‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire RomainChapitre 44 sur 105 · GH. XXVIII · texte numérisé non relu

GH. XXVIII

qui étaient déjà dans l'enthousiasme du fanatisme et peut-être de l'ivresse. Ils imprimaient dévotement des baisers sur les murs et sur le pavé de l'église, et leurs prières ferventes s'adressaient , quelles que fussent les paroles du service divin, aux os, an sang ou aux cendres du saint couvert ordinairement d'un voile de soie. Les chrétiens visitaient les tombes des martyrs , dans l'espérance d'obtenir , par leur puissante intercession, toutes sortes de faveurs , et principalement des avantages temporels. Us priaient pour la conservation ou pour le rétablissement de leur santé, pour la fécondité de leurs femmes, pour la vie et le bonheur de leurs enfans. Lorque les dévots entreprenaient un voyage long ou dangereux , ils suppliaient les saints martyrsd'étre leurs guides et leurs protecteurs dans la route ; et s'ils revenaient sans avoir essuyé d'accident, les tombes des martyrs recevaient encore leur visite 'et les vœux de leur reconnaissance. Tous les murs étaient garnis des symboles de leurs faveurs. Des yeux, desjarobes et des bras d'or et d'argent représentaient les services rendus aux fidèles ; et des tableaux édifians, qui devinrent bientôt l'objet d'un culte indiscret, offraient aux yeux le saint et le nombre prodigieux de ses miracles. Dans tous les âges et dans tous les pays, ces superstitions parlèrent toujours le même langage*. On ne peut disconvenir que les ministres de la religion catholique n'aient imité le modèle qu'ils étaient impatiens de détruire. Les plus respectables prélats se sont persuadés que des paysans grossiers renonceraient plus facilement au paganisme, s'ils trouvaient quelque resemblance, quelque compensation dans les cérémonies du christianisme. La religion de Gonstantin acheva en moins d'un siècle la conquête de tout l'empire romain; mais elle se laissa bientôt corrompre par les artifices de ceux qu'elle avait voulu convertir *.

' On peut trouver dans les diverses superstitions , depuis le Japon jusqu'à Mexico, des ressemblances qui n'ont pu être le fruit de l'imitation. Warburton a saisi cette idée qu'il a dénaturée en la rendant trop générale et trop absolue. (Div. légal., t. IV, p. 26, etc.)

• M. Middlclon traite de l'imitation du paganisme , dans sa Leltre écrite à Rome. Les observations de Warburton l'obligèrent de lier ensemble (vol. m, p. 120-132)

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