‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire RomainChapitre 48 sur 105 · TOT · texte numérisé non relu

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dose, a publié des opinions libérales sar les devoirs des souverains, et sur l'état de la république romaine. Synesius observe et déplore l'abus funeste que l'impnidente bonté de l'empereur défunt avait introduit dans le service militaire. Les citoyens et les sujets achetaient, pour une somme d'argent fixe l'exemption du devoir indispensable de défendre la patrie, dont la sûreté se trouvait confiée à des bai4>ares mercenaires. Les fugitifs de la Scythie possédaient et déshonoraient une partie des plus illustres dignités de l'empire. Leur jeunesse féroce, qui dédaignait le joug salutaire des lois, s'occupait plus des moyens d'acquérir rapidement des richesses, que d'imiter les arts d'uu peuple qu'elle haïssait et méprisai t également; et la puissance desGoths, semblaMe à la pierre de 'Tantale perpétuellement suspendue , menaçait toujours la paix et la sûreté de l'état. Les moyens que Synesius recommande annoncent les sentimens d'un patriote hardi et zélé. II exhorte l'empereur à ranimer la valeur de ses sujets par l'exemple de ses vertus et de sa fermeté , à bannir le luxe de la cour et des camps , à substituer à la place des barbares mercenaires ime armée d'hommes intéressés à défendre leurs lois et leurs propriétés, à tirer, dans ce moment de crise générale, l'ouvrier de sa boutique et le philosophe de son école, à réveiller le citoyen indolent du songe de ses plaisirs, et à armer, pour la protection de l'agriculture, les mains rustiques des robustes laboureurs. H excite le fils de Thëodose à se mettre à la tète d'une telle armée, qui mériterait le nom de romaine et en déploierait le courage ; à attaquer la race des barbares qui n'ont d'autre valeur qu'une impétuosité peu durable, et à ne point quitter les armes qu'il ne les ait repoussés dans les déserts de la Scylbie, ou réduits dans l'état de servitude où les Lacédémoniens tenaient précédemment les Ilotes'. La cour d' Aroadius loua le zèle, applaudit à l'éloquence et négligea l'avis de Synesius. Peut-être le philosophe , en adressant à l'empereur de l'Orient un discours vertueux et sensé qui aurait pu convenir à un roi de Sparte , avait-il néglige de

< Synesius, de Regno, p. 21-26.

rendre son projet praticable dans les circon-. stances où se trouvait un peuple dégénéré. Peut-être la vanité des ministres, qui prennent rarement la peine de réfléchir, rejeta-t-elle. comme ridicule et insensé tout ce qui excé-. dait la mesure de leur intelligence, ou s'éloi-. gnait des formes et des préjugés établis. Tandis que le discours de Synesius et la des.< truction des barbares faisaient le sujet de la conversation pid>lique, un édit publié à Coustantinople déclara la promotion d'Alaric au rang de maître général de l'Illyrie orientale. Les provinciaux romains, et les alliés qui avaient respecté la fui des traités, virent avec Une juste indignation récompenser si libéralement le destructeur de la Grèce et de l'Épire. Le barbare victorieux fut reçu en qualité de magistrat légal par les villes qu'il avait récemment pillées. Les pères dont il avait massacré les fils, les maris dont il avait violé les femmes, furent soumis ^ son autorité , et le succès de sa révolte encou^ ragea l'ambition de tous les chefs des étran.! gers mercenaires. L'usage qu'Alaric fit de son nouveau commandement annonce l'est prit ferme et judicieux de sa politique. H envoya immédiatement au;x quatre magasins ou manufactures d'armes oflensives et défensives , Mai^us , Ratiaria , Naissus et Thessalonique, l'ordre de fournira ses troupes une provision extraordinaire de boucliers , de casques , de lances et d'épées. Les infortunés provinciaux furent contraints de forger les inslrumens de leur propre destruction ; et les barbares virent disparaître l'obstacle qui avait quelquefois rendu inutiles les efforts de leur courage'. La naissance d'Alaric, la renommée de ses exploits , et la connaissance de son ambition , réunirent insensiblement sous ses étendards tout le corps de la nation des.Goths. Du consentement unanime des chefs barbares, le maître général de l'Illyrie fut élevé sur un

I Qnl ftnkn niiapit

piutnr: qui «mat, cget : «wuior AeliiTie Gfntis, et Rplnim nupir popnlatiis loultiir», Prasidet llljri'ico : tara, quoi obtrJlt, imU'os Iflgreditur muros; fllh rcsponu datnnu Quomm caolugltiuspMItur, natooiue pcranit.

Ctoudien, in Eutrop., I. ii, 212. Marie applaudit à sa propre politique [de Bell. Octic. 533-543 ), dans l'usag« qu'il fil de son autorité en illyrie.

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN

(390 dep. I.-C.)

bouclier, selon Tancienne contume, et procUimë solennellement roi des Visigotbs '. Armé de cette double autorité, et posté sur les limites de deux empires , il vendait alternativement ses trompeuses promesses aux cours des deux souverains*; mais enfin , las de dissimuler, Alaric osa déclarer et exécuter l'audacieuse résolution d'envahir l'enapire de l'Occident. Les provinces d'Europe , qui appartenaient à l'Orient , étaient épuisées ; celles de l'Asie étaient inaccessibles; etConstantinople avait bravé tons ses efforts. L'opulente contrée de l'Italie, qu'il avait visitée deux fois, tenta son avidité ; il se fiatia d'arborer ses étendards sur les murs de Rome, et d'enrichir son armée des dépouilles que trois cents triomphes y avaient rassemblées*.

Le petit nombre de faits * constatés , et l'incertitude des dates*, ne nous permettent point de donner des détails sur la première invasion d' Alaric en Italie. Sa marche, sans doute depuis Thessalonique jusqu'aux pieds des Alpes Juliennes , à travers les provinces ennemies et belliqueuses de la Pannonie , son passage â travers ces montagnes fortifiées par des troupes et des retranchemens , le si^e d'Aqnilée et la conquête de l'Istrieet

< Jornandès, c. 29, f. eSl.Lliistorieii des GeUis ajoute avec une énergie qui lui est peu ordinaire : Cumtuis délibérons, suasit suo labore qucerere régna, quant alienis ptr olium, subjacere.

t .... Discors odilsqBeueepsclTlbworblt

t Mm raa tIs tuUU dia, dam Kaitn Mlai|

Ladlt, et allerna: pcrlurla nadlut aalx.

Clandlea, de Bttt. «M., 9ES.

* Alpibuê JtaUa ruptis penetrahis ad nrbem. Cette prédiction milheHligue Ait annoncée par Alaric, ou au moins par Claudien {de Bell. Getico,M7.) sept ans avant l'événement ; mais elle ne (ut pas accomplie i l'époque qu'on avait imprudemmenl Hxée. Les traducteurs se sont sauvés à l'aide d'un sens ambi^.

* Nos meilleurs matériaux sont neuf cent soixante-dix vers deClaudien dans le poème de Bell. Getico, et au commencement de celui qui célèbre le sixième consulat d'Honorius. Zosime garde le plus profond silence , et nous sommes réduits aui parcelles que nous pouvons tirer d'Oro6e et des Clironiques.

i Malgré les fortes erreurs de Jornandès, qui confond les guerres d' Alaric en Italie (c. 29), sa date du consulat de -Slilicon et d'Aurélien mérite confiance. Il est certain , d'après Claadien (Voyez Tillemont , Hisl. des Empereurs t r, p. 804), que la bataille de Polleniia se donna A. D.,

de la Vénétie, semblent lui avoir coûté beau» coup de temps. Si ses opérations n'avaient pas été conduites avec lenteur et drconspeotion , la longueur de l'intervalle donnerait à penser que le rm des Goths se retira vers les bords du Danube, et recruta son armée d'un nouvel essaim de barbares, avant de pénétrer dans le cœur de l'Italie. Puisque les principaux événemens publics échappent aux récherches de l'historien , on lui permettra de contempler un momeot l'influence des armes d'Alaric sur la fortune de deux particuliers obscurs, un prêtre d'Aquilée et un laboureur de Vérone. Le savaM Rufin,8oromé par ses ennemis de cooiparaltre devant us synode romain', préféra sagement les dangers d'une ville assiégée, dans l'espérance qu'il éviterait parmi les barbares la sentence exécutée sur un autre hérétique, qui , à la requête des mêmes évéques, venait d'être fouetté publiquement et condamné à un exil perpétuel dans une ile déserte *. Le vieillard % accoutumé à une vie simple et innocente dans les environs de Vérone, m'avait pas la moindre notion des querelles des rois ni des évéques. Ses déùrs , son savoir et ses plaisirs étaient renfermés dans le cercle étroit de la petite ferme qu'il tenait de son père ; et il marchait à l'aide d'un bâton sur le même soi où il avait gambadé durant son enfance. Mais s> félicité humble et* rustique , que Claudien décrit avec autant de naïveté que de sentiment , ne fut point à l'abri des calamités de la guerre. Ses arbres , ses vieux contempo-

403; mais nous ne pouvons pas aisément remplir l'inttf raUe.

1 Tantum romana urbisjudicium/itgis, utmagitottkttonem barbarieam, quam paeatœ urbit judieiia» veUs sustinere. (Jérôme, t. u, p. 239.) Rufin sentit son danger personnel. La ville paisible était échauffée par la ftirieuse Marcella et le reste de la faction de Jérôme.

2 Jovien , l'ennemi des Jeûnes et du célibat , qui (tat persécuté et insulté par le violent Jérône. Renanjoa de Jorlin , vol. ir, p. 104; etc. (Voyet l'édU orii^ de son bannissement dans le code de Tliéodose , I. xn , tit.5leg.43.)

î Celte épigramme {de Sene Feronensi, gui tubitrbium nusquam egresssus est) , est une des preBuère» «t des plus agréables oofflpoeitioBS de Claudien. L'imitation de Cowley ( édit. de Hurd., u, p. 241) présente quelque» traits heureux et naturels ; mais elle est fort intérieure au tableau original , qui est évidemment hdt d'après nature.

PAR ED. GIBBON. CB. XXX

rains *, poavaient se trouver enveloppés dansrincendie général du canton. Undétadiement de cavalerie barbare pouvait anéantir d'ua moment à l'antre sa famille et sa chanmi^e ; et Alaric avait la puissance de détruire on bonheur dont il ne savait pas jouir, et qu'il ne pouvait pas procurer, t La renommée, dit

* le poète , déployant ses ailes avec terreur,

* annonça an loin la marche de l'armée bar- > bare, et remplit l'Italie de consternation. > Les frayeurs de chaque individu augmentèrent en proportion de sa fortune ; et les pins timides, embarquant d'avance leurs effets, méditaient de se retirer en Sicile ou sur la côte d'Afrique. Les craintes et les reproches de la superstition ajoutaient à la détresse publique*. On apprenait tous les jours quelque horrible histoire, quelque malheur funeste : les païens [déploraient qu'on eût négligé les augures et supprimé les sacrifices; mais les chrétiens mettaient leur espoir dans la puissante intercession des saints martyrs*.

L'empereur'ne se distinguait pas moins de ses sujets par l'excès de sa frayeur , que par ia supériorité de son rang. Élevé dans le faste de la royauté, son orgueil ne lui avait jamais permis de soupçonner qu'un mortel fût assez audacieux pour troubler le repos du successeur d'Auguste. Ses flatteurs lui dissimulèrent le danger jusqu'au moment où Alaric approcha du palais de Milan ; mais, lorsque le sonde la trompette blessa les oreilles du jeune monarque, au l'ien de courir aux armes avec le courage ou l'impétuosité de son âge, il montra le plus grand empressement à sui-

I IngentoD ■einlDlt parro qui (CemUie qneroin. MqaxnmifM fidflt eouentteM Mmiis, JnetflitoiiHngamodbcmarUhkim—Iflteteêi, Jmdiovet hiM oUeaUêUfarmni met.

CnAtf-

Dans ce passage, Cowley est peut-être supérieor à son original ; et le poète anglais , qui était grand botaniste , a dëguisélescA^/ie; sous une dénomination plus générale.

2 CUudien , de BeU. Cet., 199-260. n peut paraître prolixe ; mais les terreurs et la superstition occupaient une place considérable dans l'imagination des Italiens.

3 D'après les passages de Paulin , que Baronius a produits (Annal. EcelesUu. A. D. 403, n°51); il parait évident que l'alarme s'était r^)andue dans toute l'ItaUe.Jugqu'à Noie en Campante , où le célAre pénitent avait Rxé sa résidence.

vre l'avis des courtisans timides, qui luf proposaient de se retirer avec ses fidèles serviteurs dans une des villes du fond de la Gaule. Stilicon ' eut seul le courage et l'autorité de s'opposer à une démarche honteuse qui aurait abandonné Rome et l'Italie aux barbares; mais comme les troupes du palais atvfient été détachées récemment sur la frontière de Rfaétie, comme la ressource des nouvelles levées n'offrait qu'un secours tardif et précaire, le général de l'Occident ne put faire d'autre promesse que celle de reparaître dans très-peu de temps avec ane armée suffisante ponr^repousser Alaric , si la cour de Milan consentait à y attendre son retour. Sans perdre un seul moment dans une circonstance où ils étaient tous si intéressans pour la sûreté publique, le brave Stilicon s'embarqua sur le lacLarien, gravit les montagnes couvertes de neiges et de glace dans le milieu d'un hiver rigoureux, et obtint , par son apparition inattendue, la soumission des enne- HÙs qui troublaient la tranquillité de la Rhétie *. Les barbares, peut-être quelques tribus des Allemands, respectèrent la fermeté d'un chef qui leur parlait encore du ton d'un comman(knt, et regardèrent comme une preuve d'estime et de confiance le dboix qu'il fit d'un nombre de guerriers parmi leur plus brave jeunesse. Les cobcH'tes fournies par les barbares des environs joignirent sur-le-champ l'étendard impérial; et Stilicon envoya anx troupes les plus éloignées de l'Occident l'ordre de s'avancer à grandes journées pour défendre Honorius et l'Italie. Les forts du Rhin furent abandonnés, et la Gaule n'eut pour garant de sa sûreté que la bonne foi des Germains et la terreu r du nom romain : on rappela même la légion stationnée dans la Grande-Bretagne , pour défendre le mur qui la séparait des Calédoniens du Nord * ; et un

1 S<Aus ertU StUieoit, c(e. , est la seule louange que GtaMdien lui donne, sans excepter l'empereur (de Bell. Cet. 287). Qu'Honorintdenit paraître méprisable, même dans sa propreconr!

2 La constemalioD générale et la hardiesse de Slilie«n sont supérieurement décrite», tte5«U.G«tic., 340-363.

a VeoiietalmriileslopneteDUBrUaiiiiU, Que Snto dit titm tnd.

MBBit. «af.,41*-

Cependant te marche la ptas rapide d'Edimbourg m de

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN

(403 dep. ].-C.)

corps nombreux de ia cavalerie des Alains consentit à s'engager an service de l'empereur, qui attendait avec anxiété le retour de $on général. La prudence et l'énergie de Stilicon brillèrent dans cette occasion critique ; qui annonçaient à la fois (a faiblesse et la chute de l'empire. Les légions romaines, dégénérées'peu à peu de la discipline et de la valeur <te leurs ancêtres, avaient été exterminées dans les guerres civiles et dans celles des Goths , et il parut impossible de rassembler une armée pour la défense de l'Italie sans épuiser et exposer les provinces.

En abandonnant son souverain sans défense dans son palais de Milan, Stilicon avait, saas doute, calculé le termedeson absence, la distance de l'ennemi, et les obstacles qui devaient retarder sa marche. Il comptait principalement sur la difficulté du passage des rivières d'Italie, l'Adige.l'Oglio, le Mincio et l'Adda , qui enflent prod^ieusement en hiver par la fonte des neiges et par les pluies dans le printemps * , et deviennent des torrens impétueux ; mais le hassard voulut que la saison fût très-sèche, et les Goths traversèreui sans {jeiiie des lits vastes et pierreux où il ne coulait qu'un faible Blet d'eau. Un fort détachement de leur armée s'empara du pont, et assura le passage de l'Adda ; et lor»qu'Alaric approcha des murs, on plutôt des faubourgs de Milan , il eut le plaisir de voir fuir devant" lui l'empereur des Romains. Honorius, accompagné de ses ministres et de ses eunuques, traversa rapidement les Alpes avec le dessein de se réfugier dans la ville d'Arles, dont ses prédécesseurs avaient souventfait leur résidence; mais il avait à peine passé le Pô *, qu'il fut atteint par la cavalerie

NewcasUeà Milan aurait demandé plus de temps que Claudien n'en accorde pour toute la durée de la guerre des Goths.

< Tout Tojrageur doit se rappeler l'aspect de la Lombardie(VoyezFoiitendle,t.r,p.279),qni est si souvent tourmentée parles crues abondantes et irrégulières des eaux. Les Autrichiens devant Genès camperait dans le lit delà Polcevera qui était à see. «Me sarebbe, dit Muralori ,

• mai passato per mente a que buoni Allemanni, che quel

• picciolo torrente polesse, per cosi dire un instante, can- « giarsi in un lerribil gigante. • {Àtmal. dCItal., t. xn , p. 443, Milan, 1763, édit. in-8°.)

' Claudien u'éclaircil pas cette question : où était IIo-

des barbares '. Un danger si pressant l'obligea de chercher une retraite dans les fortifications d'Asti, ville de la Ligurie ou du Piémont , située sur les bords du Tanaro '. Le roi des Goths forma immédiatement et pressa sans rel&che le siège d'ime petite place qui contenait une si riche capture , et qui ne semblait pas susceptible de faire une longae résistance. Lorsque l'empereur assura depuis qu'il n'avait jamais éprouvé l'impression de la peur, cette fanferonnade n'obtint pas probablement la confiance même de ses coni^ tlsans* A la dernière extrémité, et après que les barbares lui eurent fait l'offre insultante d'ime capitulation, Uonorius fut délivré de ses craintes et de sa captivité par l'approche et bientôt par la présence du héros si longtemps attendu. A la tète d'une avant-garde choisie, Stilicon passa l'Adda à la nage, poar économiser le temps qu'il aurait perdu à fattaque du pont. Le passage du Pô présentait moins de difficultés et de danger; et l'heureuse audace avec laquelle il força les retranchemens des ennemis pour s'introduire dans Asti ranima l'espoir et vengea l'honneur des Romains. Au Ueu de jouir da fruit de ses victoires, le général des baiiores fut peu à peu investi de tous côtés parles troupes de l'Occident, qui débouchaient successivement par tous les passages des Alpes. Il vit avec dépit resserrer ses quartiers et enlever ses convois ; et les Romains commencèrent avec activité à former une ligne de fortifications dans lesquelles l'assiégeant se trouvait lui-même assise. Les chefs des Goths tinrent conseil, et, après avoir pesé la

norius M-méme? Cependant la (toile est prouvée par ta poursuite-, et mes opinions sur la guerre des Goths tMl justiBées par les critiques italiens, S'igonius (t. i, p. u, p. 309, de Jmp. Occident. , 1. x>«t Muralori {^Jniud. d'Jtalia,t. vr,p. iS).

* On peut trouver une des routes dans les Itinérriret, (p. 98-228-294, avec les notes de Wesseling). Asti éiaH située à quelques milles sur la droite.

2 Asta ou Asti, colonie romaine, est h présent la capitale d'un très-brau comté qui pasea dans le seizième riMt aux ducs de Savoie. (Léandro Alha\i,Deservaioned'ltalia, p. 382.

3 Nec me timor impulU uUus. 11 poorait tenir ce langage fanfaron à Rome l'année suivante, lorsqnll éUll» cinq cent railles de la scène du danger, (n Consul. H«nor., 449.)

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gloire de persister dans leur entreprise, et l'avantage de mettre leurs dépoailles en sûreté, les plus braves opinèrent pour la retraite. Dans cet important débat, Alaric déploya le conrage et le génie du conquérant de Rome. Après avoir rappelé à ses compagnons leurs exploits et leurs desseins : < C'est * en Italie, leur dit-il avec véhémence, que je

> suis résolu de trouver une couronne ou un

> tombeau '. >

L'indiscipline des Goibs les exposait continuellement à des surprises ; mais, au lieu de choisir le moment où ils se livraient aux excès de l'intempérance, Stilicon résolut d'attaquer les dévots barbares, tandis qu'ils célébraient pieusement la fête de Pâques *. L'exécution de ce stratagème, que le clergé traita de sacrilège, fut confiée à Saûl, barbare et païen, qui avait cependant servi arec distinction parmi les généraux vétérans de Tfaéodose. La charge impétueuse de la cavalerie impériale jeta le désordre et la confusion dans le camp des Goths, qu'Alaric avait assis dans les environs de Pollentia ' ; mais le génie de leur intrépide général rendit en un instant à ses soldats un ordre et un champ de bataille ; et, après le premier instant de la Surprise , les barbares , persuadés que le Dieu des chrétiens aiderait à venger son injure, combattirent avec une confiance qui ajoutait à leurvalenrordinaire. Dans ce combat , long-temps soutenu avec un courage et un succès égal, le chef des Alains, dont la petite taille et l'air sauvage recelaient une Âme magnanime, prouva son zèle et sa fidé-

1 HancegOTclTlctorKgiio, nlmorteunebo VIcUu, hamum.

' Les harangues (<le BelL Cet, 4/9-640^ d u Nestor et de l'Achille des Goths, sont pariïiiteineol adaptées à leurs caractères et aux circonstances.

2 Orose (I. vn, c37) est irrité de l'impiëtA des Romains qui attaquèrent de si pieux dirétiens le dimanche de Piques. Ou oflhiit cependant des prières à la châsse de saint Thomas d'Edesse, pour obtenir la destruction du brigand arien. Voyez lllleniont ( Hist. des Empereurs , I. v , p. 529) qui cite une homélie attribuée mal i propos à saint Chi7sostôme.

3 Les vestiges de Pollentia se trouvent à vingt -dnq milles au sud-est de Turin. Urbs , dans les mêmes envirooK, était une Torèt royale, où les rois de I.«mbardie prenaient le plaisir de la chasse , A une petite rivière excusait la prédiction : • Penetrabis ad Vrban. > (Cluver. liai., Antiq., ». i, p. 83-85.)

lilé par les efforts de s<m courage, et sacri.' fia sa vie pour servir les Romains. Clau.< dien a conservé imparfaitement dans ses ver» la mémoire de ce vaillant barbare dont il célèbre la gloire, sans nous apprendre son nom. En le. voyant tomber, les escadrons qu'il commandait prirent la fuite, et la défaite de l'aile droite de la cavalerie romaine aurait pn décider la victoire en faveur d' Alaric, si Stilicon ne fût pas promptement arrivé à ht tête de toute l'infanterie. Le génie du général et la valeur des soldats surmontèrent tous les obstacles; et, sur le soir de cette sanglante journée, les Goths se retirèrent du champ de bataille ; les retranchemens de leur camp furent forcés , et les barbares essuyèrent dans cette occasion tous les maux dont ils avaient affligé les provinces de l'empire ^ Les vétérans de l'Occident s'enrichirent des dépouilles magnifiques de Corinthe et d'Argos; et l'épouse captive d' Alaric, qui comptait, d'après les promesses de son mari, sur des bijoux précieux et sur des esclaves patriciennes * , se vit réduite à implorer la clémence de ses ennemis. Des milliers de prisonniers, échappés de leurs chaînes, se dispersèrent dans toutes les villes de l'Italie , et chantèrent les louanges de leur libérateur. On comparait le triomphe de Stilicon * à celui de Marins , qui, dans le même canton de l'Italie, avait attaqué et détruit une armée des barbares du Nord. La postérité pouvait aisément confondre la défaite des Cimbres avec celle des Goths, et élever un trophée commun aux deux illustres vainqueurs des plus formidables ennemis de Rome *.

1 Orose dierche , par des expressions ambiguës , k foire entendre que les Romains furent vaincus. « Pugnantes vicimus, victores victi sumus. «Prosper (m Citron. ) en fait une bataille sanglante et douteuse; mais les écrivains des Goths, Cassiodore (in Chron.) et Jornandès (de Reb. Get., c. 29), prët«)dent à une victoire décisive.

2 DcroeiM AoftonldDm geimnata monilla matrum , Romanasque alta Ounalafl ccrrlcc iwtebat.

D» Beu.eei.en.

3 Claudien ( de Bell. Get. 580-647) et Prudence (in Symmach., I. ii, 694-719), célèbrent clairement la victoire de Pollenlia gagnée par les Romains. Ils sont poètes et écrivains de parti ; cependant les témoins les plus suspects méritent quelque confiance, quand ils sont retenus par la notoriété récente des faits.

* I.a péroraison de Claudien est vive etél^nte', mais U

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIIT

(4«3de|>.J.-C.)

Clandten a célébré ' la bataUle de Pollen* lia avec son eiithonsiasme ordinaire, comme le jour le pins glorieux de la vie de son héros ; mais sa muse partiale ne peut pas cependant refuser des louaiiges au génie de son rival. Quoique le poète de StiHcon dqpne an roi des barbares les épithètes de pirate et de lirigand , il est forcé d'avouer qu'Alaric possédait cette grandeur d'Ame qui, toujours supérieure à la fortune, tire de nouvelles ressources du sein de l'adversité. Après la défaite totale de son infanterie, il s'échappa ou plutôt se retira du champ de bataille avec presque toute sa cavalerie, qui avait peu souffert. Sans perdre le temps à déplorer la perte irréparable de tant de braves compagnons, il laissa aux ennemis victorieux la satisfaction d'enchaîner son image ', et résolut de traverser les passages abandonnés des Alpes , et de vaincre ou mourir aux portes de Rome. L'acdvité infatigable de Stilicon sauva la capitale; nais il respecta le désespoir de son ennemi; et, au l^n d'exposer le salut de l'état au hasard d'une seconde bataille, il proposa de payer la retraite (bs barbares. Le généreux «t intrépide Aiaric aurait rejeté avec mépris la permission de se retirer et l'offre d'une pension; mais il n'exerçait qu'une autorité limitée et précaire sur les chefs indépendans, qui, pour l'intérêt commun, l'avaient élevé au-dessus de ses égaux. Ces chefs n'étaient plus disposés à suivre un général malheureux , et plusieurs d'entre eux inclinaient à traiter personndlement avec le ministre d'Honorius.

fiuit entendre l'ideotité du champ de bataille des Cimbres et de celui des Golhs, selon lagét^raphie vague et peu certaine des poètes. Vercelli et PoUealia sont à soixante milles l'une de l'autre ; et la disUnce est encore plus grande , si les Cimbres furent vaincus dans la plaine vaste et stérile de Vérone. (Maffei , Ferona lUustra p. I, p. 54-«2.)

* Il est indispensable de ^vre Claudien et Prudence avec circonspection, pour réduire leur exagération, et extrairede ces poètes le sens historique.

{ Et.graT>Bt«ilniaiaMlanaMafes, De ma <uu naquit endialullla image*.

Cet usage d'exposer en triomphe les images des nAt et des provinces éUit très^Junilier aux Romains. Le buste de Milhridate, haut de douze pieds, était d'or tir. (Freiasbem., supplément de Tile-live, m, 47.)

Le monarque se rendit au vœu de ses pe»> pies , ratifia le traité avec l'empire d'Occident, et repassa le Pô avec les restes de l'armée florissante qu'il avait conduite en Italie. Une partie considérable de» troupes romaines veiUa sur ses mouvomens ; et Stilicon, qui entretenait une correspondance secrète avec quelques chefs des barbares, fut instruit ponctuellement des desseins formés dans le camp et dans les conseils d'Alartc. Le roi des Goths, jaloux de signaler sa retraite par quelque coup de main hardi et avantageux, avait résolu de s'emparer de ht viUe de Vérone , qui sert de clef au principal passage des Alpes Rhétiennes, et d'envahir la Gaule, en dirigeant sa marche à travers le territoire des tribus germaines , dont l'alliance pouvait réparer les pertes de son armée. Me se doutant point qu'il était trahi, Alarie s'avança vers les passages des montagnes, déjà occupés par les troupes impériales , et dans le même instant son armée fut attaquée de front, sur les flancs, et sur les derrières. Dans cette action sanglante, à une trèspetite distance des murs de Vérone, les Goths firent une perte égale à celle de b défaite de PoUentia ; et leur intrépide co«mandant, qui dut son salut à la vitesse de son cheval, aurait inévitablement été pris mort ou vif, si l'impétuosité incUsciplinÂUe des Alains n'eût déconcerté les précattions du général romain. Aiaric rallia les débris de son armée sur les rochers voisins, et se prépare courageusement à soutenir un siéfs contre les troupes qui l'environnaient de toutes parts. Hais il ne put pas parer au besoin impérieux de subsistances, ni éviter la désertion continuelle de ses baribares. Réduit à cette extrémité , il trouva encore des ressources dans son courage; et sa retraite fut regardée comme la délivrance de l'Italie '. Cependant le peuple et même le clergé, également incapables de juger de la nécessité de la paix ou de la guerre, blâmèrent hautement la politique de Stilicon, qui lai»sait échapper un ennemi dangereux qu'il avait vaincu si souvent , tant de fois envi-

I La guerre Gé^qseet le sixième Consulat d'Ounoilui lient emernUe assM •bsenrénent les «éhiles et b TctraH* d' Aiaric,

ronné et ensuite laissé échapper. Au premier moment de sa délivrance, le peuple fait habituellement éclater sa reconnaissance et son admiration ; mais ces seniimens s'évaporent bientôt , et sont remplacés par l'ingratitude et la calomnie '.

L'approche d'Alaric avait effrayé les citoyens de Rome , et l'activité avec laquelle ils travaillèrent à réparer les murs de la capitale annonça leurs j craintes et le déclin de l'empire. Après la retraite des barbares , Honorius daigna recevoir l'invitation respectueuse du sénat , et célébrer dans la ville impériale l'époque heureuse de la défaite des Goths et de son sixième consulat *. Depuis le pont Milvien jusqu'au mont Palatin , les rues et les fauboui^s étaient remplis par la foule pressée d'un peuplequi, depuis cent ans, n'avait joui que trois fois de l'honneur de contempler son souverain. En fixant leurs regards sur le char dans lequel Stilicon accompagnait son auguste pupille , ils applaudissaient sincèrement à la magnificence d'un triomphe qui n'était point souillé de sang romain comme celui de Constantin ou de Théodose. La procession passa sons un arc fort élevé, et construit exprès pour cette cérémonie. Mais, moins de sept ans après, les Goths, vainqueurs de Rome , purent lire sur ce monument la fastueuse inscription qui attestait la défaite et la destruction totale de leur nation '. L'empereur résida plusieurs mois dans la capitale, et eut soin de se conduire toujours de manière à captiver l'affection du clergé, du sénat, et du peuple romain. Le clergé fut édifié de ses fréquentes visites et de la libéralité de ses dons aux châsses des saints apôtres. Le sénat fut dispensé de précéder à pied, selon l'usage, le char de l'empereur durant la marche triom-

' Taeeo de JUuiec.... tape vieto, sape concUuo , temperque dimisso, (Orosius, I. vu, c. 37, p. 567) CUudien (n Consul. Bonor., 320) termine son rédt en présentant une fort belle image.

2 Le reste du poème de Claudien sur le sixième consulat d'Honorius donne la description du Toyiçe, du triomphe, et des jeux (330-600.)

3Voy« rinscriplion dans l'Histoire des anciens Germons, parMascow(vin, 12). Les expressions sont positives et indiscrètes : Getarum nationem in omne avum domitam , etc.

PAR ED. GIBBON. CH. XXX

pbale , et il obtint toutes les marques du respect que Stilicon affectait de montrer pour cette assemblée. Le peuple parut flatté de l'aCTabilité d'Honorius, et de la complaisance avec laquelle il assista aux jeux du cirque, dont le spectacle magnifique n'était pas indigne d'un monarque. Dès que le nombre de courses fixées pour les chars était accompli , la décoration changeait ;nne chasse d'animaux sauvages offrait une nouvelle scène d'amuseraens, et se terminait par une danse militaire, qui, d'après la description de Claudien, parait ressembler aux tournois modernes.

Dans ces jeux célébrés par Honorius, le sang * des gladiateurs souilla pour la dernière fois l'amphithéâtre de Rome. Le premier des empereurs chrétiens eut la gloire de publier le premier édit qui condamnait cet amusement sanguinaire * ; mais cette loi bienfaisante, en annonçant les vœux du prince, ne réforma pas un abus antique qui dégradait une nation civilisée. Plusieurs centaines, peut-être des milliers de victimes offraient tous les ans dans les grandes villes , et particulièrement dans le mois de décembre, aux yeux des dtoyens enchantés, le spectacle sanglant de la fureur , de l'agonie et de la mort. Tandis que la victoire de Pollentia excitait les transports de la joie publique, un poète chrétien exhorta l'empereur à détruire on usage barbare qui s'était perpétué malgré les cris de la religion et de l'humanité *. Les représentations pathétiques de Prudence furent moins efficaces que la généreuse audace de Télémaque , moine asiatique , dont la mort rendit plus de services au genre humain que sa vie *. Les Romains s'irritèrent de voir interrompre

• Sur le cuneux et horrible sujet des gladiateurs, consaltei les deux livres des Saturnales deLIpse.qui, en sa qualité d'antiquaire, est disposé à excuser les usages de l'antiquité (t, ui, p. 403-545).

z Code Théodos., 1. xv, tit. 12, loi 1. Le commentairo de Godefroi offre une grande abondance de matériaux (l. T, p, 386) pour l'histoire des gladiateurs.

«Voyei la péroraison de Prudence {in S^-nanaeh., l.n, 1121-1131), qui avait sans doute lu la salireéloquente de Lactance {Divin, institut., 1. vi, c. 20). Les apologistes chrétiens n'ont pas épargné les jeux sanglans qui taisaient partie des ffiles religieuses du paganisme.

* Théodoret, 1. v, c. 26. J'aurais grand plaisir à croire rfaisttnre de «aiot Télémaquc-, cependant on n'a point dé-

DFXAOEKCE DE L'EMPIRE ROMAIN

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icars plaisirs , et écrasèrent sous une grêle de pierres le moine imprudent qui était descendu dans l'arène pour séparer les gladiateurs. Hais le peuple rougit bientôt de sa barbarie; il respecta la mémoire de Tëlémaque qui avait mérité les honneurs du martyre, et se soumit sans murmure à la loi par laquelle Honorins bannissait pour toujours les sacrifices humains des amphithéâtres. Les citoyens qui chérissaient les usages de leurs ancêtres pouvaient peut-être alléguer que les derniers restes de l'ardeur ntartiale se conservaient dans cette école d'intrépidité, qui accoutumait les Romains à la vue du sang et au mépris de la mort. Vain et cruel préjugé si honorablement rëAitéparla valeur de l'ancienne Grèce et de l'Europe moderne*. Le danger récent que l'empereur avait couru dans son pains de Milan le décida à choisir pour retraite quelque forteresse inaccessible de l'Italie, où il pût résider sans craindre les entreprises d'une foule de barbares qui battaient la campagne. Sur la côte de la mer Adriatique, environ à dix ou douze milles de la plus méridionale des sept emboudiures du Pô , les 'f hessaliens avaient fondé l'ancienne colonie de Ravenne * , qu'ils cédèrent depuis aux natifs de l'Ombrie. Auguste, ayant remarqué la commodité de cette place, fit construire, à trois milles de l'ancieftne ville , un port susceptible de contenir deux cent cinquante vaisseaux de guerre. Cet établissement naval , qui comprenait des arsenaux, des magasins, des casernes pour les troupes, et des logemens pour les ouvriers,

dié d'église, on n'a point éleré d'aatel an seal moine qui toit mort martyr de la cause de l'Immuilé.

I CrudelegUuUatorumtpectaculumetmhitmanum nonnullis videri solet : et haud sdo an ita sit, ut nUnc fit. (Cicero, Tusculait. ,n. 17.) Il blâme légèrement l'abus, et déflend chaudement l'usage de ces spectacles : OeuUs nuUa poterat etse fortior contra dolorem tt mortem disciplina. Sénèque {Epitt. vii) montre la sensibilité d'un homme.

- Cette description de Kavenne est tirée de Strabon (!•▼. P 327), Pline (iii,%) , Etienne de Byrance ( au mot P<iCm«, p. 651, édit. Berkel.), Claudien (in ti Ctvwu/. Honor., 494, etc.), Sidonius ApolIinarisG-i ,Eptst. v, 8,) Joniandès(<l« Eeb.set.,t. 29), Procop.((/e Bell, golhic., I. I, cl, p. 309, édit. Louvre), et ClnToius (/(ol. antiq., t. i,p. 301-307). Il me manque cependant «neore un antiquaire local et une bonne carte toiwgrapliique.

tire son origine et son nom de la station pei^manente de la flotte romaine. Les places vides se remplirent bientôt, de bàtimens et d'habilans; et les trois quartiers vasteset peuplés de Ravenne contribuèrent insen^lement à former une des plus importantes villes de l'Italie. Le principal canal d'Auguste conduisait à travers la ville une partie des eaux du Pô , jusqu'à l'entrée du port ; ces mêmes eaux se répandaient dans des fossés profonds qui.environnaient les murs. Elles se distribuaient , par le moyen d'un grand nombre de petits canaux , dans tous les quartiers de la ville, qu'ils divisaient en autant d'Iles séparées, et qui n'avaient de communication que par des ponts ou des bateaux. Les maisons de Ravenne , bâties sur pilotis comme celles de Venise, présentaient à peu près le même aspect. La campagne environnante , pendant plusieurs milles , était remplie de marais inabordables ; et on pouvait aisément défendre ou détruire, à l'approche d'une armée ennemie, la route artificielle qui joignait Ravenne m continent. L'intervalle des marais était cependant parsemé de vignes; et, quoique le sol fût épuisé par quatre ou cinq récoltes , on trouvait plus facilement à se procurer ea abondance le vin que l'eau douce'. L'air, au lieu d'être imprégné des vapeurs malignes et presque pestilentielles qui sortaient des marais voisins, avait, comme celui des environs d'Alexandrie, la réputation d'être pur et salubre; on attribuait cet avantage auxmarées régulières de la mer Adriatique, qui balayaient les canaux, et amenaient tous les jours les vaisseaux des pays vo'isins jusqu'au milieu de Ravenne. La mer s'est retirée insensiblement à quatre milles de la ville moderne. Dès le cinquième ou sixième siècle de l'ère chrétienne, le port d'Auguste se trouvait converti en vergers, et une plantation isolée de pins occupait l'endroit on les vaisseaux des Romains avaient

■ Martial (Ëpigramme, ni, 56, 57) plaisante sur le tour qu'on lui Jona en lui livrant du vin au lieu de l'eau qu'il avait achetée. Mais il assure tris-sérieasement qu'une bonne citerne est plus prédeuse à Ravenne qu'une bonne vigne. Sidonius se plaint de ce que la ville manque de fontaines etd'aquéducs, et compte au nombre de ses inoommodilés locales le défaut d'ean douce, le croassement des grenouilles et les piqilres des insectes, eU

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