Si bellica molca
iDgruerct, qnamTls annis et \an minorlf Cedere graDdsevos njattum pcditumque maglstroi AdtplWKS
aandlen , laat Seren., p. 196, etc.
Un général moderne regarderait leur soumission on comme un héroïque patriotisme, ou comme une servilité méprisable.
* Comparez le poème sur le premier consulat (i, 95-1 15) avec Laos, Serenat (^-"iSl) où il Anit malheureusement. On aperçoit aisément la haine invétérée de Ruân.
DÉCADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
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ment de son palais et de tout l'Occident ; mais quand il marcha contre Eugène, le sage empereur associa soa fidèle général aux travaux glorieux de la guerre civile, et dans les derniers instans de sa vie le monarque expirant lui recommanda le soin de ses deux Gis et la dérense de l'empire '. Le génie et le talent de Stilicon méritaient cette confiance, et il réclama la régence des deux empires durant la minorité d'Arcadius et d'Honorins*. La première démarche de son administration, ou plutôt de son règne , annonça la vigueur et l'activité ,d'un génie fait pour commander. Il passa les Alpes au cœur de l'hiver, descendit le Rhin depuis le fort de Bâle jusqu'aux marais de la Batavie, examina l'état des garnisons , arrêta les entreprises des Germains ; et, après avoir assuré sur les bords du fleuve une paix honorable et solide, il retourna au palais de Milan ' avec une rapidité incroyable. Honorius et sa cour obéissaient au mailre-général de l'Occident, et les armées et les provinces de l'Europe reconnaissaient sans hésiter une autorité légale, exercée au nom de leur jeune souverain. Il ne restait que deux rivaux, dont l'un disputait les droits de Stilicon, et l'autre provoquait sa vengeance.En Afrique, le maure Gildon soutenait une insolente et dangereuse indépendance, et le ministre de Gonstantinople prétendait à des droits égaux aux siens dans l'empire d'Orient.
L'impartialité que Stilicon voulait montrer dans sa qualité de tuteur des deux monarques, l'engagea à régler un partage égal des armes, des bijoux et des meubles magnifi-
. I 1 1 Qaon DratribBs i^w
DUcc^ou , cl;p«imqu<: dcfcosomniiae dcdUU.
Cependant la nominalion (iv, Cons. Honor., 432) ne ftit point publique , et pouvait par conséquent paraître suspecte (tu, Cons. Honor. , 1 42) : cunctos discedere. . .jubet. Zosime et Suidas donnent également à Stilicon et à Kufin letitredeEvir^gvii, tuteurs ou Tondes de procurations.
2 La loi romaine distingue deux minorités; l'une cesse à l'âge de quatorze ans, et l'autre à vingt-cinq. La première était sujette à obéir personnellement à un tuteur ou gardien de la personne; l'autre n'avait qu'un curateur ou sauvegarde de la Fortune. (Heineccius, Jntiquitat. Rom., ad Jurispnutent. pertinent., 1. i, lit. 22, 23, p. 218- 232.) Mais ces idées légales ne Turent jamais adoptées exademoit dans la constitution d'une monarcliie élective.
» Voyez Claudien. i Cons. StUich., i, 188-242. Mais c'ett trop peu de quinze jours pour aller et revenir de Milan k Lejrde , et de L^de à Milan.
ques de l'empereur défunt ' ; mais l'objet le plus important de la succession consistait dans les légions , les cohortes et les escadrons nombreux de Romains et de barbares que les succès de la guerre civile avaient réunis sous l'étendard de Théodose. Les peuples de l'Europe et de l'Asie , aigris par des animosités récentes , cédèrent à l'autorité d'un seul homme, et la sévère discipline de Stilicon mit à l'abri les citoyens et leurs possessions de la licence et de l'avidité des soldats *. Impatient toutefois de débarrasser l'Italie d'hôtes formidables qui ne pouvaient être utiles que sur les frontières de l'empire, il écouta les représentations des ministres d'Arcadius, déclara son intention de reconduire en personne les troupes de l'Orient, et profita habilement des rumeurs d'une incursion des Goths , pour couvrir ses desseins et faciliter sa vengeance personnelle '. Le coupable Rufin fut alarmé de l'approche d'un guerrieretd'un rival dont il méritait la haine; il voyait avec terreur s'approcher la fin de sa grandeur et de sa vie, et, comme un dernier espoir de salut, il employa pour l'arrêter 1 e nom et l'autorité d'Arcadius. Stilicon, qui parait avoir dirigé sa marche le long des bords de la mer Adriatique, n'étaitpas éloigné de la ville de Thessalonique , quand il reçut les ordres de l'empereur qui rappelaient les troupes de l'Orient , et lui signifiait que, s'il avançait plus loin, la cour de Byzance regarderait sa démarche comme un acte d'hostilité. L'obéissance prompte et inattendue du général de l'Occident fut, dans l'opinion du peuple, un garant de sa fidélité et de sa modération.
' < Premier consulatde Stilicon n, 8&-94. Nen-seukBat la garde-robe consistant en babillemens, et les diadèmes do dcTunt empereur, mais ses casques, cuirasses, épëes, baudriers, etc., étaient tous enricliis de perles, de diamans, et d'émeraudes
t TaMoqiM niioto
Prlncipt, imitatM oriib nou muit babcoa».
Ce bel floge (i Consul. SlUich.,i, 149) peut être justifié par les craintes de l'empereur au moment de sa mort (de Bell. GUdon., 292-301), et par la paix et le bon ordre qui régnèrent après sa mort (i Consul. StUich., t, 105-168).
3 La marche de Stilicon et la mort de Rufln sont décrites par Claudien (m Rufln., ï. u, 101-453; Zosime. I. T, p. 296, 297; Sozomène, I. nit, c 1 ; Socrah I VI, c. 1; Philostoi^e, I. XI, c. 3; Godellroy, p. 441, et la Chronique de MarccUin.
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Mais comme il avait déjà réussi à s'afTectioaner les troupes de l'Orient , il remit à leur zèle l'exécntion du projet sanglant qui pouvait s'accomplir en son absence avec moins de reproche et de danger. Stilicon céda le commandement des troupes de l'Orient à Gainas le Goth, dont la fidélité ne lui était point suspecte; il était sûr du moins que l'audacieux barbare ne serait arrêté dans son entreprise ni par la crainte , ni par le remords. Les soldats consentirent facilement à immoler l'ennemi de Stilicon et de l'empire; et l'odieux Rufin était tellement l'objet de la haine générale, que le secret funeste, confié à des milliers de soldats, fut fidèlement gardé durant une longue marche, depuis Thessalonique jusques aux portes de Constantinople. Dès qu'ils eurent résolu sa mort, ils ne refusèrent pas de flatter son oi^ueil. Le préfet ambitieux se laissa persuader que ces formidables auxiliaires se détermineraient peut-être à le décorer du diadème; et la multitude indignée reçut , moins comme un don que comme une insulte, les trésors qu'il répandit d'une main tardive et forcée. Les troupes firent halte à environ un mille delà capitale, dans le Ghamp-de- Mars, et en face du palais d'IIebdomon. L'empereur et son ministre s'avancèrent pour saluer respectueusement, selon l'ancienne coutume , la puissance qui soutenait le trône. Tandis que Rufin passait le long des rangs, et déguisait avec soin son arrogance sous un air d'affabilité, les ailes se serrèrent de droite et de gauche , et la victime dévouée se trouva environnée d'un cercle d'ennemis armés. Sans lui laisser le temps de réfléchir sur le danger de sa position , Gainas donna le signal du meurtre; un soldat féroce et empressé plongea son épée dans le cœur du coupable préfet ; Rufin tomba en gémissant , et expira aux pieds du monarque effrayé. Si la douleur d'un moment pouvait expier les crimes de toute une vie , si les horreurs commises sur un corps inanimé pouvaient être un objet de compassion, notre humanité souffrirait peut-être de raconter les affreuses circonstances qui suivirent l'assassinat de Rufin. Son corps déchiré fut abandonné à la fureur de la populace des deux sexes, qui sortait en foule de touslesquartiers
PAR ED. GIBBON. CH. XXIX
de Constantinople pour fouler aux pieds ïè ministre impérieux, dont, quelques heures avant, un clin d'œil les faisait trembler. Sa main droite abattue fut portée dans les rues de la capitale , pour demander, par une dérision barbare des contributions au nom du tyran avare, dont la tête 'portée sur le fer d'une lance servit de spectacle au public *. Selon les maximes sauvages des républiques grecques , la famille innocente aurait partagé le châtiment de ses crimes. La femme et la fille de Rufin y échappèrent par l'influence de la religion. Son sanctuaire leur servit d'asile, et les défendit des outrages d'une populace en fureur. Elles obtinrent la liberté de passer le reste de leur vie dans les exercices de la dévotion chrétienne , et dans la retraite paisible de Jérusalem *.
Le panégyriste servile de Stilicon applaudit avec une joie féroce à cet acte de bâiitarie, qui, aux yeux de l'équité, violait les lois de la nature et delà société, profanait la majesté du prince , et renouvelait les exemples dangereux de la licence militaire. En contemplant l'ordre et l'harmonie de l'univers, Glaudien était convaincu de l'existence d'un Dieu créateur ; mais le triomphe du vice lui paraissait en contradiction avec les attributs de la divinité ; et le sort de Rufin fut le seul événement qui pût faire cesser les doutes du poète '. La mort du préfet vengea peut-être la justice du ciel, mais contribua peu au bonheur de la terre. Les peuples apprirent, environ trois mois après, à connaître les maximes de la nouvelle administration , par la publication d'un édit qui confisquait la dépouille entière de Rufin au
< La diœectioB de Rufln , dont Cltudien s'acquitte avec le sang-ri'oid d'un anatomiste (in Rufin. n, 405-415), e«t aussi rapportée par Zosime el Jérôme (t. i, p. 2S).
1 Le païen Zosime fait mention du sanctuaire et du pâerinage. La soeur de Rufln, Sylvania, qui passa sa rie k Jérusalem , est célèbre dans l'histoire monastique : fl* studieuse vierge avait lu avec attention et pludeun fois les Commentaires de la Bible, Origène, Grégoire, Basile, etc., etc., jusqu'au nombre de cinq millions de lignes; 2° à l'âge de soixante ans, elle pouvait se vanter de n'avoir Jamais lavé ses mains, son visage, ni aucune partie de son corps, excepté le bout de ses doigts pour recevoir la communion (Voyez Flta Patrum, p. 779-977.)
3 Voyez le superbe exorde de sa satire contre Rufln,'que l'incrédule Bayle a soigneusement discutée. (Dictionnaire critique, Kufin, note £.)
l'irofildii trésor impérial, et imposait silence, sous peine de punition exemplaire, à toutes les réclamations des victimes de sa tyrannie '. Stilicon hii-même ne tira pointdu meurtre de son rival Favantage qu'il s'en était proposé. Il satisfit sa vengeance ; mais son ambition fut trompée. Sous le nom de favori , la faiblesse d'Arcadius avait besoin d'un maître; mais il préféra naturellement la complaisante bassessede l'eunuque Eutropius, à qui il donnait sa confiance par habitude ; et le génie sévère du général étranger n'inspira au monarque que de la crainte et de l'aversion. Jusqu'au moment où la jalousie de la puissance les divisa, l'épéc de Gainas et l'influence de la beauté d'Kndoxie soutinrent la faveur du grandchambellan; mais le perfide Goth, devenu maître général de l'Orient , trahit sans hésiter son bienfaiteur , et employa les troupes qui avaient massacré récemment l'ennemi de Stilicon à maintenir contre lui l'indépendance du trône de Constanlinople. Les favoris d'Arcadius fomentèrent une guerre secrète et irréconciliable contre un héros qui aspiraità gouverneretà défendre les deux émigrés de Rome et les deux fils de Théodose. Ils employèrent sans relâche les plus odieux artifices pour lui enlever l'estime du prince , le respect du peuple et l'amitié des barbai-es. Des assassins, séduits par l'appdt de l'or, attentèrent plusieurs fois à la vie de Stilicon ; un décret du sénat do Constanlinople le déclara l'ennemi de l'état, et confisqua ses vastes possessions dans les provinces de l'Orient. Dans un temps on une union constante et des secours mutuels pouvaient seuls retarder la ruine du nom romain, Arcadius et Honorius apprirent à leurs sujets à regarder chacun des deux empires comme tout-à-fait séparés, ou même comme le rival de Fautre , a se réjouir mutuellement de leurs calamités, et à traiter comme des alliés fidèles les barbares qui faisaient des invasions sur le territoire de leurs compatriotes *. Les Italiens alfectaient de mépriser les Grecs efféminés
< Voyez Cod. de Théod., 1. ix, lit. 42, loi 14, 15. Les nouveaux ministres, par un mouvemenl d'avarice inconséquent, essayèrent de se saisir des dépouilles de leurs prédéce^urs , et de s'assurer l'impunité.
» Voyez Claudien (1 Cons. StUich., 1. 1, 275-292-296; j. H, 83} cl Zoiime (I. v, p. 302).
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
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de Byzancc , qui prétendaient imiter l'habillement et usurper la dignité de sénateurs romains ' ; et les Grecs conservaient encore une partie de la haine dédaigneuse que leurs ancêtres policés avaient eue si longtemps pour les babitans grossiers de l'Occident. La distinction de deux gouvememens, qui sépara bientôt tout-à-fait les deux nations, m'autorise à suspendre un moment le cours de l'histoire deByzance, pour suivre sans interruption le règne honteux, mais mémorable, de l'empereur Honorius. Le sage Stilicon, au lieu de persister à contraindre l'inclination du prince, et des peuples, qui rejetaient son gouvernement, abandonna Arcadius à ses indignes favoris ; et sa répugnance à entraîner les deux empires dans une guerre civile prouva la modération d'un ministre qui avait signalé si souvent sa valeur et ses talens militaires. Mais si Stilicon eût soufl"ert plus long-temps la révolte de l'Afrique, il aurait exposé la capitale et la majesté (le l'empereur d'Occident aux insolences capricieuses du maure rebelle. Gildon *, frère du tyran Firmus, avait obtenu et consen'é, pour récompense de sa fidélité apparente, les immenses patrimoines confisqués pour <'ause de trahison. Ses services longs et distingués dans les armées de Rome rélevèrent à la dignité de comte militaire. La politique impnidente de Théodose adopta le (!;mgerctix expédient de soutenir un gouvernement légal par l'influence d'une" famille puissante; et le frère de Firmus obtint le commandement de l'Afrique. L'ambitieux Gildon usurpa bientôt sans opposition l'administration arbitraire de la justice et des finances, et se maintint pendant douze ans dans la possession d'une autorité dont on ne
■ Le consulat de l'eunuque Eutropius Dali faire i Claudien une réflexion sur l'avilissemenl de la nation.
Plandratem cn-oe senatuin , Ft BytaïUnot prMem. CraiusciiK, Quirita. O palrlbus pldies, 6 dlgni consnic palm.
Les premiers symplômes de jalousie et de schisme entre l'ancienne et la nouvelle Rome, entre les Grecs et les LiSlins, méritent l'attention d'un observateur.
' Claudien peut avoir eiagérc les vices de Gildon ; mais son extraction maure>que, ses actions connues, et les pbinlps de saint Augustin justifient en quelque l^çon les invectives du poète. Barouius (Alinal. Ecclés., A. D. 398, n» 35-56) a traité de la révolte de l'Afrique avec anUnt d'inlelUgence que d'érudition.
397 dep. J.-C.)
PAR ED. GIBBON. CH. XXIX
pouvait pas le dépouiller sans courir les risques d'une guerre civile. Durant ces douze années, les provinces de l'Afrique gémirent sous la puissance d'un tyran, qui semblait réunir l'indifférence d'un étranger au ressentiment partial d'une faction domestique. L'usage du poison remplaçait souvent les formes de la loi ; et lorsque les convives tremblans , que Gildon invitait à sa table , osaient exprimer leur crainte, ce soupçon insolent excitait sa fureur, et les ministres de la mort accouraient à sa voix. Gildon satisfaisait alternativement son avarice et sa lubricité ' ; et, si ses jours étaient l'effroi des riches, ses nuits n'étaient pas moins fatales an repos et à l'honneur des pères et des maris. 1^ tyran rassasiait ses désirs avec les plus belles de leurs femmes et de leurs filles, qu'il abandonnait ensuite à la brutalité d'une troupe féroce de barbares et d'assassins, noirs habitans du désert , que Gildon croyait seuls dignes d'être les gardiens de son trône. Durant la guerre civile entre Eugène et Théodose, le comte, ou plutôt le souverain de l'Afrique, maintint une neutralité hautaine et suspecte, refusa également aux deux partis tout secours de troupes et de vaisseaux, et attendit paisiblement que la fortune eût désigné celui qu'il devait reconnaître nominalement pour son souverain. Cette conduite méritait la vengeance du vainqueur. Mais Théodose mourut; la faiblesse et la discorde de ses fils confirmèrent la puissance du Maure, qui daigna prouver sa modération en s'abstenant de prendre le diadème , et en fournissant à Rome le tribut ou plutôt le subside de grains ordinaire. Dans tous les partages de l'empire , les cinq provinces de l'Afrique avaient toujours appartenu à l'Occident , et Gildon consentit à gouverner ce vaste pays au nom d'Honorius ; mais sa connaissance du caractère et des desseins de Stilicon l'engagea bientôt à adresser son
I Inatat terribilia tItIs, morimtibiutaaTM,
Vlrgtnlboi raptor , tfailamis obKseous adulta:. Knlla qaiM : oritur pracdi cenante lUiidOf IHTiUbuaque dlcftt et dox mctuenda mariiis.
Uauris CUrtosima qiuequ«
Fadidita datur
BaroniusooiMiamne l'incontinenee de Gildon avec d'autant plus de sévérité, que sa femme et sa Bile étaient des exemples de chasteté. Les empereurs sévirent par une de leurs lois contre les adultères des soldats africaias.
hommage à un souverain pluM faible et plits éloigné. Les ministres d'Arcadius embrassèrent la cause d'un rebelle perfide ; et l'espérance illusoire d'ajouter les nombreuses villes de l'Afrique à l'empire de l'Orient les engagea dans une entreprise injuste qu'ils n'étaient point en état de soutenir par les armes '. Stilicon, aprèsavoir fait une réponse ferme et décisive aux prétentions de la cour de Byzance, accusa solennellement le tyran de l'A" frique devant le tribunal qui j ugeait précédemment les rois et les nations du monde entier ; et l'image de la république, oubliée depuis long-temps, reparut sous le règne d'Honorius. L'empereur présenta au sénat un détail long et circonstancié des plaintes des provinces , et des crimes de Gildon, et requit les membres de cette vénérable assemblée de prononcer la sentence du rebelle. Leur suffrage unanime le déclara ennemi de la république, et le décret du sénat ajouta une sanction légitime aux armes des Romains *. Un peuple qui se souvenait encore que ses ancêtres avaient été les maîtres da monde aurait sans doute applaudi avec une noble fierté à. cette représentation de ses anciens privilèges, s'il n'eût pas été accoutumé depuis long-temps à préférer une subsistance assurée à des vision» passagères de grandeur et de liberté; cette subsistance dépendait des moissons de l'Afrique, et il était évident que le signal delà guerre serait aussi celui de la famine. Le préfet Symmaque, qui présidait aux délibérations du sénat, observa au ministre qu'aussitôt que le Maure vindicatif aurait défendu l'exportation des grains, la tranquilliié et peut-être la sûreté de la capitale serait menacée par les fureurs d'une multitude turbulente et affamée '. La prudence de Stilicon conçut et exécuta sans délai le moyen le plus propre à tranquilliser le peuple de Rome. 11 fit acheter une grande quantité de grains dans lespro-
I laqiK num aartcm iwiiicroua iranstulU urbet.
CUudien (de BeU. Gildonico, 230-32'!) a parlé avec une circonspection politique des intrigues de la tfitu de Bysance, rapportées aussi par Zosime (I, t, p. 302).
2 Symmaque (!. iv, épiU 4) décrit les formes judiciaires du sénat; el Claudien (1 Cous. StUich., 1.. i, 325, etc.) semble être animé de l'esprit d'un Romain.
3 Claudien décrit éloquemnient les plaintes de Symmaque dans un discours de la divinité tutélaire de Rome , devanlle trône de Jupiter (</e BcU. Gildon., 28-128). .
vinces intérieures de la Gaaie ; on les embarqua sur le Rhône, et une navigation facile les conduisit du Rhône dans le Tibre. Durant toute la guerre d'Afrique, les greniers de Rome furent toujours pleins ; sa dignité fut délivrée d'une dépendance humiliante, le spectacle d'une heureuse abondance dissipa l'inquiétude de ses nombreux babitans *.
Stilicon confia la cause de Rome et la guerre d'Afrique à un général actif, et animé du désir de venger sur le tyran des injures personnelles. L'esprit de discorde qui régnait dans la maison de Nabal avait excité une querelle violente entre deux de ses fils, Gildon et Mascezel •. L'usurpateur poursuivit avec une fureur implacable son jeune frère, dont il redoutait le courage et les talens ; et Mascezel, forcé de céder à la supériorité des forces , chercha un refuge à la cour de Milan, où il apprit bientôt la mort de ses deux jeunes enfans, que leur oncle avait impitopblement massacrés. L'afQiction paternelle fût suspendue par la soif de la vengeance. Le vi^nt Stilicon rassemblait déjà les forces maritimes et militaires de l'Occident, dans l'intention de marcher en personne contre le tyran , si Gildon rendait l'événement douteux en résistant aux premières attaques. Hais, comme l'Italie exigeait sa présence, comme il était dangereux de dégarnir les frontières, le ministre d'Honorius chargea Mascezel de cette entreprise hasardeuse, à la tète d'un corps choisi de vétérans gaulois, qui avaient servi sous les étendards d'Eugène. Ce corps destiné à prouver au monde qu'il pouvait renverser aussi bien que défendre le trône d'un usurpateur, était composé des Joviens, des Uerculiens, et des légions augustaines, des auxiliaires Nerviens, des soldats qui poi^ talent pour symbole un lion sur leurs drapeaux, et des troupes distinguées par les noms de fortunées et d'invincibles. Mais telle était la faible oi^anisation de ces différens corps, ou la difficulté de les recruter , que
< Voy. Ctaudien, in Eutrop., 1. 1 , 401, etc. ; i Contul. StUieh., 1. 1 , 306, etc. ; 2 Consul. StUich., 91 , etc.
s II éUit d'un tige mûr, puisqu'il avait précédemment gcrvi (A. D. 373) contre son flrére Firmus. (Ammien , XXII, 5.) Ctaudien, qui connaissait l'esprit de la cour de Milan, appuie plus sur tes griel^ de Mascezel , que sur son mérite. {DeBeU. GOd., 389-414.).CeUe guerre maoresque n'était digne ni d'Honorius^ ni de StilieoD, etc.
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
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ces sept troupes, d'un rang et d'une réputation distingués dans les armées romaines ', ne montaient qu'à cinq mille hommes effectifs *. Les galères et les bâtimens de transport sortirent par un temps orageux du port de Pise en Toscane , et gouvernèrent sur rile de Gapraria, qui prit ce nom des chèvres sauvages, ses premiers babitans, et occupée alors par une nouvelle colonie d'un aspect féroce et bizarre. < Toute l'Ile, dit un ingénieux voyageur de ce siècle, est remplie ou plutôt souillée d'hommes qui fuient la clarté du jour. Us prennent le nom de moines ou de solitaires, parce qu'ils vivent seuls et ne veulent point de témoins de leurs actions. Us rejettent les richesses, dans la crainte de les perdre, et, pour éviter de devenir malheureux, ils se livrent volontairement à la misère. Quel comble d'extravagance et d'absurdité de craindre les maux de cette vie sans savoir en goûter les jouissances ! Ou cette humeur mélancolique est l'effet d'une maladie, ou les remords de leurs crimes obligent ces malheureux à exercer sur eux-mêmes les châtioiens que la maiq de la justice inflige aux esclaves fugitifs '. > Tel était le mépris du profane magi^rat pour les moines de Gapraria, révérés par le pieux Mascezel comme les serviteurs chéris du Tout-Puissant *. Quelques-uns d'eux se laissèrent persuader de monter sur les vaisseaux ; et l'on observe , à la louange du gé-
1 Claodlen, BeU. GOd., 415-423. U nonv^e discipline leur permettait de se servir indilTéremment des noms de legio, eohors, manipulas. (Voyez la NotUia Jmperii, t. 38-40.)
* Orose (t. vn, c. 36, p. 565) met dans ce récit l'expression du dontë^ (jit aiunt) , qui est peu conRxrme an fvtnixm «J^w de Zosime (1. v, p. 303.) Cependant Clandien , après un peu d« déclamation relalive aux soldats de Cadmus, avoue naïvement que Stilicon n'envoya qu'une faible année, de peur que le relMiDe ne prit la ftiile, ne timeare tintes. (1 Cons. StUieh. , L i , 314, etc.)
» Cland., Rutil., Numatùn., Itinerar., i, 439-448. Ensuite (515-526) il bit mention d'un pioix insensé daDs 111e de Gorgone. Clioqué de ces ronarques profimes, le commentateur Barthns qipeUe Rulilius et ses complices, rabiosi canes diaboU. Tillemont (Hém. Ecclés., t. xn, p. 471) observe avec plus de modération que le poète incrédule fait un éloge en croyant taire une satire.
* Orose, I. ni , c. 36, p. 564. Augustin fiiit l'âoge de deux de ces saints sauvages de l'Ue des Chèvres (Epît. 81 apud Tillemont, t/Urn. Ecdés., L xm, p. 317 ; et Baronius , Aonal. Ecdés., A. D., 306, n" 51).
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PAR ED. GIBBON. CH. XXIX
néral romain , qu'il passait les jours et les nuits à prier, jeûner, et à chanter des psaumes. Le dévot conducteur, qui, avec un pareil renfort, semblait compter sur la victoire, évita les rochers de la Corse, longea les côtes orientales de la Sardaigne, et mit ses vaisseaux en sûreté contre la violence des vents du sud, en jetant l'ancre dans le port vaste et sûr de Gagliari, à la distance de cent quarante milles des côtes de l'Afrique '.
Gildon avait préparé toutes les forces de l'Afrique pour repousser l'invasion. Il tâcha de s'assurer par des dons et par des promesses la fidélité suspecte des soldats romains, tandis qu'il attirait sous ses drapeaux les tribus éloignées de Gétulie et d'Ethiopie. Après avoir passé en revue une armée de soixantedix mille hommes , l'orgueilleux usurpateur se vantait , avec une folle présomption qui est presque toujours l'avant-coureur d'un revers, que sa nombreuse cavalerie foulerait aux pieds de ses chevaux la petite troupe de Mascezel , et ensevelirait dans un nuage de sable bi-ûlant cette poignée de Gaulois et de Germains *. Mais le Maure qui commandait les légions d'Honorius connaissait trop bien le caractère et les usages de ses compatriotes, pour craindre une muliikide confuse de barbares presque nus, dont le bras gauche , au lieu de bouclier , n'était couvert que d'un manteau, qui se trouvaient totalement désarmés dès qu'ils avaient lancé leur javelot , et dont les chevaux, aussi indisciplinables que les cavaliers, suivaient leur impétuosité sans pouvoir être rappelés ou contenus par le moyen de la bride. Il campa avec ses cinq mille vétérans devant la nombreuse armée de ses ennemis, et, après avoir laissé reposer ses soldats pendant trois jours, il donna le signal du combat '. Mascezel, s'étantavancé à la tête de ses légions pour offrir le pardon
< Ici se tennine le premier liTre de la guerre de Gildon. L« reste du poème de Clandira a été perdu , et nous ignorons où et comment l'armée a abordé en Âflrique.
2 Orose est responsable de ce récit. Claudiea (1 Cons. StiUch., \. 1 , 345-355) donne un grand déUil de la présomption de Gildon , et de la mollitude de barbares qu'il avait sous ses drapeaux.
* Saint Ambroise , mort environ un an avant, révéla dans une vLàon le temps et le lieu de la victoire. Mascezel raconta depuis son rêve à Paulin , j^ qui il put focilemenl venir à la connaissance d'Orose.
et la paix , rencontra an porte-étendard des Africains qui voulut lui résister. Le général le frappa sur le bras de son sabre ; l'étendard tomba, et cet acte de soumission imaginaire fut imité à l'instant par tous les porte-drapeaux de la ligne. Les cohortes mal affectionnées proclamèrent aussitôt le nom de leur souverain légitime. Les barbares, surpris de la défection des troupes romaines , prirent la fuite en désordre, et se dispersèrent selon leur coutume. Mascezel obtint une victoire facile, complète, et presque sans effusion de sang *. L'usurpateur s'échappa du champ de bataille, gagna le bord de la mer , et se jeta dans un petit vaisseau, espérant atteindre en sûreté un port de l'empire de l'Orient. Mais l'opiniâtreté du vent contraire le repoussa dans le port de Tabraca *, qni s'était sotimise, avec le reste de la province , à la domination d'Honorius et à l'autorité de son lieutenant. Les haUtans , pour prouver leur repen tir et leur fidélité, saisirent Gildon et le jetèrent dans un donjon. Mais son désespoir lui sauva le tourment insupportable d'être conduit dans la présence d'un frère victorieux et mortellement offensé *.
Les esclaves et les dépouilles furent déposés aux pieds de l'empereur. Stilicon, dont la modération ne se faisait jamais mieux admirer que dans la prospérité, voulut encore suivre les lois de la république, et référa au sénat et au peuple romain le jugement des principaux criminels *. Leur procès se fit publiquement; mais les juges, dans l'exercice de cette juridiction précaire, étaient impa-
> Zosime (v, p. 303) suppose un combat opiniâtre ; mais le récit d'Orose paraît contenir un fait vrai sous l'apparaice d'un miracle.
2 Tabraca était située entre lesdeuxHippoBes.(Cellarhig, t. n, p. 112 ; d'Anville, t. ni, p. 84.) Orose a nommé clairement le champ de bataille; mais notre ignorance ne nous permet pas d'en fixer la situation précise.
3 Ia mort de Gildon est rapportée par Claudien (1 Cona. StUich., 1. 357) et par Zosime et Orose, ses meilleura interprètes.
* Claudien (2 Cons. SUlich., 9^119) donne une description de leur procès. Tremuit quos Jfrica nuper, cemunt rostra reos; et il applaudit au rétablissement de l'ancienne constitution. C'est ici qu'il place celle sentence si fiimilière aux partisans du despotisme.
Itanqnani libertat graUor estât ,
Qium lob nge pio , .
Mais la liberté qui dépend de la piété d'un roi n'en mérite guère le nom.
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
(308 dep. J.-C.)
tieus de punir les magistrats d'Afrique qui avaient privé le peuple romain de sa subsistance. La province riche et coupable éprouva toute la riguegr des ministres impériaux, qui trouvaient un avantage personnel à multiplier les complices de Gildon. Un édit d'Honorius sembla vouloir imposer silence aux délateurs ; mais dix ans après l'empereur en publia un autre qui ordonnait de continuer et de renouveler les poursuites des offenses commises dans le temps de la révolte générale '. Les adbérens de l'usurpateur , qui échappèrent à la première fureur des soldats et des juges , apprirent sans doute avec satisfaction le destin et la mort de son frère, qui ne put jamais se faire pardonner les services qu'il avait rendus. Après avoir terminé dans un seul hiver une guerre importante, Mascezel fut reçu à la cour de Milan avec des applaudissemens, une feinte reconnaissance et une secrète jalousie *; etsa mort, peut-être l'effet d'un accident , a été imputée à la perfidie de Stilicon. En traversant un pont, le prince maure, qui accompagnaitle maître général de l'Occident, fut renversé de son cheval dans la rivière. Un sourire perfide de Stilicon arrêta ceux qui s'empressaient de le secourir, et, tandis qu'ils balançaient, l'infortuné Mascezel perdit la vie ^.
Les réjouissances de la défaite d'Afrique se trouvèrent heureusement liées à celles du mariage de l'empereur Honorius avec Marie, sa cousine et fille de Stilicon ; et cette illustre alliance sembla donner au ministre les droits d'un père à la soumission de son auguste pupille. La muse de Claudien ne garda point le silence dans cette circonstance glorieuse * : il chanta le bonheur des époux couronnés, et la gloire d'un héros, auteur de
< Voyez lecodedeThéodose,l.u,tit39,toi3;tU.40, loi 19.
* Slilicon, qui prétendait avoir eu également part aux victoires de Ttiéodose el de son flls, assure que l'Afrique ftit recouvrée par la sagesse de ses conseils. (Voyez l'inscription citée par Baronius.)
3 J'ai adouci le récit de Zosime, qui, rendu littéralement, paraîtrait presque incroyable (1. v, p. 303.) Orose voue le général à une damnation éternelle (p. 538) pour avoir violé les droits sacrés du sanctuaire.
t Claudien , en qualité de poète lauréat, composa un grave épillialame de trois cent quarante vers, outre quelques poésies fescennines, qui ftarent chantées d'un ton plus libre la première nuit du mariage.
leur ■ union et soutien de leur trône. Les fables de l'ancienne Grèce, qui avaient cessé d'être les objets de la foi religieuse, furent sauvées de l'oubli par le génie de la poésie. Le tableau du Verger de Cypris, le Siège de l'Amour et de l'Harmonie, Vénus sortant des ondes et venant répandre la douceur de son influence dan& la cour de Milan , présentent à tous le& siècles les senttmens du cœur dans le langage séduisant de la fiction allégorique; mais l'impatience amoureuse que Claudien suppose au jeune monarque ', prétait probablement à rire aux courtisans, et la beauté de son épouse (en admettant qu'elle fût belle) n'avait pas beaucoup à craindre ou à espérer de la passion d'Honorius , qui n'était encore que dans sa quatorzième année. Sérène, mère de son épouse, parvint, par adresse ou par persuasion , à différer la consommation du mariage. Marie mourut vierge , dix ans après ses noces; et la froideur ou la faiblesse de la constitution de l'empereur contribua sans doute à conserver sa chasteté \ Ses sujets , qui étudiaient soigneusement le caractère de leur jeune souverain , découvrirent qu'Honorius n'avait ni passions ni talens, ti qu'il était également incapable de remplir les devoirs de son rang et de jouir des plaisirs de son âge. Dans les premières années de sa jeunesse , il se livrait avec ardeur aux exercices de l'arc et du cheval ; mais il renonça bientôt à ces fatigantes occupations. Le soin et la nourriture des volailles devint la principale affaire du monarque de l'Occident S qui remit dans les mains fermes et sages de Stilicon les rênes de son gouvernement. L'histoire de sa vie autorise à soupçonner que ce prince, né sous la pourpre, reçut une plus mauvaise éducation que le dernier paysan de ses états; et que sou ministre ambitieux le
I Olel ol>f lus ire
Jan prlwept, twdamqnc cipU dlMcdcR aalcB. NabBb haad ailler tonipet.
De IfaptUs Honor. et Maria, 287 ; et plus librement dans les poésies fescennines, 112-126.
DICH , t quotia ! hoc ralbi dnlclm Quàin flavoi deciet Tlactfe Sannataa.
Tum Victor madido pro&ili&s toro nocturnl refcrcns Tulnera prdii.
2 Voyez Zosime, 1. v, p. 333.
3 Procope, de Bell. Gothico, 1. 1, c. 2. J'y ai pris en général la conduite d'Honorius sans adopter le conle singulier et lré»-peu probable que fait l'historien grec.
(398 dep, J.^..) PAR ED. GIBBON. CH
laissa parvenir à l'âge viril sans essayer d'exciter son courage ou d'éclairer son jugement'. Les prédécesseurs d'Honorius avaient coutume d'animer la valeur des légions par leur exemple, ou au moins par leur présence; et les dates de leurs lois attestent qu'ils parcouraient avec activité toutes les provinces du monde romain. Mais le fils de Théodose passa sa honteuse vie captif dans son palais, étranger dans son pays, et spectateur presque indifférent de la ruine de son empire, qui fut attaqué de toutes parts , et enfin renversé par les efforts des barbares. Dans le cours d'un règne de vingt-huit ans , et trèsfécond en grand événemens, il sera rarement nécessaire de nommer l'empereur Houorius.