , c. 22 ; et r Appendice qui contient deux Livres des miracles de saint ËlleDac, parËrodius, érique d'Czalis. Freculplie (apud Basnage, liist. des Juifs, l. vin, p. 249) a cité an proverbe gaulois ou espagnol : • Quiconque prétendra avoir • lu tous les miracles de siiiit Ùticnn", meiiliri!. •
î Burnct (</e Statu jllortiioiwn , p. 56-84) recueille les opinions des Pérès , qui alVinneiit ie somoieil ou le repos drs âmi sjusqu'au jour du ]ugi':iieiit. Il expose ensuite les inconvéniciis qui pourraient arriver s'ils conservaient vue existence sensible et active.
^ Vigilanlius plaçait les âmes des propliétee et des martyrs dans le sein d'Abraham , in loco reffigerii, o« sons l'autel de Dieu. Tfec passe suis tmnnlis , et ubi voliterunt, adesse pnescntes. Mais Jérôme (t. 11, p. 122) , rérute sévèrement ce blaspliènir. • Tu Det> Icgi-s pones î
L'EMPIRE ROMAIN, ( 393 dep. J.-C.)
Les fidèles fondaient leur confiance sur la persuasiouque les saints, qui régnaient avec le Christ , s'intéressaient vivement à la prospérité de l'église catholique, qu'ils jetaieui sur la terre des regards de compassion, «t qu'ils honoraient priacipaloment de leurs faveurs ceux qui se distinguaient par la sincérité de leur foi et de leurs vertus. La bieufaisance des martyrs daignait quelquefois admettre des motifs moins purs : ils avaient une affection particulière pour le lieu de leur naissance et pour celui qu'ils avaient habité; pour celui de leur mort et de leur enterrement, et enfin pour l'endroit qui possédait leurs saintes reliques. Les passions mesquines de l'orgueil, de l'avarice et de la wngoance n'étaient pas jugées indignes de ces cœurs célestes. Ils daignaient témoigner leur approbation à ceux qui leur oITraient des dons avec libéralité , et frappaient des chàtimens les plus sévères les impies qui dérobaient quelque ornement à la roagniiicencc de leur chasse, ou qui révoquaient en doute leur puissance surnaturelle '. Il aurait fallu , à la vérité , être bien endurcis dans l'iiicrédulité , pour rejeter les preuves d'une influence divine à laquelle les élémens, la nature onliore , et même les opérations invisibles de l'ùmc humaine étaient forcés d'obéir*. L'effet salutaire ou pernicieux qui était la suite immédiate des prières ou des ofleoscs, ne laissait aucun doute aux chrétiens de la haute faveur dont les saints jouissaient au|}rè$ de l'Élre-Suprême ; et ils crurent inutile de savoir si ces puissans protecteurs étaient forcés d'intercéder continuellement pour tous les humains, ou s'ils avaient
• Tu apostolis vincula injides, ni usque ad diein jndirii
• teneaotur cuetodià, nec siat cum Uonlno suo ; de quitms k scripluni est : Sequuntur Agunui quocunque vadit. Si
• Agnus ubique, ergo, et bi, qui cum Agno suut , vbi- > que esse credendi sunt. Et cùm biabolus el Danmn » lulo vageutur in orbe , etc. , etc. •
■ Fleuri , Uiscours sur l'ilist. Ecclés. , lu , p. 80.
3 A Miuoi'que , les reliques de saiol ËUcune convertirent en huit jours cinq cent quarante Juifs, avec le secours cependant de quelques petites sévérités saluUiires, couihk de brûler les synagogues, H de chasser les opiniâtres <1">^ les rochers, où ils mouraient de faim, etc. (\oya^ T.ettre de Sévère, évêquc de Minorque, ad ctUeem; sais» Augustin, de Civit. Dei, et les remarques judicieus» do Basnage, t viii , p. 245-251.)
(395 dep. J.-C.) PAR ED. GIBBON
la liberté d'exercer leur ministère subordonné au gré de leur justice et de leur bienveillance. La contemplation et le culte d'une cause universelle exigeaient de l'imagination un effort pénible , et elle saisissait avec avidité des objets inrérieurs de son adoration , plus proportionnés à l'imperfection de ses facultés. La théologie simple et sublime des premiers chrétiens se corrompit insensiblement, et la monarchie du ciel, déjà surchargée de subtilités métaphysiques, fut totalement défiguréepar l'introduction d'une mythologie populaire, qui tendait à rétablir le règne du polythéisme '.
4° Gomme les objets de dévotion n'eurent bientôt plus d'autre règle que l'imagination, on introduisit des cérémonies capables de frapper les sens du vulgaire. Si, au commencement du cinquième siècle *, Tertullien ou Lactance ' fussent sortis du sein des morts pour assister à la fête d'un saint ou d'un martyr *, ils auraient contemplé avec autant de surprise que d'indignation le spectacle profane qui avait succédé au culte pur et simple d'une congrégation chrétienne. Dès que les portes de l'église se seraient ouvertes, leur odorat aurait été offensé par le parfum de l'encens et des fleurs , et ils auraient sans doute regardé comme sacrilège la clarté inutile et ridicule que les lampes et les cierges répandaient en plein midi. On ne pouvait arriver à la balustrade de l'autel qu'à travers une foule prosternée, et composée en plus grande partie d'étrangers et de pèlerins qui accouraient à la ville la veille des fêtes, et
< M. Hume ( Essais, vol. u , p. 434 ) observe en philosophe le flux et le reflux du théisme et du polythéisme.
ï D'Aubigné (Voyez ses Mémoires , p. 156-160) oITHt, avec le consentement des minisires prolestans, de prendre pour r^le de foi celle des quatre premiers siècles du christianisme. Le cardinal du Perron voulait ajouter quarante ans ; cependant aucun des deux partis n'aurait trouvé son compte dans cet extravagant marché.
s Le culte pratiqué et prêché par Terlullien, Lactance, Arnobe , etc., est si pur et si spirituel , que leurs déclamations <«nlre les Païens rejaillissent quelquerois jusque sur les cérémonies des Juifs.
* Fauslus le Manichéen accuse les Catholiques d'idolâtrie. Fertitis idola in martyres.... quos votis similibus colitis. M. de Beausobre (Hist. Crit. du Manichéisme, t. H, p. 629-700), philosophe protestant, a représenté avec candeur et érudition l'introduction de l'idolâtrie chrétienne dans les quatrième et cinquième sièdes.