‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire RomainChapitre 45 sur 105 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Division finale de l'empire romain entre les filt de Théodose. — Régne d'Arcadius et d'Uonorius. — Administration de Bufin et de Slilicon. — Révolte et défaite de Gildon eo Afrique.

Le génie de Rome disparut à la mort de Théodose, le dernier des successeurs d'Augnste et de Constantin qui parut à la téie des années, et dont l'autorité fut universellement reconnue dans toute l'étendue de l'empire. Cependant la jeunesse et l'inexpérience de ses deux fils furent protégées quelque temps par le souvenir de sa gloire et de ses vertus. Après la mort de leur père, Arcadius et Honorius obtinrent les suffrages unanimes, comme empereurs de l'Orient et de l'Occident. Tous les ordres de l'état, toutes les classes de citoyens, les sénats de l'ancienne et de la nouvelle Rome, le clergé, les magistrats , les soldats et le peuple, prononcèrent avec zèle le serment de fidélité. Arcadius, alors âgé d'environ dix-huit ans, était né en Espagne dans l'humble habitation d'un simple citoyen; mais il reçut une éducation convenable à sa nouvelle fortune dans le palais de Constantinople, où il passa honteusement sa méprisable vie , et d'où il sembla régner sur les provinces de la Thrace, de l'AsPe-Mineure , de la Syrie et de l'Egypte, depuis le Bas-Danube jusqu'aux confins de la Perse et de l'Ethiopie. Le jeune Ilonorlus son frère fut décoré, dans la onzième année de son âge, du titred'empereur de l'Italie, de l'Afrique, de la Gaule, de l'Espagne et de la Gramle-Bretagne. D'un côté les Maures, et, de l'autre , les Calédoniens bornaient les frontières de son royaume. Les deux princes partagèrent entre eux la préfecture vaste et guerrière de rillyrie ; les provinces de Noriqne, de Pannonie et de Dalmatie appartinrent à l'empire d'Occident ; mais les deux grands diocèses de Dacie et de Macédoine, confiés par Gratien à la valeur de Théodose, furent irrévocablement réunisà l'empire de l'Orient. Les bornes en Europe étaient à peu près les mêmes qui séparent aujourd'hui les Turcs des Allemands. Dans cette division finale et durable de l'empire romain, on pesa de bonne foi et l'on compensa les différens avan-

rhistoire des deux reUgioDS, et de prouver l'antiquité de la copie.chrétienne.

tages de territoire , de richesses , de popula tion et de forces militaires. Le sceptre héréditaire des cnfans de Théodose paraissait être le don de la nature et le droit légitime de leur père ; les généraux et les ministres étaient accoutumés à regarder les jeanes princes comme leurs maîtres futurs; les droits et les prétentions du peuple et des soldats n'avaient point été réveillés par l'exemple dangereux d'une élection récente. Les preuves qu'Arcadius et Honorius donnèrent successivement de leur faiblesse et de leur incapacité n'effacèrent point les impressions anciennes et profondes de la fidélité. Les sujets de Rome respectaient encore la personne ou le nom de leurs souverains ; ils détestaient également les rebelles qui attaquaient l'autorité de leur monarque, et les ministres assez perfides pour en abuser.

Théodose a terni la gloire de son règne par l'élévation de Rufin, qui, dans un siècle de factions civiles et religieuses, a été généralement reconnu par tous les partis pour un scélérat , coupable des plus grands crimes. Poussé par l'avarice et par l'ambition •, Rufin , né dans un coin obscur de la Gaule *, quitta son pays natal pour chercher fortune dans la capitale de l'Orient. Le talent naturel d'une élocution vive et prompte * lui facilita des succès au barreau, et les succès lucratifs de cette profession lui servirent de marchepied pour s'élever aux premiers emplois de l'état. Il parvint, par les gradations ordinaires, à la charge de maitre des offices, et dans l'exercice de ses nombreuses fonctions, liées si essentiellement avec tout le système du gouvernement civil , il acquit la confiance d'un souverain qui découvrit en peu de temps sa diligence et sa capacité dans les affaires, et ignora long-temps la fausseté , l'orgueil et

• Alecton, envieuse de la fïUcilé publique, convoque un synode infernal ; M^ère lui recommande RuQn MB pupille , et l'excite à exercer toute sa noirceur, etc. , etc. ; mais il y a autant de différence entre la tUreur de Clandieu et celle de Vii^ile qu'entre les caractères de Tumus et de Rufln.

2 TUIemont , Hist. des Emper. , U r, p. 770. II est évident, quoique de Marca paraisse honteux de son compatriote , que Rufln est né à Éluse , capitale de ta Novempopulanie , à présent un petit village de Gascogne. (D'AnviUe , Notice de l'ancienne Gaule , p. 289.)

3 Philostorge ,1 xi , c. 3 ; rt la DisserUlion de Gode- IVoi , pi 440. '

(395 dep. J.-C.)

l'avidité de son favori. II déguisait soigneusement ses vices sons le masque de la plus profonde dissimulation', et ses passions se conformaient à celles de son maitre. Cependant, dans le massacre odieux de Thessalonique, le barbare Rufin enflamma la colère de Tbéodose, et n'imita point son repentir. Ce ministre insolent regardait le reste des humains avec une indifférence dédaigneuse , ne pardonnait jamais la plus faible apparence d'une injure et croyait que tons ceux qui étaient assez hardis pour l'oiïenser, ou assez malheureux pour lui déplaire, perdaient tout le mérite de leurs services passés. Promotus, maître général de l'infanterie , avait sauvé l'empire en repoussant l'invasion des Ostrogoths , mais il souffrait avec indignation la prééminence d'un ministre dont il méprisait le caractère et la profession. Le fougueux soldat, irrité de l'arrogance du favori , cul la hardiesse de le frapper au milieu du conseil. On représenta cet acte de violence à l'empereur comme une insulte personnelle, que sa dignité ne lui permettait pas de laisser impunie. La disgrâce de Promotus lui fut signifiée avec ordre de se retirer sans délai dans une station militaire sur le Danube. La mort de ce général, quoique tué dans une escarmouche avec les barbares, a été imputée à la perfidie de Rufin * Le sacrifice d'un héros satisfit sa vengeance, et les honneurs du consulat augmentèrent encore sa vanité ; mais sa puissance lui paraissait imparfaite et précaire, aussi long-temps que Talien ' et son fils Proculus occupaient les préfectures importantes de l'Orient et de Constantinople, et balançaient par leur autorité réunie l'ambition et la faveur du maitre des oflices. Les deux préfets furent accusés de fraude et de concussion dans l'administration des lois et des finances, et

> Le passage de Suidas peint sa profb nde dissimulation

2 Zosime , liv. iv , p. 272 , 273.

3 Zosime , qui raconte la chute de Talien et de son (ils (I. IV, p. 273, 274) garantit lenr innocence , et même sou témoignage suffit pour l'emporter sur les accusations de ses ennemis ( Cod. Théod., t. iv , p. 589) , qui prétendent que ces deux préfels avaient opprimé les Curies. \st liaifion de T.ilicn avec ies Ariens dans sa préfisclure d'Iîpyple dispose Tillemout à le croire coupable de tous les crimes. ( Hisl. des Empereurs , I. v, p. 3<iO ; Méui. Ecclés. , t. vi , p. 589.)

PAR ED. GIBBON. CH. XXIX

l'empereur institua une commission spéciale, afin de partager entre plusieurs juges le crime et le reproche de l'injustice; mais le président eut seul le droit de prononcer la sentence, et ce président était Rufin luimême. Le père , dépouillé de sa préfecture, fut jeté dans un donjon ; mais le fils prit la fuite, convaincu que peu de ministres peuvent compter sur le triomphe de leur innocence , quand ils ont pour juge un ennemi personnel. La haine de Rufin n'aurait été qu'à moitié satisfaite si le despotisme n'avait pas eu la bassesse d'employer le plus odieux des sacrifices. On conserva dans la poursuite du procès une apparence de modération et d'équité, qui donnèrent à Tatieu les espérances les plus favorables sur l'événement. Le président augmenta sa conGanc«> par des protestations et des sermons perfides. 11 alla même jusqu'à abuser du nom sacré de l'empereur, et le père infortuné consentit enfin à rappeler son fils, par une lettre particulière. Dès son arrivée , Proculus fut arrêté, examiné, condamné et exécuté dans un des faubourgs de Constantinople , où il eut la tète tranchée avec une précipitation qui semblait redouter la clémence de l'empereur. Sans aucun respect pour la douleur d'un sénateur consulaire, les barbares juges de Talien l'obligèrent d'assister au supplice de son fils : U avait au cou le cordon fatal ; mais au moment où il attendait, où il souhaitait peut-être la fin de ses malheurs, on lui permit de traîner les restes de sa vie dans l'exil et dans la pauvreté '. La punition des deux préfets peut trouver une excuse peut-être dans les fautes ou les imprudences de leur conduite ; l'esprit jaloux de l'ambition peut pallier la haine de leur persécuteur; mais Rufin poussa la vengeance à un excès aussi contraire à la prudence qu'à l'équité , en dégradant la Lycic, leur patrie, du rang de province romaine, en imprimant une ta-

I Jurmum ronatiii colla

\nlc iNitrum vullus sli-icU) eedticrc securi. Ibat grandee>us nato moricotc sopcrslcs l'ont Irabeas c\sul.

In Rufin., 1, 248.

Les faits de Zosime expliquent les allusions de Claudlen; mais ses traducteurs classiques n'avaient aucune connaissance du quatrième siècle. J'ai trouvé \e fatal cov- (/on avec le secours de Tillemonl, dans un sermon de saint Aslcrius , cvéquc d'Am.ise.

DECADENCE DE L

che d'ignominie sur des citoyens innocens , et en déclarant les compatriotes de ïatien et deProculns incapables à jamais d'occuper un emploi avantageux ou honorable dans le gouveraemeni de l'empire '. Le nouveau préfet de l'Orient, car Rufin succéda immédiatement aux honneurs de son rival abattu , ne fut point distrait, par ses poursuites criminelles, de ses pratiques de dévotion, qui passaient alors pour indispensables au salut. Il avait bâti dans un faubourg de Chalcédoine, surnommé le Chêne, une magnifique maison de campagne, à laquelle il joignit pieusement une superbe église consacrée aux apôtres saint Pierre et saint Paul , et sanctifiée par les prières et la pénitence continuelles d'une communauté de moines. On convoqua un synode nombreux et presque général des évêques de l'Orient, pour célébrer en même temps la dédicace de l'église et le baptême du fondateur. La plus grande pompe régna dans cette double cérémonie ; et lorsque les eaux saintes eurent purifié Rufin de tous les péchés ou les crimes qu'il avait commis , un vénérable ermite se présenta imprudemment comme caution d'un ministre plein d'oi^eil et d'ambition*.

Le caractère du vertueux Théodose imposait à son ministre la nécessité de l'hypocrisie , qui déguisait souvent et retenait quelquefois l'abus de sa puissance. Rufin redoutait le réveil d'un prince indolent , mais encore capable d'exercer ses talens et les vertus qui l'avaient élevé à l'empire'. L'absence, et

f * Cette loi odieuse fut rapportée et révoquée par Arcadius (A. D. 396), dans le Code de Tliéodose (I. ix, tit. 38, loi 9). Le sens, tel que Claudien l'explique ipi Rufin., i, 234), et Godeft-oi (t. m, p. 279) est parUaitemeat clair.

Exscindcrc rWes

FauliUU, et POOMU gratis delere labont.

Les scrupules de Pagi et de Tillemont ne peuvent naître que de leur zèle pour la gloire de Théodose.

2 Ammonius.... Ruftnum proprits manibus suscepit sacro fonte mundatum. (Voyez Rosweyde, n.lœ Patrum, p. 947.) Sozoméne (I. vni, c. 17) parle de relise et du monastère; et Tillemont (Mém.Ecclés., t. n, p. 593) cite ce Synode, dans lequel saint Grégoire de Misse joue un grand rôle.

3 Montesquieu (Esprit des lois, I. xu, e. 12) fait l'éloge d'nne des lois de Théodose adressée au préfet Kufin (I. n, tit. 4, leg. unie.), pour proscrire l'usage des termes qui ofTensaienl la religion ou l'autorité du prince. Une loi tyranoique prouve toujours l'exislence de la tyrannie; mais un édil louable ne peut contenir que Ifô protestations

EMPIRE ROMAIN, (395 dep. J.-C.)

bientôt après la mort de ce grand prince , confirmèrent l'autorité absolue de Rufin sur la personne et sur les états d' Arcadius, prince faible et sans expérience , que l'orgueilleux préfet regardait plutôt comme son pupille que comme son souverain. Indifférent pour l'opinion publique, il se livrait à ses passions sans remords et sans résistance, et son cœur avide et pervers rejetait tous les sentimens qui auraient pu contribuer à sa propre gloire ou au bonheur des citoyens. L'avarice', qui semble avoir été sa passion dominante , lui faisait employer tout l'art de l'iniquité, pour dépouiller lesenfans des étrangers ou des ennemis de la succession légitime de leurs pères, par des taxes oppressives, de faux testamens , des confiscations injustes et mille autres vexations odieuses, dans le but d'accumuler entre ses mains toutes les richesses de l'Orient; enfin il vendait publiquement la justice et la faveur dans le palais de Codstantinople. L'ambitieux candidat pouvait acheter aux dépens d'une partie de son patrimoine les honneurs lucratifs d'un gouve^ nement de province; la vie et la fortune des malheureux habitans étaient abandonnées au dernier enchérisseur. Pour apaiser les cris du public, on sacrifiait de temps en temps quelque coupable dont le châtiment n'était profitable qu'au préfet, qui devenait son juge après avoir été son complice. Si l'avarice n'était pas la plus aveugle des passions, les motifs de Rufin pourraient exciter notre curiosité; nous serions peutêtre tentés d'examiner dans quelles vues il sacrifiait tous les principes de l'honneur et de l'humanité à l'acquisition d'immenses trésors qu'il ne pouvait ni dépenser sans extravagance, ni conserver sans danger. Peut-être se flattait-il de travailler pour sa fille unique, de la marier à son auguste pupille et d'en

spécieuses et les voeux inutiles du prince ou de ses ni- DisU^ ; c'est là une juste quoique affligeante régie de critique.

t ' FlucUlHU aurl '

Eiplcrl lUe calor acquit. :

Congesix ainmlantnr opa, orbla^oe npiBU Aedplt DM domos

. Ce caractère (Claudien dans Rufln, i, 184-220) est «»• Armé par Jérôme, témoin désintéressé (Dedecus inst^ biUs avarUiœ, \.i,ad Heliodor., p. 26) , par Zoanw (1. ï, p. 286) et par Suidas qui a copié l'hUloire dËuMpi««'

PAR ED. GIBBON. CH. XXIX

faire l'impératrice de l'Orient. Il est possible que son avarice ne fût que l'instrument de son ambition , et qu'il eût l'intention de placer sa fortune sur une base solide, indépendante du caprice du jeune empereur. Cependant il négligeait maladroitement de se concilier l'amour du peuple et des soldats, en leur distribuant une partie des richesses qu'il amassait à force de crimes et d'intrigues. L'extrême avarice de Bufin ne lui valut que le reproche et l'envie d'une opulence mal acquise. Ses serviteurs lui obéissaient , mais ils ne l'aimaient pas; et la terreur qu'inspirait sa puissance arrêtait seule les entreprises de la haine universelle dont il était l'objet. Le sort de Lucien apprit à tout l'Orient que , quoique Rufin eût perdu une partie de son activité pour les affaires, il était encore infatigable quand il s'agissait de poursuivre sa vengeance. Lucien , Gis du préfet Florentins, oppresseur de la Gaule et ennemi de Julien , avait employé une partie de son héritage, fruit de la rapine et de la corruption , à acheter l'amitié de Rufin , et le poste important de comte de l'Orient. Mais le nouveau magistrat eut l'imprudence de renoncer aux maximes de la cour et du temps, d'offenser son bienfaiteur par le contraste frappant d'une administration équitable et modeste, et de se refuser à un acte d'injustice qui aurait pu devenir profitable à l'oncle de l'empereur. Arcadius se laissa facilement persuader de punir cette insulte supposée, et le préfet de l'Orient résolut d'exécuter en personne l'affreuse vengeance qu'il méditait contre l'ingrat à qui il avait délégué une parlie de sa puissance. Rufin partit de Constantinople, fit sept à huit cents milles avec une rapidité incroyable, arriva à Autioche an milieu de la nuit, et répandit une consternation universelle chez un peuple qui ignorait ses desseins, mais qui connaissait son caractère. On iraina le comte de quinze provinces de l'Orient, comme un vil malfaiteur, devant le tribunal de Rufin. Malgré les preuves les plus évidentes de son intégrité , quoiqu'il ne se présentât pas un seul accusateur, Lucien fut condamné, presque sans débat , à souffrir un supplice ignominieux. Les ministres du tyran, par l'ordre et en présence de leur maitre , le frappèrent sur le cou , à coups

redoublés, de longues courroies garnies de plomb à leur extrémité , et lorsque l'infortuné Lucien tomba sans connaissance sons la main de ses bourreaux, on l'emporta dans une litière bien fermée , pour dérober ses derniers gémissemens à l'indignation des citoyens. Dès que ce barbare ministre eut assouvi sa vengeance et son inhumanité , seul objet de son voyage, il partit d'Antioche pour retourner à Constantinople, au milieu des malédictions d'un peuple timide qui n'osait les proférer, et sa diligence fut accélérée par l'espoir de célébrer en arrivant le mariage de sa fille avec l'empereur de l'Orient*.

Mais Rufin éprouva bientôt qu'un ministre ambitieux et prudent, qui tient un monarque enchaîné par les liens invisibles de l'habitude, ne doit jamais s'en éloigner, et que dans son absence il doit peu compter snr le mérite de ses services , et moins encore sur la faveur d'im prince faible et capricieux. Tandis que le préfet rassasiait à Antioche sa vengeance implacable , le grand chambellan Eutrope , à la tête des eunuques favoris, travaillait secrètement à détruire sa puissance dans le palais de Constantinople. Ils découvrirent qu' Arcadius n'avait point d'inclination pour la fille de Rufin , et que ce n'était point de son aveu qu'elle lui était destinée pour épouse. Les eunuques substituèrent à sa place la belle Eudoxle, fille de Bauto*, général des Francs, au service de Rome, qui avait été élevée , depuis la mort de son père , dans la famille des fils de Promotus. Le jeune empereur , dont la chasteté était encore intacte, grâce aux soins vigilans d'Arsène ', son gouverneur, écoutait avec l'émo-

1 Caetera Kgnls;

Àd IMuuveltx; paiitto reglooe rcnotaa Implger IK vlai.

L'allusioD de Claudien {inBuf., i, 241) est encore expliquée par le rédt circonstancié de Zosime (1. t, p. 289).

2 Zosime (I. iv, p. 243) Tait l'éloge de la valeur, de la prudence et de l'intégrité du Franc Bauto. (Voyez Tilïemoiit, Hist. des Empereurs, t. v, p. 771.)

3 Arsène s'échappa du palais de Constantinople, et vécut cinquante-cinq ans de la manière la plus austère dans les monastères de.l'Egypte. (Voyez Tillemont, Mém. Ecclës., t. XIV, p. 676-702, et Fleuri, Hist. Ecclés. , t. r, p. 1, etc.). Mais le dernier, au défaut de matériaux plus authentiques, a trop accordé de conflanc« à la légende de Métaphraste.

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN

tton du désir les descriptions.sédaisantes des cbannçs d'Eudoxie. Son portrait acheva de l'enflammer, et le faible Arcadius sentit la nécessité de cacher ses desseins amoureux à un ministre intéressé à les combattre. Peu de jours après l'arrivée de Rufin , la cérémonie du mariage de l'empereur- fut annoncée au peuple de Constantinople qui se prépara à célébrer, par de vives et mensongères acclamations, les noces de la GUe de Ruiln. Une suite brillante d'eunuques et d'ofGciers sortit des portes du palais, portant à découvert le diadème, les robes et les ornemeus précieux destinés à l'impératrice. Les rues ou cette procession pompeuse devait passer étaient ornées de guirlandes et remplies de spectateurs ; mais quand elle fut vis-à-vis de la maison des fils de Promotus , le premier eunuque y entra respectueusement, revêtit la belle Eudoxie de la robe nuptiale, et la conduisit en triomphe au palais et au lit d' Arcadius*. Une conspiration tramée contre Rufio avec tant de secret, et exécutée avec un si grand succès, imprima un ridicule indélébile sur le caractère d'un ministre qui s'était laissé tromper dans un poste où la ruse et la dissimulation constituent le mérite essentiel. Il contemplait, avec un mélange de crainte et d'indignation, la victoire de l'eunuque audacieux qui l'avait supplanté dans la faveur de son maître ; et l'affront fait à sa fille, dont l'intérêt était inséparablement lié avec le sien, blessa la tendresse ou au moins l'orgueil de Rufin. Au moment où il se flattait de devenir la tige d'une longue suite de monarques, une fille obscure et étrangère, élevée dans la maison de ses ennemis les plus implacables, se trouvait introduite dans le palais et dans le lit de l'empereur; et Eudoxie déploya bientôt une supériorité de courage et de talent qui assura l'ascendant qu'elle avait acquis par sa beauté. Rufin sentit avec effroi qu'elle pourrait aisément disposer son faible époux à haïr, à craindre et à détruire un sujet puissant qu'il

< Celte histoire (Zosioie, I. v, p. 290) prouve que les çéfànonies Duptides de l'antiquilë se pratiquaient encore, sans idolâtrie, chez les cbrétiens de rorient. On conduisait de force l'épousée , de la maison de ses parens à celle ii son mari. Nos usages exigent, avec motus de dclica- U-ssc,le coDiCntCfflcut formel de la mariée.

avait outragé ; et le souvenir de ses crimes ne lui laissait point l'espoir de trouver la paix ou la sûreté dans la retraite d'une vie privée; mais il était encore en état de défendre sa dignité, et d'exterminer peut-être tous ses ennemis. Le préfet jouissait de toute sou autorité sur les gouvernemens civils et militaires de l'Orient; et ses trésors, &'il se déterminait à s'en servir, pouvaient faciliter l'exécution des desseins les plus hardis que l'orgueil, l'ambition et la vengeance pussent suggérer à son désespoir. Le caractère de Rufin semblait justifier les imputations de ses ennemis. On l'accusait d'avoir conspiré contre la personne de son souverain , pour s'emparer du trône après sa mort, et invité, pour augmenter la confusion publique, les Huns et les Gotlis à envahir les provinces de l'empire. Le rusé préfet, qui avait passé sa vie dans les intrigues du palais, combattit à armes égales les artifices d'Eutropc son rival. Mais l'âme timide de Rufin fut épouvantée à l'approche d'un ennemi plus formidable , du grand Stilicon, général ou plutôt maître de l'empire de l'Occident *.

StiUcon a joui, dans un plus haut degré que le déclin des arts et du génie ne semblait le permettre, du don divin qu'Achille a obtenu et qu'Alexandre enviait, celui de trouver un poète digne de célébrer les actions des héros. La muse de Claudien *, dévouée à son service, était toujours prête à couvrir de ridicule et d'infamie Eutrope et Rufin ses rivaux, et à chanter les victoires et les vertus de son bienfaiteur. Dans l'examen d'une période assez mal fournie de matériaux authentiques, nous sommes forcés d'éclaircir les annales d'IIonorius par les satires ou les panégyriques d'un auteur contemporain ; mais comme Claudien parait avoir usé amplement des privilèges du poète et du courtisan, nous aurons besoin de toute notre attention pour réduire le langage de la fiction ou de l'exagération à la simple vérité

< Zosime, I. v, p. 290; Orose,!. vn, c. 37;et la chronique de Marcdlin. Claudien (in Rufin. , ii , 7-100) pent triâ-énargiqnemenl la détresse et les crimes du prétH.

2 Stilicon sertloigours, ou diredemeot ou iodireclcmcnt, de lexle à Claudien. On trouve dans le poème de son premier consulat l'hit-toiro de sa jeunesse el de sa vie privée assoï vaguement décrite (35-140).

(395 dop. J.-C.)

PAR ED. GIBBON. CH. XXIX

qu'exige nn récil historique. Son silence sur la Tamille de Stilicon peut être regardé comme une preuve que son protecteur n'avait point on n'aimait point à se vanter d'une longue suite d'illustres aïeux, et la mention qu'il fait en passant de son père, officier de cavalerie barbare au service de Valens, semble confirmer que Stilicon, qui commanda si longtemps les armées romaines, descendait de la race sauvage et perfide des Vandales '. Si ce général n'eût pas possédé les avantages de la taille et de la force, l'adulation n'aurait pas été jusqu'à dire devant des milliers de spectateurs, qu'il surpassait la taille des demi-dieux de l'antiquité, et que quand il passait dans les rues de la capitale , le peuple étonné faisait place à un étranger qui, sous l'extérieur d'nn simple particulier, présentait la majesté im- |)osante d'un héros. Dès sa plus tendre jeunesse, il embrassa la profession des armes. Sa prudence et sa valeur le firent bientôt distinguer. Les cavaliers et les archers de l'Orient admiraient la supériorité de son adresse ; et, à chaque grade militaire on il fut élevé, le jugement du public prévint et approuva le choix du souverain, 'rhéodose le chargea de la ratification d'un traité avec le roi de Perse. Dans cette ambassade importante , il soutint la dignité du nom romain , et, après son retour à Constantinople, il obtint pour récomp.ense une alliance honorable avec la famille impériale. Le sentiment respectable de l'amitié fraternelle avait engagé ïhéodose à adopter la fille de son frère Honorius. Toute la cour admirait les talens et la beauté de Sérène ' , et Stilicon obtint la préférence sur une foule de rivaux qui ambitionnaient la main de la princesse et la faveur de son père adoptif '. L'espérance d'assurer la fidélité du mari de Sérène en l'approchant du trône,

• Vandalorum, inibellis, avarœ, peinte, et dolosœ gentis, génère éditas . Orose, I. vu, c. SiS. Jérôme (t. i, ad GcronHam, p. 93) l'appelle un demi-barbare.

2 Claudien a Cail un portrait avantageux et peut-être flatté de la princesse Sérène, dans un poème qui n'est point achevé. Cette nièce ravor';:e de Tnéodose était née, ainsi que ta soeur Thermantia, en Espagne, d'où elles furent conduites bonorablement, dès leur tendre jeunesse , dans le palais de Constantinople.

3 On ne peut pas bien décider si celte adoption (bt faite li^alcmenl, ou si elle n'est que métaphorique. (Voyez Ducani^e, Fam. Byzant., p. 75.) Une ancienne inscription donne à Stilicon le titre àeprogener divi Jlteodosii.

engagea Théodose à élever la fortune et à exercer les talens du sage et intrépide Stilicon. Il passa successivement du grade de maître de la cavalerie et de comte des domestiques au rang distingué de maître-général de toute la cavalerie et infanterie de l'empire romain, ou du moins de l'empire d'Occident ' ; et ses ennemis avouaient qu'il avait toujours préféré l'honneur aux richesses, et dédaigné de frustrer les soldats de la paie ou des gratifications qu'ils obtenaient de la libéralité du gouvernement*. La valeur et l'habileté dont il donna depuis des preuves, dans la défense de l'Italie contre les armes d'Alaric et de Radagaise , peut justifier la renommée de ses premiers exploits; et, dans nn siècle moins susceptible que le nôtre du senliment de l'honneur on de la vanité , les généraux romains pouvaient céder la prééminence du rang à la supériorité du génie *. Stilicon déplora et vengea le meurtre de Promotus,. son rival et son ami; et le massacre de plusieurs milliers de Bastarnes est représenté par le poète comme un sacrifice sanglant que l'Achille romain offrait aux mânes d'un second Patrocie. Les vertus et les victoires de Stilicon éveillèrent la jalousie et la haine de Rufin, et les artifices de la calomnie auraient peut-être prévalu , si la vigilante Sérène n'avait pas protégé son mari contre ses ennemis personnels , tandis qu'il repoussait ceux de l'empire *. Théodose conserva toujours un indigne ministre à qui il confiait le gouverne-

< Claudien (Laus Seretwe, 190-193) exprime en langage poétique le • DUeetus equorum, ■ et le • gemino mox idem culmine duxit agmina. • L'inscription ajoute, • comte des Domestiques ; • poste important que Stilicon, au faite de sa grandeur, a pu prudemment conserver.

2 Les superbes vers de Claudien {in i Cons. Stilieli. n , 113) annoncent son génie. Mais l'intégrité invariable de Stilicon dans l'administration militaire est bien mieux constatée par le témoignage que Zosime semble donner malgré lui. (Voy. I. v p. 345.)

Page 1